Le Grand Jeu - Forum RPG Hentai

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Messages - Séliane Noctelume

Pages: [1] 2 3 4
1
Le coin du chalant / Changer l'avenir, ensemble.
« le: jeudi 29 octobre 2026, 20:44:23 »
Bien le bonsoir,

Je te propose au choix deux de mes personnages si un rp te tente avec l'une d'elle.

Séliane ici présente, qui est la plus à même à t'aider selon ton chalant.
ou
Kaz L., médecin malgré son jeune âge mais qui pourrait être utile.



"À la fin de l'histoire de Prométhée, il a eu une vision dans laquelle il a vu la fin de toutes choses. Il cherche donc des personnes qui pourraient l'aider à changer ce qui va arriver. Un simple humain, une créature à la force remarquable, une séduisante créature... Le choix est vaste et infini. Chacun peut avoir son utilité. Homme ou femme, toute aide est bonne à prendre."  Séliane, de par ses origines, à les mêmes capacités que lui sans être une titan pour autant.

"Il peut utiliser la manière douce ou la manière forte pour vous convaincre. Et rien n'est écrit d'avance : refuser de l'aider peut être une finalité au RP. Ou, inversement, c'est lui qui peut décider de s'être trompé sur votre compte." Alors pour ça, si tu souhaites une bonne dose de surprises, cela serait plus Kaz pour son côté très libre dans ses actions.

"Les trames jouées ne reposeront pas exclusivement sur du hentai : il doit y avoir une histoire autour."  La rôliste que je suis derrière l'écran adore les constructions d'histoires. Je ne suis pas très fan des rp purement hentaï juste pour du hentaï.

2
Blabla / Embrasses-tu / n'embrasse pas
« le: lundi 26 octobre 2026, 21:36:31 »
Tout à fait. Si les lèvres sont entrouvertes, on peut toujours expirer chaudement dessus.


Embrasseriez-vous l'eau du Gange ?

3
Blabla / Suite des Mots en Folie
« le: lundi 26 octobre 2026, 21:31:22 »
Entendre  --->  Ouïr

4
Prélude / Class is Dismissed [Vanéalidé !]
« le: lundi 26 octobre 2026, 21:27:48 »
Bonsoir cher confrère.
Je vous souhaite la bienvenue parmi nous.

Je vous remercie, Miss...

*Relis ses notes. Se frotte les yeux. Relis ses notes.*

Noctelume...

Huh...

Vous n'auriez pas un parent irlandais, par hasard?



Très cher et possiblement estimé collègue, sachez que je suis possiblement plus âgée que mes semblables irlandais. Mais vous aurez tout à loisir de vérifier un jour si le coeur vous en dit.
Vu votre domaine de prédilection, il se pourrait que vous ayez besoin de mon aide à un moment donné.   ;)

5
Prélude / Class is Dismissed [Vanéalidé !]
« le: lundi 26 octobre 2026, 03:58:28 »
Bonsoir cher confrère.
Je vous souhaite la bienvenue parmi nous.

6
Le dernier avertissement de son confrère se mêle aux bruits de la rue, aux basses sourdes qui s’échappent des établissements voisins et aux conversations indistinctes qui glissent sur les trottoirs humides. Au-dessus d’eux, les enseignes lumineuses projettent leurs couleurs criardes contre les façades, dessinant sur le béton des reflets mouvants qui contrastent singulièrement avec la lueur argentée de la Fleur de Veille-Lune.

Séliane demeure silencieuse quelques instants.

Son regard se pose sur la rue qu’il vient de désigner, sur les silhouettes qui s’y croisent, sur ces portes derrière lesquelles se dissimule probablement un monde dont elle ne connaît encore que des fragments.

Elle perçoit les manifestations de la vie nocturne, les éclats de voix, les rires parfois trop sonores, les parfums entremêlés d’alcool, de fumée et de parfums artificiels. Mais derrière cette agitation ordinaire, elle devine également la présence de quelque chose de moins accessible. Un réseau discret. Des habitudes. Des règles qu’il lui faudra apprendre à reconnaître si elle souhaite comprendre ce qui se joue réellement dans ce quartier.

Et, désormais, les avertissements de Franz prennent une dimension nouvelle.

Elle ne doute pas qu’il connaisse les risques dont il parle. Sa manière de se contracter, ses poings momentanément serrés, puis cette façon presque méthodique de reprendre le contrôle de ses gestes lui ont déjà appris qu’il ne s’agit pas d’une inquiétude théorique. Il sait ce dont il parle. Peut-être même mieux qu’il ne souhaiterait le savoir.

Pourtant, ce n’est pas sa nature qui retient l’attention de la jeune femme. C’est cette insistance à lui laisser la possibilité de partir.

Une petite ride apparaît entre ses sourcils.
“Vous savez, Franz…”

Elle relève les yeux vers lui, et une pointe de malice vient doucement rompre le sérieux de son expression.
“Vous semblez déterminé à me donner toutes les occasions possibles de vous abandonner en chemin.”

Elle incline légèrement la tête, comme si elle examinait cette étrange habitude avec un intérêt presque scientifique.
“C’est une délicatesse que j’apprécie. Mais elle risque de devenir inutilement fatigante si vous persistez.”

Le sourire qui effleure ses lèvres reste discret, mais bien réel. Il ne cherche pas à se moquer de lui. Il y a simplement, dans cette remarque, une façon de lui faire comprendre qu’elle a parfaitement entendu ses avertissements et qu’elle n’a nullement besoin qu’il les répète jusqu’à ce qu’elle renonce.

Puis son attention se détourne un instant vers les deux fées aperçues un peu plus tôt dans la rue.

Le souvenir de leurs regards insistants lui revient, accompagné de cette attitude singulière qu’elle n’a pu manquer de remarquer. Ses doigts remontent machinalement jusqu’à une mèche sombre qu’elle glisse derrière son oreille. Une légère chaleur colore alors ses joues, et elle détourne les yeux avec une réserve inhabituelle.
“Je dois d'ailleurs reconnaître que les fées que j'ai connues étaient parfois bien plus polissonnes que ne le laissent entendre les mythes que j'ai pu lire ici.”

Elle marque une hésitation.
“Certaines avaient même un talent remarquable pour se mêler de choses qui ne les regardaient absolument pas.”

Cette fois, son sourire se fait un peu plus franc, bien qu’une discrète rougeur demeure sur ses pommettes.

Les récits humains ont décidément une manière bien particulière de présenter les créatures féeriques. Ils les parent de grâces merveilleuses, les décrivent tantôt comme des gardiennes de la nature, tantôt comme des êtres capricieux dont il conviendrait de se méfier. Ils oublient seulement que les fées, comme les autres peuples, possèdent leurs propres travers, leurs curiosités parfois embarrassantes et cette fâcheuse tendance à considérer que les affaires d’autrui peuvent devenir passionnantes dès lors qu'elles offrent un divertissement suffisant.

La princesse en sait quelque chose. Elle reprend finalement contenance, laissant retomber sa main le long de sa robe. Son regard glisse une dernière fois vers la petite fleur argentée, toujours nichée dans sa fissure de béton.

Une part d'elle voudrait demeurer ici.

Non par crainte de ce qui les attend, mais parce que cette minuscule floraison représente désormais bien davantage qu'une anomalie magique. Elle est un fragment d'un passé qu'elle croyait perdu, une preuve silencieuse qui refuse de se conformer à ce qu'elle pensait savoir. Tant que cette fleur existe, certaines de ses certitudes ne peuvent plus demeurer intactes.

