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Messages - Séliane Noctelume

Pages: [1] 2 3
1
Le crépitement de l'appareil finit par devenir le seul son que Franz semble entendre.

Autour d'eux, pourtant, la ville continue de vivre. La musique lointaine. Les éclats de rire. Une bouteille qui roule quelque part sur le trottoir. Le bourdonnement des enseignes lumineuses.

Mais à mesure qu'ils s'enfoncent dans la ruelle, ces bruits paraissent s'éloigner. Comme si les murs eux-mêmes absorbaient peu à peu le monde extérieur.

Le papillon refuse d'avancer. Arrivé à l'entrée du passage, il cesse simplement de voler plus loin. Ses ailes vibrent. Une fois. Deux fois. Puis il reste suspendu dans l'air, immobile.

Séliane le remarque immédiatement. Et cela l'inquiète davantage que la silhouette disparue. Parce qu'il n'a jamais hésité à la suivre. Jamais. Ses yeux quittent brièvement Franz, penché sur ses relevés.
Puis elle avance. Lentement.

La ruelle sent l'humidité, le béton froid et quelque chose d'autre. Une odeur discrète. Presque imperceptible.

Son cœur manque un battement. Non. Im.pos.si.ble ! Ses pas ralentissent. Devant elle, entre deux plaques de béton fendillées, une minuscule fissure traverse le sol.

Et là.

Quelque chose pousse. Une simple fleur. Petite. Fragile. Presque invisible dans l'obscurité. Ses pétales sont d'un argent pâle qui semble retenir la lumière plutôt que la refléter. Leurs contours paraissent légèrement translucides. Comme couverts de rosée. Mais aucune rosée terrestre ne scintille ainsi.

Séliane s'immobilise. Complètement. Le temps semble suspendu.

Le papillon quitte enfin sa position et descend lentement vers la fleur. Puis se pose à côté d'elle. Comme auprès d'une vieille connaissance.

La jeune femme ne respire plus. Ou presque. Ses doigts se lèvent lentement. Tremblent. À peine. Assez peu pour qu'un humain ne le remarque sans doute pas. Mais suffisamment pour elle. Le bout de ses doigts effleure un pétale.

Et aussitôt, un souvenir la frappe. Une terrasse baignée de lune. Des jardins suspendus. Le parfum des nuits du Royaume Nocturne. Des milliers de fleurs semblables ondulant sous un ciel qui n'existe plus.

Ses yeux se ferment une fraction de seconde. Seulement une fraction. Lorsqu'ils se rouvrent, quelque chose a changé. Pas dans son visage. Dans son regard. Une blessure ancienne vient de respirer.

Derrière elle, le crépitement de l'appareil de Franz semble soudain très lointain. Comme si cette ruelle n'était plus tout à fait à Seikusu. Comme si un fragment d'un autre monde venait d'apparaître entre les fissures du leur.

Et pour la première fois depuis son arrivée sur Terre… L’Héritière des Lueurs Vivantes a peur. Pas pour elle. Pas pour Franz. Mais parce que cette fleur ne devrait pas exister. Elle est certaine de son nom. Elle est certaine de son origine. Et elle est certaine d'une chose plus terrible encore.

La Fleur de Veille-Lune ne poussait nulle part ailleurs que dans les jardins royaux de la Cour Nocturne.

2
Le temple Shinto / Féeries [pv Seliane Noctelume]
« le: jeudi 04 juin 2026, 22:26:34 »
Je n’ai pas peu de foi en les mortels, Adel.

Son nom quitte ses lèvres avec une simplicité qui la surprend elle-même.

Autour d’eux, les omamori continuent de se balancer doucement sous la brise nocturne. Leurs cordelettes s'entrechoquent dans un murmure discret tandis que les lanternes suspendues projettent leurs reflets rouges et dorés sur le bois poli du sanctuaire.

La personnalité royale venue d’un autre monde garde les yeux posés sur lui. Sur l'omamori du voyage qu'il tient encore. Sur cet homme qui parle de serments avec une évidence qui lui semble à la fois admirable... et inquiétante.
Ce qui me trouble…

Sa voix demeure basse. Calme.
Ce n'est pas que vous portiez un serment.

Les papillons dérivent lentement autour d'elle, semblables à des fragments d'étoiles tombés dans la nuit.
C'est la manière dont vous semblez considérer naturel d'en porter seul tout le poids.

Son regard remonte vers le sien. Sans jugement. Sans pitié non plus. Simplement avec cette franchise désarmante qui lui échappe davantage depuis qu'elle lui a donné son nom.
Les mortels que j'ai observés possèdent une force remarquable. Mais même les arbres les plus anciens finissent par ployer lorsqu'aucune autre branche ne partage leur charge.

Une légère pause. Puis, plus doucement :
Je crois que votre volonté est réelle.

Le parfum des fleurs de cerisier flotte encore dans l'air. Le tambour résonne au loin. Lent. Profond. Comme le battement tranquille du sanctuaire lui-même.

Je crois simplement qu'elle n'est peut-être pas seule à vous faire avancer.

Le silence qui suit n'a rien d'inconfortable. Pour la première fois depuis leur rencontre, il ressemble presque à une conversation ordinaire. Presque.

Puis quelque chose change. Les papillons se figent. Pas tous. Quelques-uns seulement. Comme si une vibration invisible venait de traverser l'air.

Le sourire d'un enfant éclate près du bassin aux poissons rouges. Une femme rit. Quelqu'un applaudit à un stand de jeux.

Et au même instant...

Un craquement. Sec. Brutal. Un bruit qui n'a rien à faire là. Les yeux de Séliane quittent immédiatement Adel. Son corps se tend avant même que son esprit ne formule la raison.

Puis un second craquement retentit. Plus fort.

Une exclamation traverse la foule. Des lanternes oscillent violemment. Quelqu'un crie. Et soudain le mouvement se propage. Comme une pierre jetée dans une eau calme.

Des visiteurs se retournent. D'autres reculent. Un stand bascule. Un brasero est renversé dans la cohue. Des étincelles jaillissent. Une structure décorative de bois, montée pour soutenir une rangée de lanternes au-dessus de l'allée principale, vacille dangereusement. Trop dangereusement.

Les papillons de Séliane explosent soudain dans toutes les directions. Cherchant. Observant.

Puis l'un d'eux revient. Et la fée comprend. Son regard trouve immédiatement la petite silhouette. La fillette. Celle du poisson rouge.

La coupelle lui a échappé des mains. L'eau s'est répandue sur les pavés. Le petit poisson frétille désespérément au sol. Et surtout…

Sa mère n'est plus là. Emportée par le mouvement de panique.

- Maman !

Sa voix tremble.
- Maman !

La poutre cède. Lentement. Inexorablement. Une immense pièce de bois décorée de lanternes bascule dans sa direction.

Le temps semble ralentir. Autour d'eux, les cris montent. Des gens tentent de fuir. D'autres restent figés.
Mais Séliane n'entend déjà plus rien. Ses geta tombent sur les pavés dans un claquement sec. Elle court. Sans réfléchir. Sans calculer. Sans se soucier d'être vue. Les longues manches ivoire de l'uchikake se déploient derrière elle tandis que les broderies d'argent captent les lumières affolées du festival.
Les papillons convergent. Tous. Dans un même mouvement. Une nuée de lueurs traverse la nuit. Puis se rassemble dans son dos. Leur éclat devient plus intense. Plus dense. Leurs trajectoires s'entrelacent.
Et pendant un battement de cœur...

Quelque chose apparaît. Pas tout à fait des ailes. Pas tout à fait de la lumière. Une forme immense et translucide dessinée par des centaines de papillons luminescents. Une silhouette d'ailes née d'étoiles vivantes.

