J’ai mal. A la gorge, au corps, au coeur. J’ai mal. Aux jambes, aux bras...j’ai mal à l’âme. J’ai la bouche sèche de trop crier et mes muscles cèdent peu à peu autour de la taille de Helel. Heureusement que ses mains me meurtrissent les chairs et me retiennent à lui, empalée à son membre qui vient douloureusement frapper en moi. Je crois que je n’ai jamais été tant remplie et pourtant...pourtant j’en ai connu des amants. J’ai mal. Et j’ai si mal que mon esprit, dans un soubresaut, tente de me faire comprendre que je devrais partir. Arrêter là ce que je ne maîtrise pas du tout. Que si je reste malgré tout, je vais tout perdre, peut-être même la tête. Car il n’est pas sain de se laisser ainsi malmener, alors qu’on est censé faire l’amour...faire l’amour ? Tu parles Mona. La vérité c’est que tu aime être baisée et que jamais personne ne l’avait fait comme ça. Jamais personne ne serait capable de telles prouesses.
Je respire, difficilement, mais je respire. C’est sans compter sur la cruauté de mon amant, qui capture mes lèvres, m’empêche de respirer de sa langue qui vient et revient, encore et encore dans une bouche que je ne parviens plus à fermer tant le plaisir mêlé de souffrance est intense. Une intensité qui « Ton coeur...semble sur le point d’exploser...» Oui. Qui va faire exploser mon coeur. Il bat si vite et si fort, que j’ai l’impression qu’il va sortir de ma cage thoracique et exploser contre le torse massif de Helel. Il peut le sentir palpiter, s’affoler jusque dans mon intimité qui semble serrée malgré tout ce qu’il lui fait subir depuis qu’il l’a pénétrée. Il s’en rend probablement totalement compte, sadique jusqu’au bout, mais lorsqu’il me mord, je n’ai même pas l’énergie de crier. Lorsqu’il appuie de ses doigts sur mes bleus, peut-être sans même le réaliser, je frissonne d’un plaisir que je n’aurais jamais soupçonner. Je ne me savais pas comme ça. Capable d’aimer la douleur. A dire vrai, je crois que si j’avais eu encore la force, j’aurai répondu pour qu’il me punisse, qu’il soit encore et encore, violent.
Helel me dit qu’il veut me marquer, graver son nom sur ma peau. C’est déjà fait. Il a graver son nom dans un endroit où il est difficile d’accéder, mon esprit. Et mon corps n’est qu’une ecchymose géante et je m’en souviendrai longtemps. Je devrai porter des vêtements pour cacher les marques de nos ébats. Pas parce que j’ai honte de ce qu’il est en train de se passer, mais parce que, alors que ce n’est pas terminé, je jalouse déjà chacun de ces moments. Que m’arrive-t’il ? Je suis comme ensorcelée. Est-ce de la magie noire ? Est-il vraiment un démon ? Je ne crois pas. Ce n’est pas possible. Pourtant, plus le temps passe entre ses mains, plus il me malmène et me baise, plus j’ai la sensation que quelque chose n’est pas naturel. Que lorsque ça prendra fin, ce rêve, ce cauchemar, cet instant de vie volée, de plaisir que beaucoup jugeraient pour malsain, je ne pourrai oublié aucun de ces moments. Chacun des gestes, chacune des paroles qu’Helel me glisse à l’oreille se gravant dans mon esprit comme s’il me marquait le cerveau au fer rouge. La peau de ses doigts qui savent exactement où toucher, ou se poser. Ses mains qui savent lorsqu’elles doivent se faire caresse ou gifle l’instant d’après.
