Le Grand Jeu

Ville de Seikusu, Kyoto, Japon, Terre => Les alentours de la ville => Le parc et son sous-bois => Discussion démarrée par: Réo le vendredi 05 septembre 2025, 19:52:36

Titre: Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le vendredi 05 septembre 2025, 19:52:36
Tout ce dont je me suis souvenu avant de m’effondrer, c’était le bruit de la pluie, la façon dont elle s’abattait comme un couperet sur moi, à genoux, avec l’impression que la vie quittait mon corps…j’étais à deux doigts de m’en sortir…

Revenons en arrière pour comprendre la situation…

- C’est bon, messieurs, vous pouvez rentrer, je vais finir.

- Merci patron, à demain.

Ce début de semaine fut de bon augure, les affaires marchaient forts, l’Éden, mon bébé, ne désemplissait pas, pour le plus grand plaisir de mon chiffre d’affaires. Prenant un chiffon, j’essuyai les dernières tables, passai un coup de balais, finis les comptes. Il fut l’heure de rentrer, le temps de verrouiller les portes, avant de me diriger vers l’ascenseur pour le parking.

C’est là que ça a commencé, la sensation de me sentir observé, mais n’ayant rien repéré d’inhabituel, j’ai laissé couler me convaincant que c’était mon imagination. Avançant dans le parking en plein air me dirigeant vers ma voiture. Jusqu’à ce que j’entende ces bruits de pas, résonnant dans la ville.

- Tiens, Réo, la désertion, ce n’est pas très honorable pour quelqu’un comme toi…

Je soupira de dépit, persuadé et idiot d’avoir cru qu’ils avaient lâché l’affaire, je me retourna pour faire face à un démon tel que je n’en ai jamais vu, frêle à première vue, mais paré d’une sorte de queue de scorpion, qui disparut d’un coup sous mes yeux.

Diable merci, mes réflexes furent toujours assez aiguisés pour me protéger avec mes karambits en forme d’ailes d’ange. Un bon moyen de me rappeler le dégoût que les deux camps m’inspirent. Je reculai de justesse pour éviter son dard, mais il se jeta déjà sur moi, ne me laissant pas de répit. Un machin pareil rien que pour me tuer, je me dis pendant un quart de secondes qu’ils devaient vraiment être exaspéré. J’en ressentis une certaine fierté si j’avais eu le temps, mais en plus de sa vitesse, cette brute m’envoya des voitures en pleine face me forçant à décoller pour gagner en vitesse.

- Tu ne te souviens pas de moi Réo ? Melkior, ça te parle ?

Je tentais de gagner en altitude mais je sentis sa queue s’enrouler autour de ma jambe et se planter dedans m’arrachant un hurlement de douleur, la sensation de recevoir un choc électrique capable de tuer dix humains en un instant me parcourut le corps me faisant tomber raide sur le béton…

- Mel…Melkior…t’as changé depuis….que tu léchais les bottes….de cette ordure de général…

La douleur ne cessa de croitre, et je me sentis extrêmement faible en un instant, j’ignore ce qu’il m’a injecté, mais c’est nouveau, et mortelle si je trainais. Mais il était toujours aussi abruti, puisant dans les forces qui me restai alors qu’il s’approcha je lui plante ma lame dans le pied et le décapite avec la seconde, son cadavre tombant au sol sur le coup.

Ce fut une bonne chose, mais j’étais encore mourant, et le jet de sang que je vomis fut un violent rappel de cette réalité…Je n’avais qu’une option, une herboriste qui avait ouvert sa boutique en ville et qui semblait faire des miracles selon les rumeurs…Et merde, si je devais crever, ça serait en me battant.

Trop faible pour voler, ou même conduire, je n’eus pas d’autre option que d’y aller à pied, en espérant tenir jusque-là. Traversant les quartiers de la ville, les pâtés de maisons, en croisant les passants qui me prirent pour un ivrogne, la pluie eut le temps de se mettre à tomber…

- Bordel, on n’est pas dans une série b, on ne peut pas faire plus cliché…kof…

Et une autre gerbe de sang, le temps de parler à moi-même, finissant à quatre pattes comme un animal…Mais là à quelques mètres, je vis sa boutique, du moins j’espérai que ce soit là…rampant comme je pouvais, avec cette sensation terrifiante que la vie quittait mon corps, comme aspirée, je ne lâchai rien, plus que 10 mètres………5….je…la…vit juste là, à porter de main…si seulement elle se retournait…
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le vendredi 05 septembre 2025, 23:08:38
Lyadril venait de refermer derrière elle la passerelle secrète reliant son herboristerie aux Enfers. Sous son apparence elfique, plus discrète aux yeux des mortels, elle reprit son souffle, comme à chaque retour. Ses yeux se posèrent sur l’horloge d’ipé offerte jadis par un démon ambitieux lors de son six-cent-soixante-sixième anniversaire. Les aiguilles effilées indiquaient bientôt la fin de la journée. Comme chaque soir, elle entreprit sa ronde, inspectant l’arrière-boutique. Encore des papiers jetés au sol. Soupir las, agacement croissant. Sa bâtisse était entretenue avec soin, ses soins surpassaient souvent ceux des médecins de cette ère. Pourquoi ce manque de respect ?

Revenant vers la devanture, un bruit sec rompit la monotonie de la pluie. Pas une branche, pas un animal. Plus lourd. Son instinct infernal s’arqua aussitôt, serpent de méfiance sifflant en elle. Mais sa part elfique fit contrepoids : une vie est une vie, et celle-ci ne l’avait pas attaquée.

Sous la pluie, gisant dans la boue, un homme. À première vue humain. Mais l’odeur, même diluée par l’eau, ne trompait pas : une effluve ténue de soufre. Pas un simple mortel. Pas un ennemi non plus. Ses yeux glissèrent sur la masse de son corps : presque deux mètres, lourd, brisé. Sous sa forme elfique, elle ne pourrait pas le soulever.

La colère alors monta. D’abord sourde, puis vibrante, comme un tambour au creux de sa poitrine. Les papiers jetés au sol, l’humiliation cuisante de son duel perdu contre Az’Kharel, son père, les regards qui la réduisaient toujours à une bâtarde sans héritage… tout revint en un bloc incandescent. La rage ouvrit la voie à ce qu’elle ne maîtrisait qu’imparfaitement sur Terre. Sa chair vibra, se durcit, son souffle devint âpre. Sa forme colérique émergea dans un frisson de puissance.

Et là, son odorat capta mieux l’évidence. Ce poison. Melkior. Son odeur était partout sur lui, dans ses plaies, dans son sang. "Par les Enfers… tu n’aurais pas osé…" Ses mâchoires se crispèrent. Si son père avait envoyé son Bras Droit, c’était pour la provoquer, la tirer de nouveau dans leur monde. Mais pas maintenant. Pas ainsi.

Elle attrapa les mains du blessé, le hissa sur ses épaules malgré la différence de taille, ses armes, ses muscles tendus sous la pluie. Chaque pas jusqu’à la salle des Soins physiques fut une lutte contre le poids, l’eau, la peur. La table en bois clair accueillit enfin son fardeau dans un bruit sourd.

Revenant aussitôt à son apparence elfique, elle plongea un bassin de cuivre dans l’eau claire, y trempa un linge et du savon. La plaie s’ouvrait à sa vue, sombre, veines déjà tachées de la progression du venin. Un serpent rampant sous la peau. "Foutu scorpion…" souffla-t-elle, en déchirant chemise et pantalon d’un geste vif, ne laissant que le tissu de dessous.

L’air de la salle vibrait. Les lampes à huile diffusaient une chaleur douce, les draps de lin propres attendaient, l’odeur herbacée des baumes se mêlait au parfum métallique du sang. L’eau glacée éclaboussa sa peau tandis qu’elle nettoyait la blessure, ses gestes précis, rapides, mais accompagnés d’un chant en elfique, doux et vibrant comme une litanie de réconfort.

La glace, appliquée sur l’intérieur de la cuisse, ralentit la course du poison. L’huile de menthe poivrée apaisa l’inflammation tandis qu’elle préparait le sérum antivenimeux, qu’elle injecta d’un geste ferme. Sans attendre, elle fit couler entre ses lèvres une solution amère de reine des prés, curcuma et poivre noir. La boisson écœurerait le blessé, mais il lui fallait ça.

Ses yeux se levèrent, flamboyants.
"Melkior !" Sa voix claqua comme une lame. "Par les Enfers, réponds-moi ! Viens ici… ou je fais venir père !"

Silence. Rien que la pluie sur la verrière, le battement lourd de son propre cœur.

Son regard revint sur l’inconnu. Sa stature, ses muscles tendus même dans l’inconscience. Peut-être… oui, peut-être avait-il eu la force de terrasser Melkior. L’idée paraissait folle. Mais pas impossible.

Le parfum du sang et des herbes emplissait la salle. La neurotoxine recula, lentement, signe que ses soins prenaient. Lyadril, épuisée, s’assit au bord de la table. Sa tête finit par glisser, reposant contre le bois tiède. Les questions tournaient dans son esprit, lancinantes. Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ?

Et sous la pluie battante, bien à l'abri dans son herboristerie, la fille des Enfers s’endormit, gardienne fragile d’un colosse aux veines encore brûlantes de poison.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le samedi 06 septembre 2025, 18:07:43
L’obscurité, la sensation des mains menottées en suspension et les coups de fouet incessants et cette chaleur étouffante, mêlés aux effluves de putréfactions, les hurlements…j’ouvrai les yeux, fixant le sol fais de braises brulantes, entendant des bruits de pas lourd, j’aurai pu reconnaitre cette démarche entre mille…lui, le tortionnaire m’ayant fait souffrir mille supplices parce que je ne mettais pas du cœur à l’ouvrage dans cette guerre sans fin et vide de sens, avec ses cheveux oranges rappelant les flammes les plus vigoureuses et son armure aussi noire que les cendres...

Sans un mot, il sortit son épée…

- Alors, c’est comme ça que ça finit ? Dis-je en le narguant. Tout ce temps à me pourchasser sans me foutre la paix, je te dirais bien d’aller crever en enfer, mais t’y es déjà. Lui crachant au sol.

Je sentis sa lame m’empaler l’instant d’après, mes organes être transpercés, lorsque je rouvris les yeux me redressant d’un coup, mais je n’étais ni en enfer, ni mort vu la douleur que je ressentais et l’envie de vomir qui…me poussa à prendre le récipient à coté de moi me fit vomir une texture noire et immonde.

En temps normal j’aurai maudit les sept enfer pour le goût qui reste en bouche, mais les souvenirs de la veille me revienne, et  je me rappelle que je suis en vie contre toute attente.

Cette pensée me fit avoir un fou rire dans la pièce, chose qui ne me ressemble pas d’habitude, mais je ressentit à cet instant un mélange de craquage en me disant que je n'aurai jamais la paix à moins que je fasse la peau à Az’Kharel, mais aussi de joie et de moquerie en imaginant la tête que ce crétin fera en apprenant que j’ai survécu contrairement à son fan-boy numéro un. Ce ne fut qu’à cet instant que je remarquai ma sauveuse, en reprenant mes esprits qui était endormi malgré mes éclats de rire.

Je réalisai en posant mon regard sur elle, que j’ai une profonde dette, et que sa réputation n’est pas volée. En observant de plus près, malgré ses cheveux qui passent devant son visage, je devine la douceur et le raffinement de ses traits.

*Elle n’est pas une simple humaine* pensai-je, outre son apparence qui est au-delà de la simple beauté humaine, son odeur me le confirmai, je me dis que c’est une elfe, ou quelque chose s’en rapprochant.

La sachant assez proche de la nature pour ouvrir une herboristerie, et une telle connaissance en médecine pour m’avoir permis de survivre, il n’y eût plus de doute dans mon esprit. J’observai alors la pièce dans laquelle je me trouvais avec plus d’attention, une salle somme toute sobre, mais rangée impeccablement, avec une douce odeur d’herbe que je ne saurai décrire, mais elle possédait tout le matériel pour les premiers soins d’urgence. Ca me fit penser aux cliniques, ou maison de soin que l’on peut trouver sur Terra, avec une ambiance que les locaux d’ici appelleraient médiéval fantastique.

Cela étant, je ressentis un besoin de boire un grand verre d’eau, sentant ma gorge desséchée, et n’ayant pas encore retrouvé toute mon énergie, je me permis de sortir de la pièce à la recherche de mon bonheur. Ce qui me permit de découvrir toute la beauté de cette boutique, avec des plantes qui ne viennent même pas de ce monde, mais qu’elle réussit à cultiver malgré tout. Rare sont les personnes à qui je dois une dette, encore plus à m’impressionner, mais les deux réunis, il me semble me souvenir que c’est une première.

Je fus sorti de mes pensées par un bruit de porte qui s’ouvre brusquement..
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le samedi 06 septembre 2025, 21:33:51
La porte claque contre le mur, et plusieurs fioles tintent dangereusement. Lyadril surgit dans l’embrasure, les cheveux encore en désordre, les traits tendus par un sommeil trop bref. Ses yeux se fixent aussitôt sur la haute silhouette de l’homme, debout, chancelant, mais déjà en mouvement.

"Par les Grands Esprits des Forêts Blanches… Vous n’avez donc aucun instinct de survie ?!"

En quelques pas, elle est sur lui. Sa main fine se plaque sur son torse avec une fermeté étonnante, et elle le ramène sans douceur vers la table des soins.

"Asseyez-vous. Maintenant."

Le ton ne souffre aucune contestation. Elle dépose un linge propre, saisit une fiole scellée d’un verre sombre, et brise le bouchon d’un geste sec. L’odeur âcre se répand, amère et minérale. Ses yeux luisent d’un éclat trop intense pour n’être qu’elfique tandis qu’elle s’approche.

"Le venin circule encore. Il s’accroche à vos nerfs, à vos muscles. Si vous refusez ce remède, vous n’atteindrez pas la prochaine heure."

Sans attendre, elle glisse la fiole contre ses lèvres, une main derrière sa nuque pour l’obliger à avaler. Le goût est infect, lourd et amer. Elle soutient son regard sans faillir jusqu’à la dernière goutte, puis le relâche enfin, comme si elle brisait un sort.

La clochette de la boutique tinte soudain. Lyadril serre les dents, et son regard revient à lui, dur et autoritaire.

"Ne bougez pas."

Elle sort aussitôt, son pas se fait plus souple, son visage plus serein. Dans la boutique, une jeune humaine se tient devant le comptoir, un enfant blême dans les bras. Ses traits tirés trahissent l’épuisement.

"Excusez-moi…" murmure-t-elle. "Ma fille a de la fièvre depuis trois nuits. Rien ne marche. On m’a dit que vous pourriez l’aider."

Lyadril adoucit aussitôt sa voix.
"Montrez-la-moi."

Elle prend doucement l’enfant, pose deux doigts sur sa gorge, puis sur son front brûlant. L’enfant gémit faiblement. Lyadril observe la pâleur, l’éclat terne du regard, puis incline légèrement la tête.

"Ce n’est pas une infection grave. Sa respiration est claire. C’est une fièvre de croissance, aggravée par le froid et la fatigue. Elle va guérir. Mais elle a besoin d’aide pour traverser cette étape."

Elle se détourne vers ses étagères, ses gestes rapides et précis. Une pincée d’écorce de saule broyée, quelques feuilles de verveine, une racine d’astragale qu’elle écrase dans son mortier. Une infusion claire s’élève, au parfum herbacé, qu’elle verse dans une petite fiole de terre cuite.

"Donnez-lui deux cuillères de ce breuvage matin et soir. La fièvre tombera dans les trois jours."

Puis, plus doucement encore, posant une main rassurante sur l’épaule de la mère :
"Veillez seulement à ce qu’elle boive beaucoup d’eau et qu’elle repose son corps. Les Grands Esprits savent que sa force reviendra."

La femme serre l’enfant contre elle, les yeux brillants de larmes.
"Merci… merci infiniment."

Lyadril incline la tête avec grâce, son masque de sérénité parfaitement en place. Mais dans la salle des soins, à travers le bois et la pluie qui frappe la verrière, une autre oreille capte sa voix. L'étranger, encore alourdi par le venin et l’amertume du sérum, peut entendre cette douceur inattendue — si différente de la fermeté glaciale qu’elle lui réserve.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le samedi 06 septembre 2025, 23:37:29
A peine le temps de me retourner après avoir entendu la porte, que j’entendis un cri qui de toute évidence m’était adressé
"Par les Grands Esprits des Forêts Blanches… Vous n’avez donc aucun instinct de survie ?!"
Avant même de comprendre ce qu’il se passait, je me retrouvai assis sur une table, un flacon entre mes lèvres, avec une décoction qui me laissai un gout encore plus écoeurant qu’à mon réveil et quelle force elle pouvait avoir, malgré ma résistance elle ne bougea pas d’un poil me forçant à avaler sa potion, et ce malgré que j'eut relacher mes effluves pour la calmer, si j'avait fait un numéro de trompette à Luis Armstrong j'aurai eu le même résultat. Ce qui me choquai particulièrement. D'un coup son breuvage me faisant ressentir une décharge électrique me paralysant et me forçant à m’allonger pour ne pas m’effondrer à nouveau au sol, je senti la température de mon corps monté, et celui-ci tremblé, comme si j’avais contracté une fièvre fulgurante, et je senti la force me quitter à nouveau …

*Qu’est ce qu’elle m’a fait avaler ? * me demandai-je pendant que je me sentais à l’agonie comme si mon corps luttait de toute ses forces…

Je ne me rendis compte de son absence qu’en entendant sa voix qui n’avait rien à voir avec la façon dont elle me parla juste avant. Ça résonnait beaucoup plus doux, et ça avait un je ne sais quoi d’apaisant qui me donnai la force d’encaisser la douleur. Après tout elle j’avais la vie sauve grâce à elle, il n’y a pas de raison qu’elle veuille ma mort.

Je finis par sombrer à nouveau dans le sommeil, mais plus apaisant cette fois, au lieu de l’enfer et de Az’Kharel, je me vis dans une forêt, paisible, seul, avec un lac, l’instant d’après sans savoir comment je me retrouvai au milieu de ce même lac, dans une barque, à profiter de la nature et du silence, une douleur lancinante continuant de me lancer, comme si malgré le rêve, la douleur était si intense que je la ressentais malgré tout.

De l’extérieur de ce rêve, un nom passai mes lèvres…Az’Kharel, j’ignorais si elle entendais ce que je disais, et je le contrôlais encore moins dans cet état. Et ce qui ne semblait qu’un détail auquel je n’avais pas fait attention pendant qu’elle me soignais de force, mon inconscient avait remarqué la lueur dans le regard typique d’un démon, ce même regard qu’au milieu de ma barque dans mon sommeil je vis le reflet dans l’eau, me persuadant que c’était ridicule, un hybride elfe-démon, je n’en avais jamais entendu parler, les deux races étant presque aussi éloigné qu’un ange avec un démon.

D’un autre coté, cette vision, ce souvenir, ne revenait pas en force pour rien, il devait avoir son importance.

Je finis par rouvrir les yeux, voyant ma soigneuse déambuler à droite à gauche sans s’arrêter.

-   Merci…de m’avoir sauvé la vie…j’ai manqué à mon plus simple devoir…

Contrairement à mon premier réveil, j’ai du mal à articuler et encore plus à bouger, je soupçonne au vue du caractère qu’elle ai ajouté un paralysant pour me forcer à rester alité.

- Alors c’est vrai, vous êtes…la meilleure soigneuse….de ce monde

Le regard qu’elle me lança me fit ressentir un frisson dans le dos, sensation plus que suffisante pour deviner son caractère difficile si on la contrarie, là où elle a fait preuve d’une véritable douceur plus tôt…laquelle est la vraie ?
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le dimanche 07 septembre 2025, 00:27:08
Lyadril repose la dernière fiole sur l’étagère, ses gestes précis malgré la pluie qui tambourine contre la verrière. Ses yeux balayent la salle, vérifiant chaque instrument, chaque drap. Elle inspire profondément, reprenant le contrôle sur sa respiration.

Un murmure presque inaudible s’échappe du blessé : "Az’Kharel…"
Le temps semble se figer un instant. Lyadril rate légèrement le mouvement de sa main, le mortier claque contre le comptoir avec un petit bruit sec. Ses yeux s’écarquillent, mais elle n’est pas certaine d’avoir bien entendu. Elle se redresse, reprend son souffle, et continue ses gestes avec fermeté, masquant toute émotion.

Elle s’approche à nouveau, le flacon final dans une main, le regard posé sur lui pour s’assurer qu’il ne tente aucun mouvement.
"Vous devez finir ce traitement. Sinon le venin reprendra le dessus."

Elle glisse le liquide amer contre ses lèvres, ses doigts derrière sa nuque pour maintenir sa position, sans fléchir. Son autorité, mêlée à sa maîtrise du soin, le force à avaler chaque goutte.

Lorsqu’il achève la dernière gorgée, Lyadril recule, enfin. Ses yeux restent perçants, mais ses épaules se relâchent légèrement. Puis la voix du patient s’élève, haletante :

Merci… de m’avoir sauvé la vie… j’ai manqué à mon plus simple devoir…
Alors c’est vrai, vous êtes… la meilleure soigneuse… de ce monde.

Lyadril se fige, surprise de l’entendre parler ainsi. Son regard s’adoucit à peine, mais une lueur ironique traverse ses yeux. Elle secoue la tête, presque imperceptiblement, et répond d’un ton qui mêle sévérité et un soupçon de chaleur :
"Les grands titres ne m’intéressent pas. Je n’ai fait que ce que j’avais à faire. Ne gâchez pas mes efforts en jouant au héros trop tôt."

Puis, plus doucement, inclinant légèrement la tête :
"Promettez-moi de ne pas bouger cette fois. Je me doute que vous en êtes capable… mais je veux l’entendre de vous."

Son expression s’apaise un instant, assez pour ajouter, presque en confidence :
"Je suis Lyadril, à votre service."

D’un pas rapide et silencieux, elle se dirige vers l’arrière-boutique, franchit la passerelle secrète menant aux Enfers et l’inspecte avec une vigilance mécanique. Chaque verrou, chaque symbole est exactement comme elle l’avait laissé. Satisfaite, elle referme la passerelle derrière elle, un soupir presque imperceptible échappant de ses lèvres.

De retour dans sa boutique, elle fredonne doucement en elfique, une litanie légère et rythmée qui semble se mêler aux effluves des herbes et des huiles. Ses gestes sont fluides, presque dansants, alors qu’elle s’installe derrière le comptoir, à l’accueil, reprenant sa posture naturelle d’elfe soignée et méthodique.

Ses yeux glissent sur le jeune homme, un peu trop peut-être, toujours allongé, mais son attention se détend juste assez pour laisser filtrer une confiance prudente. La boutique respire la sérénité et l’ordre, et Lyadril semble parfaitement à sa place, à la fois maîtresse des lieux et gardienne attentive de celui qui repose sur sa table.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le dimanche 07 septembre 2025, 11:45:12
Lyadril, c’est un nom plutôt mignon pour un si fort caractère et un regard si complexe que même moi j’ai du mal à déchiffrer, malgré mon millénaire et demi d’existence. Malgré tout, je ressens un inexplicable sentiment de sécurité entre ces murs qui me donne envie d’écouter les conseils du médecin, qui parvient à deviner que ma mobilité revient progressivement. Se doute t’elle que je ne suis pas humain malgré mon apparence ? Ai-je montré mes attributs d’incube pendant mes soins ?

- Vous avez l’air de savoir ce que vous faites, donc je vous promets de rester le temps qu’il faudra, et je n’ai qu’une parole.

Reposant doucement la tête sur l’oreiller, je repense à la soirée de la veille, à mon passé, Melkior que je n’avais pas revu depuis plus d’un millénaire…Je me dis que quelque chose a du les pousser à se réveiller d’un coup, ou bien ils sont arrivés à bout de patience, l’un comme l’autre, je réalise que ma vie va devenir plus compliqué à partir de maintenant…Ce qui me fait penser que je devais faire l’ouverture ce matin.

Je cherche mon téléphone pour appeler du renfort en remplacement. Tant bien que mal tapant le numéro de mon bras droit, j’active le haut-parleur n’étant pas en état de mener le téléphone à mon oreille.

- Bonjour Louis, j’ai eu un incident hier soir, j’ai besoin que vous vous occupiez de l’ouverture de l’Eden.

- Oh, très bien Monsieur j’y serai dans dix minutes, j’espère que vous n’avez rien de grave.

- Je comprends que vous soyez inquiet, c’est la première fois que je manque à mes obligations, mais tout va bien maintenant, j’ai besoin de repos. Tenez-moi au courant s’il y a un problème.

Je raccroche et ferme les yeux pour me détendre, profitant du bruit de la boutique, et du silence, je l’observe de temps en temps qu’elle s’affaire, me disant que ton apparence dénote totalement de sa personnalité, ce qui me fait remarquer que frêle comme elle est, il est surprenant que qu’elle ait réussi à me tirer jusqu’ici vu ma carrure.

Je me dis pendant un instant qu’elle a dû être aidée mais je n’ai vu personne d’autre travailler ici, tournant la tête vers toi un peu plus facilement :

- Dites-moi, vous semblez travailler seule ici, alors comment avez-vous réussi à me trainer jusqu’ici, pour une elfe avec votre stature, c’est prodigieux. Ce n’est sans doute pas mes affaires vous me direz, mais hier soir j’ai été attaqué et j’ai failli mourir, donc je suis un peu sur mes gardes…

Je fais en sorte de ne pas tourner la phrase de manière à éviter de froisser ma sauveuse, mais vu comment risquent d’être les prochaines semaines, ma méfiance doit monter de plusieurs crans.

- Oh si j’étais vous, je me mettrais rapidement dehors, car ma tête est mise à prix.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le dimanche 07 septembre 2025, 14:04:12
La veille, Lyadril avait posé les affaires de l’inconnu sur la chaise à côté de lui. Elle s’excuserait plus tard pour l’état du pantalon — le tissu avait été irrémédiablement sacrifié sous sa lame. Pour l’heure, il fallait simplement qu’il vive.

Une couverture douce et chaude vient se poser sur ses épaules malgré la finesse de son corps. Le geste est naturel, presque maternel. Puis, discrète, elle s’éclipse un instant vers son établi : ses mains fines broient quelques feuilles de digitale pourpre, qu’elle réduit en poison de contact, commande spéciale d’un habitué. L’odeur légèrement amère se mêle à celle des baumes, tandis qu’elle jette parfois un coup d’œil à son patient.

Son regard capte son geste maladroit, lorsqu’il cherche son téléphone. Elle s’approche de nouveau, sans un mot.

- Dites-moi, vous semblez travailler seule ici, alors comment avez-vous réussi à me trainer jusqu’ici, pour une elfe avec votre stature, c’est prodigieux.

"Les vents d’Aerindil me sont venus en aide." souffle-t-elle, énigmatique, ses yeux ancrés aux siens. Impossible de dire si c’est une métaphore, une invocation, ou une vérité masquée.

Mais sa voix reprend aussitôt, plus ferme :
"Ce ne sont pas mes affaires… pourtant, j’aimerais comprendre. Pourquoi un scorpion de cette taille rôdait-il ici ? Et surtout, pourquoi vous ?"

Elle se détourne, glisse un bâton d’encens d’ylang-ylang et de myrrhe dans un brûle-parfum. Une fumée claire s’élève, adoucissant l’air saturé de pluie et de fièvre.
"Je pense que vous devriez demander à quelqu’un de vous apporter une tenue propre." ajoute-t-elle en arrangeant son comptoir. Elle ne mentionne pas les armes qu’elle a trouvées près de son corps — nettoyées et rangées sous ses vêtements.

- Oh si j’étais vous, je me mettrais rapidement dehors, car ma tête est mise à prix.

Un rire bref échappe à Lyadril, aussi clair que la pluie contre les vitres.
"Un simple humain qui s’inquiète pour une frêle herboriste ? Et pourquoi donc ferait-on du mal à une femme honorable ? Des maris jaloux ? Ou des femmes peut-être ?" Son ton se fait joueur, mais ses yeux brillent d’un éclat plus sérieux.
"Dans ce cas… je compte sur vous pour me défendre. Car il est hors de question que vous sortiez d’ici tant que vous ne serez pas totalement rétabli. Que ce soit bien clair entre nous."

La clochette de la boutique retentit soudain. La porte claque, laissant entrer un homme massif, les traits fermés, la voix rude.
"T’as préparé ce que j’t’ai demandé, l’herboriste ?! Amène-moi ça rapidement !"

Lyadril se redresse derrière son comptoir, l’élégance retrouvée, son regard froid mais poli.
"Bonjour, monsieur. Votre commande est prête, en effet."

Elle pose la petite fiole sur le bois ciré, sans se presser. Sa voix est douce, mais chaque syllabe claque comme une lame :
"Et je vous prierai de respecter mon travail. Le jour où vous me manquerez de respect une fois de plus, je me réserverai le droit de refuser vos affaires."

Le silence qui suit semble peser lourd dans l’air empli de fumée parfumée.

L’homme plisse les yeux, surpris par la réplique de la jeune femme. Ses doigts massifs s’abattent sur le comptoir, faisant trembler les fioles les plus proches.
"Quoi ?! Tu crois qu’j’vais supporter tes leçons, l’elfe ? Tu devrais apprendre à rester à ta place. Sans mes pièces, ton petit commerce il s’écroulerait vite !"

Lyadril ne cille pas. Elle garde son port altier, ses mains croisées devant elle, les yeux plantés dans les siens comme deux lames glacées. Sa voix tombe, lente et claire, sans jamais se hausser :
"Mes connaissances n’ont pas de prix. Les pièces, monsieur, ne sont qu’un détail."

Un silence s’installe. L’homme grince des dents, pris entre la colère et une gêne nouvelle, comme s’il se rendait compte que son intimidation glisse sur elle comme l’eau sur le verre.

Lyadril incline légèrement la tête, son ton restant courtois :
"Si ma façon de travailler ne vous convient pas, rien ne vous oblige à franchir à nouveau ma porte."

Elle pousse la fiole vers lui du bout des doigts, le geste aussi précis qu’un verdict.
"Mais si vous décidez de continuer à venir jusqu’ici, vous apprendrez que le respect est le seul prix que je ne négocie pas."

Le client la fusille du regard. Ses lèvres s’entrouvrent, mais aucun mot ne sort. Finalement, il attrape la fiole d’un geste brusque, marmonne quelque chose d’inintelligible, et tourne les talons en faisant claquer la porte derrière lui.

Un soupir léger échappe à Lyadril, comme pour chasser la tension qui flotte encore dans l’air. Son regard glisse vers l'étranger, cherchant à s’assurer qu’il n’a pas tenté de se lever malgré sa promesse.

"Voilà un exemple parfait de ce que je supporte le moins dans ce métier."

Son ton reste calme, presque clinique, mais une étincelle ironique danse au fond de ses yeux.
"Les poisons de certaines plantes sont bien plus doux que l’arrogance de certains hommes."

Elle rajuste une fiole sur l’étagère, le geste précis, comme si rien ne s’était passé. Puis, d’une voix plus basse, presque confidentielle :
"Mais il est utile, parfois, de laisser croire aux imbéciles qu’ils ont gagné une bataille. Cela nous laisse plus de liberté pour choisir le moment de la victoire."

