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Prélude / Lilth vespera [ Vanéalidée ! ]
« le: mercredi 04 novembre 2026, 12:56:13 »Ma partie démoniaque serait fière d'avoir un lien amical avec toi.

Eh Jack ! Dis à ton copain de ne pas faire le timide, je ne crois pas que nous le mangerons
quoique... ça dépend comment !
Prélude / Jenny Planteresse
« le: lundi 26 octobre 2026, 13:57:40 »J'espère que tu t'amuseras bien parmi nous.
Le quartier de la Toussaint / I run to you...
« le: dimanche 25 octobre 2026, 22:35:35 »Un sourire carnassier étire ses lèvres. Sans lui laisser le loisir de savourer trop longtemps son initiative, la démone incline légèrement la tête et vient mordiller le bord de son oreille. Ses doigts se referment à leur tour sur la base de la queue dorsale de Réo, avec une précision délibérée. Elle ne cherche pas à lui faire mal. Seulement à lui rappeler qu'elle sait parfaitement où poser ses mains pour attirer son attention. Bien qu'elle entame une douce caresse en ce lieu.
Ses ailes violettes et argentées frémissent dans son dos, projetant des ombres mouvantes sur les murs éventrés de l'Eden. Sous sa peau, les veines incandescentes pulsent au rythme de cette effervescence nouvelle. Leurs effluves se mêlent, s'entrelacent toujours plus et semblent se nourrir de chaque geste, de chaque souffle, de chaque défi silencieux.
La fille d'Az'Kharel ne se détourne pas de ce qu'elle ressent. Elle n'a jamais eu pour habitude de nier une vérité simplement parce qu'elle la dérange. En revanche, elle n'a aucune intention de laisser l'ex-commandant croire qu'il détient toutes les cartes.
Lorsqu'il lui souffle qu'il est temps de faire les présentations, son regard incandescent accroche le sien. La proximité qui suit ne lui laisse guère le temps de formuler une réplique à la hauteur de son insolence. Son expression change à peine, mais une succession de pensées traverse son esprit. Quel incube prétentieux…
Sa nature démoniaque accueille cette assurance avec une curiosité presque amusée. Elle en aurait probablement torturé certains pour moins que cela. Quant à sa part elfique, elle trouve une objection autrement plus sérieuse à opposer à cet étalage de confiance. Et dire que mes leçons sur les Arts Arcaniques ne sont pas terminées.
La pensée est si incongrue dans l'instant qu'elle manque de lui arracher un rire. Voilà qu'elle se surprend encore à considérer les progrès de son élève au beau milieu d'une situation qui n'a plus grand-chose d'académique.
Décidément, il possède un talent certain pour brouiller les limites entre ses différentes fonctions.
La queue dorsale de l'incube vient se refermer autour de son cou et l'entraîne vers le bas. La succube se laisse guider, ses ailes se repliant partiellement derrière elle. Elle ne confond toutefois pas cette concession momentanée avec une reddition. Ses griffes s'appuient contre le sol, et son regard ne quitte pas celui de Réo.
La nudité d'un démon n'avait jamais eu le don de la troubler. Durant son éducation auprès d'Az'Kharel, Lyadril s'était habituée à s'entraîner et à combattre face à des démons qui ne s'embarrassaient guère de leurs apparats. À cette époque, elle n'avait qu'une obsession : faire ses preuves, encore et encore, jusqu'à démontrer qu'elle était digne de porter un jour l'héritage du Général des Légions Infernales. Les corps, les crocs et les attributs démoniaques n'étaient alors que des réalités familières du champ de bataille, bien loin de constituer une source de trouble. Et si certaines choses avaient changé depuis, sa détermination, elle, n'avait jamais faibli.
Néanmoins, à l'instant présent, dans cette position, devant l'élu de son cœur, son coeur rate un battement diffus. Son corps exprime un tremblement d'hésitation discret au vu de sa première expérience.
Réo n'a absolument rien à envier à ses anciens camarades de bataille. Bien au contraire. A vue d'oeil, il surpasse de loin les anciens adversaires de la démone. Sa hampe nervurée, pulsant d'excitation... L'espace d'un instant, elle se surprend à se demander si cela est doux et le goût qu'elle peut avoir malgré tout. Si sa propre bouche parviendra à accueillir cette virilité. Ce qu'il adviendra d'elle après tout cela. Ce dernier questionnement vite balayé par les effluves inspirées naturellement.
Elle perçoit l'évolution de son aura, la chaleur qui monte en lui à mesure que leurs essences se répondent. Cette intensité n'a rien d'unilatéral. Elle le sent jusque dans les flux magiques qui circulent entre eux, jusque dans les pulsations de son propre corps.
Alors, lentement, le coin de sa bouche se relève. Profite donc de ton assurance, mon cher. Nous verrons combien de temps elle te reste.
Lorsqu'il lui intime d'utiliser sa langue et de creuser les joues, la démone ne lui oppose pas immédiatement la répartie qu'il mérite. Elle garde le silence, attentive à ce qu'elle découvre, à ces sensations inédites qui s'entremêlent à ses instincts et lui donnent l'impression troublante d'apprendre une langue dont elle aurait pourtant toujours possédé les premiers rudiments.
Sa nature de succube semble s'adapter avec une facilité déconcertante. Les gestes qui lui étaient étrangers quelques instants plus tôt trouvent progressivement leur place, tandis que ses sens s'affinent au contact de cette intimité nouvelle.
Par les flammes ! Elle n'avait pas imaginé que ses instincts puissent se manifester avec une telle vivacité. Et, plus contrariant encore, elle ne peut pas prétendre que cette découverte lui déplaît.
La part elfique de son être, cependant, conserve une réserve silencieuse. Elle aurait peut-être imaginé leur première rencontre autrement : moins de poussière, moins de débris, un peu plus de douceur, et certainement moins de directives lancées comme des ordres sur un champ de bataille.
Un souffle amusé traverse son esprit. Il faudra peut-être que je lui apprenne la différence entre une leçon et un commandement. La pensée reste sienne… Pour l'instant.
Lorsque Réo lui laisse enfin reprendre son souffle, Lyadril relève lentement le visage. Ses cheveux argentés retombent en mèches désordonnées autour de ses traits, et ses ailes se déploient légèrement pour retrouver leur équilibre. Elle inspire, le temps de retrouver une respiration plus régulière, puis plante ses yeux rouges dans ceux de son compagnon.
Sa queue dorsale se détend derrière elle. Un instant plus tard, elle fouette brièvement l'air dans sa direction, lui adressant un coup de queue au dos qui tient davantage de la représaille espiègle que de l'attaque véritable.
Son sourire s'élargit. Voilà qui devrait lui rappeler que les leçons peuvent aussi se révéler réciproques.
Elle accueille le baiser qu'il lui vole sans chercher à le fuir. La douceur qui suit la surprend davantage que les gestes précédents. Les doigts de Réo glissent contre sa joue, et son expression se fait momentanément plus attentive. Elle observe ce changement de rythme, cette manière qu'il a soudain de ralentir, comme si une autre part de lui venait de reprendre le dessus.
La démone ne se dérobe pas à cette tendresse. Elle ne la repousse pas davantage. Elle cherche simplement à en comprendre l'origine. Qu'est-ce que tu fabriques, Réo ?
La question n'a rien d'un reproche. Elle s'interroge sincèrement sur cette alternance entre l'assurance provocatrice de l'incube et la douceur de l'homme qu'elle connaît, celui dont les gestes peuvent trahir des sentiments qu'il ne formule pas toujours.
Elle le laisse approcher son cou. Ses paupières s'abaissent un bref instant, tandis que les effluves mêlés continuent de vibrer autour d'eux. La sensation la trouble, et elle ne cherche pas à le cacher. Sa main vient se poser contre l'épaule de Réo, ses griffes effleurant le tissu et la peau sans s'y enfoncer.
Puis vient le geste de trop. Cette main d’incube sur son intimité qu’elle soit démone ou elfique. Ou plutôt, celui qui lui fournit l'occasion idéale de lui rappeler une chose essentielle.
Le mouvement de Lyadril est presque imperceptible. Elle ne prononce aucune incantation, ne dessine aucun signe dans l'air et ne fait pas appel à sa hallebarde. Son regard demeure posé sur Réo tandis qu'un courant arcanique, discret et parfaitement maîtrisé, se glisse dans l'espace qui les sépare.
L'air change de densité mais les effluves sont constantes.
Une pression invisible interrompt le mouvement de son compagnon avant qu'il ne puisse poursuivre son geste. Rien de violent, rien qui puisse le blesser : simplement une contrainte assez précise pour lui signifier que la proximité ne lui donne pas tous les droits.
Lyadril se redresse lentement.
