«Aemi, tu n’es pas sérieuse si ?»
«Pourquoi pas Mona ! Je le connais, il ne te fera pas de mal...sauf si tu le désires...hehe.»
«Oh Aemi ! Je n’ai pas la tête à ça. Je n’ai pas envie de...un homme, vraiment ?»
«Oui. Disons que...Mona. Tu ne peux pas continuer comme ça.»
«Mais ça va mieux ! Je suis même retourné au bureau !»
«Cela ne suffit pas !»
Est-ce que cela suffira un jour. Aemi...qui est là, à me parler de ce Killian Piers, un type, avec qui elle baise de temps en temps. Killian. Qui est beau, grand, musculeux et je sais pas quoi. Comme si cela avait de l’importance pour moi. Tout ce que je désire, c’est reprendre ma vie où je l’ai laissée et parvenir à effacer de ma mémoire et de mon corps, Zack Arias, le grey Stalker. J’aimerais juste qu’on me laisse tranquille.
«Et puis tu n’as toujours pas réussi à retourner à ton ancien appartement. C’est une preuve non ?»
«Aemi ! Je t’ai dit que je n’irai plus. C’est Danny qui s’occupe de tout. J’habite dans un petit appartement tranquille près de la maison d’édition et ça me convient parfaitement.»
«Près du commissariat ?»
«Oui.»
«Donc tu es loin d’aller mieux !!!»
«Aemi..»
«Tiens. Prends son numéro au moins ! Steuplet ! Je lui ai demandé et il a dit presque oui. Ce qui est rare...crois moi ! D’habitude je peux aller me faire foutre avec mes demandes. Mais là, il a dit.»
«Tu lui as dit quoi pour qu’il accepte ?»
«...Rien de spécial. Ce doit être son côté super héros qui ressort un peu ?»
Son sourire me fait dire qu’elle a dû balancer une dinguerie sur moi. Dieu seul sait. Mais elle a raison. Je ne peux pas continuer de raser les murs, d’éviter les métros et de ne plus sortir en dehors du boulot et de mon appartement. Je devrais la remercier d’ailleurs. Elle a tant fait. En m’hébergeant d’une part, en m’écoutant pleurer de l’autre. Sans oublier qu’elle a été capable de me remettre d’aplomb plus rapidement que mon psychiatre ne l’aurait fait seul. Aemi.
«T’es fâchée dit ?»
«Non. Si. Un peu. Je sais même pas Aemi.»
«Au moins tu auras un argument pour qu’il ne te foute pas ce gorille entre les pattes ?»
Je craquerai toujours face à son sourire. Et elle le sait. Je me laisse tomber dans le fauteuil à ses côtés et lui prend le billet des mains. Killian Piers. Un numéro de téléphone. Je ne sais pas. Ce qui m’angoisse, ce n’est même pas de faire du sport. Mon corps est entraîné. Mais c’est de me retrouver avec un parfait inconnu, seule. J’ai beau être parvenu à ne plus hurler dans mon sommeil et à sortir vêtue comme je le faisais auparavant (courtement), avoir remisé mes gros joggings et mes gros pulls dans le fond du placard. Lorsqu’elle s’en va, me faisant promettre d’appeler ce Killias Piers, je soupire et jette le morceau de papier sur la table pour me servir un verre d’eau. Je passe ma soirée tranquillement, sans trop y penser, jusqu’au soir. Je regarde le papier et repense à ce qu’à dit Aemi. J’aurai un argument pour éviter de me retrouver avec un garde du corps. Ce n’est pas débile ça. Et puis peut-être qu’il me sera utile et pourra m’apprendre quelques trucs pour me défendre ? J’ai beau être sportive, je ne fais pas de sport de combat et n’ai jamais vraiment pensé à prendre des cours de Self-défense. Ce qui est stupide en soi, surtout lorsqu’on vit dans une ville comme Seikusu et qu’on est une femme, seule la plupart du temps. Merde. Fais chier.
«Allô ?» Ok. Je le dérange, la voix est peu engageante et j’ai envie de raccrocher. Une boule au ventre de devoir parler à un homme que je ne connais absolument pas.
«Je...Vous êtes bien Killian Piers ? Aemi...elle m’a parlé de toi et...enfin. J’ai besoin d’un entraînement pour...me défendre.» Ou me battre.
«On peut dire que vous ne perdez pas de temps toutes les deux, cela dit, tu connais mon nom et je ne connais pas le tiens.» A nouveau, j’ai envie de raccrocher. A quoi bon ? Je lui fais chier alors qu’à la base, je pourrais me payer qui je veux voir laisser la maison d’édition engager quelqu’un pour me défendre. Pourtant je brave l’angoisse en moi.
