« Il est ici ! Fuyez !
- Réfugiez-vous dans la cathédrale, vite !! »
Les cloches de la cathédrale ne tardèrent pas à sonner, se répercutant dans l’ensemble de la ville, alors que les badauds hurlaient de terreur, se mettant à courir rapidement, se bousculant. Les marchands abandonnaient leurs étals en se dépêchant, renversant leurs apprentis, lâchant de grosses caisses. Une psychose collective venait de s’emparer de la population de la bourgade de Saint-Luce. Les Luciens, comme ils s’appelaient, avaient déjà été attaqués deux fois dans le mois par un énorme dragon rouge, et les guetteurs sur les murs l’avaient entendu rugir. Les cloches résonnèrent dans toute la ville, et on pouvait entendre l’énorme bête rugir alors qu’elle fondait sur la ville, crachant son souffle mortel sur les toits des maisons, les incendiant, avant de plonger sur les longues rues en pierre, ses ailes immenses raclant les toitures. Ses pattes griffues fauchaient les humains, avant que le dragon ne remonte, sans tenir compte des hurlements de douleur des proies, qu’elle déchiquetait ensuite, avant d’attaquer à nouveau, soufflant sur les maisons, son feu infernal enflammant ces dernières.
(http://nsa29.casimages.com/img/2012/09/27/mini_120927044920133895.jpg) (http://nsa29.casimages.com/img/2012/09/27/120927044920133895.jpg)
Cathédrale de Saint-Luce
Ciri’ entendit les Luciens hurler, et prit son temps pour se préparer. Elle se tenait dans l’une des chambres d’hôtes de la Cathédrale de Saint-Luce, un imposant édifice religieux bâti juste à côté d’une église, et qui confirmait le caractère très pieux des habitants de cette ville nexusienne. Saint-Luce était à quelques lieues de la grande cité-État, planté au milieu de montagnes. C’était une belle ville, prospère, qui tirait sa richesse des carrières de pierres à proximité, des mines de fer et d’or dont elle se servait pour entretenir les puissants murs entourant la ville, ou les remparts des forteresses à la frontière.
Prudemment, Cirillia vérifia son arbalète, tout en enfilant son armure, et en enduisant sa lame d’une mixture qui en renforcerait le tranchant. Depuis sa fenêtre, elle pouvait sentir le vent remuer ses cheveux, mais aussi sentir l’odeur de braise, voir les hautes flammes de la ville, les hurlements des gens, et l’immense dragon rouge, dont les ailes immenses volaient au-dessus de la ville. Il était inhabituel qu’un dragon vienne attaquer directement une ville. Pour se nourrir, les dragons attaquaient généralement des villages isolés, mais n’aimaient pas les grandes villes. Trop d’humains. Et ce dernier ne se contentait pas que de chasser. Il attaquait délibérément la ville, comme si quelqu’un le possédait, le dirigeait... L’hypothèse avait effleuré les lèvres des décideurs politiques de Saint-Luce, mais la théorie officielle était que ce dragon rouge était tout simplement malfaisant... Ce qui, à vrai dire, était tout à fait possible. Les dragons n’étaient pas que de simples animaux uniquement guidés par leurs instincts de survie ; ils étaient intelligents et conscients. Cirillia ouvrit un Élixir, et en but le contenu. Cet élixir magique renforcerait ses capacités et ses performances, ce dont elle aurait grand besoin contre un dragon.
*Calme ton excitation, il faut aborder ce problème de manière rationnelle et professionnelle...*
En tant que chasseresse de monstres, la spécialité de Cirillia était la traque de dragons. Elle en avait déjà tué un, jadis, et renouveler l’exploit ne la dérangeait pas... D’autant plus que celui-là avait l’air d’un sacré bestiau. Les archers ne pouvaient rien faire contre lui ; ils étaient désemparés, et avaient plus envie de s’abriter que d’affronter cette bête vorace. Des lâches, qui attendaient désespérément que Nexus envoie des renforts. Cependant, la ville était tellement empêtrée dans sa corruption et ses problèmes de guerre civile qu’il était difficile pour elle d’envoyer des hommes. Le Conseil royal était persuadé que ce dragon allait tout simplement repartir, qu’il cherchait juste à nourrir sa portée, et ceci forçait le seigneur local, un homme pieux qui avait son manoir à côté de la cathédrale, à envisager de stopper les expéditions de matières premières.
Cirillia avait entendu parler de ce dragon dans l’une des auberges de Nexus, où elle cherchait des demandes d’aides. Elle avait récemment aidé une famille à se débarrasser d’un dévoreur dans leur cave, ce qui lui avait offert de quoi continuer à pouvoir crécher dans l’auberge, mais les prix n’étaient pas donnés à Nexus. Elle s’y était rendue en espérant pouvoir embarquer dans l’un des navires, afin de protéger les marchands des monstres aquatiques, mais les capitaines avaient plus été attirés par sa plastique que par son épée, et, plus concrètement, préféraient louer les services des guildes, ou, pour els plus avares, des ordres religieux indépendants. Dans un monde féodal, si on n’appartenait pas à une faction, on était rien. Et Ciri’ rechignait à rejoindre une guilde, car ça reviendrait à limiter sa liberté de déplacement, et à être sous les ordres de quelqu’un, ce qui était inacceptable pour elle. Elle avait donc voyagé vers Saint-Luce, et, après avoir envoyé à l’hôpital un sergent, avait réussi à obtenir une cellule de moine, l’ordre religieux de Saint-Luce se chargeant de l’héberger.
Dehors, le dragon rouge continuait à faire des ravages. Ciri’ était prête, et alla se mettre sur l’embrasure de la fenêtre, puis se laissa descendre. Les réfugiés se pressaient en hurlant vers la cathédrale, afin de se protéger du dragon rouge.