Centre-ville de Seikusu / Re : Boule de Vie au milieu des Morts. { Lucie - Anubis }
« le: dimanche 26 janvier 2025, 19:56:35 »Lorsque la caucasienne lui expliqua ses questionnements, celui-ci l'invita à prendre place pour en discuter davantage. Bien sûr, Lucie allait refuser poliment, de peur de l'ennuyer alors qu'il était possiblement occupé à autre chose avant son arrivée dans la boutique, mais il lui coupa clairement l'herbe sous le pied. La rondouillette émit un bref ricanement, et lui répondit avec plaisir, tout en s'installant confortablement dans le fauteuil qui lui avait présenté.
- Je vous remercie. Un jus de fruits, s'il-vous-plaît.
La jeune femme déposa son sac à côté d'elle sur le fauteuil, malgré la place qu'elle pouvait y prendre, une main filant sous son jupon pour bien s'installer. Elle joignit les genoux et bascula ses jambes un peu sur le côté, un peu comme si elle avait été une femme de grande importance. Non pas que Lucie se montrait prétentieuse, loin de là, mais elle souhaitait éviter toute déconvenue avec sa robe ou son jupon. D'ailleurs, elle y passa la main dessus pour aplatir ne serait-ce qu'un peu le volume de ce magnifique tissu.
Quand Monsieur Livingston prit place en face d'elle, proposant également des biscuits, elle ne put décemment pas refuser. C'était amené avec une si belle attention. La rouquine l'observa sans se cacher. Il dégageait une douce aura, malgré le fait qu'il soit très peu souriant, qu'il travaille dans des pompes funèbres et qu'il s'habille de noir quasi entièrement. Les pointes de nuance dorée que donner ses bijoux donnaient l'impression à Lucie que cela représentait cette fameuse lumière que certains disent voir au moment de quitter ce monde...
Mais revenons à nos moutons. Lucie, prise par la curiosité, était rentrée dans l'établissement sans réel but profond, mais finalement, avait bien des interrogations. Si le gérant pouvait y répondre, ce ne serait pas perdu. Alors elle l'écouta attentivement, prenant doucement le verre de jus de fruits à deux mains, comme le font les femmes japonaises, emplies de délicatesse. La rondouillette l'approcha de ses lèvres, goûtant une, puis deux gorgées, autant qu'elle buvait les paroles de l'éphèbe. Elle comprenait que le choix de ses mots était restreint et ne lui en tenait pas rigueur. Ce monsieur ne faisait que son travail après tout. Une nouvelle lampée de jus de fruits dégringola dans sa gorge, puis elle reposa le verre sur la petite table en face d'elle.
Pour le rassurer ainsi que le remercier, la Française voulut lui répondre mais une nouvelle fois, il prit les devants et sa question fut des plus déconcertantes. Les sourcils haussés de surprise, Lucie semblait égarée un instant dans un dédale inattendu. Un véritable choc la laissant muette, sans pourtant quitter des yeux la personne assise devant elle. La Française fut frappée de stupeur, comme figée par la tombée d'un éclair. Ce n'est que le cliquetis de la porcelaine, causée par la maladresse du gérant, qui ramena la rouquine à la réalité. Ses adorables yeux noisette fixèrent les longs doigts de M.Livingston. Celle-ci émit une sorte de grognement, comme si elle retenait quelque chose, avant de finalement se laisser aller aux éclats. Une hilarité étincelante, sans retenue aucune. Elle se lisait également sur son visage dodu qui rougissait et dans ses prunelles qui riaient.
- P...Pardon...Haha !
De fines gouttelettes perlèrent le coin de ses yeux, alors qu'elle pressa ses mains sur son ventre rempli, cherchant à se calmer. La caucasienne inspira comme elle le pouvait, expirant avec tout autant de mal, sa respiration décousue par quelques réminiscences de son rire sincère. Se pinçant les lèvres pour ne pas dans cette voie, Lucie se tourna un peu pour se permettre d'atteindre son sac à main et d'y chercher un mouchoir, venant cueillir les perles de pluie au coin de ses yeux. Elle se reprit alors rapidement, un grand sourire ourlant ses lèvres.
- Veuillez m'excuser, Monsieur. Le choc fut tel qu'il me laissa muette pendant un moment et...Je ne me moquais pas de vous, je vous rassure ! Et aussi, vous n'êtes pas un imbécile. Un peu maladroit, peut-être, mais pas un idiot. Sûrement curieux et terriblement mignon, pour le coup. Vous ne vous êtes pas fait mal au moins ?
Ce sont les maladresses d'Amos qui avaient fini par briser la tension qui flottait dans l'air. Lucie se pencha légèrement pour venir essuyer la main du jeune homme, son parfum se mêlant un peu à celui du thé fumant. Ah et...Autant être transparente jusqu'au bout, vu comme cet homme avait réussi à comprendre les intentions de la demoiselle.
- Vous avez lu en moi comme dans un livre ouvert, à moins que ce ne soit lisible sur mon visage...Et j'avoue que cela m'a fait perdre pied. Mais d'un côté...Merci, j'ai pu rire d'un sujet délicat. Ce n'est pas plus mal. Autant parler de la mort avec un peu plus de légèreté.
Lucie laissa échapper un léger sourire en coin, presque espiègle, avant de reprendre plus sérieusement.
- Je suis malade, oui, mais ce n'est pas une condamnation. Il est vrai que cette maladie augmente mes chances de quitter ce monde plus tôt mais...Je pourrais partir autrement, comme me faire renverser par une automobile, ou que sais-je encore...On ne sait de quoi est fait demain. Je crois juste que je voulais simplement être au courant. Me rassurer que, quand ce sera mon tour, tout soit fait avec respect. Savoir tout ça me console un peu par rapport aux proches qui resteront après et devront vivre avec mon absence.
Lucie baissa doucement ses yeux noisette, agrippant un pan de sa robe, jouant nerveusement avec. Était-ce trop...glauque de parler de sa mort à un si jeune âge ? L'était-ce encore plus lorsque l'on cherche à savoir les tenants et les aboutissants dans ce genre de cas ?
- La mort est omniprésente et pourtant, on cherche toujours à la fuir. Malgré tout, elle nous offre un si précieux cadeau : la vie. Si la mort n'existait pas, elle donnerait sûrement moins de sens à ce que nous faisons de nos années sur cette terre. Elle reste un voyage auquel on peut se préparer. Elle est comme une amie qu'on ne verra pas pendant très longtemps mais on peut décider de l'accueillir agréablement à bras ouverts, plutôt que de nier son existence et de souffrir de ses maux.
C'est avec cette mentalité, déjà depuis très jeune, lorsque sa maladie s'est éveillée, que Lucie a mené sa vie jusqu'ici. Carpe Diem, que l'on disait. Ce qui est passé est passé, on en apprend. Demain, on ne peut le prévoir. Aujourd'hui est à apprécier. Hier est derrière, demain est un mystère, mais aujourd'hui est un cadeau...C'est pourquoi on l'appelle « le présent ».