Le Grand Jeu - Forum RPG Hentai

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Les landes ... [ Saïl ... ]

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Cyanne

Créature

Les landes ... [ Saïl ... ]

vendredi 15 mai 2009, 21:14:38

La jeune fille fit glisser sa main le long de la feuille à gros grain, posée doucement sur ses genoux, sur une planche de bois rude et solide. Elle reposa sa sanguine à côté de son fusain et son sépia, et releva ses yeux clairs vers le paysage muet, stoïque et poétique. Elle cligna des yeux doucement, et fit craquer un carré de chocolat noir à la menthe, ses favoris. Elle attrapa son sépia, soulignant avec douceur le soleil qui s’éteignait, les yeux droit devant elle, tremblante sous un léger vent frais qui annonçait une soirée des plus fraîche. Elle sentait l’eau, la fraicheur, mais pas la puanteur des poissonneries, non, elle sentait plutôt l’eau douce, comme un drap, légère, qui vous effleure, vous fait sourire et soupirer de plaisir. Elle remonta sa longue manche qui tombait …

Elle portait encore son capuchon rougeoyant dans la fin du jour, et arborait une nouvelle robe noire qui dissimulait ses pieds, faisant une traîne derrière elle. Sur son cou pendait un de ces colliers rouge et noir qui vous mangent l’intégralité du cou et de la nuque, semblable à ceux que portaient les riches dames de la cour. Ses cheveux blonds avaient disparus, et étaient devenus bouclés, entourant son visage d’ange de boucles blondes délicates. Elle passa sa main dans ces boucles, soupira, esquissa un sourire et signa son œuvre.


«  La nuit dans mon sommeil, se glisse un homme … Sa voix éclate en moi, sa voix me sonne … Serait-ce un rêve encore ? Mais cette fois … Je sais, que le fantôme de l’opéra … Est-là, en moi … »


Nouveau sourire. Douce mélodie. Elle eut un soupir, fit claquer sa lèvre contre son palet et avala un nouveau morceau de chocolat. Depuis longtemps elle revenait ici, se remémorant avec douceur les instants où elle avait découvert cet être étrange et adorable. Elle espérait qu’il revienne, qu’il repasse la voir … Depuis le temps, elle n’avait plus cette allure de petite fille, elle avait adoptée une taille de jeune femme de 20 ans, un physique timide et tendre, des jambes longues et fines qu’elle adoptait avec difficulté quand elle sortait de l’eau … Serait-il possible qu’il la reconnaisse ? Elle eut un sourire effacé. Sûrement pas …

( http://www.youtube.com/watch?v=uPMJGvRFnuo )

C'est vivre et cesser de vivre qui sont des solutions imaginaires. L'existence est ailleurs.




Saïl Ursoë

Créature

Re : Les landes ... [ Saïl ... ]

Réponse 1 lundi 18 mai 2009, 19:50:20

Une journée tranquille dans les Landes Dévastées : le vent soufflait tranquillement en une lancinante plainte hululante, soulevant de tristes nuages de poussières qui avaient l’air de se soulever du sol en des spasmes d’agonie avant de retomber jusqu’à la prochaine bourrasque assez puissante pour les ranimer l’espace d’un instant ; l’entièreté du paysage ne laissait voir que ce terrain rocheux à jamais stérile qui avait donné son nom à ces arides contrées, ça et là hérissé de rares arbustes qui persistaient en dépit de l’hostilité extrême du climat en une lutte désespérée qui confinait au futile le plus pitoyable. Comme on peut le voir, les lieux étaient des plus charmants, et tendaient les bras aux touristes potentiels avec un grand sourire fait de dents noircies et pourries qui semblait signifier : « Viens donc que les êtres difformes qui habitent en mon sein puissent faire ce qu’ils voudront de toi ! », et en parlant d’être difforme, on pouvait en distinguer un, une espèce de créature à l’aspect abâtardi, sorte de mélange aussi grotesque que répulsif entre un homme de Cro-Magnon  et un gros lézard bubonique. L’erreur de la nature faisait face en poussant des sifflements crachotants qui se voulaient probablement des manœuvres d’intimidation à un géant au bâti animal qui faisait au bas mot une fois et demi sa taille, recouvert de poils bruns, étrangement vêtu d’un pagne de peau qui contrastait avec la nudité de l’autre. Campé sur ses deux mètres trente-quatre, l’être à mi chemin entre un humain et un loup aux proportions colossales le fixait de ses deux yeux à la couleur noisette dont la petitesse était compensée par la brillance alerte qui les habitait ; et en dépit du caractère d’affrontement sans merci de la situation, il abordait un air presque blasé, les bras croisés, sa queue se balançant tranquillement dans l’air lourd, comme si ce qu’il avait devant lui n’était qu’une nuisance sans intérêt ni danger. Tel n’était pas le cas du reptilien dont les feulements redoublèrent, ses pattes crissant sporadiquement sur le sol sale, le corps agité de tremblements spasmodiques qui évoquaient un comportement proche de l’hystérie violente, et qui, de fait, ne tarda pas à charger, pointant ses griffes acérées et ses crocs vicieusement tranchants en direction de la gorge de son adversaire.