Elle se détourne, effleure machinalement le rebord du comptoir comme pour effacer la trace du poing qui y avait frappé, et conclut, posant sur lui un regard qui mêle gravité et amusement :
"J’espère que vous êtes plus agréable patient que client, sans quoi je risque de regretter de vous avoir sauvé."
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le dimanche 07 septembre 2025, 16:07:29
Les vens d’Aerindill, tu m’en diras tant, elle dissimule sciemment la vérité, elle doit avoir ses raisons, et mon esprit se rappelle de ces yeux que j’ai vu une fraction de seconde, je me dis qu’elle a un lien d’une manière ou d’une autre avec l’enfer, mais sans preuve ou indice plus concret, je ne dis rien, on se connait à peine et à sa place je sais que je serais méfiant aussi envers un inconnu qui débarque sur le fil de la mort.

"Ce ne sont pas mes affaires… pourtant, j’aimerais comprendre. Pourquoi un scorpion de cette taille rôdait-il ici ? Et surtout, pourquoi vous ?"

- Un scorpion…quand je l’ai connu il ne l’était pas pour dire vrai, ça fait longtemps que je suis parti de chez moi, mais il a dû être mutilé pour améliorer son utilité, ça serait bien le genre de celui qui l’a envoyé à mes trousses. Ce sont de vieilles histoires qui reviennent me hanter quand je ne m’y attendais pas disons…

Je tente de me redresser pour avoir au moins une position assise, que je puisse regarder autre chose que le plafond, je trouve un verre d’eau à coté de moi que j’avale cul-sec, et c’est là que je vois l’état de mes vêtements qui sont justes bons à présent pour passer la poussière.

"Je pense que vous devriez demander à quelqu’un de vous apporter une tenue propre."

-   J’appellerai quelqu’un pour qu’il m’apporte ça dans la journée, quand il aura le temps.

Le pauvre Louis je suis en train de me dire, c’était son jour de repos et je l’envoi au travail, mais en plus il va m’apporter des affaires propres. Heureusement que j’ai quelques tenues au restaurant, il n’aura pas de détour à faire par chez moi…  je la regarde travailler, attentif à chaque détail qui pourrait m’aider à comprendre les mystères qui l’entourent.
Son rire lorsque je la met en garde est encore une fois extrêmement mélodieux, contrebalancer par son phrasé intelligent et réfléchi

"Un simple humain qui s’inquiète pour une frêle herboriste ? Et pourquoi donc ferait-on du mal à une femme honorable ? Des maris jaloux ? Ou des femmes peut-être ? Dans ce cas… je compte sur vous pour me défendre. Car il est hors de question que vous sortiez d’ici tant que vous ne serez pas totalement rétabli. Que ce soit bien clair entre nous. "

-   Oh des maris jaloux j’admets volontiers qu’il y en a sans doute pas mal, mais eux je sais les gérer, mais ceux qui me cherchent ne sont pas du genre à laisser de témoins, mon honneur m’empêche de vouloir faire porter mon passé à celle à qui je dois la vie.

Le son de la cloche nous interrompt soudainement et tu disparais à l’accueil, ayant retrouvé plus de force que je ne le montrais, j’arrive à me tenir à peu près sur mes jambes et me lever pour me rapprocher en me dissimulant pour espionner la conversation. D’aucun dirait qu’avec mon discours sur l’honneur trente secondes avant, je serais hypocrite, mais force est de constaté que cette elfe est mystérieuse et cache quelque chose.

De l’angle où je me trouve je vois une armoire à glace qui fait tache dans le décor empreint de sérénité, et de ce que j’entends de ma cachette, la politesse fait aussi tâche que tout le reste. Il semble être un de ses fournisseurs si je comprends bien, mais encore une fois je ressens combien elle danse sur un fil avec son caractère, capable d’une politesse à toute épreuve, et paradoxalement je sens qu’elle pourrait exploser si ça va trop loin. J’hésites à venir l’aider pour le sortir, mais une faiblesse dans ma jambe alors que je voulais faire un pas de plus me rappelle que je ne suis pas en état pour le moment.

Elle réussit malgré tout à le faire partir sans plus d’esclandre, tandis que je retourne clopin-clopant vers mon lit pour reprendre ma position avant qu’elle n’ait le temps de se retourner.

"J’espère que vous êtes plus agréable patient que client, sans quoi je risque de regretter de vous avoir sauvé."

-   Oh vous savez, je tâche toujours de rendre le même respect que les autres me renvoi, alors je ne vous cacherais pas qu’être alité est une première pour moi depuis…on va dire très longtemps.

Lui offrant un sourire, je retente une nouvelle fois de propager mes effluves, pas avec but de la séduire, juste qu’elle soit assez ouverte pour être honnête.

-   Et je me demandais, quel était le poison qui m’a conduit ici ? Sa provenance, vous avez l’air de vous y connaître en poison, mais j’ai une certaine expérience également, et je n’ai jamais vu quelque chose comme ça, je pensais que c’était nouveau.

Je tentais de me redresser un peu plus, mais je sentis une pointe de douleur me prendre dans la hanche me coupant le souffle pendant un instant.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le dimanche 07 septembre 2025, 22:26:35
Ses paroles résonnent en elle comme un écho qu’elle aurait préféré ne jamais entendre. Melkior. Son ancien gardien. Le Bras Droit d’Az’Kharel. Ainsi donc… lui aussi a croisé sa route. Mais depuis quand était-il devenu ce scorpion monstrueux ? Elle qui l'avait toujours connu ainsi. Le seul à pouvoir manipuler ce chien fidèle n’est autre que son père. Alors pourquoi envoyer pareille créature sur son patient ? Qu’avait-il donc fait pour attirer l’attention du seigneur des Enfers ?

Lyadril se crispe, la tentation d’aller le soutenir dans son effort pour se redresser se heurte à cette petite voix familière, sombre, qui lui souffle de se retenir, d’observer. De recueillir chaque indice.

Quand il parle de maris jaloux, elle détourne un instant le regard. C’est le genre de détail qu’elle préfère ne pas examiner trop vite. Il est vrai pourtant qu’il n’est pas désagréable à contempler… "Karash’tar Neh’zar !" (Par les flammes du Neh’zar !) jure-t-elle intérieurement, irritée contre elle-même. Oui, ça aussi, ça ressemble bien aux manigances de son père.

Elle garde néanmoins un masque de calme, l’écoutant jusqu’à ce qu’il avoue n’avoir pas été alité depuis très longtemps.
Très longtemps, dites-vous ? Pour un humain, peut-être. Mais pour nous autres hauts-elfes, c’est bien peu de choses.
Le ton est doux, mais volontairement teinté d’un doute qui laisse deviner qu’elle n’est pas dupe de son apparence.

Et soudain… l’effluve. Une de celles qu’il diffuse pour séduire les mortels. Non. Sa part démoniaque s’agite et reconnaît sans l’ombre d’un doute cette aura enivrante. Un incube. Sous ce masque humain, voilà sa vraie nature. Son sang brûle de répondre à ce défi, de l’affronter comme le voudrait l’Enfer. Mais ses racines elfiques la rappellent à l’ordre : soigner, quoi qu’il en coûte. Alors elle reste.

Vous dites que votre honneur vous empêche de me faire porter votre passé… Pourtant, n’est-ce pas ce que vous faites déjà, en omettant de vous présenter après avoir entendu le mien ?” souffle-t-elle d’une voix polie, mais glaciale, qui tranche subtilement avec la douceur affichée jusque-là.

À sa question, elle reprend aussitôt son rôle de soigneuse.
Le venin, oui. Celui d’un scorpion trafiqué, si l’on peut dire. Une créature hybride, imprégnée des toxines les plus rares que l’on trouve aux confins des mondes. Le scorpion reste dominant, mais… ce mélange n’a rien de naturel. Et à forte dose, il aurait dû vous tuer sans retour.

Alors qu’il essaie une fois encore de se redresser, elle soupire, presque lasse. Elle vient poser une main ferme sur son dos, l’empêchant de forcer davantage.
Restez tranquille. Vos muscles n’en peuvent plus.

Elle l’aide à se rallonger et sort d’un tiroir un petit pot de terre cuite. Elle en prélève un onguent aux senteurs mentholées, puis entreprend de masser doucement la hanche et la jambe meurtries. Le froid s’installe aussitôt dans ses tissus, apaisant la douleur.
Ce baume vous soulagera. Mais vous aurez froid, je préfère vous prévenir. Profitez de ce répit pour vous reposer. Je vais préparer de quoi vous sustenter.

Elle s’écarte alors, rassemblant ses fioles, et ajoute en se retournant, presque comme une mise en garde :
Ah… et sachez-le. Ici, vous êtes en sécurité. Mais si vous tentiez de sortir en mon absence, vous ne pourriez aller bien loin.

Elle quitte la salle des soins et traverse vers sa maison attenante. Ses gestes se veulent mesurés, précis, mais son esprit bouillonne. Ses doigts s’attardent un instant sur la cafetière, trop crispés, et le métal grince sous la pression.

"Melkior… Mon père. Az’Kharel." Les noms résonnent comme un glas. Chaque certitude s’effrite. Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Ses yeux se ferment brièvement, et elle sent la brûlure familière de sa part démoniaque qui réclame des comptes, qui hurle de courir jusqu’aux Enfers pour arracher la vérité à son géniteur.

Mais sa main reprend son geste, verse le café chaud, dispose les viennoiseries avec la grâce méthodique qui la caractérise. Sa part elfique reprend le dessus, impose le calme et la discipline. Soigner. Accueillir. Ne rien laisser paraître.

Quand le plateau est prêt, il est aussi ordonné et apaisant qu’un autel. Pas une miette de ses tourments intérieurs n’y transparaît. Dix minutes plus tard, elle revient dans la boutique, son masque de sérénité parfaitement restauré.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le lundi 08 septembre 2025, 00:00:57
“Très longtemps, dites-vous ? Pour un humain, peut-être. Mais pour nous autres hauts-elfes, c’est bien peu de choses.”

D’accord, elle n’est pas dupe sur mon apparence,  et pas très subtil pour le faire comprendre d’ailleurs. C’est perturbant d’avoir l’impression de jouer une partie d’échec avec celle qui m’a sauvée, pour découvrir le secret de l’autre. Je suis venu ici juste par hasard, parce qu’on me l’a vendu comme la meilleure soigneuse de tous les mondes…Mais j’ai au fond cette certitude insensée que nous sommes liés autrement que par une simple relation médecin – patient…

-   La subtilité ne semble pas votre fort si je puis me permettre, nous savons tous deux que je ne suis pas un véritable humain, ma survie seule en est la preuve…

Sans dire pour autant ma véritable nature, je ne vais pas me rendre plus vulnérable que je le suis déjà en dépendant d’elle en l’état, d’autant que depuis que j’ai relaché mes effluves, l’atmosphère est plus pesante et ne donne pas l’effet escompté…Ce qui ne manque pas de me surprendre, sans que je ne montre quoi que ce soit, je rebondis sur cette information pour en apprendre plus sur elle.

Il n’y a que peu de personne capable de me résister, les démons suffisamment puissant en font partie, ce qui vient confirmer les soupçons que j’avais plus tôt. Je recouper cette hypothèse avec les informations que j’ai déjà et l’observe plus en détail…
Elle est magnifique, la définition même de la beauté, alors certes les elfes sont réputés pour le cadeau que la nature leur a confié, mais elle est au-delà de ces considérations…Il n’y a qu’une race en enfer qui pourrait donner une hybridation aussi réussie, et qui est également capable de résister à mes effluves…L’enfant d’un incube ou d’une succube…

C’est au moment où l’illumination me frappe que son phrasé m’attaque et touche avec une élégance notable

« Vous dites que votre honneur vous empêche de me faire porter votre passé… Pourtant, n’est-ce pas ce que vous faites déjà, en omettant de vous présenter après avoir entendu le mien ? »

-   Vous parlez vrai, il est impoli que je connaisse votre nom et que je ne vous rende pas la pareille. Seulement voyez-vous, je suis recherché, et je ne peux vous imposer de mentir pour me couvrir si mes agresseurs venaient vous interroger. J’accepte cependant d’admettre que je suis un incube, ayant déserté les armées de l’enfer il y a très longtemps. Et ce départ n’a pas été bien accueilli dirons-nous. J’imagine que vous savez où je veux en venir…les elfes ne vous en ont pas voulu de quitter votre clan ?

Elle et moi nous ressemblons dans notre capacité à tourner les phrases et les mots pour obtenir ou donner une information en la donnant au compte-goutte, et cet aspect je l’admet bien volontiers à quelque chose de séduisant que je n’ai encore jamais rencontré, mais elle serait trop heureuse de m’entendre admettre une telle chose…

Mais lorsque la douleur me reprit, la partie d’échec verbale est mise en pause pour reprendre le rôle de soigneuse et blessé, et le baume qu’elle dépose sur moi me donne des frissons de fraicheur qui me fit serrer les dents pour ne pas admettre que c’était au-delà du froid ce qu’elle m’appliquait…mais admettre que je suis douillet sur ce point, je préfère encore retourner me faire tuer.

M’aidant à m’allonger, elle repart quelques instant après avec une menace digne d’un médecin intransigeant qui laisse fuiter que je vais avoir le temps d’explorer les lieux sans être surveiller pendant un moment.

Jouant les bons patients, je ferme les yeux et ne bouge pas, attendant d’entendre une porte claquée, signe qu’elle s’en est allé. Plus une minute à perdre, déjà j’analyse chaque position de chaque objet autant que possible pour que tout soit exactement à la même place et qu’elle ne soupçonne pas que j’ai bouger. Me levant, je commence à ouvrir les tiroirs et les placards, ne sachant pas précisément ce que je cherchais, mais mon instinct me disant que je le reconnaitrais le moment venu.

Le tour de la salle de soin où je me trouve depuis mon arrivé est rapidement bouclé sans rien trouvé, je passe à la pièce suivante, le plus discrètement possible. Sortant de la pièce j’ai deux options, la première donne sur une passerelle avec au bout une porte qui semble être celle par laquelle elle est sortie…l’autre chemin semble être l’accès à sa boutique par élimination…Mais d’un coté comme de l’autre il n’y a rien de prometteur, il n’y a qu’un meuble sur la passerelle, et ça m’étonnerai que tu ais rangé quelque chose d’important sur ton identité en libre accès pour les clients…Devant faire vite, je me dirige aussi rapidement que mon état le permet vers ce fameux meuble qui est le plus risqué.

Force est de constaté qu’il est bien ouvragé, en bois massif, me demandant même si le bois viens de le terre. Ca n’est pas forcément le moment de s’extasier sur du mobilier mais chaque information est importante. Veillant quand même sur la porte au fond, j’ouvre les placards, tiroir, mais toujours rien. Pourtant quelque chose me perturbe, pourquoi mettre ce meuble ici particulièrement ? Il est seul dans ce couloir, c’est curieux.

Me mettant à chercher sur le coté pour le déplacer, je ressentis un frisson familier, à peine perceptible mais bien présent. Cette essence ne peut pas me tromper, c’est l’enfer, littéralement. Bordel, elle a un accès direct vers l’enfer ? ici ? Si Az’Kharel apprend que je suis là, il a un accès direct à moi ?

Je sens la panique monté à cet instant, et ça me blesse de l’admettre mais dans mon état je finirai juste comme dans mon cauchemar avant d’avoir pu me défendre. Je commence à entendre des bruits de pas, et je me précipite vers mon lit juste à temps. Me disant seulement qu’elle n’est pas de basse naissance si on lui a donné un accès direct dans sa boutique…je suis venu ici pour me soigner, je commence à me demander si je ne suis pas tombé dans un piège.

Je la vois alors revenir avec un plateau rempli et ranger de façon impeccable, et en l’observant, je n’arrive pas à me dire qu’elle cherche à me piéger, si c’était le cas je serai déjà dans les geôles à l’heure qui l’est. Prenant le risque de faire tapis, je prends la parole, et qu’on ne dise pas que je ne suis pas audacieux.

-   Vous vouliez connaître mon nom plus tôt si je ne me trompe, c’est Réo…commandant sous les ordres du général Az’Kharel, et je veux savoir si je suis en sécurité près d’une porte donnant sur l’enfer.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le lundi 08 septembre 2025, 03:34:22
Lyadril sirote lentement sa tasse de café, le regard fixé sur Réo, silencieuse, impassible… mais chaque muscle de son corps est tendu, attentif. Lorsqu’il se présente enfin et révèle son identité — Réo, commandant sous les ordres du général Az’Kharel — un frisson parcourt ses veines. Sa main tremble, la tasse glisse et tombe sur le sol. Elle recule d’un geste vif, contrôlant à peine sa réaction.

Un grondement silencieux parcourt son sang démoniaque. Son père. L’incube. Le nom seul fait vibrer son héritage infernal, éveillant instincts et défi. Ses yeux s’assombrissent, lumineux de danger et de défi, évaluant le visiteur avec une acuité terrifiante.

Elle inspire, lentement, presque cérémonialement, reprenant contenance.
"Oui… j’ai une porte donnant directement sur l’Enfer." Sa voix reste calme, glaciale, mais chaque mot pèse comme une lame invisible.
"Ici, dans mon herboristerie, vous êtes en sécurité. Aucun des leurs ne peut vous atteindre tant que vous restez sous mon toit."

Le silence s’installe, lourd, presque palpable. Puis un souffle, à peine audible, s’échappe de ses lèvres :
"Et… merci. Merci d’avoir tué Melkior."
La dette, la rancune de son père, tout pèse sur elle, mais rien ne transparaît. Elle avale sa salive, et la neutralité revient sur son visage.

Avec un calme presque théâtral, l'elfe ramasse la tasse tombée et nettoie le café au sol. Puis, tranquillement, croque dans un croissant aux amandes, son pêché mignon. Chaque geste est une mesure, un contrepoint au chaos latent. Ses yeux scrutent Réo, captant le moindre frisson, la moindre inflexion.

Par la suite, d’un mouvement précis, elle frappe le sol du pied gauche. Une hallebarde surgit, noire comme la nuit, striée de veinules rouges, symbole de son héritage et de sa puissance. Elle la laisse suspendue quelques secondes, défiant l’air, avant de la reposer avec la même exactitude clinique.

Elle se redresse, immobile, et sa voix tombe, basse et mesurée, mais pesante :
"Je suis Lyadril Ilfirin, unique enfant d'Elarinya, haute-elfe des forêts blanches, et de l’incube Az’Kharel Ilfirin, Général des Légions Infernales."

Le silence s’épaissit. Ici, c’est elle qui décide. Chaque geste, chaque souffle de l'empoisonné sera jugé à l’aune de son autorité et de son sang.

Le temps semble ralentir. Lyadril ferme les yeux. Sa pâleur elfique s’assombrit subtilement, ses yeux s’enflamment d’un rouge incandescent, ses cornes se font plus visibles. Un halo d’ombre et de flammes danse autour d’elle. Sa forme démoniaque émerge : brutale, sublime, terrifiante.

Dans cette incarnation, elle ne masque rien. Peur, colère, désir de justice contre son père et Melkior, fascination pour l’incube… tout éclate dans son regard incandescent. Plus de calculs, plus de retenue : l’incube contemple la Lyadril que seul l’Enfer connaît.

"Alors c’est toi… le fameux et regretté déserteur d’Az’Kharel."
Sa voix se fait rauque, vibrante, chaque mot chargé de menace et de curiosité.

"Tu as tué Melkior… je devrais te haïr… mais je…" Son aura emplit la pièce, ardente, pesante. Les souvenirs de son père et de son passé affluent, colère et haine se mêlant à une fascination interdite.

Quelques secondes suffisent. Lyadril ferme les yeux, respire, la hallebarde disparaît et la lumière elfique reprend ses droits. Ses yeux s’éclaircissent, ses traits se font plus doux, sa peau retrouve sa pâleur naturelle habituelle. La discipline reprend, le feu et la menace s’éteignent. L’air redevient chaud et rassurant, l’herboristerie reprend son calme presque surnaturel.

La propriétaire des lieux attend patiemment que son blessé réagisse. S'il veut partir, elle ne le retiendra pas et son bâtiment non plus. S'il décide de rester, elle promet de continuer à le soigner comme il se doit.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le lundi 08 septembre 2025, 21:18:14
L'ambiance dans l'herboristerie entre Lyadril et moi est devenue extrêmement tendue. À la simple mention de mon nom, son visage se ferme comme un coffre-fort, bien qu'elle tente visiblement de garder le contrôle. Et merde, j'ai peut-être commis une erreur en étant aussi direct alors que je peux à peine me lever. Je me prépare malgré tout à me défendre lorsqu'elle reprend la parole.

"Oui... j'ai une porte donnant directement sur l'Enfer. Ici, dans mon herboristerie, vous êtes en sécurité. Aucun des leurs ne peut vous atteindre tant que vous restez sous mon toit."

Bon, voyons le bon côté des choses, elle ne semble pas être d'humeur à m'ôter la vie. Mieux encore, son phrasé en parlant des "leurs" et non des "nôtres" me laisse penser qu'elle ne leur porte pas vraiment d'affection, tout comme moi. Comme elle semble danser en permanence sur un fil entre deux états, j'ai la sensation de danser sur celui de la vie et de la mort. Drôle d'impression, je le reconnais, mais tant de questions se bousculent.

"Et... merci. Merci d'avoir tué Melkior."

En revanche, recevoir des remerciements me laisse impassible, mais au fond, elle me surprend et me fascine de plus en plus. J'essaie de rassembler mes idées alors qu'elle ramasse la tasse brisée avant de... manger un croissant ? D'accord... La douleur me reprend, mais je reste droit, serrant les dents aussi discrètement que possible. Je choisis de ne rien laisser paraître tant que la situation n'est pas calmée.

Elle fait apparaître une hallebarde, mais ses mouvements, que j'observe avec la plus grande attention, ne révèlent aucune intention belliqueuse. C'est plutôt une démonstration de force et de maîtrise.

"Je suis Lyadril Ilfirin, unique enfant d'Elarinya, haute-elfe des forêts blanches, et de l'incube Az'Kharel Ilfirin, Général des Légions Infernales."

- C'est impossible... murmuré-je sans pouvoir cacher ma stupéfaction.

Quelles étaient les chances ? Est-ce un coup monté ? Ça ne peut être que ça, comment expliquer autrement... Mon visage impassible devient livide, et mes pensées se multiplient. L'une d'elles me souffle que la tuer serait la parfaite occasion de blesser sérieusement ce connard sadique... Mais cette pensée est rapidement remplacée par une autre, plus insidieuse, plus tentante : quelle meilleure vengeance que de s'allier avec sa propre fille pour le détruire...

Et puis, la douceur et la retenue face à moi se transforment en pure haine. Des cornes apparaissent sur son visage, ses yeux scintillants deviennent l'incarnation même du feu de l'enfer, et son regard pourrait tuer de terreur un être faible sur place. Une véritable métamorphose qui me laisse sans voix... Étonnamment, je la trouve à cet instant encore plus envoûtante qu'avant. Et je me donnerais des claques pour avoir des pensées pareilles en un instant si critique.

"Alors c'est toi... le fameux et regretté déserteur d'Az'Kharel. Tu as tué Melkior... je devrais te haïr... mais je..."

Me haïr ? Même pas dix minutes plus tôt, elle me remerciait de l'en avoir débarrassé. Je ne suis même pas sûr qu'elle sache elle-même ce qu'elle veut. Et son aura si puissante, je le sens bien, pourrait balayer cette ville si elle la laissait sortir, mais ce n'est visiblement pas au programme. Je la vois faire tous les efforts du monde pour se calmer et reprendre peu à peu l'apparence de la soigneuse que je côtoie depuis mon réveil.

"Êtes-vous une alliée ou une ennemie d'Az'Kharel ? J'ai supporté votre fureur directement, mais si elle était dirigée contre moi, nous savons que je serais déjà mort. Donc, puisque nous faisons preuve d'honnêteté, autant baser notre hypothétique lien sur la confiance."

Refusant de paraître faible face à sa fille, je me relève pour lui faire face. Elle peut bien tenter de me forcer à me rallonger sous prétexte médical, je n'en ferai rien tant que les choses n'auront pas été éclaircies.

- Je vais vous raconter mon passif avec votre père, et les raisons de ma désertion. Que vous ayez ma version du passé, et pas celle de ce sadique sans honneur.

Je lui explique mon arrivée dans son armée, ma réflexion sur cette guerre continuelle avec les anges que je ne comprenais ni ne cautionnais, et la façon dont son père m'a lourdement fait payer les multiples défiances contre lui dont j'étais particulièrement fier. Comment il m'a torturé dans les moindres détails, espérant me briser pour faire de moi son soldat parfait, mais qu'il n'avait réussi qu'à attiser ma haine envers lui. Si bien que lors d'une bataille particulièrement sanglante, en voyant ce qui se rapprochait le plus d'un ami se faire tuer sous mes yeux une fois de trop, je suis parti en plein milieu du champ de bataille pour ne jamais revenir.

- Votre père, pendant des siècles, a envoyé des mercenaires à ses bottes pour me ramener et me faire subir mille tourments, et bien au-delà. Il n'a jamais réussi, et je pensais qu'il avait lâché l'affaire... jusqu'à hier soir, où il a envoyé ce cafard qui le suivait comme un chien de prairie depuis qu'on a fait nos classes, et il a vraiment failli m'avoir... alors que ce soit à sa fille, la chair de sa chair, qui m'a sauvé la vie...

Je suis pris d'un fou rire à la fois nerveux et sincère. Le sort peut être tellement blagueur quand il s'y met.

- Alors, quelle est votre position avec ou contre lui ?
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le lundi 08 septembre 2025, 22:40:57
Lyadril l’observe longuement, ses yeux clairs redevenus perçants malgré le feu qui les a embrasés l’instant d’avant. Quand il murmure son incrédulité, elle incline la tête, un sourire fin et énigmatique étirant ses lèvres.

"Besoin d’une preuve supplémentaire ?" *souffle-t-elle avec un calme glacial*, comme si la simple idée qu’on doute d’elle pouvait l’amuser.

Lorsqu’il l’interroge, sur le fil entre ennemi ou allié, elle ne répond pas immédiatement. Elle laisse le silence s’épaissir, assez pour qu’il sente le poids de sa réflexion, puis reprend, plus bas :

"Je suis sa fille. Et toi, tu étais son commandant. Voilà la vérité nue, et c’est sur ce paradoxe que repose tout ce que nous sommes l’un pour l’autre."

Quand il affirme que, si sa fureur s’était tournée contre lui, il serait déjà mort, Lyadril détourne légèrement le regard. Ses joues s’empourprent malgré elle, la fissure d’un instant dans son masque glacé.

"Tu te trompes… je ne suis pas aussi forte que toi, Réo."

Un aveu qui lui arrache presque un sourire timide, maladroit, mais sincère. Ce n’est pas une soumission : c’est une reconnaissance. Et son sang démoniaque frémit — elle aime qu’on lui oppose une résistance, qu’on ne ploie pas immédiatement.

Puis, à mesure qu’il raconte son passé, les tortures, les humiliations, les chaînes invisibles, Lyadril serre les poings. Cette fois, elle ne cherche même pas à dissimuler sa colère. Sa mâchoire se crispe, ses doigts blanchissent. Elle encaisse chaque mot comme une lame dirigée vers elle-même.

"Ton nom, je l’ai entendu bien avant de te connaître", dit-elle enfin d’une voix plus grave. "Un soir, il a parlé de toi à ma mère. Ton courage, ton insolence, ton refus de plier. Il a même dit… qu’il aurait aimé avoir un fils tel que toi, et tu avais déjà déserté alors que je n'étais même pas née. Toi, Réo, tu étais digne de succéder au général des Légions Infernales. Pas moi. Jamais moi."

Ses yeux brillent d’une lueur trouble, oscillant entre honte et révolte.

"Alors j’ai grandi avec ton ombre sur mes épaules. À t’aimer sans t’avoir jamais vu… et à te haïr, pour ce rôle qu’il t’avait donné et qu’il me refusait."

Elle inspire profondément, et son regard s’embrase à nouveau, plus intense.

"Et aujourd’hui, il cherche à te reprendre. Non pas pour t’élever, mais pour t’opposer à moi. Pour que nous nous détruisions. Voilà son dessein."

Un instant, le masque se fissure. Lyadril avance d’un pas vif et, sans prévenir, frappe Réo du plat de la main contre le torse. Le geste est sec mais sans réelle violence — plus une décharge d’émotion qu’une agression.

Une larme échappe à ses yeux, unique, brillante.

"Tu comprends ?" grogne-t-elle d’une voix éraillée. "Depuis toujours, je vis dans son ombre. Et toi… toi, tu étais à la fois mon rêve et mon bourreau, sans même le savoir."

Ses doigts se crispent encore sur le tissu, puis elle rit. Un rire bref, bas, presque moqueur, mais teinté d’une tristesse qu’elle ne cherche pas à masquer.

"Et tu sais quoi ?" souffle-t-elle, les yeux luisant d’un éclat dur. "Le plus drôle… c’est que je n’en veux pas, de son héritage. Pas de ses chaînes, pas de sa couronne, pas de sa guerre. Je suis sa fille, oui. Uniquement ça. Rien de plus.

Le silence qui suit est dense, presque tangible. Elle se redresse légèrement, son poing retombant le long de sa cuisse, mais son regard ne lâche pas celui de Réo.

"Mais lui," poursuit-elle plus bas, "lui ne le voit pas ainsi. Pour lui, tu es l’arme qu’il a perdue… et moi, la pièce qu’il veut sacrifier. Il veut nous opposer, faire de nous les pions d’une haine qui n’est pas la nôtre."

Elle marque une pause, comme si elle goûtait le poids de ses propres mots. Puis, plus dure, plus tranchante :

"Alors autant choisir nous-mêmes, non ?"

Elle incline la tête, ses lèvres esquissant un sourire trop froid pour être apaisant, mais trop sincère pour n’être qu’une provocation.

"Si je ne veux pas de son héritage, et si toi tu refuses ses chaînes… alors il n’aura ni l’un, ni l’autre. Il ne nous aura pas."

Un battement de silence. Puis, plus bas, presque rauque :

"Qu’on le veuille ou non, Réo, il a fait de nous des ennemis. Alors autant devenir alliés."
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le lundi 08 septembre 2025, 23:33:15
"Besoin d’une preuve supplémentaire ?"

Elle semble calme, presque apaisé si je compare à la fureur implacable de tout à l’heure, mon regard reste impassible, à l’affut de chaque micro détail qu’elle laisserait paraitre, et je pressent une faiblesse, comme si la carapace était capable de se fêler…et puis posant l’état actuelle des choses entre nous et son père, elle n’a pas tort, nous valons mieux que ces étiquettes qui nous lient à lui…

Mais serait-ce de l’embarras qui transparait sur son visage, alors qu’elle affirme être plus faible que je ne le pense ? Une pensée incontrôlable me disant que si elle croit vraiment être en faible en ayant survécu à son éducation, soit tu es idiote ce qui est loin d’être le cas, soit tu n’y crois vraiment pas. Et je finis par comprendre, alors que tu me dévoile une trame de l’histoire dont je n’avais pas la moindre idée…me faisant ressentir le besoin de me rassoir pour ne pas m’évanouir…

Me voir comme son fils ? il me considère vraiment comme son élément le plus prometteur encore aujourd’hui au point que j’ai été une ombre, pour ne pas dire un poids pour une personne dont j’ignorais l’existence jusqu’à hier soir ? Bordel et une part de moi, une infime ressent une certaine fierté à entendre ça, me donnant envie de vomir que d’accepter cette idée absurde.
Je commence à mieux la cerner, et réalise que je suis en partie responsable de ses tourments de façon indirect et involontaire, faisant naître une sorte de culpabilité en moi, je ressens comme une responsabilité que j’ai envers elle.

