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Messages - Saël Thorne

Pages: [1] 2 3
1
Les alentours de la ville / L'Ombre du passé [Saël Thorne]
« le: mercredi 14 octobre 2026, 00:11:31 »
Le Prince des Trônes ne répond pas immédiatement.

Les paroles d'Anéa lui parviennent sans qu'il cherche à les interrompre, chacune venant heurter une certitude qu'il n'avait pourtant jamais songé à remettre en question. La pitié. La réparation. La reconnaissance. Autant de raisons qu'elle lui prête, autant de motifs derrière lesquels elle semble s'attendre à le voir se dissimuler. Et, à mesure qu'elle parle, Tsaphkiel comprend que ses précédentes paroles, malgré toute leur sincérité, n'ont peut-être fait qu'effleurer ce qu'elle cherche réellement à savoir.

Elle ne veut pas qu'il lui explique ce qu'elle mérite. Elle ne veut pas qu'il décide à sa place de ce qui pourrait la soulager, encore moins qu'il lui offre une quelconque absolution qu'elle ne lui a jamais demandée. Elle veut savoir pourquoi il est là. Pourquoi, après toutes ces années, lui, parmi tant d'autres, a choisi de se tenir devant elle plutôt que de poursuivre son existence dans les hauteurs célestes.

Et il n'a plus le droit de lui répondre par une demi-vérité.

Son regard suit brièvement le mouvement par lequel elle resserre ses bras autour d'elle, puis s'arrête sur son visage. Il remarque la tension de sa mâchoire, la manière dont elle redresse le menton comme si cette simple posture pouvait suffire à contenir ce qu'elle s'efforce de dissimuler. Il connaît cette attitude. Il l'a déjà vue chez des guerriers blessés qui refusaient qu'on examine leurs plaies, chez des êtres qui préféraient affronter une nouvelle bataille plutôt que de reconnaître qu'ils avaient besoin de reprendre leur souffle.

Mais Anéa n'est pas l'une de ses âmes à juger. Et il ne veut surtout pas devenir une nouvelle autorité devant laquelle elle serait contrainte de défendre son droit à exister.

Alors, lorsque la jeune femme recule, Tsaphkiel ne fait aucun geste pour réduire la distance. Il demeure à sa place, les mains désormais immobiles le long du corps, respectant cette frontière qu'elle vient de rétablir entre eux. Sa serviette nouée autour de la taille lui rappelle, avec une ironie presque absurde, qu'il n'a jamais été aussi peu préparé à une conversation de toute son existence. Non pas parce qu'il se trouve dans cette tenue, mais parce qu'aucune fonction, aucun enseignement et aucune connaissance accumulée au fil des siècles ne lui ont appris comment répondre à ce qu'elle vient de lui demander.

- Qu'est-ce que tu attends de moi ? Que je te remercie ? Que je te dise que ça me touche ? Que je te raconte combien j'ai souffert pour que tu puisses repartir avec la satisfaction d'avoir enfin fait quelque chose de bien ?

Les questions résonnent dans son esprit avec une insistance qu'il ne peut ignorer.

Rien.

C'est la première réponse qui lui vient. La plus simple, aussi. Pourtant, elle lui semble incomplète, presque malhonnête dans sa facilité. Car s'il ne souhaite rien lui prendre, s'il n'attend ni gratitude, ni pardon, ni reconnaissance, il existe bel et bien quelque chose qu'il désire. Quelque chose qu'il n'a jamais eu à envisager auparavant, parce qu'il n'a jamais rencontré de raison de le souhaiter.

Il voudrait rester.

Pas simplement jusqu'à ce que sa blessure soit soignée. Pas jusqu'à ce que les conséquences de son passage sur Terre soient dissipées, ni jusqu'à ce qu'il puisse déclarer sa mission achevée et retourner auprès des siens avec la certitude d'avoir accompli son devoir. Il voudrait pouvoir demeurer dans cet appartement après que les questions auront cessé, après que les souvenirs auront perdu leur emprise sur la soirée, après même qu'Anéa n'aura plus aucune raison pratique de tolérer sa présence.

Il voudrait être là lorsque rien ne l'exige.

Cette découverte ne lui apporte aucun apaisement. Elle soulève au contraire en lui une inquiétude profonde, étrangère à la crainte du danger et aux calculs de l'Équilibre. Car ce désir ne répond à aucune nécessité qu'il puisse mesurer. Il ne protège aucun principe, ne corrige aucune injustice et ne rétablit aucune harmonie cosmique. Il existe simplement, et cela suffit à bouleverser l'ordre avec lequel il a toujours vécu.

Tsaphkiel baisse un instant les yeux. Ses doigts se contractent légèrement, puis se détendent lorsqu'il prend une inspiration lente. Il pourrait encore choisir ses mots avec soin, les arranger jusqu'à ce qu'ils deviennent irréprochables. Il pourrait offrir à Anéa une réponse digne du Prince des Trônes, une vérité parfaitement formulée, dépouillée de tout ce qui risquerait de le trahir.

Mais elle vient précisément de lui demander de cesser de faire cela.

Alors, lorsqu'il relève le regard vers elle, il ne cherche plus à dissimuler son hésitation derrière une assurance de façade.
"Je n'attends rien de toi, Anéa."

Sa voix est calme, mais moins ferme qu'à l'accoutumée. Non parce qu'il doute de ses paroles. Parce qu'il mesure ce qu'elles impliquent, et ce qu'il lui reste encore à trouver le courage de dire.
"Ni gratitude. Ni pardon. Je ne te demande pas de reconnaître que ma présence t'est utile, ni même de l'accepter comme une bonne chose. Tu ne me dois rien pour ce que j'ai choisi de faire."

Il marque une pause. Son regard demeure posé sur elle, sans chercher à forcer le sien à soutenir le sien en retour.
"Et tu as raison sur un point. Je ne sais pas tout ce que tu as traversé. Je n'étais pas là. Je n'ai pas vu ce que les années ont fait de toi, ce que tu as dû affronter pour continuer à avancer, ni ce qu'il t'a fallu abandonner pour survivre à ce qui t'est arrivé. Je ne prétendrai pas comprendre une souffrance dont je n'ai été que le témoin tardif."

Une infime tension traverse sa mâchoire. Il ne détourne pourtant pas les yeux.
"Je sais que tu as survécu sans moi. Je sais que tu as appris à te relever sans attendre qu'une main se tende vers toi. Et je ne te ferai pas l'affront de prétendre que tu as besoin de moi pour continuer à le faire."

Ces mots lui coûtent moins qu'il ne l'aurait imaginé. Peut-être parce qu'ils ne lui demandent pas de renoncer à ce qu'il ressent, seulement de reconnaître ce qu'Anéa est : une guerrière qui a traversé des siècles de solitude sans que personne ait besoin de lui expliquer comment tenir debout.

Il n'a pas l'intention de lui retirer cette force sous prétexte qu'il vient de découvrir sa propre volonté de la soutenir.
"Mais tu te trompes si tu crois que je suis venu ici pour pouvoir dormir tranquille."

Cette fois, une nuance plus grave s'installe dans sa voix. Pas de colère. Pas de reproche. Seulement le refus tranquille de la laisser faire de sa présence une nouvelle dette qu'elle devrait un jour rembourser.
"Je n'ai pas besoin que tu me pardonnes pour ce que je n'ai pas fait. Je n'ai pas besoin que tu me donnes raison, ni que tu reconnaisses que j'aurais dû agir autrement. Je ne suis pas venu chercher auprès de toi une absolution que je pourrais ensuite emporter avec moi."