En un arc de cercle souple d’une précision nonchalante, la main droite de celui-ci partit et vint cogner le visage de l’impudent en plein vol comme un battoir en une gifle impitoyable du plat de la main, l’envoyant bouler au sol où il resta quelques secondes sans se relever, voyant manifestement de jolies étoiles, avant de se remettre debout d’un bond pour refaire face à son opposant qui avait repris sa position initiale, dardant son regard toujours aussi calme dans les pupilles injectées de sang de la sale bête. Celle-ci, les globes oculaires exorbités, l’observait dans une attitude de crainte presque frénétique, et lorsque l’homme-loup leva à nouveau une patte comme pour réitérer son geste, elle n’insista pas et prit ses jambes à son cou, décampant sans se retourner vers des horizons inconnus, sa silhouette chafouine ne tardant pas à se perdre parmi d’autres détails du paysage, laissant la vainqueur reprendre sa marche interrompue avec un soupir d’agacement et de soulagement mêlés : il n’était pas mécontent que cette rencontre inopportune ne se fût pas conclue d’une manière plus problématique, mais d’un autre côté, il était consternant de voir que les autochtones à caractère monstrueux du coin ne semblaient jamais se faire à l’idée que face à lui, ils n’avaient aucune chance… ou tout du moins que ceux qui l’avaient affronté jusqu’ici n’avaient jamais eu aucune chance.
Si les environs étaient aussi pénibles à parcourir, alors pourquoi y était-il venu ? Tous ceux qui connaissent Saïl Ursoë sauront qu’il n’y avait pas trente-six solutions : toujours aussi obsédé par l’idée de concocter son antidote au Terranis, seule la perspective de trouver un ingrédient utile à une telle confection pouvait le pousser à aller rouler sa bosse dans des régions aussi peu accueillantes de Terra. Hé oui, si on peut arracher le scientifique à son laboratoire, on ne peut pas arracher le laboratoire au scientifique, et la graine du projet avait fermement pris racine dans l’esprit entreprenant de l’ex-humain, virant presque en une monomanie qui le poussait à sans cesse redoubler d’efforts pour parvenir à l’aboutissement de ce projet qui lui était si cher, quitte à y passer la plupart de ses heures de veille.

Et ces derniers temps, il avait la nette impression qu’il touchait au but : au fur et à mesure que les jours s’écoulaient, il voyait de plus en plus nettement la lumière au bout du tunnel, déblayant inlassablement les obstacles qui s’interposaient entre lui et la finalisation de sa mixture providentielle ! Dans le cas présent, il s’était aventuré jusque dans les Landes afin d’acquérir un minéral dont les propriétés seraient certainement utiles pour stabiliser la réaction chimique et éviter que son corps ne subît une transformation plus incontrôlée qu’elle ne risquait déjà de l’être avec un maximum de précautions ; et c’était alors qu’il flairait les parages pour détecter l’odeur métallique caractéristique de ce produit qu’il était tombé sur cette déplaisante rencontre qui ne s’était pas privée de lui chercher noise. C’était assez étrange d’ailleurs, étant donné qu’une créature maigrichonne comme celle-ci ne l’aurait probablement pas attaqué aussi témérairement si elle n’avait pas eu une bonne raison de se battre becs et ongles pour quelque chose… quelque chose que Khral ne tarda en réalité pas à discerner alors qu’il se remettait à humer l’air pour reprendre ses recherches : une senteur humaine qui avait de toute évidence attiré ce gros lézard mal dégrossi !
Non, en réalité, ce n’était pas vraiment un être humain, même si ça pouvait en avoir l’air au premier abord, car derrière ces émanations de chair fraîche se dissimulaient d’envoûtantes fragrances océanes : une touche fine mais puissante d’iode, un soupçon salin, un zeste de sable… tout cela lui rappelait vaguement quelqu’un qu’il avait connu, mais qui ? Fragrances océanes, fragrances océanes… qui donc émettait ces fragrances océanes ?