Ses ailes s'ouvrent derrière elle, et les reflets argentés de ses veines accrochent la lumière lunaire. Son expression demeure étonnamment calme, mais le sourire qui revient sur ses lèvres possède quelque chose de dangereusement satisfait.
- Tu sais, Réo…
Sa voix est basse, presque douce.
- Tu devrais te méfier lorsque tu crois avoir affaire à une élève attentive.
Elle laisse quelques secondes s'écouler, juste assez pour que le silence souligne ses paroles.
- Les leçons ne sont pas terminées. Et tu sembles oublier que je n'ai pas encore eu l'occasion de te présenter toutes les branches de mes connaissances.
Elle ne cherche ni à le dominer ni à le punir. Elle lui rappelle seulement qu'il n'est pas le seul à pouvoir surprendre l'autre, et que la maîtrise des Arts Arcaniques ne se mesure pas au nombre de gestes spectaculaires qu'un mage peut accomplir.
La pression invisible se dissipe aussi discrètement qu'elle est apparue.
Lyadril se rapproche alors de lui, retrouvant cette lenteur calculée qui contraste si délicieusement avec la vivacité de ses ripostes. Son regard remonte vers le sien, puis glisse brièvement sur les traits démoniaques de son visage. Elle semble étudier son expression avec la même attention qu'elle accorderait à une énigme particulièrement intéressante.
- Ne prends pas cet air, chéri. Je ne t'ai pas dit que je n'appréciais pas les surprises.
Une lueur malicieuse traverse ses yeux incandescents.
- Seulement que je préfère choisir les miennes.
Elle réduit encore la distance entre eux, puis incline la tête. Le bout de sa langue vient effleurer lentement son cou, remontant jusqu'à son oreille. Là, elle s'attarde un instant avant de mordiller doucement son lobe.
Ses doigts glissent contre sa nuque, et son sourire s'accentue lorsqu'elle se rapproche de son oreille pour y murmurer quelques mots.
- Alors, dis-moi… est-ce que tu comptes encore m'enseigner quelque chose, ou serais-tu enfin disposé à découvrir ce que ton élève peut t'apprendre ?
La provocation flotte entre eux, délicieusement ambiguë.
La maîtresse arcanique recule juste assez pour retrouver son regard. Ses ailes violettes et argentées battent lentement derrière elle, tandis que les effluves continuent de danser autour de leurs deux silhouettes.
Elle ne cherche pas à effacer la tendresse qu'elle vient de découvrir chez lui. Elle ne cherche pas non plus à lui imposer la sienne. Elle veut simplement qu'il comprenne qu'elle peut accueillir la douceur sans renoncer à sa férocité, se laisser surprendre sans perdre son discernement et aimer un démon sans jamais devenir son ombre.
Car si Réo a passé tant de temps à croire qu'il lui fallait lui apprendre à embrasser sa nature démoniaque, il vient peut-être de découvrir qu'elle n'a jamais cessé de la maîtriser.
La fille de l'Enfer attend désormais sa réaction, un sourire provocateur aux lèvres, parfaitement consciente que la soirée est loin d'avoir livré toutes ses surprises.
Blabla / Mon voisin du dessus
« le: lundi 19 octobre 2026, 21:01:50 »
Le quartier de la Toussaint / I run to you...
« le: mardi 13 octobre 2026, 23:51:18 »Et pourtant…
Pourtant, lorsque ses doigts s'attardent sur sa main blessée, c'est une tout autre sensation qui vient troubler sa concentration.
Le baiser qu'il dépose sur sa peau la surprend davantage qu'elle ne voudrait l'admettre. Elle demeure immobile un bref instant, ses yeux rougeoyants fixés sur lui, tandis qu'une chaleur singulière remonte le long de son bras. Ce n'est pas la brûlure familière de sa magie. Ni celle, plus violente, qui accompagne sa colère. C'est quelque chose de plus insidieux, de plus troublant, qui se glisse sous ses défenses avec une facilité presque insultante.
Oh, vraiment…
Ses lèvres s'entrouvrent, mais aucune réplique ne vient immédiatement. Une première. Et probablement pas la dernière de cette soirée.
Les paroles de Réo résonnent encore dans son esprit. Son instinct l'a poussé à s'interposer. Il recommencera, affirme-t-il, comme s'il s'agissait d'une évidence qui ne souffre aucune contestation.
Une partie de Lyadril voudrait lui rappeler qu'elle n'a pas besoin d'un bouclier vivant. Une autre, bien plus silencieuse, conserve précieusement la sensation de ses doigts contre les siens et la douceur inattendue de ce baiser.
Quant à cette main fraîchement pansée se glissant dans son décolleté afin d'en saisir un sein sans demander l'accord au préalable vient la perturber dans ses rapides réflexions. La fille de l'Enfer ne ressent pas la chaleur du contact peau-à-peau vu leur nature, mais bien la douceur et la fermeté de cette dextre. Même le sang qui n'est pas encore tout à fait résorbé ne la dérange pas.
C'est précisément cette contradiction qui l'agace, toutefois, elle n’a pas le temps de s’attarder dessus.
Elle voudrait aussi lui répliquer qu’il souhaite la défendre uniquement à cause du pacte, mais elle sait que c’est faux. Après tout, leur amie Diamant l’avait confirmé.
Le voilà qui arrache sa robe. Elle n’en a cure car elle a été prévoyante avant de partir. Et puis… ce n’est qu’un vêtement.
Nue. D’un coup. Contre ce torse démoniaque qui n’a rien à envier à la forme humaine. Ce corps qu’elle n’avait fait que frôler lors de la leçon sur l’Art des Arcanes chez elle, dans son bassin. Cette peau qu’elle s’interdisait de rêver au plus possible.
Ce baiser qu’il lui donne, baisse un peu plus ses défenses. La combattante répond à ce ballet lingual sans détour ni hésitation. Un hoquet de surprise s’échappe entre leurs lèvres lorsque Réo entreprend de serrer son fessier.
Son sourire s'accentue.
Si Réo espère trouver en elle une créature docile, prête à se laisser emporter sans opposer la moindre résistance, il risque fort de découvrir qu'il s'est trompé d'adversaire.
- Briser mes chaînes, répète-t-elle doucement.
Les mots roulent sur sa langue avec une lenteur calculée. Son regard monte brièvement vers la queue dorsale qui maintient encore ses poignets au-dessus de sa tête, puis descend jusqu'au visage de son compagnon.
Elle ne cherche pas à nier l'effet que sa voix produit sur elle. Ce serait inutile : son propre corps semble décidé à la trahir, et les pulsations qui courent sous sa peau ne lui laissent guère de place pour feindre l'indifférence. Mais être troublée ne signifie pas être vaincue.
La démone éprouve pleinement la contrainte. L'impossibilité de retrouver librement l'usage de ses mains, cette vulnérabilité inhabituelle qui contraste avec la puissance encore vivante dans ses ailes et ses veines. Et, à sa propre surprise, cette situation ne suffit pas à éteindre le trouble qui l'habite.
Bien au contraire.
La voix changeante de Réo continue de vibrer quelque part dans son esprit, grave, autoritaire, chargée d'une promesse qui réveille ses instincts autant qu'elle aiguise son envie de le défier. Leurs effluves s'entrelacent toujours, nourrissant cette chaleur qui s'étend sous sa peau et fait pulser ses veines violettes et argentées avec une intensité nouvelle.
Elle pourrait s'en offusquer. Lui rappeler qu'elle n'est pas une créature que l'on soumet d'un simple ordre. Mais ce serait lui offrir une réponse trop facile.
- Tu as beaucoup d'ambition pour quelqu'un qui vient de se faire transpercer la main par un cafard.
Une lueur malicieuse traverse ses yeux incandescents.
Elle laisse le silence s'installer quelques instants, son regard glissant sur les traits de Réo avec une attention qui n'a plus grand-chose à voir avec celle d'une herboriste examinant son patient. La colère qui l'animait pendant le combat s'est peu à peu consumée, sans que sa métamorphose ne s'efface. Il reste en elle une férocité intacte, mais elle a changé de cible. Ou peut-être de nature.
Car il n'est pas simplement un incube dont la présence réveille ses instincts. Il est cet être auprès duquel elle a commencé à baisser la garde, celui avec qui elle a partagé un rituel, un verre, des baisers dont elle se surprend encore à se souvenir. Celui dont la proximité lui paraît désormais aussi naturelle qu'inquiétante.
Sans avoir vu le coup venir, l’invitée se retrouve le buste plaqué contre le bar froid. Cela devrait pourtant calmer un peu ses ardeurs, apaiser sa colère. Il n’en est rien. Sa peau colorée se pare de frémissements qu’elle refuse de reconnaître comme… agréables.
