Ville de Seikusu, Kyoto, Japon, Terre > Centre-ville de Seikusu
[Terminé] Can you spot a fake from a mile away ? [Feat. Ralph Flynn]
Nowi la Caméléone:
Si la plupart des portails que franchissait Nowi menait à des destinations pratiques et sécurisées, comme s'ils répondaient à une sorte d'algorithme et non pas à de l'aléatoire - Nowi se demandait même parfois s'il n'y avait pas moyen de calculer et anticiper l'apparition de portails - il en existait tout de même parfois certains bien plus imprévisibles, servant de connexion vers des lieux parfois bien inhospitaliers, dangereux et/ou imprévisibles. Si je vous en parle aujourd'hui, c'est car Nowi s'apprêtait justement à franchir ce type de portail. Ce n'était pas sa première fois mais c'était toujours déstabilisant par le caractère imprévisible de la chose et le besoin de s'adapter à la situation. C'était d'ailleurs pour cela que Nowi attendait de voir où elle mettait les pieds avant de se transformer.
Donc, pour en revenir à notre douce terranide, le portail qu'elle eût franchi ce jour-là la mena directement sur le toit d'un grand bâtiment. C'était déjà quelque chose d'assez inhabituel. Elle n'avait, comme souvent, pas la moindre idée d'où elle se trouvait. Il lui fallait vite récupérer ce genre d'information mais le souci avec un toit, c'est qu'on ne voit pas grand monde y passer. En tout cas, à en juger par l'architecture, elle était sur Terre et dans une ville humaine.
L'endroit était désert à un détail près. Une femme, d'apparence jeune, se trouvait ici. Elle déambulait, faisant les cent pas, avant de s'arrêter enfin pour regarder vers l'extérieur. Nowi ne comprenait pas trop ce qu'elle faisait là mais elle profita de la fenêtre de temps pour s'éclipser discrètement d'ici après avoir pris l'apparence d'une dame quelconque, au cas où la fille du toit se retournerait. Mais arrivée à ce qui semblait être la seule issue possible de cet endroit, la caméléone se retrouva face à un petit problème. Elle ne pouvait sortir ou partir d'ici. La porte était verrouillée et semblait équipée d'un dispositif de sécurité pour l'ouvrir. Nowi comprit alors qu'elle n'avait pas atterrit n'importe où. Mais il restait encore à savoir où justement.
Elle n'avait peut-être pas beaucoup de temps pour filer d'ici avant d'être découverte et elle n'avait sûrement pas le droit d'être ici. Comment allait-elle expliquer la raison de sa présence ici ? Elle ne pouvait révéler venir d'un portail d'un autre monde. Peu de gens la croiraient. Il fallait trouver un moyen de fuir d'ici. Malheureusement, Nowi n'avait ni les compétences, ni le savoir pour se la jouer hackeuse du système de sécurité de cette tour. Une seule option lui sembla vraisemblable dans cette situation : la fille sur le toit. Elle venait sûrement de cette même porte. Alors elle devait avoir la possibilité de l'ouvrir d'une façon ou d'une autre. C'était risqué en ayant l'original dans le coin mais Nowi allait devoir prendre son apparence.
Pour cela, elle revint sur ses pas, se dissimulant dans les ombres, afin de mémoriser l'apparence de cette fille qui avait l'air de ne plus bouger, comme si elle attendait quelque chose. Peu importe si c'était le cas ou non, le temps était peut-être compté pour le terranide pour s'en aller d'ici sans être démasquée. Cette couverture improvisée et sa capacité à fonctionner allait fortement dépendre de cette inconnue et de ses actions dans les minutes qui allaient suivre. L'usurpatrice ne perdit pas plus de temps et prit l'apparence qu'elle voulait avant de filer de nouveau vers cette porte qui, cette fois-ci, accepta étrangement de s'ouvrir. Nowi avait visait juste. Une cage d'escaliers se présenta à elle et l'habituellement joviale hybride fit preuve de plus de sérieux, dévalant les marches sans se faire prier.