Elle aimerait pouvoir l'étudier davantage, comprendre comment ses racines ont trouvé leur place dans cette terre étrangère, déterminer si sa présence relève d'un hasard impossible ou d'un phénomène plus inquiétant encore.

Mais ils ne peuvent pas rester indéfiniment dans cette allée. Et Franz vient de lui indiquer une piste.

Alors, Séliane reporte son attention sur lui. Cette fois, le sourire s'efface doucement de son visage, laissant place à une expression plus sérieuse.
“Je comprends vos réserves. Et je ne prétendrai pas connaître les dangers que vous évoquez aussi bien que vous.”

Elle laisse cette reconnaissance s'installer entre eux, sans chercher à minimiser ce qu'il vient de lui révéler.
“Je vous remercie de me prévenir. Je préfère de loin savoir à quoi je peux m'exposer plutôt que de découvrir trop tard que j'aurais dû me montrer plus prudente.”

Ses yeux se lèvent vers les siens d’une autre planète.
“Mais je ne me souviens pas vous avoir dit que cela suffirait à me faire changer d'avis.”

La douceur de sa voix ne diminue en rien la fermeté de ses propos. Séliane n'a pas besoin d'élever le ton pour affirmer sa décision. Il y a dans sa posture une assurance presque ancienne, une dignité qui ne relève ni de l'orgueil ni du désir de dominer, mais d'une conception très personnelle de la parole donnée.
“Je vous ai dit que je resterais à vos côtés jusqu'à ce que nous ayons résolu cette affaire. Je ne retire pas ma parole simplement parce que le chemin devient plus sombre que prévu.”

Elle inspire lentement, tandis qu'un courant d'air frais s'engouffre dans l'allée et soulève légèrement les pans de sa robe nocturne. Les minuscules reflets qui la parsèment accrochent un instant la lumière des enseignes, comme si un fragment de ciel étoilé s'était égaré dans cette rue.
“Vous m'avez expliqué que cette enquête pouvait nous conduire auprès des vôtres. Vous m'avez avertie que leurs influences pouvaient affecter ceux qui les approchent. Et vous venez de me prévenir que ressortir de cet endroit pourrait s'avérer difficile.”

Elle incline légèrement la tête.
“Je vous ai entendu, Franz.”

Une pause, plus courte cette fois.
“Je ne confonds pas le courage avec l'absence de prudence. Mais je ne confonds pas davantage la prudence avec le renoncement.”

Son regard ne vacille pas.
“Vous n'avez pas à décider seul de ce que je suis capable d'affronter. Pas davantage que je ne prétendrais décider à votre place de ce que vous devez craindre.”

Ces derniers mots portent une nuance plus personnelle. Séliane repense à ce qu'il lui a confié, à cette puissance qu'il préfère maintenir sous clé, à la possibilité qu'il puisse perdre le contrôle de quelque chose qu'il connaît pourtant intimement. Elle ne sait pas encore ce que cela implique. Elle ne prétend pas le comprendre entièrement.

Mais elle a entendu son inquiétude.

Et elle ne souhaite pas qu'il soit contraint de la porter seul simplement parce qu'il s'imagine que la tenir à distance serait plus raisonnable. Son expression s'adoucit.
“Nous avons commencé cette enquête ensemble. Nous avons découvert quelque chose qui concerne mon monde autant que le vôtre. Je ne vois aucune raison de vous laisser poursuivre seul maintenant que les réponses deviennent plus difficiles à obtenir.”

Son regard s'attarde brièvement sur la fleur, puis revient vers lui.
“Je vous suivrai, Franz. Jusqu'au bout de cette enquête.”

Cette fois, l'accompagnatrice ne sourit pas.
“Non parce que je sous-estime le danger. Mais parce que je vous ai donné ma parole.”

Le silence qui suit est traversé par le grondement lointain d'un moteur et par un éclat de rire provenant de la rue principale. Séliane reste immobile une seconde encore, puis fait un pas dans la direction qu'il s'apprête à emprunter.

Sa décision ne nécessite ni geste théâtral ni serment supplémentaire. Elle vient simplement de choisir.
Et si une part d'elle demeure troublée par ce qu'ils pourraient découvrir derrière les portes de ce quartier, cette inquiétude ne suffit pas à détourner ses pas. Elle ne sait pas ce qui les attend. Elle ne sait pas non plus si son immunité apparente aux influences démoniaques la protégera de tout ce qu'ils pourraient rencontrer.

La fée sait seulement qu'elle n'a pas l'intention de prétendre que le danger n'existe pas pour se donner du courage. Elle préfère avancer en le sachant.

Alors elle relève légèrement le menton, retrouvant cette élégance tranquille qui semble lui venir aussi naturellement que sa façon de respirer.
“Maintenant, si vous avez terminé de chercher des raisons de me faire rebrousser chemin…”

Une lueur espiègle revient dans ses yeux.
“Je vous suggère de nous trouver ces fameux signes. J'aimerais éviter que nous passions toute la soirée à discuter sur un trottoir.”

Et, après une brève hésitation, elle ajoute avec un sérieux qui ne dissimule qu'imparfaitement son amusement :
“D'autant que je commence à soupçonner que votre quartier possède bien plus de secrets que je ne l'avais imaginé.”

Séliane se tient désormais prête à le suivre, son regard tourné vers les lumières de la Toussaint. À ses pieds, la Fleur de Veille-Lune continue de briller dans l'ombre, minuscule éclat d'un monde qui n'a peut-être pas fini de livrer ses secrets. La jeune femme ne lui accorde qu'un dernier regard avant de reporter toute son attention sur la suite de leur enquête.

Cette fois, elle n'a plus l'intention de rester en retrait.

7
Le temple Shinto / Féeries [pv Seliane Noctelume]
« le: dimanche 11 octobre 2026, 20:26:38 »
Les sirènes finissent par couvrir les derniers craquements du bois.

À mesure que les secours prennent possession des lieux, les volontaires sont invités à reculer. Les prêtres s’affairent auprès des pompiers, tandis que plusieurs policiers entreprennent de recueillir les premiers témoignages. La confusion ne disparaît pas tout à fait ; elle change simplement de visage. Aux appels pressés succèdent les questions, aux gestes de secours les premières vérifications. Et, déjà, certains regards se posent sur ceux dont la présence, les actes ou les réponses semblent mériter une attention particulière.

Séliane demeure quelques instants en retrait de l'agitation, les doigts légèrement refermés sur le tissu ivoire de son uchikake. La soie, autrefois immaculée, porte désormais les traces de la fumée et de la poussière. Une mèche s'est échappée de sa coiffure, et ses pieds nus reposent sur les dalles encore tièdes du sanctuaire. Ses geta ont disparu quelque part dans la précipitation du sauvetage. Elle ne semble pourtant guère s'en soucier.

Son regard s'attarde un instant sur l'aile orientale.

Les papillons y sont toujours attirés. Quelques-uns disparaissent derrière les pans de toiture endommagés, tandis que d'autres reviennent en décrivant de petits cercles hésitants. La poussière noire accrochée à leurs ailes demeure une anomalie sans explication. Elle aurait voulu s'en approcher, comprendre ce qui les appelle ainsi, mais les lieux sont désormais sous la responsabilité des secours.

S'aventurer parmi les décombres sans autorisation ne servirait ni les blessés ni la recherche de la vérité.
La fée incline donc légèrement la tête, comme pour prendre acte de cette limite.

C'est alors que les policiers s'intéressent à Adel.

