13
« le: mardi 25 juin 2024, 23:09:27 »
Le cheval piétinait de temps en temps, soufflant des naseaux. Olympe, pour s’occuper, parti ramasser quelques bruns d’herbes afin de lui donner à mâchouiller le temps que son escorte n’arrive. Mère ne lui avait pas dit grand-chose sur lui, n’en sachant pas plus visiblement. Tout en caressant le museau de l’animal, pensive, elle regardait au loin, essayant de ne pas trop se poser de question sur la suite des événements. Olympe n’aimait pas être déçue et préférait pour cela ne pas laisser son imagination galoper. Ses pensées, aussi, allaient plutôt dans le sens de savoir si le voyage serait pas trop inconfortable. Car dans tout ce qu’elle détestait, il y avait ça. L’inconfort. Les voyages longs, sans fin même, avec une personne peu aimable, taciturne...un cheval étroit de dos qui lui ferait mal aux fesses. Le froid, la faim...autant dire qu’elle n’était que peu faite pour l’aventure. Elle se maudit en silence. La Ville et le bordel de Mère surtout, lui offrait une vie dont elle n’était pourtant pas coutumière à son arrivée, il y a de cela si longtemps. Elle s’était amollie dans le confort de la soie, des lit épais et de la chaleur. C’était absurde, elle, une fille pourtant issue de la campagne. «Il va falloir réapprendre à vivre de rien ma vieille...sinon tu ne feras pas de vieux os...» Cela la fit sourire intérieurement. Si son père ou ses frères la voyaient aujourd’hui, ils seraient surpris. Choqués très certainement. Son père ne ferait simplement que confirmer ce qu’il pensait, qu’elle n’était qu’une putain, comme sa mère. A cette nouvelle pensée, Olympe soupira, en même temps que son cheval qui se mit tout à coup à s’agiter légèrement. Il sentait qu’un congénère approchait. Il l’avait vu avant sa maîtresse.
Du bois surgit un cheval de petite taille, du moins comparé au sien, sur lequel était un homme. Olympe ne savait pas du tout si c’était là un voyageur égaré, un citoyen de La Ville qui rentrait ou...quoi d’autre ? Il s’arrêta pourtant à quelques sabots d’elle et lui tendit. Olympe retira sa capuche, regardant l’arrivant avec un sourire de politesse sur les lèvres. Elle saisit du bout des doigts le document et le parcouru rapidement, sans s’attarder autrement que sur le sceau. De nature, elle aurait simplement accepter de suivre l’inconnu, mais Mère était intransigeante sur la sécurité et il fallait qu’elle soit prudente. Après tout, la putain ne savait pas dans quoi elle était en train de mettre les pieds. Elle lui rendit son bien et hocha simplement la tête.
La main qu’il lui tendit, Olympe la saisit tout en l’écoutant. Meruem. Oui, c’était bien le prénom que Mère avait évoqué. Relâchant l’étreinte de ses doigts, qui fut furtif mais non moins doux, Olympe parla enfin de sa voix profonde. Elle ne fit aucun commentaire sur le physique de son vis-à-vis. Certes, à la maison close de Mère, les gardiens étaient d’immenses créatures aux races particulières et souvent peu amène, mais la prostituée n’était pas de celle qui juge. Et puis avec le temps, les différents clients ainsi que leur vie, elle avait appris que l’on ne peut se fier à la qualité de quelqu’un uniquement par son physique. Si L’Éternel Ardent avait envoyé Meruem plutôt qu’un autre, c’était probablement parce qu’il savait se défendre. Autrement, cela aurait été risqué et Olympe savait que les clients qui paient chers, n’aiment pas que leur contrat se rompe. Peut-être que si elle avait été toute autre, que si elle n’était pas commandée pour ses charmes, Olympe aurait rechigné à suivre un «gringalet» sur les routes. Mais une nouvelle fois, la jeune femme n’était pas faite comme les autres.
« Olympe.»