"Et aujourd’hui, il cherche à te reprendre. Non pas pour t’élever, mais pour t’opposer à moi. Pour que nous nous détruisions. Voilà son dessein."

-   Me reprendre ? tu en es sûre de ça ? sans toi, je serais mort à cette heure. A moins que…

Une idée me traverse l’esprit, qu’elle se soit installée exactement dans cette ville, pas si loin que ça de l’Eden, j’ai entendu parler d’elle, mais je ne me rappelle plus par qui…et cette attaque peu de temps après l’ouverture de sa boutique…je ne l’avais pas envisagé dans ce sens là, en même temps c’est tellement tordu comme plan, mais au fond ça collerait avec sa façon de faire, à manipuler sans même que ses pièces ne le sache.

« Il a organisé tout ceci ? Il voulait que l’on se rencontre ? » pensais-je dans mon esprit, mais ta main tapant finalement encore une fois avec douceur et colère qui te correspondent si bien me fait rater un battement.

"Tu comprends ? Depuis toujours, je vis dans son ombre. Et toi… toi, tu étais à la fois mon rêve et mon bourreau, sans même le savoir."

J’acquiesce à ses mots…

-   Je comprends tout à fait, à sa manière nous avons vécu pire que l’enfer à ses côtés pour combler ses ambitions et son orgueil…

Quel gâchis, tant de souffrances qui auraient pu être évité s’il n’avait pas existé. D’un autre côté, elle ne serait pas là et une opportunité comme celle qui se dessine ne se présenterait pas…

"Mais lui, lui ne le voit pas ainsi. Pour lui, tu es l’arme qu’il a perdue… et moi, la pièce qu’il veut sacrifier. Il veut nous opposer, faire de nous les pions d’une haine qui n’est pas la nôtre."

"Si je ne veux pas de son héritage, et si toi tu refuses ses chaînes… alors il n’aura ni l’un, ni l’autre. Il ne nous aura pas."

Ses mots sont comme des lames, précises, sincères, et pleines d’émotions qui fait fondre la méfiance que je ressentais quelques instants plus tôt. Elle est comme moi, brisé par le même homme, c’est même pire… je remonte les yeux vers elle quand elle reprend la parole

"Qu’on le veuille ou non, Réo, il a fait de nous des ennemis. Alors autant devenir alliés."

Elle a raison, il nous a déplacer sur son échiquier pervers, espérant que la haine qu’on ressente envers lui nous pousse à nous entretuer, parce que c’est comme ça qu’il réfléchit, et ne peut appréhender que cela se passe autrement que par la violence, l’orgueil et l’égoïsme. Mais c’est l’absence de ses traits de caractère en nous lorsqu’il est dans la partie qui nous conduit dans un cas de figure inattendu, presque irréel…

-   Il a voulu notre perte, il nous donne les clés de la sienne.

Posant pour la première fois ma main sur la tienne, sans un mot, juste un regard et ce contact lourd de sens, nous comprenons que nous sommes sur la même longueur d’onde. Il veut notre fureur, il l’aura, et il ne s’en relèvera pas.

-   Déjouons ses attentes, formons le duo qui fera exploser ses ambitions et le faire chuter.

Ramassant l’un de mes Karambits, je m’entaille la main, prenant la tienne ensuite l’entaillant également avant de mêler nos sangs pour sceller notre alliance. Ce que je ne suis pas prêt à accepter, ni à assumer, c’est que ce contact éveille au plus profond de moi, quand nos regards se croisent. Comme si deux face d’une même pièce ayant été séparé s’était réuni par un destin qui les avait conduit à cet instant précis.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le mardi 09 septembre 2025, 01:06:26
Lyadril ne détourne pas les yeux lorsque la lame effleure sa peau. Sa main gauche, offerte, tremble à peine sous l’entaille. Son regard, ancré dans celui de Réo, ne vacille pas, rougeoyant d’une intensité implacable. Elle accueille la brûlure, puis le sang mêlé au sien, comme une fatalité nécessaire.

À l’instant où leurs fluides se confondent, un grondement secoue l’herboristerie. Les sceaux tracés sur les murs éclatent dans une pluie d’étincelles sombres, les protections magiques se disloquent dans un souffle qui fait vibrer les vitres. La porte menant à l’Enfer gémit, ses runes incandescentes craquelant sous la pression, comme si l’alliance de leurs sangs avait brisé un équilibre ancien.

Lyadril frappe aussitôt du pied gauche. La hallebarde jaillit du néant, noire et écarlate, vibrant d’un feu infernal. Son aura se déchaîne, ses cornes s’allongent, ses ailes d’ombre et de braises se déploient. Sa forme démoniaque s’impose, majestueuse et terrifiante.

Sans un mot, elle fonce jusqu’à la passerelle de pierre menant à la porte. L’air crépite autour d’elle, le sol se fissure sous la force de son passage. Arrivée devant l’arche béante, elle plante la hallebarde en travers, scellant physiquement l’accès.

Ses lèvres murmurent un enchaînement d’incantations gutturales, un dialecte des Enfers que peu d’oreilles vivantes ont entendu. D’un geste brusque, elle dresse de nouveaux sceaux dans l’air, des chaînes incandescentes qui s’enroulent autour de la porte. Chaque mot, chaque frappe de son arme résonne comme une condamnation.

Enfin, elle relève sa main gauche, encore sanglante, et laisse couler une traînée de son sang directement sur les runes. Le rouge se mêle au noir, et la porte hurle une dernière fois avant de se figer. Les flammes s’éteignent, remplacées par un silence profond, presque oppressant.

Halètement court, Lyadril reste un instant immobile, puis essuie la plaie ouverte sur sa paume contre sa robe sombre. Ses yeux toujours incandescents se tournent vers Réo, lucides, sans une once de faiblesse.

"Voilà. La porte est scellée. Tant que je vivrai, aucun démon n’en franchira le seuil. Et si mon sang a permis de la refermer, c’est que désormais… il est lié au tien."

Ses mots tombent comme une lame, à la fois promesse et sentence. Puis, lentement, elle resserre sa prise sur sa hallebarde et esquisse un sourire sans chaleur :

"Qu’il nous veuille ennemis ou alliés, peu importe. Désormais, il nous craindra tous les deux."

Le silence après le scellement est lourd, presque irréel. Mais à travers les murs de pierre, dans les veines du sol, quelque chose pulse encore. Une onde sourde traverse l’herboristerie, si profonde qu’elle semble résonner jusque dans leurs os.

Lyadril fronce les sourcils. Ce n’est pas seulement la porte qui a été verrouillée. Son sang et celui de Réo, mêlés dans l’acte, ont réveillé une empreinte plus ancienne, une barrière tissée autrefois par sa mère, Elarinya.

Du fin fond des Enfers, une conscience s’ébranle. Az’Kharel.
Il l’a senti. Non seulement le verrouillage de la porte, mais la nuance subtile qui l’accompagne : la trace d’Elarinya, son ennemie intime, sa défunte épouse, qui, même après sa mort, continue à défier son emprise. Mais cette fois, quelque chose est différent. Le sceau n’est pas uniquement elfique : il est nourri de deux sangs, celui de sa fille et celui de son ancien commandant.


Un rire lointain, étouffé, semble traverser les flammes de l’abîme. Ni Lyadril ni Réo ne peuvent l’entendre pleinement, mais tous deux ressentent un frisson glacé, comme si une ombre avait effleuré leur nuque.

Lyadril baisse enfin les yeux vers sa paume gauche. La plaie ouverte a commencé à se refermer, mais à l’endroit de l’entaille demeure une marque sombre, irrégulière, comme une rune inachevée qui pulse faiblement. Elle lève son regard vers Réo : sur sa main, le même sceau luit à peine, rouge sombre.

Elle serre les poings.

"Il le sait… Il a senti ce que nous avons fait."

Ses yeux s’assombrissent, rouge incandescent. Elle montre sa paume marquée, son souffle légèrement tremblant malgré son ton froid :

"Ma mère avait placé ses protections pour m’éloigner de lui, pour empêcher l’Enfer d’envahir ma vie. Mais en liant mon sang au tien… c’est différent. Désormais, il saura que tu es à mes côtés. Il saura que nous avons choisi de lui tourner le dos."

La rune palpite doucement, puis se fond dans la peau, invisible à l’œil nu. Seuls les initiés aux arts infernaux pourraient la déceler, preuve indélébile de leur serment.

Lyadril reprend, avec une ironie glaciale :

"Un sceau que seuls ses fidèles pourront reconnaître, ou les hauts-elfes pratiquant Les Arcanes. Autrement dit, il vient de nous offrir un masque… et une cible."

Elle relève sa hallebarde, la pointe vers la porte close, et un sourire amer, presque cruel, se dessine sur ses lèvres :

"Mais qu’il sache. Qu’il sente. Plus il croit nous tenir, plus il nourrira la force qui nous fera le briser."

*************

Au plus profond des Enfers, Az’Kharel est immobile, sa présence massive se mêlant aux flammes et à la cendre. Un frisson parcourt sa conscience. Une vibration inhabituelle, subtile mais persistante, l’avertit d’un changement.

Son attention se concentre, et il perçoit une signature ancienne, familière, mais altérée : le sang de sa fille, mêlé à celui d’un autre. Un sceau, ancien et puissant, laissé par Elarinya, sa défunte épouse, et maintenant réactivé d’une manière qu’il n’avait pas anticipée.

Au lieu de ressentir colère ou menace, un sourire lent étire ses lèvres. La logique de sa réflexion est simple : si Lyadril scelle ainsi la porte avec le sang d’un autre… c’est qu’elle a reconnu la nécessité de revenir vers lui. Elle se prépare, elle reviendra. Elle reviendra à moi.

Un rire bas, presque paternel, résonne autour de lui, vibrant dans les flammes. Chaque pulsation du sceau lui est un murmure : «Elle m’écoute encore, malgré tout.»

Il ferme les yeux, savourant cette sensation, ignorant totalement que ce sceau n’est pas un acte de loyauté, mais de défi. Pour lui, c’est un jeu subtil qu’il croit maîtriser. Il sent l’empreinte de sa femme dans cette protection, et un pincement d’émotion — rare, presque humain — traverse sa fierté démoniaque.

«Parfait…» murmure-t-il. «Ma fille reviendra. Elle revient toujours.»

Mais sous cette assurance, une nuance lui échappe : la force de cette alliance ne le servira pas, mais l’affrontera. Le sceau est visible pour ceux qui connaissent les arts infernaux, mais il est scellé par deux volontés indépendantes, et non par sa domination. Az’Kharel le sent, et pourtant il choisit d’y voir un signe de fidélité.

La flamme d’illusion danse dans ses yeux, tandis qu’au loin, la barrière sur la porte de l’herboristerie pulse toujours, symbole d’une alliance inattendue et d’une force qui pourrait bien transformer les plans du général infernal.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le mardi 09 septembre 2025, 23:03:43
Le contact de nos mains et de nos sangs me fait ressentir comme un puissant choc électrique me traversant tout le corps, incapable de prédire si c’est le mélange de nos fluides, ou le simple contact physique qui me fait sentir ça, mais en même temps un fracas de tous les diables résonne dans la boutique, et aussitôt je revois pour la seconde fois l’apparence démoniaque de l’hybride qui sans une explication s’empresse d’aller redessiner le sceau menant à l’enfer, je décide de te suivre et t’observe sans geste parasite, implacable et en un instant les verrous détruis sont remplacés, mais je le ressens ils sont nettement plus puissants et complexe qu’avant.

Je ressens en même temps une perte d’énergie, comme si nos essences avaient participé à cette nouvelle protection. Je vois bien qu’elle a aussi payé ce prix, semblant épuisée.

"Voilà. La porte est scellée. Tant que je vivrai, aucun démon n’en franchira le seuil. Et si mon sang a permis de la refermer, c’est que désormais… il est lié au tien. Qu’il nous veuille ennemis ou alliés, peu importe. Désormais, il nous craindra tous les deux."

J’acquiesce, dessinant un sourire de satisfaction en repensant à comment le hasard a retourné la situation en ma faveur. Je me dis à cet instant que l’apparition de Melkior la veille était finalement une bénédiction…Quoi que, voir sa face de rat n’a jamais été plaisant.

Le silence s’installant devient pesant, je suppose que la prochaine étape est de me rétablir pour envisager l’avenir. Mais le visage de la succube se ferme, quelque chose ne va pas, je m’approche pour en savoir plus, me tenant au mur pour ne pas flancher. Alors que je lui prends l’épaule pour voir si tout va bien, il me semble entendre un rire lointain, familier, et un frisson comme si un danger nous guettait nous enserre tous les deux. Tous deux avons compris qu’il savait, peut être en connais-elle la raison, ce n’est pas mon cas, je ne comprends pas comment il peut déjà le savoir, mais il sait…
Tant mieux, je n’ai rien à lui cacher, et le connaissant, il se monte la tête en pensant que ce qui arrive est à son avantage. Je lui souhaite de tout cœur de continuer, ça ne fera que nous faciliter la tâche. 

Mais son visage se ferme alors qu’elle observes sa main, là où je t’ai entaillé, puis elle observe la mienne avec la même entaille mais…une marque y est apparu, palpitant presque comme un cœur, je ne suis pas expert en arcane, mais ça m’a tout l’air d’être une clé, ou pour être plus précis, la moitié d’une clé. Mon regard se portant vers la porte.

"Il le sait… Il a senti ce que nous avons fait."

-   Il l’aurai appris de toute façon…

La rune disparait peu à peu, comme fondant sous la peau, je peux toujours sentir sa présence malgré tout.

"Un sceau que seuls ses fidèles pourront reconnaître, ou les hauts-elfes pratiquant Les Arcanes. Autrement dit, il vient de nous offrir un masque… et une cible. Mais qu’il sache. Qu’il sente. Plus il croit nous tenir, plus il nourrira la force qui nous fera le briser."

Je peux lire sur son visage la même haine, la même détermination dès que j’imagine le briser, je sais à ce moment là que j’ai trouvé une puissante allié, comme je n’aurai pu en rêver.

-   Bien…l’avenir s’annonce prometteur ma chère…Déjà occupons nous de me rétablir, et toi de te reposer, nous sommes liés désormais, je sais que tu es plus épuisée que tu ne le montre…alors fermes la boutique le temps de récupérer tes forces.

La laissant, je retourne dans mon lit de convalescence, en profitant pour contacter Louis, qu’il me rapporte quelques affaires de rechange. Comme toujours il accepta sans réfléchir, sans se plaindre, par pur attachement. Fermant les yeux, je sens mon corps se relâcher, capable enfin de retrouver un sommeil paisible depuis l’avant-veille.

Lorsque je rouvre les yeux, tu es le visage au-dessus de moi, et une pensée intrusive me dictant que j’ai rarement eu meilleure vision au réveil m’envahit.

-   Tu t’es reposé j’espère, je me doute bien que suivre les ordres ou conseils n’est pas ton fort, mais quand même.

Tu m’indiques que quelqu’un est à la porte et me demande.

-   Oh, merci, ça doit être mon bras droit, il doit m’apporter des affaires de rechange, vu le lambeau que tu as fais des autres.

On pourrait croire que je lui en tiens rigueur, mais c’est avec un sourire sur les lèvres que je partage ma pensée. Prenant le premier tissu qui me tombe sous la main, visiblement un vieux châle, ou une serpillère impossible à définir vraiment, je vais ouvrir à Louis, et apparait dans l’ouverture, un homme aussi grand que moi, habillé de manière impeccable dans un costume trois pièces teinté de vert, ses cheveux bruns masquant en partie son œil droit, laissant le gauche paré d’un monocle libre de tout obstacle, portant des gants immaculés, et un sac en bandoulière.

-   Monsieur, ravi de voir que vous semblez bien portant. Il s’incline respectueusement

-   Louis, je t'ai déjà dit de ne pas faire tant de manière, déjà je te remercie pour mes affaires.
 
L’invitant à entrer, je te présente à lui, alors que je la sens méfiante.

- Madame, je vous remercie d’avoir soigné Monsieur Réo, il néglige tellement sa santé. J’espère qu’il finira par rencontrer une compagne qui lui donnera l’envie de se préserver.

S’inclinant également face à Lyadril, j’ai une furieuse envie de pousser une guelante contre lui de me mettre dans l’embarras…mais attends, pourquoi je le suis d’abord ? Comme s’il sous entendait qu’elle pourrait être cette personne, mais finalement il a juste parlé de son inquiétude. Elle lui tend un tasse de thé par savoir vivre, mais il me semble percevoir une étrangeté dans son regard suite à la remarque de Louis.

Pensant me tromper, je chasse cette pensée, et une fois que Louis en a fini, je lui explique que je risque d’être absent quelques jours le temps d’être totalement rétabli, et que je lui laisse les rennes de l’Eden en mon absence.

- C’est un grand honneur Monsieur. Merci.

Et c’est après des au revoir, trop solennels à mon goût, que je le laisse repartir.

-   Ne fais pas trop attention à lui, il m’infantilise alors qu’il a tout juste la vingtaine.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le mercredi 10 septembre 2025, 18:02:49
-   Bien…l’avenir s’annonce prometteur ma chère…Déjà occupons nous de me rétablir, et toi de te reposer, nous sommes liés désormais, je sais que tu es plus épuisée que tu ne le montre…alors fermes la boutique le temps de récupérer tes forces.

Oh tiens. Il la tutoie ? "Ysilnar drel’kor…" (Par les racines brûlées d’Ysilnar…) Quand ont-ils cessé de se vouvoyer ? Elle se souvient seulement qu’au départ, elle l’avait tenu à distance, dans les formes. Ma chère ?… Trop de familiarités à la fois, malgré leur alliance scellée dans le sang. L’espace d’un instant, Lyadril a peur. Peur de s’attacher.

Plus épuisée qu’elle ne le montre ? À quoi le voit-il ? L’herboriste reprend peu à peu ses traits elfiques et fait disparaître sa hallebarde, comme pour couper court à cette remarque. Toutefois, il n’est pas encore l’heure de fermer la boutique. Elle se refuse à priver quiconque de ses soins, au risque de laisser une vie sans aide.

Réo regagne seul son lit de convalescence. Elle aurait pu l’accompagner, mais préfère respecter son intimité, ses besoins d’appeler ses gens pour quelques affaires, et surtout son besoin de sommeil. Refermant doucement la porte derrière lui, la soigneuse attend qu’il s’endorme avant d’aller déposer près de lui un tissu ancien, transmis de génération en génération dans la famille de sa mère. Un vieux morceau semblant n’être qu’un chiffon… mais auquel les hauts-elfes attribuent des vertus pour apaiser les songes et éloigner les cauchemars.

Pendant que son patient se repose, Lyadril ramasse et nettoie les dégâts. Son herboristerie ne saurait rester dans un désordre pareil. Une fois l’ordre revenu, elle se plonge dans sa salle de préparation et s’affaire : une crème contre les brûlures, mêlant eau, vinaigre de cidre et miel. Une autre contre les coupures, à base de cire d’abeille, de ciste ladanifère, de beurre de karité et de propolis. Une décoction de reine-des-prés, toujours utile. Et pour le convalescent autant qu'elle-même : un thé d’exception, Gyokuro Wazuka.

À peine a-t-elle fini qu’un homme franchit le seuil. Grand, aussi grand que son patient, vêtu d’un costume trois pièces d’un vert impeccable, les cheveux bruns masquant partiellement un œil, l’autre orné d’un monocle brillant. Des gants immaculés habillent ses mains, un sac en bandoulière lui pend à l’épaule.

"Soyez le bienvenu à Dae & Calad. Prenez la peine de vous asseoir, je vais voir si le patient est réveillé et s’il peut vous recevoir."

Elle referme la porte derrière elle, se dirige vers la chambre. Sa part sombre ricane en silence : après tout, ce n’est qu’un incube, et les hommes à conquêtes multiples, très peu pour elle. Mais en même temps, qui apprécierait de se réveiller avec quelqu’un penché sur soi, le décolleté à découvert ? Elle se penche donc, place une main sur son cœur pour masquer, et l’appelle doucement.

"Réo ?"

Il émerge, encore alourdi de fatigue.
-   Tu t’es reposé j’espère, je me doute bien que suivre les ordres ou conseils n’est pas ton fort, mais quand même.

La propriétaire du lieu détourne la tête, choisissant de ne pas répondre. Quelques secondes passent avant qu’elle n’informe :

"Quelqu’un est à la porte."

-   Oh, merci, ça doit être mon bras droit, il doit m’apporter des affaires de rechange, vu le lambeau que tu as fais des autres.

Son ton, son sourire même, effacent la pique, et Lyadril esquisse un demi-sourire en retour. Elle conduit l’inconnu jusqu’à la porte, puis file dans la salle de préparation chercher un plateau chargé de la boisson chaude préparée quelques instants plus tôt et de tasses en grès.

Réo la présente. D’abord méfiante, l’elfe est troublée par l’émotion sincère dans la voix de Louis.
"Je n’ai fait que mon devoir, monsieur." s’incline-t-elle doucement en retour.

Mais comment réagir face à sa remarque suivante ? L’elfe rougit malgré elle, tandis que la démone en elle esquisse un sourire presque cruel. Pour masquer ce trouble, elle s’empresse de servir le thé, puis se souvient de ses préparations en trop.

"Louis ? C’est bien cela ? Tenez, c’est pour vous. En remerciement d’être aussi attentif aux besoins de votre… partenaire d’affaires."

Elle s’efface ensuite, leur laissant le temps d’échanger. Lorsque Louis repart enfin, Réo retrouve son alliée à l’îlot d’accueil, un livre ouvert entre ses mains.

-   Ne fais pas trop attention à lui, il m’infantilise alors qu’il a tout juste la vingtaine.

Lyadril relève la tête, elle pensait que Louis avait la trentaine.
"Sans vouloir t’offenser… qu’il connaisse ou non ta nature, je pense qu’il s’inquiète réellement pour toi. Mais il est vrai que je ne connais pas cela. Je peux me tromper."

Elle observe la lumière décliner derrière les vitraux.
"Mais je manque à mes devoirs, en tant que ta sauveuse. Préfères-tu rester ici le temps de ta convalescence… ou passer ces jours chez moi ?"

Il accepte. Et lorsque, vêtu de propre, il la suit par l’arrière-boutique à l’heure de fermeture, quelques pas suffisent à atteindre sa demeure.

Lyadril ouvre la porte d’un geste mesuré. Un souffle parfumé d’herbes rares s’échappe dans le couloir. Elle s’efface légèrement, son regard aux lueurs d'étoiles filtrant à travers un feuillage nocturne accroche celui du démon, et lui indique l’intérieur d’un mouvement élégant de la main.

"Entre."

Le hall d’entrée s’impose dès qu’il franchit le seuil : marbre blanc aux veines vertes et argentées, tapis rouge profond, statues hybrides entre grâce elfique et menace démoniaque, miroir spectral posé sur une console gravée. Tout respire à la fois raffinement et avertissement.

Le salon suit, cœur vivant de l’appartement : cheminée en métal vert patiné aux lueurs mouvantes, canapés rouges profonds, coussins argentés, vitraux teintés filtrant la lumière, tapis riche aux motifs entrelacés, cristaux lumineux vibrant d’une magie subtile. Un équilibre fragile entre hospitalité et mysticisme.

"Je t’amène à la chambre d’ami."

Un détour, un couloir, et la chambre se dévoile : draps verts ponctués de coussins argentés, lumière douce filtrée par des lampes suspendues, tapis moelleux, commode en bois clair, tableaux forestiers baignés de clarté irréelle. Dans l’air flotte un charme discret, voile de sécurité et de réconfort.

"Je te laisse t’installer. Tu me trouveras en train de cuisiner, quand tu auras fini."
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le jeudi 11 septembre 2025, 08:24:39
"Sans vouloir t’offenser… qu’elle connaisse ou non ta nature, je pense qu’elle s’inquiète réellement pour toi. Mais il est vrai que je ne connais pas cela. Je peux me tromper."

Je tourne mon regard vers toi, me disant qu’elle n’a pas tort, il s’inquiète réellement, dans les faits nous avons une relation de subordonné, mais au fond il est mon meilleure ami et celui en qui je place une foi aveugle. Et je suis touché qu'elle l’aies remarqué alors que je me pose à moitié affalé sur le rebord d’une fenêtre en pierre, donnant sur un jardin digne d’une elfe, laissant la nature se développer, tout en assurant la grâce et l’harmonie. J’ai rarement eu l’occasion de rencontrer des elfes à vrai dire, mais si je devais imaginer leur ville ou village, ils ne seraient sans doute pas aussi bien traités que ce certes modeste lopin de terre, mais au fond c’est une vue qui restera gravée dans ma mémoire.
Il n’y a que sa voix mélodieusement calme qui me sort de ma réflexion.

"Mais je manque à mes devoirs, en tant que ta sauveuse. Préfères-tu rester ici le temps de ta convalescence… ou passer ces jours chez moi ?"

La proposition me surprend sur l’instant, me laisse sans voix, et me demande un temps de réflexion, laissant un certain silence au milieu de la verrière de la boutique et de l’odeur de pins et huiles essentielles, je me dis que puisque nous sommes alliés, plus nous en savons l’une sur l’autre mieux c’est, restant quand même sur mes gardes par habitude.
J’accepte ton invitation avec plaisir, ça serait impoli de refuser de toute manière.

Précédant tes pas, nous repassons devant la fameuse armoire que j’observe de plus près et dont je sens l’énergie des verrous traverser mon corps contrairement à la première fois que je me suis approché, me disant que c’est un effet secondaire du sceau que j’ai dans la main et du mélange de nos sangs pour le recréer.

Nous passons la porte reliant son foyer, et je contemple le hall d’entrée, d’une propreté chirurgicale et pas moins décoré qu’un véritable manoir, j’y décèle quand même des évidences faisant clairement comprendre que je suis chez elle, notamment les statues qui ornent la pièce, finement ouvragées j’y ressens la dichotomie entre sécurité et danger qui te caractérise tant, et la fine odeur végétale qui flotte dans l’air vient clore le doute s’il y en avait encore un qu’une herboriste totalement dévouées à ses plantes vit ici.

Elle me montre ensuite le séjour, décoré avec le même gout que l’entrée mais laissant planer une atmosphère chaleureuse en voyant la cheminée, les flammes dansantes dans le foyer me rappelle l’enfer, qui est quelques pas d’ici finalement, mais en y regardant, je réalise que grâce à l’ornement général de la pièce, ces flammes loin d’être source de colère et de fureur, sont au contraires apaisantes et réconfortantes.

"Je t’amène à la chambre d’ami."

Me dépêchant de la suivre, me disant que j’aurais l’occasion de profiter des lieux, je découvre ma chambre, modeste au premier regard, mais une atmosphère particulière en ressort, une ambiance douillette et apaisante qui donne envie d’y poser ces valises comme si j’étais en vacances en pleine forêt, ce qui est surprenant car je n’y suis jamais allé.

"Je te laisse t’installer. Tu me trouveras en train de cuisiner, quand tu auras fini."

-   Je tiens à te remercier pour ton hospitalité, je n’ai pas encore tout visité, mais ton foyer est charmant, si je peux faire quelque chose pour t’aider pendant que tu m’héberges, n’hésites pas.

Seul dans ma chambre, je prends possession des lieux, sortant mes affaires du sac que j’ai posé sur le lit je prends le temps de les ranger dans la commode, puis je retourne vers le salon, et me permet d’explorer les différentes pièces. Chaque pièces que je découvre possède une odeur végétale différente, mais pensée pour aller en parfaite osmose avec la fonction de la salle en question pour s’y sentir le mieux possible…

Je finis par pousser une porte depuis le salon qui me conduit visiblement vers le bureau de Lyadril, possédant de grandes rangées de livres dans une bibliothèque en chêne massif, habillé de magnifiques ornementations florales taillé à même le bois, et dans le mur du fond, mon attention fût attire par un tableau gigantesque, à moitié brulé volontairement, je ne vois donc qu’une femme rivalisant avec la beauté de mon hôte que j’imagine être sa mère en notant les ressemblances et ses oreilles d’elfe, bien qu’une partie soit légèrement noircie par les dégâts de l’incinération masquant la seconde personne sur le cadre…

Mon regard s’assombrit, en repensant à Az’Kharel que je devine avoir été à l’origine sur ce cadre, mais qui n’est plus qu’un tas de cendres fumantes, signe non anodin de l’avenir que nous lui réservons…Je repense à ma rencontre avec lui, il m’avait terrifié la première fois que je l’ai rencontré, mais il possédait un charisme le rendant fascinant, les choses auraient pu être autrement, mais son intransigeance et son obsession pour cette guerre me fit perdre tout respect pour lui au fil du temps.

-   Ne sois pas pressé, tu finiras vite comme ton portrait, j’en fais le serment…dis-je à moi-même.

Sur le bureau, rangé impeccablement sur le côté se trouve un carnet, que je feuillette après avoir vérifié que mon hôtesse n’arrivait pas, mais je ne compris que la moitié de ce que je lisais, toute la partie démonique, je devinais qu’elle faisait des recherches pour avoir un meilleur contrôle sur le basculement de ses deux formes, mais je n’en était pas sûr n’ayant que la moitié des informations.
Mais il est temps pour moi de te rejoindre en cuisine, sinon elle pourrait se poser des questions, et je ne suis pas certain qu’elle apprécie que je fouille dans ses affaires, je commence néanmoins à un peu moins l’appréhender, même s’il reste énormément de questions.

Mais au fond, est ce que je m’intéresse autant à sa vie pour l’intérêt de notre alliance ? Ou est-ce une raison plus profonde que je ne suis pas sûr de saisir, et encore moins d’assumer ? En même temps découvrir une personne avec qui j’ai un lien aussi puissant par rapport à mon passé…ce n’était pas quelque chose que j’avais envisagé, en m’effondrant devant l’herboristerie hier soir, je pensais devoir affronter seul le grand général Az’Kharel, mais aujourd’hui, je me dis pouvoir compter sur quelqu’un de mon monde pour la première fois de ma vie…
Traversant le foyer, je finis par trouver la cuisine, dans laquelle, je la vois s’impliquer pleinement. Souriant et détendu par les bonnes odeurs qui chatouillent mes narines, je passe le pas de la cuisine, serein. C'est alors qu'en me voyant elle se prends les pieds dans sa robe manquant de tomber lorsque je la rattrape au dernier moment en la prenant dans mes bras.

-   Besoin d’un coup de main ?
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le jeudi 11 septembre 2025, 12:57:13
-   Je tiens à te remercier pour ton hospitalité, je n’ai pas encore tout visité, mais ton foyer est charmant, si je peux faire quelque chose pour t’aider pendant que tu m’héberges, n’hésites pas.

Si son invité empoisonné croit qu’elle va facilement accepter son aide, c’est mal la connaître ! Un invité est un invité. Même s' ils sont chez elle et non dans l’herboristerie, Lyadril se fait un honneur de continuer à faire attention à lui, à lui apporter encore les soins nécessaires.

Vu le mauvais temps, et recevant quelqu’un chez elle pour la première fois, l’elfe-démone ne cherche pas à l’impressionner mais à rester naturelle. Lui confirmer sa nature dans leur premier repas ensemble bien qu’elle sache se débrouiller avec la cuisine actuelle. Sur la plaque, est en train de cuire une soupe claire aux herbes elfiques, dont le goût est frais, apaisant et doux, dans laquelle la soigneuse y déposera quelques pétales luminescents qui s’ouvriront et se fermeront dans la chaleur du bouillon lorsque celui-ci sera dressé dans les bols. A côté, cuit doucement un ragoût de venaison aux épices infernales. Les effluves qui s’en dégagent sont de la cannelle sombre, du poivre fumé et une légère pointe de piment carmin. Dans un panier d’argent ciselé se trouve des petits pains légèrement sucrés aux graines d’ombre.