«Je suis Mona. Mona Duval.»
Finalement, il me donne rendez-vous, tôt, quelques jours plus tard. J’ai envie de lui dire que c’est bon. On laisse tomber. Je ne suis même pas sûre d’être disponible ce jour-là. Avec la reprise au boulot, le nouveau bouquin qui va sortir, j’ai autre chose à foutre aussi. Mais bon. Je suis bien trop perturbée par cette voix masculine agressive pour oser me rebeller. C’est comme ça. Alors j’accepte et lorsqu’on raccroche, je m’empresse de consulter mon agenda. Je n’ai rien aux heures qu’il m’a proposé. Heureusement, car je pense que si je l’avais rappelé, il m’aurait clairement dit d’aller me faire foutre.
…
Mon réveil sonne dans le vide, car je suis réveillée et à la cuisine en train de siroter un café depuis plus de deux heures. Il est six heure et dans cinquante minutes je dois retrouver Killian. Les deux jours depuis son appel m’ont hantés. J’ai peur de me retrouver face à un connard, peur de me retrouver seule face à un type qui va m’agresser. Est-ce que le fait qu’il connaisse Aemi et que Aemi me l’ai recommandé fait de lui quelqu’un de peu dangereux pour moi ? Non. Absolument pas. Parce que je sais que Aemi, bien que je l’aime tout plein, est mauvaise juge quand il y a de la queue et qu’elle aime ce qu’on lui fait. Elle aime le sexe de manière déraisonnable. Un peu comme moi, à la différence que depuis mon agression, je suis plus méfiante. Heureusement cependant, elle n’a pas osé me proposer ça il y a deux mois. Car il y a deux mois, je l’aurais sûrement envoyée au diable et n’aurais jamais accepté une telle proposition. Mais là, de l’eau à coulé sous les ponts et je me sens prête à affronter une nouvelle épreuve qui me permettra de guérir plus rapidement, du moins je l’espère.
J’enfile mon ensemble de sport vert, un gros pull, comme si j’essayais finalement de me cacher un peu. Je reste méfiante sur les intentions de ce Killian et j’ai peur de ce sur qui je vais tomber. Depuis que je suis partie de la maison, un sac avec mes chaussures de salle au cas où, de quoi boire et une banane ainsi que de quoi me doucher après la séance, j’ai une pensée fugace, mais flippante qui me vient. Et si mon agresseur avait trouvé le moyen de...Mais non. Ce n’est pas possible. Impossible même…Je regarde l’adresse que m’a donné Killian. C’est un gymnase en ville. S’il c’était agi de mon agresseur, il aurait cherché un coin paumé, quelque part, perdu loin de la ville. Pas en plein centre.
«Oui, on m’attend. Killian Piers. Merci.» Le vigile me fait entrer après m’avoir demandé si j’étais attendue. Il me sourit et je lui réponds, plus sereine quand au déroulement de la matinée. Je crois que son uniforme me rassure un peu.
«Bonjour Killian.»
Je suis pile à l’heure. J’ai parcouru quelques mètres en courant, ayant demander au taxi de me poser avant le gymnase. Histoire d’échauffer un peu mes cuisses. Normalement, à cette heure, je termine mon entraînement sportif à domicile et je me douche pour partir au bureau. Lorsque j’arrive à hauteur de Killian, un grand type aux cheveux sombres et au corps taillé, je laisse tomber le sac, quelque peu essoufflée mais pas en train de décéder. Il pourra se rendre compte que Aemi ne lui a pas demandé pour rien. Elle a confiance en son corps d’athlète et son air menaçant...j’imagine ? Et elle sait qu’il ne perdra pas son temps, car en terme de sport, d’endurance, je suis loin d’être une novice. Le sport étant mon échappatoire depuis des années et l’assurance de pouvoir savourer des parties de jambe en l’air sans risquer d’être handicapée par un souffle trop court ou une endurance pourrie.
«Je te remercie d’avoir accepté de m’aider.»
Il peut aussi constater que je ne suis pas la meuf tremblante et apeurée du téléphone. Mona Duval reste Mona Duval et elle n’aime pas montrer ses faiblesses. Bien sûr, il pourrait toujours être un danger pour moi, mais le lieu et le vigile dans le gymnase me font dire que ça va aller. Et puis entre nous, j’ai hâte de voir ce qu’il a préparé. En attendant, je retire mon gros pull, dévoilant un corps musclé pour soutenir cette poitrine lourde, compressée dans un haut de sport et un débardeur blanc. Je le regarde droit dans les yeux, levant la tête pour le regarder me dominer de sa hauteur. A nous deux...Killian Piers.