Contrairement aux appréhensions de Zorro, la première journée de route se passa sans aucune anicroche.
Bien sûr cela semblait logique ; la troupe qu'il dirigeait était assez importante, composée essentiellement de mercenaires et d'aventuriers de métier, et les armes que tous arboraient, sans compter l'air patibulaire de certains, étaient des éléments suffisants pour dissuader tout brigand que ce soit de s'en prendre à eux.
En outre, et malgré un rythme plutôt soutenu, ils ne se trouvaient finalement qu'à une petite dizaine de lieux d'Eist'Shabal. A une si faible distance d'une cité importante, une capitale qui plus est, il était peu probable que quiconque tente quoi que ce soit et les éventuels ennuis ne se manifesteraient pas avant la seconde journée de marche.
Mais en plus de quatre siècles d'existence, le mercenaire avait appris à rester prudent en toute circonstance, en particulier lorsqu'il s'agissait d'escorter une personne d'importance. Et puis, à sa décharge, mercenaire solitaire, il n'avait guère l'habitude de mener une troupe de cette importance. Pour dire vrai, la dernière fois que cela s'était produit avait été dans un autre monde, plus de cinq décennies plus tôt, alors qu'il était général de la division des éclaireurs dans la Résistance face au Tyran. C'était une période sombre et chaotique, dont le souvenir encore vivace ne l'aidait nullement à se calmer.
Heureusement, alors que le soleil atteignait son zénith dans le ciel azuré, voyant que tout se passait bien, il commença à se détendre.
La présence de Shion n'était sans doute pas étrangère à cela. La noble dame se trouvait être une compagne fort agréable, discrète quand il le fallait, charmante le reste du temps, au point que même Dwylidian, qui était pourtant un destrier plutôt caractériel, semblait s'être pris d'affection pour elle.
De lui-même, Zorro entama la conversation, discutant de tout et de rien avec sa passagère sans jamais tout à fait cesser de surveiller les alentours, et le temps passa rapidement jusqu'à ce que l'air commence à se rafraîchir et que Flip, un jeune mercenaire qui marchait à l'avant de leur petite troupe, vienne faire son rapport.
Reprenant aussitôt son sérieux, Zorro l'écouta avec attention avant de porter son regard au loin, tandis que l'éclaireur attendait ses ordres.
Même s'il voyageait dans la région depuis quelques temps maintenant, l'hybride ne connaissait pas encore parfaitement la région. Il se souvenait parfaitement du bois évoqué par Flip, et aurait-il été seul avec la noble, il aurait sans hésiter décidé de s'y enfoncer, l'obscurité ne le dérangeant nullement.
Mais dans le cas présent les bois ne lui semblaient pas une bonne option. Camper à proximité était encore pire, les fourrés pouvant cette fois servir de cachette à d'éventuels agresseurs, humanoïdes ou non.
Du nord, il ne connaissait guère que des cartes montrant une région de collines herbeuses.
Quant au sud, il savait qu'une rivière y coulait, et même si son nom lui échappait il se souvenait d'un endroit qui serait parfait pour monter le camp. Seul souci, il faudrait encore une ou deux bonnes heures de marche alors que le soleil commençait à disparaître.
Il jeta un coup d'œil rapide à Shion, qui ne semblait nullement fatiguée, et donna finalement ses ordres.
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Le soleil avait maintenant disparu derrière les montagnes et une brillante se reflétait maintenant dans les vives du Radri.
A sa grande satisfaction, Zorro avait sous-estimé la vitesse de sa troupe de mercenaires ; il ne leur avait finalement fallu qu'à peine plus d'une heure pour atteindre la rivière et le lieu dont il se souvenait.
Le campement se dressait au milieu d'un coude de la rivière, un endroit où celle-ci coulait plus paresseusement. Les eaux, profondes en leur centre mais aux berges douces, couvraient leurs flancs mais surtout regorgeaient de poissons et étaient un magnifique lieu de rassemblement pour que les animaux des alentours viennent s'abreuver. En d'autres termes, on trouvait là facilement de quoi s'abreuver et se nourrir.
Un grand feu flamboyait au centre des trois tentes que les aventuriers avaient monté, deux pour la troupe et une, plus petite, réservée pour l'usage de Shion et de ses affaires, diffusant sa lumière dorée et sa douce chaleur. Les hommes et les femmes, à l'exception de ceux chargés de la cuisine, s'étaient installés tout autour, sur des bancs de fortune, des rondins ou à même le sol.
Les montures avaient été soignées, pansées et nourries avant d'être attachées un peu à l'écart. Dwyl' faisait exception à la règle, le fier étalon refusant tout simplement de se laisser lier, et il avait disparu dans l'obscurité. Zorro ne s'en inquiétait pas : le cheval était coutumier du fait, et il savait qu'il serait de retour de bonne heure ou dès qu'il l'appellerait. En attendant, il profitait simplement du vent de la nuit, debout à côté de Laurelian – ou Shion – surveillant du coin de l'œil le reste du camp.
Une délicieuse odeur s'échappait des chaudrons et grilles où s'affairaient les cuistots, autour du feu, et son estomac gargouilla bruyamment, lui tirant un sourire amusé qui adouci ses traits. Une exclamation à proximité, suivie d'un rire gras attira son attention.
A quelques pas de là Merk, avec ses petits yeux et un sourire mauvais de chat, taquinait un jeune homme de petite taille au visage affable, un petit ventre sous sa toge de cuisinier et l'air intimidité par la grande gueule du mercenaire.
- 'taiiiiin P'tit Feu, c'est 'tain d'bon ta merde là ! Avec ton talent, comment ça s'fait qu'tu t'sois pas encore trouvé une gonzesse ? Ta queue est trop grosse et ça leur fait peur ?Le cuisinier rougit sans trouver de réplique, ce qui accentua l'hilarité du plaisantin, auxquels se joignirent quelques rires complices, et il poursuit sa tournée jusqu'à arriver à Zorro et Shion.
Le mercenaire lui tendit son écuelle, qu'il remplit de ce qui ressemblait à du poisson braisé accompagné d'un bouillon léger, d'oignons nouveaux et d'un pain à l'ail tout chaud. Il le remercia avec un sourire avant de le questionner.
- Merci. Cela sent divinement bon. P'tit Feu c'est ça ? Est-ce un surnom ou le destin t'a-t-il bien nommé ?- Merci monsieur. Non, je m'appelle Ty Fu, mais les gens d'ici ont parfois du mal à le prononcer. Et comme je m'occupe de la cuisine depuis ma première caravane …Le timide jeune homme baissa les yeux sans terminer sa phrase avant de se tourner vers la jeune femme pour qui cette escorte avait été montée, osant à peine la regarder.
- Je … j'ai essayé de faire un repas digne de vous. J'espère que … que vous apprécierez princesse.Puis il ajouta en relevant un peu la tête, les yeux brillants et un sourire hésitant aux lèvres, ajoutant presque sur le ton de la confidence.
- Et si vous en voulez, j'ai aussi préparé une fournée de petits gâteaux, juste pour vous. Si vous en voulez …
-Hey P'tit Feu ! Arrête de draguer la cliente ! Nous aussi on a faim !