Le sexe, le bon, le vrai, n’était pas une affaire de manière et de bienséance, mais les deux amants du soir ne montraient aucune espèce de tenue. Leur recherche de jouissance était toute-puissance et les consumait, leurs corps s’engageant totalement dans la poursuite frénétique du plaisir, leurs esprits s’annihilant sous le pouvoir de l’instinct reproducteur, dévoyé au profit de l’hédonisme le plus absolu. Ils n’étaient plus que deux corps. Des mains, des bras, un torse, des seins, une queue, une chatte, des fesses, un cul, des bouches ouvertes, des gorges déployées, des cœurs chancelants et un même souffle haletant.
Le vieil influenceur se complaisait dans l’usage de la belle femme d’affaires, qui ne perdait pas plus de temps en bonimenteries pour se vouer à sa jouissance la plus complète. Il se sentait serré, voulu, appelé, choyé, couvé par ses griffures nerveuses et par ses cris sourds et intenses. Il n’y avait, entre eux, aucune limite de circonstance. Il la possédait et elle le servait autant qu’elle se servait de lui et le tenait dans sa main. La violence, consensuelle, menait à un duo des plus fervents et rien d’autre n’existait plus qu’eux.
Rien.
Si bien qu’ils n’entendirent pas la préparation menaçante derrière la porte, ou le cliquetis de la serrure forcée.
Seulement lorsqu’ils jouirent, une trempée comblée maculant l’aine de Vance dans un chœur de soupirs heureux pendant qu’il la remplissait de sa semence, juste à temps, trouvèrent-ils le peu de présence d’esprit nécessaire pour remarquer la porte enfoncée et les trois hommes armés.
Catalina avait réagi de manière surprenante pour ce qu’elle avait l’air d’être : une femme de la haute, une rentière spécialisée en manucures et spas. Le verre avait glissé dans sa main, puis sifflé dans le dos de Vance, suivi d’un bruit sourd, d’une plainte triste et d’un éclat de verre.
Là, l’ancien catcheur avait tout de suite compris de quoi il retournait. L’instinct et ses mauvaises fréquentations lui suffisaient pour se faire un dessin. Il voulut se tourner pour couvrir Catalina, et faire face, mais la brune ne le lâchait pas, et ne lui permettait pas de se retirer d’elle, encore toute à son orgasme et à son high alors que lui-même peinait à additionner un et un dans sa tête.
Alors, quand il s’était retourné, la belle avait tendu une jambe et frappé une main armée, forçant un deuxième homme hors d’action temporairement, tandis que son pistolet mitrailleur tombait au sol pendant qu’il secouait sa main en piaillant. Tout se passa très vite, Vance vit le troisième et, conscient du danger pour Catalina, il grogna et le frappa dans le coin de la gueule d’un de ses énormes poings fermés. Il y eut un bruit sourd et un claquement de mâchoire, un souffle coupé, et le type tomba à terre.
Mais le premier désarmé, celui qui avait pris le verre dans la tête, comprenant que la situation échappait à son équipe, chercha à reprendre la main et, dans un hurlement, il retira la sécurité de son MP7. En entendant le cliquetis mécanique, Vance alla se jeter derrière un canapé tandis que les balles de 9mm se mettaient à grêler dans la suite et dans le matelassage épais du meuble, les épargnant. Il tomba sur elle, poussant en elle, relançant un orgasme flash malgré lui, et en profita pour se retirer.
Il fallait vite réagir, et il attendit que les tirs s’arrêtent pour sortir de sa cachette et repasser à l’action, ignorant bien que son amante du soir était, elle, autrement plus professionnelle et expérimentée en matière de meurtre que lui.