Une nouvelle porte plus tard, elle se trouvait dans un long couloir. Personne ne semblait être dans les environs. Heureux hasard ? Peut-être. Nowi se baladait en tout cas, cherchant une sortie. Toutes les portes étaient fermées à part une. Une plaque indiquait un nom dessus : Ralph Flynn. Elle ne savait pas qui était ce Ralph mais elle espérait ne pas tomber sur lui et qu'il ne se trouvait pas dans le coin malgré la porte ouverte. Après quelques pas, elle croisa brièvement un robot. La peu discrète caméléone se figea sur place alors que la machine ne s'alarma aucunement de sa présence. Au contraire, elle la salua même :
- Bonjour Madame Flynn.
Madame Flynn... Comme ce Ralph... ? Nowi aurait pris l'apparence d'une personne partageant le même nom que cet homme à la plaque sur une porte ? Peut-être que cette fille dont elle empruntait le corps était la femme de ce type. C'était une raison de plus pour ne pas le croiser. Mais la vie était parfois joueuse et vicieuse. C'était au détour d'un couloir que la femme de Terra tomba nez à nez avec un homme plutôt séduisant, droit et ayant l'air sûr de lui. Son regard dégageait ce quelque chose de puissant qui l'intimida sur l'instant. En le voyant, elle se rappela la porte ouverte et elle espérait désormais plus qu'une chose : pourvu que cet individu ne fût pas Ralph Flynn.
Ralph Flynn:
- Oui... En effet. Tout a été transféré selon les demandes de notre client... Parfait... Très bien, dans ce cas je vais vous laisser. Merci et au-revoir madame Clark...
- Au-revoir madame Clark. C'est que vous avez bien là un beau nom de ratée, pour la mégère de cinquante ans que vous êtes, avec votre vieux débris de mari tout aussi enfariné dans le plâtre que vous êtes. La compagnie Mecha Corp Inc vous souhaite la bienvenue à bord de notre nouvelle poubelle technologique à déchets, dans laquelle vous-vous êtes portés garants pour y passer tous nos test avec brio et ne plus jamais vous y revoir à l'arrivée.
Voila ce que je dis après coup, une fois le téléphone raccroché, imitant pendant quelques instants ce que j'aurai vraiment aimé exprimer avec tout mon grand cœur, à cette espèce de conne. Enfin bref, car surtout... Enfin! Je viens enfin de terminer une journée de plus, au nom de cette foutue compagnie où tout marche comme du papier à musique. Cette impression bien trop souvent pesante comme celle de se trouver dans un train, qui roule vers une destination inconnue, mais dont le réel objectif est surtout de passer wagons après wagons, parfois surprises après surprises, pour arriver finalement enfin au bout du calvaire.
Je regarde alors la montre et je vois qu'il est près de 18h30. J'ai une demi-heure de retard ce soir et en plus, j'avais promis à Eva de l'emmener nous détendre un peu au parc d'attractions. C'est donc après avoir rangé un peu le bureau et verrouillé l'accès à l'ordinateur principal, que je me lève et que je me dirige vers mon vestiaire personnel, pour me changer. Pas questions de rester dans cette tenue, pour aller dans un endroit comme celui-là. En plus, il était hors de question que l'on me reconnaisse là bas. Ce temps passé, nous le ferions tous les deux ensemble, Eva et moi.
C'est donc après m'être changé et avoir mis un ensemble sportif, composé d'un débardeur vert que j'adore et qui me rappel ce bon vieux temps où je faisais du basket au lycée et à la fac, que je mets un jean bleu simple et passe-partout, avec une paire de baskets pour faire l'affaire. Je range ensuite momentanément les clés dans la poche de la veste en cuir que j'ai enfilé pour la moto, puis je sors. Lorsque je vois Eva qui arrive alors juste devant-moi, le temps que je revienne pour la chercher sur le toi, je la regarde un instant intensément, avant de lui sourire d'un air amusé. La voir pointer là, pile au bon moment pour partir d'ici, ça avait quelque chose d'assez amusant.
- Et alors? Tu as lu dans mes pensées Eva? Tu es là, juste au bon moment où j'allais venir te chercher pour partir.
Je passe tendrement ma main sur le haut de son dos, pour la diriger vers l'ascenseur dont je suis fort heureusement le seul à en posséder l'accès, mis à part mon "très cher" assistant robotique.
- Ça y est, vous partez monsieur Ralph? Dans ce cas, permettez-moi de vous souhaiter une agréable soirée, en compagnie de dame Eva.