La démone laisse échapper un OUMPF sous le coup de la surprise lorsque le propriétaire des lieux plante légèrement une griffe puis la laisse courir le long de la colonne vertébrale. Sa queue située à la naissance du sillon interfessier lui donne un coup de fouet incontrôlé, néanmoins elle ne peut s’empêcher de sourire au moment de l’impact. Ses mains se serrent en poings pour réprimer la myriade de frémissements s’écoulant telle une cascade paresseuse en plein soleil. Les effluences combinées profitent de cette nouvelle possibilité afin de se glisser directement sous la peau de la guerrière. Ce qui lui fait fermer les yeux l’espace d’un instant. Elle se sent légèrement partir vers les limbes de quelque chose qu’elle n’ose pas nommer, n’ayant jamais ressenti cela.
Cette dernière sait seulement que cela ne lui déplaît pas mais son compagnon n’a pas intérêt à renouveler cela trop régulièrement car elle ne sait pas le temps qu’elle mettra à cicatriser.
Rêve-t-elle en ressentant la hampe vigoureuse de son amant ? Non. Leur capacité d’incube et de succube se mélangeant en elle, la laisse consciente des actes, laisse un minimum de colère mais empêchent que leur sujet reprenne son apparence elfique. Un sourire plus carnassier encore étire ses lèvres.
Seulement, l’unique fille du prince général des Légions Infernales se voit gratifiée d’une caresse à un endroits des plus sensibles touchant les trois quart des elfes, et ce, même sous sa forme tenant du paternel. Ses frémissements se font plus intenses et deux mots se forment dans sa tête. Zhak’Ver et Kraz’Veth. Soit, dans la langue commune : désir et plaisir.
Elle attend qu'il lui rende enfin sa liberté de mouvement, attentive au moindre changement dans leur proximité. Ressentant la queue dorsale de Réo se desserrer légèrement, la succube profite pour lui donner un coup d'ailles, par jeu. Cela suffit largement pour se libérer ses poignets grâce au mouvement.
Et… elle ne se précipite pas sur lui.
Non.
Lyadril prend tout son temps afin de se redresser.
Elle abaisse lentement les bras, étire légèrement ses doigts griffus, puis laisse son regard remonter vers celui de Réo. Ses ailes frémissent derrière elle, projetant sur les murs des ombres mouvantes, tandis que ses lèvres s'incurvent avec une malice qu'elle ne cherche plus à dissimuler.
- Je ne suis pas une de ces petites créatures que tu peux intimider en haussant la voix, murmure-t-elle. Et je ne suis certainement pas une âme égarée que tu pourrais entraîner dans tes travers simplement parce que tu l'as décidé.
Elle marque une pause, puis incline légèrement la tête.
- Si je dois perdre la tête ce soir, ce sera parce que j'en aurai envie.
Son regard s'attarde sur lui, brillant d'une lueur qui n'a plus rien de la douceur elfique. La colère qui lui brûlait les veines quelques instants plus tôt n'a pas totalement disparu ; elle s'est transformée en quelque chose de plus incandescent, une énergie qui réclame désormais une autre forme d'expression.
Lyadril fait alors un pas vers lui. Puis un autre.
Sa démarche est lente, presque nonchalante, comme si elle avait tout le temps du monde devant elle.
Elle sait pourtant parfaitement ce qu'elle fait. Elle perçoit la chaleur de leurs effluves mêlés, cette tension qui semble s'épaissir entre eux, et le trouble que la voix de Réo a fait naître en elle n'a rien perdu de sa vigueur.
Elle choisit simplement de ne pas lui en laisser le monopole.
Lorsqu'elle s'arrête devant lui, son visage n'est plus qu'à quelques centimètres du sien. Son regard incandescent descend brièvement vers ses lèvres avant de retrouver ses yeux.
- Et si tu comptes vraiment me faire oublier mes responsabilités…
Elle se rapproche encore, juste assez pour que ses dernières paroles ne soient plus qu'un murmure entre eux.
- …tu vas devoir te montrer beaucoup plus convaincant que cela.
La provocation à peine lancée, Lyadril lui laisse tout juste le temps d'en saisir la portée.
Puis elle passe à l'action.
Le mouvement est si rapide qu'il contraste presque comiquement avec la lenteur calculée de son approche. Ses mains se referment sur Réo et, profitant de l'élan de son propre pas, elle renverse leur position avec une brusquerie parfaitement assumée. En quelques secondes, elle le pousse contre un autre pilier de l'Eden, dont la pierre résonne sourdement sous l'impact.
Ses ailes s'ouvrent derrière elle, tandis que ses cheveux argentés flottent autour de son visage comme soulevés par une tempête invisible.
Elle ne lui laisse guère le temps de s'attarder sur cette inversion des rôles.
La démone s'empare de ses lèvres.
Ce deuxième baiser n'a pas la même saveur que le premier. Elle ne cherche plus seulement à lui répondre, ni à lui prouver qu'elle éprouve le même désir. Elle y met toute cette impatience qu'elle a trop longtemps contenue, cette férocité qui fait partie d'elle et qu'elle n'a plus aucune envie de dissimuler.
Ses doigts s'accrochent à lui avec assurance. La chaleur de leurs deux natures se mêle à nouveau, et leurs effluves semblent s'exalter au contact de cette proximité qu'ils n'ont encore jamais osé pleinement explorer.
Pourtant, Lyadril demeure consciente de ce qu'elle fait.
Elle sait qu'elle pourrait reculer. Elle sait qu'elle pourrait reprendre ses distances, retrouver sa forme elfique et remettre de l'ordre dans ses pensées.
Elle n'en fait rien.
Parce qu'elle le veut.
Parce que, sous la colère, sous les responsabilités et sous cette discipline qui l'a si souvent retenue, le désir de Réo a trouvé une réponse qu'elle ne souhaite plus étouffer.
Lorsqu'elle rompt enfin le baiser, son visage reste proche du sien. Ses yeux rougeoyants accrochent son regard, et un sourire provocateur vient jouer sur ses lèvres.
- Quant à mes chaînes, mon cher… prends garde à ne pas découvrir que tu es celui qui risque de se retrouver entravé.
La menace ressemble dangereusement à une invitation.
Et Lyadril, dont les ailes violettes et argentées continuent de battre lentement dans son dos, semble parfaitement disposée à lui en faire découvrir le sens.
Le quartier de la Toussaint / I run to you...
« le: lundi 12 octobre 2026, 20:46:47 »Elle relève brusquement la tête. Les bougies vacillent. Les herbes suspendues frémissent sans qu’aucun courant d’air ne traverse la pièce. Puis le sol tremble sous ses pieds, faisant tinter le verre qu’elle tient encore entre ses doigts.
Son regard remonte vers le plafond.
- Par les Anciens…
L’elfe abandonne son verre sur la première surface accessible au moment où une lueur cramoisie déchire soudainement l’obscurité.
Tout arrive trop vite.
Les meubles s’élèvent. Les ombres se tordent. Une déflagration lumineuse lui arrache un mouvement de recul, mais elle n’a pas le temps de se soustraire à la secousse que Réo l’attire déjà contre lui.
Son premier réflexe est de s’agripper à lui.
Le second, lorsqu’elle comprend qu’il se penche au-dessus d’elle pour la protéger, est une protestation qui meurt avant même d’avoir franchi ses lèvres. Car quelque chose vient de frapper son compagnon.
Elle le sent plus qu’elle ne le voit. Et cette perception suffit à faire naître une colère glaciale au fond de son ventre.
Lorsque sa vision revient enfin, Lyadril distingue la déchirure béante au plafond. Une faille. Modeste, certes, mais dont les bords vibrent d’une énergie étrangère. Les protections qu’ils viennent d’achever ont manifestement contenu une partie du phénomène, sans parvenir à empêcher l’intrusion.
Et ce qui s’en échappe…
Ses yeux s’écarquillent.
Des diablotins. Un… Trois.
Puis une multitude de petites silhouettes hideuses qui se déversent dans la pièce, agitant leurs ailes, leurs griffes et leurs armes avec une frénésie qui n’a rien d’inoffensif lorsqu’elles sont aussi nombreuses.
La fille d’Az’Kharel reconnaît immédiatement leur nature. Dans l’Enfer, ces créatures passent pour des nuisibles, des vermines dont les habitants les plus puissants se débarrassent sans même y penser.
Une réputation qui oublie commodément qu’une vermine acculée peut mordre. Et qu’une centaine de morsures peuvent tuer.
Le grondement qui éclate à ses côtés lui fait tourner la tête. Réo se métamorphose.
Les cornes, les crocs, les ailes, les griffes… La transformation arrache à Lyadril une brève immobilité, non pas de peur, mais de cette fascination instinctive qu’elle éprouve devant une manifestation aussi entière de la nature démoniaque de sa moitié.