L'instant suivant, Séliane quitte le sol. Son envol est bref. Rapide. Presque silencieux. Une flèche de lumière glissant entre les lanternes vacillantes.

La poutre tombe.

La fillette lève enfin les yeux. Trop tard. Et pourtant… Une main l'atteint avant le bois. Une manche ivoire l'enveloppe. Une étreinte la protège.

Puis toutes deux disparaissent dans l'ombre projetée par un pavillon voisin au moment précis où la structure s'écrase dans un fracas assourdissant.

Le sol tremble. Des cris éclatent. La poussière s'élève.

Lorsque le vacarme retombe… Séliane est agenouillée contre le mur de bois du pavillon. La petite fille serrée contre elle. Vivante. Indemne.

Les ailes ont disparu.

Les papillons reviennent peu à peu autour d'elles. Leurs lueurs flottent dans l'obscurité comme de minuscules lanternes célestes pour qui sait les voir.

L'enfant tremble. Ses doigts s'accrochent désespérément au tissu de l'uchikake. Des larmes brillent dans ses yeux.

Alors, avec une douceur infiniment différente de la princesse distante rencontrée plus tôt, Séliane passe une main dans ses cheveux. Lentement. Délicatement. Comme si elle avait accompli ce geste des milliers de fois.
Chut…

Sa voix est presque un murmure. À peine audible au milieu du chaos.
Respire.

Les papillons se rapprochent. Leur lumière danse autour d'elles. Paisible. Rassurante.
Regarde-moi.

Les grands yeux humides de la fillette finissent par se lever vers elle.

Alors Séliane lui offre quelque chose qu'Adel n'a encore jamais vu depuis le début de cette rencontre. Un sourire. Petit. Fragile. Mais parfaitement sincère.
Ta mère te cherche déjà.

Sa main reste posée sur les cheveux de l'enfant. Protectrice.
Nous allons la retrouver.

Autour d'elles, le festival a perdu son harmonie. Les cris résonnent encore. Les visiteurs courent. Des prêtres du sanctuaire tentent déjà d'organiser les secours. Mais dans ce petit espace d'ombre entouré de papillons lumineux…

Il demeure encore un fragment de calme. Un refuge. Suspendu au milieu de la tempête…

3
Re. Désolée pour le temps mis à te répondre.

Je connais une démone, vu ses capacités, si sa forme ancienne se réveille, qui pourrait mettre le bazar à Seikusu sans le vouloir. Sa Majesté Shion et la Professeur d'Histoire de la Magie pourraient se rencontrer avant que Seliane prenne ses fonctions de Prof à l'Université, pour ensuite parler de Sa Majesté au Professeur Franz et ainsi la prévenir pour que Shion prenne des mesures de sécurité pour son propre peuple.
Et si on s'amuse à un mettre une sorte de fil rouge cohérent, tenter empêcher Sieur Anakha de ravager Terra pour retrouver sa moitié.
Ce ne sont que des idées. (Et non, je ne m'amuse pas à taquiner certains personnages. Juste à y mettre un peu de vie, d'imprévus ;-) )

4
Le temple Shinto / Féeries [pv Seliane Noctelume]
« le: samedi 23 mai 2026, 00:04:32 »
Le contact de ses bras disparaît presque aussitôt qu’il a existé. Et pourtant, la sensation demeure. Pas sur sa peau. Ailleurs.

Séliane garde la tête légèrement inclinée après ses excuses, immobile une seconde de trop peut-être, comme si quelque chose en elle tentait encore de comprendre pourquoi ce simple appui involontaire a troublé davantage sa maîtrise que les paroles abruptes d’Adel quelques instants plus tôt.
Puis il s’éloigne. Sans reproche. Sans insistance. Simplement vers les omamori.

Ses papillons hésitent un bref instant avant de le suivre à distance, leurs lueurs retrouvant peu à peu leur calme initial. La foule continue de circuler autour d’eux dans le bruissement des yukata, des rires étouffés et du bois des geta frappant les allées du sanctuaire.

Quelqu’un passe près d’un stand avec des brochettes encore fumantes. Plus loin, une vieille femme secoue doucement un petit sachet de grelots pour attirer les enfants vers un jeu d’adresse. Les lanternes suspendues au-dessus des allées oscillent lentement sous la brise nocturne, projetant des éclats rouges et or sur les étoffes claires.

L’air porte toujours cette odeur légère de fleurs de cerisier humides. Mais autour du stand des talismans, quelque chose est plus calme. Plus contenu.

Les omamori se balancent doucement sous les fines cordelettes de soie. Certains brodés d’or discret. D’autres plus sobres. Protection. Réussite. Santé. Harmonie. Études. Amour. Des dizaines d’intentions humaines suspendues côte à côte dans un ordre silencieux.

L’humaine en apparence rejoint finalement Adel sans bruit. Cette fois, elle ne cherche ni à le sonder ni à l’observer comme une énigme. Elle regarde simplement ce qu’il regarde. Ses yeux suivent la trajectoire hésitante de sa main entre les talismans. Elle remarque ses arrêts brefs. Les choix écartés sans même qu’il semble s’en rendre compte. Protection. Force. Victoire. Non.

Son attention revient toujours ailleurs. Au même endroit. Le petit omamori destiné aux voyageurs. Le tissu est d’un bleu nuit profond, parcouru d’un motif de fil argenté évoquant des vagues stylisées et des nuages anciens. La broderie est discrète, presque usée sur les bords, comme si d’innombrables mains l’avaient déjà effleurée avant lui.

Lorsqu’il le prend enfin, les papillons de Séliane ralentissent autour d’eux. Comme apaisés.

La jeune femme reste silencieuse quelques secondes. Puis :
Les humains ont une manière étrange de déposer leurs peurs dans des objets.

Sa voix est basse. Paisible désormais. Le tintement des clochettes accompagne doucement ses mots.
Ils savent qu’un morceau de tissu ne changera probablement pas leur destin… mais ils lui confient malgré tout ce qu’ils n’osent pas porter seuls.

Son regard glisse vers l’omamori entre les doigts d’Adel. Puis vers lui. Et, pour la première fois depuis le début de leur rencontre, il n’y a plus dans ses yeux cette distance presque sacrée.

Seulement une curiosité calme. Vivante.
Vous auriez pu choisir la protection.

Un papillon vient se poser lentement près de la manche ivoire de son uchikake.
La force. La réussite. Même la sagesse.

Une légère pause.
Mais vous avez choisi le voyage.

Pas une analyse. Pas un jugement. Une simple observation.

Autour d’eux, le festival continue de respirer doucement. Un éclat de rire fuse près des bassins. Le tambour résonne au loin avec lenteur. Une pluie de pétales tombe d’un cerisier bordant l’allée, emportée par le vent nocturne avant de disparaître entre les lanternes.

Séliane suit quelques secondes leur chute du regard avant de reprendre, plus doucement encore :
Je pensais que vous étiez un homme poursuivant uniquement un but.

Ses doigts effleurent distraitement le bois laqué d’un présentoir d’omamori.
Mais les gens qui choisissent celui-ci…”

Son regard revient au sien.
…sont souvent ceux qui n’ont pas totalement renoncé à découvrir ce qui existe entre leur départ… et leur arrivée.

Le silence qui suit n’est plus inconfortable. Il respire.

Et, presque malgré elle, avec cette sincérité nouvelle qui semble désormais lui échapper par fragments :
Je crois… que c’est une bonne chose.

Ses yeux restent quelques secondes sur l’omamori entre ses doigts avant de remonter lentement vers son visage. Cette fois, elle ne cherche pas à lire ce qu’il cache. Elle observe ce qu’il endure.