Il s'interrompt, les lèvres entrouvertes, avant de les refermer un bref instant.

Et pourtant, tu es venu chercher quelque chose.

La pensée s'impose avec une netteté déconcertante.

Pas une réponse à une faute ancienne. Pas un moyen de réparer ce qui ne peut l'être. Pas même la certitude qu'il est encore possible de rendre à Anéa une part de ce qu'elle a perdu.

Il est venu vers elle. Et maintenant qu'il se trouve ici, il ne souhaite plus repartir.

Cette vérité lui paraît presque déraisonnable lorsqu'il la considère sous cet angle. Il a traversé les siècles en sachant précisément quelle place occuper, quelles limites ne jamais franchir, quelles décisions prendre lorsque les émotions des autres menaçaient d'altérer leur jugement. Il a toujours su distinguer le devoir du désir, la compassion de l'attachement, la nécessité de ce qui ne relevait que de sa volonté personnelle.

Or, depuis qu'il a retrouvé Anéa, ces distinctions deviennent moins évidentes.

Il se souvient de sa voix lorsqu'elle l'a traité d'abruti. De cette pichenette qu'elle lui a donnée sur le front, avec cette insolence qui aurait pu offenser n'importe quel autre haut dignitaire du Paradis. Il se souvient de ses gestes lorsqu'elle a soigné sa blessure, de la proximité de ses mains, de ses yeux pâles lorsqu'elle s'est efforcée de ne pas laisser paraître ce qu'elle éprouvait. Il se souvient, surtout, de cette fraction de seconde où il a refermé les doigts sur son poignet, avant de comprendre qu'il ne voulait tout simplement pas la voir s'éloigner.

Aucune de ces choses n'avait été nécessaire.

Aucune n'avait répondu à un ordre.

Et pourtant, chacune a laissé en lui une trace qu'il ne parvient pas à réduire à une simple perturbation de l'Équilibre.
"La vérité, c'est que je ne sais pas encore comment t'expliquer tout cela."

L'aveu lui échappe avec une sobriété presque désarmante. Il ne cherche pas à le rattraper.
"Je sais ce que je suis. Je sais ce que j'ai à accomplir, ce que je peux faire et ce que je n'ai pas le droit de décider pour autrui. Mais je découvre que cela ne m'aide pas beaucoup lorsqu'il s'agit de te répondre."

Un léger pli apparaît entre ses sourcils. L'expression ne porte aucune irritation à son égard. Elle traduit plutôt cette perplexité sincère qui, depuis quelques heures, s'invite de plus en plus souvent sur un visage ordinairement si maîtrisé.
"J'aurais préféré pouvoir te donner une réponse claire. Une réponse que tu aurais pu comprendre sans avoir à te demander ce qu'elle dissimule."

Il laisse échapper un souffle discret.
"Mais je ne veux plus te servir une explication simplement parce qu'elle serait plus facile à prononcer."

Son regard glisse brièvement vers le sol, puis revient à elle. Cette fois, il ne tente pas d'en atténuer la franchise.
"Je suis resté parce que je le voulais. Et lorsque j'ai compris que je n'avais aucune obligation de le faire, cela n'a pas changé."

Les mots demeurent entre eux, sans titre pour les protéger, sans fonction à laquelle les rattacher.

Le Prince des Trônes sent quelque chose se resserrer dans sa poitrine. Une sensation physique, presque dérangeante, qui accompagne la conscience de ce qu'il vient de reconnaître. Il pourrait s'arrêter là. Cette réponse est déjà plus honnête que toutes celles qu'il lui a données depuis son arrivée. Elle ne lui impose rien, ne lui demande rien et ne prétend pas résoudre ce qui les sépare.

Pourtant, il sait que ce n'est pas tout.

Il voudrait lui dire qu'il ne souhaite pas seulement rester cette nuit. Qu'il aimerait pouvoir revenir sans avoir à invoquer une mission, un déséquilibre ou quelque événement susceptible de justifier sa présence. Qu'il voudrait apprendre à connaître la femme qu'elle est devenue, sans la réduire à celle qu'il a connue autrefois, ni à la déchéance qui a bouleversé son existence.

Il voudrait lui dire qu'il aimerait être celui dont elle n'aurait pas à redouter le départ chaque fois qu'elle commence à s'habituer à sa présence.

Mais cette dernière pensée l'arrête.

Car il ne peut pas lui promettre qu'il ne partira jamais. Il ne peut pas lui demander de lui faire confiance alors qu'il ne comprend pas encore lui-même la nature de ce qui le pousse vers elle. Et il refuse de transformer son propre trouble en une responsabilité supplémentaire pour une femme qui a déjà passé trop de temps à porter seule les conséquences de décisions prises par d'autres.

Alors il se contente de la vérité qu'il peut lui offrir sans la charger de ce qu'il n'a pas encore appris à nommer.
"Je ne te demande pas de me faire une place dans ta vie. Je ne te demande pas de me laisser approcher davantage que tu ne le souhaites. Et je ne te demanderai certainement pas de me croire sur parole simplement parce que je porte un titre qui, autrefois, aurait suffi à imposer le silence."

Une ombre d'autodérision passe dans ses yeux. Elle est si discrète qu'elle pourrait presque être confondue avec le reflet de la lumière.
"Tu sembles d'ailleurs avoir quelques difficultés à me laisser ce privilège."

La remarque ne cherche pas à tourner sa colère en dérision. Elle est simplement là, légère et sincère, une petite trace de cet humour maladroit qu'il commence à laisser paraître auprès d'elle. Mais le sérieux de son expression reprend vite le dessus.
"Ce que je peux te dire, en revanche, c'est que je ne suis pas ici parce que je te crois incapable de te débrouiller seule. Je suis ici parce que le fait que tu aies appris à le faire ne signifie pas que je souhaite te laisser continuer ainsi."

Il s'arrête, conscient de la portée de ses propres mots.

Puis, plus doucement :
"Il y a une différence entre respecter ta force et considérer que tu dois toujours tout affronter seule."

Il ne s'avance pas. Il ne tend pas la main. Il ne cherche même pas à retrouver cette proximité qu'elle vient de lui refuser. Pour la première fois, peut-être, il comprend que rester auprès d'elle ne signifie pas nécessairement franchir les distances qui les séparent, mais accepter de ne pas les contrôler.

Son regard mordoré se fait moins sévère. Il n'y a ni jugement ni compassion condescendante dans ses yeux, seulement cette attention singulière qu'il n'a jamais réussi à détourner d'elle, même lorsqu'il s'efforçait de se convaincre qu'il ne s'agissait que de vigilance.
"Je ne sais pas ce que tu feras de ma présence, Anéa. Je ne sais même pas si tu finiras par croire ce que je viens de te dire. Et je ne te demanderai pas de me rassurer à ce sujet."

Une respiration lente soulève sa poitrine.
"Mais je peux au moins cesser de te mentir sur une chose."

Il soutient son regard, sans exiger qu'elle fasse de même.
"Je n'ai aucune dette à régler envers toi. Je n'ai aucune réparation à obtenir de toi. Et je ne suis pas venu chercher quelque chose que tu devrais me donner en échange de ce que je fais."