Une pensée fugace lui traverse l’esprit. Voilà donc ce que donnerait notre reflet, là-haut, sous cette forme…
Le moment est particulièrement mal choisi pour s’y attarder. Car la transformation de Réo ne s’accompagne pas seulement d’un changement physique. Son effluve d’incube se répand dans la pièce, signature surnaturelle de sa nature infernale, chargée de cette influence qui aurait pu, dans d’autres circonstances, éveiller chez l’héritière des Légions Infernales, une réaction bien différente.
Seulement, les circonstances ont rarement été aussi mauvaises.
Le plafond vient de s’ouvrir sur une déchirure infernale. Des diablotins grouillent autour d’eux. Leurs protections vacillent, et la magie qu’ils viennent d’achever menace déjà de céder.
Autrement dit, Lyadril est furieuse.
L’effluve de Réo ne rencontre donc ni sérénité ni disponibilité pour les instincts auxquels elle pourrait normalement faire appel. Il se heurte de plein fouet à une colère déjà prête à déborder, la stimule et l’amplifie, comme si sa propre nature démoniaque venait de lui fournir une raison supplémentaire de perdre patience.
Ses narines frémissent. Vraiment ? Maintenant ? L’indignation traverse son esprit avec une netteté presque absurde. Comme si les créatures qui déferlent du plafond ne suffisaient pas. Comme si elle avait besoin, en plus, que ses instincts s’en mêlent au pire moment possible.
Un diablotin fond sur elle.
L’invitée de l’établissement pivote, évite sa première attaque et lui assène un coup qui l’envoie s’écraser contre le mobilier. Une seconde créature tente aussitôt de profiter de son mouvement. Elle se baisse, laisse passer ses griffes au-dessus de sa tête et se redresse en frappant de nouveau.
Son visage a perdu toute douceur. Ses yeux turquoise se durcissent, tandis que l’herboriste cède la place à une combattante dont les gestes ne doivent rien à l’improvisation. Elle connaît les blessures. Elle connaît les poisons. Et… elle connaît les démons.
Ceux qui s’imaginent pouvoir l’acculer parce qu’elle paraît fragile ont généralement peu de temps pour regretter leur erreur.
Mais quelque chose lui échappe déjà.
Une chaleur profonde se répand sous sa peau, remonte le long de sa colonne vertébrale et s’accumule dans sa poitrine. Sa nature de succube répond à celle du démon sans qu’elle en ait conscience, réveillée par son effluve, sa propre colère et la violence de l’intrusion.
Son effluve se libère à son tour. Involontairement. Sans qu’elle ait choisi de l’émettre, encore moins de l’utiliser.
Une présence chaude et enivrante se répand autour d’elle, se mêlant à celle de l’incube. Les deux signatures infernales s’entrelacent et chargent l’atmosphère d’une intensité presque étouffante, tandis que les protections de l’Eden vibrent sous cette accumulation de puissance.
Lyadril n’a aucune intention de séduire qui que ce soit. Elle est furieuse. Furieuse que l’Eden soit attaqué.
Furieuse que leurs protections aient été forcées. Furieuse que ces créatures aient osé s’introduire dans un lieu où elle commençait à peine à apprivoiser cette proximité nouvelle avec Réo.
Et surtout, furieuse d’avoir senti son compagnon être frappé sans même pouvoir déterminer ce qui venait de le toucher.
Son regard revient vers lui une fraction de seconde. Il se bat. Elle aussi. Ils ne peuvent pas se permettre de se perdre de vue trop longtemps.
Un diablotin tente de la prendre à revers. Lyadril pivote, lui échappe de justesse et le repousse d’un mouvement brutal. Une autre créature s’écrase contre un meuble sous le battement puissant de ses ailes, tandis que la suivante rencontre ses griffes.
Puis un juron lui échappe. Pas dans la langue commune. Dans celle de l’Enfer.
- KRAZH’VEK ! VOR’ASH NA KHAZAR ! (Par les flammes ! Quelle merde !)
Sa voix résonne dans la pièce, plus grave, plus rauque, traversée d’une vibration surnaturelle. Et lorsqu’elle relève les yeux vers la brèche, son expression change.
- AZ’KHAREL, TU TE FOUS DE MOI ?!
Le nom de son père éclate comme une malédiction. La colère franchit un seuil.
Sa métamorphose s’accélère avec une violence presque physique, comme si son corps cessait brusquement de lutter contre la puissance qui cherche à s’exprimer. Ses yeux, si verts et lumineux quelques instants auparavant, semblent se consumer de l’intérieur. Leurs nuances disparaissent sous un éclat incandescent, jusqu’à devenir deux charbons ardents, rougeoyants de haine et de douleur.
Sur sa peau immaculée apparaissent des veines aux nuances d’alternanthera ‘Purple Knight’, d’un violet profond, parfois argenté, qui pulsent sous son derme comme si une lave brûlante y circulait.
Ses doigts graciles s’allongent, les ongles se muant en griffes acérées. Ses canines deviennent trop longues, trop visibles, et ses lèvres se retroussent sur un rictus carnassier.
Ses cheveux argentés s’animent autour de son visage, soulevés par une tempête invisible.
Puis ses ailes jaillissent de son dos.
Leur déploiement brutal fait claquer l’air et projette un diablotin contre le mur. Leurs membranes, teintées des mêmes nuances de violet profond et d’argent que ses veines, paraissent instables, presque vivantes, tandis que leurs battements soulèvent poussière et débris. L’ombre qu’elles projettent sur les murs suffit à effacer toute illusion de douceur.
Sa robe elle-même semble prise dans la métamorphose. Le vert sylvestre se mêle aux ombres d’obsidienne, comme si un voile de forêt nocturne s’embrasait autour de ses contours. Le tissu ample et vaporeux accompagne chacun de ses mouvements, scarifié de reflets qui évoquent les flammes antiques.
Sa queue fouette l’air derrière elle.
Les runes s’illuminent à son passage.
Et son effluve de succube continue de se répandre, incontrôlé, mêlé à celui de Réo et à l’aura infernale qui émane désormais de tout son être.
La colère ne lui fait pas perdre le contrôle de son esprit. Elle lui fait perdre le contrôle de ce qu’elle laisse émaner d’elle.
Lyadril demeure parfaitement consciente de la menace, capable de reconnaître ses alliés et de distinguer chaque mouvement hostile. Mais sa nature démoniaque déborde désormais de toute part. Elle n’a pas atteint sa forme ultime ; elle n’en a pas besoin. Cette manifestation suffit déjà à révéler une puissance qu’elle ne laisse que rarement s’exprimer avec une telle violence.
Un nouveau diablotin bondit vers elle.
Elle l’évite d’un mouvement sec, puis frappe le sol du pied gauche. L’impact résonne dans les dalles.
Dans l’instant, sa hallebarde apparaît à l’horizontale devant elle, comme si elle venait d’être arrachée à l’ombre même de son corps. Sombre comme la nuit, sa longue hampe est parcourue de veinules rougeoyantes qui courent jusqu’à sa lame. L’arme semble vibrer au rythme de sa colère, indissociable de la puissance qui l’anime.
Ce n’est pas une arme ordinaire qu’elle vient de matérialiser. C’est une extension de son être. Une cicatrice devenue tangible, un prolongement de sa volonté et de cette nature infernale qu’elle ne cherche plus à contenir.
Lyadril referme ses doigts griffus autour de la hampe. Son regard incandescent se fixe sur les créatures qui continuent de s’engouffrer dans la brèche.
- AZ’KHAREL ! KHAZAR VOR’THEN ! (Az’Kharel ! Enfoiré de général !)
Elle abat sa hallebarde.
La lame siffle dans l’air et fauche le premier diablotin avant de poursuivre sa course contre un second. La combattante ramène l’arme contre elle pour bloquer l’attaque d’un troisième, pivote sur ses appuis et utilise l’élan de son adversaire pour le déséquilibrer avant de le repousser violemment d’un revers.
Ses ailes battent derrière elle. Sa queue balaie les jambes d’un assaillant. Ses veines violettes et argentées pulsent sous sa peau tandis que ses yeux incandescents ne quittent plus les créatures.
- VOR’KETH AZ’KHAREL ! NAR VEKH ! (Maudit soit Az’Kharel ! Retournes dans les profondeurs !)
Elle accompagne son injure d’un nouveau coup de hallebarde, repoussant plusieurs diablotins qui tentent de la contourner.
- KHAZAR VEKH ! VOR’THEN NAR ! (Bande de vermines ! Retournez dans les profondeurs !)
Sa voix gronde jusque dans les vibrations de son arme.
Si son père est responsable de cette intrusion, il entendra parler de cette nuit. Et s’il ne l’est pas, cela ne change rien au fait que ces créatures ont osé s’en prendre à ce qu’elle protège.
La fille d’Az’Kharel se bat désormais à visage découvert. Et chacune de ses frappes porte la promesse silencieuse qu’elle fera payer à quiconque a osé s’en prendre aux siens. Pourtant, malgré la férocité de ses attaques, elle comprend rapidement ce qui rend la situation si dangereuse.