La cigarette entre ses doigts. La tension dans sa mâchoire lorsqu’il réfléchit. Cette fatigue qui ne ressemble pas à celle d’un homme ayant simplement trop marché. Et surtout… Cette chaleur. Pas celle de la lanterne seule. Quelque chose d’autre. Plus profond. Plus ancien. Une sensation difficile à définir, comme un brasier maintenu sous une couche de pierre depuis trop longtemps.

Les papillons frémissent doucement autour d’eux. Non d’inquiétude. De sensibilité.

Séliane incline très légèrement la tête, presque perplexe face à sa propre perception.
Il y a… quelque chose en vous.

Sa voix n’a rien de solennel. Rien d’une prophétie. Seulement une constatation prudente.
Un feu.

Le mot demeure suspendu quelques secondes entre le bruit lointain des tambours et les murmures du festival.
Les humains de ce monde se brisent pour moins que cela.

Son regard ne quitte pas le sien. Calme. Attentif.
Et pourtant vous continuez d’avancer comme si porter cela seul vous paraissait normal.

Une brise traverse l’allée, faisant danser les cordelettes des omamori et les longues manches ivoire de son uchikake. Les lanternes vacillent légèrement au-dessus d’eux, projetant un instant des éclats mouvants sur leurs silhouettes.

Puis, plus bas encore :
Je ne pense pas que ce soit de la simple volonté.

Pour la première fois depuis le début de leur rencontre, il n’y a dans sa voix ni mystère, ni distance. Seulement une sincère incompréhension face à un homme qui, selon tout ce qu’elle connaît des mortels… devrait déjà être consumé.

5
Blabla / J'offre mon corps à....dix
« le: samedi 16 mai 2026, 00:46:43 »
Pouvez-vous éloigner cette scie (6) de moi je vous prie ?

6
Le temple Shinto / Féeries [pv Seliane Noctelume]
« le: vendredi 08 mai 2026, 19:01:43 »
La réponse d’Adel fend enfin le voile de retenue qui entourait leur échange. Pas par violence. Par lassitude. Par une franchise abrupte que peu auraient osé lui opposer dans un lieu pareil. Et contre toute attente, Séliane ne s’en offusque pas.

Le silence qui suit ses paroles n’est plus le même. Les papillons ralentissent. Leur lumière cesse de pulser avec agitation pour retrouver une clarté plus douce, plus stable. Même la tension diffuse du sanctuaire semble se rétracter légèrement, comme une vague qui cesse enfin de monter.

Autour d’eux, le festival respire de nouveau normalement. Le tambour reprend son rythme plein. Les voix redeviennent des voix. Puis soudain…

Un éclat de joie fend l’air.
- Je l’ai eu ! Maman, regarde !

La petite fille près du bassin aux poissons rouges lève son épuisette de papier avec un triomphe presque sacré malgré le papier détrempé menaçant de céder à tout instant. Un minuscule poisson argenté frétille dans la coupelle d’eau qu’on lui tend aussitôt, et son rire clair entraîne celui de sa mère dans son sillage.
 
Autour du stand, quelques inconnus sourient malgré eux. Même les lanternes paraissent plus chaudes.

L’air lui-même change. Les effluves lourds d’encens et de bois ancien s’allègent doucement, effleurés par une senteur plus délicate. Celle des pétales de cerisier humides au matin, après la rosée. Un parfum léger. Presque irréel. Comme si le sanctuaire expirait lentement après avoir retenu son souffle trop longtemps.

La jeune femme le regarde toujours. Mais cette fois, son observation a changé. Elle ne cherche plus seulement à comprendre ce qu’il est. Elle cherche pourquoi il refuse autant qu’on tente de le lire. Puis, lentement, un souffle presque imperceptible lui échappe. Pas un soupir. Quelque chose de plus discret encore.

Comme une pensée qui accepte enfin de quitter le silence.
…Vous êtes fatigué.

Ce n’est ni une moquerie, ni une accusation. Un constat calme. Ses yeux glissent brièvement vers la lanterne chauffée contre lui, puis reviennent à son visage.
Et vous vous méfiez de tout ce qui cherche à vous approcher sans se nommer clairement.

Un léger silence, et, pour la première fois depuis leur rencontre, elle cède. Pas entièrement. Mais sincèrement.
Séliane. Séliane Noctelume. Enchantée.

Le nom tombe simplement entre eux. Sans emphase. Sans titre. Et pourtant, quelque chose dans l’air semble l’accueillir aussitôt. La clochette suspendue tinte doucement au loin, portée par une brise invisible.

Ses doigts effleurent distraitement la manche ivoire de l’uchikake.
Je viens d’un endroit très éloigné d’ici.

Ses mots restent calmes, mais moins opaques qu’auparavant.
Et j’observe ce monde pour comprendre s’il peut… accueillir autre chose que lui-même.

Elle s’interrompt. Comme surprise d’avoir dit autant.

Ses papillons dérivent lentement autour d’elle, apaisés désormais, leurs lueurs se reflétant dans les fils d’argent brodés sur le tissu.

Puis ses yeux reviennent vers les omamori suspendus.

Le tintement léger des talismans accompagne quelques secondes de silence avant qu’elle ne reprenne, plus doucement encore :
Vous cherchez des réponses immédiates.

Son regard glisse vers lui. Pas froid. Pas sévère. Curieux.
Mais certains lieux répondent mieux lorsque l’on cesse de leur résister.

Une infime inclinaison de tête. Et, pour la première fois, quelque chose d’à peine perceptible traverse sa voix. Pas de l’amusement. Quelque chose de plus rare chez elle.

De la douceur.
Choisissez-en un.

Ses papillons gravitent lentement autour des omamori suspendus.
Et je répondrai à vos questions.

Une pause. Puis, presque malgré elle :
Aussi honnêtement que vous semblez vouloir l’être.

Et cette fois, ce n’est plus une épreuve. C’est une main tendue.

Mais au même instant, une silhouette vacillante traverse maladroitement le flot des visiteurs. Un homme déjà largement ivre. Son épaule heurte brutalement Séliane sans même qu’il ne réalise ce qu’il vient de faire. Le déséquilibre est bref. Mais suffisant.

La cheville encore fragilisée de la fée cède aussitôt sous l’impact, et son corps bascule involontairement vers Adel dans un froissement de soie et de lumière pâle. Ses doigts viennent instinctivement chercher un appui contre lui tandis que plusieurs papillons s’éparpillent dans une vive pulsation lumineuse.

L’homme ne murmure même pas d’excuse et hausse les épaules avant de disparaître dans la foule sans même se retourner. Et déjà Séliane se redresse. Trop vite.

Comme si le simple contact prolongé l’avait surprise davantage que la bousculade elle-même. Elle recule d’un pas mesuré malgré la tension dans sa cheville, baisse immédiatement la tête dans une inclinaison impeccable.
Veuillez me pardonner.

Sa voix reste calme. Mais pour la première fois depuis le début de leur rencontre, une infime perturbation trouble enfin sa maîtrise parfaite.

7
Le grondement discret du moteur accompagne les derniers kilomètres du trajet.

À mesure que le bus s’enfonce vers la Toussaint, les lumières changent. Les vitrines deviennent plus agressives. Plus colorées. Les néons se reflètent contre les vitres sales dans des traînées rouges, violettes, électriques. Dehors, les rues paraissent plus étroites malgré leur largeur réelle, comme si quelque chose dans le quartier refusait de laisser l’espace respirer correctement.

Lorsque Franz parle en latin, quelque chose en Séliane réagit immédiatement. Quelque chose d’infime.