Elle ne s'interpose pas. Elle ne proteste pas davantage lorsque les questions commencent et que les agents décident de l'emmener afin de recueillir sa déposition. Elle sait ce que son intervention pourrait produire si elle s'avisait de contester leur décision sans disposer du moindre élément officiel. Un éclat de voix, une affirmation péremptoire ou une tentative maladroite de faire valoir son autorité risqueraient surtout de compliquer une situation déjà délicate.

Alors, pour la première fois depuis le début de cette nuit, elle garde le silence.

La jeune femme observe seulement la scène, le visage empreint d'une gravité tranquille. Puis elle baisse les yeux vers ses mains. Elles tremblent à peine, sous l'effet du contrecoup et de la fatigue. Elle les referme lentement avant de relever le menton.

Elle n'abandonne pas les gens qu'elle a décidé d'aider.

Mais elle sait aussi qu'une bonne intention, lorsqu'elle ne s'accompagne d'aucun moyen concret, ne suffit pas toujours.

Sans attirer l'attention, cette dernière se détourne donc de l'agitation et quitte l'enceinte du sanctuaire.
Elle ne prend pas le temps de se changer. Elle ne cherche pas non plus à dissimuler son apparence inhabituelle. Dans son uchikake froissé, couvert de suie, les pieds nus sur le pavé, elle traverse les rues avec une détermination qui contraste singulièrement avec la délicatesse de ses gestes. Ses papillons l'accompagnent à distance, mais elle ne leur demande pas de la guider vers le commissariat. Ce n'est pas leur rôle, et elle connaît une voie plus simple pour obtenir les renseignements dont elle a besoin.

L'université.

Lorsqu'elle atteint enfin l'établissement, la nuit est déjà bien avancée. Les circonstances exceptionnelles du festival ont laissé leur empreinte jusque dans les conversations du personnel encore présent. Séliane ne s'attarde pas aux explications superflues. Elle demande à rencontrer le directeur, et lorsque l'occasion lui en est donnée, elle s'incline avec le respect dû à sa fonction.
“Je vous prie de m'excuser de me présenter à une heure aussi inconvenante. Je crains cependant que les circonstances ne me permettent pas d'attendre demain matin.”

Sa voix conserve cette douceur particulière qui semble ne jamais tout à fait se départir de ses manières anciennes. Pourtant, derrière la courtoisie, sa résolution ne vacille pas.

Elle expose les faits avec sobriété : l'incendie survenu au sanctuaire, les personnes secourues, puis l'intervention de la police et le placement d'un homme en garde à vue ou, à tout le moins, retenu pour interrogatoire. Elle prend soin de distinguer ce qu'elle a vu de ce qu'elle ignore. Elle ne prétend pas connaître les circonstances exactes du départ du feu. Elle ne demande pas non plus que l'on ferme les yeux sur une éventuelle infraction.

La princesse souhaite simplement que les autorités puissent vérifier qui elle est et entendre son témoignage.
“Je suis consciente qu'une attestation professionnelle ne saurait se substituer à une enquête. Je ne vous demande pas de garantir l'innocence d'un homme dont vous ne connaissez pas les actes. Mais je peux établir mon identité, ma fonction et ma présence sur les lieux. Je peux également témoigner de ce que j'ai personnellement observé.”

Elle marque une pause, puis poursuit :
“Cet homme a participé aux secours. Je l'ai vu aider les personnes présentes, au lieu de chercher à tirer parti de la confusion. Je ne saurais vous affirmer davantage que ce dont j'ai été témoin. C'est précisément pour cette raison que je souhaite que mon témoignage puisse être recueilli correctement.”

Elle ne dramatise rien. Elle ne prononce pas le mot injustice comme si la seule arrestation d'Adel constituait déjà une faute. Elle sait que les policiers doivent établir les faits et que l'apparence d'une situation ne suffit pas toujours à en révéler la vérité.

Ce qu'elle refuse, en revanche, c'est de rester les bras croisés alors qu'elle peut encore agir.

Séliane sollicite donc une attestation confirmant son statut de professeure, ainsi qu'une prise de contact avec le commissariat afin que son identité et sa fonction puissent être vérifiées directement. Si le directeur accepte de l'aider, elle le remercie d'une inclination sincère, sans dissimuler le soulagement que cette première étape représente.

Avant de partir, elle demande également à quel commissariat les personnes interpellées ont été conduites.

Puis elle reprend la route.

Le trajet lui paraît plus long qu'à l'aller. La fatigue se fait sentir dans ses jambes, et la fumée a laissé dans sa gorge une irritation persistante. Pourtant, elle ne ralentit que lorsqu'elle atteint enfin le bâtiment indiqué. Les lumières du commissariat lui paraissent presque crues après les lanternes du sanctuaire. À l'intérieur, les voix sont plus basses, les gestes plus mesurés ; l'urgence du feu a cédé la place à une autre forme de tension, plus froide, faite de formulaires, de dépositions et de portes qui se referment.

La représentante du temple shintoïste pour la soirée se présente à l'accueil.

Elle donne son identité, explique qu'elle vient au sujet de l'incendie du sanctuaire et demande à parler à la personne chargée de l'enquête. Elle présente les documents qu'elle a pu obtenir, sans les agiter comme une menace ni leur prêter une valeur qu'ils ne possèdent pas. Elle attend que son interlocuteur les examine, puis ajoute d'une voix calme :
“Je souhaiterais que mon témoignage soit entendu au sujet de l'homme qui a été conduit ici ce soir. Je peux confirmer qu'il a participé aux secours. Je ne prétends pas que cela suffise à écarter vos soupçons, mais il me semble important que cet élément figure dans votre appréciation des faits.”

Elle laisse un bref silence, puis poursuit, plus doucement :
“Je suis également disposée à répondre à vos questions sur ma propre présence au sanctuaire. Je n'ai aucune raison de me soustraire à vos vérifications.”

Ce n'est ni une sommation ni une supplique. Elle n'exige pas qu'on lui remette immédiatement Adel, et elle ne prétend pas pouvoir décider à la place des autorités. Elle demande que sa parole soit prise en considération et que les circonstances soient examinées avec toute l'attention qu'elles méritent.

Si les policiers consentent à l'entendre, elle leur racontera ce qu'elle a vu : les secours, les victimes, les flammes dont la propagation lui a paru anormale, et cette poussière sombre dont elle ignore encore la nature. Elle parlera aussi de sa rencontre avec Adel, sans lui attribuer des intentions qu'elle ne saurait connaître.

Puis, lorsque viendra le moment d'évoquer la suite, elle formulera enfin sa demande.
“Si les éléments dont vous disposez le permettent, j'aimerais que vous envisagiez une mesure moins contraignante. Je suis prête à faciliter les vérifications nécessaires et à répondre de ma propre présence, dans les limites de ce que la procédure autorise.”

Elle se tient droite devant le comptoir, les mains réunies devant elle. La fatigue demeure visible dans son visage, tout comme les traces de suie sur ses manches. Elle n'a rien d'une femme venue réclamer un privilège. Elle ressemble plutôt à quelqu'un qui, après avoir constaté les limites de son pouvoir, a choisi d'employer avec sérieux les moyens dont elle dispose.

Derrière cette apparente tranquillité, une pensée persiste pourtant : l'incendie n'a pas livré tous ses secrets.

Et si Adel doit répondre aux questions de la police, alors elle fera en sorte que les faits qu'elle connaît ne soient pas oubliés au milieu de ceux qu'il reste à éclaircir.