Ils peuvent massacrer ces créatures les unes après les autres, la faille continue de les alimenter. Chaque seconde passée à se défendre est une seconde pendant laquelle d’autres diablotins peuvent franchir le passage.
Il faut fermer cette brèche.
Lorsque l'incube repousse plusieurs assaillants et concentre sa puissance vers le plafond, Lyadril comprend immédiatement son intention. Un mur luminescent se forme au-dessus d’eux, mais vacille sous la pression de l'ouverture. Elle perçoit la dépense d'énergie dans chaque ondulation de cette barrière.
Puis il l'appelle.
- LYA’ !
Elle se retourne aussitôt. Le sang qu'il lui tend ne laisse aucune place au doute. La maîtresse des Arcanes Interdites rejoint sa position, sa hallebarde toujours en main. Les dernières créatures qui tentent de lui barrer la route sont repoussées par un revers de son arme et un coup d’aile qui les envoie rouler contre les débris.
Elle tend sa main libre et vient joindre sa paume à celle du démon. Le contact réveille immédiatement le sceau arcanique qui les lie. Cette fois, elle n’a pas besoin de réfléchir à ce que leur proximité signifie. Le lien est là. Leurs sangs se reconnaissent. Et les protections qu’ils ont tracées ensemble répondent à cette union comme si elles n’attendaient que cela.
- Naur aníra, menel tiruva… (Que le feu protège, que le ciel veille…)
Les paroles s’échappent de ses lèvres dans un murmure tendu, presque couvert par le vacarme. Ses yeux se ferment une fraction de seconde, le temps de concentrer son énergie sur la structure arcanique qui maintient encore la brèche ouverte.
Elle ne cherche pas à imposer sa puissance à celle de Réo. Elle la rejoint. L’épouse. La renforce.
Le mur se contracte brusquement.
La lumière cramoisie se resserre sur elle-même, les contours de la faille se rapprochent, et la démone sent une résistance brutale remonter le long de son bras. Ses dents se serrent. Ses épaules tremblent sous l’effort tandis que le sceau invisible pulse contre sa peau.
Encore. Il faut tenir encore. Une dernière poussée d’énergie traverse leurs mains jointes.
Puis la brèche se referme.
Le silence qui suit est si soudain qu’il semble irréel.
Lyadril rouvre les yeux.
Le plafond est intact.
La pression qui écrasait l’air vient de disparaître, et les derniers échos de la décharge arcanique s’éteignent progressivement dans la pièce.
Ils ont réussi. Mais le répit ne dure pas.
Une présence se précipite vers elle. Lyadril perçoit le mouvement trop tard pour esquiver complètement. Elle pivote, prête à accueillir l’assaillant, mais Réo s’interpose avant qu’elle puisse porter son propre coup.
Le trident du diablotin traverse sa main.
Tout se fige une fraction de seconde.
- Réo !
Le cri jaillit de sa gorge, chargé d’une colère qui n’a rien d’une plainte. La créature n’a guère le temps de profiter de son attaque avant que l’ex-commandant des Légions Infernales ne lui brise le cou et ne l’écrase dans une mare de sang.
Lyadril reste immobile un bref instant, les yeux fixés sur la main blessée.
La douleur lui paraît presque palpable. Puis lorsqu’elle entend Réo jurer, son expression se ferme davantage. Bien sûr.
Une pensée sèche, traversée d’une inquiétude qu’elle ne parvient plus à dissimuler. Bien sûr qu’il fallait qu’il se mette entre cette chose et moi.
La fille d’Az’Kharel voudrait presque éclater d’un rire incrédule. Pas parce que la situation est drôle. Mais parce qu’elle vient de se battre aux côtés d’un ancien commandant des Légions infernales, qu’elle a participé à la fermeture d’une brèche et qu’elle possède suffisamment de sang démoniaque dans les veines pour ne pas avoir besoin qu’on la traite comme une poupée de porcelaine.
Pourtant, lorsque ses yeux reviennent sur lui, cette irritation se heurte à quelque chose de bien plus tendre. Il l’a protégée.
Sans hésiter.
Et elle sait parfaitement ce que cela signifie.
Sa hallebarde disparaît progressivement, sa silhouette se dissolvant en particules sombres et rougeoyantes qui se dissipent avant de toucher le sol. Ses ailes restent déployées, ses cornes dressées, et les veines violettes et argentées continuent de pulser sous sa peau. Sa métamorphose ne s'efface pas d'un seul coup. La colère est encore trop vive, l'adrénaline trop présente, et son effluve demeure suspendu dans l'air, mêlé à celui de Réo.
Lorsqu'il arrache un pan de sa chemise pour entourer sa main, Lyadril le dévisage.
- Ce n’est rien, tu m’as vu en pire état. Et tu aimes jouer les médecins à domicile.
Une seconde. Deux.
Puis ses yeux descendent de nouveau vers le bandage improvisé.
- C'est précisément parce que je suis herboriste bercée dans la médecine que je sais reconnaître une blessure qui mérite davantage qu'un morceau de tissu noué à la hâte.
Sa voix conserve une résonance plus grave qu'à l'ordinaire, mais sa fermeté ne laisse guère de place à la discussion.
Elle fait un pas vers lui, ses griffes se rétractant légèrement tandis que ses doigts viennent effleurer avec précaution le poignet de sa main valide, attentive à ne pas aggraver la blessure.
- Et je te rappelle que je ne suis pas sans défense, Réo.
Une pointe d'exaspération traverse ses yeux rougeoyants.
- Je suis la fille d'Az'Kharel. J'ai grandi parmi les démons de l'Enfer et les combattants des Légions infernales. Tu n'as pas besoin de te faire transpercer la main pour me prouver que tu tiens à moi.
Les derniers mots lui échappent avant qu'elle ait pu les retenir. Ils demeurent entre eux, plus fragiles que la colère qui les a précédés.
Lyadril baisse un instant les yeux, consciente de ce qu'elle vient d'avouer, puis revient à sa blessure.
- Cela dit…
Sa voix perd un peu de sa dureté.
- Merci de ne pas m'avoir laissée seule face à cette chose.
Elle ne cherche pas à minimiser ce geste. Pas davantage à prétendre qu'il ne l'a pas touchée. Mais cela ne signifie pas qu'elle compte le laisser s'en tirer avec une plaisanterie.
Lorsqu'il la serre contre lui, la démone se raidit brièvement sous la surprise. Puis elle se laisse aller contre son torse, ses bras venant entourer sa taille avec une douceur qui contraste avec la férocité dont elle vient de faire preuve.
Son front trouve un instant refuge contre lui. Elle ferme les yeux.
Le soulagement arrive enfin, brutalement, accompagné du contrecoup de l'effort arcanique et de l'adrénaline qui retombe, en un relâchement total. Le corps tremblant.
Il est vivant. Elle est vivante. L'Eden tient toujours debout. Pour le moment, cela suffit.
Mais même dans cette étreinte, la chaleur de sa nature démoniaque persiste. Les effluves qu'ils ont libérés sans le vouloir se mêlent encore dans l'air, et Lyadril ressent confusément cette présence partagée, devenue plus intense à mesure que leurs transformations se sont déployées.
Elle n'a pas choisi de laisser son effluve s'échapper. Elle ne peut pas non plus prétendre ne pas en percevoir les conséquences.
Pourtant, ce n'est ni le moment ni l'endroit pour s'y attarder.
Lorsqu'elle relève le visage vers son compagnon, ses yeux incandescents retrouvent cette détermination tranquille qu'il commence à connaître.
- Maintenant, laisse-moi regarder cette main.
Ses doigts remontent doucement jusqu'au tissu improvisé.
- Tu pourras protester autant que tu le souhaites. Je t'écouterai avec beaucoup d'attention…
Une infime lueur malicieuse revient éclairer son regard, malgré les charbons ardents qui en ont remplacé le vert.
- …pendant que je te soignerai.
La fille d'Az'Kharel se réjouit déjà de pouvoir lui rendre la monnaie de sa pièce. Car si Réo s'imagine pouvoir la protéger en se jetant systématiquement devant chaque danger, il va rapidement découvrir qu'aimer une herboriste démoniaque implique parfois d'accepter d'être soigné de force.
Et Lyadril compte bien commencer par cette main.
Quant à son père, il pourra attendre.
Pour l'instant.
Le quartier de la Toussaint / I run to you...
« le: dimanche 30 août 2026, 19:19:47 »La caresse de ses doigts contre les siens fait courir une onde chaude jusque sous sa peau, si fine qu’elle pourrait presque la confondre avec le frisson provoqué quelques instants plus tôt par leurs effluves mêlés. Son souffle se suspend brièvement. Ses doigts demeurent docilement dans les siens, mais quelque chose, au fond d’elle, se réveille avec une satisfaction qu’elle n’aurait jamais imaginée ressentir.
