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L'Ombre du passé [Saël Thorne]

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Saël Thorne

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Re : L'Ombre du passé [Saël Thorne]

Réponse 15 samedi 07 mars 2026, 17:40:54

Le vent continue de courir sur l’île d’Habomai. Mais pour Tsaphkiel, le monde vient de se déplacer d’un axe imperceptible.

Il la regarde pleurer. Sans détourner les yeux. Chaque larme qui roule sur ses joues laisse une trace étrange dans sa poitrine : une douleur sourde, qu’aucune bataille n’a jamais su provoquer.

Lorsqu’elle parle d’anomalie… de ne jamais avoir eu sa place… Sa mâchoire se crispe légèrement. Mais il ne l’interrompt pas. Pas cette fois.

Puis sa main se lève vers son propre cou, vers la blessure qu’elle s’est infligée sur sa lame. Le geste attire instinctivement son regard… avant que l’ancien supérieur ne sente les doigts de sa subordonnée glisser sur son flanc. Le contact est chaud.

Vivante. Sa paume se pose sur la plaie ouverte. Et pendant une fraction de seconde, une seule, le Prince des Trônes cesse de respirer.

Son dos se redresse presque imperceptiblement. Ce n’est pas la douleur. Il a connu pire. C’est la proximité. La chaleur de sa peau contre la sienne.

Le contraste entre le froid qui semblait l’habiter quelques instants plus tôt… et cette présence si réelle maintenant. Une légère couleur apparaît sur ses pommettes. Subtile. Presque invisible sous la lumière grise de la mer.

Mais pour quelqu’un qui connaît le grand Archange… c’est un cataclysme. Il détourne brièvement les yeux vers l’horizon, comme si l’immensité de la mer pouvait lui rendre sa contenance.

Sa voix tombe finalement, basse.
Ce n’est rien.

Un mensonge calme. Sa main se lève instinctivement, comme pour écarter la sienne… mais elle s’arrête à mi-chemin. Parce qu’Anéa parle. Parce qu’elle dit qu’elle attendait qu’il mette fin à sa vie. Ses yeux reviennent brusquement vers les siens.

Une dureté traverse son regard. Pas contre elle. Contre l’idée.
Ne dis pas ça.

Le ton est bas, mais ferme. Presque sévère.

Puis son interlocutrice continue. Elle parle de respect. De lui. De ce qu’il lui a toujours montré. Les mots semblent le désarmer plus sûrement que leurs lames quelques minutes plus tôt.

Son regard glisse vers leurs mains. Le sang mêlé. Le sien. Celui de celle qui lui fait face.

Un silence passe. Long.

Le vent agite lentement ses cheveux sombres, collés par l’humidité et le sel. Quand il parle de nouveau, sa voix est plus calme. Plus douce qu’il ne le voudrait.
Tu n’as jamais été une anomalie. Métatron et Sandalphon se trompent.

Son regard se relève vers elle. Stable.
Tu restes ce que les Cieux produisent rarement.

Un léger souffle quitte ses lèvres.
Quelqu’un de vrai.

Puis ses yeux descendent brièvement vers sa main posée sur sa blessure. La chaleur de ses doigts continue de se diffuser dans sa peau. Et malgré lui… la rougeur revient légèrement sur son visage. Il détourne de nouveau les yeux une seconde, comme si ce détail l’irritait.

Puis il reprend, avec cette dignité calme qui lui appartient :
Je n’ai pas besoin d’être soigné.

Une pause. Très courte. Ses yeux reviennent vers elle. Ils sont moins durs. Moins distants.
Mais…

Sa main se lève finalement et effleure brièvement son poignet. Pas pour la repousser. Pour stabiliser le geste.
si cela peut te rassurer…

Il incline très légèrement la tête. Un geste presque imperceptible venant d’un Prince.
alors je te laisserai le faire.

Le vent souffle plus fort autour d’eux. Les vagues frappent les rochers.

Et pour la première fois depuis des siècles, Tsaphkiel réalise qu’un simple contact peut être plus déstabilisant qu’une bataille entière.

Ses yeux mordorés restent posés sur elle. Calmes en apparence. Mais son cœur ne l’est plus tout à fait.

Anéa

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  • FicheChalant

    Description
    Ancienne archange, devenue à moitié démone.
    Adore le sang et faire sauter des têtes.

Re : L'Ombre du passé [Saël Thorne]

Réponse 16 samedi 07 mars 2026, 19:59:13

Anéa savait pertinemment qu'elle débitait des mots très durs envers elle-même, bien persuadée qu'ils ne faisaient que refléter la cruelle réalité qu'elle vivait. Actrice ou spectatrice, rien n'était jamais comme il le fallait, dans sa longue vie. Bien que la guerrière eut passé des siècles dans les Cieux, elle était « trop ». C'était à peu près la même chose aux Enfers. N'étant qu'à moitié transformée par la métamorphose ratée qu'elle avait subi, la jeune femme devait se cacher pour ne pas trop attirer l'attention dans les cercles infernaux et effectuer des taches, lorsqu'elle en avait, en toute discrétion. Si quelques ennemies la connaissaient, ce n'était qu'en tant qu'ange chasseuse de démons, et non pas en tant que déchue ni même à moitié démoniaque désormais. Pas à sa place au Paradis, pas sa place aux Enfers...Sur Terre et Terra, Anéa errait juste, allant se débarrasser de démons, qu'elle considérait comme de la vermine. Et encore...Il lui était arrivé de fricoter avec certains, sans culpabiliser...

