Mon coup touche la tête de la fille de plein fouet qui s'écroule au sol. Pour ne pas lui laisser le temps d'agir, je lui tire directement une balle en plein dans la jambe. Aussi ne prenais-je aucun risque, face à une personne qui était vraisemblablement venu là aujourd'hui en toute hostilité à mon égard. Tandis que je continue de la braquer, j'attends quelques instants avant de la voir avec surprises disparaitre sous mes yeux, alors qu'elle termine de s'écrouler au sol.
- Un piège... Évidement que j'aurais dut m'en douter!
C'était prêt à recevoir une violente contre-attaque en retour qui ne venait pas, que je me tourne et me retourne à plusieurs reprises. J'ignorais quelle était cette étrange technique, mais cela n'avait aucune espèce d'importance pour le moment. Et alors que je restais là tout en grimaçant nerveusement, un temps de plus en plus long finit par s'installer dans l'immense espace qui m'entourait. Pendant qu'elle utilise ce qui semble être un possible camouflage optique, je restais ainsi aux aguets, sans bouger. Mais je finissais au bout d'un moment par comprendre que la fille avait vraisemblablement dut opter pour la fuite, car mes nanomachines ne détectaient rien de suspect dans les entourages.
- Ainsi elle est partie...
C'est finalement seul dans ce terrain vague entièrement abandonné et proche d'être à la merci de la pénombre de la nuit, que je me résilie à essayer de la poursuivre. Je regarde alors l'arme que je tiens dans ma main valide, avant de passer à mon autre main imbibée de sang. Tandis que je range mon pistolet dans la poche interne de ma veste en cuir sans rien dire, la colère que j'avais jusqu'à présent éprouvé finit par laisser lentement place à de l'amertume. Lorsque je me dirige vers la moto, je dois m'y reprendre à plusieurs fois pour essayer de la redresser, à cause de ma main meurtrie. Une fois... deux fois... Plus j'essayais de la relever et plus ma main me faisait mal, ouvrant encore un peu plus les profondes blessures masquées sous le papier qui commençait à se déchirer à cause du sang.
J'étais partagé entre la rage, l'humiliation, la douleur et aussi la tristesse. Dans ma tête, je savais que plus que vouloir avoir des réponses à cette étrange situation, c'était surtout l'envie de simplement vouloir passer une fin de journée normale avec ma sœur. Au final, je réalisais lentement mes responsabilités et ses conséquences. Oui. Tout ce que j'aurai voulu c'était être là, avec Eva. Arrêter le temps ne fusse qu'un court instant pour mettre de côté tous les soucis qui m'accablent et qui semblent sans cesse continuer de s'accrocher à moi telle des sangsues. C'est dans ces moments-là que je réalisais que je n'avais en vérité rien réussi de véritablement concret dans ma vie. Ma situation était devenue autant une prison dans la réalité, qu'elle ne l'était devenue à travers mon mental. J'étais un raté qui vivait sous l'apparence d'un leader. Voila la vérité. Aussi insupportable cela pouvait-il être pour moi, au fond je connaissais ma véritable situation. C'était pour cela que j'avais besoin de voir Eva continuer d'exister à mes côtés. Il n'y avait plus que elle pour m'aider à me raccrocher et ne pas perdre pieds. La vie était impitoyable et elle ne laissait pas la place aux faibles. Mais aujourd'hui, je réalisais que je dégringolais peu à peu la pyramide et que si je ne faisais rien pour y arrêter la chute, alors il n'y aurait plus que mon cadavre pour terminer de rouler jusqu'aux pieds de celle-ci. Et j'en serai piétiné, jusqu'à en disparaitre à tout jamais sous la terre d'où je ne manquerais certainement à personne, ni même à ma sœur qui ne sera probablement plus là pour moi le jour où tout finira de s'écrouler entièrement.
"Je ne réfléchis pas vraiment. Lorsque je suis face à un panorama, je profite simplement de la vue qui s'offre à moi, comme si j'avais une œuvre d'art qui était exposée sous les yeux. La beauté de ces paysages n'est pas quelque chose qui demande de la réflexion, c'est quelque chose qui se vit et ressent Ralph. C'est un peu difficile à expliquer mais je suppose que c'est une question de sensibilité."
- Haaaaaa... Haaaaaaaa.... Haaaa...
C'est en affichant rictus de douleur à la limite du supportable, que j'arrive enfin à redresser la lourde moto, alors que le souffle me manque. Ma main m'élançait affreusement, au point que j'en avais les larmes aux yeux. Il me fallut une longue minute avant de me sentir prêt à pouvoir repartir. La journée s'achevait et je ne savais si j'y reverrais un jour ou non cette fille. Tout ce dont j'étais certain, serait que demain allait être une nouvelle journée de travail en tant que Ralph Flynn, directeur de la société "Mécha Corp Inc", contribuant de travailler au service de Sky, une IA complètement folle dont l'humain n'aurait jamais du concevoir de toute son existence. Au moins cette fille avait-elle raison dans ce qu'elle disait. Que vaut le pouvoir et l'argent dans ce monde, si l'on n'est incapables d'aimer et d'être aimés à sa juste valeur en retour? Qu'est-ce que la vie, si l'on ne sait pas parfois s'arrêter pour y observer ce qui nous entoure? Au final, nos pires ennemis ne sont peut-être pas toujours ceux que l'ont croit. Simplement parce que...
- Notre pire ennemi... c'est nous même.