La chaleur du désert n’arrangeait pas la position précaire de Calpurnia. Transportée comme un vulgaire sac jeté en travers d’un cheval, la blonde ne voyait guère le chemin avec la poussière que les sabots des chevaux soulevaient. Elle s’en prenait plein la gueule, littéralement, et s’était résignée à fermer les yeux. Elle avait abandonné l’espoir de réussir à se débarrasser du bâillon aussi, et avait cessé de tenter de crier quand sa gorge commença à la faire souffrir. Elle avait soif, chaud, faim, et rêvait d’un bain pour se dépoussiérer.
Peut-être s’était-elle endormie un instant, bercée par les cahots de la route, parce qu’elle se sentit rouvrir les yeux d’un coup quand deux bras la soulevèrent du cheval sur lequel elle était, la portant comme si elle ne pesait rien pour la déposer à terre. Elle n’avait pas la force de se débattre, malheureusement, et comme son regard affolé ne repérait rien qui l’aiderait à fuir, elle ne tenta même pas. De la rocaille à perte de vue. Et cette petite oasis. Un simple grondement lui avait échappé, presque inaudible, alors qu’elle avait senti les mains de l’homme contre sa croupe et qu’elle avait ensuite entendu le craquement de son corsage. Mais elle ne pouvait rien faire ligotée et bâillonnée comme elle l’était.
Se contentant d’un regard noir au travers de ses cils pleins de poussière, la belle reposa la tête par terre en fermant les yeux pour se protéger des rayons du soleil encore aveuglants. Après autant de temps sur le cheval, elle avait toujours l’impression de sentir le rythme de cette folle cavalcade imprimée dans son corps.
Elle ne put réprimer un sursaut en sentant de nouveau des mains sur elle la faire se redresser, et ses yeux s’ouvrirent en grand, paniqués, rencontrant ceux de celui qui semblait être le plus jeune. Ou le plus « docile ». Le moins dangereux, peut-être ? Le plus sensible ? Elle ne savait guère, mais elle apprécia énormément l’eau fraîche contre sa peau brûlante. Plus encore, elle apprécia de sentir la poussière être enlevée par le linge qu’il passa ensuite contre son visage.
De la brève discussion qui s’ensuivit entre les frères, l’espoir d’avoir de quoi boire s’évanouit aussi vite qu’il était apparu. Clignant des yeux alors que le bandit terminait de nettoyer sa peau sommairement, ses prunelles accrochèrent la silhouette de celui qui semblait être le chef. Serrant les dents contre le bâillon, elle détourna la tête, déterminée à ignorer ses ravisseurs. Mais elle ne pouvait pas se boucher les oreilles, et la conversation suivante la fit frémir d’horreur. Sans qu’elle ne puisse contrôler ses gestes, sa tête se tourna de nouveau vers les deux frères, attrapant le regard coupable d’Emett et celui, bien plus pervers, de Bill. Ses propres yeux s’écarquillèrent aux paroles du chef des bandits, sa peau perdant presque immédiatement une teinte malgré la chaleur. Il lui fallait s’échapper, et rapidement.
Mais même en profitant d’être laissée seule au bord de l’eau, la demoiselle terrifiée n’alla pas bien loin avec ses liens avant que les frères ne reviennent et ne recharge tout sur les chevaux. Y compris leur prisonnière.
Le trajet jusqu’à la grotte lui parut aussi interminable que rapide. Son cœur affolé battait tellement fort dans sa poitrine qu’elle était certaine que le cheval le ressentait. Et elle avait beau gigoter, elle ne glissait pas de la monture, à son plus grand regret. Pire, elle s’épuisa alors que les scénarios les plus pervers s’échappaient de son imagination, les paroles de Bill flottant encore dans son esprit.
Fermant les yeux de dépit alors qu’ils pénétraient enfin dans la grotte, Calpurnia se raidit quand l’un des bandits la déchargea à nouveau, les palpations indéniable cette fois, et elle gronda faiblement alors que son corps épuisé se retrouvait étendu sur une pierre plate. Ses cheveux, emmêlés et pleins de poussière, étaient heureusement hors de son visage. Mais ça lui laissait une vue imprenable sur les activités des frères qui s’installaient avec la rapidité de ceux qui l’ont fait tellement de fois qu’ils sont rôdés.
Frémissant sans pouvoir s’en empêcher alors que l’un d’eux s’approchait, les prunelles de la jeune femme luisait de l’appréhension qui ne l’avait pas quitté depuis leur arrêt près de l’eau. Elle se raidit de plus belle alors qu’il s’accroupissait à sa hauteur, s’apprêtant à lui enlever le bâillon. Elle trembla légèrement à son ton qui ne souffrait aucune contradiction et s’empressa de hocher la tête. Elle avait parfaitement compris qu’elle était dans de sales draps. Crier ne servirait à rien. Son seul espoir était de réussir à se débattre au bon moment pour prendre la fuite. Mais elle avait peu d’espoir d’en avoir l’opportunité.
Alors que le bâillon quittait enfin ses lèvres et sa bouche desséchée, la blonde toussa, grimaçant alors que sa gorge sèche s’irrita, et accepta gracieusement l’eau offerte par le scélérat. Gorgée après gorgée, la fraîcheur de l’eau apaisa sa gorge et sa soif. Avant qu’elle n’en soit de nouveau privée quand la gourde quitta ses lèvres rougies par la contrainte du bâillon. Un gémissement de protestation s’étrangla dans sa gorge alors qu’une nouvelle toux la secouait, puis elle tenta, d’une voix faible et rendue rauque par la soif de la chevauchée :
« Puis-je… Manger quelque chose ? »
Elle avait peu d’espoir qu’il la libère de ses liens pour la laisser se nourrir, mais ça ne lui coûtait rien d’essayer. Sinon, elle espérait qu’ils s’endormiraient vite après manger, avec la chevauchée qu’ils avaient faite, et que les menaces du bandit en chef n’étaient que ça, des menaces. Elle aurait peut-être le temps, cette nuit, de se libérer et de fuir…