Bureau de la direction et infirmerie / Re : On joue la survie des Terriens, rien que ça ! -- Franz & Séliane
« le: mardi 08 septembre 2026, 12:10:45 »Sans doute était-ce la deuxième option. Franz était assez transparent quant à cela. Il travaillait beaucoup, à un point tel qu’il devait parfois se forcer à ralentir ou à quitter son poste pour ne pas soulever trop de questions sur sa productivité et sa capacité à rester éveillé au travail des jours durant.
Heureusement, au Japon, il remplissait les critères fantasmés du salaryman parfait et on ne l’ennuyait pas. Au pire, on pourrait le jalouser.
Il décida qu’il se contenterait de penser s’être trahi lorsqu’elle se redressa et poursuivit, cessant ses errements pour l’écouter attentivement une fois encore.
Et il apprit certaines choses. La fleur en elle-même n’était pas dangereuse pour l’écosystème local, et c’était plutôt rassurant. C’était plutôt attendu. Statistiquement, un organisme ainsi introduit avait plutôt toutes les chances d’être annihilé par un monde dont le microcosme et le fonctionnement différaient du sien, même légèrement. Le vrai risque tenait au risque de contamination par une bactérie capable de s’adapter, ou d’un croisement agressif modifiant les organismes endémiques. Il jugea suffisant de la croire.
A priori, cette fleur était plutôt une espèce créée par commodité, comme beaucoup des fleurs conçues par les Humains pour les rendre plaisantes à voir et à sentir. Incapables de survivre dans la nature, mais parfaites sur l’étal d’un fleuriste.
Mais cela soulevait une question que sa consœur ne manqua pas de soulever d’elle-même : si cette espèce était spécifique au point que les conditions pour la cultiver fussent si contraignantes, comment se retrouvait-elle ici ? Au sol ? Une fleur coupée et posée là eut été un cas différent. Celle-là était plantée là et ne semblait pas en souffrir, pour autant qu’il puisse en juger sur le moment.
Venait le moment d’évoquer certains détails essentiels, et Franz lui retourna son regard attentivement. Quand elle annonça connaître la fleur, il faillit lancer une remarque incisive pour la pousser à couper à l’essentiel, mais il se contint. Elle se montrait vulnérable et semblait requérir un cheminement précis pour parvenir à arriver à son but. Tant pis. Il resta patient.
Et sa patience porta ses fruits lorsque Séliane évoqua une possibilité particulière. Le démon soupira par le nez. Il y avait pensé, effectivement. C’était certainement une des pires théories. L’idée d’une convergence entre dimensions, traitée dans certains univers de fiction, était absolument terrifiante pour ses conséquences à court terme. On parlait de fusionner brutalement deux mondes, avec leurs équilibres et peuples se retrouvant soudain contraints de partager un même espace et de trouver une solution aux déséquilibres inhérents au phénomène. Dans très peu de scénarios cette possibilité aboutissait-elle sur autre chose qu’un désastre à tous niveaux.
Elle était prête à travailler avec lui. Pas parce que c’était son souhait, mais parce que c’était nécessaire. Elle le faisait cependant avec le sourire. Sans doute voyait-elle leur rencontre comme un acte du Destin, et peut-être était-ce le cas. Bien des forces agissaient sur les mondes à tout instant, et ils ne sauraient certainement jamais si une force, une intention ou une intervention intéressée les avait joint ici, dans ce monde, à ce moment, face à ce phénomène.
Le démon rendit un sourire léger à la fée malgré son inquiétude pensive, et il décroisa les bras pour lui tendre une main bienveillante. Il ne savait pas depuis combien de temps elle était sur Terre ou sur celle-ci, car elle était forcément originaire d’ailleurs et liée à Vieille-Lune, quoi que ce soit et où que ça se trouve, mais elle sembla hésiter une seconde et il gloussa.
« Les Terriens se serrent généralement la main pour conclure un pacte. »
Alors, elle tenta l’expérience et, comme il la serrait proprement et l’agitait doucement, il sourit malicieusement en rajoutant :
« Certains crachent aussi dans leurs mains avant. »
Il vit son étonnement, et il éclata d’un rire malicieux, cette fois, avant de la rassurer :
« Je ne suis pas un adepte de la méthode. »
Il relâcha sa main, soupira doucement, et commença à marcher à pas lents et mesurés pour se concentrer et réfléchir.
« J’ignore comment Vieille-Lune a disparu, mais j’avais songé à la possibilité que ce lieu puisse être dans une sorte d’état transitoire. »
Il pivota brusquement sur ses talons pour reprendre dans l’autre direction.
« Si elle était arrachée à la réalité de quelque manière, et que son monde, sa réalité, était détruit… Disons que la Nature déteste le vide et qu’il faudrait que cet endroit se rattache à quelque chose, à une autre réalité, pour retourner à l’existence. Qu’importe l’état dans lequel il le fait, d’ailleurs… »
Il s’arrêta et eut un sourire désolé à cette évocation. Si l’espérance de la professeure était de retrouver son monde intact, elle risquait d’être déçue. Tout était possible, mais les faits à venir étaient impossibles à prévoir en l’état. Et il reprit :
« Dans certains cercles, il se dit que plusieurs univers se chevauchent mais obéissent à une logique concentrique. C’est un peu comme la loi de la gravité, mais entre les dimensions. C’est complexe et purement théorique, mais… Bon. Admettons que Vieille-Lune et la Terre soient voisines, ou plutôt que Vieille-Lune soit au-dessus de la Terre, pour schématiser. Suspendue à sa propre réalité au-dessus de celle-ci, donc. Retirez cette réalité, cette dimension, et elle se retrouverait vouée à tomber sur Terre. Et cette conjonction, ou qu’importe le nom, va avoir des effets probablement dramatiques, si on ne peut le résoudre. »
Ce qui voulait dire que, si cette théorie était exacte, ils pourraient bien être obligés d’empêcher Vieille-Lune de revenir dans une réalité. Cela la vouerait-elle à la destruction, à défaut de pouvoir suivre le schéma logique et naturel ? C’était possible. Encore une fois, il fit la grimace et eut un regard discret pour Séliane.
« Mais tout cela reste flou et du domaine du sophisme scientifique, du moins pour moi. »
Il sentait qu’il y avait une vérité dans ses propos, mais la vérité pouvait être multiple et complexe. Il devait trouver un moyen de démêler le vrai du faux. Et il soupira profondément, s’arrêtant en baissant la tête, dépité, avant de se retourner vers elle et de murmurer :
« Vous venez clairement d’ailleurs. Moi, non, mais je ne suis pas Humain. Je sais, ça n’a sûrement rien de surprenant. »
Il grommela avant de lancer finalement :
« Je pense savoir comment trouver certaines réponses, mais je n’ai pas envie d’y recourir pour deux raisons : je me suis éloigné de ces choses pour une bonne raison, et vous pourriez bien ne plus m’accompagner après ça. »









