Identité : Jenny Planteresse, surnommée « Jenny la Ronce ».
Âge : 19 ans.
Sexe : Féminin.
Race : Humaine.
Sexualité : Hétérosexuelle, peu d'expérience.
Physique : Elle est petite — un mètre soixante tout au plus — et menue au point qu'on la croit plus jeune qu'elle ne l'est. Épaules étroites, poignets fins, taille marquée, silhouette sèche de fille qui a marché plus qu'elle n'a mangé. Ce que le premier regard ne capte pas, c'est sa densité : elle est faite de tendons et de nerfs plutôt que de chair, et elle bouge d'une manière brusque et vive, comme si elle s'attendait toujours à devoir partir. Ses hanches sont fines, ses jambes longues pour sa taille, et elle se tient volontiers les épaules rentrées, comme pour prendre le moins de place possible. Quand elle se redresse — rarement — sa colonne se déplie d'un coup et elle gagne dix centimètres d'allure. Vue de loin, dans son blazer trop grand, on lui donnerait seize ans ; vue de près, la ligne nette de sa mâchoire et ses mains abîmées disent tout autre chose.
Le visage est fin, presque poupin — nez court, bouche petite et souvent pincée, menton volontaire — mais les yeux ne s'accordent à rien : d'un rose franc, presque framboise, ils dévisagent sans détour et se plissent vite en un regard dur. C'est là que se lit son humeur, toujours. Ses cheveux roses sont teints, une couleur choisie à quinze ans pour ne plus ressembler à celle qu'on voulait qu'elle soit, tirés en deux couettes hautes qu'elle assume comme un défi. Sur la clavicule gauche court une fine cicatrice pâle, souvenir d'une lame, qu'elle ne montre jamais et n'explique jamais.
Ses mains sont ce qu'on remarque quand on la regarde vraiment : larges pour sa taille, rugueuses, durillons à la base de l'index, un ongle fendu qu'elle ronge quand elle croit personne ne la voit. Sa voix est plus basse qu'on ne l'attend en la voyant, un peu rauque quand elle est fatiguée, et son rire est bref, presque un aboiement, qu'elle coupe aussitôt comme si elle s'était trahie. Côté vêtements, elle ne cherche pas la cohérence : robes courtes à dentelles noires, bas résille, rangers éculées, un blazer trop grand qu'elle ne quitte presque pas. Des bracelets à clous empilés, un pendentif en forme de cœur terni qu'elle ne retire jamais. Elle sent le savon bon marché et le tissu propre plutôt que le parfum. Elle ne sort jamais sans un canif glissé dans sa botte et une fine bague d'argent qu'elle ne sait pas encore utiliser.
Caractère : Jenny est quelqu'un de réservé, pas de fermé — la nuance compte, et elle tient à la faire respecter. Elle n'est pas insupportable de nature ; elle est simplement lente à se livrer. Elle observe d'abord, parle peu, répond par courtes phrases tant qu'elle n'a pas jaugé son interlocuteur, et laisse des silences qu'elle ne cherche pas à combler. On la croit froide ; en réalité, elle écoute.
Ses qualités sont discrètes mais solides. Elle est franche sans chercher à blesser — sa réserve n'est pas de la dissimulation, seulement de la pudeur. Elle est fiable : ce qu'elle promet, elle le tient, même du bout des lèvres. Elle se montre patiente avec ceux qui prennent le temps de l'aborder sans forcer, et d'une loyauté tenace envers les rares personnes qu'elle a laissées entrer.
Ses défauts tiennent dans son orgueil : elle ne sait pas demander d'aide, ne sait pas s'excuser, et préférerait s'enfoncer seule dans un mauvais plan plutôt que de reconnaître qu'elle s'est trompée. Elle est susceptible, un peu rancunière, et maladroite dès qu'il s'agit de sentiments — la moindre gentillesse dirigée vers elle la met mal à l'aise, et elle répond souvent par un haussement d'épaules là où on attendait un mot.
Ce qu'elle redoute le plus n'est ni la douleur ni la mort, mais de devoir sa survie à quelqu'un. Elle n'aime pas qu'on la plaigne, qu'on la touche sans prévenir, ni les endroits trop bruyants. Elle apprécie les objets qu'elle peut réparer de ses mains — elle coud, bricole, rafistole tout ce qui traîne —, la musique écoutée seule, les sucreries, et les conversations à deux, dans le calme, sans témoin. Son projet du moment : gagner assez pour un logement bien à elle, un endroit dont personne ne pourra la sortir.
Avec les autres, elle se tient en retrait : elle n'attaque personne, mais ne tend pas la main non plus, et juge la constance avant les mots. Sa vision de la société reste prudente et un peu amère — un monde où l'on se fait plus souvent piétiner que soutenir — sans qu'elle en fasse une loi. Ceux qui insistent finissent par découvrir, sous la réserve, quelqu'un de plus tendre qu'elle ne veut l'admettre.
Histoire : Jenny est née à Seikusu, dans un quartier populaire de l'est de la ville, celui qu'on ne montre pas aux touristes venus admirer les bords de mer. Son père, ouvrier sur les docks, est parti avant sa naissance. Sa mère, serveuse dans un izakaya, a tenu trois ans avant de confier l'enfant à sa propre sœur, puis de disparaître pour de bon. Jenny n'a jamais su si elle est morte ou si elle a simplement choisi de ne pas revenir — elle a cessé de chercher vers treize ans.