Une maîtrise si parfaite et totale du plaisir et de la douleur que l’idée de fuir revient. Fuir, car il ne doit pas être humain. Fuir, car tout ça n’est peut-être qu’un cauchemar. Fuir parce que ce n’est pas sain de perdre la tête à ce point. Fuir, car tu es en train de souffrir et que ton corps sera douloureux encore longtemps. Mais non. Non. La voix qui veut me faire fuir ne sera jamais assez forte pour que je cède à autre chose, à quelqu’un d’autre que Helel. Le sait-il ? J’en suis certaine. Oui. Il le sait parfaitement. Il le sait. Que je ne peux pas m’en aller et que même si j’avais voulu, je ne serais jamais partie sans qu’il en ai fini avec moi.
On ne peut pas jouir trop de fois d’affilé. Le coeur, le corps, ne suit pas. Pourtant, je reste choquée et toujours sans voix, lorsque Helel jouit en moi. Et la chaleur de sa semence me fait jouir avec lui, chose nouvelle pour moi, car ce ne sont pas les assauts répétés du mâle, ni même ses lèvres ou ses doigts, mais son sperme qui m’auront fait céder. Il me remplit d’une sorte d’extase qui se perd. Mes gémissements rendus sourds par le rugissement venant des profondeurs de la terre, que Helel pousse. Je nous inonde, cyprine mêlée de sperme, qui gicle et éclabousse les cuisses de mon amant, le lit, goutte au sol. Je suis sans force, mais ait encore celle de gémir plus faiblement lorsqu’il se retire enfin, me laissant sans force, sans voix, sans souffle. Je ferme les yeux sans cesser de l’écouter, de l’entendre. Je tente de reprendre ma respiration, le contrôle de mon coeur qui bat encore comme un animal qui panique.
Pourquoi est-ce que j’ai envie qu’il revienne ? J’ai froid. Si froid tout à coup. Je sens pourtant que c’est encore brûlant en moi, mais vide. Si vide. Je n’ai plus la force de lui dire de revenir. Je ne peux que gémir doucement, des larmes coulant le long de mes joues. Ce n’est ni joie, ni tristesse. Ce sont des larmes qui coulent de fatigue. Comme après une séance de sport trop intense. Comme...il n’y a pas de comparaison possible avec ce que nous venons de faire. La délicatesse qu’il prend à me replacer sur le lit, me permettant de m’asseoir malgré la tension dans chacun de mes muscles, m’est plus douloureux que tout ce qu’il m’a fait subir jusque là. Aussi stupéfiant que ce puisse être et je ne saurais même pas l’expliquer. C’est ce que je ressens. Un froid intense, une envie de remonter le temps, de recommencer. Un vide. Une descente, comme lorsqu’on consomme certaine substance.
« Est-ce que tu ressens de la honte à être une petite salope ? De la fierté à m’avoir enragé ? » Les deux ? Non même pas. «De la fierté. Je n’ai jamais honte.» Dans un souffle, je suis sûre de moi. Je n’en reste pas moins sa soumise, mais je n’en reste pas moins Mona Duval, écrivaine incapable de ressentir de honte ou de gêne lorsque je désire ardemment quelque chose. Je dois avoir l’air belle tiens, avec mon visage souillé et rougit, mes lèvres et mon corps tuméfié des nombreuses attentions de Helel. «Nettoie...» Il ne faut pas m’en dire plus. Je m’exécute et ce, même s’il n’avait pas pris ce ton impérieux. C’est un ordre, mais pour moi, c’est tout à fait normal. Indécent pour le lecteur peut-être, mais pour moi, c’est une requête que je n’aurais jamais refusé. Une récompense après ce que je lui ai laissé me faire. J’ai mal à la mâchoire, à la langue, à la bouche, mais je parviens quand même à faire ce qu’il me demande. Au départ du bout de la langue, mais bientôt, sa main sur ma tête, sur mon visage, je l’engloutit jusqu’à ne plus pouvoir respirer, pas même par le nez. Lorsqu’elle ressort, cette verge encore si dure, elle est brillante de salive. Et j’y retourne avec un appétit qui semble grandir, mais que ma fatigue physique ne parvient pas à entièrement satisfaire. Et cette frustration est une nouvelle souffrance à mon esprit.
