Le Grand Jeu - Forum RPG Hentai

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Féeries [pv Seliane Noctelume]

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Séliane Noctelume

Créature

Féeries [pv Seliane Noctelume]

Réponse 15 dimanche 09 août 2026, 19:14:33

L’invitation d’Adel ne reçoit d’abord qu’un silence. Pas celui, fermé et presque cérémoniel, qu’il avait rencontré quelques instants plus tôt. Un silence simplement occupé par le travail. Par le crépitement des dernières flammes, les appels des prêtres, le martèlement précipité des pas sur les passerelles de bois et le souffle irrégulier de ceux qui, comme eux, commencent seulement à sentir la fatigue leur mordre les muscles.

Puis Séliane lui tend le seau qu’elle vient de recevoir.
“Oui. Je viens.”

Et elle reste. Il n’y a rien de plus à ajouter.

Elle reprend sa place dans la chaîne improvisée, les pieds nus sur le sol froid et sali de cendre. Son uchikake, autrefois impeccable, porte désormais les traces de la nuit. Une mèche sombre s’est échappée de sa coiffure et repose contre sa joue. Elle ne semble même pas s’en apercevoir.

Lorsqu’Adel lui demande finalement comment le feu a pu prendre aussi rapidement, son regard quitte les flammes. Cette fois, la représentante des kamis ne cherche pas immédiatement à lui répondre. Elle regarde. Vraiment.

Les poutres effondrées. Les lanternes brisées. Les traces de suie qui remontent certaines cloisons. Les zones où le feu semble avoir progressé trop vite pour une simple lanterne renversée. Les endroits, surtout, où le bois a cédé alors que les flammes n’avaient pas encore eu le temps de les consumer entièrement.
“Je ne sais pas comment il a commencé.”

Sa voix est calme malgré le tumulte.
“Mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’un accident.”

Elle laisse passer quelques secondes avant de poursuivre, comme si elle voulait être certaine de ne pas transformer une impression en certitude.
“Quelque chose n’est pas cohérent. Le feu s’est propagé trop rapidement à certains endroits… et trop lentement à d’autres.”

Son regard se perd dans la fumée.
“Et avant que les premières structures ne cèdent, j’ai senti une odeur qui ne venait ni du bois, ni de l’huile des lanternes. Une odeur sèche. Âcre.”

La jeune femme fronce légèrement les sourcils.
“Je ne saurais pas vous dire ce que c’était.”

Cette honnêteté-là est nouvelle. Elle pourrait prétendre savoir. Elle ne le fait pas.

Un papillon traverse alors la fumée devant eux. Puis un autre.

L’unique princesse d’un royaume disparu suit leur déplacement du regard sans même interrompre le mouvement de ses mains. Ils s’éloignent vers l’un des bâtiments encore debout, disparaissent derrière une toiture et réapparaissent quelques secondes plus tard.

Son expression change. À peine. Mais suffisamment pour qu’un observateur attentif le remarque.
“Quelque chose les inquiète.”

Le mot lui échappe. Et cette fois, elle s’arrête. Pas longtemps. Juste assez pour comprendre qu’elle vient peut-être d’en dire davantage qu’elle ne l’avait prévu.

Son regard revient vers Adel. Elle sait ce qu’il va probablement demander. Elle le sait depuis la première fois qu’il a vu ces créatures lumineuses graviter autour d’elle. Et, pourtant, elle ne détourne pas les yeux. Parce qu’après ce qu’elle vient de voir de lui, elle n’a plus vraiment envie de recommencer à se cacher derrière des réponses incomplètes.

Adel pourrait poser la question. Il le ferait probablement. Mais avant même qu’il ne le fasse, Séliane ajoute doucement :
“Vous vous demandez toujours ce que je suis.”

Ce n’est pas une question. C’est un fait. Ses doigts se referment autour du seau avant de le transmettre à l’homme suivant.
“Et vous avez raison de vous le demander.”

Les papillons reviennent peu à peu vers elle. Certains se posent sur les branches encore intactes d’un arbre voisin. D’autres restent suspendus dans l’air, comme de petites étoiles qui auraient oublié de tomber. Séliane les regarde un instant.

Puis elle regarde Adel.
“Je vous ai dit que je venais d’un endroit très éloigné d’ici.”

Un silence.
“Ce n’était pas tout à fait faux.”

Une légère inspiration.
“Mais ce n’était pas toute la vérité non plus.”

Pour la première fois, quelque chose de vulnérable traverse son visage. Pas de la peur. Plutôt l’étrange difficulté de quelqu’un qui n’a pas l’habitude de donner son véritable nom aux inconnus.
“Je ne suis pas humaine.”

La sauveteuse de la petite fille laisse ces mots exister entre eux sans chercher à les adoucir. Les bruits du sanctuaire semblent presque s’éloigner.
“Je suis une fée.”

Aucune apparition spectaculaire. Aucun éclat de magie destiné à prouver ses paroles. Seulement cette confession. Simple. Terriblement sincère. Puis ses yeux descendent brièvement vers ses propres mains, encore couvertes de poussière.
“Et ces papillons…”

Elle hésite.
“Ils sont liés à moi.”

Un sourire presque imperceptible effleure ses lèvres.
“Mais je ne les contrôle pas comme on commanderait une armée. Ils voient certaines choses. Ressentent certaines choses. Et parfois… ils me préviennent.”

Elle relève les yeux.
“Comme ce soir.”

Un nouveau craquement retentit quelque part derrière eux. Les deux se retournent instinctivement. Rien ne tombe cette fois. Mais les papillons, eux, se dispersent.

Séliane suit leur mouvement.
“Voilà pourquoi je vous dis que je ne sais pas qui a provoqué l’incendie.”

Elle reporte son attention sur Adel.
“Je sais seulement que quelque chose ne me paraît pas naturel.”

Puis, après un bref silence :
“Et je préfère vous dire ce que je sais… plutôt que d’inventer ce que j’ignore.”

