Le mauvais pressentiment n’a pas le temps de prendre forme. À peine la question a-t-elle franchi les lèvres de Lyadril que l’air se charge d’une froideur anormale. Pas celle d’une nuit qui s’infiltre par une fenêtre mal fermée. Non. Quelque chose de plus profond, de plus ancien, qui semble s’insinuer jusque dans les os et étouffer la chaleur des flammes.
Elle relève brusquement la tête. Les bougies vacillent. Les herbes suspendues frémissent sans qu’aucun courant d’air ne traverse la pièce. Puis le sol tremble sous ses pieds, faisant tinter le verre qu’elle tient encore entre ses doigts.
Son regard remonte vers le plafond.
- Par les Anciens…
L’elfe abandonne son verre sur la première surface accessible au moment où une lueur cramoisie déchire soudainement l’obscurité.
Tout arrive trop vite.
Les meubles s’élèvent. Les ombres se tordent. Une déflagration lumineuse lui arrache un mouvement de recul, mais elle n’a pas le temps de se soustraire à la secousse que Réo l’attire déjà contre lui.
Son premier réflexe est de s’agripper à lui.
Le second, lorsqu’elle comprend qu’il se penche au-dessus d’elle pour la protéger, est une protestation qui meurt avant même d’avoir franchi ses lèvres. Car quelque chose vient de frapper son compagnon.
Elle le sent plus qu’elle ne le voit. Et cette perception suffit à faire naître une colère glaciale au fond de son ventre.
Lorsque sa vision revient enfin, Lyadril distingue la déchirure béante au plafond. Une faille. Modeste, certes, mais dont les bords vibrent d’une énergie étrangère. Les protections qu’ils viennent d’achever ont manifestement contenu une partie du phénomène, sans parvenir à empêcher l’intrusion.
Et ce qui s’en échappe…
Ses yeux s’écarquillent.
Des diablotins. Un… Trois.
Puis une multitude de petites silhouettes hideuses qui se déversent dans la pièce, agitant leurs ailes, leurs griffes et leurs armes avec une frénésie qui n’a rien d’inoffensif lorsqu’elles sont aussi nombreuses.
La fille d’Az’Kharel reconnaît immédiatement leur nature. Dans l’Enfer, ces créatures passent pour des nuisibles, des vermines dont les habitants les plus puissants se débarrassent sans même y penser.
Une réputation qui oublie commodément qu’une vermine acculée peut mordre. Et qu’une centaine de morsures peuvent tuer.
Le grondement qui éclate à ses côtés lui fait tourner la tête. Réo se métamorphose.
Les cornes, les crocs, les ailes, les griffes… La transformation arrache à Lyadril une brève immobilité, non pas de peur, mais de cette fascination instinctive qu’elle éprouve devant une manifestation aussi entière de la nature démoniaque de sa moitié.
Une pensée fugace lui traverse l’esprit. Voilà donc ce que donnerait notre reflet, là-haut, sous cette forme…
Le moment est particulièrement mal choisi pour s’y attarder. Car la transformation de Réo ne s’accompagne pas seulement d’un changement physique. Son effluve d’incube se répand dans la pièce, signature surnaturelle de sa nature infernale, chargée de cette influence qui aurait pu, dans d’autres circonstances, éveiller chez l’héritière des Légions Infernales, une réaction bien différente.
Seulement, les circonstances ont rarement été aussi mauvaises.
Le plafond vient de s’ouvrir sur une déchirure infernale. Des diablotins grouillent autour d’eux. Leurs protections vacillent, et la magie qu’ils viennent d’achever menace déjà de céder.
Autrement dit, Lyadril est furieuse.
L’effluve de Réo ne rencontre donc ni sérénité ni disponibilité pour les instincts auxquels elle pourrait normalement faire appel. Il se heurte de plein fouet à une colère déjà prête à déborder, la stimule et l’amplifie, comme si sa propre nature démoniaque venait de lui fournir une raison supplémentaire de perdre patience.