La fille d’Az’Kharel, elle, rit intérieurement. Alors c’est ainsi que tu comptes me recevoir… Une pensée qui n’a rien de la réserve prudente de l’herboriste. Elle lui ressemble davantage. À cette part d’elle-même qu’elle tient habituellement loin de la lumière.
L’elfe laisse pourtant son hôte l’entraîner à travers l’Eden, découvrant peu à peu ce qu’elle n’avait aperçu jusque-là qu’au travers des silhouettes et des lumières de la salle principale. Et lorsqu’elle comprend ce qu’il lui montre… Elle s’arrête presque.
Seikusu s’étend sous leurs yeux. Toute entière.
Les lumières de la ville dessinent des constellations artificielles jusque dans les quartiers les plus éloignés. Les rues deviennent de fines veines lumineuses, les immeubles des masses sombres découpées par des centaines de fenêtres, et plus loin encore, les contours de la ville semblent se perdre dans la nuit.
C’est magnifique et vertigineux. Tellement hyperbolique que son premier réflexe n’est même pas de reculer. Mais de regarder vers le vide. Un peu trop longtemps. Une lueur presque amusée traverse ses yeux émeraudes. Elle pourrait sauter. Sans hésiter. Enfin… Pas exactement sans hésiter. La démone en elle, elle, n’hésiterait absolument pas.
Elle s’imagine déjà franchir le rebord, laisser le vent arracher sa cape à ses épaules et tomber droit vers les lumières de Seikusu, la chute avalant progressivement toute prudence avant que, dans les derniers mètres, ses ailes ne se déploient brutalement.
Une pensée folle. Magnifique. Dangereuse. Typiquement démoniaque.
Elle réprime un sourire avant que celui-ci ne puisse réellement naître.
Puis son regard rencontre la lune. Et quelque chose change. La légèreté disparaît. Le disque pâle suspendu dans le ciel lui rappelle un autre endroit. Un autre ciel. Un souvenir qui n’a pas besoin d’être convoqué pour revenir.
Ses parents. Son père. Sa mère. Tous deux dans cette barque, glissant silencieusement sur une eau sombre d’un recoin secret de l’Enfer qu’elle n’a jamais oublié. Un endroit à eux. L’image est presque douce. Presque irréelle.
Lyadril reste quelques secondes prisonnière de cette réminiscence avant de sentir la présence de Réo derrière elle.
- Si tu me permets…
Son cœur s’arrête. Littéralement. Ou du moins, c’est l’impression qu’elle en a. Ses doigts se crispent imperceptiblement lorsqu’elle sent ses mains venir se poser autour de son ventre. Sa joue contre la sienne. Le monde entier paraît soudain beaucoup plus silencieux. La ville demeure là. La lune aussi. Mais elles deviennent presque secondaires. La chaleur contre son dos, le souffle tout proche, la proximité de leurs deux corps… tout cela efface momentanément jusqu’au souvenir de la hauteur.
Lyadril baisse légèrement les yeux vers le reflet que leur offrent les vitres. Deux silhouettes enlacées. Sa forme elfique. La forme humaine de son partenaire. Et quelque chose entre eux qui n’a encore besoin d’aucun nom. Un sourire minuscule menace cette fois de se former au coin de ses lèvres. De même qu’une pensée fugace se demandant ce que cela donnerait sous leur forme démoniaque à tous les deux. Mais elle n’a pas le temps de s’y abandonner car ils ont une tâche à accomplir.
La pièce choisie pour commencer leur travail retrouve bientôt une atmosphère différente. Plus silencieuse. Plus concentrée.
L'invitée dépose sa besace avec précaution.
Les bougies apparaissent les premières. L’ivoire trouve sa place aux quatre points destinés à purifier l’espace. Les rouges sombres viennent ensuite, réservées au lien du sang. Les violettes entourent les emplacements prévus pour les Arcanes. Puis les noires, plus éloignées, prêtes à contenir les éventuelles décharges d’énergie.
Elle dispose ensuite les herbes. La sauge blanche. L’armoise. Le romarin infernal réduit en fragments presque noirs. Les fines branches d’if.
Et enfin, à distance des flammes, les pétales de datura noir enveloppés dans leur tissu.
Chaque élément trouve sa place avec une précision qui contraste presque avec la douceur de ses gestes.
Lorsqu’elle se redresse, quelque chose dans son regard a changé.
La femme qui contemplait Seikusu quelques minutes auparavant laisse place à l’herboriste. À celle qui a sauvé son hôte d’une mort certaine s’il n’avait été qu’humain. À celle qui sait que les Arcanes pardonnent rarement l’à-peu-près.
Sa propre dague apparaît entre ses doigts. La lame accroche la lumière violette d’une bougie.
Lyadril s’agenouille devant le premier emplacement, fermant son poing afin de laisser doucement le sang rejoindre la surface préparée. Puis elle commence.
Un trait. Une courbe. Une rune. Sa main ne tremble pas. Ses lèvres, elles, fredonnent à peine. Une mélodie ancienne, presque inaudible, dont les paroles se mêlent au crépitement des flammes.
- Elenath dîn naur aníra, cuio avel… (Que les étoiles veillent, que le feu protège, que la vie demeure…)
Sa voix reste basse. Presque une prière.
- Ça a l’air d’être actif…
Le soulagement n’a pas encore eu le temps de retomber. L'éclat arcanique danse encore quelque part derrière les paupières de Lyadril lorsqu’elle rouvre les yeux. Et elle croise les siens. Une seconde. Peut-être deux. C’est tout ce qu’il faut. Quelque chose se rompt. Ou peut-être quelque chose se libère. Leurs lèvres se rencontrent. Se retrouvent.
Le souffle de l’elfe se suspend aussitôt, surprise par la soudaineté du geste, avant que cette surprise ne fonde sous la chaleur de ce contact. Ses doigts se crispent légèrement contre le tissu de sa propre robe tandis que son corps, lui, semble avoir compris bien avant son esprit.
Elle répond. Sans réfléchir. Sans chercher à analyser ce qui se passe.
Un baiser aux allures de plat favori, doux et familier, où l’autre se glisse soudain comme une pincée de piment brut. Une caresse qui s'amorce dans la tendresse avant d’éclater en bouche engourdie, le souffle court de la soigneuse et une envie irrépressible d’y revenir malgré la chaleur qui consume tout.
Il y a dans la façon d’embrasser de Réo, la même ivresse cuisante qu’une épice tombée dans une recette trop douce. Le contact initial suave et réconfortant, se mue instantanément en une empreinte de feu sur la peau, une attaque vif-argent qui embrase le palais, pique la langue et laisse le corps groggy, envenimé d’un besoin cruel d’en reprendre une gorgée.
Le monde des Arcanes, les glyphes, les bougies et jusqu’au travail qu’ils viennent d’accomplir semblent disparaître derrière cette proximité devenue brusquement évidente.
Son cœur cogne contre ses côtes. Ses effluves se mêlent aux siens. Et quelque part, dans les profondeurs de son être, la fille d’Az’Kharel laisse échapper un rire silencieux. Enfin ! La pensée lui arrache presque un frisson.
Le baiser se prolonge juste assez pour que Lyadril perde à son tour la notion de ce qui devait venir ensuite. Ses mains remontent instinctivement, s'arrêtant pourtant avant de savoir où se poser, comme si une part encore lucide d'elle-même cherchait une limite qu'elle refuse de franchir sans l'accord du moment.
Puis cette même lucidité revient. Brutalement. Pas sous la forme d'une peur. Plutôt comme un rappel. Les Arcanes. La protection. L'Eden. Leur devoir.
Leurs lèvres se séparent presque au même instant. Le silence qui suit est plus éloquent que n'importe quelle explication.
Lyadril garde les yeux clos une fraction de seconde supplémentaire. Son souffle est court. Ses joues sont brûlantes et quelques mèches argentées se sont échappées autour de son visage.
Lorsqu'elle rouvre finalement les yeux, quelque chose de nouveau brille dans ses prunelles aux couleurs des forêts verdoyantes. Un mélange de trouble… Et d'amusement. Elle pourrait presque entendre sa part démoniaque se moquer doucement de sa propre retenue.
- Nous finirons cela plus tard.
La promesse résonne encore dans son esprit. Et, étrangement, elle ne lui déplaît pas du tout.
Lyadril inspire profondément avant de se détourner avec une lenteur calculée, reprenant possession de ses gestes.
- Oui…
Un murmure à peine audible. Son regard glisse brièvement vers les glyphes invisibles. Puis revient vers lui.
- Plus tard.
Deux mots seulement. Mais cette fois, son léger sourire ne cherche plus à dissimuler entièrement ce qu'elle ressent. Elle reprend alors sa dague. Le travail n'est pas terminé.
