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Le loup et la lapine | feat Jake

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Carol Silver-Fox

Terranide

Le loup et la lapine | feat Jake

mercredi 14 octobre 2026, 14:30:25

Alors que je range mes vêtements dans l’armoire du ryokan, je me surprends à rire brièvement seule. Comment ne pas rire lorsque l’on se dit que tout le week-end qui va suivre est le résultat d’un improbable hasard et d’un excès de solidarité de ma part… Il y a un peu plus de trois ans, je fus apostrophée par des gens dans la rue en faisant du shopping. Ces gens qui, en général, essayent de vous soutirer des sous pour la cause animale ou je ne sais quoi. La plupart du temps, je m’évertue à changer de trottoir pour les esquiver, mais cette fois-là, dans un élan de faiblesse, j’ai consenti à m’arrêter pour les écouter.

Ils travaillaient pour une association qui lutte pour créer du lien entre des détenus et l’extérieur en favorisant l’échange épistolaire. Je dois reconnaître avoir été perplexe de prime abord. Je ne me voyais guère taper la discute avec un taulard miteux. Après tout, est-ce mon problème s’ils souffrent de solitude ? Il fallait y penser avant de faire des conneries - ou, à défaut, de se faire prendre. J’ai accepté, plus dans l’idée de me débarrasser de ces gens que par réelle conviction, en me disant qu’ils auraient suffisamment de bénévoles pour que je puisse me rétracter.

Puis ils m’ont contactée la semaine suivante ! C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Jake, le prisonnier que l’on m’avait attribué. Si, au début, les échanges étaient assez banals - je me demande si lui aussi ne participait pas à ce programme en traînant les pieds, je dois reconnaître m’être pris au jeu rapidement ! Sécurité oblige, nous étions forcés de passer par des lettres papiers, pas de messagerie instantanée. Les photos personnelles étaient interdites et les courriers étaient, bien sûr, lus avant d’être distribués. Qu’à cela ne tienne ! Si on pouvait pas envoyer de photos, nous avons de l’imagination et nous nous sommes donc décrits l’un l’autre. C’est ainsi que je me suis décrite le plus fidèlement possible, jusqu’à lui dire mon tour de poitrine. J’ai ainsi appris qu’il était un homme lycanthrope colossal. Ce qui n’est pas pour me déplaire, s’il n’a pas menti ou exagéré - on connaît les hommes, hein ! Je lui ai également parlé de ma vie et combien je m’ennuie avec mon époux. Certes, je n’ai pas formulé ça ainsi, mais s’il est capable de connecter deux neurones, il aura compris. Nous n’avons toutefois jamais abordé les motifs de son incarcération. Non pas que ce soit interdit, mais c’est déconseillé par l’association. Le but étant de changer l’esprit des prisonniers et non pas de leur rappeler pourquoi ils sont là. Je suppose simplement que ceux qui sont dans le programme sont ceux qui ont commis les crimes les moins graves. Enfin, j’espère !

En trois ans, nous avons largement eu le temps de nous lier et je dois admettre que j’ai hâte de le rencontrer. La date de sa remise en liberté approchant, j’ai pris contact avec son futur agent de probation pour qu’il lui fournisse mon numéro une fois dehors. Si je m’attendais à ce que mon louloup prenne le temps de prendre ses marques avant de me contacter, il en fut tout autrement ! Il m’a contactée hier pour me dire qu’il voulait me voir… Il a été sympa comme à son habitude, mais un loup libre après huit ans sans toucher une femme qui s’empresse de contacter sa pote lapine… C’est peut-être moi qui ai l’esprit mal placé, mais je pense deviner pourquoi il a si vite besoin de moi !

Quoi qu’il en soit, sortir de prison doit se fêter dignement et, futur défouloir pour gros loup ou pas, je suis bien déterminée à le chouchouter tout le week-end. Je lui ai proposé de réserver une auberge traditionnelle japonaise au pied d’une montagne. Dans la suite, nous avons, bien sûr, la chambre avec les futons, un onsen privé et un salon qui donne sur un balcon avec vue sur ladite montagne. Je l’ai prévenu que j’arriverai un peu en avance afin de m’assurer que tout soit en ordre et, au besoin, graisser la patte de la gérante pour pas qu’elle soit pénible sur les tatouages.

Bref. C’est comme ça que je me retrouve à défaire ma valise et à enfiler un tout petit ensemble pour l’accueillir comme il se doit. De couleur rose poudré, le haut est constitué de dentelle au niveau de la poitrine et d’un tissu tombant jusqu’à mi-fesses, fendu sur les côtés pour laisser apparaître le string de la même couleur. Bien sûr, j’ai d’autres tenues tout aussi sexy et des plus habillées s’il prend à Jake l’envie de sortir se balader.

Alors que je commence à fantasmer à la perspective de la lapine se faisant dévorer par le gros méchant loup, je vais m’installer sur le balcon pour l’attendre. J’attrape mon mobile et lui fais une photo, que je lui envoie avec le texte « il ne manque plus que toi », accompagné d’un émoji faisant un bisou-cœur. C’est alors qu’il me vient une vilaine pensée… s’il m’avait menti depuis tout ce temps et que le loup alpha était en réalité un vieux bedonnant et ronflant ? Non. Je ne peux y croire. Je ne veux y croire ! Au pire du pire, je saute par dessus le balcon et détale comme une lapine.