C'est un peu lassé par les manières toujours aussi téléguidées de mon assistant, que je lui fais un signe de main aussi visible que ce que sa personne représente pour moi. Je me dirige alors avec Eva dans l'ascenseur, laissant l'autre robot se charger comme à son habitude des derniers rangements, ainsi que du nettoyage de mon bureau. Un "super homme" à tout faire dans cette société. Lorsque nous arrivons dans l'ascenseur que je déverrouille grâce à la reconnaissance à empruntes digitales, je regarde Eva. Comme à son habitude, elle semblait encore plus ou moins perdue dans ses pensées.
- Désolé si j'ai été un peu long Eva. J'espère au moins que tu as pu agréablement profiter de la vue sur le toit, en m'attendant? Mais ne t'en fais pas, je te promets qu'on va bien s'amuser là-bas. D'ailleurs, ça fait un moment que je voulais t'emmener au parc d'attractions. Il faut dire que tu ne m'aides pas beaucoup non plus. Tu ne demandes presque jamais rien. Haha...
Je passe affectueusement la main quelques instants sur ses cheveux, en même temps que j'appuie sur le bouton du sous-sol. Je profite de ces quelques instants en sa compagnie, pour regarder l'immense vue sur la ville tout au loin. Mais surtout, celle qu'offre le quartier industriel, depuis les baies vitrées qui défilent dans le sens de la descente. En plus, on pouvait voir le soleil se coucher à l'horizon. Au vu de la saison, il commençait à faire bon et les journées semblaient se rallonger un peu. Puis je regarde Eva... Je resterais toujours subjugué de la voir autant apprécier n'importe quel paysage. Je n'ai jamais su comment faisait-elle, pour rester aussi longtemps à faire face à un point de vue. Il y a des fois où j'envie la simplicité qu'elle porte en elle.
- Tu sais ce qui est drôle Eva? C'est que malgré toutes les personnes que je connaisse ici, d'aucun n'arrive à rester aussi mystérieux et évasif que toi. Je lis chez la plupart d'entre eux, notamment chez mes employés aux maigres pensées de petits ambitieux profondément ratés, comme dans un livre ouvert. Alors qu'avec toi, la personne que je suis censé connaitre le mieux et qui est en plus la plus précieuse à mes yeux, je ne parviens que rarement à voir plus que ce que tu veux bien me montrer. Dans ce domaine, j'avoue que tu me bats à plates coutures.
Pendant que nous descendons, je prends la main d'Eva pour la caresser. En effet, ma sœur était tout pour moi. Même si j'étais conscient qu'on l'avait transféré dans ce nouveau corps robotique, j'avais toujours eu la conviction la plus sincère, qu'elle était encore là. Qu'elle était capable d'entendre et d'agir, indépendamment de sa propre reproduction. C'est surtout parce que Eva est, et restera unique, et personne ne me l'enlèvera!
Quelques instants après, nous voila passés sous terre pour arriver dans la zone des parkings souterrains. Lorsque nous-nous y engouffrons, je repère encore certains des employés trainards, en train de discuter.
- Ah... Mon...Monsieur Flynn... Passez une bonne soirée! Hahahah!
- Bonne soirée à vous, monsieur. J'ai vraiment passé une super journée aujourd'hui. Comme tous les jours d'ailleurs.
- Tant mieux. Mais vous feriez mieux de rentrer chez vous, car demain, une autre dure journée vous attend. La société ne s'encombre pas de ceux qui ne lui servent à rien. Ne l'oubliez pas.
C'est un peu agacé et volontairement dédaigneux, que je salue ces crétins lèches-bottes. Pas un pour être honnête ici, avec moi. Tous des larbins prêts à passer sous n'importe quel bureau de ce service, pourvu qu'on leur donne une promotion. Qu'ils sont méprisables...
Encore un instant après, nous arrivons devant ma voiture de sport jaune, ainsi que la moto de course qui y était garée, juste à côté. Je sors alors les casques et j'en tends un à ma sœur tant aimée.
- Tiens. Ce n'est pas parce que tu as la tête solide, que tu ne dois pas porter ça. C'est surtout que je ne veux pas qu'il t'arrive encore quelque chose, même si je sais que ce serai certainement anodin pour toi...