Chaque glyphe reçoit son sang avec une précision presque maniaque. Lorsqu’une erreur apparaît dans les tracés de Réo, elle ne peut s’empêcher de la signaler. Pas avec sévérité. Avec cette patience légèrement taquine qu’elle réserve déjà à celui qui accepte de réellement apprendre auprès d’elle.
Un angle trop fermé. Une rune légèrement désaxée. Une terminaison qui menace de modifier la circulation de l’énergie. Elle corrige. Explique. Lui fait recommencer.
Parce qu’ici, quelques millimètres peuvent faire la différence entre une protection fonctionnelle et une réaction arcanique imprévisible.
Le temps disparaît peu à peu. Les bougies diminuent. Les odeurs des herbes se mêlent à celle du sang. Et les flashs lumineux finissent par éclater les uns après les autres. À chaque activation, Lyadril ferme instinctivement les yeux quelques secondes avant de les rouvrir sur des glyphes redevenus invisibles.
Enfin… Le dernier caractère disparaît. Le silence qui suit semble presque assourdissant.
Elle expire lentement. Ses épaules se relâchent. La tension quitte progressivement ses doigts. Et pour la première fois depuis son arrivée, elle s’autorise à regarder autour d’elle autrement que comme une arcaniste. Ils l’ont fait. Ensemble.
Alors lorsque Réo lui propose finalement de boire quelque chose, Lyadril accepte d’un léger mouvement de tête. Elle le regarde préparer le cocktail avec cette curiosité tranquille qu’elle réserve aux choses qu’elle ne connaît pas encore. Les gestes précis. Les plantes. La vodka. Le piment. Cette pointe de démoniaque qu’il ajoute à la préparation.
Un amusement discret vient adoucir ses traits. Lorsqu’il lui tend finalement son verre, elle le prend entre ses doigts.
- A notre collaboration…
Son regard à la teinte d'une feuille de tilleul vient chercher le sien. Puis ses yeux descendent un bref instant vers le breuvage.
- …et à…nous ?
Les mots restent suspendus. Lyadril porte le verre à ses lèvres. Une première goutte touche sa bouche. Puis une seconde. La plante arrive d’abord. Le feu du piment ensuite. Et enfin l’alcool. Elle laisse le goût se déposer sur sa langue.
La première chose qu’elle ressent n’est pas le baiser. C’est sa main. La chaleur de sa paume contre sa cuisse lui arrache un frisson qui remonte jusqu’à sa nuque avant même que ses lèvres ne retrouvent les siennes. Lyadril n’a pas le temps de s’interroger. Elle reconnaît cette saveur. La sienne. Celle qu’elle avait déjà goûtée quelques instants auparavant et dont le souvenir semble soudain bien trop présent sur sa bouche.
Alors ses paupières se ferment. Cette fois, la surprise ne vient pas.
Il n’y a que cette chaleur familière qui se répand en elle, plus vive encore parce qu’elle sait désormais ce que signifie ce contact. Ses doigts se referment doucement autour de son verre, qu’elle éloigne instinctivement afin de ne pas le renverser, tandis qu’un souffle presque inaudible s’échappe entre deux baisers.
Et la fille d’Az’Kharel, elle, jubile. Ainsi donc, Monsieur le propriétaire de l’Eden n’a finalement pas tant de patience que cela… Une pointe d’amusement traverse son esprit.
Puis la cape glisse. Le tissu quitte progressivement ses épaules et dévoile ce qu’elle avait soigneusement choisi avant de quitter “Dae & Calad”. La robe d’alternanthera “Purple Knight” parcourue de reflets pourpres semblables à ceux d’une braise qui refuse de mourir. Le tissu épouse sa silhouette avec souplesse avant de laisser ses épaules nues sous les lumières tamisées de l’Eden. Le décolleté demeure mesuré, mais suffisamment assumé pour révéler qu’elle n’a pas choisi cette tenue uniquement pour sa praticité.
Lyadril sent la chaleur gagner ses joues. Pas de honte. Plutôt cette étrange sensation d’être soudainement regardée autrement. Elle avait préparé plusieurs vêtements. Mais celui-ci… Elle l’avait choisi pour lui. Et cette pensée, à elle seule, fait accélérer son cœur.
Ses yeux émeraude se lèvent vers les siens. Une lueur presque malicieuse y danse. La part démoniaque en elle voudrait évidemment profiter de cet instant pour pousser davantage. Pour provoquer. Pour voir jusqu’où elle pourrait faire vaciller celui qui, quelques minutes auparavant encore, prétendait vouloir attendre.
Mais l’herboriste garde une parcelle de raison. Une toute petite. Juste assez pour ne pas oublier qu’ils viennent de passer des heures à inscrire une protection arcanique autour de l’Eden.
Ses doigts quittent lentement le verre pour venir se poser contre lui, sans chercher à rompre leur proximité.
- Tu avais pourtant dit… plus tard.
Sa voix est basse. Un souffle presque amusé. Pas un reproche. Certainement pas. Ses lèvres conservent encore le souvenir du baiser lorsqu’un sourire discret vient finalement les effleurer.
- Je crois que tu viens de redéfinir ce que signifie plus tard.
La fille d’Az’Kharel rit intérieurement. Et cette fois, Lyadril ne cherche même pas vraiment à la faire taire.
Pourtant… Quelque chose ne va pas.
Ce n’est presque rien. Une sensation. Un infime décalage. Une impression qui ne devrait pas être là. Ses doigts se resserrent imperceptiblement autour du verre. Le sourire qui commençait à apparaître disparaît.
Son regard se détourne lentement de Réo. Les flammes des bougies. Les herbes. Les glyphes désormais invisibles. La pièce. Tout semble parfaitement normal.
Et pourtant, au fond d’elle, quelque chose vient de tirer sur une corde invisible. Un mauvais pressentiment. Faible. Presque imperceptible. Mais suffisamment présent pour faire frissonner la fille d’Az’Kharel derrière le calme de l’herboriste. Lyadril ne dit rien. Pas encore. Elle garde simplement le verre entre ses doigts. Et écoute ce que son instinct cherche désespérément à lui dire.
Quelques respirations plus tard, l’herboriste entrouvre les lèvres, les referme, puis ose enfin poser la question sans pour autant en avouer la raison :
- Réo… souhaites-tu un sceau… sur le plafond ?
Blabla / J'offre mon corps à....dix
« le: dimanche 09 août 2026, 21:47:28 »Blabla / J'offre mon corps à....dix
« le: mardi 14 juillet 2026, 15:48:20 »Le quartier de la Toussaint / I run to you... [PV : Lyadril Ilfirin]
« le: vendredi 22 mai 2026, 01:30:04 »La clochette de “Dae & Calad” tinte une dernière fois pour quelques jours lorsqu’un patient quitte finalement l’herboristerie avec ses remèdes serrés contre lui. L’odeur familière des plantes séchées flotte toujours entre les poutres anciennes ; camomille suspendue, sauge, menthe poivrée, racines d’aunée abandonnées près du foyer encore tiède.
Puis le silence revient. Un silence que Lyadril connaît. Qu’elle maîtrise. Contrairement au trouble qui habite sa poitrine depuis que Réo a quitté l’herboristerie au début de journée.
Ses doigts effleurent distraitement le cuir de la besace ouverte sur le comptoir central.
À l’intérieur reposent plusieurs fagots d’herbes soigneusement liés par des fils écarlates ; sauge blanche séchée, armoise, romarin infernal réduit en fragments presque noirs, fines branches d’if destinées aux sceaux protecteurs. Plus loin, enveloppés dans un tissu sombre, quelques pétales de datura noir attendent encore sans libérer leur parfum lourd.
Les bougies ont été rangées avec une minutie presque cérémonielle. Ivoire pour purifier. Rouge sombre pour le lien du sang. Violettes pour les Arcanes. Noires pour contenir ce qui ne devrait pas déborder.
Puis il y a la dague. Pas celle du premier sang. Pas le karambit de Réo ayant ouvert le premier passage entre eux. Non.
Cette lame-là porte encore le souvenir du second versement. Celui accompli pour appeler Diamant. Lorsque l’elfe la récupère, l’acier reflète faiblement les dernières lumières de l’herboristerie avant de disparaître dans la besace. Comme si elle craignait encore de réveiller les échos du rituel. Ou les émotions qui y étaient liées.
Quelques étoffes soigneusement pliées reposent également contre les herbes et les bougies. Le rouge profond d’une longue nuisette. Le blanc plus innocent d’une autre, courte et légère. Le noir délicat commandé à une tisseuse.
La robe couleur d’alternanthera “Purple Knight” que Réo a déjà vue parer son corps lors de l’invocation de Diamant.