Autant dire que l’hybride ne se rend pas compte du temps qui passe au point qu’elle est surprise lorsque Réo paraît dans la cuisine. Si surprise qu’en voulant attraper la liqueur verte et légèrement mentholée destinée à la préparation du dessert, elle se prend les pieds dans sa longue robe fluide aux teintes vertes et émeraude qui pourrait la confondre avec le cœur des forêts. Le tissu épouse sa taille avec souplesse, s’ouvrant sur un décolleté mesuré mais assumé, laissant deviner la force tranquille qui émane de sa poitrine et de ses épaules nues.

La sang mêlé s’attend à se retrouver par terre mais le jeune homme la rattrape. L’elfe baisse la tête car se sent rougir mais la démone en elle aurait tout de même voulu le taper en plein milieu du torse à cause de leur proximité.

-   Besoin d’un coup de main ?

Et voilà que ce dernier redemande si elle a besoin d’aide. Sa part d’ombre, trop fière, refuserait, mais sa part lumineuse se dit qu’il serait impoli de le laisser s’ennuyer.

Choisis le lieu où tu veux manger. La salle à manger ou le salon principal ? Dans ce cas, j’accepte que tu dresses la table. S’il te plaît.

Remarquant qu’elle commence à s’adoucir un minimum, elle termine sa phrase en étant un peu plus froide et directive. Néanmoins, l’herboriste est encore dans les bras du démon sous sa forme humaine. Tant et si bien qu’elle le quitte d’un coup, peut-être un peu trop brutalement. Il n’obtient pas un merci mais un digne hochement de tête pour l’avoir rattrapée.

Pendant que son empoisonné choisit le lieu du repas et mette la table, l’hôtesse prépare le dessert : dans de fines coupes de verre gravé, elle dépose des fruits rouges confits, puis les arrose de la liqueur qu’elle avait voulu attraper plus tôt.

"Réo, peux-tu sortir le vin clair aux reflets argentés qui se trouve dans le meuble du salon principal ? Je voudrais te le proposer pour accompagner le repas."

Si son incube de père voyait cela…

Le jeune homme ne tarde pas à réapparaître, la bouteille élégante à la main. Le liquide à l’intérieur accroche la lumière de la cheminée, miroitant d’éclats argentés presque lunaires. Il la dépose sur la table dressée avec une simplicité qui contraste avec la noblesse des lieux.

Lorsque Lyadril apporte les plats, un parfum envoûtant emplit aussitôt la pièce : la fraîcheur herbacée de la soupe elfique se mêle aux effluves épicés du ragoût infernal. L’hybride dépose aussi le panier de pains sucrés et les coupes de dessert encore perlées de liqueur.

Elle prend place en face de son invité, droite, mesurée, comme si elle présidait un banquet officiel. Pourtant, ses mains se détendent autour du verre de vin qu’elle lui sert, et son regard, malgré la retenue, trahit une forme de curiosité sincère.

Le tintement discret des verres résonne dans l’air parfumé d’herbes et de braises. Premier partage, premier vrai repas ensemble.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le jeudi 11 septembre 2025, 21:53:45
Ce n’est que lorsque je la rattrape et que le temps semble s’être arrêter un court instant, que j’ai une vue légèrement plus osé de son corps, sa poitrine bien que modeste semble aussi douce, ferme et délicate qu’une rose parée d’épines tranchantes si je m’en approche trop, mais cette vue disparait bien trop vite lorsqu’elle se redresse, le visage aussi rouge qu’une tomate parfaitement mûre…un sourire en coin se dessine sur mon visage une fraction de seconde, brisant mon masque de contrôle de mes émotions.

Choisis le lieu où tu veux manger. La salle à manger ou le salon principal ? Dans ce cas, j’accepte que tu dresses la table. S’il te plaît.

-   Très bien, la table de la salle à manger me semble un peu grande pour nous deux, je vais mettre la table dans le salon, auprès du feu.

Lui demandant où trouver les ustensiles et les serviettes, il n’y a qu’à ce moment que je peux vraiment observer la cuisine dans son élégance, un mélange de vert et de rouge incrustés dans les meubles qui doivent valoir une fortune, chaque ingrédient, chaque bocal, chaque éléments propre à une cuisine sont impeccablement rangés, et placés de manière à tout atteindre facilement, un vrai travail d’orfèvre de l’organisation. Certains idiots la qualifieraient de maniaque.

Ouvrant les placards pour récupérer les assiettes en fine porcelaine, ainsi que les couverts en argents, je descends, et installe une nappe vert pâle, avant d’y déposer les assiettes, couverts, verres à pied, et je trouve un chandelier que j’installe sur la table. Je prends même le temps de faire du pli de serviette pour que le raffinement de la table ne tranche pas avec celui de la pièce.
Cela me prend une dizaine de minutes, le temps de trouver la forme parfaite, avant de revenir te voir, m’enquérir s’il y a autre chose à faire.

"Réo, peux-tu sortir le vin clair aux reflets argentés qui se trouve dans le meuble du salon principal ? Je voudrais te le proposer pour accompagner le repas."

-   Bien sûr, c’est comme si c’était fait.

Retournant dans le salon j’ouvre la cave à vin du salon, que des grands cru elfique. Si elle s’occupe du repas, alors je vais m’occuper du vin pour le préparer afin d’en dégager les meilleurs arômes. Si la cuisine est ton truc, ma spécialité reste l’alcool et comment en tirer le meilleur goût possible. Revenant dans la cuisine, je récupère une carafe, t’observant travailler un instant du coin de l’œil en me demandant pourquoi je fais ça, j’attrape le tire-bouchon et débouche la bouteille avec une aisance et une fluidité égale à la tienne.

En servant une goutte dans un verre pour m’assurer qu’il n’est pas bouchonné, je prends la carafe pour la mettre de biais et verse le vin à l’intérieur, avant de le faire délicatement tourner pour faire sortir tous ses arômes, je le sens pour m’assurer qu’il soit parfait, avant de l’emmener sur la table.

Je m’assois en attendant, pour profiter de la douceur du canapé, veillant à ne penser à rien. Ce qui est compliqué car depuis que nous sommes liés, et que je sens ces odeurs d’herbes un peu partout dans la maison, son visage m’apparait dès que je ferme les yeux…je me demande si c’est le cas pour elle aussi, peut être est ce un effet secondaire de notre alliance.

Je t’entends alors arrivée, les bras chargés de victuailles dont les odeurs viennent chatouiller mes narines et ouvrir mon appétit, bien que j’aie été avec elle quelques instants en cuisine, ce n’est que maintenant que je remarque à quel point elle doit être une vraie cordon bleue.

Prenant place face à moi, j’allumes les chandelles alors qu’elle sert le vin tout en ayant toujours une allure digne, gracieuse et contrôlée. Je me demande alors comment ça serait si elle se permettais d’être moins dans le contrôle, et puis j’ai le souvenir de sa version démoniaque qui me revient à l’esprit.
Me levant avec déférence, je lève mon verre.

-   Je tiens à porter un toast, déjà à celle qui m’a sauvé la vie, sans savoir qui j’étais, et qui a redoublé d’effort, même en l’ayant appris. Mais également à une rencontre, qui bien qu’inattendue, nous offre à l’un et l’autre, une chance de nous libérer d’une emprise qui nous maintient tous les deux en alerte. A toi Lyadril.

Je constate en trinquant avec toi, qu’un discours élogieux de ma part n’était pas dans ton programme. Ce qui m’amuse d’autant plus, réussir à briser la glace qui te sers de masque en permanence sans faire sortir la succube ne doit pas être un mince exploit.

M’asseyant, fier de t’avoir perturbé, mais sincère dans chaque parole et pensée, je découvre une soupe singulière comme je n’en avais jamais vu, les pétales luminescentes qui se meuvent dans le plat me laissent sans voix et curieux, prenant la cuillère à soupe à ma droite, j’ose à peine venir perturbé l’harmonie de l’assiette, et en même temps, il serait impoli de ne pas déguster ce que ma ravissante hôtesse m’a préparer.

Une fois en bouche, la chaleur de la soupe s’efface, donnant un sentiment de fraicheur redonnant une telle énergie à mon corps que je me demande si elle a mis dans la magie dedans, effaçant même la sensation de douleur lancinante que le poison me faisait ressentir il y a encore une minute.

-   Lyadril, je n’ai pas les mots, si ce n’est que si tes talents de soigneuses égalent ne serait ce que tes talents en cuisine, alors les rumeurs selon laquelle tu serais la meilleure des soigneuses ne te rendent pas hommage.

Sur ces paroles, je déguste le reste de la soupe sans dire un mot de plus, profitant de chaque instant.

-   J’aimerai, tant que je suis là te demander quelque chose. L’homme que l’on déteste voulait me forcer à apprendre l’usage des arcanes, mais je lui ai toujours refusé ce plaisir. Cependant aujourd’hui, si tu le veux bien, j’aimerai que tu me prennes comme apprenti, plus on a de connaissances et plus nous sommes puissants individuellement, plus notre force combinée sera inarrêtables.

Je m’attends à ce qu’elle refuse ma demande à vrai dire. Cependant je me souviens qu’à l’époque ma seule raison de refuser venait du fait qu’il en soit à l’origine. Mais au fond ça m’avait toujours attirée. Aujourd’hui l’occasion de palier ce manque et cette ancienne curiosité me reprennent…
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le vendredi 12 septembre 2025, 00:47:16
Lyadril croit presque rêver lorsqu’elle quitte trop brusquement ses bras. L’espace d’un instant, il lui a semblé voir ce sourire en coin… ou bien est-ce seulement parce qu’elle a accepté qu’il mette la table ? L’elfe n’est pas sûre, et cela l’agace autant que cela la trouble. Son cœur bat un peu trop fort, cognant contre sa cage thoracique comme un tambour sauvage, et la chaleur dans sa poitrine se mêle à un frisson glacé qui lui parcourt l’échine.

Voyant Réo revenir dans la cuisine, elle le surprend en train de déboucher la bouteille. Le geste est sûr, précis, presque élégant, et la lumière des chandelles se reflète dans le verre, projetant des éclats dansants sur ses traits, accentuant les lignes parfaites de son visage. La démone en elle gronde : cette scène a des allures de couple, mais il n’en est rien. Chaque détail, de la vapeur qui s’élève du vin aux reflets sur la table, semble contredire sa vigilance, et elle doit serrer les mâchoires pour ne pas trahir son trouble.

Il lève son verre pour un toast, et ses mots la frappent droit au cœur, comme une lame qui traverse une armure. Elle limite ses réactions au strict minimum, le visage figé dans une dignité parfaite, mais ses pensées se bousculent, turbulentes, s’entrechoquent dans un chaos silencieux. Elle devrait se vexer, devrait hausser les sourcils et tourner le dos à cette audace, et pourtant… il a raison, et son éloge la touche plus qu’elle ne l’aurait voulu.

Alors, contre toute attente, elle porte aussi son verre, sa voix s’élevant avec une clarté souveraine :

"À toi, Réo. Celui qui a abattu Melkior, cette ombre qui fut ma geôle plus que mon gardien. Et à celui qui a su faire vaciller le masque que je m’impose depuis trop longtemps."

Elle boit une gorgée, droite, mesurée, mais ses yeux verts, d’ordinaire presque doux, brillent d’un éclat plus humain, plus vulnérable. Les pétales luminescents de la soupe se referment peu à peu, comme si le plat s’éteignait au rythme de leur consommation, et la vapeur qui s’élève dégage un parfum subtil, floral et légèrement fumé, qui envahit le salon et s’accroche aux rideaux de velours.

Lyadril se lève pour débarrasser leurs assiettes. Ses mouvements sont fluides, presque chorégraphiés, mais son esprit est en désordre. Ses gestes lui paraissent étrangers, comme s’ils étaient détachés de son corps, et le bois de la table, le froid du marbre sous ses doigts, le léger froissement de sa robe contre le sol, tout lui renvoie l’étrangeté de la situation. Est-ce elle qui agit ainsi ? Ou bien la maison, sensible à son état, interfère-t-elle subtilement avec ses gestes ?

En revenant, elle tente d’alléger l’atmosphère :

"Je me débrouille en cuisine elfique et démoniaque… mais dans la cuisine actuelle, je suis un désastre absolu."

Elle esquisse un sourire, presque imperceptible, tandis qu’une odeur douce de cannelle, de noisette grillée et de racines rôties se mêle au parfum plus âcre du vin. Lorsque Réo reprend la parole, l’hybride tressaille : il n’a pas nommé son père. Elle ressent un respect silencieux, qui lui réchauffe les tempes et lui fait vibrer la poitrine.

Mais lorsqu’il demande à devenir son élève dans l’art des Arcanes, elle recule si vivement qu’elle manque de renverser son verre. Ses yeux passent au rouge incandescent, une lueur démoniaque surgissant dans ses prunelles. Un juron guttural, venu du plus profond de ses entrailles, lui échappe malgré elle :

"Khal’thar ven’raakh !" (Que mille chaînes d’ombre m’étouffent !)

L’instant d’après, elle se fige, glacée d’effroi. Son père saura sa décision. La simple certitude fait battre son cœur comme un marteau dans ses côtes. Sa main tremble lorsqu’elle repose le verre, et elle détourne les yeux pour ne pas laisser voir cette panique brute. Le souffle court, elle ferme un instant les paupières, et le parfum chaud de la pièce, mêlé à l’odeur plus âcre du vin, semble s’épaissir autour d’elle.

Quand ses yeux se rouvrent, ses iris ont retrouvé le vert profond de son héritage elfique. La sagesse reprend le dessus, imposant une mesure que sa moitié démoniaque n’a pas.

"Soit. Puisque telle est ta volonté… je t’enseignerai les Arcanes."

Elle se lève brusquement et se précipite dans la cuisine, le claquement de ses pas sur le marbre résonnant comme le battement d’un tambour dans une caverne. L’hôtesse implacable s’efface un instant, remplacée par une femme partagée entre crainte et devoir, chaque respiration trahissant son inquiétude.

Le ragoût de venaison aux épices infernales trône bientôt sur la table. La cannelle sombre, le poivre fumé et le piment carmin s’élèvent en volutes parfumées, s’infiltrant dans chaque recoin de la maison, qui semble respirer à l’unisson avec elle. Lyadril sert avec soin, chaque geste précis malgré le tumulte intérieur qu’elle tente de contenir. Le parfum puissant contraste avec la fraîcheur de la soupe elfique, un rappel tangible de sa dualité.

Elle entame son assiette, mais à peine a-t-elle atteint la moitié que la sonnerie de la porte d’entrée retentit, claire et insistante, tranchant le silence comme un coup de glaive. Son regard s’assombrit. Elle repose lentement ses couverts, se lève et traverse le hall, sa robe fluide effleurant le sol, soulevant un nuage de poussière dorée qui scintille dans la lumière.

Lorsqu’elle ouvre, elle se retrouve face à un elfe de haute taille, ses traits marqués par la noblesse et une gravité glaciale. Ses cheveux, de la même teinte profonde que ceux de Lyadril, trahissent le lien de sang. C’est son oncle maternel.

Leurs voix se heurtent aussitôt en elfique, fluides, rapides, trop mélodieuses pour un étranger mais chargées de tension.

"Ilya nórë mi hauta-nórë marta-nya ná sina !" (Toute la famille s’est réunie aujourd’hui, et toi, tu brilles par ton absence !)

Son ton est cinglant, accusateur. Lyadril soutient son regard, ferme, sans se décaler pour le laisser entrer.

"I nís ilyë teni cala mi vëa sívë." (Ma mère est honorée dans la lumière, où que je sois.)

Le ton monte, les reproches fusent comme des lames. Puis, c’est elle qui lâche, glaciale, un juron qui résonne comme une gifle en elfique :

"Námo hauta-nórëlya, urco úvëa !" (Que Mandos maudisse ta lignée, monstre infâme !)

Un silence brutal tombe, lourd, presque sacrilège. Jamais elle n’a prononcé une insulte si violente envers un membre de sa famille. Mais Lyadril ne cède pas : son vert profond étincelle comme une lame tirée du fourreau, et le hall tout entier semble vibrer à l’unisson de sa volonté.

La tension est telle que l’air se charge d’une chaleur moite et électrique, chaque pierre du hall frémissant comme si elle retenait son souffle. Une statue de marbre se fissure dans un craquement sec et éclate dans un fracas sourd, projetant des éclats et de la poussière sur le sol, comme si la maison elle-même exprimait sa colère contenue.

Lyadril ne cille pas, mais ses narines frémissent, une goutte de sueur perlant sur sa tempe. Son autorité est tranchante, sa voix vibrante :

"Je connais l’identité des assassins. Tu veux que je partage leur table aujourd’hui ? Jamais. Je l’honorerai seule, à ma manière."

Sa voix tremble à peine, mais chaque mot résonne avec une force farouche, comme si la maison elle-même vibrait de sa détermination. Son oncle ouvre la bouche pour répliquer, mais elle l’interrompt, le bras tendu pour barrer le passage.

"J’ai un patient à soigner. Un empoisonnement de scorpion ne souffre pas ton cérémonial."

Son bras bloque toujours l’entrée, mais elle ne ferme pas la porte. Pas par faiblesse : par respect, et par peur aussi, de trahir ce qu’il reste d’elle-même si elle cédait à l’impulsion.

Derrière elle, depuis le salon, Réo peut voir la scène : il ne comprend pas les mots, mais le ton trahit la violence de l’échange, la colère contenue, la douleur à vif. L’air est chargé d’électricité, chaque fibre de la maison vibrant autour d’eux.

Lyadril ne se retourne pas. Elle sait que son invité perçoit tout malgré la barrière de la langue. C’est un choix : laisser la porte ouverte, c’est accepter qu’il soit témoin de cette déchirure intime, et que la maison elle-même garde le secret de ses éclats, de ses colères et de ses forces.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le samedi 13 septembre 2025, 00:11:22
Le repas se passe somme toute aussi bien qu’on puisse l’espérer, je suis touché par son toast, j’ignorais qu’elle avait un tel passif avec Melkior, je serais curieux d’en savoir plus le moment venu. Ayant disparu longtemps, c’est vrai qu’il a visiblement évolué en terme de perfidie et surtout de rang social…Quels horreur ce porc a bien pu lui faire vivre…

"Khal’thar ven’raakh !"

C’est surtout sa réaction de recul qui me laisse pantois et circonspect dès lors que je lui ai demandé de me prendre comme élève, je ne montre rien, mais je me sens vexé me demandant si elle a ressenti que je n’aurais pas les capacités, ou si elle s’imagine qu’en m’apprenant ses connaissances je pourrais la trahir. Quoi qu’il en soit voir qu’elle me fuit du regard, et la voir trembler comme une feuille me fait penser que j’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas.

Tant pis, j’apprendrai autreme...

"Soit. Puisque telle est ta volonté… je t’enseignerai les Arcanes."

Euh…d’accord ? je n’ai même pas le temps de la remercier qu’elle s’esquive visiblement furax en entendant ses talons claquer au sol comme les fouets les plus intransigeant de l’enfer. Me retrouver seul ici pendant un moment me provoque une certaine gêne, comme si j’étais de trop. Devrais-je partir ?

Je n’ai pas le temps de me décider qu’une douce odeur me fait vite oublier mon envie de partir, et je la vois réapparaître sous l’arcade donnant sur le salon, un plat imposant entre des mains si frêles, mais habiles il faut l’admettre. Lorsqu’elle dépose le plat, je sens une forte odeur que je reconnais bien, mais que je n’ai pas côtoyer depuis une éternité, des épices venues tout droit des enfers…et j’en aurai profiter pleinement si je n’avais pas remarqué que l’ambiance générale de la pièce se détériorant, passant de calme et harmonie, à un sentiment oppressant qui est prêt à exploser à tout moment mais se contient.

En y regardant de plus près et vu son expression, je devine que la pièce est une fenêtre ouverte sur son état psychologique, qu’elle essaie de contenir et c’est pour ça que les choses ne se détériorent pas. Ignorant comment l’aider je la laisse gérer et apprendrait peut-être au fil du temps à canaliser ses émotions pour la libérer un peu. En attendant la tension se calme pour le moment, et nous pouvons déguster ce délicieux repas, ces saveurs qui feraient fuir la plupart des palais tellement l’épice est puissante, pour moi ne sont que douceurs et succulences à porter de fourchette. Le silence s’étant installé depuis la discussion sur les cours, il fut brisé tel une explosion dans un jardin zen par le bruit de la sonnette d’entrée qui tintille.

Ayant un mauvais pressentiment en voyant son regard s’assombrir, je l’observe se diriger vers l’entrée, et je ne vois qu’une tête qui la dépasse avec une expression hautaine, mais une beauté qui n’appartient pas à ce monde…un elfe ?

"Ilya nórë mi hauta-nórë marta-nya ná sina !"

Je ne comprends rien à ce qu’ils se racontent, mais au ton employé ce n’est pas une conversation amicale, ce qui m’est confirmé encore une fois par la maison elle-même qui semble être sous une tension intenable, comme si elle allait se briser sur elle-même, au point de me pousser à me lever.

"Je connais l’identité des assassins. Tu veux que je partage leur table aujourd’hui ? Jamais. Je l’honorerai seule, à ma manière."

J’approches d’eux, traversant le hall

"J’ai un patient à soigner. Un empoisonnement de scorpion ne souffre pas ton cérémonial."

Je finis par arriver à leur niveau.

- Que se passe t’il ici ? J’ignores qui vous êtes et je n’en ai cure, mais je trouve bien impoli d’interrompre un repas, et de venir pour s’en prendre à la propriétaire des lieux

Faisant la même taille que l’intrus, je viens m’interposer entre eux, sans montrer d’agressivité, mais laissant comprendre que je suis prêt à me battre s’il ne fait pas comme l’artillerie, se tirer ailleurs. Et visiblement il n’a pas l’air d’apprécier qu’un tiers vienne intervenir dans la dispute.

"Man le rathad, egor? I oron, egor i naur?" (Comment oses tu m'adresser la parole insecte ? Son patient ou son animal de compagnie ?)

Il croit impressionné qui avec son elfique ? Mon regard s’assombrit, et mes yeux s’enflamment pour lui faire comprendre qu’il est temps de partir.

"Un démon ? la corruption attire la corruption." Dit-il avec dégout, crachant sur le sol avant de partir d’une manière qu’il s’imagine noble

Je me demande tout de suite qui il peut bien être, mais d’abord je me tourne vers Lyadril pour voir comment elle se porte au vu de l’affrontement. Elle a beau tenté de cacher ce qu’elle ressent, la maison tremble, mais plus uniquement de colère mais également d’une tristesse froide, et profonde.

Le premier réflexe qui me vient est de la prendre dans mes bras, j’ignore pourquoi, mais vu son état ça pourrait être mal interprété, alors je me contente de doucement posé ma main sur son épaule, comme pour lui dire que je suis là, et que ses galères deviennent les miennes également.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le samedi 13 septembre 2025, 17:47:02
La propriétaire des lieux sursaute en entendant la voix de Réo qui se rapproche. Elle voudrait lui intimer de ne pas s’interposer, de la laisser affronter seule son oncle, mais les mots se meurent dans sa gorge. Cette fois, elle n’a pas voix au chapitre. Une part d’elle se dit qu’étant donné que c’est un homme qui intervient, peut-être que son oncle se contiendra. Belle erreur.

L’insulte de son parent claque comme une lame nue dans le silence :
"Man le rathad, egor? I oron, egor i naur?" (Comment oses tu m'adresser la parole insecte ? Son patient ou son animal de compagnie ?)

Lyadril sent le feu remonter dans sa poitrine. Elle tremble, de colère, de respect, de peur aussi, mais sa voix s’élève malgré tout, glaciale et vibrante :

"Sina nér… ná néronya… ataninya." («Cet homme… est mon époux… mon oncle.»)


Les mots claquent dans l’air saturé, son souffle à peine maîtrisé. Ses lèvres frémissent, un tremblement trahissant ce que sa posture veut dissimuler. Et soudain, comme un écho involontaire, ce qu'elle vient de dire en elfique, est dit en syllabes gutturales jaillissant de ses entrailles sans nommer l'hérédité oncle-nièce pour autant :

"Khorv’ash nakh… zher’anakh…"

Mensonge adressé à elle-même… et à Réo, pour le protéger des Hauts-Elfes. La jeune femme s’y accroche comme à une bouée au milieu d’un océan déchaîné. La langue démonique s’impose à elle, brisant l’armure de son contrôle. Elle s’interrompt brutalement, comme si elle craignait de libérer quelque chose de plus terrible encore. Son cœur cogne si fort qu’elle croit qu’il va éclater. Son oncle, lui, a tout vu, tout entendu : les yeux de l'inconnu, ceux de sa nièce flamboyant d’une fureur contenue, sa voix vacillant entre deux mondes. Pourtant, elle garde le dos droit, le menton levé, le port altier de celle qui refuse de plier. Hors de question que Réo, dans son dos, la découvre en état de faiblesse.

L’homme la fixe, la mâchoire crispée, puis tourne finalement les talons. Il crache sur le pas de la porte, geste de mépris brûlant, avant de s’éloigner dans un silence lourd, laissant derrière lui une traînée d’amertume glacée.

Lyadril reste immobile quelques instants. Ses doigts tremblent, mais elle refuse de les croiser ou de les cacher : sa seule armure est cette immobilité. Lorsqu’elle sent la main de Réo se poser doucement sur son épaule, elle garde le regard fixé droit devant elle. Aucun souffle, aucun clignement ne doit trahir le tumulte qui la déchire.

L'herboriste inspire lentement, profondément, comme pour rétablir l’ordre dans ses veines enfiévrées. Sa voix, lorsqu’elle finit par s’élever, est d’une maîtrise glaciale, mais chaque syllabe résonne comme une note tendue, au bord de la cassure :

"Je crois que nous avons un repas à terminer."

Sans attendre sa réaction, elle pivote, sa robe l'effleurant lui et le marbre, puis regagne la salle à manger.

Le silence plane encore, mais la maison, sensible, apaise peu à peu ses frémissements. Les murs cessent de vibrer, l’air s’éclaircit, même si les cendres de la dispute restent suspendues, invisibles.

"As-tu besoin que je fasse réchauffer ton assiette ?" demande-t-elle en reprenant place, comme si de rien n’était.

Sa voix a retrouvé un calme appliqué, celui d’une hôtesse déterminée à sauver les apparences.

Elle croque dans un petit pain sucré aux graines d’ombre, la mie douce compensant l’amertume qui lui ronge encore le palais. Une gorgée de vin clair, aux reflets argentés, achève de lisser ses traits figés. Elle fixe la table, attendant que Réo parle, ou mange, ou proteste, n’importe quoi qui l’éloigne de son propre chaos.

La fin du ragoût se déroule dans une ambiance étrangement paisible. Le parfum des épices infernales s’estompe comme si la maison voulait préserver la sérénité fragile après la tempête. Comme pour marquer la transition, le rituel reprend : Lyadril débarrasse les assiettes, ses gestes précis, presque mécaniques, puis allume une musique douce, discrète, juste assez pour briser le silence.

Lorsqu’elle revient, ce n’est pas avec un plat de résistance mais avec le dessert : deux coupes de verre gravé, contenant des fruits rouges confits arrosés d’une liqueur verte aux notes mentholées. Elle les pose avec soin sur la table, ses mains encore tremblantes. Un instant, son regard accroche une vision dérangeante : une statue fissurée, effondrée, ses éclats éparpillés comme des os brisés. Elle se fige, puis revient avec de quoi nettoyer. Agenouillée, elle rassemble chaque fragment, ses gestes lents et mesurés, comme si elle recollait ses propres morceaux.

De retour à table, elle goûte enfin au dessert. Le sucre fond sur sa langue, la liqueur diffuse son feu mentholé dans sa gorge. Ses yeux brillent d’une lueur adoucie lorsqu’elle souffle :

"Si tu n’es pas trop fatigué, nous débuterons ton apprentissage… demain matin, avant l’ouverture de l’herboristerie."

Le silence qui suit n’est plus pesant. Il est attentif, presque chargé de promesses. Lorsque les coupes sont vides, elle débarrasse de nouveau, ses gestes méticuleux soudain traversés d’un murmure : un fredonnement en langue commune. Elle s’interrompt aussitôt, interdite, se demandant si ce simple écho est une conséquence des sceaux de protection tissés avec Réo, ce mélange de leur sang et de leur magie.

"Très bien… je vais te raccompagner jusqu’à ta chambre."

Le hall s’ouvre devant eux, calme, comme si la maison elle-même retenait son souffle. Arrivée devant la porte de sa chambre, elle s’incline légèrement avant de s’éclipser vers la sienne.

Dans sa chambre, l'hybride ferme doucement la porte derrière elle et se dirige vers sa garde-robe. Ses mains choisissent instinctivement une longue nuisette blanche à fines bretelles, douce et légère, qui contraste avec l’intensité de la soirée. Elle la déroule puis la glisse sur sa peau, le tissu effleurant son corps comme un souffle de soie.

La maison semble respirer avec sa propriétaire, chaque pas résonnant doucement sur le sol. Elle se dirige ensuite vers la salle de bains/spa, laissant ses pensées vagabonder entre l’adrénaline du dîner, la tension avec son oncle et le calme fragile retrouvé grâce à Réo.

Dans la pièce dédiée à l’hygiène et à la détente, le bois sombre des étagères luisantes reflète les lueurs vacillantes des chandelles. Les fioles de verre gravé, alignées avec une précision presque cérémonielle, semblent contenir des fragments de sérénité figés dans le cristal. Lyadril en saisit une au hasard, laisse l’huile se mêler à l’eau, et aussitôt un tourbillon d’arômes s’élève, caressant ses épaules crispées, effaçant peu à peu l’étreinte invisible de la tension.

La sang mêlé retire sa nuisette, la pose sur le banc et s’installe dans le bassin chaud, l’eau glissant sur sa peau comme un souffle apaisant. La vapeur s’élève en volutes légères, saturant l’air d’un mélange subtil : les épices de la soirée se fondent aux effluves des herbes choisies pour le spa. Menthe poivrée et eucalyptus éveillent ses sens, camomille et lavande apaisent son esprit, tandis que romarin et thym délient ses muscles fatigués. Chaque inspiration emplit ses poumons d’un parfum presque vivant, vibrant au rythme de ses émotions.

Immobile, les yeux clos, la soigneuse laisse la chaleur parcourir son dos, délier ses épaules, descendre le long de ses bras et de ses jambes. Le clapotis discret se mêle à son souffle régulier, créant un rythme calme et hypnotique. Avoir été à deux doigts de perdre son patient, son alliance avec Réo contre son père, la destruction de la porte menant directement à l'Enfer,  la nouvelle mise en place des sceaux de protection, le tumulte du dîner, l’ombre de son oncle, tout s’efface, absorbé par l’eau et la vapeur.

Ses pensées dérivent entre la violence de la soirée et le fragile apaisement retrouvé. Le contact doux de l’eau, la fragrance des huiles, la chaleur enveloppante : tout concourt à apaiser l’elfe comme la démone en elle. Chaque frisson de vapeur devient un murmure rassurant, un fil invisible reliant son corps et son esprit à ce moment de répit absolu.