Je lui tends le casque de moto, tout en la regardant encore une fois aussi intensément, que tendrement. L'amour et l'autorité n'ont jamais étés incompatibles pour moi, surtout si cela sert ses propres intérêts. Après tout, c'est pour elle que je fais tout ça. Puis pendant qu'elle s'exécute, j'enfile mon propre casque. Je monte ensuite sur la moto et j'y insère la clé de contact. Pendant que je fais une manœuvre de sortie , je m'arrête devant elle, les gaz allumés.
- Vas-y monte. Le carrosse de la petite princesse est arrivé et est prêt à partir.
Je lui fais un clin d’œil juste avant qu'elle n'embarque derrière-moi, puis j'agrippe fermement le guidon et j'accélère. La moto fait l'un de ces gros bruits, qui me rappel encore ce fameux temps où je m'essayais à quelques courses, avec un bolide de papa. Alors que nous quittons ensuite la grande allée du building donnant sur le grand jardin, nous sortons par le grand portail principal, d'où se tient un vigile. Encore un qui ne sert pas à grand chose, dans cette société... Et puis de là, je m'engage droit vers l'ouest, pile là où le soleil est en train de se coucher. A cet instant, j'accélère et je commence à doubler toute une série de véhicules. Je sentais Eva qui s'accrochait à moi. Et alors que je me perd dans une énième pensée, au sujet des parents et de la famille tout en la sentant collée à moi, le feu qui était au rouge, passe au vert.
- Okay, cramponne-toi Eva! On va accélérer sec! Je parie qu'on peut être là-bas en moins d'un quart d'heure!
Pour m'aider à anticiper et éviter les obstacles, tout un tas d'informations et de pronostics sur ma vitesse et ma tenue de route, s'affichent devant mes yeux, grâce à mes nanomachines. Même si ces dernières ne m'ont pas étés implantées dans la tête par mon paternel que pour le meilleur, je devais reconnaitre tout le côté pratique qu'elle avaient. Nul doute que je n'aurai pas été aussi compétent dans tous ces domaines, sans elles. Et paradoxalement, ce sont aussi elles qui me motivent à prendre encore plus de risques. Puis de temps en temps, je devais parfois volontairement décélérer un peu, pour Eva. Même si je savais qu'elle ne risquait pas grand chose, puisque j'ai voulu la baser sur l'un des meilleurs modèles existants du marché de la robotique, je n'avais pas le droit de la mettre en danger de quelques manières que ce soit. C'est alors que du quartier industriel, nous passons par l'un des axes autoroutiers. Je ne peux évidemment m'empêcher de réaccélérer par habitude, alors que de nouvelles informations s'affichent encore devant-moi. Rappel de la vitesse, mise en encadrement des véhicules les plus proches de moi. Estimations que l'un d'eux aurait des chances de se déporter. Mise en évidence d'éventuels obstacles... Je vivais quasi constamment, avec des choses en plus devant les yeux. Aussi, je n'y prêtais parfois même plus attention. J'y étais habitué. Puis à un moment, alors que nous pouvions voir les maisons et autres immeubles défiler rapidement tout autour de nous, je m'adresse à Eva, lorsque je suis en train de m'engager dans un passage où je suis forcé de ralentir.
- Est-ce que ça va Eva? J'espère que ça te plait. C'est que nous n'avons pas souvent l'occasion de prendre la moto. Je me suis donc dit que ce serait une bonne idée, histoire de changer un peu. Mais le GPS made in Ralph, m'indique que nous ne sommes maintenant plus très loin de notre destination.
Nowi la Caméléone:
L’homme semblait heureux de voir Nowi ou plutôt… Eva. À en juger par son comportement et la complicité qu’il semblait y avoir entre eux, il ne faisait aucun doute, ce type était Ralph Flynn. Au moins, sa couverture n’était pas grillée mais… Nowi n’eut pas le temps de réagir qu’elle se trouva désormais embarquée dans son rôle d’Eva Flynn bien malgré elle. Tout ce qu’elle était en train d’éviter et redouter était en train de se passer. En un instant, sa couverture se transforma en prison. Elle appréciait néanmoins le geste plein de tendresse de cet inconnu sur son dos pendant que le robot qu’elle eut croisé plus tôt confirmait ses doutes sur l’identité du garçon. Il ne faisait plus aucun doute, c’était Ralph Flynn.
