Lynn x Kenichi
La corruption par le corps
Youri, patron d’agence un peu fantasque était donc aussi connu que cela dans les sphères d’influence ? Lynn l’ignorait.
Sous prétexte de révisions ou d’un travail à temps partiel, elle avait toujours décliné les invitations à des expositions ou à des vernissages. Et dire que, si elle avait cédé et rencontré par ce moyen le PDG en face d’elle, cette mise en scène infâme orchestrée par Keiko n’aurait probablement jamais eu lieu.
Kenichi, en tout cas, semblait séduit par son entourage et elle offrirait à son sauveur un bon chocolat lorsque tout ceci serait terminé.
Même sa bourde avait été contourné avec classe par son nouveau patron qui lui répondit par un pincement de lèvres cachant un sourire qui adoucissait son visage.
Trop beau, faillit-elle dire à haute voix mais elle garda tout pour elle, sauf son regard qui décortiquait chacun de ses gestes.
Dans les couloirs qui les menaient à la réunion, elle put voir à quel point Kenichi était adulé. Certes, Lynn attirait bien des regards mais ils étaient fortement polarisés. D’un côté, les plus vénérables des employés déployaient leur sourire le plus accueillant, de l’autre, elle sentait bien que son dos aurait volontiers servi de cible à lancers de couteaux pour la plupart des femmes de son âge. On s’interrogeait de ce qu’elle faisait avec le patron alors qu’il était prévu qu’elle visite d’autres services.
Installée quelques rangs derrière Kenichi, elle déboutonna sa veste et se pencha en avant pour récupérer un carnet dans son sac.
Petit inconfort, la bretelle de son balconnet avait glissé de son épaule sur son bras.
Personne n’avait rien vu et le satin coupable était bien dissimulé sous la manche de sa veste.
Attentat à la pudeur évité !
La réunion était à sa grande surprise très prenante. On entendait ses mains s’agiter sur son carnet après avoir discrètement arrangé sa tenue.
Un organigramme avec les noms des différents chefs de service agrémenté d’un petit dessin pour ceux dont le physique était trop proche.
Celui qui s’occupait des ressources humaines, elle ne l’aimait pas ; les employés n’étaient que des cases sur un tableur et il ne semblait pas porter le patron dans son cœur.
Puis il y avait Keiko qui lui jetait ses œillades meurtrières.
Face à tous ces égos et dans une marée d’informations, Kenichi restait d’un calme olympien, impeccable dans son costume qui, d’où Lynn se trouvait, soulignait son flanc lui dessinait des jambes délicatement fuselées.
Le trouvant
trop beau artistiquement parlant, elle tourna une page pour en dessiner un vague croquis, histoire de capturer la pose et ses caractéristiques. Un vieux monsieur parlait très lentement donc elle n’avait pas raté grand-chose.
La venue d’une personnalité telle que l’émir et sa famille impliquait une logistique à la mesure de l’évènement : changer la décoration et les peintures selon ses goûts, importer ses pièces préférées en avion, faire venir ses chefs, sélectionner un personnel trilingue anglais/arabe/japonais et tant d’autres choses.
Ils semblaient avoir tout anticipé.
Tout ?
Ce n’était pas exactement l’avis de Lynn.
« J’ai bien quelques questions mais je préfère les réserver à vos oreilles. Si possible. »Le sourire qu’elle lui lança dissimulait à merveille la gêne qu’elle ressentait de ne pas pouvoir lui répondre immédiatement. Et par le contenu de sa question.
Un bon repas semblait mettre le riche héritier dans des dispositions parfaites.
Lynn, elle, n’avait jamais goûté la plupart de ces plats. Elle choisit donc ce qui lui semblait le plus simple à manger, pas d’alcool. Elle fut bien contente de revoir son amie l’eau des Alpes françaises dont elle s’empara avec engouement.
Elle prit place à la même table que monsieur Kawamura, joliment habillée d’une nappe blanche. Débarrassée de sa veste de costume révélant un chemisier noir légèrement transparent, elle reprit son carnet, prenant garde, cette fois, à ne pas trop abaisser son épaule. Il était ouvert sur l’organigramme.
« Alors… J’ai bien suivi la réunion sur les besoins et le train de vie de l’émir et sa famille, mais… Je sais de source sûre qu’en voyage à l’étranger, ils invitent régulièrement des… comment dire… »Le secrétaire particulier de Kenichi s’approchait dangereusement de leur table, il fallait faire vite.
« des… »Dans la panique, elle se pencha délicatement vers lui pour avoir son oreille à portée de souffle.
Sa bretelle, malheureusement, en fit de même.
« des prostituées. »Son regard se détourna quelques instants de son visage de porcelaine. A la faveur de la fraîcheur ambiante et du frottement du tissu, elle sentit la dentelle dévoiler un téton parfaitement érigé.
Le secrétaire, qui s’était approché de leur table, ne regardait pas son visage.
De désespoir, elle posa un coude en opposition pour dissimuler autant que possible son sein arrogant des yeux innocents de l’héritier et planta son regard bleu dans le sien. Lynn usait de tous les artifices appris à l’agence pour capter l’attention sur son visage : la tête légèrement inclinée, le sourire énigmatique, la voix à la limite du chuchotement…
« Fermez les yeux. »