Sans fioriture, sans «Madame» ou autre. Juste Olympe. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait prononcé son nom de famille et elle ne jugea pas nécessaire de le faire en cet instant. D’où elle était issue importait peu. Ce qui importait était ce pourquoi elle avait été engagée. Tout comme elle ne jugea pas convenable de se trouver un autre prénom. Mère aimait que les filles garda leur véritable identité. Afin de montrer que ce n’était pas la honte qui les habitait de pratiquer un tel métier, qui n’était selon Mère, rien de plus qu’un gagne-pain.
« Enchantée de même...Meruem. J’ai tout ce qu’il faut, nous pouvons prendre la route sans tarder.»
Il ne fallait pas s’attendre à de long discours et des bavardages incessant avec Olympe. Et il ne fallait surtout pas voir dans son laconisme coutumier une forme de timidité ou de protection contre le monde extérieur. C’était simplement dans sa nature et elle ne pouvait pas en changer sur demande, bien que pour d’autres choses elle sache faire l’effort.
« En avons-nous pour longtemps ?»
Sans attendre, sans aide non plus, elle grimpa sur la lourde silhouette, non pas en amazone, comme on attendait souvent d’une femme, mais en plaçant ses cuisses de chaque côté de de la puissante monture. Elle devait baisser la tête pour continuer de converser avec Meruem. Des mèches sombres balayaient son visage diaphane tandis qu’elle s’exprimait tout en grattant le cou de l’animal.
« Je n’ai pas peur de faire route. C’est de la curiosité, tout simplement.»
Olympe le détaillait tout en parlant, un demi-sourire plaqué sur ses lèvres charnues. Elle avait une petite boule à l’estomac, il fallait l’avouer, mais ne craignais pas pour sa vie. C’était plutôt une sorte d’excitation des aventures qui l’attendaient. Mère avait été bonne finalement de la choisir. Cela lui permettait de sortir un peu de sa zone de confort, qui justement, devenait trop confortable. Son physique s’en ressentait d’ailleurs, Olympe avait le plus grand besoin de sortir de La Ville. De voir du paysage et peut-être d’un peu d’exercice physique. Lentement, elle fit partir sa monture, suivant de près son escorte. Sa robe relevée sur ses jambes, sans honte, de part la posture qu’elle avait choisie pour faire route. Elle n’avait pas besoin d’élever la voix pour se faire entendre, son ton grave portant loin. C’était une sorte de talent inné. La voix qui porte. Un embarras pour son père lorsqu’elle était enfant déjà.
«Je vous avoue...je ne suis pas sortie depuis plusieurs...longtemps en réalité, de La Ville.»
Avait-elle rosi en avouant cela ? Peut-être un peu. Mais elle remis simplement sa capuche sur sa tête et reprit.
«Vous allez me prendre pour une inculte...je préfère vous prévenir, plutôt que vous soyez surpris si je ne reconnais pas les endroits par lesquels nous allons passer.»
Elle rit doucement, devant cet aveu. Un rire léger, plus que sa voix profonde pour une femme, aux ondulations chaudes qui semblaient des aveux sur sa profession. Olympe avait dans sa nature cette aura, ces manières et ce timbre qui invitait aux confidences et à la chaleur d’une nuit partagée. Elle était bien loin la fille campagnarde à l’accent fort qui mâchait parfois ses mots. Au contraire, elle s’exprimait aujourd’hui avec une aisance pour le vocabulaire et différents dialectes, qui lui permettaient ainsi de tenir la conversation avec beaucoup de personnes issues de toute sorte de milieu. Elle aurait pu ainsi facilement tromper son monde en faisant croire à une naissance plus aisée qu’il n’en était en réalité. Il fallait remercier Mère, qui avait patiemment déconstruit le verbiage populaire de la fille de paysan. Avec le temps, sans effacer la personnalité d’Olympe, elle lui avait simplement insuffler ses connaissances et ses manières afin qu’un jour, son aînée puisse prendre le relais à la maison close.