Sa voix s'abaisse légèrement, jusqu'à prendre cette douceur grave qui lui échappe désormais lorsqu'il cesse de s'adresser au monde comme à une assemblée céleste.
"Je veux simplement pouvoir être ici. Auprès de toi."

Il ne rajoute rien.

Aucun serment ne vient prolonger l'aveu. Aucune promesse grandiose ne cherche à lui donner davantage de poids. Le Grand Archange sait que les mots les plus solennels peuvent parfois devenir les chaînes les plus lourdes, et il ne veut pas que sa volonté de demeurer près d'elle ressemble à une nouvelle obligation dont elle devrait se défendre.

Il voudrait lui demander si cette simple possibilité lui est insupportable. Si elle préfère réellement le voir partir, ou si cette idée lui fait aussi peur qu'à lui. Mais il n'en fait rien. Ce serait lui demander de dévoiler à son tour une vérité qu'elle vient à peine de commencer à entrevoir, et il n'a pas le droit d'exiger d'elle ce qu'il peine lui-même à offrir.

Alors il attend.

L'immobilité lui paraît presque contre nature. Il a passé une existence à intervenir, à trancher, à rétablir ce qui menaçait de basculer. Pourtant, devant cette femme qui lui demande enfin d'être honnête, la seule décision qui lui semble juste consiste à ne rien imposer.

Ses doigts effleurent machinalement le bord de la serviette nouée autour de sa taille, geste fugace qui lui rappelle qu'il est toujours dans cette tenue pour le moins inconvenante au regard de sa dignité habituelle. Il n'y prête presque aucune attention. Pour une fois, ce n'est pas cela qui le préoccupe.
"Et si tu veux que je parte, je partirai."

La phrase lui coûte davantage qu'il ne l'aurait cru. Non parce qu'il doute de sa capacité à respecter cette demande, mais parce qu'il découvre, en la prononçant, combien il lui serait difficile de l'entendre.

Il ne détourne pourtant pas les yeux.
"Je ne te punirai pas pour cela. Je ne te reprocherai pas de ne pas savoir quoi faire de moi."

Un bref silence s'installe, assez long pour qu'il puisse mesurer l'importance de ce qu'il s'apprête à ajouter.
"Mais ne me demande pas de prétendre que c'est ce que je souhaite."

Voilà.

Pas une déclaration d'amour. Pas même la certitude qu'il puisse un jour donner un nom à ce qui l'attire vers elle avec une force aussi silencieuse qu'inexplicable.

Seulement cette vérité nue, maladroite, presque déconcertante dans sa simplicité.

Il ne veut rien obtenir d'elle.

Il voudrait seulement que la porte ne se referme pas.

Et pour le Prince des Trônes, qui a toujours su reconnaître le poids d'une décision avant même qu'elle ne soit prononcée, il n'existe peut-être rien de plus troublant que de découvrir qu'il peut désirer une chose aussi simple sans savoir comment la demander.

2
Blabla / J'épouse, j'esclavagise, je tue
« le: jeudi 17 septembre 2026, 10:28:36 »
Bien le bonjour chers êtres vivants,

J'épouse Anéa et je poutre toutes et tous qui sont contre et même mes supérieurs,
J'esclavagise Jack car entre martiaux on pourrait S'ENTRAINER (ne pensez pas à autre chose bande de filous) ensemble
et je ne tue pas Mona mais lui offre le choix entre le Ciel et l'Enfer

Hadrian, Rubis, Lynn

3
Les alentours de la ville / L'Ombre du passé [Saël Thorne]
« le: lundi 14 septembre 2026, 21:28:37 »
Le silence qui suit sa dernière question n'a plus rien de celui qui les séparait quelques instants auparavant. Il est plus lourd. Plus dangereux.

Tsaphkiel demeure immobile devant elle. Sa silhouette imposante semble avoir retrouvé toute sa hauteur, toute cette présence qui autrefois suffisait à faire taire les salles du Paradis. Pourtant, quelque chose ne correspond plus à cette image. Ses yeux mordorés restent fixés sur Anéa. Sur ses sourcils froncés. Sur cette colère qui masque à peine ce qu'elle vient de laisser apparaître.

La peur. Il la reconnaît.
- Réponds ! Tout ça là, ça n'a aucun putain de sens !

Les mots résonnent encore. Puis vient sa toux. Courte d'abord. Puis plus longue. Plus rauque. Le visage de l’archange change aussitôt. À peine plus visible que la plus infime brise dans un champ de roseaux. Mais suffisamment.

Son regard descend vers sa gorge, puis revient à ses yeux. Une inquiétude presque immédiate traverse ses traits avant qu'il ne la contienne. Son corps, lui, a déjà commencé à réagir. Un pas pourrait le rapprocher d'elle. Il ne le fait pas. Pas encore.

Parce qu'elle vient de lui demander une chose bien plus difficile que de la protéger. La vérité. Alors le Prince des Trônes inspire profondément. Une fois. Puis une seconde.

Ses doigts se referment lentement contre sa paume.
"Tu as raison."

Les mots tombent avec une simplicité désarmante. Il ne cherche pas à les embellir.
"Si l'Équilibre avait été la seule raison de ma venue…"

Une pause. Ses yeux ne quittent toujours pas les siens.
"…je serais déjà reparti."

Cette fois, il n'y a aucune hésitation. Aucune formule céleste. Aucune justification derrière laquelle se réfugier. Seulement cette vérité-là.

Tsaphkiel baisse légèrement le regard, comme si les mots suivants lui coûtaient davantage que les précédents.
"Je n'ai pas ressenti ta chute."

Sa voix s'est faite plus basse.
"Pas comme une perturbation de l'Équilibre. Pas comme une fracture qui aurait exigé mon intervention."

Il relève les yeux.
"Les années ont passé."

Et quelque chose dans son expression se fissure.
"Et pourtant, lorsque je t'ai retrouvée…"

Il s'interrompt. Son regard glisse une seconde sur elle. Sur cette chevelure sombre qui n'était autrefois pas la sienne. Sur ce visage qu'il reconnaît malgré les années. Sur cette guerrière debout devant lui, pieds nus dans son propre appartement, encore légèrement humide après sa douche, furieuse contre lui parce qu'il refuse de lui dire ce qu'il est réellement venu chercher.

Un souffle lui échappe.
"Je t'ai reconnue immédiatement."

Ce n'est pas une déclaration. Pas encore. Mais cela lui ressemble dangereusement.

Il fait finalement un pas. Un seul. La distance entre eux diminue. Pas suffisamment pour la toucher.

Seulement assez pour qu'elle puisse voir qu'il n'y a plus de masque derrière ses yeux.
"Et je suis resté."

Sa mâchoire se contracte légèrement.
"Voilà ce que je n'ai pas su te dire."

Un silence.

Le Prince des Trônes cherche ses mots comme s'il s'agissait d'une langue qu'il n'avait jamais apprise.
"Je suis resté parce que je ne pouvais pas considérer ce qui t'était arrivé comme une simple conséquence de ton jugement."

Son regard se durcit soudain. Pas contre elle. Contre le souvenir.
"On t'a demandé de porter seule quelque chose qui n'aurait jamais dû reposer uniquement sur tes épaules."

Sa voix tremble à peine. Mais cette infime variation suffit. Tsaphkiel n'est pas habitué à laisser ses émotions atteindre sa voix.
"Et je ne supporte pas l'idée que tu aies pu croire…"

Il s'arrête. Ses lèvres se ferment. Il aurait pu dire “que personne ne se souciait de toi.” Il aurait pu dire “que j'aurais dû être là”, ou encore "parce que je t'aime". Mais ces phrases sont encore trop proches d'une vérité qu'il n'est pas prêt à regarder en face.