Encore sous l’influence de la surprise, la terranide ne pipait pas le moindre mot, elle se laissait faire. Elle ne comprenait pas pourquoi elle était incapable de se connecter avec l’esprit de cette Eva et arrivait donc encore moins à savoir quel comportement elle devait adopter. Elle espérait que Ralph la guide malgré lui en ce sens. Pour le moment, il ne semblait pas s’interroger sur son troublent silence. Peut-être qu’Eva n’était pas une grande bavarde ou même peu expressive ?
Une fois dans l’ascenseur, Ralph s’excusait de son retard. Puis, il révéla leur destination : un parc d’attraction. Une part de la demoiselle était heureuse car elle avait toujours voulu essayer un jour mais n’avait pas encore eu le temps de se le permettre ou plutôt l’occasion. Celle-ci fut donc parfaite mais elle se demandait si elle ne volait pas là aussi le rêve de la véritable Eva puisqu’apparemment, c’était quelque chose que les Flynns voulaient faire depuis longtemps. En tout cas, l’idée que la véritable Eva soit peu expressive se vérifiait de plus en plus puisqu’apparemment, elle ne demandait jamais rien à Ralph. Ce dernier semblait même désemparé face à cela. Il caressait les cheveux bleutés de la caméléone qui continuait à demeurer silencieuse puisque c’était visiblement la conduite à tenir pour ne pas être démasquée, ce qui l’arrangeait beaucoup en réalité.
Bien qu’elle appréciât les marques d’affections du jeune homme à ses côtés, elle se contentait de regarder dehors et d’admirer la vue de la ville qui défilait au gré de la descente de l’ascenseur. Ralph lui parlait de nouveau et elle continuait de l’écouter, recueillant la moindre information qui pouvait lui être utile sur Eva. Il semblait lui faire part de ses états d’âme et Nowi pouvait sentir de la tristesse ainsi qu’un soupçon de mélancolie quand il parlait. Plus le temps passait, plus elle avait tant du mal à comprendre qui était Eva que la relation qui la liait à ce Ralph. Tout portait à croire qu’ils étaient amants mais la véritable Eva semblait peu démonstrative de son amour. Pour Nowi qui était très expressive, c’était étrange mais elle savait qu’il existait des personnes qui n’arrivait pas à exprimer leur sentiment aussi facilement. Tout cela faisait que la Terraienne restait dans un mutisme déstabilisant. Elle n’arrivait pas à jauger à quel moment elle devait elle allait pouvoir et surtout devoir sortir de son silence ou pire, se montrer affectueuse.
Soudainement, Ralph prenait sa main qu’il caressait. Nowi souffrait de se montrer aussi peu expressive avec lui et s’essaya à un simple geste, refermant légèrement sa main sur celle de l’homme. Ce n’était pas grand-chose et l’usurpatrice espérait que cela correspondrait au comportement de la vraie Madame Flynn. Finalement, les deux amants arrivèrent au sous-sol de l’immense bâtiment et croisèrent deux employés qui transpirait tellement l’hypocrisie que ça en aurait donné la nausée à Nowi s’ils s’étaient attardés ici. Si ces deux personnes devaient représenter une couleur, ce serait un noir bien sombre. Ralph semblait être conscient du masque qu’ils portaient et coupa court à la conversation avant d’arriver devant une moto, agacé. Ralph tendit un casque à Nowi qu’elle enfila avec un sourire timide, presqu’effacé au visage suite à ses mots. Elle prenait peu à peu son rôle et osait effectuer quelques choses bien qu’elle continua de restait silencieuse. Par chance, elle avait déjà eu la chance de monter sur une moto et n’était pas totalement étrangère à ce véhicule, ce qui était une aubaine car sa couverture aurait pu être foutu. En y repensant, elle se demandait même pourquoi elle continuait de jouer le jeu alors qu’elle pouvait aisément sortir d’ici désormais mais une partie d’elle voulait essayer d’offrir un bon moment à ce Ralph. Elle le trouvait mystérieux mais il avait l’air d’avoir bon fond et elle ressentait de la tristesse pour lui.
