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Féeries [pv Seliane Noctelume]

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Séliane Noctelume

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Féeries [pv Seliane Noctelume]

Réponse 15 dimanche 09 août 2026, 19:14:33

L’invitation d’Adel ne reçoit d’abord qu’un silence. Pas celui, fermé et presque cérémoniel, qu’il avait rencontré quelques instants plus tôt. Un silence simplement occupé par le travail. Par le crépitement des dernières flammes, les appels des prêtres, le martèlement précipité des pas sur les passerelles de bois et le souffle irrégulier de ceux qui, comme eux, commencent seulement à sentir la fatigue leur mordre les muscles.

Puis Séliane lui tend le seau qu’elle vient de recevoir.
Oui. Je viens.

Et elle reste. Il n’y a rien de plus à ajouter.

Elle reprend sa place dans la chaîne improvisée, les pieds nus sur le sol froid et sali de cendre. Son uchikake, autrefois impeccable, porte désormais les traces de la nuit. Une mèche sombre s’est échappée de sa coiffure et repose contre sa joue. Elle ne semble même pas s’en apercevoir.

Lorsqu’Adel lui demande finalement comment le feu a pu prendre aussi rapidement, son regard quitte les flammes. Cette fois, la représentante des kamis ne cherche pas immédiatement à lui répondre. Elle regarde. Vraiment.

Les poutres effondrées. Les lanternes brisées. Les traces de suie qui remontent certaines cloisons. Les zones où le feu semble avoir progressé trop vite pour une simple lanterne renversée. Les endroits, surtout, où le bois a cédé alors que les flammes n’avaient pas encore eu le temps de les consumer entièrement.
Je ne sais pas comment il a commencé.

Sa voix est calme malgré le tumulte.
Mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’un accident.

Elle laisse passer quelques secondes avant de poursuivre, comme si elle voulait être certaine de ne pas transformer une impression en certitude.
Quelque chose n’est pas cohérent. Le feu s’est propagé trop rapidement à certains endroits… et trop lentement à d’autres.

Son regard se perd dans la fumée.
Et avant que les premières structures ne cèdent, j’ai senti une odeur qui ne venait ni du bois, ni de l’huile des lanternes. Une odeur sèche. Âcre.

La jeune femme fronce légèrement les sourcils.
Je ne saurais pas vous dire ce que c’était.

Cette honnêteté-là est nouvelle. Elle pourrait prétendre savoir. Elle ne le fait pas.

Un papillon traverse alors la fumée devant eux. Puis un autre.

L’unique princesse d’un royaume disparu suit leur déplacement du regard sans même interrompre le mouvement de ses mains. Ils s’éloignent vers l’un des bâtiments encore debout, disparaissent derrière une toiture et réapparaissent quelques secondes plus tard.

Son expression change. À peine. Mais suffisamment pour qu’un observateur attentif le remarque.
Quelque chose les inquiète.

Le mot lui échappe. Et cette fois, elle s’arrête. Pas longtemps. Juste assez pour comprendre qu’elle vient peut-être d’en dire davantage qu’elle ne l’avait prévu.

Son regard revient vers Adel. Elle sait ce qu’il va probablement demander. Elle le sait depuis la première fois qu’il a vu ces créatures lumineuses graviter autour d’elle. Et, pourtant, elle ne détourne pas les yeux. Parce qu’après ce qu’elle vient de voir de lui, elle n’a plus vraiment envie de recommencer à se cacher derrière des réponses incomplètes.

Adel pourrait poser la question. Il le ferait probablement. Mais avant même qu’il ne le fasse, Séliane ajoute doucement :
Vous vous demandez toujours ce que je suis.

Ce n’est pas une question. C’est un fait. Ses doigts se referment autour du seau avant de le transmettre à l’homme suivant.
Et vous avez raison de vous le demander.

Les papillons reviennent peu à peu vers elle. Certains se posent sur les branches encore intactes d’un arbre voisin. D’autres restent suspendus dans l’air, comme de petites étoiles qui auraient oublié de tomber. Séliane les regarde un instant.

Puis elle regarde Adel.
Je vous ai dit que je venais d’un endroit très éloigné d’ici.

Un silence.
Ce n’était pas tout à fait faux.

Une légère inspiration.
Mais ce n’était pas toute la vérité non plus.

Pour la première fois, quelque chose de vulnérable traverse son visage. Pas de la peur. Plutôt l’étrange difficulté de quelqu’un qui n’a pas l’habitude de donner son véritable nom aux inconnus.
Je ne suis pas humaine.

La sauveteuse de la petite fille laisse ces mots exister entre eux sans chercher à les adoucir. Les bruits du sanctuaire semblent presque s’éloigner.
Je suis une fée.

Aucune apparition spectaculaire. Aucun éclat de magie destiné à prouver ses paroles. Seulement cette confession. Simple. Terriblement sincère. Puis ses yeux descendent brièvement vers ses propres mains, encore couvertes de poussière.
Et ces papillons…

Elle hésite.
Ils sont liés à moi.

Un sourire presque imperceptible effleure ses lèvres.
Mais je ne les contrôle pas comme on commanderait une armée. Ils voient certaines choses. Ressentent certaines choses. Et parfois… ils me préviennent.

Elle relève les yeux.
Comme ce soir.

Un nouveau craquement retentit quelque part derrière eux. Les deux se retournent instinctivement. Rien ne tombe cette fois. Mais les papillons, eux, se dispersent.

Séliane suit leur mouvement.
Voilà pourquoi je vous dis que je ne sais pas qui a provoqué l’incendie.

Elle reporte son attention sur Adel.
Je sais seulement que quelque chose ne me paraît pas naturel.

Puis, après un bref silence :
Et je préfère vous dire ce que je sais… plutôt que d’inventer ce que j’ignore.

Cette phrase pourrait sembler insignifiante. Pour la jeune femme, elle ne l’est pas. C’est probablement la réponse la plus honnête qu’elle lui ait donnée depuis qu’ils se sont rencontrés. Et peut-être aussi la première qu’elle lui offre sans attendre qu’il mérite davantage.

Elle reprend un seau puis le lui tend. Son regard demeure posé sur lui un peu plus longtemps cette fois.
Vous aviez raison, tout à l’heure.

Un souffle.
Les actes révèlent davantage que les objectifs.

La professeure incline légèrement la tête vers les flammes.
Alors je vais continuer à agir.


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