Visiblement, la passion l'avait emporté, et malgré ses meilleurs instincts, Hadrian était venu [PUN INTENDED] à la rencontre de Cypress, ses doigts se resserrant davantage dans sa crinière d'ébène, relâchant dans un râle les muscles qui contenaient sa jouissance. Son corps, ravivé encore plus par l'exacerbation de ses sens que par la vitae qui circulait en lui, fut secoué d'un frisson de plaisir. Une erreur. Une erreur stupide, assurément, une erreur, cependant, qu'il pouvait encore rectifier lorsqu'il aura le temps de se poser et de réfléchir, chose que la présence de Cypress semblait rendre de plus en plus difficile.
Alors qu'il considérait les conséquences de son manque de présence d'esprit du moment, les lèvres chaudes de la gorgone s'approchèrent des siennes, et il cligna des yeux, comme surpris sur le moment, puis il se baissa pour lui donner accès à ses lèvres. Un doux, long baiser, où ses sens décelèrent sans mal le goût de sa personne sur la langue de la demoiselle, mais l'ignorant superbement ; il avait mordu à pleine dents dans des choses ayant un goût bien plus non-orthodoxes que de la semence d'homme., quoi que ce dernier ne fût pas vraiment une occurrence récurrente chez lui.
Sa question lui arracha, malgré lui, un sourire.
Il était à la tête d'une organisation criminelle qui se faisait passer pour un conglomérat international. Il était si riche que s'il s'affairait à dépenser sa fortune, il pourrait assurer une utopie pour un petit pays, ne s'arrêtant que parce qu'il n'en voyait pas vraiment l'intérêt. Ce qui, par définition, faisait de lui un connard de première et un exemple parfait de l'inutilité de l'existence des super-riches.
"À ma demande, je crois que n'importe quel cuistot reconnu se déplacerait de lui-même pour se présenter à ma porte. Mais je crois que la vie nocturne de Seikusu aura certainement quelques restaurants valant le temps."
Il savait qu'il venait de reporter à plus tard une étreinte qu'ils désiraient ardemment l'un comme l'autre. Il ne sut, d'ailleurs, pas s'expliquer à lui-même ce qui lui est passé par la tête de lui répondre. Parfois, juste comme ça, sa fantaisie et son besoin d'être inattendu, d'être imprévisible, le poussait à jouer contre ses propres intérêts. Un peu à la manière d'un enfant sachant très bien qu'une certaine action garantissait une conséquence parentale, mais ne pouvant s'en empêcher ne serait-ce que par sa nature d'enfant.
"… et soyons honnêtes, le plus de temps que nous passons ensemble dans les vestiaires, le plus de chances nous risquons de rencontrer autrui, et considérant que ceci est le vestiaire des dames… s'il y a avait un département des ressources humaines dans cette entreprise, ils seraient en outrage."
Pas qu'il ne se souciasse nécessairement de la réaction que sa personne et la personne de Cypress, pris dans les torrents de luxure et de passion, vus ensembles par les goules et suppôts, pourrait susciter, mais il ne tenait pas non plus particulièrement à l'embarrasser. Parmi ses pulsions, celle d'être exhibée à ses pairs, qu'ils soient ou non gorgones comme elle, ne semblait pas du tout l'intéresser.
La gratifiant d'un autre baiser, il s'arracha, à grand mal de son étreinte, pressant une dernière fois son corps contre le sien pour s'imprégner de sa chaleur pour un moment de plus.
"Je vais faire ce que je peux," dit-il avec ce même sourire signifiant presque que rien ne pourrait lui résister.
Et il se retira de sa présence, s'éloignant de nouveau vers la porte qui menait du vestiaire à la piscine, mais plutôt que de l'emprunter, la lumière clignota et dans ce court instant de ténèbre, il disparût complètement de la vue de Cypress. La porte ne s'était jamais ouverte.
***
"Alors, ce que j'ai pour vous…"
Vanessa posa sur le lit de la chambre personnelle de Cypress plusieurs robes et accessoires.
"Évidemment, dépendant de vos goûts. J'ai du Saint Laurent, du Armani, et bien sûr, du Ralph Lauren. Je sais que vous avez une préférence pour le vert forêt, mais je peux vous tenter avec cette jolie robe blanche, j'ai également déniché quelques accessoires sertis d'émeraudes."
Et Vanessa, comme si elle avait passé toute sa vie à habiller une princesse suédoise, s'affaira à détailler avec son habituel détachement et impassibilité tous les vêtements qu'elle avait sous la main, ainsi que les accessoires. Malgré sa prétention à ce que tous ces vêtements aient été fait par des mains de maître, tous étaient des articles inédits, et pour la simple raison qu'en plus d'être plus riche que le pape, Hadrian est également un de ces hommes qui préfèrent les articles uniques aux modes.
Toutes les robes étaient élégantes, et si certaines étaient plus extravagantes que d'autres, tout était empreint d'un goût exquis; probablement celui de Vanessa, dont l'œil était maître dans son discernement.
"Oh, et bien sûr…"
Elle tira de derrière le lit une petite valise.
"J'ai pris la liberté de vous préparer un petit ensemble plus confortable. Les robes de soirée sont certes très jolies, mais peu confortable pour une promenade nocturne. Surtout si le besoin de prendre la fuite se montre. Je m'assurerai qu'elle soit dans la voiture quand…"
Elle marqua une pause et observa Cypress.
"… quoi?"