À quoi tout cela rimait finalement ? C'est sûrement pour cette raison que la belle brune aux yeux de glace s'était jetée presque à corps perdu dans ce combat, tout en sachant que ce n'était pas le but premier de cet échange de coups. Anéa le savait puissant et surtout capable de l'envoyer six pieds sous terre si elle venait à en intenter à sa vie, ou à transgresser cet Équilibre qu'il cherche à maintenir à tout prix. Les mots qu'elle teint pour sa personne semblaient résonner tout aussi durement aux oreilles de l'éphèbe, observant l'ancienne archange d'un regard plus dur. Ses mots, à lui, n'étaient guère faits pour l'abattre, bien au contraire. C'en était presque du miel, doux et empli de sincérité, qui troublait la demi-démone au plus profond d'elle-même. S'il fallait nettoyer les plaies des deux emplumés, le Prince, lui, était en train de soigner le cœur et l'âme brisé de la déchue.

Ses yeux et ses joues cessèrent de jouer le rôle de pluie. Doucement, signe que la rage sous-jacente d'Anéa s'éteignait, ses marques rouges s'effaçaient de sa peau de nacre, jusqu'à disparaître totalement. Tout en même temps, la chaleur de la peau du Prince était troublante. Trop réelle, trop vivante. L'ancienne archange n'avait jamais vraiment remarqué ce genre de détails autrefois. Dans les Cieux, les corps n'étaient que des instruments : des messagers, des boucliers et des armes au service de la volonté divine. La proximité était prohibée, souvent sanctionnée...Tsaphkiel, sa tendre chaleur, le rythme lent de sa respiration, la tension discrète dans ses muscles quand les doigts de la jeune femme s'étaient posés sur lui...Quelque chose clochait. Chez lui ou chez elle ? Cette sensation étrange que cela lui provoquait, presque douloureuse, lui montrait que le monde continuait de tourner alors que le sien venait de s'effondrer. Mais elle n'était pas seule...

Anéa continua de caresser cette blessure, trace d'une partie de son esprit brisé. Elle eut un léger rictus, un sourire sans joie, lorsque Tsaphkiel nomma Métatron et Sandalphon, comme quoi ils se trompaient par rapport à la jeune femme.


- Et si c'était toi qui te trompais ?

Ce n'était qu'une hypothèse, ou bien encore une sentence bien trop cruelle qu'elle s'infligeait. La déchue inspira lentement, l'air marin lui brûlant la gorge. Ce « quelqu'un de vrai » restait suspendu dans son esprit comme une note discordante. Ses prunelles glacées glissèrent sur sa main couverte de sang mêlé. Le rouge sombre contrastait profondément avec la pâleur de sa peau. Un long silence passa. Le vent soulevait quelques mèches sombres collées à ses joues humides.

Quand Tsaphkiel posa ses doigts sur son poignet, la demoiselle à la chevelure de jais se figea presque imperceptiblement. Le geste était léger, mais assez pour la troubler. Pour quelqu'un qui avait passé sa longue existence à travers les combats, le sang et le stupre, c'était un contact d'une douceur presque absurde. Ses saphirs clairs remontèrent vers lui. Anéa remarqua alors quelque chose qui, autrefois, lui aurait probablement échappé. Elle cligna lentement des yeux, plusieurs fois, pour marquer son étincelle d'étonnement. Rêvait-elle ?


- Tsaphkiel...Je rêve ou tu...rougis ?

Le Prince des Trônes, le grand gardien de l'Équilibre, l'ange supérieur qui semblait toujours être taillé dans le marbre et le silence...rougissait. La jeune femme ne pouvait le croire. Elle approcha sa main salie de sang vers sa propre joue et se la pinça assez fort pour laisser un « Aïe » s'échapper de sa bouche. Une chaleur timide, fragile, lui chatouillait le ventre.

- Je crois que...c'est la première fois que je vois ça.

Les lèvres de l'ancienne archange tremblèrent un peu. Cette fois, un fin sourire se dessina sur son visage. Bien que minuscule et un poil fatigué, il n'en était pas moins sincère. Mais ne voulant le mettre dans l'embarras ou paraître trop moqueuse, surtout que la situation ne s'y prêtait guère, Anéa revint sur l'état de leurs blessures.

- Je n'ai rien sur moi pour te soigner. Nous ferions mieux de retourner chez moi pour...nous décrasser et nettoyer ça. Je m'en voudrais si le Prince des Trônes retournait au ciel avec une hideuse cicatrice. Je ne voudrais pas non plus que les anges supérieurs envoient des escadrons pour me liquider d'avoir touché un haut-ange...

