Le Grand Jeu

Plan de Terra => Les contrées du Chaos => Discussion démarrée par: Jake Grimwood le dimanche 18 octobre 2026, 11:51:24

Titre: De l'autre côté | Olympe Polyxena
Posté par: Jake Grimwood le dimanche 18 octobre 2026, 11:51:24
Chapitre I : Maman

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Chapitre II : Enquête et traversée

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Chapitre III : Bienvenue dans les contrées du Chaos.

Le passage me laisse une sensation désagréable, comme si mon corps avait été tiré dans plusieurs directions avant d'être remis en place sans qu'on se préoccupe de vérifier si tout était encore au bon endroit. J'perds brièvement l'équilibre, pose un genou au sol et attends que le monde cesse de tanguer.

Quand j'relève la tête, la première chose que j'remarque, c'est le silence.

Loin du silence absolu qu’on pourrait entendre dans l’espace, avec pour seul compagnie les battement du coeur. Le vent souffle, quelque chose remue au loin et le terrain craque sous mes mouvements. Mais il manque les sons auxquels j'suis habitué. Circulation absentes, l’orchestre de la ville quotidien en congé, et les voix humaines si pète-burnes habituellement commencent soudainement à nous manquer.

J'me redresse lentement.

Le paysage qui s'étend devant moi ressemble à un endroit que le monde aurait oublié. Des terres désolées, un relief accidenté, des étendues de sol pauvre et des formations rocheuses qui découpent l'horizon. Rien ne ressemble à un point de repère que j'pourrais identifier. J'sais pas où j'suis, à quelle distance se trouve la première présence humaine ni si le terrain est aussi vide qu'il en a l'air.

J'commence par vérifier mon matériel.

Le sac est là. Les réserves aussi. Les armes n'ont pas bougé. J'contrôle les sangles, les fermetures et les compartiments avant de sortir mon équipement de navigation. La boussole affiche une direction incohérente. L'aiguille tremble, dévie, revient sur elle-même et finit par se bloquer. J'tente une nouvelle lecture, vérifie l'appareil et constate que le mécanisme a pris un coup qu'il ne semble pas en mesure d'encaisser.

« Putain. Ça commence bien. »

J'range l'appareil. Inutile de m'acharner sur un outil qui ne veut plus travailler.

J'ai pas de carte du secteur, ou de coordonnées exploitables et aucun moyen de savoir dans quelle direction se trouve une route ou un village. Mon premier réflexe consiste à chercher les traces d'un passage, une piste, un point d'eau ou une zone qui pourrait attirer des créatures. J'trouve pas grand-chose qui mérite de devenir une certitude.

Alors j'marche.

Les premières heures sont surtout consacrées à l'observation. J'repère les endroits où le terrain offre un abri, les passages qui permettraient de contourner une zone difficile et les reliefs suffisamment hauts pour me donner une meilleure vue. J'garde une partie de mon attention sur les sons et les mouvements qui pourraient annoncer une présence. J'connais pas les créatures de ce monde. J'ai aucune raison de supposer qu'elles se comportent comme celles que j'ai déjà traquées.

La première rencontre me le rappelle assez brutalement.

J'repère des silhouettes à distance, d'abord confondues avec des rochers ou des amas de débris. Puis elles bougent. Leur démarche n'a rien de normal, et leur apparence me suffit pour comprendre que j'suis pas face à des types égarés. J'prends le temps de chercher une voie de contournement, mais l'une d'elles finit par tourner la tête dans ma direction.

Le reste va vite.

J'ai pas envie de m'attarder sur chaque seconde de l'affrontement. J'me contente de retenir ce qui compte : ces saloperies sont agressives, elles réagissent différemment des animaux que j'connais et elles ne se laissent pas forcément impressionner par le bruit ou la douleur. J'parviens à m'en sortir, mais pas sans y laisser de l'énergie, de la patience et quelques marques dont j'me serais bien passé.

Quand le calme revient, j'prends le temps de vérifier mes blessures et mon équipement. Le sang qui souille mes vêtements n'a pas la même couleur que le mien. J'sais pas ce que c'est, et j'ai aucune intention de le découvrir en le goûtant.

J'nettoie ce que j'peux, reprends ma route et garde une distance plus importante avec les endroits où les créatures semblent se rassembler.

Les rencontres suivantes ne rendent pas le voyage plus agréable.

Certaines silhouettes se tiennent à l'écart, d'autres se déplacent par petits groupes. J'finis par reconnaître quelques signes qui m'aident à anticiper leur présence, mais chaque fois que j'crois avoir compris une règle, quelque chose vient me rappeler que j'connais qu'une infime partie de ce monde. J'dois choisir mes combats, éviter les terrains qui me désavantagent et accepter que contourner une menace soit parfois une meilleure décision que chercher à la supprimer.