Mais oui ! Océane, oh Cyanne ! C’était elle ! Cette jeune fille qu’il avait vue redevenir sirène devant ses propres yeux une poignée de minutes à peine avant qu’ils ne se quittassent en des adieux déchirants pour le tendre homme-loup, ça ne pouvait être qu’elle ! Partant au triple galop, le cœur gonflé d’espoir et d’enthousiasme, il avala à foulées effrénées la distance qui le séparait de cette adolescente qui s’était montrée si adorable avec lui, ralentissant toutefois lorsqu’une silhouette solitaire se laissa voir, altièrement dressée au milieu de nulle part, une silhouette que le loup-garou incrédule à cette vision ne put malheureusement pas assimiler à celle de sa protégée : si l’on faisait abstraction des vêtements pourtant presque identiques à ceux de celle sur qui il était tombée il y avait un petit mois de cela, la taille qu’elle faisait était bien supérieure à celle de la frêle jeune fille dont il avait gardé le tenace souvenir, même s’il pouvait retrouver cette blondeur éclatante dans ses cheveux qu’il distinguait nettement par le contraste que cette chevelure d’or faisait avec le reste du paysage. Et pourtant, Saïl avait comme l’intime conviction qu’il ne pouvait s’agir que d’elle en dépit des disparités, comme si une rémanence du lien qui s’était tissé entre eux durant le temps trop court qu’ils avaient partagé s’était soudain mise à vibrer d’une vigueur renouvelée, l’encourageant à s’avancer vers elle en trottinant timidement à pas feutrés dans sa direction, l’enchantement de la scène lui donnant l’impression que tout mouvement cosmique s’était interrompu pour s’harmoniser autour de cette ravissante figure féminine en face de laquelle il finit par s’agenouiller, autant pour se mettre à hauteur de son visage que par une sorte de déférence instinctive envers cette splendeur aquatique mythologique à l’apparence humaine.
Et quand leurs regards se croisèrent, il eut l’intime conviction qu’il n’y avait plus d’erreur possible : ces yeux d’une profondeur marine proprement étourdissante qui semblaient vouloir happer le spectateur jusque dans les gouffres infinis des splendeurs de l’océan auraient peut-être pu appartenir à n’importe quelle sirène, mais la lueur qui y brillait ne pouvait provenir que d’une seule d’entre-elles qui se nommait…

« Cyanne ! »
Parvint-t-il à hoqueter, la gorge serrée, les prunelles brillantes de larmes de joie.
« Modifié: mercredi 27 mai 2009, 01:07:18 par Saïl Ursoë »
Dites, en me voyant, que voyez-vous ?                             En vérité, je suis partagé
Est-ce un monstre, un cauchemar, un loup fou ?                  Entre Khral, ce fougueux loup emporté
Est-ce un fort centaure qui brame et mord ?                       Et Saïl ce timide humain gêné,
Est-ce une bête de poils au coeur d'or ?                            Mais ça, jamais mal intentionné !
Est-ce Elephant Man qui crie, mis à mal :                          Certes, je grogne, je bondis je rue,
« Non, je ne suis pas un animal ! » ?                               Mais jamais je ne griffe ni ne tue.
                                                                               Aussi, approchez donc, n'ayez pas peur.
                                                                               C'est promis, je vous recevrai sans heurt.



Cyanne

Créature

Re : Les landes ... [ Saïl ... ]

Réponse 2 jeudi 21 mai 2009, 12:10:11

- Khral !