Cette phrase pourrait sembler insignifiante. Pour la jeune femme, elle ne l’est pas. C’est probablement la réponse la plus honnête qu’elle lui ait donnée depuis qu’ils se sont rencontrés. Et peut-être aussi la première qu’elle lui offre sans attendre qu’il mérite davantage.

Elle reprend un seau puis le lui tend. Son regard demeure posé sur lui un peu plus longtemps cette fois.
“Vous aviez raison, tout à l’heure.”

Un souffle.
“Les actes révèlent davantage que les objectifs.”

La professeure incline légèrement la tête vers les flammes.
“Alors je vais continuer à agir.”

Adel Esplana

Humain(e)

Re : Féeries [pv Seliane Noctelume]

Réponse 16 samedi 15 août 2026, 15:30:12

Adel continue à participer à l'extinction des feux et au sauvetage des personnes encore en vie à l'intérieur du temple, jusqu'a ce qu'il ne reste plus personne. Etrangement, il n'a vu aucun pompier ni aucun ambulancier, ce qui aurait certainement pu empêcher qu'il y aie des morts. Non, il n'y avait que les habitants du temple et des volontaires, comme lui et Séliane, des gens qui ne sont pas formés pour la lutte anti-incendie.
Pourquoi? Même si Adel s'imaginait que les autorités locales seraient corrompus jusqu'a l'os, penser qu'ils ignoreraient purement et simplement un incendie dans un endroit aussi bondé serait beaucoup trop implausible. Les habitants de cette ville les réduiraient en charpie pour cela, métaphoriquement parlant bien entendu.

Ses réflexions sont interrompues par Séliane, qui a visiblement terminé les siennes, pour lui annoncer qu'elle a aussi ses doutes sur le caractère accidentel ou même naturel de cet incendie. Il ira vérifier lui même, mais il a effectivement remarqué que le feu était assez inconstants par endroit. Il n'a rien pu sentir en revanche, par souci d'éviter de respirer de la fumée, qui tue les victime bien avant que le feu ne les atteigne.
Entre les observations de Séliane sur le feu et le comportement des moines et les siennes sur le manque de réponses officielles, il a effectivement d'énormes doutes sur le caractère aléatoire de cet incendie.

Adel tends de nouveau les oreilles lorsque l'inconnue se remet à parler, et cette fois ci, elle parle enfin d'elle même. Et d'ailleurs, sa façon de parler, maintenant qu'elle le fait davantage, est plutôt bizarre à entendre pour lui.  C'est comme si pour elle, chaque phrase mérite que l'on entende son point, comme si elle récitait quelque chose plus qu'elle ne parle naturellement. Qu'est-elle donc, bon sang?!

Pour une fois, il a sa réponse bien vite.


"Une fée? "

Pour être honnête, il ne connaît pas vraiment ce type de créature. En tout cas, il avait raison concernant les papillons, qui sont, de ce qu'il comprend, des extension d'elle même, des éclaireurs qui lui rapportent ce qui se passe autour d'elle.
Adel voudrait bien se faire préciser davantage de choses sur cette révélation mais il n'en a guère le temps, car le feu reprend près d'eux. Il prend le seau que cette femme lui tend en acceptant d'un murmure le point qu'elle lui accorde sur l'importance des actes.

Cela dit, il est distrait par la possible suite des évènements. Le fait que cet incendie aie peu de chance d'être naturel devrait-il signifier qu'il doive s'impliquer là dedans?
Il a ses propres recherches à mener, concernant des choses sur lesquelles il peut agir, contrairement à ce feu qui a déjà fait ses victimes. Mais surtout, empiéter sur une future enquête officielle risque fort de ne faire que lui mettre des bâtons dans les roues. Il est rare que les autorités apprécie de voir des inconnus faire leur travail.
Dans le pire des cas, ils les arrêteront, et Adel n'a pas envie de devoir être en cavale, surtout quand l'on considère que Seikusu est, à sa connaissance, le plus gros nid à anomalie de cette planète. Il n'a pas envie de devoir s'y infiltrer en douce, les faveurs qu'il devra à des gens peu recommandable s'empileront très vite si cela arrive.

Tiens, en parlant d'autorités compétentes. Il entend des sirènes au loin. Les professionnels arrivent.
« Modifié: samedi 15 août 2026, 15:38:22 par Adel Esplana »

Séliane Noctelume

Créature

Féeries [pv Seliane Noctelume]

Réponse 17 mercredi 26 août 2026, 15:02:15

Les sirènes se rapprochent enfin. Leur plainte traverse les allées du sanctuaire avant que les premiers véhicules n'apparaissent au-delà des torii. Des silhouettes en uniforme descendent rapidement, bientôt rejointes par d'autres secours. Les prêtres leur indiquent les bâtiments touchés tandis que les derniers volontaires sont invités à s'éloigner des structures encore fragiles.

Pendant quelques instants, Séliane continue simplement la chaîne de seaux. Puis la question d'Adel lui revient.
"Une fée? "

Elle tourne légèrement la tête vers lui.
“Oui.”

Le mot est prononcé sans mystère cette fois. Une fée. Elle pourrait en dire davantage. Parler de son peuple, de son royaume, de la cour dont elle est issue. Elle pourrait expliquer ce que sont réellement ces papillons, pourquoi ils lui sont liés, ou encore comment une créature de son monde peut se retrouver dans celui-ci. Mais ce n'est ni le lieu ni le moment.

Alors elle se contente d'un léger sourire.
“Je suppose que vous aurez beaucoup de questions.”

Un nouveau seau lui arrive entre les mains. Elle le transmet aussitôt, puis récupère le suivant.
“Je vous répondrai. Lorsque tout ceci sera terminé.”

Ses yeux reviennent vers les flammes. Il ne reste plus grand-chose à sauver ici. Seulement des braises, des poutres noircies et quelques foyers récalcitrants qui fument encore sous les premiers jets des pompiers.