Ainsi qu’une autre encore. Plus sombre. Noire comme une braise mourante aux reflets pourpres, dont les tissus épousent sa taille avec souplesse avant de glisser le long de ses hanches dans une élégance presque infernale. Le décolleté demeure mesuré, mais assumé, laissant apparaître la naissance de sa poitrine ainsi que la ligne délicate de ses épaules nues.
Une tenue qui n’appartient ni totalement à l’elfe… Ni totalement à la fille du Général des Légions Infernales.
Lorsque “Dae & Calad” ferme finalement ses portes, Lyadril demeure quelques secondes immobile devant le bois ancien, la paume posée contre celui-ci comme pour retenir encore un fragment de ce refuge qu’elle connaît depuis toujours.
Car cette fois… Elle ne quitte pas son herboristerie pour un patient. Mais pour Lui. Pour un rituel visant à protéger son bébé qu’est l’Eden, pour reprendre ses termes.
Alors Seikusu lui paraît soudainement immense. Vivante. Bruyante. Les conversations éclatent dans les rues, les lanternes colorées se reflètent contre les pavés humides, et quelques regards s’attardent parfois sur cette silhouette encapuchonnée avançant seule dans la nuit.
L’elfe garde instinctivement les yeux baissés sous l’ombre profonde de sa capuche. Discrète. Presque fuyante. Elle connaît les démons de l’Enfer. Les généraux. Les guérisseurs. Les anciens elfes de son clan. Mais les foules humaines demeurent encore un territoire étranger.
Ce n’est qu’après avoir reconnu l’un de ses patients près d’une rue commerçante qu’elle ose finalement lui demander avec douceur s’il connaît l’Eden. Une légère gêne traverse sa voix lorsqu’elle admet ne plus réellement se souvenir du chemin. L’homme lui indique alors la direction avec empressement, visiblement honoré de pouvoir lui rendre ce service, et Lyadril incline légèrement la tête avant de reprendre sa route.
Puis son cœur change de rythme. Avant même que le bâtiment où se trouve l’établissement n’apparaisse réellement. Quelque chose sous sa peau le reconnaît déjà. Le sceau invisible marqué sur sa main gauche pulse faiblement. Une fois. Puis deux. Comme une réponse silencieuse à une présence qu’elle ressent désormais jusque dans son souffle.
Et lorsqu’elle franchit finalement les portes de l’Eden…
La chaleur du lieu l’enveloppe aussitôt. Les lumières tamisées. L’alcool. Les peaux échauffées. Les éclats de rire. Les désirs flottant dans l’air avec une densité presque palpable. Puis il y a lui. Sa voix. La fille d’Az’Kharel n’en revient pas. Pas immédiatement en tout cas. Elle ignorait que Réo avait cette capacité.
Le chant de Réo traverse la salle entière comme une caresse lente glissant contre son échine.
Alors ses propres effluves lui échappent à leur tour. Faiblement. Instinctivement. Bien moins maîtrisés qu’elle ne voudrait l’admettre.
Le regard turquoise de l’elfe se relève malgré elle vers la scène… et pendant un instant, le reste du monde devient flou. Les lèvres. Les yeux violets. Cette manière qu’il a d’attirer les regards comme un brasier dans l’obscurité.
Les pensées qui traversent alors son esprit lui brûlent les joues avec une chaleur silencieuse qu’elle ne connaît pas encore totalement. Et elle résiste moins. Aux siennes. À lui.
Un homme à la carrure massive la heurte soudainement en passant près d’elle, comme pressé de quitter les lieux avant de succomber à quelque pulsion honteusement inavouable. Le choc arrache Lyadril à cette étrange torpeur.
Puis la voix de Réo résonne de nouveau dans l’Eden. Une affaire urgente à régler. Son souffle se suspend. Elle est arrivée trop tôt.
Alors elle se tait. Immobile dans l’ombre. Jusqu’à ce que l’Eden se vide peu à peu. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus que trois présences. Louis. Réo. Et elle qui se fait bousculer une nouvelle fois.
Le regard du Bras Doit croise finalement le sien. Lorsqu’il reconnaît l’elfe sous la pénombre de sa capuche, il incline respectueusement la tête.
Lentement, Lyadril retire alors le tissu couvrant ses traits. L’argent pâle de ses cheveux capte aussitôt les lumières tamisées de l’établissement. Puis elle s’incline à son tour avec cette grâce discrète propre aux siens.
- Bonsoir Louis. C’est un plaisir de vous revoir… Je suis sincèrement désolée d’interrompre vos retrouvailles.
Quelques secondes plus tard, Louis quitte finalement l’Eden. Et lorsque la porte se referme derrière lui dans un claquement feutré…
Le silence qui suit paraît presque irréel. Seulement habité par leurs respirations. Et leurs cœurs qui, déjà, se reconnaissent. Un pas. Puis un autre. Toujours trop lents. Pas assez.
Le cœur de Lyadril cogne désormais si fort contre sa poitrine qu’elle craint presque qu’il puisse l’entendre tandis que sa main vient chercher celle que Réo lui tend. Et lorsque leurs doigts se frôlent enfin, un frisson remonte immédiatement le long de son bras.
Ses yeux rappelant les étoiles visibles entre les feuillages d’une forêt nocturne plongent dans le violet clair des siens.
- Mae govannen, melamin mîr vi dû. Hannon le na i annon… (Bonsoir, ma lumière dans les ténèbres. Merci pour l’accueil.)
Blabla / J'offre mon corps à....dix
« le: vendredi 20 mars 2026, 01:19:45 »
?Un humain prendre un Empereur ? Ne devrait-ce pas être l'inverse ?
Blabla / Re : Le Flood de La Grande Fête de l'Hiver
« le: samedi 27 décembre 2025, 22:06:05 »Mais attentif.
Elle tourne lentement la tête vers la jeune femme aux flammes bleutées, et pendant un bref instant, quelque chose dans l’air semble se resserrer. Une résonance sourde, profonde, que seuls ceux qui ont foulé certains royaumes reconnaissent vraiment.
Ses yeux émeraude soutiennent ceux de Cindy sans défi, sans crainte non plus.
"Cindy…" répète-t-elle doucement, comme pour goûter le nom.
"Fille d’Hadès."
Une inclinaison de tête, respectueuse, mesurée. Ni révérence, ni désinvolture.
"Je comprends votre curiosité." ajoute-t-elle calmement.
"Certains lieux laissent des traces. Même lorsqu’on les traverse sans y appartenir."
Elle marque une courte pause, puis répond enfin à la question, sans se presser.
"Je nomme Lyadril Ilfirin."
Rien de plus. Rien de moins.
"Et vous n’êtes pas la première, ce soir, à percevoir quelque chose d’inhabituel." conclut-elle avec un léger sourire.
"Les fêtes ont parfois tendance à… brouiller les frontières."
Son regard glisse un instant vers les flammes dans la chevelure de Cindy, non sans une pointe d’intérêt sincère, avant de revenir à son visage.
"Soyez la bienvenue parmi les vivants pour cette nuit." dit-elle enfin.
"J’espère que l’Hiver vous sera clément cette fois."
Blabla / Re : Le Flood de La Grande Fête de l'Hiver
« le: jeudi 25 décembre 2025, 22:18:01 »"Votre Majesté, je ne fais pas de spectacles." répond-elle doucement.
"Et les cartes mentent souvent plus qu’elles ne révèlent."
Un bref sourire effleure ses lèvres.
"Quant à scier quelqu’un en deux sans le tuer… je préfère ne pas vérifier si cela fonctionne vraiment."
À la mention du nom de Zorro, elle marque une courte pause. Hésitant à dévoiler sa véritable nature.
"Je connais certains elfes, oui. Mais tous les chemins ne se croisent pas."
Déjà, son attention glisse ailleurs.
Quelque chose a changé dans l’air.
Une odeur métallique, ténue mais indéniable. La fille de l'Enfer se redresse imperceptiblement, ses yeux émeraude se posant sur la scène un peu plus loin. La main blessée, le vampire trop nerveux, la panique maladroite qui suit.
L'elfe s’approche sans précipitation.
"Respirez." dit-elle simplement, d’une voix assez calme pour ne viser qu’Em.
Puis elle se tourne vers Cypress, retirant de l’intérieur de sa cape un petit carré de tissu propre. Ren d’extraordinaire, rien de magique.
"Appuyez ici. La tête peut tourner après ce genre de… surprise."
Son geste est sûr, mesuré. Pas une inquisitrice. Pas une sauveuse. Juste quelqu’un qui sait quoi faire.
"Ce n’est pas grave." ajoute-t-elle, comme pour clore l’incident autant que la plaie.
"La fête n’a pas besoin de plus de frayeurs que nécessaire."
La soigneuse se recule déjà, laissant aux autres le soin de réagir, comme si elle n’avait fait que traverser la scène.








