Bureau de la direction et infirmerie / Re : On joue la survie des Terriens, rien que ça ! -- Franz & Séliane
« le: dimanche 03 mai 2026, 07:15:29 »« Si fueris Romae, Romono vivito more; si fueris alibi, vivito sicut ibi. »
Un léger sourire malicieux se dessina sur son visage tandis qu’il se redressait, scrutant les feuilles d’un arbre distraitement en focalisant pourtant son attention sur elle, guettant sa réaction. Il se demandait si elle pouvait comprendre les langues anciennes et si elle saisissait le sens de ces mots. Sans doute était-ce sa motivation derrière sa démarche : elle voulait expérimenter la vie humaine telle une humaine, elle était venue ici pour cela. L’alternative la plus probable eut été plus sensible et aurait inclus la possibilité qu’elle s’intéresse simplement à sa vie, à lui. Peut-être avait-elle saisi sa nature et savait-elle qu’il pourrait transplaner s’il l’avait voulu, étudiant cette ancienne magie pour se rendre d’un geste et d’une pensée d’un point à l’autre du monde. Peut-être se demandait-elle ce qui le poussait à prendre le bus, ce qui l’éloignait tant de sa nature magique, maléfique, démoniaque.
Ou peut-être s’intéressait-elle juste à lui, mais c’était un panier de crabes auquel il ne souhaitait pas songer. C’était bien trop problématique. Pour lui, s’ouvrir était la source de grands problèmes et il ne désirait pas tester la résistance de sa collègue à son influence. Après tout, elle était belle et dotée de cette aura surnaturelle la rendant mystérieuse et attrayante. Il savait qu’il ne saurait pas résister. D’ailleurs…
« Sachez simplement que, d’aventure, je ne serais pas contre en savoir plus sur vous. »
Il retourna son regard sur elle en souriant tandis que le bus arrivait, et que tout le monde s’y pressait dans un désordre ordonné et précipité. Ils prirent leurs places d’après le choix de Séliane, autant à l’écart que possible, et ils commencèrent leur route vers la Toussaint. Tout le monde restait sur son téléphone. Ceux qui le posaient sortaient leur ordinateur portable pour travailler dessus. Franz les observait avec cynisme. Le travail avait toujours été central dans la vie des Humains, mais il avait été une question de survie, d’accomplissement et de devoir par le passé quand, aujourd’hui, presque tous manquaient de but et d’inspiration, esclaves ignares d’un système se nourrissant de leur servilité matérialiste. Pour se sortir cette observation de la tête, il rouvrit son sac, se plongeant dans son plus crucial travail du moment en préparant les machines.
Interrompu par la fée, il se pencha vers elle pour bien l’écouter et hocha la tête avec gravité à ses propos. Il était sans doute vrai qu’il fut sensible à la présence des failles. Après tout, n’était-il pas, lui-même, une créature magique dont la dimension originelle, celle dont son essence était tirée, où elle était née, se trouvait là, derrière une de ces ondes extradimensionnelles ?
« Sans doute, concéda-t-il placidement. A en croire les légendes, la dimension des miens se trouve derrière certaines de ces failles. »
Doucement, il ricana et ajouta :
« Je préférerais ne pas avoir à me perdre dans une de celles-là. »
La plupart des croyances croyaient en un paradis et un enfer, leur donnant des descriptions diverses et variées. Pour certains, ce monde était l’enfer à traverser avant le paradis. Pour d’autres, c’était à nous de créer ici le paradis. Pour beaucoup, paradis et enfer étaient dissociés du monde. Quoi qu’il en soit, il y en avait une multitude et certains étaient bien pires ou bien plus ennuyeux que d’autres. Oui, il vallait mieux ne pas se perdre dans ce que les croyances des masses avaient fait naître.
Arrêt après arrêt, le bus se clairsemait. Ils approchaient de la Toussaint et les poils du démon se dressèrent dans un frisson instinctif. Une seconde après, une machine se mit à grésiller tel un compteur Geiger. Il avait adapté le concept aux exoparticules diffusées par le processus et il n’y avait que des traces, ici ; mais il y en avait déjà.
« Nous devrions descendre au prochain arrêt, proposa-t-il. Le milieu est plus… actif… que je l’aurais cru. »








