Curieusement, Adel l’Arcaniste ne semblait pas trop inquiet de la situation dont il prenait conscience. Il semblait certes déboussolé, ou alors sous le choc, mais il était présent et disponible, et c’était déjà cela. Il était capable de contribuer, et c’était tout ce que Jack pouvait lui demander.
Par la verrière du poste de contrôle, ils purent voir l’engin manœuvrer autour d’eux en cherchant l’écoutille. Ils la trouveraient bientôt, si ce n’était déjà fait, et il fallait qu’ils soient en place à ce moment.
En comparaison du leur, ce n’était pas un gros appareil. Leur embarcation était un ancien cargo militaire, avec de larges soutes, cela dit, alors que celui de leurs agresseurs était sûrement optimisé pour le transport de troupes lui-même et les actions offensives. Le chasseur de primes inspira profondément, expira doucement, regardant l’appareil adverse disparaître dans un angle mort avant de se retourner vers Adel.
« Tu te rappelles notre discussion sur nos rôles respectifs ? »
En apprenant que l’invité de dernière minute était capable de soigner, Jack lui avait glissé, pour plaisanter, qu’il pourrait le remettre sur pieds après qu’il ait dessoudé tous ceux qui se mettraient sur leur chemin. Il ne s’attendait pas à ce que cet échange devienne prophétique, mais ils y étaient, et le Tanexien sortit son énorme revolver pour en ouvrir le barillet. Il était déchargé, mais il commença à chercher des balles du bout des doigts pour y remédier. Même s’il n’y connaissait sûrement pas grand-chose, Adel avait dû voir des images de balles sur Terre. Elles étaient à la fois similaires et très différentes, clairement plus complexes et dotées de pointes colorées, ainsi que de traits de couleur comme sur les vieilles résistances électriques qu’on étudiait encore à l’école à certains endroits. Jack connaissait ses codes couleur et, pour éviter tout dégât à sa nouvelle acquisition, il avait opté pour des têtes creuses à détonation ciblée. C’était moins méchant qu’une balle explosive et ça ne perçait pas grand-chose mais, quand ça faisait mouche, ça faisait de sérieux dégâts sans en mettre partout ni risquer de faire des trous indésirables. Avec de la chance, les bandits auraient eu la même idée, pour peu qu’ils aient ce qu’il fallait.
« Viens avec moi, et fais ce que tu peux. »
Il referma le barillet, et remit l’arme dans son rangement. Le moment était grave et solennel. C’était le type d’instant où, sur Terre, le réalisateur sortirait les cuivres larmoyants pour saluer le courage des guerriers condamnés. Mais Jack adressa un regard serein à son compagnon, et un sourire tranquille.
« On peut les avoir. »
Il n’en savait rien. Mais il devait y croire. Il ne pouvait pas douter, ou ce serait déjà fini.
« Suis-moi ! Il faut y être avant eux ! »
Le gaillard s’élança dans la coursive et prit un escalier les conduisant au niveau inférieur. Il trotta plus loin et prit un autre escalier, plus long, plus profond, les conduisant dans une salle spacieuse et entièrement vide. Peut-être les grandes portes trahiraient la fonction du lieu : c’était le petit hangar du bord. Mais ce n’était pas leur destination. Jack ouvrit une porte pour déboucher sur un espace bien plus vaste. Il s’étirait devant eux sur des dizaines de mètres et peut-être le tiers ou la moitié de cette distance en largeur. Le plafond était très haut. Ça ressemblait à un entrepôt. C’était la fameuse soute. Jack avait le pressentiment qu’ils essaieraient d’attaquer par là, là où l’espace et les obstacles leur fourniraient le plus d’options tactiques et le meilleur avantage. Ils ignoraient que ce grand espace était entièrement vide.
Le Tanexien alla vers une cloison et la longea, avant de s’arrêter derrière une des larges charpentes métalliques de la structure du vaisseau, alors qu’un choc lourd suivi de claquements se faisaient entendre. Jack ressortit son arme, se mit aux aguets. Les agresseurs étaient en train de forcer l’écoutille, et ils y parviendraient assez vite. Ils n’avaient pas le temps de beaucoup tergiverser, et il se tourna vers Adel une fois de plus, lui adressant un sourire déterminé.
« Paré ? »
Un crissement annonça le forçage de l’écoutille et des bandits surpris commencèrent à débouler un par un par l’accès circulaire étroit qu’ils s’étaient ouverts. Le chasseur de primes souffla, désenclencha la sécurité de son arme, et finit par s’élancer.
« Go ! »
Il y avait quatre malfrats déjà à bord. Une première vague chargée d’établir la meilleure position d’entrée possible. Ils étaient lourdement armés pour cette tâche, sans doute avec les meilleures armes de la bande. Ils étaient là, déçus, se demandant où se mettre, quand la masse de Jack les prit de court. Le vétéran poussa un cri et caressa la détente de son revolver. Les quatre coups trouvèrent une cible et les bandits se retrouvèrent à terre, réduits à l’état de poupées de chiffon sans vie, avant d’avoir réussi à réagir réellement.
Jack déboula devant l’écoutille ouverte et tomba nez à nez avec un autre bandit qui, effaré, lui adressa des yeux ronds avant qu’une balle lui troue le front et fasse éclater sa cervelle dans un double bang. Derrière lui, le second leva son arme, mais il s’écroula vite. Le troisième tenta un repli, se retrouva face à son camarade restant et, pris de panique, le poussa à terre. Jack visa l’homme à terre et mit fin à ses jours avant de se remettre à couvert. Il adorait ce flingue, mais il n’avait que sept balles au barillet, l’obligeant à recharger au plus vite. Il espérait juste qu’Adel ait suivi et puisse trouver une chose à faire.