Puis ses papillons se comportent étrangement. Deux d'entre eux ne reviennent pas immédiatement vers elle. Ils demeurent au-dessus de l'aile orientale du sanctuaire, disparaissant derrière une toiture éventrée avant de réapparaître quelques instants plus tard. Séliane fronce légèrement les sourcils.

Un troisième papillon quitte alors les hauteurs et revient vers elle. Il se pose sur le bout de son doigt. La fée s'immobilise. Quelque chose recouvre ses ailes. Une poussière sombre. Elle n'a pas l'aspect léger de la cendre. Elle accroche même la lumière des lanternes d'une manière étrange, comme si de minuscules particules brillantes étaient mêlées au noir.

Séliane l'observe quelques secondes. Puis son regard se porte vers le bâtiment d'où vient le papillon.
“Ce n'est pas de la cendre.”

Elle ne touche pas immédiatement la substance. Elle se contente de l'observer, attentive.
“Il revient de l'aile orientale.”

Une courte pause.
“Je n'avais encore jamais vu cela sur eux.”

Elle lève doucement le doigt afin que la lumière tombe davantage sur les ailes du papillon. La créature ne semble pas blessée. Elle reste simplement là, parfaitement immobile, avant de reprendre son vol. Elle la suit des yeux. Puis les autres papillons s'agitent à leur tour. Ils ne fuient pas. Ils convergent. Tous vers le même endroit. Le bâtiment oriental.

La fée reste silencieuse un instant. Son regard se durcit légèrement.
“Quelque chose les attire là-bas.”

Elle ne prétend pas savoir quoi. Elle ne prétend pas non plus savoir si cela a un rapport avec l'incendie. Cette fois, elle préfère laisser les faits parler pour elle.

Un nouveau craquement résonne dans les décombres. Par réflexe, Séliane pousse d’un coup le jeune homme puis relève immédiatement les yeux.
“Je crois que nous devrions rester prudents.”

Puis son attention revient vers Adel. Et, dans cette atmosphère de fumée, de bois brûlé et de sirènes, elle ajoute simplement :
“Veuillez… Veuillez m’excuser pour ce que je viens de faire. Quant à votre question… oui. Je suis une fée.”

Un léger sourire apparaît sur ses lèvres.
“Et je crois que nous aurons beaucoup à nous raconter lorsque cette nuit nous laissera enfin respirer.”

Adel Esplana

Humain(e)

Re : Féeries [pv Seliane Noctelume]

Réponse 18 lundi 21 septembre 2026, 15:56:14

Adel observe un papillon retourner vers son vis à vis, depuis l'aile orientale du temple s'il croit ce qu'elle dit, et l'apparence de celui-ci engendre un certain intérêt chez lui. En effet, il ne reconnaît pas l'odeur de la cendre, avec lequel il est on ne peut plus familier, et même la façon dont elle se mêle à la lumière des lanterne est étrange, brillant en dépit de ressembler selon toute apparence à de la poussière.

Adel devrait partir, il le sait, mais cela l'intrigue. Pourquoi mettre le feu à ce temple? Et avec quoi l'ont-ils fait?

Par conséquent, avant de partir du lieu, il se dirige dans la direction ou vont tous ces papillons car leur comportement souligne obstinément l'importance de ce qui se trouve dans l'aile orientale, sans faire attention à la possibilité que Séliane ne soit pas en train de le suivre. Ou peut être qu'il s'attend à ce qu'elle le suive, ce sont ses papillons après tout, et du peu qu'il peut déduire de son visage généralement impénétrable, elle a l'air d'y tenir et de trouver cette situation aussi étrange que lui.

Malheureusement, la police est arrivée sur les lieux, et est en train d'interroger les personnes aux alentours, et inévitablement, il est pointé du doigt. Adel ne voit pas cette situation comme étant de très bonne augure. Quelqu'un l'a t-il vu éteindre des feux par des moyens surnaturels quand il devait sauver des gens immédiatement? Il manipulait la température, pas le feu en lui même, mais ce n'est pas comme s'il narre tout ce qu'il fait. Quand on considère ceci, plus le fait qu'il n'est pas exactement vu comme le plus digne de confiance par défaut, cela veut dire qu'il risque de passer quelques mauvais moments.
Et, effectivement, il est "invité" à apporter des précisions au commissariat. Adel ne se défend pas, il n'a, pour l'instant, pas l'impression que ces gens font plus que ce qu'il leur est demandé de faire, et il n'a aucune envie de se mettre la loi locale à dos s'il n'a pas besoin de le faire, surtout en agressant un agent. Il est délesté de ses objets de pouvoir, mais il ne s'en formalise pas non plus, pour l'instant : ils réapparaitront sur lui passé un jour, et si ce n'est pas le cas, il saura ou ils se trouvent.

Effectivement, l'arcaniste, qui a eu le temps de se lancer une bénédiction d'intuition pendant que les agents se préparaient, est interrogé sur la nature suspecte du feu, les raisons pour lesquelles il est intervenu, comment il a pu reconnaitre que ce produit est inflammable, ce qu'il sait sur Séliane...ainsi que ses contacts avec des locaux peu recommandables...ah, cela ne pouvait pas louper non plus. Les travaux qu'Adel a accepté de faire en échange des services qu'on lui a proposé concernent le surnaturel et n'ont pas outrepassé les limites de ce qu'il ne considère pas comme un affront, mais ça n'empêche pas que cela peut leur permettre de lui coller quelque chose sur le dos pour le faire parler de l'incendie...sauf qu'il ne sait rien de plus et il n'est pas l'incendiaire en question! Ce qui est difficile à prouver quand ses sorts offensifs sont bien capable de mettre le feu à un bâtiment!