La jeune fille eut un agréable sourire en reconnaissant son ami. Elle en laissa tomber son œuvre, les sanguines, sépia et fusain heurtant le sol rude pour se briser ensuite sous la violence, le papier s’imprégnant de la couleur de la terre, son odeur, sa texture, laissant une empreinte qu’elle n’effacerait jamais. Elle n’eut pas besoin d’instant de réflexion, c’était lui, il n’y avait que lui pour être ainsi, elle le reconnaissait grâce à ses souvenirs, grâce à cette odeur qu’elle avait gardée en mémoire, cette voix qui résonnait dans son cerveau, cette silhouette, cette attitude .. Tout. Il n’y avait que Khral pour être ainsi … elle eut un sourire, à nouveau, son visage se plissant sous l’effet du bonheur et de la joie, et elle n’hésita pas à lui sauter dessus, pour se serrer contre lui, comme elle l’avait déjà fait. Il l’avait vue se transformer, grâce à une magie et une force inconnue. Elle était avec lui quand c’était arrivée, et c’était cela qui les unissaient. Elle eut un nouveau grand sourire, heureuse de retrouver son ami, et releva son fin visage vers le sien.

- Ah, tu m’as manqué ! Même sous les profondeurs marines, j’ai pensé à toi !

C’était vrai. Elle avait retrouvée tout ses amis, ses souvenirs, et n’avait eu de cesse de penser à l’instant où les écailles avaient envahis sa peau et où sa queue de poisson était revenue, telle une invitée tardive que l’on attend avec impatience. Elle se resserra joyeusement contre lui, toute souriante. C’était comme si elle revivait la même scène, sauf qu’elle connaissait cette fois tout ce qui se passerait, qui étaient les protagonistes, les héros, sans pour autant connaître le dénouement. Elle était heureuse, tout simplement … Elle avait récupéré ses pouvoirs, sa force, sa vitesse de nage, et surtout son ami …

C'est vivre et cesser de vivre qui sont des solutions imaginaires. L'existence est ailleurs.




Saïl Ursoë

Créature

Re : Les landes ... [ Saïl ... ]

Réponse 3 jeudi 21 mai 2009, 15:51:16

La situation semblait une délicieuse pièce de tragicomédie tant les gestes et les paroles s’enchaînaient avec une beauté qui n’exceptait nullement une ravissante spontanéité : comme à la fin d’une pièce où deux âmes chères l’une à l’autre se retrouveraient après être passées par les affres de la séparation, un dénouement heureux survenait, chacun reconnaissant l’autre au premier regard et prononçant son nom comme pour raffermir la douce complicité qui les unissait, l’exclamation de Cyanne faisant écho à celle de Khral. Autour d’eux, il y avait les menaçantes landes au sein desquelles ils se tenaient, et à leurs côtés les délicats ustensiles de dessin de la sirène qui se tâchaient irrémédiablement, mais ces éléments n’apparaissaient que comme des données extérieures à la scène de théâtre qu’ils formaient à eux deux ; des objets à l’utilité d’une négligeable caducité : tout ce qui importait dans le champ de vision de l’homme-loup ému était cette silhouette à la fois si majestueuse et attendrissante drapée de vêtements raffinés qui ne faisaient que rehausser son éblouissante beauté naturelle. Ce n’était pas un secret, il mourrait d’envie de la serrer dans ses bras comme il l’avait fait auparavant, la tenant contre lui dans l’antre inviolable de sa caverne, la nichant avec bonheur dans un berceau d’inébranlable tranquillité : son apparence pouvait bien avoir gagné en années, il n’en nourrissait pas moins les mêmes sentiments d’amour fraternels qu’avant, et s’interdisait toujours autant de la considérer comme autre chose que sa protégée qu’il n’oserait jamais pousser à des extrémités aussi libidineuses que celles que la bête en lui encourageait pourtant de vive voix. Manifestement, la mythique jeune fille partageait ces sentiments car, par ce qui semblait l’effet d’une connexion spirituelle imperceptible mais bien présente, elle se laissa aller contre lui avec enthousiasme, redoublant le bonheur de Saïl jusqu’à un point presque intolérable, deux larmes coulant de ses yeux clairs en un sanglot comblé alors qu’il lui rendait sans réserve son étreinte. Une main au niveau de son coccyx, l’autre sur le haut de son dos, il put sentir sous son pouce la dureté de la pierre précieuse fichée sur sa nuque, signe qu’elle était restée toujours aussi merveilleusement sirène qu’au moment où ils s’étaient séparés et qu’elle avait de toute évidence pris soin de conserver sa chasteté de manière à ne pas se retrouver affublée d’une nature humaine qui lui avait jadis été si insupportable.

