- Madame Hua vous êtes convaincue que vous ne voulez pas que je…
Li lève la main en l'air pour dire à son domestique de se taire avant de le dévisager, elle n'aimait pas qu'on insiste quand elle avait donné ses consignes.
- Je n'aime pas me répéter vous savez.
Le majordome disparu du cabinet pendant que la patronne finissait de dresser ses affaires. Elle avait été contactée par un préposé de Monsieur Venceslas Gordian, une énorme richesse de la ville pour arranger une entrevue en toute discrétion. C'est pour ça qu'elle voulait y aller seule et ainsi elle pouvait faire ce dont lle avait envie. Li ne savait pas combien de temps le rendez-vous allait occuper, c'est pour ça qu'elle n'avait pas bloqué sa soirée ni la journée du lendemain.
Elle ferme les loquets de sa mallette qui contenait des papiers importants, des échantillons d'opium et autres archives. Elle n'avait nul détail sur l'arrangement que voulait lui suggérer Monsieur, c'était une vaste énigme pour Li. En tout cas, c'était l'heure d’y aller si elle ne voulait pas être en retard, c’était le début du printemps et les soirées étaient encore fraîches, la patronne s’arrêta en face de son dressing pour saisir un long châle en plume d’oie sauvage pâle. En dessous, elle avait décidé pour une interminable robe ajustée ouverte sur sa jambe droite jusqu’à son genou, cramoisie, avec des motifs asiatiques comme certains kimonos.
Li descendit dans son parking pour choisir la voiture qu’elle allait prendre, une vieille américaine grise, passe-partout, à l’intérieur il y avait quand même l'installation indispensable pour y brancher son GPS. Car Monsieur Venceslas demeure à l'extérieur de la ville, dans la forêt adjacente pour plus de quiétude elle présume. Il y avait une bonne demi-heure pour échapper de la ville et une quinzaine de minutes pour parcourir les bois, Li alluma la radio pour avoir un peu de compagnie et se vider l’esprit avant son rendez-vous.
La route fut agréable et Li arriva dans les temps, se garant devant la résidence, l’agent de Monsieur Venceslas l’attendait devant pour l’accueillir comme il se devait.
- Monsieur.
Il l’aida à sortir de la voiture avant de la mener à l’intérieur du somptueux jardin, Li en profitait pour contempler les sculptures qui se trouvaient là un certain érotisme s'en dégage sans être véritablement vulgaire. Un homme de goût ainsi qu'un fil conducteur pour lui conseiller des œuvres rares que Li avait en sa possession… L’agent du propriétaire des lieux, faisait la discussion avec la dirigeante de la famille Hua, jusqu’à aboutir devant la porte d’entrée qu’il ouvrit pour la laisser passer en première et lui expliquer qu’il allait la laisser ici Monsieur Venceslas ne devrait pas tarder à arriver. En partant, il prit les clés de sa voiture pour la décaler, ainsi que son châle en plume lui libérant les épaules pour qu’elle se sente plus à l’aise. Li sentait encore une jeune fraîcheur lui effleurer la nuque lui offrant un frémissement.
- Merci.
L’agent disparut dans la résidence, laissant Li seule dans l’entrée qui dans un silence religieux s’arrêta sur l'imagerie centrale un gigantesque tigre qui prenait une humaine, elle s’approcha ses talons claquant sur le sol pour constater les détails. C’était la première fois qu’elle voyait une sculpture de cette nature, se demandant bien quel artiste avait pu la façonner, ça devait être une commande spécifique. Si l’occasion se présentait, elle ne manquerait pas de lui demander la symbolique derrière.