Ses yeux quittent brièvement la route pour revenir vers lui. Pas avec l’incompréhension distraite de quelqu’un qui entend une langue étrangère. Plutôt avec cette reconnaissance silencieuse que provoquent parfois les choses très anciennes lorsqu’elles ressurgissent là où on ne les attend plus.

Le papillon ralentit son vol. Une seconde seulement. Puis la jeune femme détourne doucement le regard vers les lumières de la ville. Elle ne traduit pas. Ne demande pas ce que cela signifie. Mais dans le léger silence qui suit, quelque chose laisse deviner qu’elle a compris. Ou peut-être davantage encore. Comme si ces mots ne lui semblaient pas anciens. Seulement… lointains. Elle observe en silence.

Le petit compagnon pourvu d’ailes, lui, a cessé de voleter librement. Il reste désormais près d’elle, presque immobile, ses ailes vibrant à peine comme sous une tension invisible.

Quand le professeur évoque les dimensions infernales liées à certaines failles, ses yeux glissent lentement vers lui. Elle ne répond pas tout de suite. Parce qu’elle entend ce qu’il ne dit pas. Le ton léger. L’humour. Et dessous… cette très réelle possibilité qu’il sache exactement de quoi il parle.

Alors seulement, elle murmure :
Je le préférerais aussi.

Sa voix est douce. Mais sérieuse.

Le bus poursuit sa route dans un léger tangage. Un groupe d’étudiants descend dans le bruit et les rires au prochain arrêt, laissant derrière eux un silence plus creux qu’avant.

Puis le grésillement commence. Faible d’abord. Presque noyé dans les vibrations du véhicule. Mais la professeure d’Histoire de la magie le perçoit immédiatement. Son regard descend vers l’appareil de Franz au moment précis où sa propre peau se hérisse sous sa robe.

L’air a changé. Pas physiquement. Plus profondément. Comme si la réalité elle-même présentait ici une très légère irrégularité.

Lorsque Franz propose de descendre, elle acquiesce sans hésiter.
Oui.

Mais avant que le bus ne ralentisse complètement, quelque chose attire soudain son attention. Ses yeux se tournent vers l’extérieur. Au-delà des néons. Au-delà des passants. Un homme se tient immobile dans une ruelle étroite entre deux bâtiments. Il devrait être banal. Et pourtant… non. Quelque chose dans sa silhouette semble légèrement décalé. Comme une image mal alignée avec le monde autour d’elle. Les contours vibrent parfois d’un souffle presque imperceptible.

Le regard de Séliane se fixe sur lui. Et l’inconnu tourne lentement la tête dans leur direction.

Le papillon se crispe brutalement. Ses ailes émettent une brève pulsation lumineuse. La même réaction, le même comportement qu’il avait eu quelques secondes avant la destruction de leur monde, juste avant que Séliane fut envoyée sur Terre avec quelques uns des siens en état de stase.

Puis le bus passe. La ruelle disparaît. Séliane reste immobile une seconde de trop. Une seule. Puis elle se lève calmement lorsque les portes s’ouvrent dans leur souffle pneumatique. L’air extérieur est plus froid qu’il ne devrait l’être.

Le quartier vit encore autour d’eux : musique étouffée derrière les façades, conversations, odeur d’alcool, de pluie ancienne incrustée dans le béton, de nourriture grasse et de fumée. Mais sous tout cela… Autre chose. Une vibration basse. Presque organique.

Le papillon vient se réfugier près de sa gorge, comme dissimulé dans ses cheveux défaits.

La fausse humaine descend du bus derrière Franz.

Ses longues mèches sombres se soulèvent légèrement dans le vent nocturne. Sous les néons du quartier, sa robe semble absorber davantage la lumière qu’elle ne la reflète, comme un fragment de ciel nocturne égaré parmi les humains.

Puis elle parle. Très bas.
Vous l’avez senti aussi, n’est-ce pas ?

Ses yeux ne regardent pas encore Franz. Ils fixent la rue. Ou peut-être quelque chose derrière elle.

Une pause.

Puis, plus discrètement encore :
Il y avait quelqu’un dans cette ruelle.

Enfin, elle tourne la tête vers lui.

Et pour la première fois depuis leur rencontre, une véritable tension traverse son regard.
Mais je ne crois pas que c’était un humain.

8
Le temple Shinto / Féeries [pv Seliane Noctelume]
« le: mardi 28 avril 2026, 23:40:35 »
Le contact survient sans avertissement. Ses mains sont saisies. Fermement. Ancrées dans une réalité plus directe, plus brute que tout ce qui les entourait jusqu’ici. Et l’instant se tend.
Pas autour d’eux. Entre eux.

Les papillons réagissent les premiers. Leur trajectoire se brise, hésite puis se resserre. Leur lumière pulse, plus vive, plus instable, comme troublée par une interférence soudaine. Aucun ne se pose. Aucun ne fuit. Ils observent.

Séliane, elle, ne retire pas ses mains. Pas immédiatement. Son regard ne change pas mais quelque chose, dans sa présence, se réorganise. Plus dense. Plus précise.

Le contact n’est pas douloureux. Mais il est… révélateur.

Ce qu’elle perçoit ne ressemble à rien de ce qu’elle a rencontré depuis son arrivée. Ni flux naturel, ni écho spirituel, ni trace laissée par ce monde. C’est une structure étrangère. Cohérente. Fermée.
Et pourtant… Vivante. Ses doigts se détendent légèrement dans la prise d’Adel. Non pour se libérer. Pour sentir. Confirmer.

Ses papillons frémissent à l’unisson. Autour d’eux, le monde répond. Le tambour, au loin, manque à nouveau un battement. La clochette tinte. Une seule fois. Plus nette. Plus proche. Et dans l’air, une tension subtile s’installe. Pas hostile. Mais attentive. Le sanctuaire observe.

La jeune femme incline très légèrement la tête. Pas en signe de soumission. En reconnaissance. Puis, avec une lenteur parfaitement maîtrisée, elle retire ses mains. Sans brusquerie. Sans résistance. Comme si le geste lui appartenait depuis le début. Ses doigts glissent hors de sa prise. Libres.

Son regard, lui, ne l’a jamais quitté.
Vous posez des questions…

Sa voix est toujours calme. Mais plus ancrée.
…avant d’écouter les réponses.

Une pause. Infime. Puis :
Vous n’êtes pas de ce lieu.

Pas une hypothèse. Un fait.

Ses yeux descendent brièvement vers la lanterne, dont la chaleur naissante ne lui échappe pas, puis remontent vers lui sans commentaire. Elle a vu. Elle n’interprète pas encore.

Pas à voix haute.
Quant à moi…

Elle s’arrête. Comme si le mot exact n’existait pas ici. Ou ne devait pas être donné.

Alors la fée choisit autrement.
Je suis celle qui observe pour comprendre avant de juger.

Ce n’est pas une identité. C’est une position. Ses papillons se rapprochent à nouveau, mais cette fois, leur mouvement est plus lent. Plus mesuré. Ils ne tournent plus autour de lui. Ils restent entre eux deux. Comme une frontière lumineuse. Puis, très légèrement, elle penche la tête.

Et cette fois, le geste n’est ni rituel, ni social. Il est… curieux.
Et vous…

Une respiration. Presque imperceptible.
Vous ne savez pas encore ce que vous êtes ici.

Le silence entre eux ne se brise pas. Il se transforme. Moins tendu. Plus… orienté.

Séliane ne détourne pas immédiatement le regard. Elle le maintient encore un instant, comme pour ancrer ce qu’elle vient de percevoir en lui. Puis, lentement, sans rupture, son attention glisse ailleurs. Pas loin. Juste assez. Vers le stand de talismans.

Les omamori y sont suspendus en lignes légères, oscillant doucement sous une brise presque imperceptible. Les tissus sont variés. Rouges profonds, blancs immaculés, bleus apaisants, violets discrets. Chacun brodé de symboles, de caractères, de promesses silencieuses.