Ses narines frémissent. Vraiment ? Maintenant ? L’indignation traverse son esprit avec une netteté presque absurde. Comme si les créatures qui déferlent du plafond ne suffisaient pas. Comme si elle avait besoin, en plus, que ses instincts s’en mêlent au pire moment possible.
Un diablotin fond sur elle.
L’invitée de l’établissement pivote, évite sa première attaque et lui assène un coup qui l’envoie s’écraser contre le mobilier. Une seconde créature tente aussitôt de profiter de son mouvement. Elle se baisse, laisse passer ses griffes au-dessus de sa tête et se redresse en frappant de nouveau.
Son visage a perdu toute douceur. Ses yeux turquoise se durcissent, tandis que l’herboriste cède la place à une combattante dont les gestes ne doivent rien à l’improvisation. Elle connaît les blessures. Elle connaît les poisons. Et… elle connaît les démons.
Ceux qui s’imaginent pouvoir l’acculer parce qu’elle paraît fragile ont généralement peu de temps pour regretter leur erreur.
Mais quelque chose lui échappe déjà.
Une chaleur profonde se répand sous sa peau, remonte le long de sa colonne vertébrale et s’accumule dans sa poitrine. Sa nature de succube répond à celle du démon sans qu’elle en ait conscience, réveillée par son effluve, sa propre colère et la violence de l’intrusion.
Son effluve se libère à son tour. Involontairement. Sans qu’elle ait choisi de l’émettre, encore moins de l’utiliser.
Une présence chaude et enivrante se répand autour d’elle, se mêlant à celle de l’incube. Les deux signatures infernales s’entrelacent et chargent l’atmosphère d’une intensité presque étouffante, tandis que les protections de l’Eden vibrent sous cette accumulation de puissance.
Lyadril n’a aucune intention de séduire qui que ce soit. Elle est furieuse. Furieuse que l’Eden soit attaqué.
Furieuse que leurs protections aient été forcées. Furieuse que ces créatures aient osé s’introduire dans un lieu où elle commençait à peine à apprivoiser cette proximité nouvelle avec Réo.
Et surtout, furieuse d’avoir senti son compagnon être frappé sans même pouvoir déterminer ce qui venait de le toucher.
Son regard revient vers lui une fraction de seconde. Il se bat. Elle aussi. Ils ne peuvent pas se permettre de se perdre de vue trop longtemps.
Un diablotin tente de la prendre à revers. Lyadril pivote, lui échappe de justesse et le repousse d’un mouvement brutal. Une autre créature s’écrase contre un meuble sous le battement puissant de ses ailes, tandis que la suivante rencontre ses griffes.
Puis un juron lui échappe. Pas dans la langue commune. Dans celle de l’Enfer.
- KRAZH’VEK ! VOR’ASH NA KHAZAR ! (Par les flammes ! Quelle merde !)
Sa voix résonne dans la pièce, plus grave, plus rauque, traversée d’une vibration surnaturelle. Et lorsqu’elle relève les yeux vers la brèche, son expression change.
- AZ’KHAREL, TU TE FOUS DE MOI ?!
Le nom de son père éclate comme une malédiction. La colère franchit un seuil.
Sa métamorphose s’accélère avec une violence presque physique, comme si son corps cessait brusquement de lutter contre la puissance qui cherche à s’exprimer. Ses yeux, si verts et lumineux quelques instants auparavant, semblent se consumer de l’intérieur. Leurs nuances disparaissent sous un éclat incandescent, jusqu’à devenir deux charbons ardents, rougeoyants de haine et de douleur.
Sur sa peau immaculée apparaissent des veines aux nuances d’alternanthera ‘Purple Knight’, d’un violet profond, parfois argenté, qui pulsent sous son derme comme si une lave brûlante y circulait.
Ses doigts graciles s’allongent, les ongles se muant en griffes acérées. Ses canines deviennent trop longues, trop visibles, et ses lèvres se retroussent sur un rictus carnassier.
Ses cheveux argentés s’animent autour de son visage, soulevés par une tempête invisible.
Puis ses ailes jaillissent de son dos.