Enfin, Lyadril s’abandonne, son souffle s’accordant au clapotis de l’eau. La maison elle-même paraît retenir son haleine, attentive. Dans ce sanctuaire de chaleur et de senteurs, elle trouve un équilibre fragile mais tangible : un instant suspendu où elle peut relâcher la tension accumulée, et simplement respirer, seule avec ses pensées et la caresse des vapeurs.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le samedi 13 septembre 2025, 20:32:07
L’ambiance reste pesante malgré le départ de l’intrus, pendant un moment Lyadril ne bouge pas, mais j’observe ses mains qui tremblent comme pour contenir ce qu’elle ressent, se battant pour garder ce calme glacial qui la caractérise, commençant par me dire que le fardeau que tu mets sur tes épaules va causer ta perte si tu ne trouves pas un moyen de le canaliser. Mais est-ce seulement possible tant que Az'kharel est en vie ?

J’ignore pourquoi je me soucis de ça, on se connait à peine et je ne suis pas du genre à jouer dans le mélodramatique. En te côtoyant j’ai le sentiment que quelque choses pourraient ne jamais être comme avant, mais j’ignore en quoi. Ça m’inquiète autant que ça m’intrigue.

Mon corps ne bouge pas, je ne dis pas un mot, comme si au fond je soufflais légèrement cela pourrait finir de la briser, comme du verre. Je l’observe donc reprendre consistance par une profonde inspiration, mais le doute se lit par tous les pores de sa peau.

"Je crois que nous avons un repas à terminer."

Je l’observe s’éloigner un instant, l’ayant cru entendre pleurer, mais sans doute est-ce mon imagination qui me joue des tours, toujours digne, je ne l’imagine pas sombrer dans l’étalage émotionnel devant autrui, peut être devrait-elle. Personne ne peut rester dans cet état sans qu’il y ai des dommages irréversible à termes, et que le don de soi qui caractérise ses aspects les plus vertueux ne finissent par s’effacer sous l’aigreur et le désespoir.

Revenu à la table, je me rassois dans mon siège, elle tiens à faire comme s’il ne s’était rien passé, et je ne peux même pas dire quoi que ce soit, n’ayant moi-même pas compris de quoi il retournait.
"As-tu besoin que je fasse réchauffer ton assiette ?

-   C’est très prévenant de ta part, mais ça sera parfait comme ça, ne t’embête pas.

Son attention de reprendre le rôle de parfaite hôtesse tente de reprendre le dessus, mais elle ne peut cacher la fragilité qui transparait dans le tremblement de ses paroles.
Alors dans un silence presque solennel, je déguste mon repas, la complimentant sur ses talents de cuisine, et sur ce délicieux vin qu’elle s’est procuré malgré sa rareté. En même temps qu’est-ce que je peux faire, d’habitude les gens me parlent facilement, se confient, mais là rien, si ce n’est cette sensation qu’une bulle invisible mais aussi réel qu’un mur nous sépare.

Lorsqu’elle apporte le dessert qui est aussi appétissant que tout le reste, voir la détresse s’échappant de son air impassible me fait quelque chose, allant au-delà de notre simple alliance je crois. Comme si je voulais la réparer. Mais comment les gens font ? C’est pas mon truc ça, enfin pas en prenant soin de la personne autrement que sur le plan sexuel pour être plus précis.

Alors en la voyant fixé dans le vide pour s’éclipser et revenir nettoyer, je me lève pour l’aider à ramasser les morceaux malgré ses protestations, elle ne semble pas en état pour faire acter sa décision. Alors morceau par morceau je les mets dans son sac, me disant que c’est tout ce que je pouvais concrètement faire en l’état.

A deux le ramassage se fait rapidement, et une fois revenu à table, je peux entamer mon dessert qui vient adoucir l’ambiance de cette fin de repas malgré le malaise ambiant.

"Si tu n’es pas trop fatigué, nous débuterons ton apprentissage… demain matin, avant l’ouverture de l’herboristerie."

-   Je ferai selon tes souhaits pour apprendre au mieux les arcanes.

Et l’aider à soulager ton fardeau veux-je ajouter, mes les mots restent coincés, comme si mon instinct me dictait de limiter toute familiarité trop importante. Mais lorsqu’elle se lève et fredonne en commun alors que j’entends surtout parler en elfique quand tu ne t’adresses pas à moi je me dis qu’elle doit aller un peu mieux. Je ne la vois pas se figer, refaisant surtout le point sur la soirée.
Je revois cette bibliothèque dans ton bureau, avec des tas de livres sur de nombreux sujets, peut être qu’en faisant l’effort de travailler la théorie des arcanes cette nuit cela la soulagerait un peu, et lui montrerait que je suis décidé à aller jusqu’au bout dans notre projet.

"Très bien… je vais te raccompagner jusqu’à ta chambre."

Me ramenant à la réalité, je l’accompagne, même si je connais le chemin, elle doit vouloir s’assurer que je la laisse tranquille. Je passe le pas de la porte et me tourne vers elle.

-   Merci encore pour ce soir, et tout ce que tu as fait, la journée a été éprouvante, mais…je ne suis pas doué pour dire merci, mais j’espère que tu as compris où je voulais en venir.

Elle a l’air ailleurs et ne réagis pas vraiment à mes paroles lorsque je ferme la porte. Je l’entends alors s’éloigner lorsque je tourne la poignée pour m’assurer qu’elle n’aille pas dans son bureau, mais non, c’est une autre pièce. J’attends d’entendre la porte claquée que je me dirige vers cette fameuse bibliothèque…

Autant chercher une aiguille dans une botte de foin, prenant quelques livres au hasard, je ne comprends décidément rien à ce qui est écrit, tout est en elfique…même si je réalise à quel point c’est logique, ça m’indique que pour avancer, je vais devoir apprendre une langue ancestrale en une nuit…
Bon, reprenons depuis le début, la fouille recommence mais avec un objectif tout autre en tête. Je perds déjà une heure à ouvrir livre par livre pour trouver une piste, au moment où mon attention est attiré par un vieux carnet en parfait état comme si une attention particulière à le préserver avait été portée.

En l’ouvrant je tombe sur de l’écriture démonique, ça au moins je comprends, et ça a l’air d’être les bases de l’elfique. Mon sang se fige en lisant l’inscription à l’intérieur de la couverture : « "Gûl Az'Karhel" »
C’était destiné à ce chien ? puis je repense au tableau derrière moi, en me retournant je vois de nouveau la mère de Lyadril, ça devait lui appartenir. Ce qui explique qu’elle ai pris le plus grand soin de l’un des derniers souvenirs de sa mère.

Cela dit c’est une aubaine. Prenant un siège, et allumant la lampe de chevet du bureau à coté de l’entrée, je me plonge dans l’ouvrage, le lisant assidument, tout me semble d’une logique et d’une clarté surnaturelle, même si je suis loin d’avoir fini, j’ai compris les bases et les maitrises en quelques heures. Je continues plus avant mon apprentissage, jusque tard dans la nuit, il n’y a que la fatigue qui me fit arrêter, m’endormant sur le plan de travail, prenant soin malgré tout de mettre le carnet de coté pour ne pas l’abimer….Mes yeux se ferment, me plongeant dans les rêves, sans avoir la force de retourner dans ma chambre….
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le samedi 13 septembre 2025, 22:27:15
La chaleur du bassin finit par devenir une étreinte presque trop lourde. Lyadril entrouvre les yeux, s’extrait lentement de l’eau, chaque mouvement mesuré comme pour prolonger le fragile équilibre trouvé dans ce sanctuaire. Elle saisit une serviette de lin blanc, sèche sa peau avec une minutie presque mécanique, puis enfile de nouveau sa nuisette de soie. Le tissu encore frais épouse sa peau réchauffée, comme une caresse réconfortante.

Dans sa chambre, l'elfe éteint les dernières bougies. Elle glisse sous les draps, et pour la première fois depuis longtemps, laisse ses paupières se fermer sans résister. Le sommeil vient vite, lourd, comme une main qui efface la tempête de la veille.

Quand la pâleur bleutée de la lune décline derrière les voiles de la nuit, l'hybride s’éveille. Le silence de la maison est profond, presque solennel. Elle s’assoit au bord du lit, lisse machinalement les plis de sa nuisette, puis se lève pour choisir sa tenue.

Ses doigts glissent sur les étoffes jusqu’à trouver une robe fluide aux teintes de vert et d’émeraude, semblable à un fragment arraché au cœur des forêts. La sang mêlé l’enfile avec lenteur : le tissu épouse ses formes, se serre délicatement à la taille, s’ouvre sur un décolleté mesuré, assez pour laisser deviner la force tranquille de sa poitrine et la noblesse simple de ses épaules nues.

Devant le miroir, l'herboriste discipline sa chevelure. Deux fines tresses, savamment nouées, coulent le long de son buste, comme deux lignes de rigueur imposées à la cascade claire qui s’échappe encore libre autour d’elles. Quand elle achève le geste, un bref sourire satisfait traverse son visage, aussitôt effacé par l’habituelle gravité de son port.

Dans la cuisine, la soigneuse s’affaire au petit déjeuner : thé infusé de sauge et de menthe douce, pain encore chaud réchauffé au four, quelques fruits mûrs découpés avec soin. Ses gestes sont précis, mais une tension sourde s’installe lorsqu’elle constate que Réo ne paraît pas s’être levé.

Elle attend. Quelques instants seulement, mais qui lui paraissent déjà trop longs. Un froncement imperceptible crispe ses sourcils lorsqu’elle quitte la pièce pour gagner les chambres.

Devant la porte de sa chambre d’ami, la jeune femme frappe doucement. Une fois. Puis une seconde, un peu plus ferme. Pas de réponse. Son cœur bat plus vite, mais son visage reste impassible, seul le léger tremblement de ses doigts sur le bois trahit son inquiétude.

"Réo ?" souffle-t-elle, sa voix à peine audible.

Le silence lui répond. Elle entrouvre, vérifie d’un coup d’œil rapide : le lit est vide. Un pli d’agacement traverse ses lèvres, mais sous la rigidité de son masque, une inquiétude brûle déjà.

Elle redescend, traverse le hall, ses pas plus rapides qu’à l’accoutumée. Ses pensées affluent : s’est-il levé plus tôt ? A-t-il voulu explorer ? Ou…

Un instant, la fille de l'Enfer s’autorise un aller-retour à l’herboristerie, persuadée qu’il a pu s’y réfugier. Mais les salles sont vides, chaque alcôve parfaitement en ordre, aucun signe de sa présence. Elle referme derrière elle, l’air un peu plus court qu’à l’aller.

Alors elle fouille sa propre demeure, pièce après pièce. Ses gestes sont toujours ordonnés, mais ils se font plus vifs, moins maîtrisés, comme si chaque battement de son cœur venait briser un peu plus son calme. Enfin, ses yeux s’arrêtent sur la porte de son bureau, entrouverte.

Elle la pousse sans bruit, et le découvre.

Réo, endormi, la tête posée sur le plan de travail, les épaules affaissées, un carnet ouvert à ses côtés. La lampe encore allumée éclaire son profil apaisé, presque vulnérable.

Lyadril reste immobile sur le seuil. La lampe éclaire Réo d’une lueur douce, révélant la fatigue inscrite dans ses traits. Le carnet ouvert à côté de lui porte encore l’odeur du vieux papier, ses pages noircies de lettres qu’elle reconnaît au premier coup d’œil. Sa gorge se serre. Comment ose-t-il fouiller ici ? Son bureau n’est pas une bibliothèque publique, mais le sanctuaire de ses secrets, de sa mémoire, de ses cicatrices. L’indignation grimpe en elle comme une flamme prête à mordre.

Et pourtant… son regard retombe sur ses épaules affaissées, la couverture de cuir posée avec soin à l’écart, comme pour ne pas abîmer l’objet précieux. Le contraste la désarme. Elle voulait trouver une intrusion, elle découvre une attention. Une colère sourde pulse encore dans ses veines, mais elle se heurte à une chaleur inattendue : la détermination maladroite d’un homme qui, au lieu de fuir son fardeau, s’endort dessus.

Elle ferme les yeux un instant, inspire profondément, comme si elle voulait discipliner ce duel intérieur. Quand elle les rouvre, la décision est prise. Elle ne le laissera pas dormir là, courbé sur ce bois froid, comme un enfant trop épuisé pour regagner son lit.

D’un geste fluide, elle effleure son épaule. Pas assez pour le secouer, mais assez pour que sa présence le tire doucement du sommeil. Sa voix s’élève alors, limpide, dans le murmure mélodieux de l’elfique :

"Aurë entuluyva, Réo." ("Bonjour, Réo.")

Ses lèvres esquissent un sourire ténu, presque imperceptible, mais bien réel. Puis, plus ferme, dans la langue commune, elle ajoute :

"Tu n’auras aucun cours sur les Arcanes tant que tu n’auras pas mangé."

Son ton n’admet aucune discussion. Mais sous la rigueur glaciale, une note plus douce s’attarde, comme si son inquiétude refusait de disparaître entièrement derrière le masque de l’hôtesse.

Lyadril, après son "Aurë entuluyva, Réo.", reste immobile à ses côtés. Sa voix, lorsqu’elle prévient qu’il n’aura pas de cours avant d’avoir mangé, tremble légèrement d’un mélange de sévérité et de sollicitude qu’elle peine à masquer. Elle devrait partir, comme à son habitude… mais ses doigts restent suspendus au bord du bureau, effleurant presque le bois poli.

Ses yeux verts se posent sur lui, insistant, presque trop longtemps, comme si elle attendait qu’il ouvre enfin les siens. Un soupir imperceptible échappe à ses lèvres, et elle se surprend à rester là, statufiée par sa propre contradiction : désirer le voir réagir, et craindre ce que cela pourrait déclencher.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le dimanche 14 septembre 2025, 10:24:39
"Réo ?"

J’entends une voix lointaine depuis mon rêve qui vient le perturber, mais je suis tellement épuisé qu’elle s’efface rapidement me laissant dans mon songe, comme si je n’étais pas censé l’entendre, que cette voix provenait d’un lieu situé à des kilomètres mais que je peux percevoir pour une raison inconnue.

Je n’ai pas conscience du temps qui a passé, mais lorsque j’ouvre les yeux, je vois Lyadril penchée sur moi, la main sur mon épaule.

"Aurë entuluyva, Réo." ("Bonjour, Réo.")

Je perçois une voix bien plus palpable qui me sors peu à peu de mon songe, et je me sens redescendre dans mon corps en entendant la suite.

"Tu n’auras aucun cours sur les Arcanes tant que tu n’auras pas mangé."

La bouche encore pâteuse et mal réveillé, je lui réponds malgré tout

-   Aurë entuluyva  Lyadil, pedin le na im na vedui, bain nathad na-nadad. (Bonjour Lyadil, j'espère que vos songes ont été paisibles)

Même si je suis mal réveillé, je peux lire la surprise sur son visage, bien que mon accent soit à travailler plus profondément, je lui réponds en elfique comme si j’avais toujours su le parler, mais finalement j’avais assimilé les bases de cette langue avec une rapidité que je n’appréhende pas moi-même. Est-ce parce qu’avec le temps j’ai appris de nombreuses langues de ce monde, ou la raison est-elle plus mystique ? J’ignore si notre pacte dans le sang n’aurait pas transmis certaines de nos connaissances à l’autre de façon inconsciente.

La surprise semblant être passé pour le moment, je me rappelle de la phrase qui m'a réveillé et qui justifie la raison pour laquelle j’ai appris cette langue à la base lorsqu’elle me parle de son enseignement.

Me redressant, je sens un baillement arriver, alors mettant la main devant ma bouche, je ferme les yeux pas réflexe et laisse échapper le bruit caractéristique des bailleurs que je ne parviens pas à retenir. Me faisant légèrement rougir de honte cet incube que je suis à cheval sur l’élégance que je renvoi. Je me décide à me lever de ma chaise et à m’étirer, laissant la naissance de mes abdos apparaitre alors que mon haut de pyjama remonte avec le mouvement.

-   Oh je te demande pardon d’avoir fouillé. J’ai voulu me pencher sur la théorie pour prendre de l’avance, mais tout est écrit en elfique, alors…et bien j’ai trouvé ce carnet pour saisir les bases.

Finissant par la suivre jusque dans le salon je vois qu’il n’y a encore rien sur la table, et commençant à saisir l’importance que tu portes à être serviable, je devine que le petit déjeuner est déjà prêt et attends dans la cuisine.

-   Je vais t’aider à tout transporter, ça sera un moyen pour me faire pardonner, et ça entre en harmonie avec ton souhait que je me nourrisse rapidement.

Ne laissant pas la place à une opposition, je prends déjà autant d’éléments que je peux pour les conduire dans le salon, tandis que je l’entends précéder mes pas.

Me réveillant un peu plus à chaque instant, je réalise qu’il y a quelque chose de changé depuis hier chez l’herboriste qui m’héberge. Elle qui portait le masque de l’absence d’émotion pendant une partie de la journée de la veille, semble ce matin être un peu plus douce, moins dans le contrôle malgré ses tentatives de ne toujours rien montrer.

J’ignore la raison, mais j’imagine trouver cela un peu touchant. Sans pour autant le souligner pour ne pas la mettre mal à l’aise.

Arrivés dans le salon, je retrouve l’ambiance chaleureuse d’un foyer que cette pièce renvoie, me faisant oublier les émotions négatives qui sont venues troublées le dîner de la veille, une nouvelle journée démarre me dis-je en posant les plats en mains sur la table. Ce n’est qu’à ce moment que je réalise les soins que l’elfe a apporté à ce simple mais chaleureux repas. Je m’installe à la même place que la veille, et avec l’aide d’une pince qu’elle a emmené, je me sers en pain sorti du four et dont l’odeur chatouille mes narines et ouvre mon appétit, suivi de quelques fruits et une tasse de thé à l’odeur envoutante.

- Nai elen siluva lyen, a merci na in naid bain. (Bon appétit, et merci pour ce délicieux repas)

Alors qu’elle est installée face à moi, je ne remarque que maintenant le soin qu’elle a apporté à sa chevelure qui rends sa beauté encore plus irréelle que la veille. Je surprends mon cœur battre légèrement plus vite.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le dimanche 14 septembre 2025, 12:48:32
-   Aurë entuluyva  Lyadil, pedin le na im na vedui, bain nathad na-nadad. (Bonjour Lyadil, j'espère que vos songes ont été paisibles)

"Goheno nin, estannen nadad lín adui, Réo." ("J’espère que tes lectures ne t’ont pas trop causé de difficultés, Réo.")

Les mots en elfique claquent dans l’air comme une résonance inattendue. Ses yeux se fixent sur lui, écarquillés un instant, incapables de masquer l’étonnement. La langue de ses ancêtres, qu’elle croyait à l’abri de toute intrusion, franchit ses lèvres à lui avec une aisance déconcertante. Sa première pulsion est la suspicion, presque la méfiance : comment a-t-il pu assimiler si vite ce qu’elle-même chérit comme une part intime d’elle ? Mais aussitôt, une autre chaleur monte en elle, un mélange de fierté secrète et d’un trouble plus intime, qu’elle refoule derrière un port altier.

La propriétaire des lieux détourne brièvement le regard, comme pour couper court à cette contradiction qu’elle n’a pas envie qu’il lise dans ses prunelles. Elle se redresse, sa main frôlant, sans faire attention, l'épaule et l'omoplate du jeune homme avant de venir croiser les bras sous sa poitrine, cherchant à rétablir l’équilibre glacé de leur relation. Pourtant, lorsqu’il se lève maladroitement, s’étire et s’excuse, ses yeux reviennent malgré elle vers lui, happés par ce contraste irritant et fascinant : l’effronterie de sa fouille et l’attention qu’il a portée au carnet, la désinvolture de son bâillement et l’élégance inconsciente de ses gestes.

Un sourire imperceptible menace ses lèvres, qu’elle chasse aussitôt en pinçant la bouche. Sa voix se veut ferme, mais elle tremble d’une nuance subtile qu’elle ne parvient pas à effacer :
"Tu as de l’audace, Réo… fouiller où tu n’es pas convié, puis me répondre dans ma langue comme si elle avait toujours été la tienne."

Elle marque une pause, ses yeux verts s’attardant sur lui un peu trop longtemps, avant de conclure plus bas, dans un souffle qui a presque l’intensité d’une confidence :
"Tu me surprends… et c’est une chose rare."

Sans attendre sa réponse, la demi démone l’entraîne vers la table du salon principal, s’efforçant de retrouver la rigueur qu’elle s’impose. Mais lorsqu’il prononce une bénédiction en elfique sur le repas, ses doigts se crispent fugitivement sur la tasse de thé, et son cœur cogne plus vite qu’elle ne l’aurait voulu. Elle baisse les yeux, dissimulant le trouble sous une sobriété forcée. Pourtant, le silence qui s’installe à la table n’a plus la même nature que la veille : il est chargé d’une tension nouvelle, tissée de défiance et de respect mêlés, comme un fil invisible qu’elle n’ose pas trancher.

Le vœu en elfique franchit les lèvres de Réo, limpide, presque solennel. Lyadril reste figée, sa tasse entre les mains, le regard posé sur le liquide fumant. Son cœur bat trop vite, une pulsation insistante qui trouble le masque qu’elle s’efforce de conserver. Elle voudrait répondre, mais ses lèvres refusent de former les mots. Comme si en rompant le silence, elle coupait ce fil invisible qui s’est tissé entre eux, fragile et déjà trop brûlant.

Alors, pour s’échapper, l'herboriste se lève. Ses pas glissent jusqu’à une étagère où repose un ancien phonographe elfique, délicatement orné. Elle ajuste l’aiguille sur un disque finement gravé. Quelques notes s’élèvent aussitôt : une mélodie douce, entraînante, mêlant harpes et flûtes. L’air se remplit de cette cadence apaisante, comme une caresse subtile qui repousse le silence oppressant.

Revenue à table, Lyadril reprend sa tasse. Ses yeux s’ancrent dans ceux de Réo, et cette fois, elle cède. Sa voix, basse mais ferme, s’élève dans la langue maternelle :
"Hantale. Nai i mat nórëlyanna anwavea, ar auta le thand ennas i tirnenya."
 ("Merci. Je te souhaite également un bon appétit. Qu’il t’apporte l’énergie nécessaire pour suivre mon enseignement.")

Un sourire léger, presque imperceptible, effleure ses lèvres sans qu’elle en ait conscience. L’ombre d’une douceur qu’elle ne s’autorise jamais à montrer. Le repas se poursuit dans une atmosphère différente : moins de tension, plus de nuances, comme si la musique et leurs mots en elfique avaient ouvert une brèche discrète dans ses défenses.

Quand ils ont fini, Lyadril se redresse, lisse le tissu émeraude de sa robe. Sa voix reprend un ton plus neutre, mais une note bienveillante subsiste dans son timbre :
"Je vais te laisser un peu de temps pour te préparer. Tu me retrouveras dans mon bureau. La journée sera longue, et il te faudra des forces. Aujourd'hui je ferme exceptionnellement la boutique. Je vais y laisser un mot pour leur faire savoir où me trouver en cas de besoin absolu."

Elle débarrasse avec méthode, ses gestes précis mais plus souples qu’à l’accoutumée, presque fluides. Chaque assiette, chaque tasse retrouve sa place, comme si ranger l’espace lui permettait aussi de ranger ses pensées. Puis, sans un mot, elle saisit une chaise du salon et la transporte jusqu’au bureau.

Là, la lampe éteinte de la veille l’accueille avec son parfum de cire refroidie, alors l'hybride aère un peu la pièce. Sur le bureau reposent deux carnets. L’un, Réo l’a déjà découvert, le précieux vestige de sa mère qu’il avait pris soin d’écarter avant de sombrer dans le sommeil. Mais à côté de lui, posé avec une révérence silencieuse, gît un second manuscrit, plus ancien encore. Sa couverture de cuir sombre est marquée par le temps, et pourtant intacte, comme protégée par une attention invisible.

Ce carnet-là, Réo n’aurait pas pu le trouver. Car il dormait jusque-là derrière le tableau d’Elarinya et de son époux, cette peinture dont la moitié gauche, éclatante de douceur, s’oppose à la moitié brûlée et ténébreuse. Lyadril l’a tiré de sa cachette avant l’aube, hésitant longuement avant de le placer sur le bureau. Car ce n’est pas seulement un livre : c’est une relique. Le plus ancien traité d’Arcanes qu’elle conserve, et l’un des héritages les plus dangereux et sacrés de sa lignée.

La sang mêlé pose la chaise face au bureau, son regard glissant des carnets à la fenêtre où la lumière matinale filtre. Ses doigts se crispent un instant sur le dossier de bois, comme si elle cherchait encore à se convaincre d’avoir fait le bon choix en laissant cette relique accessible.

Lyadril reste un moment immobile, ses doigts serrés sur le dossier de la chaise qu’elle vient de poser. Le bureau, habituellement sanctuaire de solitude et de mémoire, lui semble soudain trop petit pour contenir le tumulte qui gronde en elle.

Son regard glisse des carnets à Réo. Le premier, celui de sa mère, il l’a trouvé seul, mais il a eu la décence de le préserver. Ce simple geste a fissuré sa colère, laissant filtrer une reconnaissance qu’elle s’obstine à taire. Le second, elle l’a sorti elle-même de sa cachette derrière le tableau. Un choix qu’elle s’étonne encore d’avoir fait.

Pourquoi lui ? Pourquoi cet étranger qui, hier encore, ne connaissait rien d’elle, se voit aujourd’hui offrir l’accès à l’un des héritages les plus jalousement gardés de sa lignée ? Une part d’elle se révolte. Lui confier ces écrits, c’est ouvrir une porte qu’elle s’est jurée de garder verrouillée, même aux siens. C’est prendre le risque de voir ses secrets manipulés, trahis, ou pire : dévoyés.

Mais une autre part, plus intime, plus insidieuse, murmure que c’est peut-être précisément ce risque-là qu’elle a besoin de prendre. Réo n’a pas fui. Il n’a pas reculé face à la tempête, ni face au poids de ses propres manquements. Il a choisi de se pencher sur ces mots obscurs, de lutter jusqu’à l’épuisement pour saisir ce qu’elle maîtrise depuis des décennies. C’est une maladresse touchante, un acharnement qui, malgré elle, lui inspire une fierté nouvelle : celle d’une future professeure qui voit son élève s’accrocher au-delà du raisonnable.

Lorsque son élève arrive, Lyadril détourne les yeux, crispant ses doigts sur le bois poli du bureau. Sa poitrine se soulève d’un souffle qu’elle ne parvient pas à retenir. Dans sa gorge, deux émotions contraires s’entrechoquent : le besoin instinctif de protéger ses reliques, et l’élan inattendu de partager ce savoir, non plus comme un fardeau, mais comme une transmission.

Quand l'instructrice relève les yeux vers lui, une lueur ambiguë traverse son regard vert : sévérité et tendresse entremêlées, comme si elle cherchait encore à décider si elle doit le repousser ou l’encourager.
Pourtant, une chose est sûre : désormais, la décision est prise. Les carnets sont là. La chaise est installée. Et dans le silence suspendu du bureau, Lyadril accepte pour la première fois de se tenir non pas en gardienne seule, mais en maîtresse prête à enseigner.

Lyadril s’assoit enfin sur la chaise qu’elle a installée, son dos droit, ses mains croisées devant elle. L’ombre du tableau d’Elarinya plane sur le bureau, témoin silencieux de cette transmission improbable. Elle observe Réo quelques instants sans rien dire, le laissant sentir le poids du lieu, du moment, du choix qu’elle vient de faire en déposant ces carnets devant lui.

Sa voix s’élève enfin, calme mais empreinte d’une solennité indéniable :
Les Arcanes ne sont pas qu’une force que l’on manipule. Elles sont une trame. Elles parcourent tout ce qui vit, tout ce qui respire, tout ce qui brûle et se fane. Les comprendre, c’est d’abord apprendre à percevoir ce qui est déjà là, avant même de vouloir l’utiliser.

Elle pose la paume de sa main sur le carnet ancestral, effleurant presque le cuir usé comme on le ferait d’une peau vivante.
Ceci n’est pas un manuel. C’est une relique. Un témoignage de ceux qui ont marché avant nous. Tu n’en apprendras rien si tu n’apprends pas d’abord à écouter.

La jeune femme se redresse légèrement, ses yeux émeraudes fixant ceux de Réo, scrutateurs, exigeants :
Dis-moi, Réo… hier soir, dans ta lecture, as-tu ressenti autre chose que le sens des mots ? Un frisson, une lourdeur, une clarté soudaine qui ne venait pas seulement de ton esprit ?

Elle laisse le silence s’étirer, comme une épreuve en soi. Puis, adoucissant à peine son ton :
Ce que je veux savoir, ce n’est pas ce que tu as compris… mais ce que tu as ressenti. Car l’étude des Arcanes commence là. Sans cela, tout n’est qu’érudition creuse.

Ses doigts se détachent du carnet et se croisent sur sa poitrine nue, dans une posture à la fois défensive et magistrale. Elle ne le dit pas, mais son regard le trahit : elle veut savoir si son acharnement n’était qu’une prouesse de volonté… ou s’il a véritablement touché, ne serait-ce qu’un instant, à la fibre invisible de ce que les siens appellent la Magie Vivante.

Lyadril incline légèrement la tête, comme si elle venait de sceller en elle-même une décision. D’un geste précis, elle ferme le vieux carnet, puis dépose devant Réo une simple bougie encore éteinte, qu’elle avait laissée sur le bord du bureau.

Sa voix tombe, basse mais ferme :
Voici ton premier exercice.

Elle pose ensuite sa propre main au-dessus de la bougie, sans la toucher.
Les flammes ne naissent pas d’un claquement de doigts ou d’un caprice de volonté brute. La première étape n’est pas de vouloir… mais de sentir.

Ses yeux se plissent légèrement, fixés sur Réo.
Je veux que tu poses ta main au-dessus de cette bougie. Ne tente pas de l’allumer. Ne tente pas de l’imaginer enflammée. Écoute.

Elle insiste sur le dernier mot, comme si ce simple verbe condensait toute sa méthode.
L’air autour d’elle vibre déjà, invisible. La cire garde la mémoire des flammes passées. Tout objet porte une trace subtile, un souffle qui lui appartient. Si tu veux apprendre les Arcanes, tu dois commencer par percevoir ce souffle. Pas avec ton esprit, mais avec ton être.

Elle se redresse légèrement, ses bras croisés à nouveau, mais ses yeux restent fixés sur lui avec une intensité presque implacable.
Fais-le. Dis-moi ce que tu ressens, même si ce n’est qu’un souffle ou une absence. Mais mens… et je le saurai.

Un silence s’installe, dense comme une chape. Lyadril ne cligne pas des yeux, laissant toute la gravité de son enseignement peser sur Réo. Pourtant, dans le repli discret de son expression, il y a aussi une lueur,  un mélange de curiosité et d’une étrange fierté, comme si elle attendait de lui plus qu’il n’imagine encore pouvoir donner.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le dimanche 14 septembre 2025, 15:20:16
Je sens en dégustant ce repas qu’il n’est pas ordinaire, la fatigue se réduit à chaque bouchée de l’un de ses plats remplacé par une énergie vitale retrouvé, les douleurs de la veille suite à l’empoisonnement de ne sont plus qu’un souvenir alors qu’elle se lève pour laisser les notes d’une musique virevolter dans la pièce. Au lancement de celle-ci l’atmosphère change.

Une ambiance plus chaleureuse pour ne pas dire familial qui serait bien trop précipité s’installe entre nous deux alors qu’elle se remet à sa place et finit par répondre d’une manière moins contrôlée à l’extrême.

"Hantale. Nai i mat nórëlyanna anwavea, ar auta le thand ennas i tirnenya." ("Merci. Je te souhaite également un bon appétit. Qu’il t’apporte l’énergie nécessaire pour suivre mon enseignement.")

