Lance, qui aurait pu passer pour impassible face à des personnes peu observatrices, avait croisé le regard de Catalina et lu la malice dans son regard comme elle jouait la comédie. Son flair lui criait que cette femme était terriblement dangereux. Leur bref échange le lui confirmait. Il ne la sentait pas malveillante à l’égard du patron, mais elle pourrait bien éliminer n’importe qui dans son équipe, lui compris, si elle en avait l’intérêt. Il en était certain. A sa question faussement ingénue, il esquissa un sourire sardonique mais poli, soufflant du nez un rire pincé, se retenant de lui lancer un
si vous saviez ! irrévérencieux pour simplement la laisser circuler. Il avait encore beaucoup de travail ici, que l’idée de laisser Vance partir seul avec elle lui plaise ou non.
Vance, d’ailleurs, avait filé sur le toit avec sa belle invitée, la faisant grimper dans le luxueux
ACH160 sans toujours lui préciser où ils allaient, et ce alors même qu’il s’apprêtait à lui faire techniquement quitter le territoire chinois sans déclaration à la douane. Il le faisait souvent et il arrangerait cela s’il le fallait. Souvent, un message et un bakchich au bon officier suffisait amplement. Si la réaction était contrarienne, il aurait la confirmation que Catalina avait un sacré passif et avait été mise sous surveillance. Non pas qu’il en ait quelque chose à faire.
Il l’aida à grimper à bord, glissant un compliment sur son choix de tenue au passage, se permettant de lui glisser une main aux fesses avant de la suivre à l’intérieur. Le pilote ferma la porte, grimpa au manche, décolla et pivota dans le bon axe avant d’engager les réacteurs, accélérant graduellement en direction du superyacht posté à la limite des eaux internationales.
Ils survolèrent une Shenzhen immense et baignée de lumière en direction de Hong Kong, la mégalopole entrecoupée de cours d’eaux étroits et de collines escarpées défilant sous eux à une vitesse croissante. Ayant vu d’autres scènes du genre, Vance choisit de bien passer le temps, faisant signe à Catalina d’approcher et la hissant à califourchon sur ses jambes avant de lui glisser un casque de vol et, écartant les micros, de l’attirer à lui pour l’embrasser langoureusement, laissant les villes chinoises défiler sous eux.
Lorsque leur étreinte se calma et que Catalina chercha à savoir s’ils étaient encore loin, tout était noir sous eux. Un noir d’encre, insondable. Un halo lumineux lointain, à l’horizon, trahissait la présence du continent derrière eux, et son regard en dit long sur ses questionnements. Vance sourit et ramena son micro devant sa bouche pour la rassurer.
«
Pour être tranquille, there’s no place like home ! »
Il gloussa et caressa sa joue avant de ramener son micro devant sa bouche également, lui permettant de répondre une fois qu’il aurait ajouté :
«
Tu seras ramenée où tu veux, quand tu veux, mais il est préférable de se faire oublier cette nuit. Crois-moi, ça ne va pas te déplaire. »
Une annonce de bord s’invita dans leurs oreilles, le pilote annonçant leur approche finale, et Vance se pencha pour regarder par la vitre, faisant signe à Catalina de venir.
«
Voilà ma maison. »
Et sous les yeux de la brune, de nouvelles lumières se détachaient sur l’eau tranquille, dessinant les courbes d’un bâtiment d’un blanc éclatant, et gigantesque. Son superyacht,
La Méduse, était, contrairement à ce que la référence de son nom pouvait laisser croire, un bâtiment monstrueux, moitié plus gros que la fierté de la Marine thaïlandaise et son seul porte-avions. A plus de 150m de long et près de 15.000t de luxe, de technologie, de gadgets et de mobilier, c’était un monstre de 8 ponts destiné à la vie, à la fête et aux manigances de son propriétaire. C’était un gouffre financier que ses finances supportaient pourtant très bien, malgré les projections de beaucoup d’analystes. Si vous pensez que ça soulèverait des sourcils étonnés du côté du fisc, vous vous trompez, mais Vance avait tout de même pris soin de le garder en haute mer depuis sa mise à l’eau. Si son argent et, donc, son influence, le protégeait d’enquêtes ennuyeuses, se préserver des soucis et des regards vertueux et sentencieux des gueux en valait la peine. Qui pouvait savoir ce qui se passait dans chaque recoin de ce monstre des mers ?
L’hélicoptère Airbus se posa avec une précision centimétrique sur un hélipad et coupa ses moteurs, permettant aux passagers de retirer leurs casques. Vance ouvrit rapidement la porte pour sauter sur le pont, tendant la main pour inviter Catalina à le suivre.
«
Bienvenue à bord de La Méduse, ma belle ! Que dirais-tu de faire passer cette soirée agitée par du champagne glacé dans un jacuzzi chauffé ? »