Certains passants s’en emparent avec hésitation. D’autres avec certitude. Comme si le choix venait d’eux… ou les choisissait.

Les papillons suivent ce mouvement. Leur lumière s’attarde brièvement sur les talismans, glisse de l’un à l’autre, puis revient. Vers lui.

La princesse incline très légèrement la tête dans cette direction. Pas un ordre. Pas une invitation. Un point d’attention.
Ils portent des intentions.

Sa voix est basse, presque pensée à voix haute. Ses yeux ne sont plus sur les talismans. Ils sont revenus sur lui.
Pas celles que l’on montre.

Une pause. Infime.
Celles que l’on garde.

Le tintement discret des amulettes accompagne ses mots. Autour d’eux, le monde continue mais plus lentement, comme si quelque chose attendait.

Ses papillons se stabilisent à mi-distance, formant une présence silencieuse entre eux et le reste du festival. Et elle se tait. Elle n’ajoute rien. Elle ne demande rien. Mais son regard… ne le lâche pas.

Attentif. Patient. Prêt à voir ce qu’il choisira de révéler.

9
Le papillon apparaît le premier. Une lueur douce dans le crépuscule, flottant entre les silhouettes des élèves qui quittent peu à peu l’établissement. Puis Séliane émerge à son tour, avançant avec son calme habituel à travers le flot des derniers départs. La lumière du soir glisse sur les vitres, allonge les ombres, adoucit les contours du campus. Son regard trouve immédiatement Franz perché sur le muret. Elle remarque la cigarette écrasée. Le sac. L’énergie plus stable qu’au matin. Et, surtout, cette manière qu’il a d’être déjà prêt à avancer.

Lorsqu’il saute au sol et lui demande si elle est prête, ses yeux se posent brièvement sur les instruments qu’il lui montre. Elle les observe avec une attention sincère. La précision humaine. La volonté de comprendre. La volonté de se protéger.

Elle incline légèrement la tête.
Je suis prête.

Sa voix est calme. Simple. Lorsqu’il referme le sac et prend naturellement la direction de l’arrêt de bus, elle le suit sans poser de question immédiate.

Les derniers élèves s’éloignent derrière eux. Le campus se vide peu à peu, laissant place aux bruits du soir : les pneus lointains sur la route, le chant discret des insectes, le souffle du vent dans les arbres.
Puis Franz explique. Le bus. La manière habituelle. Et cette question, presque lancée à la volée :
«Vous avez quelque chose de plus… évolué ? Ou on procède de cette manière ?»

Le papillon décrit une petite spirale au-dessus de l’épaule de la professeure. Elle garde le silence quelques secondes. Ses yeux glissent vers la route. Vers l’arrêt. Vers les quelques personnes déjà présentes.

Puis elle tourne la tête vers lui.
Oui.

La réponse tombe avec naturel. Sans arrogance. Sans mystère forcé. Juste un constat. Une légère pause suit. Le temps d’un pas.

Puis Séliane ajoute, doucement :
Mais je pense que ce moyen-ci conviendra.

Son regard se pose sur lui. Calme. Très légèrement adouci.
Si c’est ainsi que vous vous déplacez, alors cela me convient.

Leurs pas ralentissent à l’approche de l’arrêt. Le papillon vient se poser un instant sur la vitre de l’abribus avant de reprendre son vol. La jeune femme observe les humains qui attendent. Les regards fatigués. Les gestes répétitifs. Les sacs serrés contre les jambes. Les téléphones entre les mains. Tout un petit rituel silencieux.

Elle observe cet usage humain comme elle observerait une coutume ancienne et veut réellement savoir si tous les bus ont le même rituel car elle n’a pris le bus qu’une seule fois. Il y a de cela 4 jours.

Le vent soulève légèrement une mèche de ses cheveux. Puis, après un court silence, l'étrangère reprend :
J’ignore encore beaucoup de vos habitudes.

Son regard revient vers lui. Plus direct.
Mais je préfère apprendre celles qui vous sont familières…

Une pause. Très légère.
… plutôt que de vous imposer les miennes.

Le papillon revient flotter entre eux, lumineux dans la pénombre naissante. Et Séliane détourne doucement les yeux vers la route, comme si elle n’avait pas conscience de la portée de ce qu’elle vient de dire. Mais dans la douceur tranquille de sa voix, quelque chose s’est déplacé. Ce n’est plus seulement une alliance. Ceci est une manière discrète de lui dire : “je pourrais vous emmener autrement… mais je choisis d’aller avec vous.

La fée ne s’est pas changée et reste dans sa tenue de professeure. Enfin, ce qu’elle croit être la tenue professorale mais sans blouse. Une longue robe ample si fluide qu’on pourrait la voire liquide pour les non humains d’origine. D’un bleu nuit si profond et de rares petits éclats lumineux que l’on pourrait croire que la nuit elle-même est une personne. Sauf que cette fois la personnalité royale d’une autre planète s’est détachée ses longs cheveux sans y avoir pris la peine de les coiffer, ressemblant à une professeure venant tout juste de se lever de son lit.

Une fois dans le bus, elle choisit les places du fond histoire d’être un peu plus à l’aise afin de murmurer deux ou trois autres petites choses.

Et pourtant, autour de Séliane, quelque chose demeure légèrement à part. Son regard glisse vers la ville au loin. Vers la direction du quartier de la Toussaint.

Sa voix baisse d’un ton.
Plus nous approcherons…

Une pause.
… plus il sera important que vous me disiez immédiatement si vous sentez un changement.

Ses yeux se tournent vers lui. Directs.
Pas seulement dans vos appareils.

Un silence très léger.
En vous.

Le papillon se pose un instant sur la tête de sa propriétaire, ses ailes vibrant doucement. Puis, presque plus bas encore :
Les seuils actifs influencent rarement uniquement leur environnement.

Son regard s’adoucit.
Et vous y êtes déjà sensible.

10
Le coin du chalant / If the End Is Inevitable, Make The Journey Memorable
« le: mardi 07 avril 2026, 14:16:36 »
Coucou,

Vu que "tu" es capables de percevoir des bribes de l'Avenir, "je" peux t'aider à dompter et amplifier ta capacité si tu le désires.  ;)

11
Séliane ne bouge pas lorsqu’il s’approche. Elle l’observe. Pas seulement son visage. Pas seulement ses gestes. Elle observe ce qui déborde. Cette tension vive sous la peau. Cette excitation trop brillante dans le regard. Cette fine fissure dans le contrôle qu’il maintenait avec tant de rigueur. Pas de doute, il a travaillé toute la nuit. Et quelque chose, en lui, a été… stimulé.

Le papillon, perché sur la branche au-dessus d’elle, agite lentement ses ailes. Comme hésitant.

Lorsque Franz s’abaisse à sa hauteur, leurs regards se rencontrent. Sans détour. À sa question, elle ne répond pas immédiatement. Ses yeux glissent brièvement vers le café. Vers les viennoiseries. Puis reviennent à lui.
C’était l’intention.

Simple. Sans mise en scène. Mais lorsque sa main se tend, rapide, précise, trop précise, et qu’il se saisit de la nourriture, quelque chose en elle s’apaise légèrement. Pas pour elle. Pour lui. La jeune femme le laisse manger. Boire. Revenir.

Lorsqu’il lui tend la pochette, elle la prend sans un mot. Ses doigts effleurent brièvement les siens. Froids. Ou peut-être est-ce elle qui est trop… tempérée. Elle ouvre. Observe. Longuement. Très différemment de lui.