8
La dernière phrase de Franz demeure quelques instants entre les murs étroits de l’allée. Séliane ne répond pas immédiatement. Le silence n’a pourtant rien de froid. Il est simplement devenu plus dense.

À quelques pas d’eux, la petite Fleur de Veille-Lune continue de diffuser sa lueur argentée à travers la fissure du béton. Sa lumière accroche les flaques minuscules, les aspérités du sol, les mèches sombres qui se sont échappées de la chevelure de Séliane. À côté d’elle, son papillon translucide demeure près de la fleur, ses ailes frémissant à peine.

Elle regarde Franz. Pas comme elle regarderait une créature dangereuse. Pas même comme elle regarderait une énigme qu’il faudrait immédiatement résoudre. Plutôt comme elle regarderait quelqu’un qui vient de lui confier, avec des mots soigneusement choisis, une vérité qu’il n’offre probablement pas souvent.

Une infime douceur passe dans ses yeux. Car, au fond, cette révélation ne la surprend pas autant qu’elle pourrait le laisser croire.

Depuis leur rencontre, quelque chose chez lui échappait aux contours ordinaires du monde humain. Elle l’avait senti. Observé. Sans jamais chercher à lui arracher une réponse qu’il n’était pas prêt à donner.

Alors elle incline légèrement la tête.
"Je crois que je m’en doutais."

Sa voix est calme. Aucune peur ne vient s’y glisser.

Elle laisse pourtant quelques secondes s’écouler avant de poursuivre, comme si elle voulait choisir ses mots avec la même précaution que l’on mettrait à avancer sur une surface fragile.
"Je ne savais simplement pas officiellement ce que vous étiez."

Son regard descend brièvement vers la Fleur de Veille-Lune.
"Et je ne suis pas certaine que cela importe autant que vous le pensez."

Ses doigts se resserrent doucement contre le tissu de sa robe nocturne. Il y a, dans son expression, quelque chose de nouveau. Une compréhension peut-être. Ou du moins une volonté sincère de comprendre.

Elle repense à cette poignée de main proposée quelques instants plus tôt. À cette plaisanterie sur les pactes.

Un très léger sourire vient effleurer ses lèvres.
"Même si je dois reconnaître que votre manière de parler des pactes m’a quelque peu surprise."

Le sourire disparaît presque aussitôt, remplacé par cette sérénité particulière qui lui appartient. Puis elle relève les yeux vers lui.
"Chez moi, un pacte n’est pas une plaisanterie."

Une courte pause.
"Mais je commence à comprendre que les humains emploient parfois certains mots avec beaucoup moins de gravité que nous."

Son regard revient sur Franz. Cette fois, aucune distance cérémonieuse ne demeure dans ses yeux.

Seulement cette attention tranquille qu’elle lui accorde depuis qu’ils ont commencé à travailler ensemble.
"Quant à ce que vous venez de me dire…"

Elle s’interrompt. Le mot suivant semble presque peser dans l’air.
"Vous n’êtes pas humain."

Elle le répète sans jugement, comme pour constater simplement un fait. Puis, plus doucement :
"Moi non plus."

Cette fois, elle ne détourne pas le regard.

La professeure ne cherche pas à savoir quelle créature se tient devant elle. Pas encore. Elle ne demande pas son nom véritable, ni son origine, ni les raisons précises qui l’ont poussé à s’éloigner de certaines choses. Elle n’en a pas besoin pour l’instant.
"Je ne crois pas qu’une nature suffise à définir quelqu’un."

Sa voix se fait légèrement plus basse.
"J’ai appris cela depuis que je suis ici."

Son regard glisse un instant vers la fleur argentée. Une douleur ancienne traverse ses traits, si légère qu’elle pourrait presque passer inaperçue.
"Mon peuple avait ses propres certitudes. Ses propres frontières entre ce qui devait être protégé, ce qui devait être craint… et ce qui devait être rejeté."

Elle inspire lentement.
"Puis mon monde a disparu."

Le mot “disparu” est moins assuré cette fois. Comme si la théorie de Franz avait déposé quelque chose dans son esprit. Une possibilité qu’elle n’osait pas encore regarder directement.

Son regard se pose sur la Fleur de Veille-Lune.
"J’ai toujours pensé que cela signifiait qu’il n’existait plus."

Séliane marque une pause.
"Mais je ne peux pas dire que je sache réellement ce que signifie « disparaître », lorsque quelque chose comme ceci peut encore pousser ici."

Une lueur de réflexion traverse ses yeux, puis elle revient à Franz.
"Alors peut-être avez-vous raison sur un point."

Elle ne prétend pas que sa théorie est exacte. Elle ne le pourrait pas.Mais elle accepte désormais de l’envisager.
"Peut-être que certaines choses ne cessent pas d’exister. Peut-être qu’elles tombent simplement là où nous ne savons pas encore les chercher."

Ses yeux s’attardent un instant sur lui. Puis sa voix devient plus douce.
"Et peut-être est-ce également vrai pour les êtres."

Le silence revient. Cette fois, elle ne le fuit pas. La fée ne lui demande toujours pas ce qu’il est. Elle ne lui demande pas non plus quelles sont ces choses auxquelles il refuse de recourir. Elle comprend qu’il existe derrière ces mots une limite qu’il ne franchit pas facilement.

Alors elle la respecte.
"Je ne vous demande pas de me révéler ce que vous avez fui."

Un léger mouvement de tête.
"Pas maintenant."

Elle laisse cette précision s’installer. Puis quelque chose change dans son regard. Une fermeté douce. Presque royale.
"Mais ne décidez pas à ma place de ce qui pourrait me faire partir."

Les mots ne sont ni une menace ni une promesse. Simplement une vérité. Elle ne lui promet pas qu’elle approuvera tout ce qu’il pourrait faire. Elle ne prétend pas qu’aucune révélation ne pourrait jamais modifier son jugement. Elle lui offre quelque chose de plus honnête.

La possibilité d’être regardé pour ce qu’il choisit de faire.
"Ce que vous êtes ne m’effraie pas."

Une respiration.
"Ce que vous pourriez choisir d’en faire… mérite d’être compris."

Ses yeux restent posés sur les siens. Et, derrière elle, les ailes translucides de son petit papillon frémissent doucement dans la lumière argentée de la Veille-Lune. La jeune femme ne bouge plus.

Puis elle pose enfin la question qui, depuis quelques instants, lui semble être la seule véritablement importante.
"Alors dites-moi seulement ceci…"

Un silence.
"Avez-vous peur de ce que vous pourriez retrouver… ou de ce que vous pourriez redevenir ?"

9
Le temple Shinto / Féeries [pv Seliane Noctelume]
« le: mercredi 26 août 2026, 15:02:15 »
Les sirènes se rapprochent enfin. Leur plainte traverse les allées du sanctuaire avant que les premiers véhicules n'apparaissent au-delà des torii. Des silhouettes en uniforme descendent rapidement, bientôt rejointes par d'autres secours. Les prêtres leur indiquent les bâtiments touchés tandis que les derniers volontaires sont invités à s'éloigner des structures encore fragiles.

Pendant quelques instants, Séliane continue simplement la chaîne de seaux. Puis la question d'Adel lui revient.
"Une fée? "

Elle tourne légèrement la tête vers lui.
“Oui.”

Le mot est prononcé sans mystère cette fois. Une fée. Elle pourrait en dire davantage. Parler de son peuple, de son royaume, de la cour dont elle est issue. Elle pourrait expliquer ce que sont réellement ces papillons, pourquoi ils lui sont liés, ou encore comment une créature de son monde peut se retrouver dans celui-ci. Mais ce n'est ni le lieu ni le moment.