Relevant la tête vers elle, mes oreilles bercées par l’harmonie que sa voix diffuse, je lis très distinctement un sourire qu’elle tente de masquer rapidement, mais qui ne m’a pas échappé. Une pensée fugace, une graine, se plante dans mon esprit, un vœu, revoir ce sourire qui orne si bien son visage, et qui me marque assez pour avoir une absence, comme s’il s’imprimait dans mon souvenir, tel une marque au fer rouge, la douleur absente.

La force de caractère dont elle fait preuve a déjà mérité mon respect, rien que par sa désobéissance à Az’Kharel, pour ceux qui ne le connaissent pas ça paraitrait dérisoire, mais connaissant l’animal, elle ne doit pas souvent trouver de moments pour baisser sa garde régulièrement. Et de ce que j’ai vu de la scène d’hier, les elfes du coté de sa mère ne semble pas être des enfants de cœur non plus avec elle. En y repensant je réalise combien elle doit se sentir seule, fille d’entre deux mondes, fuyant l’un et rejeté de l’autre. Je me sens troublé en repensant à elle et son courage. Peut-être le destin existe vraiment quand on y pense, je renoues avec mes anciennes aspirations qu’elle peut m’aider à réalisés. Mais qu’est ce que je lui apporte concrètement ?

Le temps passe rapidement alors que je suis dans mes pensées, elle se redresse et me sors de ma torpeur.

"Je vais te laisser un peu de temps pour te préparer. Tu me retrouveras dans mon bureau. La journée sera longue, et il te faudra des forces. Aujourd'hui je ferme exceptionnellement la boutique. Je vais y laisser un mot pour leur faire savoir où me trouver en cas de besoin absolu."

C’est ça, je vais m’impliquer à fond dans ses enseignements, lui montrer qu’elle peut s’appuyer sur quelqu’un, et qu’elle n’est pas destinée à être entouré de manipula…au fond c’est ce que je suis, c’est ce que j’ai toujours été pour survivre, ne vivre que pour moi-même n’ayant aucune attache. En quoi suis-je différent d’eux ? Peut-être que je trouverais la réponse en travaillant avec elle.

Je me lève et vais vers la salle de bain, pour me décrasser, ne m’étant pas lavé depuis deux jours. La salle de bain est enchanteresse, les gravures courant sur les murs et les flammes de différents coloris mettent en place une ambiance particulière, mais positivement.

L’eau semble se régler à la bonne température, ou alors est-ce un autre point commun que nous avons, me lavant le corps de fond en comble, je me sèche une fois fini et file vers la chambre pour prendre une tenue de sport cintrée mais qui n’entrave pas mes mouvements. Ayant plié mes affaires proprement, je sors de la chambre et descend vers le bureau.

Cette fois faisant preuve de plus de respect, je frappe à la porte avant de rentrer, passant la porte, je la vois digne, droite, crispée ? Je n’en sais rien, mais une tension flotte dans l’air, et m’est transmise malgré son visage aimable. Mon cœur accélère sous la pression et l’impatience augmentant à chaque pas. Je m’assois face au bureau et à Lyadril qui met face à moi un livre visiblement ancestral, mais conserver avec une attention particulière, soulignant l’importance qu’il doit représenter, si bien que je n’ose pas y toucher.

Les Arcanes ne sont pas qu’une force que l’on manipule. Elles sont une trame. Elles parcourent tout ce qui vit, tout ce qui respire, tout ce qui brûle et se fane. Les comprendre, c’est d’abord apprendre à percevoir ce qui est déjà là, avant même de vouloir l’utiliser.

Ça commence, je ne la quitte pas du regard, pleinement concentré, j’essaie d’appréhender le principe même de percevoir l’invisible, comprenant son existence, j’ignore encore quoi ressentir, et je deviens mal à l’aise, effrayé à l’idée d’échouer. Lorsque je la vois toucher le carnet si précieux face à moi.

Ceci n’est pas un manuel. C’est une relique. Un témoignage de ceux qui ont marché avant nous. Tu n’en apprendras rien si tu n’apprends pas d’abord à écouter. Dis-moi, Réo… hier soir, dans ta lecture, as-tu ressenti autre chose que le sens des mots ? Un frisson, une lourdeur, une clarté soudaine qui ne venait pas seulement de ton esprit ? Ce que je veux savoir, ce n’est pas ce que tu as compris… mais ce que tu as ressenti. Car l’étude des Arcanes commence là. Sans cela, tout n’est qu’érudition creuse.

La lecture d’hier ? le carnet de sa mère ? Qu’est ce que j’ai ressenti en le feuilletant et en m’instruisant ? Je n’y ai pas porté attention sur le moment, concentré sur le fait d’apprendre un maximum de choses…mais en y resongeant, voyageant dans mes souvenirs…

- Je…je me souviens avoir ressentis une certaine chaleur, je ne saurais le décrire pleinement, n’ayant pas l’habitude, mais j’ai ressenti le poids des millénaires de connaissances, inscrites dans ces lignes. L’héritage de la sagesse des elfes, combinés à un amour à la fois toxique et passionné

J’ignore si c’est la réponse qu’elle attendais, mais je suis sincère dans mes paroles, gardant le silence, je continue à fixer le carnet jusqu’à ce qu’elle dépose une bougie devant moi.

Voici ton premier exercice.

Je me redresse, prenant la chose au sérieux et écoute le reste des instructions.

Les flammes ne naissent pas d’un claquement de doigts ou d’un caprice de volonté brute. La première étape n’est pas de vouloir… mais de sentir. Je veux que tu poses ta main au-dessus de cette bougie. Ne tente pas de l’allumer. Ne tente pas de l’imaginer enflammée. Écoute.

Écouter ? c’est étrange comme choix de mot…mes yeux se plissent cherchant à comprendre où elle veut en venir.

L’air autour d’elle vibre déjà, invisible. La cire garde la mémoire des flammes passées. Tout objet porte une trace subtile, un souffle qui lui appartient. Si tu veux apprendre les Arcanes, tu dois commencer par percevoir ce souffle. Pas avec ton esprit, mais avec ton être. Fais-le. Dis-moi ce que tu ressens, même si ce n’est qu’un souffle ou une absence. Mais mens… et je le saurai.

Ce que je ressens ? Avec un carnet chargé d’histoire ça me paraissait simple, mais un objet du quotidien, est une autre paire de manche. Mais soit, faisant pivoter ma tête sur le côté, comme pour vouloir faire craquer ma nuque, je me dresse sur mes jambes, tendant la main au-dessus de la mèche, fermant les yeux pour accentuer ma perception sur le reste.
Utilisant mon expérience sexuelle où j’ai eu le regard bandé pour ressentir chaque sensation, je pars sur le même principe, mais cette fois, il me semble, mais je n’en suis pas certains, percevoir une certaine chaleur, comme si l’air autour de la bougie était légèrement plus chaud, à peine perceptible. D’instinct je vois cette bougie allumée dans mon esprit, mais ce n’est qu’une projection logique, ça n’a pas de lien avec l’exercice…je reste ainsi quelques instants…cherchant à ressentir…

- Je ressens une certaine chaleur, j’ignore ce que ça veut dire, comme si, elle avait été utilisé régulièrement à une époque, mais que le temps s’était figé pour elle, qu’elle était préservée…mais je me trompe sans doute

Peu sûr de moi je l’admet dans mes paroles, j’attends que le verdict tombe
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le dimanche 14 septembre 2025, 17:01:40
Lyadril reste immobile, ses yeux émeraudes fixés sur Réo tandis qu’il prononce ses mots, le souffle suspendu dans la pièce silencieuse. Son cœur se serre légèrement lorsqu’il évoque «L’héritage de la sagesse des elfes, combinés à un amour à la fois toxique et passionné». Ses pensées glissent aussitôt vers ses parents : Elarinya, lumineuse et exigeante, dont l’affection se mêlait toujours à un souffle de mélancolie ; Az’Kharel, sombre et impulsif, mais dont les gestes rares de tendresse laissaient des traces indélébiles. Leurs ombres pèsent encore sur elle, et pourtant, la persistance et l’intuition de Réo la touchent d’une manière qu’elle n’aurait jamais cru possible.

Sans un mot, la  demi-démone s’avance légèrement, pose sa main sous celle de l’incube, accompagnant son geste au-dessus de la flamme. Ses doigts frôlent la cire et la pointe de la flamme, et elle ne défaillit pas, son regard ne quittant jamais celui de Réo. Ses lèvres murmurent alors un mot en elfique, doux mais ferme :

Náren i lûthil.” (Commande subtile : "Que la flamme s’éteigne".)

La flamme vacille un instant, puis s’éteint sans éclat, laissant un mince nuage de fumée. La professeur retire délicatement sa main. Ses yeux restent ancrés sur ceux de Réo, évaluant la réaction de son élève, l’ampleur de sa perception et son attachement instinctif à ce qui l’entoure. Elle rallume la bougie normalement, le visage neutre mais attentif, comme pour lui rappeler que la maîtrise des Arcanes exige patience et discernement.

"Maintenant, dit-elle d’une voix ferme mais basse, tes yeux doivent rester ouverts, tes sens éveillés. Je veux que tu commandes à cette flamme de s’éteindre… mais en démonique."

L'hybride vient reprendre sa main, ses doigts se refermant sur les siens avec une douceur ferme. Le contact la trouble plus qu’elle ne l’aurait voulu : sa chaleur est différente de celle des elfes, plus vive, presque vibrante. Elle se crispe un instant, puis se contraint à maintenir le geste, guidant sa paume pour la placer exactement à cinq centimètres au-dessus de la flamme. Une fois la position établie, elle relâche sa prise, comme si l’air seul devait soutenir sa main.

"Là. Pas plus haut, pas plus bas. C’est l’espace où le souffle de la flamme se fait entendre à ceux qui veulent bien l’écouter."

Un souffle discret échappe à ses lèvres. Elle n’a pas lâché son regard une seule seconde. Peut-être pour le sonder, peut-être pour masquer l’écho de ses propres émotions.

Les tentatives se succèdent. La première : rien. La deuxième : l’impatience menace, mais elle l’étouffe. La troisième : ses bras se croisent lentement sur sa poitrine, posture d’autorité, mais ses yeux restent fixés aux siens, exigeants plutôt que durs.

"Ressens encore," souffle-t-elle. "Tu veux imposer ta volonté. Mais la flamme n’obéit pas à l’orgueil. Elle obéit à qui sait l’entendre."

Elle se penche légèrement, ses cheveux effleurant son épaule. Son parfum de lavande et de bois sec flotte entre eux. Sa voix devient presque un murmure :
"Écoute-la. Elle danse, elle se nourrit, elle expire. Trouve son souffle."

Un instant suspendu, puis, plus solennelle :
"À présent, commande-lui en elfique."

Lorsque la flamme s’éteint enfin sous le mot ancien, Lyadril retient à peine un frisson. Un éclat traverse ses yeux : fierté, soulagement, et une nuance plus intime qu’elle réprime aussitôt. Elle ne félicite pas. Mais l’air autour d’elle s’allège, imperceptiblement, comme si un fil secret venait de se tendre entre eux.

Sans rompre le rythme de l’exercice, elle rallume la bougie d’un geste simple.
"Bien. Maintenant, fais-la renaître. Appelle-la, d’abord en démonique… puis en elfique."

L'elfe se tait, laissant le silence vibrer dans la pièce. Ses mains se posent sur le bois poli du bureau, ses doigts tapotant presque imperceptiblement, rythme discret qui trahit sa propre tension. Car derrière l’instructrice rigide, une autre voix, plus intime, lui murmure : Pourquoi est-ce lui ? Pourquoi à lui donnes-tu les clefs que tu n’as offertes à personne ?

*******

Très loin de là, dans les entrailles d’un plan infernal, une onde infime fend le voile. Az’Kharel, général d’une des Légions Infernales, redresse brusquement la tête au milieu du tumulte de ses soldats. Son regard, noir et incandescent, se voile d’une lueur inquiète. Quelque chose vient de s’ouvrir. Sa fille… sa chair mêlée à celle d’Elarinya… a franchi le seuil des Arcanes. Qu'elle scelle à nouveau la porte, ça passe. Mais de là à ce que leur fille ose l'utiliser et l'enseigner...

Un grondement sourd échappe à ses lèvres. Ses griffes raclent le bois d’un bureau brutalement repoussé, et déjà ses mains cherchent, féroces, le vieux carnet qu’Elarinya lui avait offert. Ce carnet qu’il pensait égaré, et qui, il le sent, recèle encore les secrets que leur fille pourrait exhumer.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le dimanche 14 septembre 2025, 18:10:32
Son silence face à ma réponse me laisse imaginer que je ne suis pas si loin de la vérité…Contact…Mon cœur rate un battement brisant en un instant ma concentration. Sa main dans la mienne…je ne l’avais pas vu venir, je découvre alors la douceur de sa peau, ainsi que sa froideur, la sensation de sa main m’évoque alors la douceur et la pureté de l’eau, mais pas n’importe laquelle…celle qui se cache, au fond des cavernes les plus inatteignables, mais dont la vision emplie l’âme d’une émotion indélébile…et cette sensation comme tout chez elle contraste avec la fermeté de sa concentration et de ses émotions qu’elle restreint au plus profond d’elle…

J’ouvre alors les yeux et croise son regard qui me perce, je me sens nu face à elle et la profondeur de ses iris…

Náren i lûthil.” (Commande subtile : "Que la flamme s’éteigne".)

Sa voix est emprunt de calme, et d’autorité alors que la flamme s’éteints sous son commandement. J’ai ressenti l’énergie qui s’est échappé pour éteindre cette flamme, son énergie à elle, me faisant sentir sa maîtrise absolue de la magie des Arcanes, je tâche de garder contenance et ne rien montrer, me répétant de rester concentrer pour atteindre le meilleur des résultats, alors que l’enseignante rallume la bougie.

"Maintenant, tes yeux doivent rester ouverts, tes sens éveillés. Je veux que tu commandes à cette flamme de s’éteindre… mais en démonique."

Acquiesçant en silence, nos mains entrent à nouveau en contact, mais cette fois nos doigts sont mêlés et la proximité est plus importante. Je lutte pour ne rien montrer tandis que la sens trembler légèrement, songeant que c’est le stress d’enseigner je n’y prête pas plus attention et la laisse me guider, sans nier encore une fois que cette proximité ne me laisse pas indifférent…je sens alors la chaleur de la flamme m’atteindre, rien de douloureux, au contraire elle est plutôt douce cette sensation, me faisant songer à elle…cette proximité avec le feu qui si on s’approche trop peut immoler tout nourrissant la tentation de s’approcher.

"Là. Pas plus haut, pas plus bas. C’est l’espace où le souffle de la flamme se fait entendre à ceux qui veulent bien l’écouter."

Bien, concentrons-nous, gardant les yeux ouvert, sa main s’éloigne, mettant fin à notre proximité, mon esprit se focalise à nouveau dessus, ne quittant pas la flamme du regard, je me redresse, dans une posture de domination…

-   Ghâsh krul-ob. (Que la flamme s’éteigne)

Rien ne se passe…me laissant dubitatif, je retente, toujours rien, et chaque nouvelle tentative j’oublies de ressentir l’énergie de la flamme, je ne cherche qu’à lui imposer ma volonté comme je l’ai fait tant de fois, et moins ça fonctionne, plus l’impatience monte. Frustré, je ressens aussi que Lya’ se retient de faire une remarque cassante face à mes échecs répétés…Finalement elle reprends aussi calmement qu’elle le peut…

"Ressens encore, tu veux imposer ta volonté. Mais la flamme n’obéit pas à l’orgueil. Elle obéit à qui sait l’entendre."

Je prends une grande inspiration, fermant les yeux pour me recentrer sur l’essentiel, une voix en moi chuchote que ma chère enseignante est l’une des sources de ma perturbation, et son parfum envoutant ne m’aide pas…j’ai l’impression d’être l’une des proies que je fascine d’habitude et ça me fait tout drôle, je cherche à l’impressionner, et à trop en faire je vais dans la mauvaise direction.

"Écoute-la. Elle danse, elle se nourrit, elle expire. Trouve son souffle."

En quelques mots simples elle me le fait comprendre. Alors je me remets en position…avec une attitude plus bienveillante et cherchant l’harmonie, je prends mon temps, remplaçant l’impatience par le calme, je fais le vide dans ma tête, laissant l’espace à mes perceptions les plus brutes…je la sens…la flamme…cette énergie qui m’enveloppe, comme la sensation de ne faire qu’un…

-   Náren i lûthil.

Et comme si l’énergie glissait le long de mon bras pour étouffer cette flamme, je la sens s’éteindre avant même de le voir. J’ai réussi…la fierté m’envahit et je lutte pour la contenir, comme elle visiblement dont le masque d’autorité se brise quelques secondes pour se régénérer aussitôt.

"Bien. Maintenant, fais-la renaître. Appelle-la, d’abord en démonique… puis en elfique."

Très bien, je continue dans ma lancée sans perdre de temps, je me reconcentre faisant taire la fierté pour retrouver la sensation d’harmonie ressentie il y a un instant…

-   Ghâshrak-ob Nai thosto i naur

L’énergie qui s’échappe est à un autre niveau une fois les deux mots assemblés, si bien que je dois reculer à cause de la hauteur de la flamme qui monte d’une trentaine de centimètres. Ce qui semble sortir Lyadril de ses pensées.

-   C’est…moi qui ai fait ça ?

La question est stupide, mais pas tant que ça en se mettant à ma place, l’incube qui ne maitrise pas les arcanes ni l’elfique la veille, en arrive là en moins d’une matinée…qu’est ce que ça veut dire ?
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le dimanche 14 septembre 2025, 21:17:43
Lyadril reste figée un instant, les yeux agrandis par la surprise. La flamme s’élève brusquement, haute, indocile, et son souffle chaud éclaire leurs visages trop proches. Une part d’elle voudrait applaudir l’exploit, se laisser aller à la fierté qu’elle lit dans le regard de son élève. Mais une autre, plus sombre, plus intime, se crispe à l’idée que cette puissance qu’elle redoute s’éveille déjà entre ses mains… et qu’elle-même pourrait l’aimer, s’y abandonner, comme son père.

Elle sent au fond d’elle un vertige dangereux : le frisson de satisfaction devant la flambée de magie brute. Le même frisson qu’elle a toujours redouté. Son cœur bat si fort qu’elle a l’impression qu’il va dévoiler sa peur. Et dans ce trouble, ses lèvres se meuvent toutes seules, prononçant un ordre qu’elle n’aurait jamais osé imaginer : une double injonction, dans ses deux sangs mêlés.

"Náren i lûthil, ghâsh krul-ob !!!" (Que la flamme s’éteigne.)

La colonne ardente vacille aussitôt, se rétrécit, puis disparaît dans un souffle bref. La mèche rougeoyante retombe à la simple lueur d’une braise. Lyadril ferme les yeux une seconde, comme pour reprendre contenance. Lorsqu’elle les rouvre, son masque d’instructrice est revenu, mais une étincelle d’étonnement, presque d’admiration, demeure tapie au fond de ses iris.

Un flux contradictoire monte en elle. La fierté : Réo a compris plus vite qu’elle n’aurait cru, il a réussi là où elle-même a hésité tant d’années. Et la peur : cette facilité est dangereuse, ce pouvoir peut séduire, corrompre, et elle-même, en le guidant, vient d’en sentir l’ivresse. Ses mains tremblent à peine, mais assez pour qu’elle les croise derrière son dos, dissimulant ce qu’elle refuse d’avouer.

Elle inspire profondément, puis laisse retomber ses épaules.
"Oui je confirme. Tu... asplus facilement réussi en liant nos deux origines. Pas en les utilisant séparément. Cela suffira pour le feu aujourd’hui. Tu as déjà franchi plus de pas que je ne l’aurais cru possible."

Sa voix est douce, mais un brin tendue, comme si elle cherchait à ne pas trop en révéler. Elle détourne le regard de la bougie pour briser le fil invisible qui la lie encore à lui, puis se redresse et désigne la porte du bureau.

"Viens. Faisons une pause."

Ils quittent ensemble la pièce, et Lyadril le conduit vers le salon principal. La lumière du jour a glissé d’un ton chaud, preuve que la matinée entière s’est écoulée entre ces murs. En passant près de la table, elle s’arrête un instant, ses doigts glissant distraitement sur le bois.

"Tu dois avoir faim. Veux-tu que je prépare quelque chose à manger ?" demande-t-elle, presque naturellement, comme si l’enseignement des Arcanes n’avait pas eu lieu.

Mais derrière son calme apparent, elle lutte. Elle revoit la flamme dressée, ce jaillissement qu’il a provoqué, et une part d’elle voudrait recommencer, pousser l’expérience plus loin, voir jusqu’où il pourrait aller. Et cette pensée seule la glace, car elle y reconnaît l’écho du danger qu’elle a toujours voulu fuir.

Elle ne va pas vers un fauteuil, mais s’assoit à même le sol, près de la cheminée, les jambes repliées sur le côté dans une posture à la fois élégante et vulnérable. Ses yeux fixent un instant les flammes qui crépitent, beaucoup plus simples et inoffensives que celle qu’ils viennent de dompter. Une brève nostalgie traverse son visage : le feu qu’elle aime, le feu qu’elle craint. Le reflet de son sang mêlé.

Un sourire ténu lui échappe, presque involontaire, quand elle lève brièvement les yeux vers Réo. Pour la première fois depuis le matin, elle laisse un silence paisible s’installer, comme si elle-même avait besoin de ce répit autant que son élève.

Ses doigts se croisent doucement sur ses genoux, et son regard, d’abord perdu dans la danse familière des flammes, se tourne vers Réo avec une intensité nouvelle. La chaleur de l’âtre adoucit ses traits, mais ses paroles, lorsqu’elles franchissent ses lèvres, portent une gravité ancienne, presque rituelle.

"Cenog aníron i hwest naegyrth vi lín rîn ?" (Ressens-tu encore le poison du scorpion dans tes veines ?)

L'interrogation coule de sa bouche comme une incantation, une mise à l’épreuve autant qu’une question. Sa voix est basse, empreinte d’une douceur mystérieuse, mais ses yeux restent fixés aux siens, cherchant au-delà de la simple réponse : une vérité sur ce qu’il est, et sur ce qu’elle ose réveiller en lui.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le dimanche 14 septembre 2025, 23:13:06
Je reste interdit devant la scène, une telle puissance avec un exercice de base, enfin j’imagine que ça l’est, je ne la vois pas me donner de leçon avancée dès le premier jour. Mon regard se dirige vers elle, qui semble limite plus surprise que je le suis, mais cette lueur dans son regard que j’aperçois fugacement m’interpelle, serait-ce de l’envie ?

C’est la première fois que je lis cette expression sur son visage…je ne sais quoi en penser, après tout les Arcanes sont censés être l’un de ses domaines de prédilections, après l’herboristerie et les soins…Un autre mystère vient s’ajouter à la montage formant Lyadril.

Regardant ma main, presque effrayé de ce qu’il s’est passé, je remercie quelque part d’être née il y a plus de 1000 ans, j’ai pu suffisamment voir de personnes se faire dévorer par un pouvoir et en devenir l’esclave. Je réalise seulement maintenant la position que ces gens pouvaient avoir. Je me dois de faire attention, rester humble, ne pas oublier notre objectif, sinon ce pouvoir me dévorera.

"Náren i lûthil, ghâsh krul-ob !!!"

En un instant la flamme s’éteint aussi vite qu’elle s’est élevée, faisant régner le silence dans le bureau, si ce n’est le frottement de ma main sur le parquet ciré lorsque je me relève une fois remis de mes émotions alors qu’elle reste interdite, je n’arrive pas à savoir ce qu’elle pense, mais son air sombre et ses mains qu’elle s’empresse de cacher dans son dos éveille ma suspicion.

"Oui je confirme. Tu... as plus facilement réussi en liant nos deux origines. Pas en les utilisant séparément. Cela suffira pour le feu aujourd’hui. Tu as déjà franchi plus de pas que je ne l’aurais cru possible."

Mon cœur se serre, ressentant une certaine fierté dans ses mots que je n’ose exprimer ressentant une profonde inquiétude dans le même temps sans trop connaître son origine. Cependant ce sentiment me fait comprendre que je ferais mieux de ne pas briser le silence pour le moment.

"Viens. Faisons une pause."

Je la vois filer comme une fusée hors de la pièce, tandis que je la précède.

"Tu dois avoir faim. Veux-tu que je prépare quelque chose à manger ?"
-   Alors, en effet, j’ai faim, mais cette fois-ci, je m’occupe du repas. A mon tour de te montrer mes propres capacités.

Sur un ton ne laissant pas place à une objection, j’ai déjà disparu dans la cuisine, fouillant ce qu’il y a dans les placards je trouves de quoi faire, partant sur une quiche sans viande, faisant un mélange d’herbe parmi celles que tu as entreposé dans la cuisine pour une saveur unique, je fais mariner les légumes découper dans un mélange d’épices, notamment des enfers pour une note un peu relevé. Je fais préchauffer le four, tandis que je mélange le tout.

Cuisiner m’aidant à rassembler mes idées, et elles sont toutes tournées vers la femme pour qui je cuisine, qui prends soin de moi depuis mon arrivée, m’enseigne son savoir, à qui j’ai lié mon sang, ma vie, pour affronter son père. Sa fragilité qu’elle dissimule sous plusieurs couches de verrou inviolable pour ne pas s’effondrer sous la montagne de blessures qui l’afflige. Mais ais-je le droit de m’en mêler ? Déjà d’où me vient cette envie ? La dernière personne avec qui m’a rendu si altruiste était Louis il y a longtemps, pour lui du moins.

Est-ce parce que nous avons tous les deux subis les tourments d’Az’Kharel? Parce que c’est sa fille ? Ou peut être le mélange de la beauté des succubes avec celle des elfes m’a envouté ? Je l’ignore, cependant il va falloir que l’on apprenne à se faire confiance, et à se connaitre l’un et l’autre par cœur si on veut que cette alliance fonctionne. Seulement elle et moi on sait ce que ça implique, donner à l’autre un couteau pour nous poignarder. C’est la première leçon qu’il m’a appris, j’imagine qu’elle aussi y a eu droit…

Le four sonne et me sort de mes pensées, l’éteignant en gardant le plat au chaud, je vais mettre la table, allant dans le salon, je la vois assise devant la cheminée, fixant le feu comme hypnotisé par lui au point qu’elle ne m’entende pas. J’ai eu le temps de poser les assiettes et couvert sur la table, lorsqu’elle se retourne.

Je revois alors le regard de la soigneuse que j’ai rencontré, doux et profondément bon, j’ignore pourquoi mais il m’a manqué ce regard, cette sérénité qui semble lui aller comme un gant. Mais est-ce la vraie Lya, ou encore un masque pour enterrer ses peines ?

"Cenog aníron i hwest naegyrth vi lín rîn ?"
-   Lá, námië lyenna ar tier-lyassë, nánië lestaina. Hantanyel attanë. (Non, grâce à toi et tes efforts, je me sens libéré, je te remercie encore)

M’inclinant en utilisant la phrasé le plus respectueux qui soit, avec un sourire sur les lèvres, je lui montre que je lui suis reconnaissant, de ses soins, mais aussi de son enseignement, justifiant d’autant plus le respect auquel elle a le droit de ma part.

En lui montrant que je n’ai pas honte de faire preuve de reconnaissance, j’espère lui montrer que je fais un pas pour ne pas masquer ce que je ressens, et qu’elle me suivra sur cette route qui nous ait inconnu à tous les deux.

-   Merilyë antanyel sindë wína ar tultanyel len? (Veux-tu que je t’offre une coupe de vin et que je vienne vers toi ?)

Une fois que j’ai son accord, je me permets d’ouvrir une bouteille d’un excellent cru, comme si elle n’avait que ça dans sa cave, et m’assois près d’elle en lui tendant son verre, la lueur du feu se reflétant dans mes yeux violets, le regard calme, je ressens la peur de parler.

-   J’ai réfléchi pendant que je cuisinais, pour que notre alliance fonctionne, il va falloir que l’on apprenne tous les deux, à baisser nos défenses, suffisamment pour que l’on se connaisse mieux. J’ai conscience que ça n’est pas facile pour toi, ça ne l’est pas pour moi non plus, en ce moment j’avance à l’aveugle…

Laissant le temps au silence de s’installer, je me désaltère avec une gorgée, contemplant le feu, me laissant porter par sa danse alors qu’elle reste silencieuse pour le moment.

-   Nos vies sont liés désormais, elles l’ont peut être toujours été, attendant que notre rencontre ne se fasse, tout dépend si tu crois au destin…mais je tiens à te rassurer, j’ai mille cinq-cents ans, des pouvoirs qui consomment les êtres vivants j’en ai vu mon lot, et je compte faire preuve d’une grande prudence lors de ton enseignement pour ne pas être consumé…

Reprenant une autre gorgée, je finis mon verre et reprends solennellement

-   Quand tu seras prêtes, saches que j’acceptes de partager le fardeau que tu portes, car nous sommes une équipe…

Sans dire un mot de plus, je me lève, la laissant dans sa réflexion, utilisant la justification de devoir sortir le plat du four. Prenant un gant, je dépose le plat sur le plan de travail, découpant les parts, et ajoutant quelques-unes des fleurs qu’elle avait placé ans la soupe, qui viennent sublimer la présentation.

Revenant dans le salon, j’ignore ce qui m’attends.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le lundi 15 septembre 2025, 14:50:31
Lyadril baisse à peine le menton lorsque Réo l’honore de ses remerciements en elfique. Pas un mot ne lui échappe, mais son port, la ligne parfaite de sa nuque, l’inflexion délicate de ses lèvres suffisent à répondre. Ce simple hochement de tête, empreint d’une majesté tranquille, la fait paraître l’incarnation même d’une haute-elfe. Pourtant, un éclat rouge lui colore les joues malgré elle, trahissant un trouble qu’elle aurait préféré cacher.

Lorsque Réo lui propose un verre, sa réponse tombe dans un murmure de langue démoniaque, gutturale et veloutée :
"Ash’kara." (Oui.)

L'elfe prend le verre qu’il lui tend, ses doigts effleurant les siens plus longtemps que nécessaire. La chaleur du cristal chargé de vin contraste avec la fraîcheur qui court sur sa peau. Elle s’accroche à ce prétexte pour détourner le regard, ses yeux glissant vers les flammes dansantes de la cheminée. Mais le reflet rougeoyant du feu dans les prunelles violettes de Réo attire son attention malgré elle. Son souffle se bloque une seconde. Alors, pour masquer son trouble, elle porte rapidement le verre à ses lèvres et laisse couler une petite gorgée. L’acidité noble du vin s’épanouit sur sa langue, adoucissant la tension de sa gorge.

Quand il promet de faire preuve de prudence dans l’usage des Arcanes, l'herboriste sent une bouffée de soulagement la traverser, si vive qu’un soupir discret lui échappe. Ses épaules se détendent, mais aussitôt l’angoisse revient, car la prudence ne protège pas de tout. Elle veut lui dire qu’il ignore encore la faim insatiable que la magie réveille, qu’elle-même y a déjà goûté, qu’il doit se méfier d’elle autant que du feu… Mais ses lèvres entrouvertes ne laissent passer aucun mot. Sa voix se refuse, étranglée par un mélange de peur et de honte.