Alors il choisit la seule qu'il peut encore prononcer.
"…que tu n'avais personne."

Le silence retombe.

Anéa est toujours devant lui. Et Tsaphkiel comprend soudain que le plus difficile n'est pas de lui dire pourquoi il est venu. C'est de lui dire pourquoi il n'est pas encore parti.

Son regard descend un instant. Puis remonte.
"Je ne peux pas changer ton jugement."

Une respiration.
"Je ne peux pas effacer ce qui t'a été fait."

Sa voix se fait plus douce.
"Mais je peux te rendre ton honneur."

Il marque une pause.
"Je veux être là maintenant."

Simplement. Sans titre. Sans fonction. Sans prétendre que l'Équilibre l'y oblige.

Son regard s'attarde dans celui de la guerrière. Et, pour la première fois depuis qu'il a franchi la porte de son appartement, il cesse complètement de chercher une justification céleste à sa présence.
"C'est la seule réponse que je peux te donner."

Un nouveau silence.

Puis ses yeux se plissent légèrement lorsqu'il remarque encore cette tension dans sa gorge.
"Et avant que tu recommences à crier…"

Une infime lueur traverse son regard. Presque de l'humour. Presque celui de l'homme qui avait souri lorsqu'elle lui avait reproché de s'emballer pour de l'eau chaude.
"…respire."

Il ne sourit pas vraiment. Mais quelque chose s'en approche. Et pourtant, sa main se lève. Cette fois, elle ne cherche pas à la retenir.

Elle s'arrête simplement à mi-hauteur, hésitante, comme s'il voulait vérifier qu'elle accepterait seulement sa présence avant d'oser réduire encore la distance.

Ses doigts restent suspendus.
"Je ne te demanderai pas de me pardonner."

Sa voix descend jusqu'au murmure.
"Je veux seulement que tu cesses de croire que je suis ici par devoir."

Puis sa main retombe lentement le long de son corps. Et le Prince des Trônes reste devant elle. Sans bouger. Sans fuir. Pour la première fois, il ne se cache plus derrière l'Équilibre. Mais il ne parvient pas à sortir les mots qu’il rêve de lui dire depuis tant de siècles.

4
Blabla / J'offre mon corps à....dix
« le: mardi 19 mai 2026, 22:58:43 »
Et si nous allions faire un petit tour à TROYES ?!

5
Les alentours de la ville / L'Ombre du passé [Saël Thorne]
« le: mardi 19 mai 2026, 22:54:24 »
- Dû quoi ?

La question reste suspendue entre eux. Le Prince des Trônes ne répond pas. Parce qu’il ne le peut pas. Ses lèvres s’entrouvrent pourtant. Un souffle vient. Meurt aussitôt.

Il reste assis, le regard posé sur elle tandis qu’elle tapote son épaule pour lui signifier qu’elle a terminé. Le bandage serre maintenant son torse, maintient la blessure fermée… sans parvenir à contenir ce qui s’agite plus profondément.

La réalité revient d’un coup, brutale, puis la main de la désormais brune s’approche de son visage. Le haut-ange ne bouge pas. Pas même lorsqu’elle lui donne cette pichenette sèche au front. Cette dernière le frappe avec une absurdité presque irréelle. Pas la douleur. Elle est dérisoire. Une simple pulsation chaude au milieu du front. Rien qu’un humain n’aurait déjà oublié. Mais le geste…

Tsaphkiel reste immobile tandis qu’Anéa se détourne avec sa trousse de soin entre les mains. Ses yeux suivent la jeune femme sans même qu’il s’en rende compte. Puis, lentement, presque avec précaution, ses doigts viennent effleurer la légère marque rouge laissée sur sa peau. Comme s’il essayait de comprendre ce qui vient réellement de le traverser.

- Arrête de dire des bêtises, abruti.

Les mots résonnent encore. Abruti. Personne n’a jamais parlé ainsi au Prince des Trônes. Ni aux Cieux. Ni sur les champs de bataille. Ni devant le Trône. Et pourtant… aucune colère ne vient.

Seulement cette sensation étrange. Profonde. Vivante. Quelque chose qui fissure lentement la statue immobile qu’il a été pendant des siècles.
“Je ne dis pas de bêtises.”

Sa voix descend encore.
“Tu parles de ta chute comme d’une faute impardonnable…” 

Un souffle traverse ses lèvres.
“…Mais depuis que je suis ici…”

Il s’interrompt une seconde. Rare. Dangereux.
“…Je ne vois qu’une femme qui a survécu seule à quelque chose qui aurait détruit beaucoup d’êtres célestes.”

Sa… non LA guerrière s’éloigne.

Le canapé bouge légèrement sous le retrait de son poids et, stupidement, il ressent aussitôt le vide laissé derrière elle. Ses yeux descendent malgré lui vers ses pieds nus qui traversent l’appartement. Le léger bruit humide contre le sol. Le tissu de son t-shirt qui épouse encore certaines courbes de son corps après la douche.

Tout devient trop précis. Trop proche. Le Prince des Trônes devrait détourner les yeux. Il ne le fait pas. Et quand il comprend qu’elle est réellement en train de partir, quelque chose réagit en lui avant même que son esprit ne l’autorise. Sa main se tend. Instinctivement. Ses doigts referment doucement le poignet d’Anéa. Le contact est immédiat. Chaud. Vivant. Et aussitôt… le silence semble se contracter autour d’eux.

Il se fige presque dans la seconde suivante, comme si son propre geste venait seulement de l’atteindre. Son regard descend lentement vers sa main autour du poignet de la jeune femme. Une incompréhension fugace traverse ses traits. Lui ?!

Lui. Qui vient de retenir quelqu’un. Pas pour l’arrêter dans son devoir. Pas pour rendre un jugement. Pas pour protéger l’Équilibre. Juste… pour qu’elle ne s’éloigne pas encore.

Ses doigts hésitent imperceptiblement. Comme s’il ne savait plus s’il devait immédiatement la relâcher ou resserrer légèrement sa prise pour la garder là une seconde de plus.

Son souffle devient plus lent. Plus lourd aussi. Et quand il relève finalement les yeux vers elle, il n’y a plus rien de l’Archange dans son regard à cet instant précis. Plus de distance sacrée. Plus de froideur parfaite. Seulement un homme qui réalise trop tard à quel point il est en train de vaciller.

“Anéa…”

Sa voix est basse. Grave. Presque rauque d’avoir été retenue trop longtemps.

Puis le silence revient. Parce qu’il ne sait plus quoi dire sans franchir une limite qu’il s’est interdit toute son existence. Ses doigts glissent légèrement sur sa peau dans un mouvement involontaire. Presque une caresse. Presque. Et ce simple presque semble déjà être une faute immense.

Alors il finit par relâcher lentement son poignet. Mais pas immédiatement. Jamais assez vite pour prétendre que ce geste n’a compté pour rien.

6
Les alentours de la ville / L'Ombre du passé [Saël Thorne]
« le: mercredi 15 avril 2026, 14:43:55 »
Le couloir est étroit. Trop étroit pour ce qui circule entre eux.
Quand Anéa lui demande de se retourner, Tsaphkiel ne discute pas. Il obéit aussitôt. Le geste est net, presque militaire… mais une légère rigidité traverse sa nuque. Comme si ce simple mouvement lui coûtait davantage qu’un affrontement. Il lui tourne le dos. Et pourtant… il la sent. Pas comme une présence à analyser. Pas comme une menace. Autrement. La chaleur encore humide de sa peau. Le froissement du tissu. Le glissement discret contre sa propre chair. Tout devient trop précis.