Leur déploiement brutal fait claquer l’air et projette un diablotin contre le mur. Leurs membranes, teintées des mêmes nuances de violet profond et d’argent que ses veines, paraissent instables, presque vivantes, tandis que leurs battements soulèvent poussière et débris. L’ombre qu’elles projettent sur les murs suffit à effacer toute illusion de douceur.
Sa robe elle-même semble prise dans la métamorphose. Le vert sylvestre se mêle aux ombres d’obsidienne, comme si un voile de forêt nocturne s’embrasait autour de ses contours. Le tissu ample et vaporeux accompagne chacun de ses mouvements, scarifié de reflets qui évoquent les flammes antiques.
Sa queue fouette l’air derrière elle.
Les runes s’illuminent à son passage.
Et son effluve de succube continue de se répandre, incontrôlé, mêlé à celui de Réo et à l’aura infernale qui émane désormais de tout son être.
La colère ne lui fait pas perdre le contrôle de son esprit. Elle lui fait perdre le contrôle de ce qu’elle laisse émaner d’elle.
Lyadril demeure parfaitement consciente de la menace, capable de reconnaître ses alliés et de distinguer chaque mouvement hostile. Mais sa nature démoniaque déborde désormais de toute part. Elle n’a pas atteint sa forme ultime ; elle n’en a pas besoin. Cette manifestation suffit déjà à révéler une puissance qu’elle ne laisse que rarement s’exprimer avec une telle violence.
Un nouveau diablotin bondit vers elle.
Elle l’évite d’un mouvement sec, puis frappe le sol du pied gauche. L’impact résonne dans les dalles.
Dans l’instant, sa hallebarde apparaît à l’horizontale devant elle, comme si elle venait d’être arrachée à l’ombre même de son corps. Sombre comme la nuit, sa longue hampe est parcourue de veinules rougeoyantes qui courent jusqu’à sa lame. L’arme semble vibrer au rythme de sa colère, indissociable de la puissance qui l’anime.
Ce n’est pas une arme ordinaire qu’elle vient de matérialiser. C’est une extension de son être. Une cicatrice devenue tangible, un prolongement de sa volonté et de cette nature infernale qu’elle ne cherche plus à contenir.
Lyadril referme ses doigts griffus autour de la hampe. Son regard incandescent se fixe sur les créatures qui continuent de s’engouffrer dans la brèche.
- AZ’KHAREL ! KHAZAR VOR’THEN ! (Az’Kharel ! Enfoiré de général !)
Elle abat sa hallebarde.
La lame siffle dans l’air et fauche le premier diablotin avant de poursuivre sa course contre un second. La combattante ramène l’arme contre elle pour bloquer l’attaque d’un troisième, pivote sur ses appuis et utilise l’élan de son adversaire pour le déséquilibrer avant de le repousser violemment d’un revers.
Ses ailes battent derrière elle. Sa queue balaie les jambes d’un assaillant. Ses veines violettes et argentées pulsent sous sa peau tandis que ses yeux incandescents ne quittent plus les créatures.
- VOR’KETH AZ’KHAREL ! NAR VEKH ! (Maudit soit Az’Kharel ! Retournes dans les profondeurs !)
Elle accompagne son injure d’un nouveau coup de hallebarde, repoussant plusieurs diablotins qui tentent de la contourner.
- KHAZAR VEKH ! VOR’THEN NAR ! (Bande de vermines ! Retournez dans les profondeurs !)
Sa voix gronde jusque dans les vibrations de son arme.
Si son père est responsable de cette intrusion, il entendra parler de cette nuit. Et s’il ne l’est pas, cela ne change rien au fait que ces créatures ont osé s’en prendre à ce qu’elle protège.
La fille d’Az’Kharel se bat désormais à visage découvert. Et chacune de ses frappes porte la promesse silencieuse qu’elle fera payer à quiconque a osé s’en prendre aux siens. Pourtant, malgré la férocité de ses attaques, elle comprend rapidement ce qui rend la situation si dangereuse.
Ils peuvent massacrer ces créatures les unes après les autres, la faille continue de les alimenter. Chaque seconde passée à se défendre est une seconde pendant laquelle d’autres diablotins peuvent franchir le passage.
Il faut fermer cette brèche.
