Le Grand Jeu - Forum RPG Hentai

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Messages - Franz Bauer

Pages: [1] 2
1
Comme à chaque fois, la fée prit un instant pour répondre, réfléchissant véritablement et avec emphase à la question, à sa réponse et à ce que les deux pouvaient impliquer. Lorsqu’elle répondit enfin, avec ce ton toujours égal, presque impavide, Franz la toisa avec curiosité quelques secondes avant de la suivre, haussant les épaules en lui emboîtant le pas. Il ne prit pas la parole car ils n’étaient pas seuls, et il mettait un point d’honneur à ne pas trahir sa nature par les sujets qu’il pouvait aborder. Souvent, il usait de formulations détournées lorsqu’il était forcé d’aborder un sujet sensible en public. Sinon, il s’abstenait et attendait d’être en privé. Pourtant, il fut vite assez évident que personne n’écoutait, à l’abribus. Une poignée de collègues et une vague d’étudiants étaient bien là, mais tous étaient occupés sur leurs téléphones, rattrapant leur vie sociale en ligne en attente, découvrant ce qu’ils avaient raté en travaillant, avant de retourner au travail pour consulter leurs mails et y répondre. Alors, quand Séliane parla encore, Franz l’écoutant d’une oreille seulement distraite en apparence, le démon soupira légèrement et, se laissant aller contre la surface froide d’un poteau, regardant le sol, il exprima à son tour ses pensées :

« Si fueris Romae, Romono vivito more; si fueris alibi, vivito sicut ibi. »

Un léger sourire malicieux se dessina sur son visage tandis qu’il se redressait, scrutant les feuilles d’un arbre distraitement en focalisant pourtant son attention sur elle, guettant sa réaction. Il se demandait si elle pouvait comprendre les langues anciennes et si elle saisissait le sens de ces mots. Sans doute était-ce sa motivation derrière sa démarche : elle voulait expérimenter la vie humaine telle une humaine, elle était venue ici pour cela. L’alternative la plus probable eut été plus sensible et aurait inclus la possibilité qu’elle s’intéresse simplement à sa vie, à lui. Peut-être avait-elle saisi sa nature et savait-elle qu’il pourrait transplaner s’il l’avait voulu, étudiant cette ancienne magie pour se rendre d’un geste et d’une pensée d’un point à l’autre du monde. Peut-être se demandait-elle ce qui le poussait à prendre le bus, ce qui l’éloignait tant de sa nature magique, maléfique, démoniaque.

Ou peut-être s’intéressait-elle juste à lui, mais c’était un panier de crabes auquel il ne souhaitait pas songer. C’était bien trop problématique. Pour lui, s’ouvrir était la source de grands problèmes et il ne désirait pas tester la résistance de sa collègue à son influence. Après tout, elle était belle et dotée de cette aura surnaturelle la rendant mystérieuse et attrayante. Il savait qu’il ne saurait pas résister. D’ailleurs…

« Sachez simplement que, d’aventure, je ne serais pas contre en savoir plus sur vous. »

Il retourna son regard sur elle en souriant tandis que le bus arrivait, et que tout le monde s’y pressait dans un désordre ordonné et précipité. Ils prirent leurs places d’après le choix de Séliane, autant à l’écart que possible, et ils commencèrent leur route vers la Toussaint. Tout le monde restait sur son téléphone. Ceux qui le posaient sortaient leur ordinateur portable pour travailler dessus. Franz les observait avec cynisme. Le travail avait toujours été central dans la vie des Humains, mais il avait été une question de survie, d’accomplissement et de devoir par le passé quand, aujourd’hui, presque tous manquaient de but et d’inspiration, esclaves ignares d’un système se nourrissant de leur servilité matérialiste. Pour se sortir cette observation de la tête, il rouvrit son sac, se plongeant dans son plus crucial travail du moment en préparant les machines.

Interrompu par la fée, il se pencha vers elle pour bien l’écouter et hocha la tête avec gravité à ses propos. Il était sans doute vrai qu’il fut sensible à la présence des failles. Après tout, n’était-il pas, lui-même, une créature magique dont la dimension originelle, celle dont son essence était tirée, où elle était née, se trouvait là, derrière une de ces ondes extradimensionnelles ?

« Sans doute, concéda-t-il placidement. A en croire les légendes, la dimension des miens se trouve derrière certaines de ces failles. »

Doucement, il ricana et ajouta :

« Je préférerais ne pas avoir à me perdre dans une de celles-là. »

La plupart des croyances croyaient en un paradis et un enfer, leur donnant des descriptions diverses et variées. Pour certains, ce monde était l’enfer à traverser avant le paradis. Pour d’autres, c’était à nous de créer ici le paradis. Pour beaucoup, paradis et enfer étaient dissociés du monde. Quoi qu’il en soit, il y en avait une multitude et certains étaient bien pires ou bien plus ennuyeux que d’autres. Oui, il vallait mieux ne pas se perdre dans ce que les croyances des masses avaient fait naître.