Il fixe un point devant lui. Immobile. Cherchant à reprendre le contrôle. Sans y parvenir tout à fait.

Derrière lui, elle bouge. Elle s’habille. Et lui… imagine malgré lui. Pas par choix. Par manque de défense. Il ferme les yeux une seconde. Lorsqu’elle passe à côté de lui sans le regarder, quelque chose cède en lui. Un vide bref. Presque une chute.

Puis sa voix.
— Tu veux dire avant ou après que j’ai merdé ?

Le mot heurte. Trop dur. Trop injuste. Il ne répond pas. Mais il la suit. Quand elle attrape sa main, il ne se dérobe pas. Le contact est simple… et suffit à tendre légèrement ses épaules. Il se laisse guider. Puis pousser.

Le canapé l’accueille sans résistance. Il s’assoit, droit d’abord, puis s’ajuste sous la pression de son geste. Sa main vient instinctivement resserrer la serviette à sa taille. Réflexe.

Mais son regard revient à elle. Toujours.
— Bouge pas et laisse-toi faire…

Il obéit. Pas à un ordre. À elle. Quand la guerrière s’installe face à lui, en tailleur, si proche… son souffle se tend légèrement. Rien de visible. Rien de bruyant. Mais présent.

La compresse touche sa plaie. Une brûlure brève. Il ne réagit pas. Mais ses yeux descendent sur ses mains. Sur la précision de ses gestes. Sur cette attention silencieuse qu’elle lui accorde. Et cela le trouble plus que la douleur.

Anéa parle. Et l’archange écoute. Pas comme un juge. Pas comme un supérieur. Comme quelqu’un qui reçoit. Chaque mot s’ancre lentement. Le lycée. L’infiltration. Les cheveux teints. Son regard remonte légèrement, comme s’il essayait de la voir ainsi. Différente… et pourtant identique. Puis elle continue.

Et quelque chose change. Quand elle dit “je me suis prise au jeu”, ses doigts se crispent imperceptiblement sur le tissu de la serviette. Puis viennent les sentiments. Le “quelqu’un”. Et là… quelque chose se fissure en lui. Silencieusement. Profondément. Il ne bouge pas. N’interrompt pas. Mais son regard se fige.

Et quand la vérité tombe… Le démon. Son souffle s’arrête. Une seconde. Ses yeux se ferment lentement. Pas à cause de son erreur. À cause de ce qu’elle a vécu.

Quand elle reprend ses soins, il rouvre les yeux. Et cette fois… il ne regarde plus la plaie. Il la regarde elle. Ses traits. La tension dans sa mâchoire. Ce qu’elle évite encore. Il voit. Trop bien.

Quand elle parle de sa “pureté envolée”, quelque chose de dur traverse son regard. Pas contre elle. Contre ce mot. Contre ce qu’on lui a fait croire. Mais il ne l’interrompt pas. Il la laisse aller jusqu’au bout. Jusqu’au jugement. Jusqu’à la chute.
- Satisfait de la réponse ?

Le silence retombe. Lourd. Vivant. Le Juge de l’Equilibre ne répond pas immédiatement. Parce qu’il ne peut plus répondre comme un Prince. Pas après ça. Quand elle lui demande de se décaler, il le fait lentement, sans la quitter des yeux. Juste assez pour lui laisser l’espace. Et lorsqu’elle se rapproche encore, trop près, quelque chose cède.

Sa main se lève. Pas brusquement. Comme une hésitation qui prend forme. Ses doigts s’arrêtent à quelques centimètres de son bras… puis remontent lentement. Jusqu’à frôler sa peau. Un contact à peine perceptible. Mais voulu.

Sa voix tombe, plus basse. Dénuée de toute solennité.
“Ce n’était pas une erreur.”

Un souffle.
“Tu as été trompée.”

Une pause.
“Ce n’est pas la même chose.”

Ses doigts se retirent lentement, comme s’il réalisait seulement le geste. Mais il ne s’éloigne pas vraiment. Quelque chose, dans sa posture… dans son regard… refuse de la juger. Refuse de la condamner. Refuse même de la voir comme une déchue.

Il la regarde comme quelqu’un qui aurait dû être protégée. Et qui ne l’a pas été.

Les bandes passent autour de son torse. Le tissu glisse contre sa peau encore tiède, épouse ses lignes. Il ne bouge pas. Mais son regard ne la quitte plus. Trop présent. Chaque mouvement d’Anéa, chaque contact de ses doigts… fait naître en lui une tension basse, continue. Qu’il ne nomme pas. Qu’il ne fuit plus.

Le silence change. Devient plus dense. Quand elle se rapproche pour passer la bande derrière lui, son bras se lève pour l’aider. Mais il ne s’écarte pas. Il reste. Trop près. Son bras redescend lentement derrière elle. Sans l’enfermer. Pas vraiment. Mais assez pour que la distance disparaisse presque entièrement. Son souffle effleure ses cheveux encore humides. Et là… il s’arrête. Comme au bord de quelque chose qu’il découvre trop tard. Ses doigts se posent dans son dos. Légèrement.

Un geste inutile. Donc sincère.
“Tu n’aurais pas dû être seule.”

Ce n’est pas un reproche. C’est pire. Ses doigts glissent à peine. Entre hésitation et découverte.
“J’aurais dû…”

Il s’interrompt. Parce qu’il n’a pas le droit de finir cette phrase. Son front s’incline légèrement. Presque contre le sien. Sans tout à fait toucher. Leurs souffles se mêlent. Et il reste là. Suspendu. Ses yeux cherchent les siens. Et pour la première fois… il n’y a plus de distance. Plus de fonction. Plus de titre.

Seulement lui.
“Je ne laisserai plus cela arriver.”

Un murmure. Calme. Mais chargé d’une promesse qui dépasse son rôle. Ses doigts se crispent légèrement dans le tissu de son t-shirt. Pas pour la retenir. Parce qu’il lutte. Encore. Toujours. Et malgré cela… il ne s’écarte pas.

7
Les alentours de la ville / L'Ombre du passé [Saël Thorne]
« le: dimanche 29 mars 2026, 18:50:37 »
Le tissu tombe. Mais Tsaphkiel ne le voit pas. Pas immédiatement. Parce que son regard est ailleurs. Sur elle. Entièrement. Anéa. Debout devant lui. Vivante. Réelle. Trop proche.

Quelque chose dans sa démarche, dans ce léger mouvement de ses hanches qu’elle ne contrôle peut-être même pas, le frappe avec une force qu’aucune lame n’a jamais atteinte. Ce n’est pas violent. Ce n’est pas brutal.

C’est… inconnu. Et cela suffit.

Ses yeux mordorés ne la quittent plus. Comme s’il découvrait une réalité qui lui avait toujours échappé. Comme si, soudainement, tout ce qu’il avait ignoré prenait forme devant lui.

Elle est… Magnifique. Pas comme les créations parfaites des Cieux. Pas comme les formes idéales, figées, immuables. Non. Vivante. Imprévisible. Troublante. Et cette simple vérité le désarme. Une pensée traverse son esprit. Fugace. Interdite. L’attirer contre lui. La retenir. Sentir… Le Juge Silencieux coupe.