...J'commence à manquer de sommeil.

La fatigue rend les distances trompeuses, les sons plus difficiles à interpréter et les décisions un peu moins évidentes. J'm'oblige à faire des pauses, à manger et à boire régulièrement. J'surveille mes réserves et j'calcule ce que j'peux encore me permettre de dépenser. J'sais pas combien de temps durera cette traversée, et j'refuse de me retrouver à sec parce que j'aurai voulu gagner quelques heures.

Le pire, c'est que j'ai toujours aucune idée de l'endroit où j'me trouve.

J'finis par choisir une direction générale en fonction du relief et des possibilités d'avancer. Sans boussole, j'dois m'appuyer sur ce que j'peux observer. Le ciel pourrait m'aider, mais lorsque la nuit tombe, j'découvre des étoiles et des constellations que j'reconnais pas. Certaines configurations sont trop différentes pour que j'renonce à les associer à celles que j'connais sur Terre.

J'peux encore me servir des principes de navigation céleste, mais il me manque des références fiables pour établir une direction précise. J'dois donc recouper les observations avec le terrain, la pente des reliefs et les possibilités de progression. C'est lent, imparfait et terriblement frustrant.

Mais c'est mieux que de marcher au hasard.

J'continue.

***

Le temps finit par perdre sa forme. Les journées se ressemblent, les nuits me laissent un sommeil trop court et mes muscles commencent à protester chaque fois que j'reprends mon sac. La terre s'incruste dans les coutures, la poussière colle à la peau et les vêtements portent les traces de plusieurs rencontres dont j'me serais volontiers passé. J'ai pas l'impression d'être en train de gagner. J'ai l'impression de m'éloigner de tout ce que j'connais, sans avoir la moindre garantie de me rapprocher de quoi que ce soit.

À un moment, j'm'arrête sur un promontoire et regarde le terrain en contrebas. J'pourrais continuer à suivre les passages les plus faciles, mais j'risque de perdre du temps sans obtenir de meilleure visibilité. Alors j'lève les yeux vers un pic qui domine les environs. Mon souffle rauque et irrégulier trahit ma fatigue.

La montée est pénible. Le terrain se dérobe sous mes semelles, les pierres roulent au moindre mouvement me rappelant que j'aurais dû prendre davantage de repos. J'm'arrête plusieurs fois pour reprendre mon souffle, vérifier que j'ai rien laissé tomber et m'assurer que j'peux continuer sans aggraver mes blessures. Quand j'atteins enfin le sommet, j'm'accroupis derrière un affleurement rocheux et observe l'horizon. Au loin, des constructions se détachent du paysage.

J'distingue pas suffisamment de détails pour savoir s'il s'agit de ruines, d'un ancien poste fortifié ou d'un ensemble de bâtiments encore habités. Mais ce sont des formes qui ne devraient pas se trouver là par hasard. J'cherche des traces de fumée, des mouvements, des chemins ou des signes d'activité. La distance m'empêche de conclure quoi que ce soit.

Pour la première fois depuis mon arrivée, j'ai pourtant quelque chose qui ressemble à une piste. J'sors la photographie de mes affaires.

Ma mère est là, plus jeune, avec ce visage que j'connais depuis toujours et que j'commence à regarder autrement. Dans ses bras, il y a un bébé qui ne comprend encore rien au monde dans lequel il vient de débarquer. Moi. J'reste un moment à fixer l'image, le pouce posé sur le bord du papier.

« J'espère que t'avais une bonne raison de te barrer. »

J'sais même pas à qui j'parle. À elle, probablement. Ou à cette partie de moi qui voudrait une réponse simple, un nom, une explication qui permettrait de ranger tout ça dans un coin de ma tête.

Mais la photo ne répond pas.

J'la protège de nouveau et me redresse. J'ai encore du chemin devant moi. Les constructions sont loin, le terrain reste inconnu et j'ai aucune garantie que ce que j'vois soit habité. Mais j'peux avancer vers elles et vérifier. J'reserre les sangles de mon sac, contrôle mon équipement et prends une dernière inspiration avant de redescendre.

J'suis venu jusqu'ici pour une raison. J'ai pas l'intention de renoncer parce que le voyage est plus difficile que prévu.

***

Les terres désolées finissent par céder la place à un couvert végétal plus dense. D'abord quelques arbres épars, puis des troncs plus rapprochés, des racines qui soulèvent le sol et une végétation qui réduit progressivement la visibilité. J'sais pas si cette forêt mène vers les constructions que j'ai repérées ou si elle va simplement me forcer à chercher un autre passage.