Alors elle se contente d'un léger sourire.
“Je suppose que vous aurez beaucoup de questions.”

Un nouveau seau lui arrive entre les mains. Elle le transmet aussitôt, puis récupère le suivant.
“Je vous répondrai. Lorsque tout ceci sera terminé.”

Ses yeux reviennent vers les flammes. Il ne reste plus grand-chose à sauver ici. Seulement des braises, des poutres noircies et quelques foyers récalcitrants qui fument encore sous les premiers jets des pompiers.

Puis ses papillons se comportent étrangement. Deux d'entre eux ne reviennent pas immédiatement vers elle. Ils demeurent au-dessus de l'aile orientale du sanctuaire, disparaissant derrière une toiture éventrée avant de réapparaître quelques instants plus tard. Séliane fronce légèrement les sourcils.

Un troisième papillon quitte alors les hauteurs et revient vers elle. Il se pose sur le bout de son doigt. La fée s'immobilise. Quelque chose recouvre ses ailes. Une poussière sombre. Elle n'a pas l'aspect léger de la cendre. Elle accroche même la lumière des lanternes d'une manière étrange, comme si de minuscules particules brillantes étaient mêlées au noir.

Séliane l'observe quelques secondes. Puis son regard se porte vers le bâtiment d'où vient le papillon.
“Ce n'est pas de la cendre.”

Elle ne touche pas immédiatement la substance. Elle se contente de l'observer, attentive.
“Il revient de l'aile orientale.”

Une courte pause.
“Je n'avais encore jamais vu cela sur eux.”

Elle lève doucement le doigt afin que la lumière tombe davantage sur les ailes du papillon. La créature ne semble pas blessée. Elle reste simplement là, parfaitement immobile, avant de reprendre son vol. Elle la suit des yeux. Puis les autres papillons s'agitent à leur tour. Ils ne fuient pas. Ils convergent. Tous vers le même endroit. Le bâtiment oriental.

La fée reste silencieuse un instant. Son regard se durcit légèrement.
“Quelque chose les attire là-bas.”

Elle ne prétend pas savoir quoi. Elle ne prétend pas non plus savoir si cela a un rapport avec l'incendie. Cette fois, elle préfère laisser les faits parler pour elle.

Un nouveau craquement résonne dans les décombres. Par réflexe, Séliane pousse d’un coup le jeune homme puis relève immédiatement les yeux.
“Je crois que nous devrions rester prudents.”

Puis son attention revient vers Adel. Et, dans cette atmosphère de fumée, de bois brûlé et de sirènes, elle ajoute simplement :
“Veuillez… Veuillez m’excuser pour ce que je viens de faire. Quant à votre question… oui. Je suis une fée.”

Un léger sourire apparaît sur ses lèvres.
“Et je crois que nous aurons beaucoup à nous raconter lorsque cette nuit nous laissera enfin respirer.”

10
Séliane ne répond pas immédiatement. Les paroles de Franz demeurent suspendues entre eux, tandis que la petite Fleur de Veille-Lune continue de diffuser cette lueur argentée, presque irréelle, dans la fissure du béton.

Que sont-elles ? Quel est leur danger ? Et comment s'en serait-il trouvée une ici ?

La professeure baisse lentement les yeux vers la fleur. Pendant quelques secondes, elle semble simplement l'observer. Mais son regard n'a plus la même profondeur qu'auparavant. Il n'y a plus seulement la douleur du souvenir. Il y a désormais autre chose. Une réflexion. Une inquiétude.

Et surtout… une question à laquelle même elle ne possède pas de réponse.

Lorsque Franz s'excuse, elle relève doucement les yeux. La froideur analytique de son interlocuteur s'est dissipée. Il ne cherche plus seulement à arracher des informations à l'inconnu. Il reconnaît sa propre limite.
“Comprendre est dans ma nature.”

Les traits de la jeune femme s'adoucissent imperceptiblement. Un léger sourire apparaît. Pas amusé. Pas moqueur. Simplement… compréhensif.
“Je le sais.”

Sa voix est basse, presque tranquille malgré ce qui repose encore au fond de son regard.

Elle se redresse lentement, quittant finalement la position accroupie pour se tenir à côté de la fleur. Le mouvement de sa robe fait glisser quelques reflets nocturnes sur le béton humide.
“Et je ne vous reproche pas vos questions, Professeur Franz.”

Une courte pause.
“Au contraire.”

Son regard se pose de nouveau sur la Fleur de Veille-Lune.
“Vous avez raison de les poser.”

Ses doigts se rapprochent de la plante sans toutefois la toucher.
“Une Fleur de Veille-Lune n'est pas dangereuse.”

La fée marque un temps.
“Pas par elle-même.”

Le papillon, installé près de la fleur, replie doucement ses ailes.
“Elle pousse dans les endroits où la nuit possède une influence particulière sur le vivant. Elle n'a pas besoin d'un sol riche. Ni d'un climat précis. Elle a besoin d'une… résonance.”

Le mot semble choisi avec précaution.
“Une harmonie entre un lieu, son énergie et ce qui l'entoure.”

Son regard se perd un instant dans la petite fleur.
“Dans mon monde, elle était particulièrement liée à certains jardins. Elle y était cultivée depuis des générations.”

Un silence. Puis, plus doucement :
“Mais elle ne poussait naturellement que dans un endroit très particulier.”

Elle n'ajoute rien concernant la Cour Nocturne. Pas encore. Une partie de la vérité reste derrière ses lèvres. Elle inspire lentement.
“Elle n'est pas toxique. Elle n'attaque rien. Elle ne corrompt pas ce qui l'entoure.”

Ses yeux se plissent légèrement.
“C'est précisément pour cela que sa présence ici est si inquiétante.”

Séliane désigne d'un mouvement presque imperceptible la fissure dans laquelle la fleur a pris racine.
“Une plante ne traverse pas simplement une frontière entre les mondes comme le ferait un être conscient.”

Elle s'interrompt. Puis son regard revient vers Franz.
“Du moins… pas celle-ci.”

Le silence qui suit est plus lourd. Le papillon quitte la fleur et vient flotter entre eux. Il décrit un cercle lent avant de revenir près de l'épaule de sa propriétaire. La princesse l'observe du coin de l'œil.

Puis elle reprend :
“C'est là que je dois être honnête avec vous.”

Cette fois, son regard ne retourne pas vers la fleur. Il demeure sur Franz. Directement. Mais sans dureté. Quelque chose de doux s'y installe, presque imperceptible. Une confiance encore fragile, mais réelle.
“Je sais ce qu'est cette fleur.”

Une respiration.
“Je sais d'où elle vient.”

Sa voix ralentit légèrement.
“Mais je ne sais pas comment elle est arrivée ici.”

Pour la première fois depuis le début de leur enquête, Séliane prononce ces mots sans chercher à les envelopper d'une énigme ou d'une demi-vérité. Elle ne sait pas. Et elle accepte de le lui montrer.

Son regard demeure plongé dans le sien quelques secondes encore. Il n'y a rien d'intime dans cette proximité silencieuse. Seulement une douceur grave. Une manière de lui dire qu'elle lui accorde suffisamment de confiance pour ne pas prétendre posséder toutes les réponses.
“Et cela…”

Elle laisse le mot flotter un instant.
“…me préoccupe davantage que je ne voudrais vous le montrer.”