Trop tard.

- Il serait dommage que tu attrapes froid...

Sa voix le ramène brutalement au réel. Ses yeux s’abaissent. Le silence se fissure. Et il comprend. La serviette. Le vide. La chaleur lui monte immédiatement au visage. Franche. Visible. Incontrôlable. Pour la deuxième fois depuis… leur duel. Il rougit. Mais le plus troublant, ce n’est pas cela...

C’est qu’il ne détourne pas les yeux. Même maintenant. Même conscient. Il la regarde encore. Comme s’il en était incapable. Comme si quelque chose en lui refusait de rompre ce lien fragile.

Elle s’approche. Trop. Beaucoup trop. Son souffle se suspend. Lorsqu’elle s’accroupit, son corps se tend imperceptiblement. Pas dans la défense. Pas dans la menace. Dans une forme de tension que le Grand Archange ne connaît pas. Qu’il ne comprend pas.
“Anéa...”

Sa voix se brise presque. Il inspire. Fort.
“T-tu n’as pas à…”

Les mots lui échappent.
“…faire cela.”

Il détourne brièvement le regard, se mordant légèrement l’intérieur de la lèvre pour retrouver contenance, alors que sa proximité le désarme plus sûrement que n’importe quel affrontement.

Elle se redresse. Trop près. Beaucoup trop près. Et lorsqu’elle murmure “- J'ai déjà vu mieux...” Un silence. Son regard vacille une fraction de seconde. Le jeune homme hausse très légèrement les épaules. Comme si cela n’avait… aucune importance.
“…Cela m’est égal.”

À peine audible. Mais faux. Terriblement faux.

Sa main se lève. Instinctivement. Vers son visage. Vers elle. Pour lui caresser la joue, mais elle est déjà partie.

La porte de la salle de bain se referme. Le contact n’a pas lieu. Sa main reste suspendue dans le vide et retombe lentement. Le silence envahit l’appartement. Tsaphkiel reste immobile un instant.

Ensuite, avec un calme presque mécanique, il récupère la serviette et la noue de nouveau autour de sa taille. Le tissu encore humide apaise légèrement la tension diffuse qui parcourt son corps. Il inspire. Longuement. Mais cela ne suffit pas.

Son regard se tourne vers la salle de bain. Il avance. S’arrête devant la porte fermée. S’abaisse lentement. À genoux. Sa main gauche vient se poser contre le bois. Un contact simple. Presque fragile. Ses yeux se ferment. Et dans un murmure à peine audible, en énochien, il parle. Pas comme un Prince. Pas comme un Juge. Comme un homme qui avoue trop tard ce qu’il a toujours refusé de voir.

Une prière sans témoin. Une demande impossible. Qu’il puisse porter tout ou partie de son fardeau. Qu’elle ne soit plus seule à le porter. Qu’elle comprenne… qu’elle ne l’a jamais été. Les mots sont calmes. Profonds. Sincères. Et dangereux. Parce qu’ils dépassent le devoir. Quand il rouvre les yeux, le silence lui répond.

Alors Le Prince des Trônes se relève. Se détourne. Respecte la distance. Il ne reste pas. Ne force pas.

Dans le salon, il s’assoit à même le sol. Droit. Stable. Comme autrefois. Mais ce n’est plus tout à fait la même présence. Ses ailes se déploient lentement derrière lui. Sombres. Imposantes. Et dans le silence, il appelle Méniel.

La réponse ne tarde pas. Claire. Précise. Présente.
— Seigneur.

Le lien est net. Respectueux. Mais teinté d’une vigilance inhabituelle.
— Votre absence est masquée. Le subterfuge tient. Aucun mouvement suspect dans les Cieux.

Une pause. Puis, plus bas :
— Mais votre silence… ne vous ressemble pas.


Tsaphkiel ne répond pas immédiatement. Ses yeux se perdent un instant dans le vide.
— La femme que j’ai combattu… Il se trouve que c’est bien elle.

Un battement.
— Anéa.

De l’autre côté, une légère tension.
— Confirmé.

Encore un silence. Puis :
— Dois-je intervenir ?

— Non.

Immédiat. Tranchant. Puis, plus bas :
— Personne n’intervient.

Une pause.
— Pas pour elle.

Le lien se tend légèrement.
— Compris… Seigneur.

Mais Méniel n’est pas dupe.
— Vous restez.

Ce n’est pas une question.

Tsaphkiel ferme les yeux une seconde.
— Oui.

Un souffle.
— Jusqu’à ce que l’Équilibre soit rétabli.

Une pause. Presque imperceptible.
— Pour elle.

Le silence s’étire. Et :
— Je veillerai.

Le lien se coupe. Ses ailes disparaissent lentement. Le calme revient.

Quand la porte s’ouvre de nouveau, il est déjà debout, se dirigeant dans le couloir. À distance. Comme il se doit. Mais pas aussi loin qu’il le devrait.

Son regard se pose sur elle. Un instant. Puis il parle. Et cette fois, ce n’est pas le juge. Ce n’est pas le Prince. C’est… autre chose. Plus direct. Plus vrai.
“Que s’est-il passé…?”

Sa voix est basse. Grave.
“Exactement après ton arrivée sur Terre.”

Une pause. Ses yeux ne la quittent pas.
“Inutile de me parler du jugement.”

Un souffle.
“Je veux savoir… ce qui t’a brisée.”

Et là, il ne recule pas. Parce que cette fois, il ne cherche plus seulement l’Équilibre. Il la cherche Elle.

8
Les alentours de la ville / L'Ombre du passé [Saël Thorne]
« le: vendredi 27 mars 2026, 00:42:36 »
Le regard d’Anéa glisse sur lui. Froid en apparence. Mais pas indifférent. Tsaphkiel le sent. Et lorsqu’elle souffle, presque agacée “- Ce n'est que de l'eau chaude. Ne t'emballes pas pour si peu.”, quelque chose, contre toute attente cède.

Un souffle passe entre ses lèvres. Pas un soupir. Pas une réplique. Un rire. Infime. Retenu. Comme un réflexe oublié. Ses épaules se détendent à peine, et ses lèvres s’étirent en une esquisse presque imperceptible. Son regard se pose sur elle, plus clair, plus vivant qu’il ne l’a été depuis leur arrivée.
“Ce ton…”

Sa voix est basse. Presque absente.
“…m’avait manqué.”

Puis, le Juge Silencieux se fige. Parce qu’il le sent. Ce regard. Pas celui qu’elle lui lance en surface. Celui derrière. Celui qui s’attarde. Qui questionne. Qui voit. Son sourire disparaît lentement. Son visage retrouve son calme. Mais moins parfait qu’avant.

Ses yeux descendent un instant sur la marque qui traverse son torse et son bras.
“Une longue histoire.”

Sa voix est redevenue stable.
“Sanctuary… son fragment.”

Une pause. Presque imperceptible.
“Il m’a choisi.”

Ses doigts se referment légèrement.
“Pour en être le légataire universel.”

Le silence retombe. Il relève les yeux vers elle. Et cette fois, son regard est différent. Plus doux. Comme une brise tiède en plein été. Puis il détourne légèrement la tête avec un prétexte qui pourrait paraître… normal aux yeux de l’ancienne archange. Observer l’appartement.

Reprenant de la distance :
“J’imagine que cela entre dans ta définition de ‘pire’.”