« Moi aussi. Je ne t’ai jamais oubliée. Si tu savais comme je suis heureux de te revoir ! » Lui répondit-il en la fixant avec un immense sourire aux lèvres, s’immergeant dans les profondeurs de ce regard mystérieux si profondément océanique unique à Cyanne.

C’était la vérité : il avait conservé la toge qu’elle avait laissée sur la plage le jour de son départ comme un reliquaire, ne pouvant étouffer un soupir de nostalgie à chaque fois qu’il reposait les yeux sur l’habit d’un blanc immaculé ou posait ses doigts sur la soyeuse étoffe à l’odeur si douloureusement familière. Il avait également toujours gardé l’écaille qu’elle lui avait donnée pour lui permettre de rentrer au plus vite chez lui, n’ayant pas voulu gaspiller l’essence qu’elle refermait alors qu’il avait pu tout simplement réintégrer son domicile à pattes, le petit artefact ayant son importance pour lui bien davantage à cause de sa valeur sentimentale que pour ses propriétés magiques. Il devait l’avouer, il avait également rêvé d’elle, et à son profond désarroi, ces expériences qui approchaient parfois du délire onirique le plus déchirant de par leur réalisme revêtaient parfois un caractère indubitablement érotique qui le laissait suant et soufflant à son réveil, aussi pétri de remords que s’il avait commis le plus impardonnable des sacrilèges, se cognant la tête contre les murs avec fracas pour chasser les images atrocement vivaces qui persistaient dans son esprit tourmenté.
Par la suite de son retour au pays, il avait fait plusieurs fois le chemin jusqu’à ce rivage si lourd de souvenirs avec la folle espérance de pouvoir la revoir ou d’au moins pouvoir avoir de ses nouvelles par le biais d’un membre de sa race, mais de tels attentes s’étaient toujours vues déçues, et il avait dû à chaque fois revenir bredouille, désespérant d’avoir un jour la chance de recroiser son chemin. Et voilà que maintenant, alors qu’il ne s’y attendait même pas, il la retrouvait en chair et en os, certes changée physiquement, mais aussi délicieusement pétulante qu’auparavant, ayant gagné en grâce et en beauté ce qu’elle avait perdu en joliesse. En réalité, cette maturité qu’elle avait prise le troublait, mais il faisait de son mieux pour n’en laisser rien paraître de manière à ne pas briser la magie du moment par de désagréables réactions ou par de déplaisants commentaires. Relâchant un peu son câlin, il s’assit pour l’installer sur un de ses genoux épais, un bras protecteur passé sur ses épaules finement dessinées, l’autre posé en travers de ses jambes au galbe délicat, s’assurant avec mille égards de ne pas faire trop peser le poids de ses gros bras sur un corps aussi frêle.

« Alors, qu’est-ce que tu deviens ? »

Question somme toute des plus banale, mais pourquoi aurait-il été besoin de faire preuve de raffinement et de manières alors qu’ils étaient si proches ? Foin de tergiversations, Saïl voulait sans tarder rattraper les longues journées qu’ils avaient passées loin l’un de l’autre, désirant bavarder son cérémonies avec sa Cyanne adorée pour tout savoir sur elle depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus… comme au bon vieux temps pouvait-on dire, car même s’il n’était pas vieux, il avait été sans conteste bon.
« Modifié: lundi 25 mai 2009, 08:27:29 par Saïl Ursoë »
Dites, en me voyant, que voyez-vous ?                             En vérité, je suis partagé
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Est-ce un fort centaure qui brame et mord ?                       Et Saïl ce timide humain gêné,
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Cyanne

Créature

Re : Les landes ... [ Saïl ... ]