Arrêt après arrêt, le bus se clairsemait. Ils approchaient de la Toussaint et les poils du démon se dressèrent dans un frisson instinctif. Une seconde après, une machine se mit à grésiller tel un compteur Geiger. Il avait adapté le concept aux exoparticules diffusées par le processus et il n’y avait que des traces, ici ; mais il y en avait déjà.

« Nous devrions descendre au prochain arrêt, proposa-t-il. Le milieu est plus… actif… que je l’aurais cru. »

2
Franz avait passé la journée à donner ses cours, ce qui ne suivait en rien les conseils de Séliane ; mais il s’était aussi reposé dès qu’il l’avait pu en se préparant à leur mission. Le démon n’avait pas besoin de beaucoup de repos et il pouvait toujours tirer des ressources d’un nœud d’énergie tellurique, comme toute créature de son origine. Il n’aimait pas le faire et l’évitait en général, mais il se permit un petit prélèvement après sa sieste du midi et c’est bien requinqué et en meilleur état qu’en la commençant qu’il avait achevé sa journée.

Il fumait une cigarette, perché en tailleur sur un muret, lorsque la fin des cours du soir sonna. Le soleil se couchait déjà et des élèves épuisés passaient devant lui, la plupart sans le voir, pour rentrer chez eux. Quelques-uns lui firent signe, et même quelques professeurs. Il y en avait un, Surubachi-sama, qui lui tirait toujours une grimace désapprobatrice au possible, mais ses tentatives initiales de nuisance n’avaient mené à rien et il se contentait désormais d’être la dernière personne à ne pas l’accepter dans l’établissement.

Puis arriva la fée, enfin. Franz la repéra au papillon magique la précédant, et il écrasa sa cigarette avant de sauter du muret, la rencontrant à sa sortie de l’établissement.

« Prête ? »

C’était une question rhétorique. Rien chez la professeure de magie ne laissait songer qu’elle fut effrayée par la perspective d’étudier une faille active. Par ailleurs, le démon s’était équipé, ramenant un sac sur son ventre pour l’ouvrir et révéler divers instruments mystérieux.

« Avec ça, on devrait pouvoir mesurer les niveaux sans trop s’approcher ni risquer de… tomber dedans, expliqua-t-il avant de refermer et de repasser les sangles à ses épaules. »

Ils avaient ensuite innocemment pris le chemin de l’arrêt de bus à son initiative.

« Normalement, je prends le bus, justifia-t-il nonchalamment. Vous avez quelque chose de plus… évolué ? Ou on procède de cette manière ? »

3
L’accord passé, Franz était retourné au travail avec enthousiasme. Ce n’était pas une motivation vaine. Il ne s’attendait pas à régler son problème aujourd’hui, à découvrir la solution miraculeuse, mais il pouvait enfin trouver un élément probant, une piste permettant de conduire à de nouveaux éléments qui, eux, permettraient enfin de régler le problème.

Et quel problème ! Il ne s’attendait pas à pareille menace. Le déséquilibre était manifeste et pouvait s’emballer à tout moment, provoquer un effondrement de l’écosystème à Seikusu. Peut-être que la Terre entière était même menacée par ce désastre possible, l’ouverture brutale à des vecteurs exponentiels pouvant menacer de détruire la planète telle qu’on la connaissait en relativement peu de temps.

Si les rumeurs qu’il connaissait sur les failles étaient vraies, alors elles renfermaient des prodiges et menaces conséquents. Comment imaginer comment tournerait le destin d’un monde doté d’armes apocalyptiques si on y ajoutait le désordre soudain de la magie arcanique, des forces élémentaires manifestes, des dragons et autres chimères disparues, de races défiant la notion d’Humanité et la domination de l’Humain sur le monde ? Cela pouvait être le point de départ d’une réaction en chaîne terrible et, si la planète y survivait, elle ne ressemblerait en rien à ce qu’elle était la veille.

Inquiet et hyperactif, il essaya de reprendre contact avec ses camarades à travers le monde. Certains, il n’avait pas vu depuis des décennies et, pour ceux qui n’avaient pas le don d’immortalité, il ignorait même s’ils étaient encore en vie. Quantité avaient changé de numéro de téléphone, trépassé ou n’étaient simplement pas disponibles mais, le décalage horaire aidant, il eut de nombreuses discussions cette nuit-là, tandis qu’il peaufinait son algorithme d’analyse et laissait l’ordinateur traiter l’information. Certains furent étonnés de l’entendre toujours si jeune et alerte quand eux-mêmes avaient pris vingt ou trente ans et accusaient le coup des années derrière eux, mais tous répondirent avec joie.

Les scientifiques se virent confrontés aux données brutes et appelés à examiner leurs environs ou à rapporter tout phénomène semblable chez eux.

Les clairvoyants, shamans et autres sorciers terriens se virent confiés les instances plus ésotériques et enjoints à interroger leurs trames et terroirs sur le sujet.

Les autres démons, ceux qui répondirent, exprimèrent un intérêt réservé, manifestement conscients, pour les plus purs (ceux qui avaient été enfantés des Enfers ou en venaient, ceux dont les pouvoirs transcendaient les dimensions), de la réalité du danger, la question abordée était sensible, presque tabou. Et ce n’était pas une affaire de sectarisme : il y avait plus d’une bonne raison de ne pas laisser le savoir des failles et de leur contrôle à n’’importe qui au risque de voir les Humains en comprendre les ressorts et en exploiter les pouvoirs. Franz tenta bien d’en convaincre, mais il n’obtint que de vagues promesses.