Un souffle de vent traverse la ruelle. Les cheveux défaits de Séliane glissent légèrement devant son visage. Elle ne les repousse pas immédiatement, puis elle détourne enfin les yeux. Vers la fleur.
“Parce que si elle avait simplement été transportée à travers une faille…”

Elle s'interrompt. Ses sourcils se froncent légèrement.
“Nous aurions dû pouvoir en trouver la trace.”

Son regard revient vers l'appareil de Franz.
“Or vous n'avez rien détecté.”

La professeure ne semble pas lui poser la question. Elle constate. Et quelque chose dans cette constatation semble la déranger profondément. Séliane s'accroupit de nouveau, cette fois sans toucher la fleur. Elle observe la terre minuscule qui l'entoure, les fissures du béton, la manière dont les racines se sont insinuées dans un espace qui n'aurait jamais dû leur offrir la moindre possibilité de croissance.

“Peut-être qu'elle n'est pas passée par la faille.”

Ses yeux suivent lentement les racines.
“Peut-être que… pendant un instant…”

Elle hésite.
“…ce lieu n'était plus entièrement celui-ci.”

Le papillon s'immobilise. Séliane se redresse légèrement.
“Peut-être qu'une partie de mon monde a simplement… chevauché le vôtre.”

Cette fois, son regard se durcit. Non pas de peur. De compréhension.
“Et si c'est le cas…”

L’enquêtrice en herbe regarde la ruelle. Les murs. Le béton. Les néons. Puis la fleur.
“Alors nous ne cherchons plus seulement des portes.”

Une pause.
“Nous cherchons des endroits où deux réalités commencent à occuper le même espace.”

Le silence tombe. Et lorsqu'elle tourne finalement les yeux vers Franz, son expression est redevenue parfaitement calme. Mais quelque chose a changé.

Elle ne se tient plus à côté de lui comme une guide qui connaît le chemin. Elle est désormais là comme une chercheuse face à une énigme. Une énigme qui touche à son monde disparu.
“Vous vouliez une consœur.”

Un très léger sourire revient sur ses lèvres.
“Vous l'avez.”

Le papillon vient se poser sur son épaule.
“Et je crois que nous avons désormais une première question à laquelle nous ne pouvons répondre ni l'un ni l'autre.”

Son regard glisse vers la Fleur de Veille-Lune.
“Pourquoi celle-ci est-elle ici ?”

Puis, doucement :
“Votre théorie sur le brouillon était intéressante mais inachevée… Si vous avez une suggestion autre que deux réalités se chevauchant, je vous écoute.”

11
Le temple Shinto / Féeries [pv Seliane Noctelume]
« le: dimanche 09 août 2026, 19:14:33 »
L’invitation d’Adel ne reçoit d’abord qu’un silence. Pas celui, fermé et presque cérémoniel, qu’il avait rencontré quelques instants plus tôt. Un silence simplement occupé par le travail. Par le crépitement des dernières flammes, les appels des prêtres, le martèlement précipité des pas sur les passerelles de bois et le souffle irrégulier de ceux qui, comme eux, commencent seulement à sentir la fatigue leur mordre les muscles.

Puis Séliane lui tend le seau qu’elle vient de recevoir.
“Oui. Je viens.”

Et elle reste. Il n’y a rien de plus à ajouter.

Elle reprend sa place dans la chaîne improvisée, les pieds nus sur le sol froid et sali de cendre. Son uchikake, autrefois impeccable, porte désormais les traces de la nuit. Une mèche sombre s’est échappée de sa coiffure et repose contre sa joue. Elle ne semble même pas s’en apercevoir.

Lorsqu’Adel lui demande finalement comment le feu a pu prendre aussi rapidement, son regard quitte les flammes. Cette fois, la représentante des kamis ne cherche pas immédiatement à lui répondre. Elle regarde. Vraiment.

Les poutres effondrées. Les lanternes brisées. Les traces de suie qui remontent certaines cloisons. Les zones où le feu semble avoir progressé trop vite pour une simple lanterne renversée. Les endroits, surtout, où le bois a cédé alors que les flammes n’avaient pas encore eu le temps de les consumer entièrement.
“Je ne sais pas comment il a commencé.”

Sa voix est calme malgré le tumulte.
“Mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’un accident.”

Elle laisse passer quelques secondes avant de poursuivre, comme si elle voulait être certaine de ne pas transformer une impression en certitude.
“Quelque chose n’est pas cohérent. Le feu s’est propagé trop rapidement à certains endroits… et trop lentement à d’autres.”

Son regard se perd dans la fumée.
“Et avant que les premières structures ne cèdent, j’ai senti une odeur qui ne venait ni du bois, ni de l’huile des lanternes. Une odeur sèche. Âcre.”

La jeune femme fronce légèrement les sourcils.
“Je ne saurais pas vous dire ce que c’était.”

Cette honnêteté-là est nouvelle. Elle pourrait prétendre savoir. Elle ne le fait pas.

Un papillon traverse alors la fumée devant eux. Puis un autre.

L’unique princesse d’un royaume disparu suit leur déplacement du regard sans même interrompre le mouvement de ses mains. Ils s’éloignent vers l’un des bâtiments encore debout, disparaissent derrière une toiture et réapparaissent quelques secondes plus tard.

Son expression change. À peine. Mais suffisamment pour qu’un observateur attentif le remarque.
“Quelque chose les inquiète.”

Le mot lui échappe. Et cette fois, elle s’arrête. Pas longtemps. Juste assez pour comprendre qu’elle vient peut-être d’en dire davantage qu’elle ne l’avait prévu.

Son regard revient vers Adel. Elle sait ce qu’il va probablement demander. Elle le sait depuis la première fois qu’il a vu ces créatures lumineuses graviter autour d’elle. Et, pourtant, elle ne détourne pas les yeux. Parce qu’après ce qu’elle vient de voir de lui, elle n’a plus vraiment envie de recommencer à se cacher derrière des réponses incomplètes.

Adel pourrait poser la question. Il le ferait probablement. Mais avant même qu’il ne le fasse, Séliane ajoute doucement :
“Vous vous demandez toujours ce que je suis.”

Ce n’est pas une question. C’est un fait. Ses doigts se referment autour du seau avant de le transmettre à l’homme suivant.
“Et vous avez raison de vous le demander.”

Les papillons reviennent peu à peu vers elle. Certains se posent sur les branches encore intactes d’un arbre voisin. D’autres restent suspendus dans l’air, comme de petites étoiles qui auraient oublié de tomber. Séliane les regarde un instant.

Puis elle regarde Adel.
“Je vous ai dit que je venais d’un endroit très éloigné d’ici.”

Un silence.
“Ce n’était pas tout à fait faux.”

Une légère inspiration.
“Mais ce n’était pas toute la vérité non plus.”

Pour la première fois, quelque chose de vulnérable traverse son visage. Pas de la peur. Plutôt l’étrange difficulté de quelqu’un qui n’a pas l’habitude de donner son véritable nom aux inconnus.
“Je ne suis pas humaine.”

La sauveteuse de la petite fille laisse ces mots exister entre eux sans chercher à les adoucir. Les bruits du sanctuaire semblent presque s’éloigner.
“Je suis une fée.”

Aucune apparition spectaculaire. Aucun éclat de magie destiné à prouver ses paroles. Seulement cette confession. Simple. Terriblement sincère. Puis ses yeux descendent brièvement vers ses propres mains, encore couvertes de poussière.
“Et ces papillons…”

Elle hésite.
“Ils sont liés à moi.”