Joie....bon, il a encore une ou deux faveurs qu'il peut utiliser, si on lui permet l'accès à un téléphone, pour commencer. Il ne veut pas s'évader tant que ce n'est pas nécessaire, cela rendrait son séjour sur cette dimension largement plus compliqué s'il doit partir de ce pays en catastrophe!

Séliane Noctelume

Créature

Féeries [pv Seliane Noctelume]

Réponse 19 dimanche 11 octobre 2026, 20:26:38

Les sirènes finissent par couvrir les derniers craquements du bois.

À mesure que les secours prennent possession des lieux, les volontaires sont invités à reculer. Les prêtres s’affairent auprès des pompiers, tandis que plusieurs policiers entreprennent de recueillir les premiers témoignages. La confusion ne disparaît pas tout à fait ; elle change simplement de visage. Aux appels pressés succèdent les questions, aux gestes de secours les premières vérifications. Et, déjà, certains regards se posent sur ceux dont la présence, les actes ou les réponses semblent mériter une attention particulière.

Séliane demeure quelques instants en retrait de l'agitation, les doigts légèrement refermés sur le tissu ivoire de son uchikake. La soie, autrefois immaculée, porte désormais les traces de la fumée et de la poussière. Une mèche s'est échappée de sa coiffure, et ses pieds nus reposent sur les dalles encore tièdes du sanctuaire. Ses geta ont disparu quelque part dans la précipitation du sauvetage. Elle ne semble pourtant guère s'en soucier.

Son regard s'attarde un instant sur l'aile orientale.

Les papillons y sont toujours attirés. Quelques-uns disparaissent derrière les pans de toiture endommagés, tandis que d'autres reviennent en décrivant de petits cercles hésitants. La poussière noire accrochée à leurs ailes demeure une anomalie sans explication. Elle aurait voulu s'en approcher, comprendre ce qui les appelle ainsi, mais les lieux sont désormais sous la responsabilité des secours.

S'aventurer parmi les décombres sans autorisation ne servirait ni les blessés ni la recherche de la vérité.
La fée incline donc légèrement la tête, comme pour prendre acte de cette limite.

C'est alors que les policiers s'intéressent à Adel.

Elle ne s'interpose pas. Elle ne proteste pas davantage lorsque les questions commencent et que les agents décident de l'emmener afin de recueillir sa déposition. Elle sait ce que son intervention pourrait produire si elle s'avisait de contester leur décision sans disposer du moindre élément officiel. Un éclat de voix, une affirmation péremptoire ou une tentative maladroite de faire valoir son autorité risqueraient surtout de compliquer une situation déjà délicate.

Alors, pour la première fois depuis le début de cette nuit, elle garde le silence.

La jeune femme observe seulement la scène, le visage empreint d'une gravité tranquille. Puis elle baisse les yeux vers ses mains. Elles tremblent à peine, sous l'effet du contrecoup et de la fatigue. Elle les referme lentement avant de relever le menton.

Elle n'abandonne pas les gens qu'elle a décidé d'aider.

Mais elle sait aussi qu'une bonne intention, lorsqu'elle ne s'accompagne d'aucun moyen concret, ne suffit pas toujours.

Sans attirer l'attention, cette dernière se détourne donc de l'agitation et quitte l'enceinte du sanctuaire.
Elle ne prend pas le temps de se changer. Elle ne cherche pas non plus à dissimuler son apparence inhabituelle. Dans son uchikake froissé, couvert de suie, les pieds nus sur le pavé, elle traverse les rues avec une détermination qui contraste singulièrement avec la délicatesse de ses gestes. Ses papillons l'accompagnent à distance, mais elle ne leur demande pas de la guider vers le commissariat. Ce n'est pas leur rôle, et elle connaît une voie plus simple pour obtenir les renseignements dont elle a besoin.

L'université.

Lorsqu'elle atteint enfin l'établissement, la nuit est déjà bien avancée. Les circonstances exceptionnelles du festival ont laissé leur empreinte jusque dans les conversations du personnel encore présent. Séliane ne s'attarde pas aux explications superflues. Elle demande à rencontrer le directeur, et lorsque l'occasion lui en est donnée, elle s'incline avec le respect dû à sa fonction.
“Je vous prie de m'excuser de me présenter à une heure aussi inconvenante. Je crains cependant que les circonstances ne me permettent pas d'attendre demain matin.”

Sa voix conserve cette douceur particulière qui semble ne jamais tout à fait se départir de ses manières anciennes. Pourtant, derrière la courtoisie, sa résolution ne vacille pas.

Elle expose les faits avec sobriété : l'incendie survenu au sanctuaire, les personnes secourues, puis l'intervention de la police et le placement d'un homme en garde à vue ou, à tout le moins, retenu pour interrogatoire. Elle prend soin de distinguer ce qu'elle a vu de ce qu'elle ignore. Elle ne prétend pas connaître les circonstances exactes du départ du feu. Elle ne demande pas non plus que l'on ferme les yeux sur une éventuelle infraction.

La princesse souhaite simplement que les autorités puissent vérifier qui elle est et entendre son témoignage.
“Je suis consciente qu'une attestation professionnelle ne saurait se substituer à une enquête. Je ne vous demande pas de garantir l'innocence d'un homme dont vous ne connaissez pas les actes. Mais je peux établir mon identité, ma fonction et ma présence sur les lieux. Je peux également témoigner de ce que j'ai personnellement observé.”

Elle marque une pause, puis poursuit :
“Cet homme a participé aux secours. Je l'ai vu aider les personnes présentes, au lieu de chercher à tirer parti de la confusion. Je ne saurais vous affirmer davantage que ce dont j'ai été témoin. C'est précisément pour cette raison que je souhaite que mon témoignage puisse être recueilli correctement.”

Elle ne dramatise rien. Elle ne prononce pas le mot injustice comme si la seule arrestation d'Adel constituait déjà une faute. Elle sait que les policiers doivent établir les faits et que l'apparence d'une situation ne suffit pas toujours à en révéler la vérité.

