La pression se referme.
Ce n’est pas une main. C’est une injonction. Une certitude étrangère qui s’abat sur elle, plie l’air, alourdit la pierre, comprime jusqu’à la respiration.
Ses muscles cèdent avant sa volonté. Un genou heurte le sol.
La cathédrale semble expirer en même temps qu’elle. Les encens brûlent plus fort, plus épais. La chaleur devient pesante, presque intime. La voix s’impose, mielleuse, impérative, sûre de son droit.
Katarina baisse la tête.
Pas par soumission. Pour se recentrer.
Son monde se réduit à quelques points précis : la froideur de la pierre sous son genou, le battement irrégulier de son cœur, le poids familier de ses armes.
Sa main glisse sous son manteau. Le geste est discret. Économe. Appris depuis longtemps.
Quand la lame de son couteau de lancer s’enfonce dans sa chair, la douleur jaillit nette, franche. Pas envahissante, mais suffisante. Une brûlure vive qui tranche à travers le brouillard, qui ancre, qui rappelle.
Ici. Maintenant. Elle.
Son souffle se brise une seconde, puis revient, plus court, plus maîtrisé. La pression est toujours là. La voix aussi. Mais quelque chose s’est réorganisé en elle. Un point fixe. Inébranlable.
— Non… souffle d’abord la tueuse.
Puis elle relève lentement la tête.
À genou. Blessée. Mais présente.
— Tu peux forcer mon corps… dit-elle, la voix vibrante, mais pleine. Tu peux troubler mes pensées. Les salir. Les provoquer.
Sa main libre se crispe, et sous le tissu de son manteau, une autre arme attend. Plus lourde. Plus définitive.
— Mais écoute-moi bien.
La jeune femme inspire, malgré la brûlure, malgré la chaleur qui cherche encore à la détourner.
— Je préférerai toujours m’arrêter moi-même… plutôt que de lever la main sur un enfant.
Les mots tombent avec un poids terrible, sans emphase, sans appel.
— Si tu m’imposes une passion que je ne peux contenir… Alors je me détruirai avant qu’elle ne s’exprime.
Un silence tendu s’installe, chargé de magie et de défi muet.
— Et si quelqu’un doit tomber pour empêcher ça… ce ne sera jamais un innocent.
Son regard se fixe, dur, lucide, droit dans la présence qu’elle sent plus qu’elle ne voit.
— Ce sera un adulte. Un responsable. Un coupable.
Sa voix tremble encore légèrement. Non de peur, mais d’effort.
— Voilà la différence entre nous.
Elle redresse un peu le menton, malgré la sueur, malgré la pression invisible qui persiste.
— Toi, tu joues avec les passions. Moi, Noxaria, je décide où elles s’arrêtent.
Katarina reste à genou. La douleur pulse sourdement. Le rituel continue autour d’elle.
Mais son esprit est verrouillé.
— Tu voulais savoir jusqu’où tu pouvais me pousser… conclut-elle dans un souffle rauque. Maintenant, tu le sais.