Un sourire presque imperceptible effleure ses lèvres.
“Mais je ne les contrôle pas comme on commanderait une armée. Ils voient certaines choses. Ressentent certaines choses. Et parfois… ils me préviennent.”

Elle relève les yeux.
“Comme ce soir.”

Un nouveau craquement retentit quelque part derrière eux. Les deux se retournent instinctivement. Rien ne tombe cette fois. Mais les papillons, eux, se dispersent.

Séliane suit leur mouvement.
“Voilà pourquoi je vous dis que je ne sais pas qui a provoqué l’incendie.”

Elle reporte son attention sur Adel.
“Je sais seulement que quelque chose ne me paraît pas naturel.”

Puis, après un bref silence :
“Et je préfère vous dire ce que je sais… plutôt que d’inventer ce que j’ignore.”

Cette phrase pourrait sembler insignifiante. Pour la jeune femme, elle ne l’est pas. C’est probablement la réponse la plus honnête qu’elle lui ait donnée depuis qu’ils se sont rencontrés. Et peut-être aussi la première qu’elle lui offre sans attendre qu’il mérite davantage.

Elle reprend un seau puis le lui tend. Son regard demeure posé sur lui un peu plus longtemps cette fois.
“Vous aviez raison, tout à l’heure.”

Un souffle.
“Les actes révèlent davantage que les objectifs.”

La professeure incline légèrement la tête vers les flammes.
“Alors je vais continuer à agir.”

12
Blabla / J'offre mon corps à....dix
« le: jeudi 23 juillet 2026, 20:29:01 »
2

Je demande à voir !  ;D

13
Blabla / J'offre mon corps à....dix
« le: mardi 21 juillet 2026, 21:45:57 »
10 

A celui qui saura me séduire en douceur...

14
Le temple Shinto / Féeries [pv Seliane Noctelume]
« le: mardi 14 juillet 2026, 14:51:05 »
Le monde ne retrouve pas immédiatement son équilibre. Il hésite. Comme une eau brutalement troublée qui cherche encore la forme de son propre reflet.

Les cris continuent de courir sous les avant-toits du sanctuaire. Les prêtres appellent les visiteurs à s'éloigner des bâtiments fragilisés. Les plus jeunes moines guident les familles vers la cour principale tandis que d'autres s'efforcent déjà de dégager les poutres tombées, leurs manches retroussées, les mains noircies par la suie.

Sous l'ombre protectrice du pavillon, la petite fille tremble encore. Son souffle est irrégulier. Ses doigts serrent le tissu ivoire de l'uchikake comme s'il était la seule chose solide dans un monde devenu soudainement instable.

Puis une voix déchirée traverse le tumulte.
- Hana !

La fillette relève brusquement la tête.
- Maman !

La femme surgit de la foule en trébuchant presque, les cheveux défaits, le visage ravagé par une peur que plus rien ne cherche à dissimuler. Lorsqu'elle aperçoit sa fille vivante, ses jambes cèdent avant même d'arriver jusqu'à elle.

Elle tombe à genoux. Ses bras referment aussitôt l'enfant contre son cœur. Les sanglots éclatent sans retenue.
- Pardonne-moi... pardonne-moi...

La petite secoue vivement la tête, pleurant elle aussi désormais, incapable de prononcer le moindre mot.

Séliane reste silencieuse. Elle contemple ces retrouvailles avec une expression que peu auraient su lui reconnaître. Ni joie. Ni tristesse. Quelque chose de plus ancien. La mémoire d'un peuple qui, lui aussi, avait connu des séparations.

La mère finit par relever les yeux vers elle. Son regard vacille entre l'incompréhension, la gratitude et le besoin irrépressible de remercier celle qui vient de sauver ce qu'elle possède de plus précieux.
- Je... je ne sais pas comment...

La kami improvisée pour la soirée incline simplement la tête. Une inclinaison lente. Respectueuse.

Comme si aucune parole n'était nécessaire.
“Prenez soin d'elle.”

Sa voix n'est qu'un souffle. Puis elle recule d'un pas.

Les papillons l'entourent de nouveau, silencieux. L'un d'eux vient se poser un bref instant sur l'épaule de la fillette, avant de reprendre son envol.

Et la Professeure s'éloigne, sans attendre les remerciements. Sans chercher un regard. Sans même se retourner.

Ses pas nus retrouvent le bois froid des passerelles du sanctuaire. Les geta sont restées derrière elle. Elle ne s'en aperçoit même pas.

Les papillons s'élèvent progressivement autour d'elle. Non plus dans l'urgence. Dans une étrange danse silencieuse. Ils s'écartent. Reviennent. Décrivent de larges cercles au-dessus du festival meurtri. Puis tous, presque au même instant, prennent la même direction. Vers l'aile orientale.

Séliane lève lentement les yeux. Elle les suit. Au-delà de la fumée. Au-delà des silhouettes qui courent encore. Et elle le voit.

Adel.

Il ne lève plus les yeux vers les mystères. Il ne cherche plus à comprendre les présages. Il agit. Simplement. Naturellement. Il aide deux prêtres à repousser une poutre dont les extrémités brûlent encore. Puis il disparaît quelques instants derrière un rideau de fumée.

Elle le retrouve plus loin. Accroupi. Ses mains relâchent doucement un poisson rouge dans un bassin épargné par le chaos. Le petit animal hésite un instant avant de retrouver la profondeur de l'eau.

Adel est déjà reparti. Un enfant en pleurs lui tend les bras. Il le soulève sans réfléchir. Le rassure. Le confie à un membre du sanctuaire. Puis revient vers les flammes. Encore. Toujours. Sans chercher le moindre regard. Sans attendre le moindre merci.

Les papillons ralentissent. Autour de leur propriétaire. Comme s'ils comprenaient, eux aussi. Son regard ne quitte plus le jeune homme.

Puis quelque chose, très discrètement, cède en elle. Pas une certitude. Une habitude. Depuis leur rencontre, elle n'avait cessé d'observer ce qu'il cachait. Ses flux. Sa volonté. Son feu. Ses silences.

Et elle réalise soudain… qu'elle n'a presque jamais regardé ce qu'il faisait.

Les mots d'Adel lui reviennent avec une netteté inattendue : "En effet. Entre le départ et l'arrivée, il y a les actes faites au nom de passer de l'un à l'autre."

Ses paupières se ferment un bref instant. Comme une prière silencieuse adressée non aux kami… mais à sa propre humilité.
“J'ai regardé le ciel…”

Le murmure se perd presque dans les crépitements du bois.
“...alors que la réponse marchait déjà sur la terre.”

Lorsqu'elle rouvre les yeux… elle ne voit plus une énigme. Elle voit un homme. Un homme fatigué. Têtu. Parfois abrupt. Profondément imparfait. Et qui, malgré tout cela… choisit encore d'aider.

Alors Séliane avance. Sans précipitation.

Elle traverse la fumée, relève les longues manches de son uchikake afin qu'elles ne gênent plus ses mouvements et, arrivée près d'une chaîne improvisée où des seaux d'eau circulent de main en main, elle en saisit un.

Aucun mot. Aucune annonce.

Elle prend simplement sa place entre un vieux moine au crâne rasé et une jeune femme dont les mains tremblent encore. Le seau arrive. Elle le transmet. Un autre revient. Elle recommence. Encore.

Le rythme devient presque celui d'une cérémonie. L'eau. Les mains. Le bois. Les flammes. Les respirations.

Puis, lorsqu'Adel vient saisir le seau qu'elle lui tend sans avoir encore levé les yeux vers elle… La jeune femme parle enfin.