Réponse 4 jeudi 20 août 2009, 11:31:04

La jeune fille eut un sourire en entendant ce qu’il disait. Ainsi, il était content de la revoir, tout comme elle était heureuse de revoir cet ami qu’elle avait laissé au profit de l’océan et son appel. Elle se frotta les yeux, comme pour se rendre compte de ce qu’il se passait vraiment, qu’elle était vraiment là avec lui, et eut un petit sourire. Quel bonheur de retrouver cet être mystérieux … Nombres de fois elle avait rêvée de lui, repensant à leur rencontre, à lui venait la voir sur la plage, à tout ces mots qui sortiraient, ces gestes qu’ils retrouveraient, cette émotion débordante … Elle se mordit les lèvres, et tâcha de respirer calmement. Tout était différent, mais rien n’avait changé. C’était un délice. Il était toujours le même, elle reconnaissait sa voix, son ton, son attitude, comme si il ne s’étaient jamais quittés. Elle inspira violemment, et calma sa sensibilité en calant une main contre son cou.

-   J’ai encore du mal à respirer hors de l’eau, s’excusa t’elle.

Elle toussa vivement, et plongea ses yeux dans ceux de son ami, un sourire immense sur les lèvres, sentant tout un bonheur l’envahir. Elle ne venait sur terre que pour le voir. Rien d’autre ne la retenait. Le savait-il seulement ?

-   Je passe mon temps à utiliser des sortilèges pour aider les requins. Je vis avec eux et quelques autres sirénes, et je peux me transformer en requin depuis peu. C’est sympathique …

Elle eut un éclat de rire, et baissa les yeux.

-   Je suis … heureuse de te revoir, tu sais, lâcha t’elle. Très …

Elle releva son visage, souriante.

- Et toi ? Que deviens-tu ?

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Saïl Ursoë

Créature

Re : Les landes ... [ Saïl ... ]

Réponse 5 lundi 31 août 2009, 04:16:19

A vivre une situation foncièrement aussi surréaliste (une sirène et un loup-garou ? On croyait rêver) et pourtant si naturelle pour lui, il ne put s’empêcher de se demander ce que sa nature actuelle lui avait plusieurs fois fait se demander au cours de ses longs mois de solitude animale, retranché dans sa caverne lorsqu’il n’était pas sorti chasser : le Saïl Ursoë d’avant aurait-il cru une seconde que cela aurait été possible ? La comparaison entre son statut passé de rat de laboratoire certes génial mais peu sociable et celui présent de sommet de la chaîne alimentaire des Contrées du Chaos était toujours aussi stupéfiante, et il ne se lassait jamais de la faire pour pleinement apprécier l’originalité de sa situation, ne sachant pas trop à chaque fois s’il aurait dû éclater d’un rire de triomphe ou se mettre à pleurer de désespoir.
Mais bref, pour le moment, ce qu’il se sentait d’arborer comme expression faciale, c’était le large sourire bienheureux qui s’était épanoui sur son visage, expression faciale qui se ternit toutefois pour laisser le visage de l’homme-loup se pénétrer d’inquiétude en voyant que sa tendre protégée semblait prise de quelque trouble inconnu qui gênait ses capacités respiratoires, défaut qu’elle justifia par un manque d’habitude auquel il fut très sensible, sentant sa gorge se serrer à l’idée qu’une si gentille et aimable personne avait pris le risque et le dérangement de quitter ce qui était son milieu naturel pour s’aventurer sur la terre ferme et aller le retrouver… lui qui n’estimait pourtant avoir rien fait de se extraordinaire dans son éternelle modestie. Profondément touché, il la fixa avec la même intensité que celle avec laquelle elle l’observait, la lueur de reconnaissance et de profonde amitié éminemment bienveillante qui se lisait dans ses prunelles brunes valant bien le sourire qu’il avait précédemment affiché.