Quoi qu’il en soit, il eut une affirmation à l’aube : le cas de Seikusu était probablement rare ou unique. Ce n’était pas un problème généralisé à la planète entière. Cela dit, certains nœuds de pouvoir tellurique et cosmique devaient bien présenter des altérations potentielles. N’était-ce pas le cas ici ? Peut-être devrait-il étendre ses examens. Mais pas aujourd’hui.

Les résultats finaux tombèrent peu de temps avant que les portes de l’établissement ouvrent aux premiers arrivants, aux plus précoces venus étudier à la bibliothèque ou fumer en flânant entre copains las de leurs parents. Il alla vider son cendrier plein de cendres et de mégots froids avant d’aller attendre devant la photocopieuse que ses impressions finissent de lui arriver et, cela fait, s’en empara et les glissa dans une poche cartonnée avant de filer, remettant sa blouse blanche sur son dos avant de retourner donner vie aux couloirs.

Lorsqu’il arriva dans la cour, là où Séliane et lui s’étaient séparés la veille, il remarqua directement la curieuse créature se cachant sous les traits d’une honnête professeure près de l’arbre qu’elle avait touché la veille. Le démon l’avisa de loin. Il n’avait pas besoin de beaucoup de sommeil et ne manifestait pas de signe de fatigue. Cependant, son enthousiasme et son travail acharné avaient laissé des traces. Il avait l’œil brillant et une paupière inférieure sautillait nerveusement par moments. Il était échevelé et un sourire nerveux restait scotché à ses lèvres. Malgré tout, il gardait cet air nonchalant, ce détachement qui contenait les forces le parcourant en lui, les empêchant d’influencer et de nuire autour de lui. Certes, il y avait une ondine mêlant engouement et chaleur émanant de lui, mais c’était ce qu’il ne pouvait pas retenir dans son état actuel.

Marchant jusqu’à Séliane sans un mot, il l’avisa, la fixant, assise près du tronc, avant d’aviser les deux cafés et les viennoiseries manifestement disposées de façon ostensibles à son attention près d’elle. Il fronça les sourcils, pinça les lèvres et plia ses jambes, s’arc-boutant devant elle et se portant à son niveau tout en plantant ses yeux rouges dans les siens, scrutateur.

« C’est pour moi, hésita-t-il ? »

C’était manifestement le cas, évidemment, et, après un coup d’oeil de plus, il sentit l’envie de café et le manque de sucres de son enveloppe physique le gagner, perçant le voile de son inspiration intellectuelle pour le ramener aux choses terrestres. Il plongea malgré lui une main vive, mais souple et précise, dans le sac de viennoiseries, et une autre vers un gobelet, et il s’équipa de son petit-déjeuner en mordant dans la pâte aérée et beurrée avec joie.

« C’est très gentil. »

Il eut un sourire sincère avant de reposer le gobelet de café pour lui passer sa pochette cartonnée, reprenant vite le gobelet et la laissant découvrir les cartes de Seikusu et des environs qu’il avait sorti. Des séries de points les constellaient, lieux de relevés anormaux, et des extrapolations désignaient des zones encerclées où des failles dormaient ou se dressaient supposément. Il lui expliquait cela en mangeant et en buvant, simplement, avant de conclure :

« J’ai trouvé une faille dans le quartier de la Toussaint. C’est le quartier chaud. Personne ne s’est vraiment inquiété de l’accroissement significatif des disparitions dans cet endroit au fil des deux dernières décennies, mais je pense qu’il y a corrélation. Cette faille est active, j’en suis certain. Nous devrions aller la voir ce soir. »

4
Sa réponse donnée, la fée se mit à se déplacer à nouveau, s’éloignant, se dirigeant vers les arbres où son curieux papillon domestiqué l’avait précédé. Etait-ce un papillon de compagnie ou une manifestation d’elle-même ? Impossible à dire, mais Franz, comme toujours, était curieux.

Sortant de son état de réflexion accru, il la suivit du regard, brièvement, et écrasa son mégot fini avant de se relever. Le mégot glissé dans sa boîte, il s’étira et la rejoignit à pas lents, observant l’onde bienfaisante semblant se déployer d’elle vers le végétal malade avec un mélange de curiosité analytique et de détachement. Chaque manifestation était un indice lui permettant de deviner sa nature, et il avait maintenant une bonne idée, la classant, effectivement, parmi le peuple ancien des Fey. Il ignorait, cependant, ce qu’elle était exactement.

Du reste, outre sa confirmation, il n’eut pas grand-chose à se mettre sous la dent ; essentiellement une vague estimation et un détail intéressant : peu importe ce qui se produisait avec ces portails, ça pouvait devenir bien pire. Le temps était peut-être davantage compté qu’il le pensait. Il songea à demander si c’était la même chose ailleurs mais, en voyant de quelle manière son examen magique de la ville l’avait fatiguée, il ne chercha pas à pousser.