Ils grimpèrent sur la moto et Nowi ne perdit pas de temps à s’accrocher au garçon. Elle connaissait les motos mais n’y était pas habituée pour autant. Ils quittèrent le sous-sol et Nowi se rendit compte qu’elle était encore bien loin de la sortie puisqu’il y avait encore tout un jardin à traverser. Il était magnifique et un soupçon de fascination pouvait se lire dans les yeux de l’émotive hybride. Heureusement que Ralph ne pouvait la voir dans son dos, elle aurait pu griller son déguisement en étant un peu trop expressive, quoique la vraie Eva semblait aussi capable de s’émerveiller sur ce qu’elle pouvait voir.
Une fois le jardin et cet endroit définitivement quittés, Nowi s’émerveillait de nouveau mais sur le soleil couchant sur la côte cette fois-ci. C’était tout aussi beau et même presque poétique. La terranide en oublie un peu son rôle sur l’instant et s’accrocha un peu plus à Ralph, se collant même un peu à lui en posant sa tête contre son dos pendant qu’il accélérait de son côté. Elle ferma finalement les yeux, profitant seulement de cette balade, de la vitesse et de l’air qui balayait son visage. Ce moment avait un petit quelque chose de magique pour elle. Les minutes défilaient et le voyage se poursuivait jusqu’à un moment où le véhicule ralentissait, moment dont Ralph profita pour parler à la muette qui l’accompagnait. Apparemment, Eva n’était peut-être pas plus habituée à ce genre de voyage en moto que Nowi. A la question, elle hocha de la tête comme réponse avant de finalement tenter de parler. Elle n’arrivait pas encore à savoir exactement comment se comportement la vraie au niveau de la voix mais il fallait bien essayer à un moment :
- Je vais bien. J’ai hâte d’arriver à destination.
Sa voix était douce avec une petite pointe de joie dissimulée. Mais elle restait globalement très calme. Le voyage se poursuivit ensuite jusqu’à l’arrivée au parc d’attraction. Une fois sur place, Nowi retira son casque après être descendue de la moto et si tout son corps lui hurlait de courir vers l’entrée pour enchaîner sur une première attraction, elle s’efforça de rester aux côtés de ce Ralph. Le duo arriva à l’entrée et le garçon prit deux places. Ils entraient enfin.
Une fois sur place, Nowi était émerveillée mais essayait tant bien que mal de le dissimuler. Ses yeux pétillaient légèrement face à toutes ces lumières et à l’ambiance festive des lieux pendant que le reste de son corps était inexpressif. Finalement, elle se tourna vers celui qui devait être son… mari ? et reprit la parole :
- Merci de m’avoir amené Ralph. Par quoi veux-tu commencer ?
Son ton et sa voix ne changeaient pour le moment pas. À voir si elle allait pouvoir maintenir cette supercherie toute la soirée.
Ralph Flynn:
- Haha! C'est vraiment toi toute crachée. Toujours en train de contenir tes émotions, même quand je sais que tu as envie de quelque chose. Mais ne t'en fais pas, on va bien s'amuser. C'est pour ça que j'ai voulu qu'on aille là-bas.
Je profite de l'ouverture sur la route, pour réaccélérer. Je sentais le vent souffler puissamment. C'était un instant que j'appréciais. Outre les souvenirs que cela me rappelait, j'avais comme la sensation d'être libéré de tous mes soucis. Juste Eva et moi, ici et maintenant. Presque j'aurai souhaité que cet instant ne se termine jamais. Rouler sans but. Vers l'infini... Peut-être que je devrai lui proposer un jour, de faire un tour complet du pays. Si bien-sûr j'ai assez de temps sur moi, pour pouvoir entreprendre ça...
C'est alors que nous arrivons ensuite à la bretelle de sortie. Le reste du trajet se passe sans incidence, mis à part un idiot qui a failli me faire un refus de priorité. Mais bon, j'imagine que tout le monde n'a pas la "chance" d'avoir des nanomachines greffées dans la tête comme moi, que pour pouvoir être un peu moins bête sur les routes.
- Terminus!