Lorsque l'incube repousse plusieurs assaillants et concentre sa puissance vers le plafond, Lyadril comprend immédiatement son intention. Un mur luminescent se forme au-dessus d’eux, mais vacille sous la pression de l'ouverture. Elle perçoit la dépense d'énergie dans chaque ondulation de cette barrière.
Puis il l'appelle.
- LYA’ !
Elle se retourne aussitôt. Le sang qu'il lui tend ne laisse aucune place au doute. La maîtresse des Arcanes Interdites rejoint sa position, sa hallebarde toujours en main. Les dernières créatures qui tentent de lui barrer la route sont repoussées par un revers de son arme et un coup d’aile qui les envoie rouler contre les débris.
Elle tend sa main libre et vient joindre sa paume à celle du démon. Le contact réveille immédiatement le sceau arcanique qui les lie. Cette fois, elle n’a pas besoin de réfléchir à ce que leur proximité signifie. Le lien est là. Leurs sangs se reconnaissent. Et les protections qu’ils ont tracées ensemble répondent à cette union comme si elles n’attendaient que cela.
- Naur aníra, menel tiruva… (Que le feu protège, que le ciel veille…)
Les paroles s’échappent de ses lèvres dans un murmure tendu, presque couvert par le vacarme. Ses yeux se ferment une fraction de seconde, le temps de concentrer son énergie sur la structure arcanique qui maintient encore la brèche ouverte.
Elle ne cherche pas à imposer sa puissance à celle de Réo. Elle la rejoint. L’épouse. La renforce.
Le mur se contracte brusquement.
La lumière cramoisie se resserre sur elle-même, les contours de la faille se rapprochent, et la démone sent une résistance brutale remonter le long de son bras. Ses dents se serrent. Ses épaules tremblent sous l’effort tandis que le sceau invisible pulse contre sa peau.
Encore. Il faut tenir encore. Une dernière poussée d’énergie traverse leurs mains jointes.
Puis la brèche se referme.
Le silence qui suit est si soudain qu’il semble irréel.
Lyadril rouvre les yeux.
Le plafond est intact.
La pression qui écrasait l’air vient de disparaître, et les derniers échos de la décharge arcanique s’éteignent progressivement dans la pièce.
Ils ont réussi. Mais le répit ne dure pas.
Une présence se précipite vers elle. Lyadril perçoit le mouvement trop tard pour esquiver complètement. Elle pivote, prête à accueillir l’assaillant, mais Réo s’interpose avant qu’elle puisse porter son propre coup.
Le trident du diablotin traverse sa main.
Tout se fige une fraction de seconde.
- Réo !
Le cri jaillit de sa gorge, chargé d’une colère qui n’a rien d’une plainte. La créature n’a guère le temps de profiter de son attaque avant que l’ex-commandant des Légions Infernales ne lui brise le cou et ne l’écrase dans une mare de sang.
Lyadril reste immobile un bref instant, les yeux fixés sur la main blessée.
La douleur lui paraît presque palpable. Puis lorsqu’elle entend Réo jurer, son expression se ferme davantage. Bien sûr.
Une pensée sèche, traversée d’une inquiétude qu’elle ne parvient plus à dissimuler. Bien sûr qu’il fallait qu’il se mette entre cette chose et moi.
La fille d’Az’Kharel voudrait presque éclater d’un rire incrédule. Pas parce que la situation est drôle. Mais parce qu’elle vient de se battre aux côtés d’un ancien commandant des Légions infernales, qu’elle a participé à la fermeture d’une brèche et qu’elle possède suffisamment de sang démoniaque dans les veines pour ne pas avoir besoin qu’on la traite comme une poupée de porcelaine.
Pourtant, lorsque ses yeux reviennent sur lui, cette irritation se heurte à quelque chose de bien plus tendre. Il l’a protégée.
Sans hésiter.
Et elle sait parfaitement ce que cela signifie.