J'ralentis.

Les bois ont leurs propres règles. Les sons se répercutent différemment, les odeurs restent prisonnières de l'humidité et les mouvements deviennent plus difficiles à repérer derrière les branches. J'garde mes distances avec les fourrés trop épais, évite de m'engager dans les passages où j'pourrais pas manœuvrer et prends le temps de vérifier les endroits qui pourraient dissimuler une présence.

J'rencontre rien qui m'oblige à me battre, mais j'me détends pas pour autant.

Quand les arbres s'espacent enfin, j'aperçois des signes d'activité humaine. Un chemin plus net, des traces de passage, des bruits qui ne ressemblent pas à ceux des créatures croisées jusque-là. J'poursuis dans cette direction, en gardant mes distances avec les premiers mouvements que j'distingue au loin.

Puis la forêt s'ouvre. Et j'découvre la cité. Une… ville.

J'connais pas encore son nom, mais j'comprends immédiatement que j'suis plus dans les terres désertes que j'viens de traverser. Les constructions s'étendent devant moi, avec leurs formes, leurs toits et leurs rues qui ne ressemblent à rien de ce que j'ai pu voir sur Terre. Le bruit de la vie humaine me parvient par vagues. Des voix, des pas, des appels, des mouvements qui se croisent sans que j'puisse en comprendre immédiatement l'organisation.

J'm'arrête quelques secondes pour observer.

J'sais pas si j'dois être soulagé ou méfiant. Une ville signifie des habitants, des ressources, peut-être un endroit où me reposer et obtenir des informations. Mais elle signifie aussi des inconnus, des règles que j'ignore et des risques qui ne se règlent pas nécessairement à coups de fusil. J'jette un coup d'œil à mon équipement. J'suis couvert de terre et de poussière, mes vêtements portent les traces de mes affrontements et j'dois pas sentir la rose. Le sang sombre qui a séché sur certaines parties de ma tenue ne ressemble à rien de ce que les gens d'ici ont l'habitude de voir sur un voyageur ordinaire. J'ai probablement l'air d'un type qui a passé plusieurs jours à se battre avec un cimetière. Ce qui, pour être honnête, n'est pas complètement faux.

J'pourrais essayer de me rendre présentable, mais j'ai besoin de réponses avant d'avoir besoin d'un bain. Alors j'continue jusqu'à croiser un homme qui semble suffisamment à l'aise dans les environs pour que j'puisse lui poser une question sans lui demander de m'expliquer le fonctionnement de l'univers.

J'm'approche à distance raisonnable.

« Hé, l'ami. »

Ma voix porte sans que j'aie besoin de gueuler. J'désigne vaguement les environs d'un mouvement du menton.

« J'suis où, exactement ? »

Le type me regarde. D'abord la carrure, puis le sac, les sangles, le matériel et ma gueule. Son regard s'attarde sur les traces de terre, les taches sombres qui maculent mes vêtements et l'état général du bonhomme qui vient de sortir de la forêt. J'le laisse faire. J'ai pas besoin de lui expliquer que le voyage a été compliqué. Mon apparence s'en charge très bien. Il finit par me répondre, avec cette expression qu'on réserve aux types qui viennent de poser une question parfaitement idiote.

« La Ville, voyageur, tu ne connais pas ? »

J'reste silencieux une seconde. La Ville.

Super. J'ai traversé un portail dimensionnel, survécu à des créatures dont j'connais même pas le nom et marché jusqu'à une cité qui porte le nom le plus utile du monde. J'regarde les bâtiments, les rues, les silhouettes qui passent et cette architecture qui ne ressemble à rien de familier. J'ai quitté la Terre, ça ne fait plus aucun doute. Mais j'ai toujours ni nom de village, ni adresse, ni le moindre indice concret sur l'endroit où ma mère a vécu.

J'passe une main sur mon visage, en retirant au passage un mélange de poussière et de sueur.

« Non. J'connais pas. »

J'marque une pause, puis désigne la cité derrière lui.

« Et j'imagine que c'est pas marqué sur un panneau à l'entrée. »

J'souris pas vraiment. J'ai surtout besoin de savoir ce que j'peux trouver ici, combien de temps j'vais devoir rester et par où commencer mes recherches. La traversée m'a déjà coûté suffisamment d'énergie pour que j'perde pas une heure à tourner en rond. J'suis pas venu jusqu'ici pour admirer les façades. J'ai une photo dans mon sac, une mère qui refuse de parler et un monde entier à découvrir. Pour l'instant, c'est tout ce que j'ai.

Et ça fait déjà beaucoup de boulot.

****

Tenue de Jake :
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