Je n’ai toutefois pas le temps d’y songer davantage : mes oreilles se dressent sur ma tête et mon bunny sens se met en alerte.

Danger en approche !


Tenue : ici !
« Modifié: mercredi 14 octobre 2026, 15:16:27 par Carol Silver-Fox »

Jake Grimwood

Créature

Re : Le loup et la lapine | feat Jake

Réponse 1 vendredi 16 octobre 2026, 22:53:09

Chapitre I : Sortie de Prison.

Spoiler (cliquer pour montrer/cacher)

Chapitre II : Dehors, enfin.

Spoiler (cliquer pour montrer/cacher)

Chapitre III : ... Carol.

Trois ans.

Trois années de lettres, de papelards, d'encre et de mots soigneusement choisis. Trois années à apprendre à connaître une femme sans jamais pouvoir la regarder dans les yeux, à découvrir ses habitudes, ses goûts, son humour, ses petites manies. Trois années à attendre la prochaine enveloppe avec un intérêt que j'ai fini par ne plus chercher à dissimuler.

Carol. Tout est parti à cause d’une foutue asso’ qui était clairement pas dans l’ambiance de mes projets. J’en voulais au monde entier, alors pas question d’avoir ce monde en question dans une enveloppe.

Son prénom me traverse l'esprit et j'esquisse un sourire.

Au début, nos échanges sont plutôt prudents. On tâtonne, on se jauge à distance, on parle de choses banales parce qu'on ne sait pas encore ce qu'on peut se permettre de raconter. Puis les lettres deviennent plus longues. Plus personnelles. On finit par parler de tout et de rien, de nos journées, de nos souvenirs, de ce qui nous fait rire et de ce qui nous emmerde. Elle me raconte sa vie, son boulot, son quotidien, et j'apprends à reconnaître sa façon de penser à travers ses phrases.

Ses milliards de gosses, sa poitrine qui fait la taille d’une coopérative laitière, et se repose sur des hanches qui ferait passer une vache pour un lévrier carencé.

Elle ne peut pas m'envoyer de photo, alors elle me décrit son apparence. Je fais pareil. On joue le jeu, on se donne des détails, on se construit une image l'un de l'autre avec les moyens du bord. C'est parfois ridicule, souvent drôle, et ça devient peu à peu quelque chose que j'attends avec une impatience que j'aurais eu du mal à expliquer à l'époque.

Elle est là quand mes journées se ressemblent toutes. Quand les murs me donnent l'impression de se rapprocher. Quand j'ai le sentiment de n'être plus qu'un numéro dans un système qui a déjà décidé ce que je vaux. Ma mère vient me voir régulièrement, et je lui en serai reconnaissant jusqu'à la fin de mes jours, mais Carol m'offre autre chose. Une connexion avec l'extérieur. Une petite fenêtre ouverte sur un monde que j’peux pu’ toucher.

Elle ne me demande pas de raconter les raisons de ma présence derrière les barreaux. Je ne lui demande pas de résoudre les problèmes de sa vie. On échange, tout simplement. Et ça suffit à rendre certaines journées un peu moins longues.

Maintenant, j'vais la rencontrer.

Je serre le volant.

J'ai hâte. J'appréhende aussi, même si j'préfère me faire arracher une canine plutôt que de le reconnaître à voix haute. Et si le courant ne passe pas ? Si on se retrouve face à face avec rien à se dire ? Si elle me regarde et se demande comment elle a pu passer trois ans à écrire à un type qui ressemble à un videur de boîte de nuit sorti d'un mauvais polar ?

Et puis, y a l'autre possibilité. Celle où j'ai imaginé une femme qui n'existe pas tout à fait, parce que les lettres laissent toujours de la place à l'imagination. Elle aussi s'est construit un Jake dans sa tête. Rien ne garantit que celui qu'elle va découvrir lui plaira. Et, imaginons qu’elle aussi c’est un cageot ? Tant pis, j’ferais ce que j’ai à faire et je la laisserais toute contente sur son lit. J’crois que j’pourrais enculer un estropié consentant s’il me restait que ça.

« On verra bien, ma jolie. »

***

Je gare la Charger, coupe le moteur et reste un instant derrière le volant.

Bon.

J'inspire, attrape mon sac et descends de voiture. Je verrouille les portières, puis prends la direction de l'entrée. À l'intérieur, l'accueil se passe sans histoire. Je donne le nom de la réservation, on me renseigne, puis on me conduit vers la suite.

C'est en traversant le couloir que mon téléphone vibre dans ma poche.

J'le sors, déverrouille l'écran et découvre un message de Carol, accompagné d'une photographie.

J'm'arrête net.

Putain de bordel de merde.