Un battement.
“Être vu nu après un combat.”

Très léger.
“Par mon scribe.”

Une respiration calme.
“Méniel a ses… angles morts.”

Mais déjà, le Grand Archange pense ailleurs. À elle. Malgré lui. Blonde autrefois. Brune maintenant. Et pourtant inchangée. Son regard s’attarde une seconde de trop sur son visage. Ses traits. Sa fatigue. Sa force. Ce joli minois de guerrière qu'elle a toujours porté sans en avoir conscience.

Et une pensée surgit. Brutale. Silencieuse. Combien d’humains… Combien d’hommes… L’ont regardée ainsi ? Il coupe net. Immédiatement, comme on tranche une ligne de pensée interdite.

Son regard se détourne. Plus froid. Plus maîtrisé. Mais pas totalement intact.

Elle lui ordonne de sécher ses cheveux. Il baisse légèrement les yeux vers le sol encore humide. Pas pour lui. Pour elle. Si elle glisse… Non. En Prince des Trônes il ne s’excusera pas de mettre de l’eau au sol pour éviter de trahir l’inquiétude s’insinuant tel le serpent tentant Adam et Lilith.

Que doit-il faire ? Attraper la serviette qu’elle lui a lancée ou devrait-il se soigner d’abord ? Hésitation. Infime. Inhabituelle. Et c’est précisément à cet instant que le tissu heurte son visage. Sec. Inattendu. Il ne l’avait pas anticipé. La serviette glisse légèrement avant qu’il ne la récupère, ses doigts se refermant dessus avec ce réflexe toujours parfait.

Un silence. Puis, sans commentaire, la porte à ses cheveux. Lentement. Méthodiquement. Comme s’il n’était pas, à cet instant précis, en train de perdre une partie de son contrôle.

Et dans ce mouvement, dans ce geste simple, dans cette seconde où son attention bascule ailleurs, le nœud à sa taille cède. Sans bruit. La serviette glisse le long de ses hanches. Puis tombe.

9
Blabla / J'offre mon corps à....dix
« le: jeudi 19 mars 2026, 22:08:30 »
Que l'on m'oppose les 9 archanges et anges les plus forts pour voir !

10
Les alentours de la ville / L'Ombre du passé [Saël Thorne]
« le: jeudi 19 mars 2026, 22:03:08 »
Le seuil est franchi. Et avec lui, quelque chose d’invisible.

Tsaphkiel s’arrête à peine un instant à l’intérieur de l’appartement. Son regard parcourt les lieux sans jugement. Il observe. Enregistre. Chaque détail. Chaque trace de vie. Chaque imperfection.

C’est… habité. D’une manière que les Cieux n’ont jamais été.

Son regard s’attarde une fraction de seconde sur la vaisselle laissée dans l’évier. Sur le fauteuil entouré de verdure. Sur ce canapé marqué par l’usage. Puis il revient à elle.

Anéa lui indique la salle de bains. Il incline très légèrement la tête. Un geste sobre. Ancien. Presque cérémoniel.
“Merci.”

Un mot simple. Mais venant de lui, il porte le poids d’un serment discret. Sans ajouter quoi que ce soit, il se détourne et se dirige vers la pièce indiquée. La porte se referme doucement derrière lui.

Le silence retombe. Puis l’eau. Un bruit clair. Continu. Régulier.

À l’intérieur, le Prince des Trônes reste immobile un instant sous le jet. L’eau glisse sur sa peau, emporte le sel, le sang, les résidus du combat. Lentement. Méthodiquement.

Ses doigts passent sur sa plaie. Il ne grimace pas. Il nettoie. Avec précision. Avec respect. Pas pour lui. Pour elle. Parce qu’elle l’a accueilli. Parce qu’elle lui a offert un espace. Et que cela mérite d’être honoré.
Ses gestes sont mesurés. Presque rituels. Comme s’il exécutait une liturgie oubliée. L’eau coule le long de son dos, suit les lignes de ses épaules, s’attarde sur les cicatrices anciennes. Certaines visibles, d’autres à peine perceptibles.

Puis, presque sans qu’il s’en rende compte… L’Archange fredonne. Très bas. Une mélodie lente. Ancienne. Les mots glissent en énochien, doux et graves à la fois. Une langue qui ne devrait pas résonner ici. Une langue faite pour les hauteurs, pour les voûtes infinies et les lumières immuables.

Et pourtant… Elle vit entre ces murs. Un chant sans destinataire. Ou peut-être… si.

L’eau finit par se couper. Le silence revient. Quelques secondes passent.

Puis la porte s’ouvre. Le Juge de l’Equilibre réapparaît. Une serviette simplement nouée autour de la taille, encore humide, l’eau perlant lentement le long de sa peau sans qu’il cherche à l’essuyer. Comme si sécher naturellement allait de soi. Comme si forcer le processus n’avait aucun sens. Ses cheveux sombres collent légèrement à sa nuque. Quelques gouttes glissent encore le long de sa clavicule.

Son regard se pose sur l’appartement. Puis sur elle. Et pendant une fraction de seconde, infime, il semble… désarmé. Pas faible. Pas vulnérable au sens humain. Mais dépourvu de cette distance parfaite qu’il maintenait jusque-là. Comme si, entre ces murs, quelque chose de lui refusait de reprendre entièrement sa place.

Sa voix revient pourtant. Calme. Maîtrisée.
“L’eau était suffisante.”

Une pause. Puis, légèrement, presque imperceptiblement :
“Merci, Anéa.”

Et cette fois, ce n’est pas un Prince qui parle. C’est simplement… lui.

11
Blabla / J'offre mon corps à....dix
« le: lundi 16 mars 2026, 19:03:48 »
Je sens que je vais finir par enfoncer 7 épées dans le corps de celui ou celle qui ose profaner le corps de ma b... La guerrière la plus douée que je connaisse !

12
Blabla / Re : J'épouse, j'esclavagise, je tue
« le: dimanche 08 mars 2026, 23:07:06 »
Puisqu'il faut en passer par là, j'épouse Deirdre sans consommation de mariage !
J'esclavagise Ashley
Je tue Emi.

Anakha, Réo, Franz...

13
Blabla / J'offre mon corps à....dix
« le: dimanche 08 mars 2026, 23:03:30 »
Faut-il descendre dans la ville de Sète ?

14
Les alentours de la ville / L'Ombre du passé [Saël Thorne]
« le: dimanche 08 mars 2026, 22:11:53 »
Le vent passe entre eux, chargé de sel et d’embruns. Tsaphkiel s’était déjà préparé à beaucoup de choses en venant sur cette île. À la colère. À la haine. Au combat. Mais pas à cela.

Lorsqu’elle prononce son nom, et qu’elle remarque ce détail, il se fige.
- Tsaphkiel...Je rêve ou tu...rougis ?

Un silence tombe, presque palpable. Ses yeux mordorés restent sur elle une fraction de seconde… puis se détournent avec une lenteur calculée vers la mer. Comme si l’horizon exigeait soudain toute son attention. La couleur sur ses pommettes ne disparaît pas. Au contraire. Elle s’intensifie très légèrement. Pour quelqu’un d’autre, ce serait insignifiant.  Pour le Prince des Trônes… c’est une catastrophe stratégique.

Sa mâchoire se serre.
“Tu te trompes.”

La réponse tombe trop vite. Et surtout… elle est parfaitement inutile.