La demoiselle souffla doucement un rire étouffé. Il y avait du vrai et de la plaisanterie dans ses paroles. Sûrement que Tsaphkiel prendrait tout au sérieux, mais elle était bien trop fatiguée par toutes ses tourmentes pour expliquer ses paroles en détail.

- Tu es d'accord pour rentrer ? À moins que tu ne doives retourner dans les Cieux ?

C'était là une possibilité. Que deviendrait le Paradis si l'un de ses plus puissants anges s'absenter trop longtemps ?





-En souvenir du bon vieux temps-

Saël Thorne

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L'Ombre du passé [Saël Thorne]

Réponse 17 dimanche 08 mars 2026, 22:11:53

Le vent passe entre eux, chargé de sel et d’embruns. Tsaphkiel s’était déjà préparé à beaucoup de choses en venant sur cette île. À la colère. À la haine. Au combat. Mais pas à cela.

Lorsqu’elle prononce son nom, et qu’elle remarque ce détail, il se fige.
- Tsaphkiel...Je rêve ou tu...rougis ?

Un silence tombe, presque palpable. Ses yeux mordorés restent sur elle une fraction de seconde… puis se détournent avec une lenteur calculée vers la mer. Comme si l’horizon exigeait soudain toute son attention. La couleur sur ses pommettes ne disparaît pas. Au contraire. Elle s’intensifie très légèrement. Pour quelqu’un d’autre, ce serait insignifiant.  Pour le Prince des Trônes… c’est une catastrophe stratégique.

Sa mâchoire se serre.
Tu te trompes.

La réponse tombe trop vite. Et surtout… elle est parfaitement inutile.

Parce qu’Anéa vient de se pincer la joue en poussant un petit cri de douleur, comme pour vérifier qu’elle ne rêve pas. Et ce simple geste, absurde et presque enfantin, produit sur lui un effet inattendu. Ses épaules se détendent imperceptiblement. Quelque chose, dans sa poitrine, cède un peu. Lorsqu’elle dit que c’est la première fois qu’elle voit ça… il ferme les yeux une seconde. Comme s’il cherchait à retrouver l’équilibre exact de son propre corps. Quand il les rouvre, son calme est revenu.

Ou du moins… l’apparence du calme.
Tu passes trop de temps à observer des détails inutiles.

La phrase est sèche. Presque sévère. Mais elle manque de conviction. Et lui-même le sait. Son regard glisse malgré lui vers ce sourire qui vient d’apparaître sur ses lèvres. Petit. Fragile. Fatigué. Et quelque chose en lui se serre. Parce qu’il réalise qu’il ne l’a pas vue sourire depuis… combien de temps ? Il ne sait même plus.

Sa main est toujours posée sur son poignet. Quand elle propose de rentrer chez elle pour soigner leurs blessures, il baisse les yeux vers la plaie de son flanc. Le sang a ralenti. Le mélange du sien et du sien sèche déjà en une trace sombre sur sa peau.

Puis il relève les yeux vers elle.
Une cicatrice ne changerait rien.

Sa voix est redevenue posée. Presque distante.
Les Cieux en portent de bien plus anciennes.

À la mention des escadrons célestes qui pourraient venir la liquider… une ombre traverse brièvement son regard.
Aucun ange ne viendra.

La certitude est absolue. Calme. Tranchante. Puis il ajoute, après un court silence :
Et si quelqu’un l’envisage… il me trouvera sur son chemin.

La phrase n’est pas une menace. C’est une simple information.

Le vent soulève ses cheveux sombres autour de son visage encore légèrement coloré. Il n’en semble même plus conscient. Lorsqu’elle lui demande s’il doit retourner aux Cieux… il reste silencieux un moment. Ses yeux se tournent vers la mer. Les vagues frappent les rochers en contrebas. L’horizon est vaste. Gris. Immobile.

Les Cieux. L’Équilibre. Ses devoirs. Tout cela existe toujours. Mais pour la première fois depuis très longtemps… cela semble légèrement plus loin que d’habitude.

Lorsqu’il repose finalement les yeux sur elle, sa voix est plus basse.
L’Équilibre ne se brisera pas en quelques heures. Méniel, mon scribe, utilise un subterfuge.

Une pause. Puis il relâche enfin son poignet. Très doucement. Comme si le geste lui coûtait plus qu’il ne le voudrait.

Le grand archange, récupère ses vêtements "d'humain" puis se rhabille tout en parlant à son interlocutrice. Sans oublier de remettre son épée à sa place d'origine, contre sa hanche.
Montre-moi le chemin.

Ses yeux mordorés restent sur elle encore un instant. Et il ajoute, presque malgré lui :
Anéa…

Un souffle passe.
Je ne retournerai nulle part tant que cette conversation ne sera pas terminée.

Le vent se lève plus fort autour d’eux.

Et quelque part dans sa poitrine, Le Prince des Trônes comprend qu’il vient de prendre une décision qu’aucun Prince des Trônes n’aurait dû prendre aussi facilement.


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