Le temps de passer encore par quelques axes aussi droits que fluides, nous arrivons alors sur le grand parking du parc d'attractions. Par chance, il n'était pas totalement plein. En tout cas, ce truc était plutôt bien situé. Juste à côté de l'océan. Et sans dire un mot, Eva me rend le casque et c'est avec entrain que je l'entraine sans attendre vers le guichet, pour y payer nos tickets d'entrée.
- Allez Eva! Ici c'est le pays de la joie et des sourires. Alors arrête de faire ta tête de renfrognée!
Je lui caresse la tête tout en la taquinant gentiment, avant de l'attraper par la main et de nous diriger à l'intérieur sans perdre de temps. J'étais finalement si excité, que j'avais l'impression de reprendre dix ans de moins, à peine on se trouvait dans l'ambiance festive. Quelles conneries j'ai pu faire avec des potes, à l'époque... En plus, cet endroit était vraiment à l'opposé total de l'ambiance dans ce dans quoi je travaille aujourd'hui. Et comme à son habitude, Eva me demande au passage ce que je souhaite faire avec elle.
- J'ai déjà pleins d'idées... mais ce serait peut-être bien que tu prennes aussi un peu des initiatives. Bon cela dit...
Je prends quelques instants pour regarder autour de moi et nous diriger par la même occasion vers le plan, sans lâcher la main d'Eva que je tenais toujours fermement dans la mienne. Après lecture rapide de celui-ci où l'on pouvait y trouver toutes sortes de stands de jeux, manèges et autres endroits pour s'y restaurer, mais surtout un truc que j'ai toujours adorer et qui se pratique ici aussi, dans ce pays.
- Tu as vu Eva. Ils ont une arène de méchas ici aussi. Mais malheureusement, je ne crois pas que ce soit un jour de compétitions. Mais ce n'est pas grave, on ira y faire un tour quand même. D'ailleurs, je pense que je sais déjà par quoi on va commencer.
C'est détendu et totalement décrispé, que je me dirige avec Eva vers un stand d'attrape peluches. Je savais que ce truc là était une merde d'attrape touristes, mais c'était sans compter sur mes petits secrets, que je comptais bien tout entreprendre pour faire gagner Eva. Je voulais qu'elle soit en ces instants, aussi radieuse et pleine d'entrain que moi, même si je savais que ça n'allait sans doute pas être des plus faciles, la connaissant.
- Allez Eva. Dis-moi si tu repères quelque chose qui te fait plaisir, parmi tous ce tas de grosses peluches. Parce que moi, je ne sais pas mais je dis ça comme ça, mais je sens que ça va être ton jour de chance.
C'est après avoir lâché la main fine et délicate de ma chère petite sœur, que je me retourne vers elle rempli d'entrain, tout en lui souriant. Puis le temps qu'elle se décide, je pars acheter un lot de jetons que je lui donne ensuite.
- Alors? Tu as choisi? Vas-y fais-toi plaisir. Je te regarde faire.
Regarder est certainement le mot le mieux choisi en ces instants. Car avant même que Eva ne se décide d'insérer la première pièce, j'analyse avec précision les pinces. Et comme je m'y attendais, les chance de pronostics de ces machine de pouvoir gagner un de ces trucs, étaient vraiment plus que minables. J'essaie donc de me connecter au système qui par chance, dispose d'un réseau connecté. Il ne me faut pas plus que quelques instants pour y faire un intrusion sommaire et demander aux nanomachines de pirater le système, afin d'augmenter l'efficacité de voir ces pinces attraper un truc.
- Bingo!... Euh... Désolé...
Je fais un petit cri de victoire, lorsque je vois le pourcentage de données augmenter davantage. Cependant, il restait encore un problème mécanique indépendant, lié à la qualité de ces pinces douteuse. Nul doute qu'il faudrait encore un certain nombre d'essais à Eva, pour qu'elle puisse espérer l'emporter. Mais j'étais confiant qu'elle allait y arriver.
Nowi la Caméléone:
Ralph taquinait Nowi, lui adressant encore ce geste plein de tendresse quand il caresse sa tête. Elle ne pouvait le dire clairement vu la situation mais Nowi aimait beaucoup ça. C’était si doux, si agréable… Puis, petit changement, il attrapa sa main et les deux tourtereaux s’approchèrent d’un plan du parc et des multiples attractions qu’il propose. Ne sachant pas encore totalement comme agir et réagir avec cet homme, Nowi, ou du moins Eva, demanda à son amant ce qu’il souhaitait faire sur un ton se voulant toujours aussi monotone.