« Bon fut sa seule réaction dans l’immédiat. »

Il s’éloigna à nouveau, pensif, mains dans les poches, observant l’horizon comme s’il y espérait une réponse, ou s’il en profitait comme s’il pouvait disparaître demain.

Quoi qu’il en soit, il avait trouvé une alliée aujourd’hui, quelqu’un qui semblait prêt à s’impliquer dans cette affaire. Après tout, son peuple était très lié à la Nature et sa protection ne pouvait qu’être une mission attrayante pour elle.

Après quelques secondes de silence, le démon se tourna donc vers la fée et, la dévisageant un instant, il finit par hocher la tête.

« Vous avez un téléphone, Madame la professeure ? »

Un mouvement négatif du menton lui répondit. Avant qu’elle cherche à répondre de vive voix et de proposer d’arranger cela, il leva la main pour l’interrompre. Il ne cherchait pas à la connecter au monde. Sa question avait un sens bien plus trivial.

« Il faut que je recroise mes données à la lumière de ces révélations. Ça va me prendre la nuit, sans doute. »

Levant son bras gauche, il avisa distraitement l’heure à son poignet. Les cours allaient bientôt reprendre.

« Venez en avance, demain matin. J’aurai les résultats. Et, si un endroit vous interpelle, nous pourrons y aller après les cours. Ça vous va ? »

5
Franz ne releva pas la nouvelle observation lorsqu’elle vint, même s’il aurait clairement pu soupirer et lui rétorquer que tout le monde n’avait pas la sagesse d’un millier de vies et le temps de tourner autour du pot pendant des heures. Non, il n’en était plus là. Plongé dans ses pensées, ses réflexions ne laissaient qu’un vague état de conscience poindre à la surface, à la collecte d’informations complémentaires. Des Humains appelaient ça « l’état de flow » aujourd’hui, et l’avaient appelé de diverses façons rien que pendant sa vie. Pour lui, c’était simplement un état normal, un état de pensée supérieur qu’il n’atteignait que lorsqu’il en avait besoin, mais dans lequel il se plongeait très régulièrement au travail.

Un avantage de cet état était que le réel cessait d’importer vraiment et, de la sorte, son aura ne fuitait plus, contenue en lui comme si son repli intérieur inspirait toute sa personne en lui par la même occasion. Il ne collecta que l’essentiel de ce que dit Séliane et, tirant sur sa cigarette, le regard toujours fixé dans le vague, il traita les informations, même très vagues, pour tenter de générer une réponse.

« Les portails, marmonna-t-il juste à son exposé, se rappelant les histoires. »

Il garda ensuite le silence, mesurant la situation avant de véritablement considérer la question de la fée. Il la fit attendre moins d’une minute, mais assez longtemps pour que le silence puisse devenir embarrassant. Finalement, il s’ouvrit d’un trait, répondant rapidement, à l’image de l’esprit qui fusait comme une étoile filante en son for intérieur.

« Ici. »

Il pointa rapidement les arbres de la cour.

« Le jardinier les trouvait mal en point, mais il n’y avait pas de symptôme de maladie connu et l’école ne comptait pas payer des analyses ‘inutiles’. »

Il secoua la tête et soupira en avalant une bouffée de fumée.

« J’ai fait des examens pour le rassurer, et j’ai trouvé… ça… ce truc… ce désordre. C’était mon tour de m’inquiéter. J’ai pris des échantillons partout et partout, à Seikusu et dans les alentours immédiats, j’ai détecté des récurrences de gravité variable. »

Il renifla nerveusement.

« Si ce sont des portails qui font ça… Ou plutôt des trucs qui sont passés par là… »

Il s’interrompit et se tut un moment, calculant clairement quelque chose.

« Je devrais le vérifier, mais il y a des épicentres. Plusieurs. Il y a combien de portails comme ça à Seikusu… ? »

6
Blabla / Re : J'offre mon corps à....dix
« le: dimanche 08 mars 2026, 03:24:57 »
Четыре~

7
Bien que sa petite explosion l’ait convenu de lui à lui-même de se détendre, la première réplique de Séliane faillit bien le faire éclater. Plutôt que de lui donner une répondre, elle lui glissait une observation ; et une observation qui lui faisait l’effet d’une véritable insulte. Une habitude très humaine... De quoi se mêlait-il ? L’envie était assez forte de lui répliquer d’arrêter de se prendre pour un personnage de Tim Burton piégé dans un ralenti sans fin de Zack Snyder.

Mais il se tint, se tendant, faisant les yeux ronds, mais soupirant en esquissant un sourire aigre-doux. C’était entendable. Et il avait besoin de ses lumières, même s’il commençait à douter qu’elle lui donne jamais la réponse espérée.

Tel un étudiant, il se figea et se suspendit à ses lèvres, cherchant et assimilant la sagesse dans ses propos. Même si elle tendait à se répéter, il la voyait aller quelque part, cette fois. La distraction de ce papillon iridescent et des variations de luminosité autour d’elle et autour d’eux suffit au moins à le tenir silencieux pendant ses nombreuses pauses, à l’issue desquelles arrivèrent de nouvelles questions.