Sa hallebarde disparaît progressivement, sa silhouette se dissolvant en particules sombres et rougeoyantes qui se dissipent avant de toucher le sol. Ses ailes restent déployées, ses cornes dressées, et les veines violettes et argentées continuent de pulser sous sa peau. Sa métamorphose ne s'efface pas d'un seul coup. La colère est encore trop vive, l'adrénaline trop présente, et son effluve demeure suspendu dans l'air, mêlé à celui de Réo.
Lorsqu'il arrache un pan de sa chemise pour entourer sa main, Lyadril le dévisage.
- Ce n’est rien, tu m’as vu en pire état. Et tu aimes jouer les médecins à domicile.
Une seconde. Deux.
Puis ses yeux descendent de nouveau vers le bandage improvisé.
- C'est précisément parce que je suis herboriste bercée dans la médecine que je sais reconnaître une blessure qui mérite davantage qu'un morceau de tissu noué à la hâte.
Sa voix conserve une résonance plus grave qu'à l'ordinaire, mais sa fermeté ne laisse guère de place à la discussion.
Elle fait un pas vers lui, ses griffes se rétractant légèrement tandis que ses doigts viennent effleurer avec précaution le poignet de sa main valide, attentive à ne pas aggraver la blessure.
- Et je te rappelle que je ne suis pas sans défense, Réo.
Une pointe d'exaspération traverse ses yeux rougeoyants.
- Je suis la fille d'Az'Kharel. J'ai grandi parmi les démons de l'Enfer et les combattants des Légions infernales. Tu n'as pas besoin de te faire transpercer la main pour me prouver que tu tiens à moi.
Les derniers mots lui échappent avant qu'elle ait pu les retenir. Ils demeurent entre eux, plus fragiles que la colère qui les a précédés.
Lyadril baisse un instant les yeux, consciente de ce qu'elle vient d'avouer, puis revient à sa blessure.
- Cela dit…
Sa voix perd un peu de sa dureté.
- Merci de ne pas m'avoir laissée seule face à cette chose.
Elle ne cherche pas à minimiser ce geste. Pas davantage à prétendre qu'il ne l'a pas touchée. Mais cela ne signifie pas qu'elle compte le laisser s'en tirer avec une plaisanterie.
Lorsqu'il la serre contre lui, la démone se raidit brièvement sous la surprise. Puis elle se laisse aller contre son torse, ses bras venant entourer sa taille avec une douceur qui contraste avec la férocité dont elle vient de faire preuve.
Son front trouve un instant refuge contre lui. Elle ferme les yeux.
Le soulagement arrive enfin, brutalement, accompagné du contrecoup de l'effort arcanique et de l'adrénaline qui retombe, en un relâchement total. Le corps tremblant.
Il est vivant. Elle est vivante. L'Eden tient toujours debout. Pour le moment, cela suffit.
Mais même dans cette étreinte, la chaleur de sa nature démoniaque persiste. Les effluves qu'ils ont libérés sans le vouloir se mêlent encore dans l'air, et Lyadril ressent confusément cette présence partagée, devenue plus intense à mesure que leurs transformations se sont déployées.
Elle n'a pas choisi de laisser son effluve s'échapper. Elle ne peut pas non plus prétendre ne pas en percevoir les conséquences.
Pourtant, ce n'est ni le moment ni l'endroit pour s'y attarder.
Lorsqu'elle relève le visage vers son compagnon, ses yeux incandescents retrouvent cette détermination tranquille qu'il commence à connaître.
- Maintenant, laisse-moi regarder cette main.
Ses doigts remontent doucement jusqu'au tissu improvisé.
- Tu pourras protester autant que tu le souhaites. Je t'écouterai avec beaucoup d'attention…
Une infime lueur malicieuse revient éclairer son regard, malgré les charbons ardents qui en ont remplacé le vert.
- …pendant que je te soignerai.
La fille d'Az'Kharel se réjouit déjà de pouvoir lui rendre la monnaie de sa pièce. Car si Réo s'imagine pouvoir la protéger en se jetant systématiquement devant chaque danger, il va rapidement découvrir qu'aimer une herboriste démoniaque implique parfois d'accepter d'être soigné de force.
Et Lyadril compte bien commencer par cette main.
Quant à son père, il pourra attendre.
Pour l'instant.