Ville-Etat de Nexus / Re : Bien meilleur que prévu ☼ Diamant, Guillot, les Muses
« le: mercredi 07 janvier 2026, 17:28:38 »La petite recette astucieuse de Diamant reprit en tout cas la vedette. Et, on pouvait dire ce qu’on voulait des manières de Droekor, mais il ne se mettait pas plus en avant que Ceryse. Il en imposait tout en laissant la place aux autres, ce qui avait, en quelque sorte, plus d’effet encore que s’il avait été timide et gringalet ; ou pire : femme. Le paladin l’écouta comme tous en lui versant la liqueur, se concentrant sur sa main pour s’arrêter à son signe tandis qu’il pouffait à la question tendancieuse de l’Orc.
« Je crois que Dame Diamant a d’autres manières de nous… »
Il allait dire « saouler ».
« … ravir nos sens qu’en utilisant un grog, aussi sophistiqué soit-il. »
Il n’y eut pas de mépris dans sa répartie. Au contraire, il riait de bon cœur avec le peau-verte.
« En tout cas, elle n’en a pas besoin pour délier nos langues. »
Puis, il avait parlé de ses motivations et de sa mission, et Droekor s’était mépris en s’imaginant tomber sur un autre mercenaire. Ainsi, c’est comme cela qu’il avait fini par rejoindre Nexus ; comme beaucoup d’Orcs, en soi. Il aurait été curieux d’en savoir plus, mais il était possiblement mal avisé d’interroger un Orc sur son passé. Celui-ci était souvent sanglant et riche en tragédies, célébrées chez eux comme autant de rites de passage, d’actes de vie ; ou de survie.
« Très bien, accepta-t-il comme Ceryse l’enjoignait à raconter une histoire. Mais je tiens à lancer une vraie table ronde ! »
Avec un sourire malicieux, il mettait ainsi chacun et chacune au défi de dévoiler une histoire du même ton que celle qu’il allait trouver. Et, en réfléchissant, il corrigea cependant Droekor avec tact.
« Mais, d’abord, non, je ne suis pas mercenaire. Je suis le code de chevalerie, qui m’enjoins à aider les plus faibles quoi qu’il en coûte et quoi qu’il y ait à la clé. Parfois, on tient à me récompenser, et je ne refuse pas un toit, un repas ou même une pièce symbolique. Certaines cultures, j’ai appris, en prendraient offense. Mais, si on ne me donne rien, je l’accepte, et je ne réclame rien. Ceci dit, je comprends que peu peuvent se permettre ce style de vie. »
Il assurait ainsi tout le monde qu’il ne jugeait pas les gens se battant ou rendant service contre argent. Il n’était pas hors-sol comme beaucoup de nobles nexusiens et il comprenait parfaitement la nécessité de devoir gagner sa vie. Il se considérait bien heureux d’avoir un domaine à hériter, un statut lui ouvrant des temples, et un nom lui ouvrant les manoirs.
« Maintenant, je vais vous raconter une histoire. Alors… C’était il y a quelques années et un percepteur royal avait soulevé le peuple avec des pratiques fiscales proprement scandaleuses. Par la force des choses, il s’était replié sur notre villa et nous avions été en devoir de garantir sa sécurité. Mon père a réussi à calmer les gens et a donné une chambre au fonctionnaire jusqu’à ce que les choses se soient tassées.
« Cet homme méritait bien cette colère, si vous voulez mon avis. C’était un petit chauve hargneux, vénal et méprisant, égoïste comme pas deux, et bien déterminé à collecter son impôt en s’engraissant dessus. J’avoue avoir eu envie de le mettre dehors, mais ce n’était pas ma place, et le code est clair à ce sujet.
« Bref : il a amplement abusé de notre hospitalité et tout le monde a fini bien énervé contre lui. Je n’ai jamais vu mon père aussi jaune avec qui que ce soit. Je me demandais quand il passerait à l’action ; et comment.
« Alors, un soir, au dîner, nous avons été servis et cet homme se plaignait de tout, comme d’habitude. Nous avions pris coutume de commencer à manger tout de suite pour ne pas avoir à lui répondre. Alors, nous avons commencé à manger et, là, nous nous sommes tous regardés avec angoisse et surprise. Seul mon père souriait. Lorsque le percepteur se mit à table et commença à manger, il s’arrêta vite de râler, et il vira blanc, rouge, puis jaune, se jetant de sa chaise en criant et en s’étouffant, en nous accusant de l’empoisonner. »
L’assistance était silencieuse, et perplexe. Guillot marqua un silence pour goûter le thé à la liqueur, qu’il s’était arrangé lui aussi, et afficher sa satisfaction.
« C’est vraiment délicieux. »
Il reposa la tasse avec un sourire pour Diamant, et reprit son histoire.
« Voyez-vous, son assiette était vraiment empoisonnée. Toutes les assiettes l’étaient. »
Il sentit le souffle de tout le monde s’arrêter et il gloussa en faisant un aparté :
« Voyez-vous, je ne suis pas juste un chevalier. Je suis aussi un paladin, un chevalier sacré. Je n’adhère formellement à aucune Église mais toutes m’ouvrent leurs portes. Ma capacité est de purifier l’environnement, de détoxifier. Ça inclut les poisons. Donc, après que notre invité se soit fort mal conduit avec une femme de chambre, qui s’avérait être la fille du cuisinier… Ne vous mettez jamais le cuisinier à dos… Mon père et lui avaient concocté un petit stratagème. Ils avaient caché une fiole d’un poison très puissant, au goût très reconnaissable, dans ma chambre, et l’avaient récupéré ce jour-là pour l’incorporer dans le repas. Le goût était là ; mais pas les toxines. »
Il pouffa et conclut :
« Le percepteur nous accusa à corps et à cris, jusqu’à ce que mon père, avec un sourire, parvienne à l’arrêter et lui fit croire que c’était le goût de ce plat, et qu’il devrait déjà être mort autrement. Il lui fit goûter le plat, puis son assiette, et l’homme dut bien reconnaître qu’il n’avait pas été empoisonné.
« Ça ne l’empêcha pas de nous insulter encore pour lui avoir fait manger un plat au goût pareil et de partir sur-le-champ, se glissant hors du pays à la faveur de la nuit. Apparemment, il aurait alors essayé de porter le cas devant la justice royale, mais un rival aurait utilisé le contexte pour ouvrir une enquête sur ses pratiques, et il est aujourd’hui en prison pour détournements fiscaux et corruption.
« Voilà ! »
Il reprit un biscuit et le croqua allègrement en se réinstallant confortablement.
« A qui le tour ? »