Ce qu'elle refuse, en revanche, c'est de rester les bras croisés alors qu'elle peut encore agir.

Séliane sollicite donc une attestation confirmant son statut de professeure, ainsi qu'une prise de contact avec le commissariat afin que son identité et sa fonction puissent être vérifiées directement. Si le directeur accepte de l'aider, elle le remercie d'une inclination sincère, sans dissimuler le soulagement que cette première étape représente.

Avant de partir, elle demande également à quel commissariat les personnes interpellées ont été conduites.

Puis elle reprend la route.

Le trajet lui paraît plus long qu'à l'aller. La fatigue se fait sentir dans ses jambes, et la fumée a laissé dans sa gorge une irritation persistante. Pourtant, elle ne ralentit que lorsqu'elle atteint enfin le bâtiment indiqué. Les lumières du commissariat lui paraissent presque crues après les lanternes du sanctuaire. À l'intérieur, les voix sont plus basses, les gestes plus mesurés ; l'urgence du feu a cédé la place à une autre forme de tension, plus froide, faite de formulaires, de dépositions et de portes qui se referment.

La représentante du temple shintoïste pour la soirée se présente à l'accueil.

Elle donne son identité, explique qu'elle vient au sujet de l'incendie du sanctuaire et demande à parler à la personne chargée de l'enquête. Elle présente les documents qu'elle a pu obtenir, sans les agiter comme une menace ni leur prêter une valeur qu'ils ne possèdent pas. Elle attend que son interlocuteur les examine, puis ajoute d'une voix calme :
“Je souhaiterais que mon témoignage soit entendu au sujet de l'homme qui a été conduit ici ce soir. Je peux confirmer qu'il a participé aux secours. Je ne prétends pas que cela suffise à écarter vos soupçons, mais il me semble important que cet élément figure dans votre appréciation des faits.”

Elle laisse un bref silence, puis poursuit, plus doucement :
“Je suis également disposée à répondre à vos questions sur ma propre présence au sanctuaire. Je n'ai aucune raison de me soustraire à vos vérifications.”

Ce n'est ni une sommation ni une supplique. Elle n'exige pas qu'on lui remette immédiatement Adel, et elle ne prétend pas pouvoir décider à la place des autorités. Elle demande que sa parole soit prise en considération et que les circonstances soient examinées avec toute l'attention qu'elles méritent.

Si les policiers consentent à l'entendre, elle leur racontera ce qu'elle a vu : les secours, les victimes, les flammes dont la propagation lui a paru anormale, et cette poussière sombre dont elle ignore encore la nature. Elle parlera aussi de sa rencontre avec Adel, sans lui attribuer des intentions qu'elle ne saurait connaître.

Puis, lorsque viendra le moment d'évoquer la suite, elle formulera enfin sa demande.
“Si les éléments dont vous disposez le permettent, j'aimerais que vous envisagiez une mesure moins contraignante. Je suis prête à faciliter les vérifications nécessaires et à répondre de ma propre présence, dans les limites de ce que la procédure autorise.”

Elle se tient droite devant le comptoir, les mains réunies devant elle. La fatigue demeure visible dans son visage, tout comme les traces de suie sur ses manches. Elle n'a rien d'une femme venue réclamer un privilège. Elle ressemble plutôt à quelqu'un qui, après avoir constaté les limites de son pouvoir, a choisi d'employer avec sérieux les moyens dont elle dispose.

Derrière cette apparente tranquillité, une pensée persiste pourtant : l'incendie n'a pas livré tous ses secrets.

Et si Adel doit répondre aux questions de la police, alors elle fera en sorte que les faits qu'elle connaît ne soient pas oubliés au milieu de ceux qu'il reste à éclaircir.

Adel Esplana

Humain(e)

Re : Féeries [pv Seliane Noctelume]

Réponse 20 mercredi 04 novembre 2026, 15:17:18

Suite à cet interrogatoire, Adel se trouve donc en cellule pour la nuit, une cellule qui n'a évidemment rien de très confortable et dont la propreté est juste assez pour provoquer un haussement de sourcils durant une inspection sans causer trop de problèmes aux agents après coup.

Mis à part ça, il y a évidemment des détenus dans les cellules à sa gauche et à sa droite, généralement des types saouls, des types louches, ou les deux, ainsi que dans sa cellule à lui ou, manque de bol pour lui, il y a les deux en même temps. C'est à dire, deux brutes avinées qui font parti de deux gangs différents, d'après ce qu'il comprend de leurs dispute, ce qui est plus embêtant pour lui, vu qu'il n'a plus son arme. Bien entendu, il peut sûrement utiliser ses sorts pour les dompter, mais il préfèrerait éviter d'en arriver là.

A la place, il ressasse les évènements qui l'ont amené jusqu'ici. Les autorités locales le soupçonnent d'avoir fichu le feu au temple pour jouer les héros ensuite, mais vu leur attitude à la fin de son interrogatoire, ils n'ont pas de preuve étayant cette théorie, et Adel se garde bien de leur donner des détails et des hypothèses qui pourraient se retourner contre lui. Non, il n'a pas fichu le feu à ce temple, mais qui, alors? L'hypothèse de l'accident est toujours possible mais plutôt improbable, au vu de la substance qu'il a trouvé grâce à Séliane. D'ailleurs, il ne peut s'empêcher de se demander si la fée pourrait être coupable de cet incendie. Elle était avec lui lorsque l'incident s'est déclaré, a participé à l'extinction des feux et le sauvetage des gens, mais cela ne fait pas d'elle une innocente pour autant...quoiqu'il a senti une énergie similaire à celle de son patron sur ce lieu, et il ne peut s'empêcher de penser que si Séliane était coupable, les esprits locaux l'auraient pris en grippe, et rapidement.
Adel soupire. Encore une bonne action qui se retourne contre lui. Ce n'est pas la première fois que ça arrive, et il y a des fois ou c'est à le dégouter d'écouter son empathie...mais il sait qu'il se sentirait horriblement mal s'il avait laissé des enfants brûler dans l'incendie...