Encore des questions.

Le démon était fatigué, et ses épaules avachies le manifestèrent amplement.

Mais il se redressa vite, inspirant profondément en s’étirant avant de reprendre sa marche, pensif, suivi par sa consœur qui semblait curieuse de voir l’issue de son cheminement de pensées.

« Quelque chose qui ne devrait pas encore exister... marmonnait-il. Une chose est, ou elle n’est pas. Point. Qu’est-ce que c’est que ce plan foireux ? »

Malgré sa perplexité manifeste, cependant, il réfléchissait. Il marcha tranquillement, même si les enjambées de ses longues jambes forçaient la fée à le suivre d’un pas soutenu, tandis qu’il repassait ses recherches et confrontait de nouvelles perspectives en pensées. Son esprit, marqué par un puits de savoir et de réflexion insondable, fonctionnait différemment de celui d’un humain et il exécutait des pensées multiples sur divers plans à la fois en essayant de passer outre son conditionnement académique afin de se connecter au plus total esprit scientifique, celui qui, dénué d’à priori et de préconceptions, pouvait aborder la réalité sous tout angle pour en tirer la vérité.

Après tout, comme le disait un personnage de série télévisée des années 1960 : « Lorsque toute solution logique est épuisée, l’impossible, même illogique, ne peut qu’être vrai. »

Ils finirent par avoir traversé l’aile des professeurs, et ils se retrouvèrent dans la cour de l’établissement. Franz s’arrêta sous un patio et, cette fois, la proximité de Séliane ne l’empêcha pas de sortir une cigarette et de s’asseoir au milieu du chemin pour l’allumer et tergiverser.

« Je ne sais pas ce que vous entendez par ‘pas encore exister’, Madame la professeure, énonça-t-il enfin, Mais il y a bien une chose, peut-être. Ce n’est pas quelque chose qui est là et ne devrait pas l’être, ou pas encore, mais plus… Une anomalie. Quelque chose qui n’existe simplement pas. »

Soufflant sa fumée dans la direction opposée à la fée, il ne la regardait pas, fixant un point vague dans les tréfonds de son esprit plutôt que dans le paysage.

« En tout cas, quelque chose qui n’existe pas ici. »

Il cligna des yeux et tourna la tête vers elle, cette fois.

« Qu’est-ce que vous savez des plans cosmiques et mondes parallèles ? »

La question tomba net, comme un saut de l’ange, un acte de foi. Une conclusion hasardeuse s’imposant à lui comme un coup d’instinct, mais aussi comme la seule solution impossible s’imposant. La seule vérité restant après tout échec de la logique.

Et si une chose étrangère, une chose qui n’avait rien à faire en ce monde, était arrivée d’un ailleurs ?

8
Blabla / Re : J'offre mon corps à....dix
« le: vendredi 06 mars 2026, 04:31:56 »
Et à 5...

9
Franz était réputé pour être nonchalant. Il était même connu pour être irrévérencieux, mou et iconoclaste, incapable de passion. C’était bien mal le connaître, mais qui pouvait vraiment savoir qu’il adoptait cette attitude pour ne jamais s’emporter, pour toujours contrôler ses pulsions, ses pouvoirs, et cette aura qui condamnait ses victimes à un désir indigne et toxique ? Personne, sinon ses victimes, justement, accidentelles.

En vérité, il portait en lui les vices en Enfers. La colère pouvait vite le gagner lorsqu’il ne parvenait pas à ses fins et on en voyait là un bel exemple. Cet agacement et cette intensité lui étaient usuellement étrangers, mais il s’agissait bien d’un cas particulier. En outre, il fallait bien souligner qu’en dépit du lâcher irrépressible de ce parfum stupreux et insidieusement prégnant tout autour de lui depuis un instant, Séliane, elle, n’y réagissait pas. Alors même qu’en remontant le couloir, quelques professeurs sentaient le rouge leur monter aux joues et une chaleur inattendue et impropre les gagner dans leurs salles de travail, la nouvelle, elle, le fixait droit dans les yeux sans un soupçon d’influence. Aussi l’effet-miroir habituel n’arrivait-il pas et ne pensait-il pas à se contrôler aussi bien.

Dans l’immédiat, en tout cas, il aurait aimé dire à la professeure d’Histoire et Magie d’abréger. C’est un peu égoïste et méchant, mais tel était-il quand le seuil de la découverte se tenait devant lui sans qu’il soit en capacité d’y parvenir par l’obstruction d’un·e autre. Ça lui était insupportable. Ça le grattait, lui donnait de l’urticaire. Il avait failli souffler et l’engueuler, rétorquer des piques agacées à ses observations et ses détours conservateurs. Il se tenait parce qu’il avait appris à le faire, et parce que s’énerver pourrait bien briser leur aptitude à collaborer. Il était comme ces démons contraints à donner leur nom à des imbéciles heureux lors de séances de spiritisme et condamnés à les écouter et les exaucer avant de pouvoir rentrer chez lui. Sauf que lui ne risquait pas de la maudire, d’insérer un détail pervers dans son accord. Ce n’était pas son style.