Lorsqu’il s’éloigne pour sortir le plat du four, la pièce retombe dans un silence pesant. Lyadril garde le verre entre ses doigts, les flammes se reflétant dans le rouge sombre du liquide comme dans une mare de souvenirs. Ses pensées se bousculent, lourdes, brûlantes. Elle revoit Melkior, son sourire carnassier, la chaîne invisible qui l’enserrait lors de la tentative de mariage forcé. Elle revoit aussi ce jeune patient, son regard confiant, puis le silence glacé de sa tombe précoce. Ces images lui déchirent le ventre. Elle comprend soudain pourquoi elle a bâti tant de masques autour de son cœur.

Quand Réo revient avec le plat fumant, elle se redresse d’un geste fluide et se lève pour lui faire face. Le parfum chaud et relevé des épices emplit déjà la pièce, faisant grogner faiblement son estomac malgré elle. Ses yeux se lèvent vers les siens, violets comme un ciel crépusculaire, et cette fois elle n’esquive pas. Elle attend qu’ils soient enfin seuls, son dos droit, ses mains jointes devant elle, mais son regard trahit une détermination nouvelle.

"Réo… il y a des choses que tu dois savoir." souffle-t-elle, la voix basse mais ferme.

Lyadril garde le silence un instant, comme pour rassembler le courage nécessaire. Son verre tremble à peine dans sa main, la flamme de la cheminée se reflète sur son visage grave. Lorsqu’elle parle enfin, sa voix se fait lente, presque cérémonielle, comme si chaque mot était une lame qu’elle s’enfonçait elle-même dans la chair.

"Melkior… n’était pas seulement une menace pour toi. Mon père avait juré de me l’imposer comme époux. Une alliance forgée dans le sang et la servitude. J’ai résisté, mais il a failli me lier de force. Tu comprends pourquoi, lorsque j’ai reconnu ton empoisonneur, j’ai vu plus qu’un ennemi. J’ai vu la chaîne qu’il voulait refermer sur moi se briser. Et… je t’ai remercié deux fois. Parce que tu m’as délivrée de ce destin-là."

La jeune femme marque une pause, son regard s’assombrit, mais une flamme d’orgueil demeure. Puis, plus bas :

"Il y a eu aussi… quelqu’un. Un patient. Un homme que j’ai soigné, que j’ai veillé plus longtemps que de raison. J’avais laissé mon cœur s’approcher du sien, imprudemment. Et quelques jours plus tard, il a été tué, arraché à ma garde comme si mes soins n’avaient jamais compté. Ce jour-là, j’ai compris que l’attachement était une faiblesse… et j’ai bâti mes masques pour ne plus jamais laisser paraître ce que je ressens."

Sa voix tremble, mais elle ne détourne pas les yeux. Une ombre de vulnérabilité, rare et nue, traverse ses traits. Puis elle redresse le menton, plus ferme :

"Enfin… sache ceci. J’ai peur. Pas de toi, pas de l’avenir. J’ai peur de moi. De ce sang double qui m’habite, de ce pouvoir qui peut séduire autant qu’il détruit. J’ai peur qu’en t’enseignant, je me perde dans ce que je combats depuis toujours… et que tu le paies à ma place."

Ses doigts se crispent sur le tissu de sa robe, mais son regard émeraude se fixe sur celui de Réo, décidé, brûlant malgré le trouble.

"Voilà mes vérités. Si tu dois me juger, fais-le maintenant."
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le lundi 15 septembre 2025, 21:10:34
Le plat brulant dans les mains, j’aperçois Lyadril toujours assise en pleine réflexion, la lueur des flammes donnant à ses cheveux pâle comme une nuit de pleine lune, un aspect enflammée, révélant les deux penchants de son être, la bataille du calme et de la fureur. Ne parvenant pas à quitter la scène du regard, je dépose le plat sur la table, tandis qu’elle se lève dans un silence pesant pour me faire face, ne cherchant pas à fuir mon regard cette fois, au contraire, nos yeux se croisent, comme si l’on se voyait pour la première fois.

Comprenant qu’elle va parler, je me met face à elle, prêt à l’écouter avec attention.

"Réo… il y a des choses que tu dois savoir."

Je la voix tremblée, le premier réflexe qui me vient est de vouloir lui prendre la main, mais je n’en fais rien, respectueusement je l’écoute car cela semble être une épreuve pour elle…qui ouvre la bouche…

"Melkior… n’était pas seulement une menace pour toi. Mon père avait juré de me l’imposer comme époux. Une alliance forgée dans le sang et la servitude. J’ai résisté, mais il a failli me lier de force. Tu comprends pourquoi, lorsque j’ai reconnu ton empoisonneur, j’ai vu plus qu’un ennemi. J’ai vu la chaîne qu’il voulait refermer sur moi se briser. Et… je t’ai remercié deux fois. Parce que tu m’as délivrée de ce destin-là."

Son époux ? un mariage forcé ? Je ne montre rien, dans la retenue par respect pour elle et son histoire, mais intérieurement je fulmine, moi un défenseur obsessionnel de la liberté pour les âmes des enfers qui ne veulent pas de cette guerre. Je ressens un frisson de fierté supplémentaire en songeant que sans le savoir j’ai brisé une partie des chaines qui l’emprisonnaient…et elles n’auraient jamais pu exister. Et je me mets à songer que Melkior ne méritait pas une femme aussi forte, courageuse et complexe qu’elle. Est-ce qu’un homme la mériterait même ?

"Il y a eu aussi… quelqu’un. Un patient. Un homme que j’ai soigné, que j’ai veillé plus longtemps que de raison. J’avais laissé mon cœur s’approcher du sien, imprudemment. Et quelques jours plus tard, il a été tué, arraché à ma garde comme si mes soins n’avaient jamais compté. Ce jour-là, j’ai compris que l’attachement était une faiblesse… et j’ai bâti mes masques pour ne plus jamais laisser paraître ce que je ressens."

Sa deuxième blessure principale visiblement, elle a déjà aimé ? a accepté d’ouvrir son cœur pour perdre ce qu’elle chérissait aussitôt ? J’ai le sentiment de la comprendre un peu mieux, bien que j’ignore quoi dire, ni s’il y a vraiment quelque chose à dire en fait, je n’ai pas la prétention de réparer son cœur, ni l’ambition qui serait présomptueux de ma part, j’admets cependant être curieux de ce qui est arrivé à cet homme, ce qui l’a conduit au trépas. Mais je choisis de taire cette curiosité, pour le moment.

En attendant, plus elle se confit, plus j’ai la même impression que voir un statut de glace se fissurer de toute part, son visage si impartial et imperturbable d’habitude laisse échapper la peine, la peur et la honte, me touchant moi-même dans la partie la plus humaine de mon être…avant de se refermer après une lutte acharnée.

"Enfin… sache ceci. J’ai peur. Pas de toi, pas de l’avenir. J’ai peur de moi. De ce sang double qui m’habite, de ce pouvoir qui peut séduire autant qu’il détruit. J’ai peur qu’en t’enseignant, je me perde dans ce que je combats depuis toujours… et que tu le paies à ma place."

J’approche lentement de quelques pas, lorsque son regard croise de nouveau le miens, comme si elle attendait une sentence imminente.

"Voilà mes vérités. Si tu dois me juger, fais-le maintenant."

- Ce n’est pas ta faute

Approchant de quelques pas, je la sens qui s’éloigne d’autant, surprise.

- Ce n’est pas ta faute

Ma voix est calme, douce, mais ferme pour faire comprendre la portée de chaque mot alors qu’elle continue de s’éloigner…

- Ce n’est…pas…ta…faute

Est-ce que quelqu’un lui a un jour dit ces mots ? ces simples mots anodins, basique, mais lourd de sens ? A force de reculer, elle se retrouve dos au mur, à coté de la cheminée, la chaleur douce du foyer caressant nos peaux, alors que je continue à avancer, comme un spectre de rédemption.

- Ce n’est pas ta faute Lyadril

Ignorant d’où me vient ce réflexe, je tends mes bras, elle les repousse violemment. Je recommence, et ses yeux s’enflamment et je me prends un coup de poing au visage, en sang, mais je ne m’arrêtes pas…Mes mains touchent ses épaules, qu’elle s’empresse d’écarter.

- Ú-bennad lín

Toujours aussi calme, en harmonie, on croirait que les rôles sont inversés, que c’est moi qui suis dans le contrôle de mes émotions, et qu’elle ne peut plus porter son masque pour le moment. Luttant contre elle, sans lui faire mal, je la prends dans mes bras, comme mon instinct me le dicte, suivant ce que les ressentis des Arcanes me dictent, mais bien plus naturellement qu’avec l’épreuve de la bougie…je la sers contre moi, pas pour la retenir, non, juste qu’elle comprenne qu’elle n’est plus seule dans ce combat…
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le mardi 16 septembre 2025, 00:38:44
Aux premiers mots répétés de Réo — Ce n’est pas ta faute — Lyadril recule instinctivement. Mais ses yeux ne fuient pas : ils restent accrochés aux siens, comme deux lames croisées dans un duel silencieux. Ses pas glissent à rebours, mesurés, crispés, jusqu’à sentir derrière elle le souffle ardent de la cheminée.

À la troisième répétition — Ce n’est…pas…ta…faute — son dos effleure le mur tiède, la pierre chauffée par les flammes. L’elfe sursaute, se sent acculée, et dans un élan brusque elle repousse violemment les bras tendus de Réo. La chaleur du foyer l’apaise à peine : un souffle de répit noyé au milieu de la tempête.

Au quatrième — - Ce n’est pas ta faute Lyadril — quelque chose se brise. Ses yeux se teintent d’un rouge incandescent ; la succube tapie dans son sang gronde et affleure. Sa main part avec une violence fulgurante : un poing sec frappe le visage de Réo, éclatant sa lèvre. Le goût du fer se mêle au silence. Il ne recule pas.

Il parvient pourtant à frôler ses épaules ; elle rejette ses mains avec rage, presque désespérée. Mais lorsqu’il prononce en elfique, avec la douceur immuable qui le caractérise — « Ú-bennad lín » (ta faute n’est pas la tienne) — une larme unique s’échappe de ses yeux ardents, roulant sur sa joue pâle comme un éclat de verre brisé.

La lutte continue : ses mains tremblent, ses muscles sont des cordes prêtes à rompre. Réo insiste, sans brutalité, calmement, avec une patience de pierre. Peu à peu il la serre, inexorablement. Son corps se raidit d’abord ; un soupir lourd lui échappe, mélange de soulagement et de résistance, comme si deux moitiés d’elle-même se disputaient le même souffle.

Elle reste droite, farouche, le regard fixé au loin, refusant de s’abandonner. Puis, imperceptiblement, la tension se relâche. D’un geste lent, précautionneux — chaque centimètre pesant comme un risque — Lyadril incline la tête et la pose contre son épaule. Elle demeure méfiante, prête à reculer, mais la trêve est réelle : pour un instant, elle accepte d’être tenue.

Son parfum d’herbes sèches et d’encens se mêle à l’odeur du sang chaud de Réo. Elle ferme les yeux, juste un instant, accordant à son cœur ce bref répit sans pour autant baisser toutes ses défenses.

La cheminée crépite : témoin muet de cette lutte intime où, pour la première fois depuis longtemps, Lyadril consent à être tenue — sans masque, sans mensonge.

Elle garde la tête posée, les muscles se détendant peu à peu. Le feu éclaire ses traits apaisés, ses paupières lourdes. Mais une vibration subtile, presque imperceptible, glisse dans son esprit — l’écho des Arcanes. Réo n’écoute pas seulement ses mots : il a sondé ce qu’elle ressent.

Ses yeux s’ouvrent d’un coup. Elle se redresse vivement, l’écarte d’un geste brutal ; ses mains claquent contre son torse. Sa voix tremble, creusée de rage et de douleur :

"Gwanur lín na-dangen !" (Menteur, frère d’âme, tu m’as trahie !)

Sans attendre de réponse, elle tourne les talons et s’élance dans les couloirs, ses pas martelant la pierre comme des coups de maillet. Elle dévale les marches, traverse le couloir des runes et se jette dans la salle d’entraînement.

Le souffle court, elle s’immobilise, les poings serrés. Ses yeux s’embrasent d’un rouge incandescent. Sa peau immaculée se strie de veines alternanthera ‘Purple Knight’ au reflet parfois argenté, pulsant comme si une lave brûlante circulait sous son derme. Ses doigts graciles s’allongent en griffes acérées. Dans un grondement guttural, elle frappe du pied gauche. Le sol vibre ; dans une gerbe d’étincelles écarlates, sa hallebarde surgit : hampe noire, lame flamboyante, matérialisée d’un seul élan. Elle la saisit à deux mains ; son aura démoniaque se répand, comme un souffle brûlant qui envahit la salle de ténèbres rouges.

La peur la ronge, non la sienne, mais celle qui la hante : que Réo, en voulant la comprendre, se laisse consumer par la force corruptrice qu’elle combat. Elle frappe dans le vide, encore et encore ; chaque coup est un cri muet, chaque étincelle un écho de cette peur viscérale.

La hampe pulse dans ses mains comme une extension de son propre sang. Chaque coup fend l’air dans un claquement sec ; chaque arc de lame déchire le silence. Les murs résonnent de son courroux, la pierre elle-même vibrante à son rythme.

Lyadril pivote, frappe, virevolte ; ses ailes de la même couleur que les stries de sa peau sortent de dessous sa peau avec une frénésie douloureuse et s'enflamment. Elle ne combat aucun ennemi réel, seulement ses chaînes intérieures. Mais l’ombre de Réo et de ses Arcanes hante chacun de ses gestes.

"Pourquoi ?!" crie-t-elle, la voix doublée d’un écho guttural, inhumain, laissant percer le timbre de la succube en elle.
Un coup.

"Pourquoi vouloir plonger là où tu pourrais te perdre ?!"
Un autre.

"Je ne veux pas… je ne veux pas revivre ça !"

La lame s’abat dans le vide ; la déflagration d’énergie fait trembler les torches aux murs. Sa respiration est haletante, sa poitrine bat à un rythme effréné ; chaque inspiration est une bataille entre lucidité et furie.

Des larmes roulent, malgré elle, sur ses joues écarlates, aussitôt vaporisées par la chaleur de son aura ; ses mains tremblent sur le manche. Elle serre plus fort, comme pour empêcher son monde de se désagréger.

Puis, d’un geste brutal, elle enfonce la lame dans la pierre. La pierre se fissure sous l’impact ; le son résonne comme un glas. Elle s’effondre presque à genoux, haletante, le front contre le sol, incapable de relever les yeux.

Un murmure rauque, entre prière et aveu, s’échappe de sa gorge :
"Je ne survivrai pas… si je te perds aussi."
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le mardi 16 septembre 2025, 08:55:44
Le temps semble s’arrêter pendant un moment, comme irréel alors que Lyadril, après une lutte instinctive, finit par se laisser faire, le contact est étrange, pour la première fois je sens son corps dans mes bras et il semble si fragile à cet instant, j’en ressens une peur de le briser si je serrais trop fort, alors je fais preuve de retenue, l’enlacer mais pas la retenir, qu’elle décide de rester ou choisisse de s’en aller, tant qu’elle arrive à libérer un peu de la pression qui l’écrase métaphoriquement au sol l’empêchant d’avancer ou d’y échapper, alors ça sera une petite victoire bien méritée.

Les battements de mon cœur accélèrent, j’ignore si elle le sent alors que sa tête se repose sur mon épaule, après avoir lutté comme si elle avait attendu si longtemps qu’elle se méfiait d’instinct du présentoir où déposer son fardeau sous peine de paraitre trop fragile, ou faible. Je ne dis rien, mais elle ne le sera jamais à mes yeux, son chemin de vie qui a mené à sa résilience étant suffisant pour gagner mon respect…la douceur et l’odeur de ses cheveux me poussent à fermer les yeux pour nous imaginer dans un endroit loin de tout conflit, d’intrigue ou de méfiance éveillée à chaque instant, lorsque je la sens se raidir à nouveau sans prévenir, brisant cette vision qui m’enchante intérieurement…mais je sens que ce désir vient presque plus d’elle que de moi, ce n’est qu’à cet instant que je réalise que je me suis connecté à elle via les Arcanes

Elle me repousse violemment, appuyant fort contre mon torse, son regard me transperçant comme une lame au fer rouge.

"Gwanur lín na-dangen !" (Menteur, frère d’âme, tu m’as trahie !)

Menteur ? Traitre ? je n’ai pas le temps d’imprimer ses mots dans mon esprit qu’elle fuit comme une furie me laissant seul avec le repas. J’aimerai la rattraper, comprendre, mais ma raison me fait rester sur place, m’indiquant que c’est une mauvaise idée d’insister, alors je la laisse libre de s’en aller.

De toute manière se laisser porter et retirer le masque ne sont pas des réflexes, pour ne pas dire contre-nature de ce que je sais de sa personnalité. Elle s’est ouverte pour la première fois depuis longtemps à priori à raconter une part de son histoire, sans parler qu’elle se soit laissé enlacer après une lutte acharnée pour y échapper…

Mais ma curiosité et ma soif de la comprendre me pousse finalement à suivre la direction qu’elle a pris, bien que j’ignore où elle est allée, j’ai entendu des bruits de pas descendant les marches, alors faisant de même, je découvre une zone dans laquelle je ne suis jamais aller, un couloir avec différentes portes, mais celle qui retient mon intérêt est celle où j’entends des coups pleuvoir et des grognements de rage.

J’avance doucement, pour ne pas la perturber ni renforcer la colère qu’elle ressent, encore moins lui donner la fausse impression que je cherche à l’espionner pour préparer une trahison…je cherche juste à comprendre ce qu’il s’est passé. Serait-ce à cause des Arcanes, que j’ai utilisé sans même m’en rendre compte tellement j’étais en état de sérénité absolue ? Après tout elle mettais un point d’honneur plus tôt à ce que je sois prudent avec cette forme de magie.

Je reste interdit sans le montrer, après tout je n’ai pas utilisé d’incantation, je n’ai même pas chercher à violer l’intimité de ses sentiments, ça s’est juste fait comme ça, lorsque j’étais serein et que je nous sentais connecté pour la première fois…

"Pourquoi ?!"

Sa voix traverse les murs contre lesquels je suis collé, assis au sol et la tête accolé à la paroi, un son provenant d’elle que même contre l’elfe de la veille elle n’a pas sorti avec autant de rage…

"Pourquoi vouloir plonger là où tu pourrais te perdre ?!"

J’avais raison, les Arcanes sont la cause de sa colère, de son angoisse, je me rappelle alors son regard devant mon exploit avec la bougie, l’envie de puissance que je pouvais lire dans ses yeux qu’elle a réfréné d’un coup. Elle a peur que je finisse comme ça ? que je cherche la puissance à en oublier le reste ? Malgré la promesse que je lui ai faite plus tôt…Ce n’est que là que je réalise pourquoi elle m’a balancé des mots aussi violents que « menteur » ou « traitre » au visage…j’ai brisé cette promesse à ses yeux…Alors pourquoi avoir accepté de me l’enseigner ? Pourquoi avoir accepté de prendre ce risque si elle ne m’en croit pas capable…

J’entends les coups pleuvoir à l’intérieur, de façon de plus en plus brutale, comme si l’harmonie s’était éteinte, ne laissant qu’une rage aveugle sortir sans grâce, ni esthétisme, juste brute et privé de tout apparat….

Puis plus rien…le silence en est presque plus pesant que cette rage…je l’entends murmurer quelque chose, sans parvenir à saisir le sens, cette porte me prive de cette découverte…
Attendant un peu pour la laisser retrouver ses esprits, je me permets de frapper à la porte, avant d’entrer et la voir au sol, recroquevillé…Je fais peut être une erreur en venant la voir, mais je ne suis pas du genre à fuir un conflit plutôt que de le laisser pourrir.

-   Le…le repas t’attends toujours.

Je parle bas, comme un repentant qui ne trouve pas les mots pour exprimer son ressenti…

-   Je…n’ai pas voulu te faire de mal. Ni te faire peur. Juste te soulager du poids que tu portes comme une croix et dont on t’a affligé sans ton accord…parce que j'imagine que même si on se connaît depuis peu, tu comptes pour moi...

Sur ces mots, je me retourne, allant vers le salon, attendant de voir si elle me rejoins, je lui sert malgré tout une part dans son assiette.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le mardi 16 septembre 2025, 12:51:49
La voix basse de Réo franchit la lourde porte comme un souffle, étouffée mais assez claire pour atteindre Lyadril, encore agenouillée, le front contre la pierre fissurée. Elle ferme les yeux, et ses larmes — déjà brûlées par la chaleur de son aura démoniaque — recommencent à couler, plus froides cette fois. Ce n’est pas la rage qui les nourrit, mais le poids de ses propres contradictions.

Ses doigts se crispent encore sur la hampe de la hallebarde, puis la relâchent. L’arme se dissout en braises noires qui disparaissent dans le sol. Ses épaules tremblent, et elle souffle, presque pour elle-même :
Pourquoi… pourquoi ses mots me touchent encore, après tout ce que je viens de faire ?

La jeune femme se redresse péniblement, comme si chaque muscle s’était vidé de sa force. Quand elle entend ses pas qui s’éloignent, vers le salon, quelque chose s’arrache en elle. Sans réfléchir davantage, ses jambes la portent à toute allure, mais non vers lui : vers l’herboristerie. Ses mains, expertes malgré leur tremblement, attrapent compresses stériles, fioles de sérum physiologique, un petit pot de miel clair et un baume qu’elle a elle-même concocté à base d’huile d’amande douce et d’herbes cicatrisantes.

La démone retourne vers le salon, la respiration encore hachée mais déterminée. Réo est debout, prêt à s’éloigner encore, et la vision fugace de son dos prêt à lui tourner le regard lui serre la poitrine plus fort que tout. Sans un mot, elle pose les soins sur la table, avec une précision presque militaire.

Sa peau se dépouille lentement des veines écarlates ; les stries pourpres s’éteignent comme des braises sous l’eau, ses cornes et ses ailes disparaissent, ses yeux retrouvent leur éclat vert profond des forêts elfiques. L'elfe tourne les talons aussitôt, gagne la cuisine, ouvre le robinet de cuivre ancien. L’eau claire ruisselle sur ses mains. Elle les frotte avec soin, presque avec obstination, comme pour laver à la fois le sang de Réo et la marque de sa propre violence.

Quand elle revient, ses gestes sont assurés, mais son regard fuit le sien. La soigneuse ne lui laisse aucun espace pour refuser : sa main fine mais ferme attrape délicatement son menton pour l’immobiliser. Elle approche la compresse imbibée de sérum, nettoie le sang avec une minutie appliquée. Le miel vient ensuite, coulant comme de l’ambre apaisante sur la plaie, puis le baume qu’elle masse du bout des doigts, avec une précision presque cérémonielle.

Son cœur bat à tout rompre. Chaque contact conscient avec sa peau la brûle davantage que les flammes de la salle d’entraînement. Elle détourne les yeux, incapable d’affronter ses iris, mais elle ne se détourne pas du soin. Pas cette fois.

Elle souffle enfin, à mi-voix, presque inaudible :
"Pardonne-moi…"

Un mot fragile, une prière muette, où se mêlent l’aveu d’avoir failli, la peur de trop donner, et cette étrange volonté de réparer.

Elle finit de poser le pansement, retire doucement ses mains, mais ses doigts hésitent une fraction de seconde sur sa peau, comme si les lâcher était plus difficile que prévu.

Son masque revient alors, mais fissuré, fragile, presque transparent. L'hybride retire ses mains de son visage, hésite un instant comme si elle voulait dire quelque chose, puis se détourne. Elle emporte les compresses et fioles encore entrouvertes, traverse le salon d’un pas vif. Dans la cuisine, elle range chaque élément avec une précision presque maniaque, aligne les pots, ferme les bouchons, essuie le plan de travail déjà immaculé. Ses gestes sont autant de refuges que de tâches nécessaires : un rituel pour repousser le tumulte qui continue de battre dans sa poitrine.

Quand la sang mêlé revient, son masque est revenu, mais moins opaque. Ses yeux ne brillent plus du rouge incandescent de la succube, et ses traits ont perdu leur dureté. Elle s’approche de la table, où l’assiette l’attend, encore chaude. L’odeur de la quiche emplit l’air, simple et réconfortante.

Lyadril s’assoit enfin. Elle reste un instant immobile, les mains posées sur ses genoux, comme si elle devait encore se donner l’autorisation de respirer. Puis elle saisit les couverts. La première bouchée fond sur sa langue, saveur simple, honnête, mais empreinte du soin qu’il a mis à la préparer.

Ses paupières se ferment brièvement malgré elle. Une chaleur douce s’insinue dans sa poitrine, différente de la rage ou de la peur. Elle mâche lentement, presque comme si elle voulait prolonger le moment. Ses lèvres esquissent un sourire fragile, fugitif, qu’elle étouffe aussitôt.

Sans lever les yeux vers lui, elle souffle, à mi-voix :
"C’est… délicieux."

Un silence. Puis, du bout de ses doigts, elle effleure la fourchette, hésite, avant d’en couper une autre bouchée. Cette fois, elle jette un regard furtif vers Réo. Trop rapide pour qu’on puisse le confondre avec une invitation, mais assez long pour trahir qu’elle voulait vérifier sa réaction. Son cœur bat plus vite, "ridicule", se dit-elle, mais l’aveu muet est là, dans ce simple geste qu’elle n’a pas su contrôler.

Elle porte une nouvelle bouchée à ses lèvres, mais son regard s’attarde une seconde de trop sur Réo. L'émeraude elfique de ses prunelles vacille : une étincelle rouge y danse, comme une tentation muette, une trace fugace de la succube qui sommeille en elle. Ses lèvres esquissent un sourire presque séducteur, doux et troublant, mais aussitôt elle le ravale. Un frisson de honte la parcourt : comment a-t-elle pu laisser transparaître cette part d’elle-même, même un instant ?

Sa main se crispe sur la fourchette, comme pour s’ancrer dans la réalité et chasser le feu rouge de ses yeux. La propriétaire des lieux baisse les yeux sur son assiette, la bouche serrée, le cœur battant trop fort, conscience aiguë du vertige qu’elle vient de frôler. Le mélange de désir, de peur et de contrôle lui tire un frisson dans l’échine. Elle se répète silencieusement que ce sourire, cette étincelle rouge, n’existait pas. Et pourtant, elle sait qu’un fragment de cette partie d’elle-même a frôlé le monde réel, et qu’elle devra, comme toujours, la maîtriser.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le mardi 16 septembre 2025, 14:58:21
Retournant dans le salon, la laissant dans sa réflexion et ne voulant pas imposer une présence qu’elle n’a pas demandé au départ…son apparence au moment où je l’ai vu m’a frappé, la reconnaissant à peine j’ai découvert la partie dont elle a hérité d’Az’Kharel, méconnaissable que ce soit son apparence, avec ses cornes, les stries enflammées marquant sa peau tel une fournaise, le tout accompagné d’une fureur probablement innarétable si l’on la pousse trop à bout…malgré tout ça, une chose reste la même, ses magnifiques et longs cheveux auxquels je ne cesse de penser, l’envie de passer mes doigts de dedans…alors que je la réconforte dans sa chambre….

Je secoue la tête pour rassembler mes esprits, aider par le passage en vitesse devant moi pour se diriger vers l’herboristerie. Mon premier réflexe est de penser qu’un patient l’attend et que pris dans mes songes je n’ai pas entendu….

Je retourne donc dans le salon, m’asseyant tranquillement attendant son retour, après m’être assurée que le plat n’avait pas trop refroidi.

Elle ne met pas longtemps à réapparaître je me lève alors par réflexe, un peu trop rapidement au point de cogner légèrement la table, me tournant vers elle. Ses mains sont remplis de fioles, compresses et autres matériel médical.

- je suis content de te….

Sous mes yeux je revoit l’elfe revenir peu à peu, ses yeux enflammés retrouvant leur couleur menthe à l’eau naturel, ses cornes rétrécissant à vue d’œil pour finir par rentrer sous sa peau. Je ne saurai dire quelle apparence lui va le mieux, ou pour être exacte, je la trouve magnifique peu importe son apparence, j’apprécie sa douceur autant que sa fureur…mais elle l’ignore encore…et même moi ne saurai mettre des mots sur ce que je ressens, si ce n’est que sous son regard, je commence à me sentir nerveux, fébrile…

Une fois ses fioles posées sur la table, elle file en direction de la cuisine, j’en profite pour me regarde dans le miroir, et en effet elle ne m’a pas loupé, j’en rigole tout seul en y repensant elle a de la poigne cette femme, ce qui n’est pas pour me déplaire…

Elle finit par vite revenir, prenant son matériel et comme à son habitude, pas de tremblement, ni d’erreur juste de la maîtrise. Je ressens un frisson quand nos peaux rentrent en contact, et je vois que son regard évite le mien sciemment, concentrés sur les soins de ma blessure.

"Pardonne-moi… "

- Il n’y a rien à te faire pardonner, j’ai pris un risque en tout état de cause, et je ne regrette rien…au contraire j’admire ta combativité.

D’un coup je sens une douleur me faisant aspirer entre les dents, elle est visiblement perturbée par ma remarque, mais ça ne dure pas longtemps et la douleur s’atténue à nouveau.

Reposant son matériel, mes yeux captent son visage qui n’arrivent plus à dessiner ce masque neutre qu’elle portais jusqu’à présent, je vois un milliers d’émotions la traverser avant qu’elle ne range son matériel.

Nous finissons par nous mettre à table et je commence à déguster cette quiche maison, réalisant une fois en bouche qu’elle n’égale pas la qualité de tes préparations de la veille…

"C’est… délicieux. "


Je sens le rouge me monter aux joues…merde on dirait un ado puceau, je sais pas ce qu’il m’arrive, mais un sourire de dessine brièvement sur mon visage, alors que nos regards se croisent une fraction de seconde et je sens déjà mon cœur accélérer…

- C’est grâce aux ingrédients que tu cultives avec soin…

Quelle approche indigne de moi, pourquoi j’ai le sentiment d’être à un rendez-vous…faut dire que les regards qu’elle me lance de temps à autre ne m’aident pas…surtout celui qu’elle maintient plus longtemps, une expression qui me serre la gorge et me fait déglutir, c’est lorsqu’elle me sourit, mais un sourire ambiguë, avec des pointes de désir et de curiosité et qui disparaît aussi vite qu’il est apparu, me laissant à peine l’occasion d’en profiter…

Nous continuons de manger quand je me serre un verre de vin, et cette fois c’est moi qui la fixe, ne la quittant pas des yeux, attendant que son regard se perde à nouveau, je lui rend le sourire de séduction qu’elle m’a envoyé…

Un petit jeu semble commencer à s’installer, je ne peut m’empêcher de vouloir la troubler, passant ma langue le long de mes lèvres pour essuyer la goutte de vin…

Mais nous sommes interrompus par la sonnette de l’herboristerie…et j’ai un mauvais pressentiment
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le mardi 16 septembre 2025, 17:47:23
- Il n’y a rien à te faire pardonner, j’ai pris un risque en tout état de cause, et je ne regrette rien…au contraire j’admire ta combativité.

Un compliment qui, en apparence, laisse de marbre la propriétaire des lieux, mais qui résonne intérieurement. A-t-elle rêvé ? A-t-elle vraiment vu son invité rougir lorsqu’elle a trouvé son repas délicieux ? Non… cela ne peut être. Et pourtant. Son sourire ? C’est bien la première fois que la soigneuse s’aperçoit qu’elle l’apprécie.

- C’est grâce aux ingrédients que tu cultives avec soin…

"Je n’ai pas pour habitude de recevoir, mais je tiens à toujours avoir le strict nécessaire… au cas où…"
La phrase s’achève dans un souffle, ses joues rosissant malgré elle.