Elle a grandi chez sa tante, dans un appartement trop petit où elle servait surtout de paire de bras. On ne l'a pas maltraitée au sens où les gens entendent ce mot ; on l'a simplement ignorée, nourrie sans être aimée, scolarisée sans être suivie. Très tôt, elle a compris qu'aucune aide ne viendrait gratuitement, et elle a pris l'habitude de tout faire seule : ses devoirs, ses repas, ses vêtements reprisés. Au lycée, elle s'est distinguée de la pire des façons — bonne élève, camarade distante, jamais la première à parler et jamais la dernière à répondre quand on la poussait. Elle a eu deux ou trois amitiés sincères, qu'elle a fini par laisser filer elle-même, incapable de croire qu'on pouvait l'apprécier sans arrière-pensée.
Seikusu, pour elle, n'a jamais été une ville ordinaire, mais elle l'ignorait. Elle a grandi avec les histoires qu'on raconte aux enfants d'ici : les rues qui changent la nuit, les gens qui disparaissent, le lycée Mishima dont les adultes parlaient à voix basse. Elle n'y croyait pas plus qu'à autre chose. Elle avait tort.
L'événement qui a tout fixé est arrivé à quinze ans. Elle rentrait tard, par une ruelle qu'elle empruntait chaque soir, quand elle a vu ce qu'elle n'aurait pas dû voir : une créature qui n'était plus tout à fait humaine, penchée sur quelqu'un qu'elle connaissait de vue, l'air autour d'elle déformé comme une flaque d'huile. Jenny n'a pas fui. C'était sa première décision courageuse et stupide. La chose l'a frappée une fois, l'a laissée pour morte dans une flaque, une entaille à la clavicule et un goût de sang dans la bouche. Elle s'est réveillée le lendemain, seule, dans une ruelle vide, et personne ne l'a crue. Les adultes ont parlé de règlement de comptes, puis d'une agression banale, puis plus rien. Personne ne l'a jamais crue.
Ce qui aurait dû la briser l'a plutôt révélée. Dans les semaines qui ont suivi, des choses ont commencé à se produire autour d'elle — de petits objets qui bougeaient quand elle s'énervait, un pendentif qui vibrait contre sa peau, certains murs qui semblaient avoir une texture que les autres ne voyaient pas, et parfois, au coin d'une rue, l'impression très nette d'une odeur métallique sans source. Jenny n'a pas cherché d'explication auprès des adultes, persuadée qu'on se moquerait d'elle. Elle n'a compris que bien plus tard que tout cela s'appelait, ici, du surnaturel — un domaine surveillé de près par des agences dont elle ne connaissait même pas le nom.
Vers seize ans, elle a remarqué autre chose : par intermittence, à certains endroits de la ville, l'air se déchirait. Pas de beaucoup. Juste assez pour laisser passer un courant d'air qui ne venait d'aucune fenêtre, une lumière d'un autre ciel, parfois une odeur de forêt inconnue. Elle a fini par comprendre qu'il s'agissait des portails dont on parlait à demi-mot dans les rues de Seikusu, ceux qui relient la ville à une autre planète. Elle n'en a jamais franchi un seul. Un jour, elle s'est approchée assez près pour sentir le souffle chaud qui en sortait, et une voix, dans un bâtiment voisin, a hurlé quelque chose qu'elle n'a pas compris. Elle est partie en courant et n'y est jamais retournée.
À seize ans également, elle a quitté la maison de sa tante. Depuis, elle enchaîne les petits boulots dans Seikusu — vente, livraisons, une saison dans un café près du port — et dort là où on veut bien l'accueillir, avec une ténacité qui force le respect. Elle a croisé, sans le savoir, quelques personnes liées au surnaturel : un client trop attentif qui l'a observée une seconde de trop, une femme en trench qui semblait la suivre d'un bout à l'autre d'une avenue, un garçon de son âge qui a disparu du jour au lendemain. Elle n'a jamais cherché à comprendre qui ils étaient, par principe. Elle se tient à distance de tout ce qui ressemble à une organisation — agence gouvernementale, groupe occulte, ou quoi que ce soit qui arbore un insigne.
Aujourd'hui, Jenny a dix-neuf ans, une chambre au-dessus d'une boutique, un canif et une bague d'argent dont elle ignore tout. Elle n'a jamais quitté la Terre, n'a jamais mis les pieds à Terra, et ignore presque tout de ce qui se joue autour d'elle. Elle sait seulement que quelque chose en elle n'est pas normal, et que le savoir la met en danger.
Autre : Jenny est humaine et n'a pas de pouvoir abouti. Ce qu'elle porte en elle n'a pas de nom et personne ne le lui a expliqué : une affinité instinctive avec les objets qui lui appartiennent. Elle « sent » la matière, devine qu'un mécanisme va céder, et depuis peu, en se concentrant vraiment, une petite chose inerte bouge de quelques centimètres. Ça ne va pas plus loin, et ça la frustre énormément. Sa bague d'argent, trouvée sur un marché de Seikusu, réagit à elle de façon inexplicable ; elle devine qu'il y a quelque chose dedans, sans pouvoir l'atteindre.
Elle est sportive malgré son gabarit : rapide, agile, endurante. Elle grimpe, court, se bat salement — jamais proprement. Ses compétences concrètes sont manuelles : couture, réparation, bricolage en tous genres. Son réseau est mince — quelques commerçants du quartier, un logeur, une fille du café qui lui doit une faveur — mais fiable dans son genre. Elle vit dans une chambre exiguë au-dessus d'une boutique, meublée de récupérations et d'objets rafistolés, où elle est chez elle pour la première fois de sa vie.
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