Le temps lui sembla interminable jusqu’à ce qu’elle finisse, mais il enregistra tout bien et, se tenant, l’agacement contenu trouva une catharsis dans l’abattement, puis dans une fataliste acceptation. Il décroisa ses bras, se détendit, leva le visage au ciel et soupira par le nez en laissant la pression redescendre. Et, le temps de finir, elle avait enfin terminé.

« Alors, embraya-t-il dans la seconde, vous insinuez que les plantes ne sont que le début. »

Il rabaissa son visage vers elle et la fixa d’un air perplexe, qui vira assez vite à l’inquiétude.

« C’est quoi, la pollution… ? Un aspect plus métaphysique lié à l’ordre naturel ? Non, ne me le dites pas ! »

Il s’adossa au mur et alla instinctivement chercher une cigarette mais, s’arrêtant et lui jetant un regard, il se ravisa avec un brin de frustration et souffla.

« Je ne peux pas arrêter ce putain de capitalisme tout seul ! hurla-t-il d’un coup dans le couloir. »

Il y eut un silence lourd passant à travers le bâtiment, comme si tout le monde avait entendu et retenait son souffle face à la profanité de retord communiste prononcée à portée d’oreille. Le professeur, qui avait levé les bras avec colère, mais pas contre sa consœur, après le monde et ses dominateurs, avait aussi exsudé une vague de puissance maléfique primaire qui alla s’étaler alentour. Ça lui fit du bien, mais certains, dans l’école, allaient commencer à se prendre le chou.

Finalement, il se détendit à nouveau et reprit sa marche avec Séliane, plus nonchalante, plus à son habitude.

« Ça fait des mois que je bute dessus, confessa-t-il alors. J’ai beau être ce que je suis, je n’ai pas toutes les réponses. Et puis, je sais que les primordiaux, ceux du plan originel, peuvent facilement aller et venir ici ou ailleurs, mais moi, je suis né sur Terre. Je suis lié à elle. Ce genre de voyage m’est… étranger. Et j’ignore même si ça pourrait m’aider. »

Instinctivement, il comprenait bien qu’elle disposait de connaissances étendues sur les mystères du monde, et qu’elle devait tant connaître les plans spirituels comme les Paradis et les Enfers que les dimensions physiques comme Terra. Franz, lui, n’en avait qu’une très vague connaissance issue de mythes et légendes de démons mineurs terrestres, mais rien de plus.

Pendant une seconde, une pensée noire traversa l’esprit du démon, le faisant pouffer d’un rire las et nerveux : J’aurais peut-être dû continuer sur ma voie, il ne resterait personne pour déranger quoi que ce soit aujourd’hui. Mais non, il n’aurait pas pu. Il en serait mort. C’était ainsi. Il avait fait du mal, et il s’était engagé à faire le Bien. Aujourd’hui, il devait trouver un moyen de protéger les Terriens d’eux-mêmes. Après, rangerait-il sa blouse pour vivre en paix, sa conscience lavée ?

« Par où commencer si je veux atteindre la bonne conclusion ? »

10
Après l’avoir invité à lui trouver une nomination lui convenant, Séliane avait objecté, revenant à un très formel Madame ou, pire, à professeure. C’était très distant, mais peut-être ne saisissait-elle pas les usages sociaux ? Oh ! Franz avait du mal, lui aussi, et pas juste avec les Japonais, qu’il apprenait encore. Peut-être était-ce elle qui avait raison, en l’occurrence… Mais elle n’avait pas saisi le sens de ses propos lorsqu’il avait dit qu’il marchait dans son jeu, et ses suppositions se portaient désormais moins sur une créature du passé revenue pour quelque obscure raison pour se porter sur une première incarnation. Pourquoi maintenant ? Tel était le mystère à lever le jour venu.

« Très bien, professeure. »

Un sourire malicieux se glissa, facétieux, sur son visage sans âge, tandis qu’il marquait le pas avec elle, approchant de l’entrée de l’austère bâtiment académique dans les couloirs duquel leurs voix résonnaient. Enfin, elle sembla comprendre la teneur de ses propos précédents, et le démon esquissa une moue amusée, sans pour autant se moquer.

Il allait confirmer lorsqu’elle s’étendit encore, de cette manière si curieuse, presque hachurée dans sa réflexion, pesée à chaque étape. Elle s’arrêta juste avant d’entrer, semblant prête à lui dévoiler ses motivations.

Mais ses propos portèrent une autre question. Cherchait-il de l’aide ? Peut-être. Mais il avait l’habitude de travailler seul. Les collaborateurs se laissaient souvent aveugler par leurs valeurs nationales ou par l’intérêt pécuniaire. Fut un temps où sa contribution aux œuvres humaines avaient culminé vers la pire inhumanité qui soit. Il avait alors renoncé à sa démonité, et renoncé au monde pour se poser au-delà des intérêts partisans, au-delà des préoccupations humaines. Mais Noctelume, elle, n’était pas humaine, n’est-ce pas ?