Sa voix est presque couverte par le fracas des poutres que l'on dégage.
“Je me suis trompée.”

Elle ne cherche pas à savoir s'il l'a entendue. Le seau suivant arrive déjà. Elle le prend. Le transmet.
Seulement alors, sans interrompre leur travail, elle ajoute, avec cette simplicité qui lui coûte davantage que toutes les révélations sur son identité :
“J'ai voulu comprendre votre cœur... avant de regarder vos mains.”

La princesse d’un royaume ignoré et oublié tourne enfin la tête vers lui. Son regard n'a plus rien de l'observatrice venue sonder un inconnu. Il est infiniment plus simple. Plus humain.
“Vous aviez raison.”

Au même instant, derrière eux, le kannushi Hayama Kiyotsugu s'avance au milieu des prêtres. Son hakama est couvert de cendre, ses manches tachées de suie comme celles de tous ceux qui ont prêté main-forte. Il observe un instant les flammes désormais contenues, les familles rassemblées, les blessés pris en charge, puis il joint lentement les mains.

Deux claquements nets résonnent sous les poutres encore fumantes. Le bruit traverse la cour. Les conversations s'éteignent peu à peu. Le vieux prêtre incline la tête vers le honden, puis laisse monter une prière de remerciement. Non pour demander aux kami d'effacer ce qui s'est produit. Mais pour remercier que, lorsque le désordre avait frappé, tant de mains aient choisi de préserver la vie plutôt que de céder à la peur.

Autour d'eux, les papillons de Séliane reprennent doucement leur ronde. Et, pour la première fois depuis le début de leur rencontre… ils ne tournent plus autour d'Adel pour tenter de le comprendre.

Ils l'accompagnent. Comme s'ils avaient, eux aussi, cessé de chercher une énigme... pour simplement reconnaître un homme.

15
Le crépitement de l'appareil finit par n'être plus qu'un bruit lointain.

Autour d'eux, la ruelle semble retenir son souffle. Les basses étouffées des établissements voisins continuent de vibrer derrière les murs, quelques éclats de voix résonnent au loin, une enseigne grésille au-dessus d'une porte métallique... Pourtant, tout paraît soudain appartenir à un autre monde. Comme si ce mince passage de béton s'était discrètement décroché du reste de la ville.

Séliane demeure immobile. Accroupie devant la fleur. Ses doigts reposent encore contre l'un des pétales argentés, avec une délicatesse infinie. Comme si le moindre mouvement risquait de briser quelque chose de bien plus fragile qu'une simple plante.

Ses lèvres s'entrouvrent. Longtemps, aucun son n'en sort. Puis…
“ ...Veille-Lune…”

À peine un souffle. Un nom oublié qui retrouve enfin le chemin d'une voix. Ses paupières se ferment à nouveau pour encore plus de détails que l’instant d’avant, l'espace d'un battement de cœur. Les jardins suspendus renaissent derrière elles. Une nuit éternelle constellée d'astres inconnus. Des terrasses de pierre blanche baignées d'une lumière argentée. Le parfum discret de milliers de fleurs semblables ondulant sous une brise qui ne soufflera plus jamais.

Lorsqu'elle rouvre les yeux, une unique larme est venue humidifier leur éclat. Elle ne tombe pas. Elle demeure là. Suspendue. Comme le dernier fragment d'un monde disparu.

Le papillon déploie lentement ses ailes. Il quitte la fleur. Pour la première fois depuis que Franz l'a rencontré, il ne revient pas immédiatement vers Séliane. Il s'élève dans l'air frais de la ruelle, décrivant une courbe lente, presque hésitante, jusqu'au professeur.

Là, il ralentit. Il demeure quelques instants devant lui, comme s'il l'observait à son tour. Puis l'une de ses ailes effleure doucement sa main. À peine un frôlement. Un contact si léger qu'il pourrait presque passer pour une illusion. Et pourtant… Il semble délibéré.

Le petit être lumineux reprend ensuite son envol avec la même tranquillité, revenant vers la fissure du béton pour se poser délicatement près de la fleur, comme auprès d'une vieille amie retrouvée.

C'est alors que la voix de Franz perce enfin le voile des souvenirs.
« Séliane ? Vous êtes avec moi ? »

Son prénom. Il suffit. La princesse fée cligne lentement des yeux. Le présent reprend peu à peu sa place. Son regard quitte la Fleur de Veille-Lune pour rejoindre celui du professeur.

Une inspiration calme.
“Oui…”

Sa voix demeure basse. Presque absente encore. Ses yeux redescendent vers la petite plante.
“C'est... une Fleur de Veille-Lune.”

Les mots sont prononcés avec une infinie douceur. Comme on présenterait une vieille amie dont on croyait ne jamais revoir le visage.

Ses doigts quittent enfin les pétales. Très lentement. À regret.
“Elle ne poussait…”

Une légère hésitation.
“...que dans un seul endroit.”

Un silence.
“Chez moi.”

Les néons projettent leurs reflets changeants jusque dans la ruelle. Ils semblent glisser sur les pétales sans parvenir à les ternir.
“Nulle part ailleurs.”

Sa voix ne tremble presque plus. Presque.
“J'ignore comment elle a pu parvenir jusqu'ici.”

Son regard demeure posé sur la fleur. Comme si la quitter des yeux risquait de la voir disparaître. Puis, dans un souffle plus discret encore :
“Cet endroit n'existe plus.”

Le silence revient. Plus lourd. Plus dense. Les doigts de la princesse se referment lentement contre sa paume.
“Mon monde non plus.”

Aucune plainte. Aucun sanglot. Seulement une vérité. Simple. Implacable.

Le vent s'engouffre doucement dans la ruelle, faisant frissonner les rares feuilles mortes coincées contre un mur. Il passe dans les longs cheveux défaits de la jeune femme avant de s'évanouir.

Longtemps, elle reste immobile. Puis elle inspire profondément. Et quelque chose change. Pas son visage. Pas son regard. Quelque chose de plus profond. Comme une souveraine qui, après avoir laissé son cœur vaciller l'espace d'un instant, retrouve naturellement le poids de sa couronne.

Elle se relève lentement. Ses yeux rencontrent ceux de Franz. Cette fois, sans détour.
“Lorsque nous nous sommes rencontrés…”

Sa voix a retrouvé sa douceur habituelle.
“...je pensais seulement vous empêcher d'approcher un danger dont vous ignoriez encore l'ampleur.”

Ses yeux glissent une dernière fois vers la fleur.
“Je n'avais pas tout compris.”

Une légère pause.
“Ce danger me concerne tout autant.”

Les mots ne portent aucune solennité forcée. Seulement une évidence.
“Jusqu'à présent, je souhaitais surtout vous accompagner. Observer. Vous laisser conduire cette enquête selon vos méthodes.”

Le papillon quitte doucement la Fleur de Veille-Lune pour revenir flotter près de son épaule. Ses ailes retrouvent enfin leur calme.

Séliane relève légèrement le menton.
“Désormais..."

Une respiration.
“...nous porterons cette recherche ensemble.”

Son regard ne vacille pas.
“Aussi longtemps qu'il le faudra.”

Puis il revient une dernière fois vers la petite fleur argentée. Une émotion infiniment discrète traverse encore ses traits.
“Car si une Fleur de Veille-Lune a trouvé le chemin de cette ruelle…”

Le mutisme suspend la fin de sa phrase. Lorsqu'elle reprend, sa voix n'est guère plus haute qu'un murmure.
“..alors votre monde n'entrevoit pas encore ce qui l'attend réellement.”

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