Véritablement ensorcelé par la splendeur innocente qui se dégageait de toute sa personne, il but véritablement ses paroles, vivant mentalement ce qu’elle avait vécu au fur et à mesure qu’elle le lui racontait, toute son imagination et toutes ses connaissances étant monopolisées pour se rapprocher le plus possible d’elle en la suivant dans ses souvenirs. En temps normal, le scientifique en lui aurait à coup sûr été éminemment fasciné par la simple évocation d’un sortilège, et se serait empressé de littéralement bombarder de questions son interlocutrice au sujet des tenants et des aboutissants d’une telle magie, mais pour l’occasion, pour une rare fois, peu lui importait l’aspect technique, logique et explicatif des choses, tout ce qui lui importait étant de s’imprégner le plus possible de tout ce qui faisait sa chère Cyanne avant que vînt pour une seconde fois le moment de la séparation auquel il n’osait même pas songer.
Et dans toute l’attitude de la sirène, il se dégageait une simplicité à laquelle on aurait eu du mal à croire : une créature capable de manipuler les flots de manières toutes plus impressionnantes les unes que les autres et même de s’acclimater à son milieu de vie jusqu’à pouvoir prendre la forme de certains résidents matins aurait été bien en droit de s’en vanter. Au lieu de cela, celle que Khral tenait contre lui qualifiait ces expériences extraordinaires de « sympathiques », comme une banale promenade de santé ; et devant cela, entre l’ébahissement, l’admiration ou l’incrédulité, il ne savait pas vraiment ce qu’il ressentait le plus. Cependant, ce qu’il ressentit en voyant ensuite la timidité de la blonde enfant et la difficulté qu’elle éprouvait à avouer le bonheur qu’elle avait de le revoir, ce fut de l’embarras bien plus que du plaisir de se savoir pareillement estimé, ce grand dadais de Saïl ne sachant définitivement pas comment réagir devant un compliment.

Heureusement, cette situation de gêne ne s’éternisa pas, l’entité des mers s’empressant d’embrayer sur un autre sujet en invitant son ami dévoué à lui parler de sa propre vie, question à laquelle il réfléchit un moment avant de répondre, pesant avec circonspection l’effet que ses paroles auraient pu avoir. D’emblée, il lui apparut que s’il disait la vérité trop directement, il ne ferait que l’angoisser : des rencontres toutes plus troublantes les unes que les autres qui s’achevaient trop souvent d’une manière indigne de personnes civilisées, une lutte quasi-permanente pour sa survie, un ostracisme présent à tous les étages… non, définitivement, il préférait ne pas mentionner ces aspects de sa vie afin qu’elle n’eût surtout pas à se faire du souci pour lui.

« Pas grand-chose qui sorte de la routine. » Répondit-il d’un air qui se voulait détaché, ce qui n’était pas tout à fait faux bien que sa routine n’eût rien d’ordinaire. « Je continue de travailler sur l’Humanis Simplex qui devrait inverser le processus du Terranis mais avec les moyens que j’ai c’est assez long et difficile. »

Voilà qui était certainement tout sauf palpitant, pour ne pas dire même intéressant, mais c’était véritablement un des aspects de sa vie qui avait toujours compté et comptait toujours le plus pour lui : la science était une composante indissociable de sa vie,  au même titre que son identité ou la couleur de ses yeux.
Toutefois, voilà que déjà l’inconfortable silence se mettait en place, et, pas tant pour le combler que parce que ce passage à vide laissa au loup-garou le temps de repenser à ce que Cyanne lui avait dit, il obéit à une envie qui lui hantait le cœur depuis le début de leurs retrouvailles, serrant plus étroitement cet être auquel il tenait tant contre son épaisse fourrure lupine, ayant une courte inspiration vibrante avant de déclarer dans un murmure, un souffle, un soupir :

« Tu es la personne que je pouvais être le plus heureux de revoir. »
Dites, en me voyant, que voyez-vous ?                             En vérité, je suis partagé
Est-ce un monstre, un cauchemar, un loup fou ?                  Entre Khral, ce fougueux loup emporté
Est-ce un fort centaure qui brame et mord ?                       Et Saïl ce timide humain gêné,
Est-ce une bête de poils au coeur d'or ?                            Mais ça, jamais mal intentionné !
Est-ce Elephant Man qui crie, mis à mal :                          Certes, je grogne, je bondis je rue,
« Non, je ne suis pas un animal ! » ?                               Mais jamais je ne griffe ni ne tue.
                                                                               Aussi, approchez donc, n'ayez pas peur.
                                                                               C'est promis, je vous recevrai sans heurt.




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