Là où Franz voit des données, des corrélations, des projections… La professeure regarde les espaces entre les points. Les silences dans la carte. Les zones où rien n’a été relevé. Son regard ralentit. Suit les lignes. S’arrête. Repart.

Le papillon descend, se pose un instant sur le bord de la feuille, comme attiré par une zone en particulier. Lorsqu’il parle de la Toussaint, elle relève légèrement les yeux vers lui. Pas surprise. Confirmée.

Elle referme doucement la pochette. Pas brusquement. Comme si elle refusait de brusquer ce qu’elle venait de voir.

Un court silence s’installe. Puis :
Une faille active…

Sa voix est plus basse qu’à l’accoutumée. Moins professorale. Plus… concernée. Ses doigts viennent distraitement lisser un pli invisible sur le papier.
Cela expliquerait les disparitions.

Une pause. Très légère. Mais quelque chose change dans son regard. Une ombre plus dense.
Et aussi pourquoi ce déséquilibre ne cesse de s’aggraver.

La fée relève les yeux vers lui. Et cette fois, elle ne cherche plus à masquer entièrement ce qu’elle est. Pas vraiment. Juste assez pour que lui comprenne.
Une faille ouverte attire.

Ses mots sont calmes. Mais précis.
Pas seulement ce qui traverse.

Un battement.
Mais aussi ce qui… cherche à traverser.

Le papillon quitte la feuille. Revient se poser près de son épaule. Elle se redresse lentement et quitte le pied de l’arbre. Mais avant de faire un pas, sa main revient se poser contre l’écorce. Très brièvement. Comme une promesse silencieuse. Ou un avertissement.

Puis Séliane se tourne vers Franz.
Ce soir, donc.

Elle l’observe encore une seconde. Et cette fois… il y a quelque chose de plus direct dans son regard.
Quelque chose qui dépasse la simple curiosité.
Nous irons.

Pas une suggestion. Pas une hésitation. Puis, plus doucement :
Mais pas sans préparation.

Une légère inclinaison de tête.
Une faille active n’est pas un phénomène que l’on observe.

Ses yeux plongent dans les siens. Clairs. Lucides.
C’est un seuil.

Une pause.
Et les seuils…

Un souffle à peine perceptible.
… ne s’ouvrent jamais dans un seul sens.

La fausse humaine recule d’un pas laissant enfin un peu d’espace entre eux. Mais pas autant qu’avant.
Vous avez fait ce qu’il fallait cette nuit, Professeur Franz.

Et là, très légèrement :
Vraiment.

Ce n’est pas un compliment gratuit. C’est une reconnaissance. Puis son regard glisse vers le café qu’il tient encore.

Et, presque imperceptiblement :
Et vous avez eu raison de vous arrêter.

Un battement de cils.
Le reste aurait commencé à vous échapper.

Elle incline la tête. Très légèrement. Avant de tourner la tête pour un regard vers la ville. Vers quelque chose d’invisible.
Après vos cours. Nous irons voir ce qui s’éveille.

Mais quelque chose en elle refuse de laisser cette conversation se clore aussi simplement. Alors, elle ajoute :
D’ici là…

Sa voix change à peine. Mais quelque chose s’y glisse. Plus bas. Plus… personnel.
Reposez-vous... S'il vous plaît.

Ce n’est pas un ordre. Ce n’est pas une suggestion non plus. C’est… un constat nécessaire. Ses yeux ne quittent pas les siens.
Vous êtes efficace ainsi.

Une pause. Infime.
Mais pas durable.

Le papillon déploie ses ailes, puis se calme. Séliane incline légèrement la tête. Comme si elle venait de franchir une limite invisible. Puis elle se détourne. Sans attendre de réponse.

°°°

Le bruit du campus s’est désormais installé. Des voix dans les couloirs. Des pas pressés. Des portes qui s’ouvrent. Le monde humain reprend sa cadence. Et la fée se faisant passer pour une humaine s’y glisse.
La salle de classe est baignée de lumière. Les fenêtres grandes ouvertes laissent entrer l’air frais du matin, chargé de murmures lointains et du parfum discret des arbres du campus. Les élèves s’installent. Certains parlent encore. D’autres écrivent déjà.

Et lui est là. Le même étudiant. Celui de la fin de nuit-début de matinée avant même que les cours ne débutent. Assis à sa place, un peu en retrait, ses feuilles déjà étalées devant lui.

Lorsqu’elle entre, son regard se relève immédiatement. Il la reconnaît. Hésite. Puis, presque malgré lui :
Professeure…

La fée marque un très léger temps. Puis incline la tête.
Vous aviez donc choisi d’arriver en avance.

Une nuance. Très légère. Presque invisible. Mais différente de leur échange du matin. Elle se dirige vers son bureau. Pose ses affaires avec cette précision tranquille qui lui est propre. Puis se tourne vers la classe. Son regard glisse d’un élève à l’autre.

S’arrête une fraction de seconde de plus sur lui. Pas pour le mettre mal à l’aise. Plutôt… comme si elle le reconnaissait.
Bonjour à toutes et tous. Je vous remercie pour votre intérêt. Ceci est ma première journée dans votre établissement. Je suis Professeure Noctelume Séliane. Nous allons commencer.

Sa voix se pose dans la pièce. Calme. Claire. Mais quelque chose en elle a changé depuis la veille. Ou peut-être… est-ce simplement plus perceptible maintenant.
L’Histoire de la magie…

Un pas lent.
… n’est pas une succession d’événements.

Ses doigts se posent sur le bord du bureau.
C’est une succession de déséquilibres.

Un silence. Les élèves se taisent. Sans vraiment savoir pourquoi.
Chaque époque où la magie s’intensifie…

Son regard glisse brièvement vers la fenêtre. Vers les arbres.
… correspond à quelque chose qui s’ouvre.

Un silence. Puis, presque imperceptiblement :
Ou qui aurait dû rester fermé.

Le papillon, invisible pour les élèves humains, s’est posé sur le cadre de la fenêtre. Et dans la lumière du matin, une nuance plus douce, presque nocturne, semble flotter autour de la professeure. Rien de visible. Mais assez pour troubler.

Son regard revient à la classe. Puis à l’étudiant. Très brièvement.
Nous allons voir aujourd’hui comment ces déséquilibres apparaissent…

Une légère inclinaison de tête.
… et pourquoi ils ne sont jamais accidentels.

Et pendant que Séliane parle, quelque part dans la ville, quelque chose attend.

12
Le temple Shinto / Féeries [pv Seliane Noctelume]
« le: jeudi 26 mars 2026, 23:15:02 »
Le mouvement autour d’eux ne se dissipe pas immédiatement. Les regards persistent. Curieux, respectueux, parfois hésitants. Attirés autant par la chute que par l’étrangeté douce qui émane encore de la scène.

Pourtant, au centre de cette attention, Séliane demeure immobile. Parfaitement immobile. Seule la tension infime dans son appui trahit ce qui vient de se produire.

Ses papillons, eux, ne se sont pas entièrement dispersés. Certains flottent encore à proximité, décrivant de lentes arabesques de lumière, comme s’ils hésitaient à revenir se poser. D’autres, plus audacieux, se rapprochent déjà, attirés non plus par le sanctuaire… Mais par ce point précis. Par lui.

La voix d’Adel atteint la kami improvisée sans heurt. Elle ne répond pas immédiatement.

Son regard, clair, posé, d’une stabilité presque déconcertante, ne le quitte pas. Elle ne cherche pas ses traits. Elle ne s’attarde pas sur son visage. Elle perçoit.

Quelque chose en lui échappe aux lignes que la Gardienne du Voile Astral a apprises à lire depuis son arrivée dans ce monde. Ce n’est ni désordonné, ni hostile. Mais cela ne s’inscrit dans aucune des harmonies qu’elle vient d’observer.