Parce qu’Anéa vient de se pincer la joue en poussant un petit cri de douleur, comme pour vérifier qu’elle ne rêve pas. Et ce simple geste, absurde et presque enfantin, produit sur lui un effet inattendu. Ses épaules se détendent imperceptiblement. Quelque chose, dans sa poitrine, cède un peu. Lorsqu’elle dit que c’est la première fois qu’elle voit ça… il ferme les yeux une seconde. Comme s’il cherchait à retrouver l’équilibre exact de son propre corps. Quand il les rouvre, son calme est revenu.

Ou du moins… l’apparence du calme.
“Tu passes trop de temps à observer des détails inutiles.”

La phrase est sèche. Presque sévère. Mais elle manque de conviction. Et lui-même le sait. Son regard glisse malgré lui vers ce sourire qui vient d’apparaître sur ses lèvres. Petit. Fragile. Fatigué. Et quelque chose en lui se serre. Parce qu’il réalise qu’il ne l’a pas vue sourire depuis… combien de temps ? Il ne sait même plus.

Sa main est toujours posée sur son poignet. Quand elle propose de rentrer chez elle pour soigner leurs blessures, il baisse les yeux vers la plaie de son flanc. Le sang a ralenti. Le mélange du sien et du sien sèche déjà en une trace sombre sur sa peau.

Puis il relève les yeux vers elle.
“Une cicatrice ne changerait rien.”

Sa voix est redevenue posée. Presque distante.
“Les Cieux en portent de bien plus anciennes.”

À la mention des escadrons célestes qui pourraient venir la liquider… une ombre traverse brièvement son regard.
“Aucun ange ne viendra.”

La certitude est absolue. Calme. Tranchante. Puis il ajoute, après un court silence :
“Et si quelqu’un l’envisage… il me trouvera sur son chemin.”

La phrase n’est pas une menace. C’est une simple information.

Le vent soulève ses cheveux sombres autour de son visage encore légèrement coloré. Il n’en semble même plus conscient. Lorsqu’elle lui demande s’il doit retourner aux Cieux… il reste silencieux un moment. Ses yeux se tournent vers la mer. Les vagues frappent les rochers en contrebas. L’horizon est vaste. Gris. Immobile.

Les Cieux. L’Équilibre. Ses devoirs. Tout cela existe toujours. Mais pour la première fois depuis très longtemps… cela semble légèrement plus loin que d’habitude.

Lorsqu’il repose finalement les yeux sur elle, sa voix est plus basse.
“L’Équilibre ne se brisera pas en quelques heures. Méniel, mon scribe, utilise un subterfuge.”

Une pause. Puis il relâche enfin son poignet. Très doucement. Comme si le geste lui coûtait plus qu’il ne le voudrait.

Le grand archange, récupère ses vêtements "d'humain" puis se rhabille tout en parlant à son interlocutrice. Sans oublier de remettre son épée à sa place d'origine, contre sa hanche.
“Montre-moi le chemin.”

Ses yeux mordorés restent sur elle encore un instant. Et il ajoute, presque malgré lui :
“Anéa…”

Un souffle passe.
“Je ne retournerai nulle part tant que cette conversation ne sera pas terminée.”

Le vent se lève plus fort autour d’eux.

Et quelque part dans sa poitrine, Le Prince des Trônes comprend qu’il vient de prendre une décision qu’aucun Prince des Trônes n’aurait dû prendre aussi facilement.

15
Les alentours de la ville / Re : L'Ombre du passé [Saël Thorne]
« le: samedi 07 mars 2026, 17:40:54 »
Le vent continue de courir sur l’île d’Habomai. Mais pour Tsaphkiel, le monde vient de se déplacer d’un axe imperceptible.

Il la regarde pleurer. Sans détourner les yeux. Chaque larme qui roule sur ses joues laisse une trace étrange dans sa poitrine : une douleur sourde, qu’aucune bataille n’a jamais su provoquer.

Lorsqu’elle parle d’anomalie… de ne jamais avoir eu sa place… Sa mâchoire se crispe légèrement. Mais il ne l’interrompt pas. Pas cette fois.

Puis sa main se lève vers son propre cou, vers la blessure qu’elle s’est infligée sur sa lame. Le geste attire instinctivement son regard… avant que l’ancien supérieur ne sente les doigts de sa subordonnée glisser sur son flanc. Le contact est chaud.

Vivante. Sa paume se pose sur la plaie ouverte. Et pendant une fraction de seconde, une seule, le Prince des Trônes cesse de respirer.

Son dos se redresse presque imperceptiblement. Ce n’est pas la douleur. Il a connu pire. C’est la proximité. La chaleur de sa peau contre la sienne.

Le contraste entre le froid qui semblait l’habiter quelques instants plus tôt… et cette présence si réelle maintenant. Une légère couleur apparaît sur ses pommettes. Subtile. Presque invisible sous la lumière grise de la mer.

Mais pour quelqu’un qui connaît le grand Archange… c’est un cataclysme. Il détourne brièvement les yeux vers l’horizon, comme si l’immensité de la mer pouvait lui rendre sa contenance.

Sa voix tombe finalement, basse.
“Ce n’est rien.”

Un mensonge calme. Sa main se lève instinctivement, comme pour écarter la sienne… mais elle s’arrête à mi-chemin. Parce qu’Anéa parle. Parce qu’elle dit qu’elle attendait qu’il mette fin à sa vie. Ses yeux reviennent brusquement vers les siens.

Une dureté traverse son regard. Pas contre elle. Contre l’idée.
“Ne dis pas ça.”

Le ton est bas, mais ferme. Presque sévère.

Puis son interlocutrice continue. Elle parle de respect. De lui. De ce qu’il lui a toujours montré. Les mots semblent le désarmer plus sûrement que leurs lames quelques minutes plus tôt.

Son regard glisse vers leurs mains. Le sang mêlé. Le sien. Celui de celle qui lui fait face.

Un silence passe. Long.

Le vent agite lentement ses cheveux sombres, collés par l’humidité et le sel. Quand il parle de nouveau, sa voix est plus calme. Plus douce qu’il ne le voudrait.
“Tu n’as jamais été une anomalie. Métatron et Sandalphon se trompent.”

Son regard se relève vers elle. Stable.
“Tu restes ce que les Cieux produisent rarement.”

Un léger souffle quitte ses lèvres.
“Quelqu’un de vrai.”

Puis ses yeux descendent brièvement vers sa main posée sur sa blessure. La chaleur de ses doigts continue de se diffuser dans sa peau. Et malgré lui… la rougeur revient légèrement sur son visage. Il détourne de nouveau les yeux une seconde, comme si ce détail l’irritait.

Puis il reprend, avec cette dignité calme qui lui appartient :
“Je n’ai pas besoin d’être soigné.”

Une pause. Très courte. Ses yeux reviennent vers elle. Ils sont moins durs. Moins distants.
“Mais…”

Sa main se lève finalement et effleure brièvement son poignet. Pas pour la repousser. Pour stabiliser le geste.
“si cela peut te rassurer…”

Il incline très légèrement la tête. Un geste presque imperceptible venant d’un Prince.
“alors je te laisserai le faire.”

Le vent souffle plus fort autour d’eux. Les vagues frappent les rochers.

Et pour la première fois depuis des siècles, Tsaphkiel réalise qu’un simple contact peut être plus déstabilisant qu’une bataille entière.

Ses yeux mordorés restent posés sur elle. Calmes en apparence. Mais son cœur ne l’est plus tout à fait.

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