Ses réflexions sont interrompus par des clameurs discordantes à côté de lui. Oh, parfait...les deux détenus commencent à s'empoigner et se frapper en braillant comme des ânes sous influences. Adel sent la colère issu de sa situation présenter monter en lui, mais il sait que l'exprimer lui vaudra à nouveau des ennuis, donc il ravale son envie de leur demander, poliment et sans crier, de FERMER LEUR GRANDE GUEULE et il fait de son mieux pour qu'ils oublient sa présence. Un plan qui marche fort bien jusqu'a ce qu'un agent vienne frapper contre leurs barreaux en leur ordonnant exactement ce qu'Adel voulait "demander". Du coup, les deux types se sont rappelés qu'il y en a un troisième avec eux, lui. Et comme il est moins large qu'eux, ils ont visiblement conclu qu'il est une victime, et qu'il sera la leur.
Bien entendu, le champion ne voulait rien de tout ceci, et n'a eu d'autre choix que de faire apparaitre un dard dans sa main en leur faisant comprendre ce qui allait se passer s'ils veulent jouer à ça, et surtout s'ils révèlent ce qu'Adel vient de faire apparaitre dans sa main. Fort heureusement, c'est suffisant pour intimider le crétin et l'imbécile, quoiqu'il a fallu qu'Adel s'y reprenne une nouvelle fois au moment de dormir, pour qu'ils lui foutent la paix.

-zzz-

Adel est réveillé par le bruit métallique de l'ouverture de la porte de la cellule, et il lui faut un peu de temps pour se rappeler qu'il est en cellule, et qu'il y a deux ahuris avec lui, dont la gueule de bois ne les rendent pas plus supportables. Sa colère monte à nouveau, et il fait ce qu'il peut pour se retenir d'insulter toute la généalogie de l'agent devant lui ou celle des deux imbéciles qui se trouvent avec lui. A la place, il se prépare mentalement pour un nouvel interrogatoire, en notant au passage que le policier qui est venu les voir semble étrangement tendu.

Et pour cause, il n'y a pas d'interrogatoire supplémentaire. Adel est relaché, faute de preuve, une chose qui le réjouirait, normalement. Si ce n'est que l'expression de son vis à vis, ainsi que de tous les agents et inspecteurs qu'ils croisent, laisse à penser qu'il est libéré aussi bien parce qu'ils n'ont pas de preuve contre lui que parce que quelqu'un leur a "demandé". Bien évidemment, Adel se demande qui ferait ça, une question qui est importante car il sait par expérience que les "bienfaiteurs" de ce genre s'imaginent souvent qu'une faveur non demandée doit être repayée par une faveur "demandée", ou sinon...
Bon, Adel n'a pas de proches ou d'amis à menacer, mais cela reste une situation qu'il devrait démêler au plus vite, surtout si le bienfaiteur en question peut obtenir ce genre de chose de la police, même à Seikusu. Mais pour l'instant, il va se contenter de sortir, et il verra après. Une fois les obligations administratives effectuées, la police lui rend ses affaires, et "l'invitent" à partir, ce qu'il fait.

Une fois dehors, il décide de rentrer directement chez lui, car il n'a pas envie d'examiner ce qui lui a été pris au milieu de tout le monde. Une fois arrivé dans sa très modeste demeure, il peut le faire à loisir. Voyons voir...
Son arme est intacte, personne n'a essayé de la briser.
Sa lanterne est intacte également, personne n'a essayé de la forcer.
Son grimoire est intac...hé, attend une minute...il a cru voir entre deux pages...une enveloppe?!

Adel soupire, la faveur qu'il doit en échange de sa libération lui est déja adressé. Tout d'abord, il regarde la page contre laquelle cette enveloppe se trouve...et il lui semble bien qu'il ne reconnait pas le sort qu'il s'y trouve! Ca, au moins, c'est une bonne nouvelle.

Que fait ce sort en question?

Apparemment, cela lui permet d'infuser des objets, avec l'énergie qu'il manipule pour pouvoir les faire exploser avec son pouvoir, provoquant une déflagration de plasma....

En gros, un pouvoir qui pourrait effectivement mettre le feu à une personne ou un bâtiment....visiblement son Patron a un sens de l'humour bien particulier. Il met ça sur le compte du coma dans lequel il se trouve...

Il regarde l'enveloppe...il n'y a rien à l'extérieur. Pas de nom, d'adresse, ou quoi que ce soit, et il n'y a pas non plus une partie transparente qui pourrait l'aider à savoir ce qu'il y a dedans, même si les possibilités sont bien évidemment minimes. Par conséquent, il n'y a rien d'autre à faire pour lui que de l'ouvrir.
Dedans, il y a effectivement une lettre. Formule de politesse, l'auteur de la lettre lui demande comment il va, etc...ah? On l'a invité à enquêter sur l'incendie en question. Apparemment, ses précédentes aventures ont commencé à lui créer une notoriété...mais de là à être sur le radar de quelqu'un qui peut le sortir de cellule? Pourquoi lui...ah...apparemment, cette personne a perdu un fils dans l'incendie.
S'ensuit des promesse de récompense, fin de la lettre, un numéro de téléphone, pas de signature ou même de nom.

Adel replie la lettre, et ferme les yeux en prenant une grande inspiration. Bon...il n'y a pas de menaces, même sous-entendues. Pas d'indication sur l'auteur de la lettre non plus. Un père qui a perdu un enfant...
Il va falloir qu'il mette ses recherches légèrement de côté, il suppose. Maudite conscience, il le jure sans vraiment le penser. Bien, ainsi soit-il l'inconnu, il accepte l'affaire.

Mais avant toute chose, un problème à régler.

Il n'a pas de téléphone portable.

