Les contrées du Chaos / Re : A princess's duty [Zorro Wolfen]
« le: lundi 31 août 2026, 03:02:02 »Zorro n'avait pas beaucoup dormi au cours de cette nuit. Le sièv qui coulait dans ses veines n'y était probablement pas étranger, du moins pendant les premières heures. La présence de Shion derrière un simple pan de toile, son odeur de fleurs sauvages, la beauté des courbes qu'elle exposait sans honte, à la mode mesaienne, et les discrets soupirs que le mercenaire l'avait entendu pousser à plusieurs reprises dans la nuit avaient aussi très clairement participés à son insomnie.
Mais plus encore, c'était les souvenirs qui avaient volé le sommeil du Loup Noir. Des souvenirs qui lui paraissaient à la fois si proches, à peine plus d'une ou deux décennies, et si lointains, comme appartenant à une autre vie. Ce qui n'était pas si loin de la vérité, les images qui l'avaient hanté venant d'un autre monde, de l'époque où il était dans l'armée des Rebelles, à la tête des éclaireurs et des espions.
Être à nouveau à la tête d'une petite troupe, bien que la situation soit totalement différente, avait ramené à la surface de désagréables sensations.
Il n'en montra cependant rien, quittant finalement son poste de garde pour organiser les préparatifs de départ.
A vrai dire, et à sa grande satisfaction, sa présence n'était pas vraiment nécessaire pour cela. En dehors de quelques aides de camps, la majorité des membres de la troupe étaient des aventuriers ou des mercenaires vétérans, rôdés à ce genre d'exercices et parfaitement autonomes, tant et si bien que le soleil dépassait à peine le sommet des montagnes lointaines quand le convoi fut prêt à partir.
Tout ce qu'il eu à faire fut de sceller Dwyl, revenu de lui-même aux premières lueurs, et d'envoyer une aide de camp réveiller leur cliente.
En la voyant sortir de sa tente, les yeux encore embrumés de sommeil et rougissante, il ne put s'empêcher de pouffer discrètement, se mordant les lèvres pour dissimuler son amusement avant de repenser à l'idée qui lui avait traversé la tête pendant la nuit.
La seconde journée de voyage se déroula sans évènement notable, pratiquement identique à la première. Investi de son rôle, Zorro effectua plusieurs allers et retours entre l'avant et l'arrière du convoi, heureusement peu étendu, et partit régulièrement en éclaireur afin de repérer les environs et consulter tranquillement leur plan de route, établit à l'avance avec Pelemetho, le noble qui l'avait engagé.
Dans ces moments-là, c'était le plus souvent Merk qui surveillait Shion, ses yeux chassieux se posant sans retenu sur la noble dame. Mais en-dehors de ses regards, à aucun moment il ne tenta quoi que ce soit, même pas d'engager la conversation, se contentant de la dévisager tout en faisant son travail avec efficacité.
La seule différence survint le soir : cette fois ils avaient établi le camp entre deux collines basses, un peu à l'écart de la route qui commençait doucement à perdre de sa prestance. Aucun point d'eau n'était présent à proximité, et si un coin d'ablution avait été grossièrement monté, la plupart des mercenaires s'était contenté de se rincer sommairement dans un tonneau d'eau.
Plusieurs jours passèrent ainsi, tandis que la petite troupe poursuivait sa route vers l'Est et leur destination finale. Au fil des miles parcourus, la nature se fit plus sauvage, les signes de civilisation moins présents, à plus forte raison que, suivant le plan, Zorro s'éloignait progressivement de la grande route.
Cela rallongeait certes leur trajet, mais le rendait aussi moins prévisible. Sans compter que cela leur permettait aussi de trouver plus facilement des points d'eau et de quoi remplir les réserves de nourriture sans toucher aux rations. Et plus ils s'enfonçaient dans les landes vierges, plus le mercenaire se détendait, comme si la nature environnante avait un effet apaisant sur lui, ou chassait les mauvais souvenirs.
Il n'était d'ailleurs pas le seul à se relâcher, l'ambiance au sein de la troupe perdant peu à peu son côté rigide et militaire. Des amitiés de passage commencèrent à se former, aidées par les aventuriers qui se connaissaient déjà ou par les grandes gueules comme Merk, globalement apprécié malgré son manque de tact, et il ne fut plus rare, la nuit, que des soupirs s'échappent des bosquets.