Lorsqu’elle lui demanda son nom, elle insinuait bien savoir, elle aussi, qu’il n’était pas ce qu’il semblait et, après un mouvement initial laissant soupçonner un réflexe de fuite instinctif, le professeur soupira, se retourna pleinement vers elle et répondit :

« Franz Bauer. Scientifique, répondit-il laconiquement avant d’ajouter avec facétie : « Mais vous pouvez m’appeler Monsieur, ou professeur. »

Il s’arrêta là d’abord, mais il se pencha finalement sur elle, s’arrêtant tout près de son visage pour chuchoter :

« Nous ne nous connaissons pas, non. Mais non, nous ne sommes pas des inconnus. »

Avec un sourire énigmatique, il se redressa, soutenant le regard de la fée sans un geste avant de s’ébranler légèrement, observant la cour comme s’il y avait entendu quelque chose.

« Je ne travaille pas avec les Humains. »

Et, en disant cela, il confirmait qu’ils s’étaient bien compris et que, oui, il savait. Sinon, il ne serait pas descendu après elle. Il aurait laissé couler et laissé la paresse humaine faire son œuvre pour enterrer ses notes dans l’oubli.

« Vous disiez qu’il s’agissait de symptômes, aborda-t-il finalement avant de recroiser son regard avec une avidité soudaine. Des symptômes de quoi ? »

Ne pas savoir était une des pires choses pour un enfant de Belphégor. Franz avait été damné d’un savoir encyclopédique et vivace, le servant autant qu’il le desservait. Il était rare qu’il fasse face à un mur ; surtout un mur aussi dangereux, tant par sa proximité que par les dégâts qu’il menaçait d’occurrer. Il était frustré, un peu en colère, mais surtout inquiet dans sa contrariété.

« Je dois absolument savoir, insista-t-il. »

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Cette créature, quelle qu’elle soit, était assez curieuse. Elle était un peu lente, sans penser à mal. Disons qu’elle prenait son temps à une époque où plus personne ne se souciait de profiter de la vie ; pas vraiment. C’était bizarre. Comme si elle venait d’un autre temps. Franz se demanda si elle avait déjà visité la Terre, autrefois, avant de s’absenter un temps pour réapparaître maintenant. Ou bien, elle était allée ailleurs, ou venait d’ailleurs, un ailleurs où l’on prenait encore le temps.

Comme il avait pris l’habitude et le pli de l’empressement, de l’urgence, du besoin de faire, le démon l’observa avec un détachement relatif, laissant ses pensées s’immiscer entre ses souffles. Cependant, les paroles de l’inconnue eurent assez vite fait de le retenir de plus en plus, ce qu’elle put voir chaque fois qu’elle posait son regard sur lui. Il y avait une lueur d’intérêt qui grandissait malgré son silence.

Comment comprenait-elle ce qu’il avait écrit et comment pouvait-elle émettre un avis sur le sujet ? Si ses notes avaient été évidentes, il aurait jeté la remarque sur une croyance New Age à la con, mais non, ses notes n’avaient aucun sens pour un profane. Et si cette Noctelume Séliane était bien professeur d’Histoire et de Magie…

Noctelume... réfléchissait le démon, Histoire et magie… Serais-je face à une représentante du peuple Fey ?

Il y a longtemps qu’il n’avait pas croisé de fey. Quand il était né, leurs peuples étaient déjà sérieusement sur le déclin sur Terre. Ils avaient quasiment disparu, partis ailleurs, ne se mêlant plus trop des affaires humaines et restant concentrés très discrètement en des lieux rares et puissants. Ce que celle-là pouvait bien faire à Seikusu sous des traits humains, il l’ignorait. Mais si elle avait un conseil à lui donner…

« Quelle question ? »

Merde ! Allez ! Il mordait à l’hameçon ! Éteignant sa cigarette et la glissant dans la boîte à mégots, il hésita à juste se jeter au sol. Si elle était ce qu’il croyait, elle savait aussi qu’il n’était pas humain. Mais il eut une hésitation, regarda à droite et à gauche et, soupirant, luttant contre l’empressement, il se résolut à descendre les escaliers. Très vite. Trop vite.

« D’accord, Noctelume, lança-t-il arrivé au pied de la cage d’escaliers, je marche. Je vais vous suivre. Mais quelle est la question ? »

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Merci Anéa ! :*

Lynn il attend qu'elle débarque à Seikusu peut-être ! ;D

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Prélude / Re : Nouvelle étudiante [Vanéalidée !]
« le: samedi 28 février 2026, 07:33:49 »
Bienvenue à toi belle étudiante ! Ne va pas trop te perdre en salle des professeurs...  ::)

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Alors qu’il s’apprêtait à filer, tirant déjà la porte pour en dégager le bout de parpaing la retenant et la reclaquer derrière lui, Franz fut soudainement interrompu par un mot, simple, une voix légère portée jusqu’à lui par la force des lois de la physique et… d’autre chose. Il marqua une pause, remit le parpaing en place et se dirigea à nouveau jusqu’à la balustrade, s’y accoudant mollement pour découvrir la jeune femme se tenant là.