...joie.

Séliane Noctelume

Créature

Féeries [pv Seliane Noctelume] [TERMINE]

Réponse 21 jeudi 05 novembre 2026, 23:07:53

La nuit s'étire au-delà des heures raisonnables.

Au commissariat, Séliane est finalement conduite dans une petite pièce où l'attend un inspecteur.

L'endroit est sobre, presque austère. Une table, quelques chaises, un dossier posé devant une lampe dont la lumière blanche tranche avec les souvenirs encore vifs des lanternes du sanctuaire. La jeune femme prend place sans protester, arrangeant machinalement les pans froissés de son uchikake avant de joindre les mains sur ses genoux.

La fatigue commence à se faire sentir. Ses jambes sont douloureuses, sa gorge garde le souvenir âcre de la fumée et ses cheveux, dont quelques mèches se sont échappées, témoignent assez bien de la soirée qu'elle vient de traverser. Pourtant, son maintien reste digne. Elle ne cherche pas à dissimuler son épuisement, mais ne le laisse pas davantage entraver ses réponses.

Les questions commencent. Son identité, sa fonction à l'université, les raisons de sa présence au festival, sa rencontre avec Adel. Puis viennent les questions plus précises sur l'incendie, sur les circonstances dans lesquelles elle a découvert les premières flammes et sur les gestes du jeune homme.

Séliane répond avec la même patience, sans chercher à embellir les faits.
“Je ne saurais vous dire qui a provoqué le départ du feu. Je n'étais pas présente à l'endroit où il s'est déclaré. En revanche, j'ai remarqué que les flammes ne se comportaient pas de manière uniforme. Certaines zones se sont embrasées avec une rapidité surprenante, tandis que d'autres semblaient presque épargnées.”

Elle marque une pause, cherchant ses mots avec soin.
“Il y avait également une odeur particulière. Sèche, âcre. Différente de celle du bois brûlé ou de l'huile employée dans les lanternes. Je ne suis pas spécialiste des produits inflammables, aussi je préfère ne pas avancer d'hypothèse hasardeuse.”

L'entretien se poursuit encore un moment. Certaines questions reviennent sous une autre forme, d'autres portent sur les détails de sa présence et sur les personnes qu'elle a côtoyées. Séliane ne se départit pas de son calme, même lorsque la répétition commence à éprouver sa patience. Elle répond, précise, rectifie lorsque cela lui semble nécessaire.

Elle évoque également cette étrange poussière sombre qu'elle a remarquée sur les lieux, sans toutefois pouvoir en déterminer la nature. Elle explique simplement que son aspect lui a paru inhabituel, notamment à cause des minuscules particules brillantes qui semblaient s'y mêler.
“Je pourrais probablement la reconnaître si vous me la présentiez à nouveau. En revanche, je ne saurais vous dire de quoi il s'agit. Je préfère ne pas avancer de conclusion sans en avoir la certitude.”

Elle ne cherche pas à en dire davantage. Ce qu'elle a observé suffit à alimenter une piste ; le reste appartient aux investigations.
“Je comprends que cela puisse vous paraître difficile à vérifier. Mais je vous assure que je ne cherche pas à vous induire en erreur.”

C'est au cours de l'une de ces vérifications qu'un des policiers présents s'attarde sur la mention du sanctuaire.
“Vous avez parlé du Vénérable qui dirige le temple ?”

Séliane relève doucement les yeux.
“Oui. C'est un homme respectable que j'ai eu l'occasion de rencontrer au cours de la soirée et qui m’a demandé d’incarner un des symboles du temple.”

L'agent échange quelques mots avec son collègue avant de reprendre :
“C'est mon oncle.”

Une légère surprise traverse le visage de la jeune femme. Elle incline aussitôt la tête, avec cette politesse naturelle qui ne la quitte guère.
“Je vois. J'espère qu'il n'a pas été blessé.”

L'homme lui confirme que son oncle est sain et sauf, même si le sanctuaire a subi d'importants dégâts. Son expression se fait un peu plus grave lorsqu'il évoque les conséquences de l'incendie. Il connaît suffisamment l'attachement de sa famille à ce lieu pour comprendre que les dommages ne se résument pas à quelques bâtiments endommagés.

Séliane accueille ces paroles avec une attention sincère.
“Je suis soulagée de l'apprendre. Il a fait preuve de beaucoup de courage en aidant les personnes présentes.”

Elle n'ajoute rien de plus. Elle n'a aucune raison de se servir de cette parenté pour obtenir un traitement particulier. Pourtant, la conversation semble ouvrir une autre perspective. Le policier revient sur les circonstances du sinistre, s'intéresse davantage à la substance qu'elle décrit et demande si elle serait en mesure de reconnaître cette poussière si elle lui était présentée.
“Je pourrais essayer. Je ne vous promets toutefois pas de pouvoir en identifier la nature."

L'homme prend note de sa réponse. Il explique alors qu'il souhaite comprendre ce qui s'est produit au sanctuaire, autant pour les besoins de l'enquête que pour son oncle. Il ne peut lui garantir que ses observations conduiront à une découverte immédiate, mais il veillera à ce qu'elles soient transmises aux personnes chargées des constatations.

Pour la première fois depuis son arrivée, Séliane laisse paraître un léger soulagement.
“Je vous remercie. Je ne souhaite pas que l'on désigne un coupable simplement pour donner une réponse à ceux qui attendent des explications. Je souhaite que l'on trouve la vérité.”

Vient ensuite le cas d'Adel.