«Merci Mona.» Il est si tendre. C’est presque normal, lorsqu’il prend congé de moi. Je me sens seule alors qu’il est encore présent. Je me sens idiote, triste d’une absence qui n’est pas encore réelle… «J’espère...bien.»
----- UN MOIS PLUS TARD -----
Quelle horrible descente. J’ai consommé de nombreuses drogues dans ma vie. Il faut le savoir. LSD, MDMA, SPEED, GBL, Champi, cannabis...je pense que toutes les lettres de l’alphabet, j’y ai goûté. Les montées sont phénoménales. Parfois lentes, parfois soudaines. Les drogues sont toutes différentes et stimulent des zones du cerveau parfois semblables, mais jamais similaires. La perche peut durer ou non. De quelques secondes pour le popper’s à plusieurs heures pour le LSD. Mais chacune de ces molécules à un point commun : Une descente. Une descente qui peut être parfois plus pénibles que tout ce que vous avez pu connaître dans votre vie. Pour moi, ce n’est jamais plus qu’une phase de dépression moins intense et moins longue que ce que ma maladie m’impose. Pour Helel par contre, c’est une autre paire de manche…
«Comment c’était Mona ?»
«De quoi ?»
«Ton voyage ! Tu as trouvé l’inspiration que tu cherchais ?»
«Bien plus que cela...à dire vrai.»
Danny hausse un sourcil et ne semble pas comprendre totalement. Ce n’est pas grave. C’est mon secret. Un secret douloureux, un secret que je cache sous des vêtements qui couvrent chacune des traces que Helel m’a laissées, marques que je regarde depuis que je suis rentrée. Que je regarde dans les miroirs, que j’admire comme autant de trophée. Les bleus, les traces de doigts, les morsures...tout ce que je n’ai pas pu faire partir sous la douche que j’ai prise avant de quitter la petite maison que j’ai essayé de retrouver deux jours après son départ. Je ne saurais l’exprimer, alors que je suis écrivain. C’est honteux de l’avouer, mais j’ai eu beau refaire le trajet, chercher, c’est comme s’il n’a jamais exister. Est-ce que j’ai fantasmé tout ça ? Non. Bien sûr que non. Mon coeur est une toile qui prouve que tout ça était réel. Le froid qui m’habitait lors du départ de Helel n’a pas disparu. Au contraire. Il est plus grave encore. J’en tremble comme une toxicomane en manque. J’ai beau dormir, mangé, boire des boissons chaudes, cela ne change rien. Ou ça me réchauffe, mais il reste toujours une zone en moi qui reste glacée. Je passe mon temps à regarder mon téléphone, en attente d’un coup de téléphone. A tel point qu’un jour, je ne sais plus qui a rit en disant «Elle est amoureuse ?» Non. Ce n’est pas de l’amour. C’est du masochisme. Helel m’a abandonné. Le lendemain j’avais si mal partout que j’ai eu toutes les peines du monde à sortir de mon lit. Les traces qu’il a faite sont si violemment encrées dans ma peau que l’on pourrait croire que j’ai survécu à une agression. Je devrais le détester. Mais au contraire. Je le désir. Et chaque jour qui est passé depuis cette nuit, a été plus insupportable à chaque fois.
Je me suis perdue dans des soirées, dans l’alcool et les substances récréatives. J’ai fait des soirées dans l’espoir de le croiser. A défaut, je suis rentré avec des inconnus, des inconnues. Un, deux, trois, parfois quatre en même temps. J’ai demandé à ce qu’on me fasse mal, mais personne n’est parvenu à remplir mon désir. Mon intimité ne mouillait jamais autant que cette fameuse nuit. Oui. Un mois pathétique où j’ai tout tenté pour ressentir à nouveau ce que j’ai pu ressentir dans les bras de Helel. Alors oui, évidemment, j’ai ressenti du plaisir, j’ai eu des orgasmes et c’était bien. Mais mon cerveau semble embrumé. Semble...contrôlé par je ne sais quelle magie, à distance. Par contre, depuis cette nuit, j’écris et mes doigts parcourent le clavier à une vitesse que je ne me connaissait pas. Je trouve les mots pour mes personnages, leur fait faire des actes qui sortent d’une imagination lubrique que Helel à éveillé. Aemi, meilleure amie et relectrice principale, sort de ses lectures trempées. C’est elle-même qui me le dit. Que ce petit «voyage» semble m’avoir ouvert encore plus l’esprit au niveau artistique. C’est amusant. C’est plaisant. Mais cela ne comble pas ce que je ressens comme un vide si grand que j’ai peur de ne jamais plus être capable de le combler.