C’est cela. La dissonance.

Ses papillons frémissent légèrement, comme sensibles à cette même anomalie. Alors seulement, elle parle. Sa voix est basse. Mesurée. Étrangement douce, mais dénuée de toute précipitation.
"Ce n’est rien."

Une simple affirmation. Mais elle n’est pas tout à fait vraie.

Son regard descend brièvement, juste assez pour reconnaître la tension dans sa cheville, puis remonte vers lui sans la moindre trace d’embarras.
"Mon corps n’est simplement pas encore… accordé à ce sol."

Les mots sont choisis. Précis. Mais leur sens reste à demi voilé.

Autour d’eux, l’attention commence à se relâcher, comme si l’absence de drame dissipait l’intérêt immédiat. Le flux de la fête reprend, lentement, laissant derrière lui une bulle plus calme. La jeune femme incline légèrement la tête.

Le geste est identique au précédent. Irréprochable, mais cette fois, il lui est destiné à lui seul.
"Je vous remercie."

Puis, sans rompre le fil invisible qui semble désormais les relier, elle ajoute, après une infime pause :
"C’est vous."

Pas une question. Pas une accusation. Un constat.

Ses papillons, plus nombreux désormais, gravitent lentement autour d’eux deux, comme attirés par une convergence qu’elle seule semble avoir comprise.

Ses yeux ne le quittent pas. Attentifs. Cherchant. Comprenant… sans encore tout saisir.

À quelques pas d’eux, la fête entame bien son souffle.

Un enfant tente d’attraper un poisson rouge dans un bac peu profond, sa petite épuisette de papier tremblant sous la surface. À chaque mouvement trop brusque, le papier menace de céder, et ses protestations indignées arrachent un rire léger à la femme agenouillée près de lui. Sans doute sa mère qui lui murmure de ralentir, de respirer, d’observer avant d’agir.

Un peu plus loin, un vieil homme ajuste les ficelles d’un stand de talismans. Les omamori suspendus tintent doucement les uns contre les autres, portés par une brise discrète. Certains passants s’arrêtent, hésitent, puis choisissent avec soin celui qu’ils emporteront, comme si leur décision devait être entendue par quelque chose d’invisible.

Sous un petit auvent, deux jeunes femmes vêtues de yukata échangent des regards complices en partageant des brochettes encore fumantes. L’une d’elles jette un coup d’œil furtif vers Séliane, puis détourne rapidement les yeux, troublée sans comprendre pourquoi.

Plus loin encore, le rythme lent d’un tambour résonne. Régulier. Profond. Il ne domine pas les sons alentours, il les soutient. Comme un cœur discret autour duquel tout s’organise.

Et parfois, entre deux battements, le tintement clair d’une clochette. Suspendue à l’entrée d’un petit autel secondaire, elle s’agite légèrement, sans qu’aucune main ne l’ait touchée. Certains passent sans y prêter attention. D’autres s’inclinent en silence.

Autour de l'étrange silhouette et d’Adel, la foule circule, contourne, s’écoule. Leur présence crée une infime déviation dans ce flux presque imperceptible, mais suffisante pour que personne ne les heurte. Comme si, sans le savoir, chacun respectait une distance.

Un espace. Un intervalle suspendu au milieu du mouvement. Et dans cet espace... Le monde continue. Mais différemment.

13
Le temple Shinto / Féeries [pv Seliane Noctelume]
« le: vendredi 20 mars 2026, 23:37:08 »
La rumeur du festival ne franchit pas pleinement l’enceinte du sanctuaire. A part une petite vague feutrée d’anticipatifs, ponctuée du claquement sec du bois et du tintement clair des clochettes suspendues aux avant-toits. Les lanternes, rouges et ivoire, diffusent une lumière chaude qui semble flotter dans l’air nocturne comme une mémoire ancienne. L’air porte une odeur de bois ancien, d’encens et de papier neuf. Chaque pas trouve naturellement un rythme plus lent, plus mesuré.

Le sanctuaire veille. Et lorsqu’elle franchit le seuil, quelque chose s’accorde. Séliane ne s’arrête pas. Elle ressent.

Le lieu n’est pas étranger. Mais il est structuré autrement. Moins sauvage. Plus contenu. Un sacré discipliné.

Ses pas, encore incertains dans les geta, restent silencieux malgré le bois. Sa posture, elle, ne vacille pas. Droite. Fluide. Déjà presque en harmonie.

Elle n’appelle rien. Et pourtant… Au loin, hors de toute volonté, une lueur apparaît. Puis une autre. Ses papillons viennent d’eux-mêmes. Attirés. Pas par elle. Par ce lieu… et par ce qu’elle y devient. Ils restent encore en retrait, discrets, comme hésitants à franchir eux aussi une limite invisible.

Alors un regard se pose sur elle. Kannushi Hayama Kiyotsugu. Gardien du sanctuaire, héritier d’une lignée ancienne, homme de rites et de silence. Il se tient près du honden, ajustant une corde sacrée lorsqu’un trouble infime traverse sa perception. Il ne voit pas d’abord. Il ressent. Une présence qui ne s’inscrit pas dans les flux habituels. Pas une souillure. Pas une prière. Autre chose.

Ses doigts s’immobilisent sur la fibre tressée. Lentement, il se tourne. Et la voit. Le silence entre eux n’est pas vide. Il est plein. Dense. Son regard ne s’attarde ni sur son visage, ni sur sa tenue. Il observe ce qui ne se montre pas, ce qui entoure, ce qui dépasse, ce qui… appelle sans appeler.

Puis, avec une précision presque rituelle, il s’incline. Pas profondément. Mais sans équivoque.
…Vous avez franchi le seuil sans hésiter.

Sa voix est calme, basse, ancrée. Ce n’est pas un reproche. C’est un constat.
Séliane soutient son regard. Elle ne répond pas immédiatement. Elle observe en lui cette stabilité, cette discipline façonnée par des années à servir sans comprendre entièrement.

Et, simplement :
Le lieu ne m’a pas rejetée.

Pas d’arrogance. Une évidence.

Un silence suit. Le prêtre ferme brièvement les yeux. Non pour réfléchir, mais pour confirmer ce qu’il perçoit. Lorsqu’il les rouvre, sa décision est prise.
Ce soir, nous honorons ce qui demeure invisible aux regards ordinaires.

Un léger mouvement de tête.
Il arrive… que certaines présences choisissent d’approcher.

Il ne demande pas qui elle est. Il ne cherche pas à nommer. Il reconnaît. Et dans ce geste, il accepte. Alors seulement, il se détourne légèrement et lui fait signe de le suivre, vers une structure latérale plus discrète. Là, à l’abri des regards, reposent plusieurs coffres de bois sombre, patinés par le temps. Il en ouvre un. Avec respect. À l’intérieur, les tissus ne sont pas simplement rangés. Ils sont préservés.

Kannushi Hayama Kiyotsugu en sort une pièce avec lenteur.
Ceci est porté lors des représentations offertes aux kami.

Il marque une pause.
Non pour les incarner… mais pour leur donner forme, un instant.

Il relève les yeux vers elle. Et, pour la première fois, une nuance d’émotion traverse sa retenue.
Si vous l’acceptez.

Le vêtement déployé révèle une soie lourde, profonde, d’un blanc cassé tirant vers l’ivoire. La surface capte la lumière sans la refléter pleinement, comme si elle l’absorbait. Des motifs y sont brodés à la main. Des fleurs de prunier, délicates, presque translucides, filées d’argent pâle. Entre elles, des lignes courbes d’un or discret évoquent le vent, les flux invisibles, les chemins que rien ne trace mais que tout suit. Aux extrémités des manches, une teinte plus froide apparaît : un dégradé de bleu très clair, presque imperceptible, comme l’aube naissante sur une neige intacte.