En tout cas, cette chose avait l’air d’une jeune femme, mais elle était autre. Franz ne le remarqua pas immédiatement, préoccupé par son mauvais sang et par son empressement, mais, lorsqu’elle leva la main avec son papier, les choses commencèrent à s’additionner dans un coin de sa tête et il tiqua enfin, s’interrompant pour l’examiner plus attentivement. Un truc n’allait pas avec elle. Elle n’avait pas l’air d’appartenir à cette scène, mais d’être plongée dans un crépuscule sylvain éternel. L’environnement dans ses alentours immédiats était altéré, et un papillon voletait à ses côtés comme un animal de compagnie, imprimant dans l’air une marque elle aussi surnaturelle.

Franz ignorait ce que pouvait être cette femme, mais elle n’était pas humaine, ça non. Il fronça les sourcils et choisit de n’en rien dire pour le moment, levant une main pour poser son menton dans son creux en la toisant de son perchoir d’un air détaché.

« Oui, j’aurais dû le mettre à la corbeille. Désolé, s’excusa-t-il avec détachement. »

Sentant que la discussion risquait de durer plus de cinq minutes, il sortit une autre cigarette et prit le temps de se l’allumer. Ses gestes, fluides, rapides, sophistiqués, trahissaient eux aussi sa nature non humaine, sans être aussi évidents que la trace de Séliane aux yeux de qui pouvait la voir. Ils faisaient partie de sa nature, et de sa malédiction. Autant de traits et manières qui lui venaient naturellement, lui donnant un air de maîtrise sensuelle quand il aurait aimé être gauche et lent comme Monsieur Tout-le-monde, pour que personne ne le remarque.

« Vous savez quoi, fit-il finalement en revenant à elle ? Vous seriez un amour de vous en débarrasser en passant, pour moi. Merci beaucoup, Madame… ? »

Il la provoquait un peu en la flattant, pêchait un nom. Il cherchait à s’informer, à comprendre à qui il avait affaire. Depuis le temps qu’il se baladait sur Terre, il avait vu son lot de créatures. Les guerres, d’ailleurs, avaient le don de les révéler dans leurs natures tantôt terribles, tantôt majestueuses, et il s’interrogeait quant à ce qu’il avait face à lui. Majesté, ou Terreur ?

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« Grmblmblmbmlmgrm… C’est pas vrai… ! »

Franz était d’un naturel calme. Quand on avait l’éternité devant soi, on avait tendance à prendre les choses avec légèreté et recul. Ses projets étaient, pour la plupart, le genre de grands programmes au long cours qui ne serait de toute manière jamais appliqué aujourd’hui ; du moins, pas sur Terre ! Le capitalisme, c’était quand même un sacré truc…

Mais, des fois, ses projets étaient un peu plus sensibles, temporellement parlant. C’était le cas de celui-là, censé lutter contre une nouvelle maladie juste découverte, mais qui risquait de tuer toute une variété de plantes dans les prochaines décennies si quelque chose n’était pas fait rapidement. Les mortels voyaient ça avec intérêt, mais sans réaliser forcément la gravité de la situation. Franz, lui, comprenait bien que la situation était critique, et il n’avait pas perdu de temps pour chercher toutes les données sur ce parasite invasif et agressif. Si ces pantes mouraient, on pourrait aussi bien commencer à creuser des fosses, parce qu’entre elles et les abeilles, et le reste…

Bref, il était en pétard, il était stressé, et il n’aimait pas ça. Ah ! Il regrettait parfois l’époque où tout le monde fumait partout ! Maintenant, il lui fallait sortir, et il s’exécuta en jetant rageusement sa sucette, victime collatérale de son anxiété, pour filer dans les couloirs de l’aile des professeurs et pousser une issue de secours vigoureusement. Il la cala avec un bout de parpaing, comme d’accoutumée, et alluma la clope qu’il avait déjà au bec dans un soupir consterné.

Il fit les cent pas quelques minutes avant de se détendre enfin, et de ressortir ses notes, s’asseyant par terre, dos contre la paroi de l’escalier de secours en béton, une main dans ses cheveux blancs en pétard tandis qu’il examinait ses écrits de l’autre, tirant sur la cigarette à ses lèvres sur un rythme machinal et tranquille. Il ne trouvait pas le problème. Il n’arrivait pas à comprendre quelque chose. Ou bien, il prenait le problème à l’envers. Est-ce qu’il devait tout recommencer ?

« Évidemment qu’il faut tout recommencer ! Je fais de la merde ! Putain ! C’est pas vrai ! Espèce de… papier de… de merde ! »

Il le jeta rageusement par-dessus la balustrade, soupirant, se grattant la tête nerveusement, et réalisa que sa cigarette était finie. Il souffla, se releva et alla jeter un œil par-dessus la balustrade, avisant le tas de papier froissé en boule avec dégoût avant d’aller écraser son mégot dans la boîte qu’il avait posé là à cette fin, et de s’en retourner à ses travaux. Il avait vingt minutes avant son prochain cours. Il devait revoir ces données. Il ratait quelque chose…

En même temps , il avait raté la présence de la nouvelle professeure, Séliane Noctelume, qui, elle, n’avait rien manqué de son esclandre, de ses étalages publics et de son air renfrogné. Et il était loin de se douter que sa perspective pourrait bien le débloquer.

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