J'ai devant moi une lapine aux longs cheveux bleus, avec une tresse qui lui tombe sur l'épaule, de grands yeux rouges soulignés de noir et des oreilles immaculées dressées au sommet du crâne. Elle m'adresse un sourire tranquille, presque malicieux, on aurait dit qu’elle savait parfaitement le bordel qu'elle est en train de foutre dans ma cervelle. Mais c'est sa tenue qui achève de me coller les deux pieds dans le ciment. Une nuisette rose poudré, légère, bordée de dentelle sur la poitrine, dont le tissu plissé épouse ses formes généreuses avant de s'arrêter à mi-cuisses. Les fines bretelles lui dégagent les épaules, tandis que les pans fendus sur les côtés dévoilent suffisamment de peau pour que mon imagination, cette vieille saloperie, se charge de remplir les blancs.

Et sa poitrine...

Putain.

J'ai beau avoir eu trois ans pour me faire une idée de son physique, les descriptions écrites ne m'ont manifestement pas préparé à la réalité. Sa poitrine généreuse semble sur le point de faire rendre les armes à la dentelle qui la retient, et j'ai soudain l'impression que tout le sang de mon corps vient de recevoir un ordre de transfert vers une région bien précise située sous ma ceinture. Mon ventre se contracte, une chaleur brutale me remonte le long de la nuque et j'reste là, le téléphone dans la main, avec la gueule d'un type qui vient de se prendre un parpaing en pleine tronche.

J'agrandis machinalement la photo. Comme si j'avais besoin de ça.

« Nom d'un cabot castré... »

Huit ans à bouffer du béton, à dormir sur des matelas qui feraient passer une planche pour de la literie de luxe, et il suffit d'une photographie pour que mon cerveau se transforme en flaque sur le carrelage. J'ai connu des situations dangereuses, des types qui avaient vraiment envie de me refaire le portrait, mais aucune de ces merdes ne m'a jamais mis dans un état pareil.

Le message apparaît sous la photo.

Il ne manque plus que toi.

Avec un petit cœur qui envoie un bisou.

J'la relis une fois. Puis deux.

« Ah, la petite garce... »

Y a aucune méchanceté dans ma voix. Juste un mélange de stupeur, d'amusement et d'une envie autrement moins présentable. Carol m'attend dans une suite avec un onsen privé, au pied d'une montagne, habillée comme ça, et elle trouve encore le moyen de me balancer un message innocent. Si elle cherche à me faire perdre les pédales avant même qu'on se retrouve face à face, j'suis au regret de lui annoncer que l'opération est une réussite complète.

J'inspire profondément, verrouille l'écran et fourre le téléphone dans ma poche, comme si ça pouvait remettre un peu d'ordre dans la baraque.

Ça ne change rien.

J'ai encore son sourire dans la tête, ses oreilles dressées, cette tresse bleue, et l'image de cette nuisette qui vient de prendre une place indécente dans mon esprit. Je passe une main sur ma mâchoire barbue et souffle longuement par le nez.

« Bon, Grimwood. Maintenant, va falloir assurer. »

Parce que derrière cette photo, y a Carol. La vraie. La femme qui m'écrit depuis trois ans, qui m'a tenu compagnie quand les journées ressemblaient à des enterrements et qui m'attend aujourd'hui comme si j'avais toujours eu ma place dans sa vie.

Et ça, bordel, c'est peut-être encore plus intimidant que le reste.

Je reprends ma marche, mes pas étouffés par le sol. Plus j'approche, plus je sens cette drôle de tension s'installer dans le ventre. C'est con. J'ai traversé des situations autrement plus dangereuses sans avoir le cœur qui joue du tambour contre mes côtes, et me voilà à hésiter devant une porte comme un adolescent qui va embrasser sa première copine.

J'arrive devant le numéro indiqué et m'arrête.

Je passe une main sur ma mâchoire, puis sur ma nuque. J'ai pas de fleurs, pas de cadeau, pas de discours préparé. J'ai un sac, des fringues trop serrées et huit années de taule dans les pattes. Ça devrait suffire à faire une entrée en matière mémorable.

Je lève la main et frappe deux coups contre le bois.

« Carol ? C'est Jake. »

Ma voix sort grave, un peu rauque, et je laisse retomber ma main.

J'attends.

Quelques secondes passent. Je baisse les yeux vers mon sac, puis les relève vers la porte. Je me demande si elle est aussi nerveuse que moi. Si elle a préparé quelque chose à dire. Si elle va me sauter au cou ou me regarder comme si j'étais un meuble qu'on vient de livrer dans le mauvais appartement.

Un sourire discret me vient malgré moi.

« Allez, Grimwood. T'as connu pire. »

J’redresse les épaules, passe une dernière fois la main sur mon visage et attends que la porte s'ouvre.

Pour la première fois depuis huit ans, j'ai quelque chose à attendre qui ne dépend ni d'un gardien, ni d'un horaire, ni d'une foutue porte en acier.  Jusqu’à ce que mon flair m’annonce un autre message.

Les phéromones. Ma pupille s’allonge et se transforme en regard lupin avant de se dilater pour mieux tirer une veine sur ma tempe.

… Et merde.
« Modifié: vendredi 16 octobre 2026, 23:22:43 par Jake Grimwood »


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