La fée ne se précipite pas pour prendre sa défense. Elle raconte simplement ce qu'elle a vu : sa participation à la chaîne de seaux, son aide auprès des personnes présentes, les foyers qu'il a contribué à éteindre et le temps qu'il a consacré aux victimes. Elle précise qu'elle ne saurait expliquer certains de ses gestes, ni les moyens dont il s'est servi. Elle ne prétend pas davantage connaître l'ensemble de ses intentions.
“Je l'ai rencontré quelques instants avant l'incendie. Nous avons échangé au sujet d'un talisman, puis nous avons été séparés par les événements. Je ne connais pas son histoire personnelle et je ne saurais répondre à sa place concernant les raisons de sa présence au sanctuaire. Mais je peux vous assurer d'une chose : lorsque les flammes ont menacé les personnes présentes, il a choisi de leur venir en aide.”

Elle baisse un instant les yeux vers ses doigts.
“Je ne crois pas que cela suffise à établir son innocence. Pas plus que le fait de posséder des capacités inhabituelles ne devrait suffire à le rendre coupable.”

La remarque est formulée sans défiance. Elle ne cherche pas à donner une leçon aux policiers, simplement à rappeler qu'il existe une différence entre une circonstance qui mérite d'être examinée et une preuve.

La conversation s'achève finalement par la formalisation de son témoignage. L'attestation fournie par l'université est jointe aux éléments permettant de vérifier son identité et sa fonction. Quant à sa demande concernant Adel, elle est examinée à la lumière des informations recueillies. Séliane ne reçoit aucune promesse particulière, et elle ne cherche pas à en obtenir.

Elle sait que sa démarche n'efface pas les soupçons. Elle espère seulement avoir contribué à ce que les faits soient considérés dans leur ensemble.

Lorsqu'elle quitte enfin le commissariat, le ciel commence à pâlir.

L'air du matin lui paraît presque froid après la chaleur étouffante de l'incendie. Elle s'arrête quelques instants sur le seuil, inspire profondément et ferme les yeux. La nuit lui semble avoir duré bien davantage que quelques heures. Ses épaules sont lourdes, ses pieds douloureux, et elle ressent jusque dans ses gestes une fatigue qu'elle ne saurait dissimuler.

Séliane baisse les yeux vers sa tenue. L'uchikake ivoire est toujours là, froissé, marqué par la suie et la poussière. Les broderies argentées ont perdu une partie de leur éclat sous les traces de fumée. Elle passe délicatement une main sur l'un de ses pans, comme si elle prenait seulement maintenant conscience de son état.

Un léger soupir lui échappe. Puis, presque machinalement, elle tend les bras devant elle, paumes ouvertes, dans un geste familier qui n'a rien de théâtral. Quelques papillons viennent aussitôt se poser sur ses doigts et ses poignets. Elle remarque alors leur nombre. Ils sont moins nombreux qu'à l'ordinaire.

Son regard parcourt les petites silhouettes lumineuses qui se rassemblent autour d'elle. Plusieurs ont repris leur place près de ses épaules, mais d'autres manquent à l'appel. Elle ne s'en alarme pas immédiatement. Certains ont peut-être simplement choisi de demeurer à proximité du sanctuaire, attirés par ce qui s'y trouve encore.

Pourtant, cette absence lui rappelle une nouvelle fois l'étrangeté de la soirée. Son regard se porte vers la direction du sanctuaire.

Elle ne sait pas ce qu'il est advenu d'Adel après son témoignage. Elle ignore même s'ils auront l'occasion de se retrouver. Elle ne peut que souhaiter que les autorités aient fini par considérer les faits avec suffisamment de recul.

Quant à l'incendie, il demeure une question ouverte. Cette pensée revient avec une insistance désagréable.

L'héritière de son royaume aujourd'hui disparu se remet en marche. Elle ne sait pas si les policiers auront la possibilité d'examiner les débris avant que le bâtiment ne soit sécurisé. Elle ignore également si la poussière sombre est liée au départ du feu, à sa propagation ou à quelque chose de tout à fait différent. Mais elle n'a pas oublié les particules brillantes accrochées aux ailes de ses compagnons.

Et elle n'a aucune intention de les oublier.

Lorsqu'elle revient aux abords du sanctuaire, les premières lueurs du jour commencent à se glisser entre les arbres. Les lanternes éteintes pendent encore au-dessus des allées, certaines de travers, d'autres noircies par la fumée. Les festivités ont laissé place à un silence étrange, ponctué par les voix des équipes encore présentes et le bruit des débris déplacés.

La professeure s'arrête à distance du périmètre de sécurité.

Elle ne franchit pas les limites établies. Elle ne cherche pas à se mêler au travail des secours. Son regard parcourt simplement les bâtiments endommagés, avant de s'immobiliser sur l'aile orientale.
Un papillon vient se poser sur son index. Ses ailes portent encore quelques traces de cette poussière sombre.

La jeune femme l'observe longuement, puis lui adresse un sourire presque imperceptible.
“Je sais. Nous y reviendrons.”

Elle relève ensuite les yeux vers le sanctuaire.

Cette nuit, elle a rencontré un homme qui porte en lui un feu qu'elle ne comprend pas encore. Elle a découvert qu'il pouvait être bien plus attentif aux autres que ne le laissait supposer leur première conversation. Et elle a appris, à ses dépens, qu'il valait mieux regarder les actes avant de chercher à déchiffrer les mystères.

Un souffle léger soulève les pans de son vêtement.

Elle ne sait pas ce qu'il est advenu d'Adel après son témoignage. Elle ignore même s'ils auront l'occasion de se retrouver. Elle ne peut que souhaiter que les autorités aient fini par considérer les faits avec suffisamment de recul.

Quant à l'incendie, il demeure une question ouverte.

Séliane tourne finalement le dos aux bâtiments calcinés. La nuit a été éprouvante, mais elle n'a pas été vaine. Des vies ont été épargnées, des témoignages recueillis et, peut-être, quelques fils viennent-ils de se nouer autour d'une vérité encore dissimulée.

Ses papillons s'élèvent autour d'elle dans la lumière naissante.

Et, tandis que le jour reprend doucement ses droits sur Seikusu, la fée sait déjà qu'elle n'a pas fini d'entendre parler de cette nuit.


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