De son côté, Zorro, bien que plus détendu, continuait d'assumer son rôle, tâchant d'apprendre à connaître tout le monde tout en essayant d'estomper peu à peu la distance due à la hiérarchie. Il n'avait jamais aimé diriger qui que ce soit, excepté, peut-être, dans certaines circonstances bien précises, et plus intimes. Après tout, ce n'était pas pour rien qu'il était un mercenaire solitaire, là où la plupart, avec sagesse, préférait agir en groupe.
Evidemment, il n'oubliait pas Shion, à aucun moment, et dès le soir du deuxième jour il avait commencé à mettre son idée à exécution, tâchant d'impliquer de plus en plus la jeune femme dans la vie du camp. Ce faisant, il outrepassait clairement son devoir, mais il n'en avait cure, si cela permettait de la rendre heureuse.
Alors que le reste de l'escorte commençait à monter le camp avec la même efficacité que le premier soir, il s'était approché avec un sourire de la noble esseulée, afin de lui proposer de s'occuper de Dwylidian. Le cheval s'était montré un professeur patient et pédagogue, manifestant un plaisir non dissimuler à apprendre à cette jeune femme comme le brosser et le nourrir. Ou alors était-il simplement heureux d'avoir droit à des caresses plus douces que celles de Zorro.
Dans les jours qui suivirent, le mercenaire avait beaucoup mis son compagnon à contribution afin de briser la solitude de la jeune femme, la laissant le chevaucher seule et s'occuper de lui le soir. Parfois aussi, ils montaient à nouveau ensemble, parlant de tout et de rien. Ces instants étaient de véritables bulles de plaisir pour le Loup Noir, qui lui permettaient d'oublier un instant les responsabilités qu'il pensait avoir vis-à-vis de leur escorte. La présence de Shion, calée contre lui, le reposait, même s'il devait régulièrement se faire violence pour rester professionnel et ne pas se laisser déborder par la sensualité envoûtante de la jeune femme. A son corps défendant.
En dehors des soins à Dwyl, Zorro avait aussi essayé d'impliquer Shion dans d'autres activités du campement, à commencer par la cuisine. Ty Fu avait beaucoup protesté, rougissant, arguant que ce n'était pas là la place d'une noble dame, mais il s'était finalement laissé convaincre.
L'attitude de Zorro envers Shion, tout comme le fait de la voir s'affairer avec sérieux, si différente des autres nobles pompeux ou inutiles, avait fini par contaminer le reste de la troupe, qui en était venu à se prendre d'affection pour la jeune femme, tant et si bien qu'en dehors du Loup Noir, de Merk et sa grande gueule, et de Ty Fu et sa prévenance exagérée, d'autres aventuriers l'avaient prise sous leur aile.
Mercedes pour commencer, la mercenaire qui l'avait aidé à se laver le premier soir et l'avait plus tard assisté lorsque Zorro avait encouragé Shion à monter elle-même sa tente ; ainsi que les jumeaux Yakob et Elfie Frey, deux des plus jeunes aventuriers de la compagnie et qui essayaient souvent d'entraîner Shion dans leurs parties de dés ou de cartes aux mises singulières, ou leurs plaisanteries gaillardes.
Plusieurs jours étaient donc passés ainsi, et la compagnie se rapprochait de plus en plus de la capitale des Araniades, lorsque Zorro, profitant d'un instant seul avec Shion sur le dos de Dwyl, se pencha légèrement à l'oreille de la noble, parlant d'une voix plus basse que nécessaire.
- Shion ? Pourrais-je te voir seul à seul ce soir ? Dans ta tente. J'aurais quelque chose à te montrer.
Il avait en effet décidé qu'il était plus que temps que la jeune femme prenne connaissance de la route secrète qui avait été convenue avant le départ, ignorant si elle était déjà au courant ou non, mais souhaitait que cette information reste secrète par crainte d'éventuels espions. La tente de la noble aux cheveux blancs lui semblait être le meilleur endroit pour cela.