Un uchikake cérémoniel. Ancien. Respecté.

La princesse des fées d'une planète aujourd'hui disparue s’en approche. Ses doigts n’hésitent pas. Le contact est immédiat. Juste. Lorsqu’elle le revêt, le tissu ne la contraint pas. Il s’ajuste. Glisse sur elle avec une évidence troublante. Le poids du vêtement ne pèse pas. Il stabilise.

Et c’est à cet instant que les papillons franchissent la limite. Ils viennent. Sans appel. Sans ordre. Attirés.
Leurs lueurs se multiplient, doucement, comme si la nuit elle-même se fragmentait autour d’elle. Ils se posent sans précipitation : dans sa chevelure, le long des broderies, à la naissance des manches. Ils ne décorent pas. Ils reconnaissent.

Le prêtre ne parle plus. Son souffle même se suspend. Puis, lentement, il s’incline. Plus profondément cette fois. Non devant une invitée. Mais devant ce qu’il ne peut qu’honorer.

Séliane, elle, se détourne. Vers l’entrée. Vers le monde extérieur. Chaque pas est désormais parfaitement maîtrisé. Le bois des geta ne trahit plus aucune hésitation. Sa silhouette, drapée de soie et de lumière, semble glisser plutôt que marcher.

Elle observe. Analyse. Pèse. Ce monde pourrait accueillir les siens. Peut-être.

Alors, une fracture. Invisible. Brutale. Ses papillons frémissent aussitôt. Pas de peur. D’alerte. Son regard se lève. Ce n’est pas le sanctuaire. Ce ne sont pas les kami. C’est autre chose. Une présence qui ne s’inscrit dans aucun des équilibres qu’elle perçoit.

Et dans cet instant, son attention se rompt. Le bois glisse. La cheville cède. Une torsion brève, nette, et son corps bascule.

Le contact survient. Solide. Immédiat. Réel.

Ses papillons s’écartent dans un frisson de lumière. Puis… Déjà… Elle se redresse. Lentement. Parfaitement.

Sa main ajuste le pli du vêtement. Son souffle se stabilise. Seule une tension discrète dans son appui trahit la douleur. Donc elle s’incline. Précise. Mesurée. Irréprochable.

Puis ses yeux se posent sur lui. Clairs. Fixes. Et désormais habités d’une compréhension nouvelle. Ce n’est pas un hasard. C’est lui.

14
Le coin du chalant / Re : Adel Esplana, ouichalant
« le: jeudi 19 mars 2026, 21:59:18 »
Je souhaite en apprendre plus sur la nature humaine et faire votre rencontre lors d'une fête si vous le voulez bien.

15
Le silence s’installe après les mots de Franz. Pas un silence vide. Un silence qui clôt.

Séliane l’observe. Lorsque son interlocuteur évoque la nuit à venir, le travail, les vérifications… quelque chose en elle vacille. À peine. Une intention naît. Fragile, spontanée. Rester. L’accompagner. Ne pas laisser cette inquiétude grandir seule dans l’obscurité.

Ses lèvres s’entrouvrent. Puis rien. Son regard glisse un instant vers les arbres. Vers les feuilles qu’elle a apaisées sans les guérir. Vers cette dissonance toujours présente, tapie sous la surface du monde. Elle comprend. Ce n’est pas à elle d’imposer sa présence.

Alors elle revient à lui. Franz. Déjà ailleurs. Déjà en mouvement dans sa pensée. Elle incline légèrement la tête.
Très bien.

Sa voix est douce. Stable.
Je comprends.

Un battement suspendu. Puis, presque naturellement :
Si telle est votre volonté… Professeur Franz.

Le prénom s’insinue sans heurt dans la formule. Comme s’il avait toujours été là.

Le papillon interrompt son vol un instant. Mais la jeune femme, elle, ne relève pas.

Elle se détourne légèrement, prête à partir, avant d’ajouter :
Je serai sous cet arbre.

Son regard désigne celui qu’elle a touché. Celui dont les feuilles frémissent encore d’un souffle retrouvé.
Demain matin.

Pas d’heure. La professeure marque une pause, presque imperceptible.
Passez une… nuit productive.

Puis elle s’éloigne. Ses pas s’effacent sur la pierre chaude du patio. Le papillon la rejoint, décrivant une lente spirale avant de se poser sur son épaule. Et lorsqu’elle quitte la cour, quelque chose semble se retirer avec elle. Comme une ombre douce qui abandonne le jour.


La nuit passe. Et avec elle, la ville.

Seikusu ne dort jamais tout à fait. Mais entre deux battements, entre deux souffles urbains, il existe des instants suspendus, des heures où même les choses invisibles hésitent.

Séliane, elle, ne dort que peu. Au cœur de la nuit, elle marche. Silencieuse.

Elle revient vers le campus lorsque les premières lueurs de l’aube commencent à dissoudre l’obscurité. Le ciel est encore pâle, teinté de gris et de bleu lavé.

Les arbres l’accueillent. Ou peut-être est-ce elle qui les écoute. La fée s’arrête près de celui qu’elle a touché la veille. Sa main se pose à nouveau contre l’écorce. Un instant. Comme une vérification. Une écoute. Puis elle s’en détourne.


Un peu plus tard, dans un couloir encore à moitié endormi, Séliane s’arrête. Un élève est là. Seul. Assis sur un banc, un sac ouvert à ses côtés, des feuilles couvertes de schémas botaniques et de notes griffonnées. Ses yeux sont cernés, mais attentifs. Le genre d’élève qui observe plus qu’il ne parle.

Il lève la tête en la voyant. Hésite.
Professeure… ?

Séliane incline légèrement la tête.
Professeure Noctelume. Vous êtes matinal. Avez-vous cours avec moi ce matin ?

Ou en retard.” répond-il avec un sourire fatigué. "Mais oui, il me semble."

Un silence. Puis, avec une sincérité désarmante :
Vous connaissez… ce que mangent les professeurs, le matin ?

La question le surprend. Il cligne des yeux.
Euh… ça dépend ? Café, surtout. Beaucoup de café. Et… des viennoiseries, j’imagine. Pourquoi ?

Séliane semble réfléchir à la réponse comme à une donnée précieuse.
Merci.

Elle ne donne pas d’explication. Mais l’élève la regarde s’éloigner avec une légère perplexité. Comme s’il venait d’assister à quelque chose… d’un peu étrange.


Lorsque le soleil est enfin levé, la cour s’éveille lentement. Et sous le patio, près de l’arbre, Séliane est déjà là. Elle se tient debout quelques instants, immobile.

Puis, avec une précision tranquille, elle dispose ce qu’elle a apporté. Deux boissons chaudes. La vapeur s’élève lentement dans l’air frais du matin. À côté, quelques viennoiseries soigneusement disposées. Pas en désordre. Pas simplement posées. Présentées. Comme une offrande discrète. Ou un rituel dont elle aurait appris les gestes sans en saisir totalement les codes.

Elle s’assied ensuite. Non pas sur un banc. Mais au pied de l’arbre. Comme si sa place était là.

Le papillon vole doucement autour d’elle avant de se poser sur une branche basse.

Le campus commence à vivre autour. Des pas. Des voix. Des portes qui s’ouvrent.

Mais autour d’elle, quelque chose reste… légèrement à part. Comme si le temps s’écoulait différemment. Elle attend. Calme. Patiente.

Ses doigts effleurent distraitement l’écorce derrière elle. Et dans la lumière claire du matin, l’arbre semble un peu plus vivant que les autres. Presque imperceptiblement.

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