Ralph aurait aimé qu’Eva choisisse un peu d’elle-même ce qu’ils pouvaient faire. Nowi se dit alors qu’elle pourrait faire l’effort quand l’occasion se présenterait. Apparemment, les Flynns devaient être des adeptes des méchas car c’était ce qui avait sauté aux yeux du jeune homme et ce n’était pas leur première fois qu’ils semblaient vouloir y aller. Nowi, de son côté, n’était pas spécialement fan de ces choses robotiques et elle allait devoir envisager de faire semblant d’apprécier cela pour ne pas se faire démasquer.
Mais finalement, pour l’heure, il était question de se diriger vers un stand avec des peluches. Sûrement que Ralph voyait là l’occasion de faire plaisir à Eva et peut-être avoir le droit à un sourire de sa part. Mais Nowi se retrouva bien vite avec une mission qu’elle n’était pas sûre de pouvoir assurer à 100%. Ralph semblait sûr qu’elle pouvait gagner les plus gros lots et elle ne voulait ni le contrarier, ni le décevoir.
Il fallait trouver quelque chose qui plairait forcément à la véritable Eva mais quoi ?! Elle ne savait strictement rien de cette fille et c’était justement ce qui rendait l’exercice des plus difficile. Y avait-il ici quelque chose qui sauterait aux yeux de celle avec qui Ralph partageait sa vie ? Aimait-elle les animaux ? Les créatures mignonnes ? Ou tout autre chose encore ? La pauvre caméléone paniquait intérieurement, elle se trouvait dans une situation bien complexe. Elle ne pouvait ni être elle-même, ni être quelqu’un à qui elle aurait pu se connecter. Elle était là, face à elle-même, et devant l’un des plus gros défauts de son pouvoir de métamorphe.
Ralph revint avec des jetons et demanda à Nowi si elle avait choisi, ce qui n’était pas le cas, mais il fallait bien se décider à un moment. Soudain, elle est surprise de l’entendre prononcer Bingo ! alors qu’elle n’avait même pas encore commencé jouer. C’était un peu particulier comme comportement. Mais Nowi n’y fit pas plus attention et inséra un premier jeton. Elle ne savait même pas vraiment comment ces trucs fonctionnaient et ça se voyait peut-être un peu car sa première tentative fut catastrophique, elle arrive à peine à faire bouger les pinces. Elle se sentait si nulle mais elle ne devait pas le montrer…
Elle essaya presqu’aussitôt une seconde fois et les pinces semblaient mieux répondre à sa volonté cette fois, elle avait capté le truc visiblement. Elle essaya d’attraper quelque chose avec mais… encore raté. Elle ne devait en plus pas montrer son agacement, ce qui était d’autant plus frustrant. Tant pis, va pour une troisième fois ! Cette fois, l’une des pinces effleura l’un des gros lots mais elle ne semblait pas pouvoir être capable de l’attraper. Troisième échec. Même si elle cherchait à le cacher, un soupçon d’agacement pouvait peut-être se voir dans son regard en cet instant.
Cette fois, il n’était plus question de faire plaisir à Ralph, c’était devenu personnel entre cette foutue machine et Nowi. Soudain, Eva semblait plus concentrée, plus vivante. Nowi en oubliait presque son rôle. Elle devenait émotive. Elle lança le quatrième jeton, ses commandes sur les pinces étaient plus travaillées et, finalement, non seulement elle attrape quelque chose mais elle arriva à le ramener cette fois ! C’était donc une grosse peluche de… serpent qu’elle gagna. Aucune idée si cela convenait aux goûts habituels d’Eva et ça devait être un peu bizarre mais sur le coup, Nowi n’avait qu’une envie, tirer un gros lot, peu importe lequel. Néanmoins, elle restait heureuse d’avoir réussi si bien que Ralph pouvait enfin la voir sourire, peluche en main désormais, et elle alla même jusqu’à embrasser sa joue.
- Merci.
Un simple mot, prononcé en douceur, et Nowi reprit un peu plus son air inexpressif, gardant tout de même la peluche précieusement contre elle.
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