Il y a une semaine environ, après des nuits d’insomnies et d’amnésies chimiques, de parties de sexes que je ne décrirai pas tant elles étaient obscènes, j’ai repensé à quelque chose. Le livre. Ce fameux livre que Helel m’a confié, auquel ne j’ai pas prêté grande attention, obnubilée par ce que nous faisions. Je n’avais pas compris pourquoi il m’avait donné une telle chose. C’est trop incongru qu’un amant aussi brutal et dominant, donne un livre à sa soumise. Et quand il a disparu, je suis rentré et je l’ai oublié dans le fond de mon sac. Mais il y a une semaine, après m’être remise d’une bonne gueule de bois, j’y ai repensé tout à coup et suis allé le chercher dans le fond de mon sac à dos. Je l’ai parcouru sans comprendre. Ce n’était même pas dans une langue que je connaissais ou qui semblait compréhensible pour une humaine. J’ai eu, en le parcourant, la sensation presque désagréable d’être dans un film. Un genre de Lara Croft en culotte, assise sur son lit, à parcourir des pages blanches, marquées parfois de symboles, de lettres, mais jamais de mot. J’aurais dû l’abandonner dans un tiroir et ne plus le toucher, mais à chaque fois que je perdais patience en le parcourant, le balançait quelque part, j’y revenais. Et j’y reviens encore et encore, comme s’il m’attirait et me faisait, l’espace de quelques instants salvateurs, oublier Helel.
Et ce soir, je suis à nouveau sur ce bouquin. J’ai même mis mes lunettes, chose que je ne fais pour ainsi dire, jamais. Je parcours les symboles, sans parvenir à mieux les comprendre, bien que j’aie la sensation d’entrevoir ce qu’ils signifient, jusqu’à cette phrase. Cette petite phrase qui n’était pas là hier, j’en suis certaine.
« Si tu me veux à nouveau, allonge-toi sur ton lit, et touche-toi pour moi. »
Je me tourne vivement, assise sur mon lit, mais il n’y a rien. Personne. Déçue ? Peut-être. J’ai eu l’impression de l’entendre. Je me lève et vais voir dans le couloir, mais non. C’est dans ma tête. Mon coeur bat plus fort et c’est de l’espoir de le revoir. Je le sens jusque dans ma culotte qui est trempée alors que je n’ai encore rien décidé.
Bien vite, je suis dans le salon, lieu de notre «première rencontre», une main glissant déjà dans ma culotte tandis que je parcours encore et encore les mots que je découvre ce soir. Je n’ai pas besoin de me toucher longuement pour sentir le plaisir monter. Je suis déjà excitée à en avoir mal aux seins. Je m’allonge sur le canapé, face à la grande fenêtre, à l’immense téléviseur qui était aussi là notre première nuit lui et moi et je continue de me toucher, de plus en plus fébrile. Comme si ça allait le faire apparaître, comme si c’était un génie dans une lampe. «Viens...je t’en supplie...» Je souffle et soupir, mes gémissements que je tais, d’angoisse, entre mes lèvres closes. Le livre tombe au sol lorsque je sens le premier orgasme me gagner. Sans attendre, je recommence à me caresser, cherchant ma cyprine qui colle le tissu à ma main, souille mon canapé. Cambrée, les pieds sur le coussin d’assise, je relève les hanches et reprends la masturbation afin d’atteindre un autre orgasme, insatiable.