Son second sourire… qui répond au sien, timide et fugitif. Non. L’elfe doit penser à autre chose. La voilà, la solution : finir son assiette. Elle s’y applique dans un calme apparent, mais ses pensées s’éparpillent. Que leur arrive-t-il ? Les soins de la veille, leur sang lié comme une alliance fragile, la porte vers l’Enfer, la leçon du matin, et maintenant ce repas… où Réo passe sa langue sur ses lèvres pour effacer une trace de vin.

Un trouble lui traverse l’échine. Pour masquer le frisson, l’herboriste pose sa main sur l’avant-bras de son interlocuteur :

"Réo ! Non ! Les s… les soins que je t’ai administrés ! Tu… tu ne dois pas y toucher !"

Et soudain, la sonnette de la boutique retentit. L’hybride sursaute : elle n’attendait personne, ayant pourtant prévenu qu’on pouvait frapper à sa porte privée en cas de besoin.

"Je reviens. Probablement un client qui ne sait pas lire."
D’un geste vif, elle retire sa main de son bras.

Une coupure opportune, presque providentielle. Lyadril se lève rapidement et gagne l’herboristerie. La salle close empêche toute entrée sans elle.

"Voilà, voilà, j’arrive !"

Elle rejoint son îlot d’accueil à vive allure, pile au moment où la porte s’ouvre.

"Bienvenue à Dae & Calad. Que puis-je faire pour vous être utile ?" demanda-t-elle avec son sourire bienveillant.

Il paraît que vous êtes la meilleure herboriste-soigneuse du coin ? Je me suis blessé lors d’un entraînement. Vous pouvez vous en charger ?

Il présente un avant-bras entaillé d’une coupure nette : dix centimètres de long, profonde de cinq millimètres, large de trois.

Devant elle se tient un homme dont la simple présence impose le silence. La lumière des lanternes glisse sur une stature élancée, presque aristocratique, forgée par une discipline inflexible. Ses muscles, sous son manteau sombre, ne sont pas ostentatoires, mais chaque geste trahit une puissance contenue, une précision d’acier.

Ses cheveux, d’un blanc éclatant, encadrent un visage aux traits fins et tranchants, taillés comme une lame. La mâchoire serrée, les lèvres figées en une ligne dure : comme si tout sentiment devait être filtré avant d’oser franchir ce masque. Ses yeux d’un bleu perçant sondent la pièce avec une acuité glaciale. Lyadril en sent le poids : ils observent, évaluent, calculent — mais ne livrent rien.

"Veuillez me suivre, je vous prie."

Le manteau noir qui tombe sur ses épaules ajoute à son aura de gravité. Chaque pas est mesuré, silencieux, comme s’il affirmait : je contrôle tout… sauf ce qui m’amène ici.

L’instinct de la jeune femme se tend aussitôt. Prudence diffuse, inexplicable. Quelque chose en cet homme la dérange. Son aura est contenue, trop maîtrisée. Elle le guide jusqu’à la salle de soins physiques, mais son esprit alerte se met en branle.

Tout en l’invitant à s’installer sur la table de soins, elle profite d’un instant pour faire glisser, d’un geste discret, un voile invisible de poudre fine sur le bois poli, exactement là où il posera la main pour s’appuyer. La digitale pourpre. Poison de contact, foudroyant pour le cœur à forte dose, mais ici calculé avec soin : assez pour tester, assez pour alerter si son corps trahit une résistance surnaturelle.

"Veuillez patienter, je vais stériliser mes instruments et préparer ce qu’il faut pour votre plaie."

Elle sort de la pièce, feignant l’assurance de la soigneuse professionnelle, mais son cœur bat plus vite. Son instinct lui murmure qu’il n’est pas un patient ordinaire.

Derrière elle, le blessé profite de son absence pour fouiller la salle, gestes rapides et méthodiques. Ordres d’Az’Kharel : récupérer le carnet par tous les moyens. Quitte à enlever sa fille.

Le manteau sombre glisse de son épaule tandis qu’il s’assoit, posant machinalement la main gauche sur la table, exactement là où Lyadril a laissé la poudre invisible. Le contact est imperceptible… mais pas sans effet.

Un léger frisson parcourt l’homme, presque inaudible, trahi par un micro-tressaillement de sa mâchoire. Ses doigts se crispent un bref instant avant qu’il ne reprenne un calme étudié. Trop étudié. Comme s’il tentait de masquer une gêne que n’importe quel patient normal aurait laissé échapper par une grimace.

Lyadril, de retour avec son plateau d’instruments encore tièdes de stérilisation, capte ce détail infime. Son instinct de guérisseuse ne la trompe jamais : quelque chose cloche. Son regard vert s’attarde sur la ligne de ses veines, sur ce bleu qui, une seconde, a semblé s’assombrir anormalement avant de retrouver sa clarté froide.

La soigneuse pose son matériel avec le calme d’une professionnelle aguerrie, mais son esprit tourne à toute allure. La digitale pourpre est sans appel : si réaction il y a, c’est que son corps n’est pas celui d’un simple mortel. Et pourtant, cet homme agit comme si de rien n’était, ses yeux perçants suivant chacun de ses gestes, comme s’il la jaugeait, pesait ses intentions.

"Bien. Cela ne prendra pas longtemps." dit-elle simplement, sa voix douce mais trop mesurée pour n’être qu’une banalité.

Elle s’approche, ses mains gantées effleurant déjà la compresse qu’elle va appliquer. Mais derrière le masque de la soigneuse, son esprit s’arme. Si cet homme est bien ce que son instinct redoute, alors il n’est pas venu pour une plaie superficielle.

Un autre détail attire son attention : il garde sa main gauche appuyée sur la table, comme pour dominer la gêne ou dissimuler sa réaction. Lyadril en est presque sûre : il a senti quelque chose. Pourtant, il ne bronche pas.

Le silence s’épaissit, chargé de tension, tandis qu’elle l’observe sous ses longs cils. Elle sait qu’il ne faudra qu’un mot, qu’un souffle de travers pour que la situation bascule.

Et chez elle, Réo…
Va-t-il surgir à la moindre alerte, interférant dans ce face-à-face tendu ? Ou choisira-t-il de rester en retrait, laissant Lyadril seule avec cet homme dont l’aura trahit une force inquiétante ?

Le champ des possibles reste suspendu, comme la lame d’une épée prête à tomber.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le mardi 16 septembre 2025, 22:00:24
L’ambiance commençait à devenir perturbante lorsque nous somme interrompus comme sauvé par le gong parce que le contact de sa main sur mon bras était particulièrement doux, et elle sa posture parfaite semblait se disloquer en entendant Lyadril baffouiller…

La voilà partie en vitesse vers sa boutique, alors que mon instinct s’éveille pour me faire ressentir une étrange impression me poussant à la suivre discrètement pour voir qui est ce visiteur impromptu. Essayant de rassembler mes esprits pour me concentrer à nouveau et ne plus avoir les images du dîner en boucle, je traverse la passerelle séparant la maison de la boutique, je m’arrête un instant devant le meuble qui sécurise l’accès des enfers. Comme si je ne l’avais pas vu depuis une éternité, je murmure

-   Tu as intérêt à ne pas avoir prévu un coup tordu…


Reprenant mon chemin aussi silencieusement que possible, j’entends des bruits de pas qui vont passer à coté du corridor, je me dépêche de me dissimuler pour les voir passer, laissant passer un œil pour ne rien manquer de la scène, je vois mon…l’elfe guérisseuse passée la première, suivi juste derrière d’un individu avec un charisme certain, sa carrure sans être plus imposante que celle de Réo reste respectable, par contre ses cheveux blancs et le manteau qui descend jusqu’à ses chevilles, sans parler de l’aura sordide qu’il dégage ne tends pas à me rassurer…Et en le voyant je ressens au fond un frisson familier, comme si je l’avais déjà croisé, mais sans pouvoir me souvenir dans quels circonstances et en quel lieu…

Quoi qu’il en soit, je continue à me faufiler, comme je peux jusqu’à la salle des soins, je vois mal de là où je suis, mais je peux les entendre, il semble blessé au bras, je surveille s’il n’y a pas de goutte de sang qui serait tombé sur le sol, remontant vers l’accueil, je surveille le sol et y trouve un petite goutte de sang, pas encore séchée. Passant mon doigt dessus, je commence à le sentir avant de le mettre sur ma langue…je sais déjà que ce n’est pas du sang humain, le gout ne correspond pas, ce qui finit de le rendre bien plus suspect…après tout quoi de plus louche qu’un inconnu surnaturel qui débarque le lendemain du pacte de Lyadril et moi ?

-   Je le savais, ce psychopathe a envoyé un laquait pour prendre les devants…mais s’il sait que je suis là pourquoi se fait il passer pour un patient ?


Me dépêchant de revenir sur mes pas je sens que l’ambiance s’est alourdie d’un coup, je commence à connaître la demi-elfe suffisamment pour savoir que quelque chose cloche et n’est pas en accord avec son posture de contrôle, elle n’est pas naturelle…j’attends qu’elle tourne la tête vers moi pour lui faire comprendre avec ma main de quitter la pièce pour le laisser seul un moment afin de voir sa réaction. J’ignore si elle est douée pour me déchiffrer ou si on est sur la même longueur d’onde, mais elle comprend rapidement et trouve un prétexte pour qu’il soit seul.

Mon envie de me jeter sur lui est forte, mais une attaque de front sans connaître l’ennemi ni son objectif est trop dangereux.
Il ne bouge pas de suite après qu’elle soit sortie, mais il finit par retirer sa main de la table qui semble le faire souffrir suffisamment pour qu’il la secoue comme pour se débarrasser de quelque chose coincé dedans.

-   Ah la garce, elle a essayé de me piéger avec sa poudre, elle se méfie je dois vite trouver ce foutu carnet.

Un carnet ? mais de quoi il parle ? il serait venu ici juste pour ça…je le vois se lever, méfiant, je dois me cacher plus loin pour ne pas être repéré tout en le gardant à l’œil, mais il bacle le travail et je peux revenir aisément, pour le voir fouiller les tiroirs, et placard, sortir chaque livre sans ne rien trouver. Mais il semble vite s’impatienter.

-   Il m’a dit que ce carnet était précieux pour elle, je ne la vois pas le conserver à portée de n’importe qui. Il doit être dans une salle privée…merde…

Cette fois il arrive en trombe et j’ai tout juste le temps de m’esquiver, si bien qu’il s’arrête un instant pour regarder autour de lui. Reprenant sa route à l’opposé de l’endroit où Lyadril est allée, je me dépêche de la retrouver, prenant sa main je la guide pour qu’elle me suive.

-   Tu as géré, bravo, ce n’est pas un humain, j’ai gouté son sang tombé à l’entrée… il cherche un carnet qui semble important…


En le disant discrètement mais à voix haute malgré tout, j’ai un déclic, je me rappelle l’existence de deux carnets qui pourraient correspondre, celui dans lequel j’ai appris l’elfique et qui était un cadeau pour Az’Kharel, ou celui que tu gardais précieusement et que j’ai découvert lors de notre cours de ce matin…Si c’est bien lui qui a envoyé l’intrus alors ma main à couper que c’est l’un de ces deux-là.

-   Ce type, il me dit quelque chose mais impossible de me rappeler précisément…


La prenant instinctivement contre moi pour la cacher alors qu’il s’approchait dangereusement, je ne le quitte pas du regard, tachant de me rappeler où je l’avais vu…si c’est bien un démon, je l’aurais croisé en enfer, donc soit sur le champ de bataille soit dans l’armée entre les combats…Attends…je prends le risque de sortir plus la tête pour mieux le voir, essayant de l’imaginer avec une autre apparence…plus grand…plus grand même que moi…des yeux bleus perdus dans les flammes. EUREKA ! Cela étant ça n’est pas une bonne nouvelle.

-   C’est Virgil, je ne l’avais pas reconnu sous cette apparence, et ça fait longtemps, mais il était déjà lieutenant de ton père à l’époque, ça ne te dit rien ? murmures-je dans son oreille alors qu’elle est toujours blottie contre moi.


Ce type est dangereux, en même temps le tuer sera suspect et pourrait ramener plus de menaces ici…que faire ?
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le mercredi 17 septembre 2025, 00:51:02
Lyadril ne laisse rien paraître à son nouveau patient. Elle agit comme à son habitude : gestes précis, voix calme, masque imperturbable. Pourtant, une chose est sûre : cet homme n’est pas humain. Son odeur porte une trace à peine perceptible de soufre, assez pour éveiller son instinct de demi-démone. Elle applique la compresse de désinfectant sur la plaie avec lenteur, comme si chaque geste n’était qu’un simple protocole médical, alors qu’en réalité elle calcule ses options. Soigner, oui, mais à sa manière. Elle ne répétera pas ce qu’elle a fait avec Réo.

Et justement, en pensant à lui, ses yeux glissent un instant vers le coin du couloir… et elle croit deviner une silhouette.

"Veuillez m’excuser, mais je dois avouer que vous me troublez. Je ne peux vous recoudre le bras si je n’ai pas d’anesthésiant local."

Un sourire feint, presque charmeur, étire ses lèvres.
"Je vais de ce pas dans ma salle de préparation. Le temps de l’aller-retour puis de vous recoudre, vous serez sorti et rétabli d’ici une heure, deux tout au plus."

Sans lui laisser le temps de répondre, elle s’éclipse. Dans l’ombre, sous la passerelle, une main saisit la sienne : Réo. En d’autres circonstances, elle aurait vivement retiré ce contact. Pas cette fois. Pas alors que chaque seconde compte.

-   Tu as géré, bravo, ce n’est pas un humain, j’ai gouté son sang tombé à l’entrée… il cherche un carnet qui semble important…

"Tu oublies à qui tu as affaire." souffle-t-elle avec un éclat de malice.
"Il a presque la même odeur que toi… et il a posé sa main sur de la digitale pourpre. Un poison de contact."

Son sourire malicieux se fane aussitôt. Un carnet. Elle sait lequel. Celui que sa mère avait offert à son père, qui leur avait permis d’amplifier la magie des Arcanes au-delà de ce qu’elle aurait dû être. Son père a donc découvert la supercherie de la veille en début d'après-midi, leur rituel brisé. Son sang d’elfe pâlit, sa part démoniaque tremble déjà. Pas encore. Ni elle, ni même Réo ne sont prêts pour un combat frontal.

Quand Réo la tire brusquement contre lui, un frisson la parcourt. Pas de peur, pas même à cause du patient qu’elle a laissé seul. Non. À cause de cette proximité soudaine, de cette chaleur trop familière. Et malgré le danger, elle se surprend à la trouver… troublante. Non, pas maintenant ! Pas quand le nouveau patient peut surgir à tout instant.

-   C’est Virgil, je ne l’avais pas reconnu sous cette apparence, et ça fait longtemps, mais il était déjà lieutenant de ton père à l’époque, ça ne te dit rien ?

L’elfe rougit malgré l’urgence, ses oreilles sensibles frémissant à son souffle.
"Le nom, non. Mais… attends. Plus grand que toi, plus massif, une sorte d’armure de chair et de pierre, des flammes bleues dans ses yeux…"
Sa voix se brise un instant.
"Le seul capable de me tuer parmi tous les gradés sous mon père. Il a failli réussir, si Az’Kharel n’était pas intervenu. Il voulait ma main… mais mon père avait choisi Melkior."

Ses yeux retrouvent leur détermination.
"Laisse-moi le soigner. J’ai une idée. Il n’est pas encore allé dans la salle de préparation."

À regret, elle se dégage de ses bras et file à travers le couloir. Dans la pièce désignée, elle attrape un vieux carnet, celui qu’elle gardait caché. Pas celui des Arcanes : son carnet de poèmes qu'elle écrivait en elfique. Une sorte d'échappatoire en soi. Si Virgil ne maîtrise pas la langue, il prendra peut-être la duperie pour argent comptant.

Quand elle revient, son souffle est plus rapide, mais son masque demeure intact. Elle tient un flacon d’anesthésiant et retrouve son patient toujours assis.

"Je vais vous anesthésier localement pour vous éviter la douleur le temps de vous recoudre. Ne bougez pas, je vous prie."

Elle ne ment pas. Son bras s’engourdit bientôt sous une forte dose d’eucalyptus citronné et de menthe poivrée. Pour masquer l’odeur, elle avait déjà allumé un encens de sang de dragon, qui emplit l’air d’un voile résineux. L’aiguille suit, le fil résorbable trempé dans une décoction de jusquiame noire, de lierre et d’aconit. Quand l’anesthésie cessera, le poison commencera son travail, discret et insidieux.

Calme, appliquée, Lyadril noue le dernier point. Sa voix est douce quand elle reprend :
"J’ai pour habitude d’offrir une boisson chaude, ou froide, à mes patients en remerciement de leur confiance. Un thé noir au ginseng… cela vous conviendrait-il ?"

Je suis entre vos mains. Je crois que je n’ai pas le choix. répond-il avec un sourire faux, qui n’atteint pas ses yeux.

Elle incline la tête, sort de la salle… et, en passant, laisse glisser un clin d’œil presque imperceptible vers l’ombre où elle sait que Réo guette. Normalement, il a entendu chaque mot. La salle est proche, et elle a parlé assez fort pour lui.

Sans attendre, Lyadril passe par la porte de l'arrière-boutique et s’empresse de rentrer chez elle. Bientôt, elle revient, une tasse fumante à la main. Thé noir, parfumé de ginseng.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le mercredi 17 septembre 2025, 21:53:36
Elle a failli se marier combien de fois ? Bon en tant que fille d’Az’Kharel c’est un bon parti dans la caste infernal et elle est d’une beauté sans égal, mais…oui bon je vois le soucis, en attendant on a un démon supérieur sur les bras. Et c’est vrai que tenir Lyadril dans mes bras me fait quelque chose et m’empêche en partie d’être focus, mais elle semble avoir une idée, ayant l’avantage du terrain, je lui fais confiance la laissant disparaitre. Un moment.

Continuant d’observer Virgil maintenant que je sais son nom je ressens l’envie profonde et insidieuse de le planter par surprise, complice des tortures que j’ai subis, mais aussi inconsciemment parce qu’il a osé prétendre à Lyadril sans parler de sa tentative de meurtre…Mais le risque est trop grand si je loupe mon coup et qu’il s’enfuit alors il préviendra son patron, et ça c’est dans le cas où il ne me fait pas la peau, parce qu’en toute objectivité, malgré mes talents au combat je n’ai jamais pu le vaincre à l’entrainement…alors je me mords la joue de rage quand Lyadril revient me tendant un carnet me faisant comprendre que je dois m’arranger pour qu’il le trouve.

Pas le temps de lui poser de question qu’elle repart avec lui sous prétexte de l’anesthésier localement, profitant des soins, je cherche un endroit où le planquer de façon crédible, et je repense au meuble qui dissimule l’accès aux enfers…au-delà d’une porte, c’est un vrai meuble, et en tant que démon il devrait sentir l’essence du royaume, s’il pense que Lya a encore un peu d’affection pour son père…c’est jouable.

"J’ai pour habitude d’offrir une boisson chaude, ou froide, à mes patients en remerciement de leur confiance. Un thé noir au ginseng… cela vous conviendrait-il ?"

J’ai compris, la fouille va reprendre dès qu’elle aura le dos tourné. Je me dépêche de ranger le carnet dans l’armoire m’arrangeant pour rester à proximité, en toute logique il va devoir passer à coté du corridor pour fouiller la boutique, j’en profiterai à ce moment là pour le rameuter ici.

Laissant Lya passer, lui faisant comprendre où je l’avais planqué, je l’entend se mettre en action quand la porte de la maison claque. Je n’ai pas beaucoup de temps, j’entrouvre la porte du placard, la refermant assez brutalement pour attirer son attention. Je n’ai que le coté du meuble pour me masquer, s’il va trop loin je suis cuit, mais comme je l’espérais il s’arrête pour le regarder.

-   Sa porte d’accès…mon seigneur semblait penser qu’il pourrait se trouver symboliquement à proximité…

Je n’y crois pas, il croit que sa fille a encore de la nostalgie pour lui ? Je dois retenir un rire alors qu’il ouvre la porte et trouve ce que j’y ai planqué.

-   De l’elfique ? Ce doit être ça…il ne me reste plus qu’à enlever cette petite ingrate au cas où j’ai été trompé, et Az’Kharel serai ravi de revoir sa fille pour l’emprisonner entre quatre murs…

Merde…il veut l’enlever en plus ? Je ne le laisserai pas la toucher, il fuit entendant les pas de Lya approcher, mais sans réfléchir, je sors mes Karambits et lui plante dans le dos, lui faisant pousser un cri de douleur, mais j’ai juste le temps de ressortir mes lames qu’il tente un coup violent en pivotant que j’esquive de justesse.

-   Laisse tomber Virgil, tu ne la ramèneras pas là-bas.

En position de défense mais prêt à attaquer, je suis fébrile, bordel qu’est ce qui m’a pris de l’attaquer sans même le tuer sur le coup ?

-   Tiens, Réo, qu’est ce que tu fais là gamin ? Tu te mêles de nos affaires maintenant ?

C’est à ce moment que Lyadril pousse la porte avec le thé en main, m’interposant par réflexe.

-   Dernier avertissement Virgil, ne crois pas que je sois le même qu’à l’époque.

-   Bla bla bla…il fait des aller-retour dans le couloir comme pour montrer sa possession des lieux…tu parles beaucoup, mais t’agis pas. C’est bien tout ce qu’on t’a toujours reproché.

Son ton est calme au point que je sens les frissons me parcourir, il sait pertinemment que je ne suis pas de taille malgré ce que je dis, et de base j’aurais déjà déployé mes ailes et serait parti…

-   Mais là tu dépasses les bornes à tourner autour de sa fille.

Sa taille augmente, ses cornes ressortent, il est maintenant plus grand que moi d’une tête…

-   LYADRIL FUIS !

J’esquive de justesse son premier coup qui finit dans le mur, j’ai la chance que son bras soit anesthésié, autrement ses reflexes seraient bien plus inquiétant. Sortant tout mon attirail démoniaque abandonnant ma forme humaine, je tente de le frapper, pour qu’il se concentre sur moi et l’emmener dehors où j’aurai plus de liberté de mouvement.

-   Tu sais quoi gamin ? Toi aussi je vais t’emmener, le boss est impatient de te revoir !

Son sabre m’effleure mais m’entaille le bras sur la longueur, je sens la plaie me bruler alors que les murs de la boutique pâtisse de notre affrontement.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le jeudi 18 septembre 2025, 01:27:30
La porte de l’arrière-boutique cède dans un grincement discret.

Lyadril entre, le plateau entre les mains, une tasse en grès fumante posée dessus. Mais son pas se fige immédiatement. Ses yeux, d’abord surpris, s’écarquillent. Virgil est là, debout, menaçant, et Réo. Réo s’interpose devant elle comme un rempart. Le choc la traverse si fort qu’elle en relâche la tasse : le thé noir au ginseng s’éclate au sol, éclaboussant le bois d’une flaque brûlante.

Un battement de cœur trop fort. Puis un souffle.
À l’intérieur d’elle, la fureur succubique s’éveille, sifflante, glaciale. Ses lèvres s’ouvrent, et sa voix file en démonique, plus basse, plus tranchante que jamais :

"Veythra’ss, Virgil ?"("Jaloux, Virgil ? Est-ce donc cela ?")
Ses pupilles se rétrécissent, serpentines. Du vert émeraude passant au rouge grenat transparent.

«Sharr’thul ven’dral, Lyadril…» («Insolente créature, Lyadril…»)
Son rictus dévoile un éclat carnassier.

"Drel’khaz vel’thar, ak’shul sharr az’kareth ?" ("Tu voulais m’épouser uniquement pour mon sang et mon statut ?")
Un pas en avant, chaque mot craché comme un venin. Ses cornes apparaissent.

«Kaelthir draeth vel’zarh, ul’kresh nareth drel’khaz !» («Ton cœur ne t’appartient pas, il est un présent pour le sang des Enfers !»)
Un pas en avant, ses yeux brûlants d’un éclat infernal.

"Dreth’kaan, vel shorath kahl drenn ? Thrazh ul’ken !" ("Tu crois encore pouvoir me lier par des chaînes et des murs ? Tu te trompes lourdement.")
Elle lève le menton, défiante, ses ailes sortent de son dos, frémissantes de colère.

«Vel’thar zhaarn Az’Kharel… dreth’kaan ul’sharr !» («Ton père Az’Kharel l’a décrété… tu ne peux y échapper !»)
Il avance encore, sa voix se faisant plus sifflante, presque persuasive malgré la menace.

"Kaelthir vel’shaarn… drael kaelthir vel shaan. Ul’kresh nazzath !» ("Mon cœur, je le donnerai à qui je veux. Et jamais tu ne le posséderas.")
Des griffes acérées terminent ses doigts.

«Kaelthir nazzath… thrazh vel’kaan ul’zareth.» («Ton cœur… je le briserai avant qu’un autre ne l’obtienne.»)

Le duel verbal en démonique claque dans l’air comme une bataille invisible, chaque phrase un coup porté, chaque mot un fragment de pouvoir ancestral.

Un silence. Son propre souffle pulse à ses tempes, mais la démone ne détourne pas le regard. Réo crie, lui ordonne de fuir. Et, contre toute attente, elle lui obéit. Elle pivote brusquement, sa robe devenant noire aux reflets verts, fouette l’air, et disparaît dans le couloir. Virgil reste interdit une fraction de seconde : Lyadril, la fille d’Az’Kharel, écouter un ordre d’un autre ? Son rictus se fige, choqué.

Mais la propriétaire ne fuit pas vraiment. Elle contourne l’herboristerie, rapide et silencieuse, pour réapparaître par l’entrée principale. Ses pas la guident sans hésiter vers la salle des poisons, ce sanctuaire interdit où même l’air semble chargé de mort. Elle ouvre une alcôve, ses doigts tremblants mais précis, et saisit fioles et poudres. Quelques gestes rapides, presque mécaniques : elle assemble, broie, mélange. Une poudre à inhaler, paralysante, plus que suffisante pour affaiblir ou terrasser même un démon supérieur si elle atteint ses muqueuses.

Son plan est simple. Et risqué.
Lyadril sait qu’elle devra se sacrifier comme appât.

Elle ressort par l’arrière-boutique, chaque pas mesuré, presque silencieux, son esprit concentré sur le démon supérieur et son invité. Son cœur se serre soudain : un deuxième démon ? Où est Réo ? Puis l’évidence s’impose… le second démon ne peut être que lui. Une tension électrique parcourt son corps, et pour la première fois, elle laisse son aura succubique vibrer avec contrôle, subtile mais irrésistible, un appel invisible destiné à captiver Virgil.

Ses yeux ne trompent pas : il la repère instantanément. Avant qu’elle ne puisse réagir, sa main énorme se referme sur son bras, ses griffes s’enfonçant dans sa chair fine. Il la soulève, la plaçant à hauteur de son visage, et la douleur mordante se mêle à l’adrénaline. Lyadril inspire lentement, son corps tremblant presque sous l’effort, mais elle ne bronche pas. Au contraire, elle se penche légèrement vers lui, ses lèvres esquissant un sourire cruel et résigné, défiant sa force et jouant de son magnétisme interdit.

Autour d’eux, l’air semble saturé de tension et de danger, vibrant de l’énergie de leur confrontation. Le parfum de Lyadril — chaud, sauvage, envoûtant — se mêle à celui de Virgil, un mélange de soufre et de menace. Chaque mouvement, chaque souffle devient une arme, chaque regard un duel silencieux. Ses pensées s’affolent un instant : elle doit attirer son attention, le manipuler, gagner le temps nécessaire pour que Réo intervienne. Et dans ce ballet de pouvoir et de désir latent, elle sent une étrange force en elle, à la fois arme et protection, prête à basculer d’une seconde à l’autre dans l’assaut ou l’illusion, selon son choix.

Un souffle.
Juste un souffle.

La poudre vole, blanchissant l’air entre eux, s’infiltrant dans les yeux, les narines, la gorge du démon. Virgil tousse, ses muscles se raidissent, sa peau sombre se tend sous l’effet du poison.

Lyadril le regarde, ses yeux rouges sang luisant d’une froide détermination. Elle sait que Réo est là, à quelques mètres, prêt à intervenir. Mais l’issue ? Elle ne la connaît pas encore.

La scène se fige dans une tension brutale : Virgil chancelle, Réo est armé, Lyadril toujours prisonnière de son étreinte. Tout peut basculer.

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Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le jeudi 18 septembre 2025, 19:48:26
Le combat vient de commencer que j’ai déjà un bras en mauvais état, l’environnement est trop exigüe et je ne peux pas me déployer comme je veux, à part gagner du temps pour trouver une idée je n’ai pas de solution. Mais au moins Lyadril est partie se mettre en sécurité loin de lui, je dois juste lui laisser assez de temps pour être hors de portée. Les choses de mon coté ne sont pas au beau fixe cela dit, j’ai l’impression que mon bras est en feu, ce qui n’est pas normal…son épée doit avoir quelque chose de particulier.

Mais je sers les dents pour le bouger malgré tout, reprendre mon arme en main, juste avant qu’il ne fonde sur moi, nos lames s’entrechoquent ma colère et ma haine augmentant toujours plus me faisant presque oublier ma peur, car j’ai autre chose à protéger pour la première fois que ma petite personne. La soigneuse ou l’alliance, j’ignore pour lequel des deux je me bats, mais la différence de niveau est trop grande. Les coups pleuvent et je peine à suivre le rythme, mon bras me fait de plus en plus mal ce qui affecte ma précision et ma vitesse et je m’apprête à être empalé par son épée lorsqu’il s’arrête soudainement.

Attend, pourquoi il s’arrête avant de se retourner ? Je vois alors Lyadril au fond du couloir lui faisant face.

-   Je t’ai dit de partir ! Qu’est ce qui te prend ?

Je sens mon cœur s’arrêter un instant quant il se dirige vers elle avant que j’ai le temps de bouger, tombant même à genoux de fatigue, je ne suis que spectateur quand je le vois la soulever du sol pour planter ses griffes tout en voyant du sang couler le long de son bras pour tâcher le sol. Je suis pris d'images, je la vois face à son père, torturer sans fin, brisée, et je ressens une nausée montée en moi et une envie de vomir de plus en plus présente en imaginant ce cas de figure...

*Non…je…elle ne mourra pas ! JE LUI INTERDIT !*

Malgré la fatigue, je trouve la force de me relever, plus enragé que jamais, mes yeux naturellement violets se perdent dans un orange vif, alors que je perçois une faiblesse chez Virgil qui le fait tituber et lâcher son épée, Lyadril profite de sa faiblesse pour le frapper au visage et se libérer. A partir de cet instant je n’ai aucun souvenir, si ce n’est que devant moi l’épée du démon supérieur le transperce de part en part, et que je suis celui qui tient l’épée le faisant s’écrouler au sol, inconscient, mais pas mort. C’est un cafard il lui en faut plus. Une fois neutralisé, je vois Lyadril, vivante, et j’ignore comment la situation a pu tourner ainsi mais on s’en sort, alors que je m’écroule à mon tour.

La douleur dans le bras me reprend et je dois serrer les dents pour ne pas crier, mais je dis à Lyadril de le soigner si elle peut lui effacer le souvenir de m’avoir vu et du combat, qu’il reparte juste avec le faux carnet.

-   Si…il meurt maintenant…c’est ton père qui viendra, et on n’est pas prêt…sauves le pour mieux lui faire la peau la prochaine fois.

Je sens bien que l’idée lui déplait, mais je fais appel à sa logique, alors que je me relève difficilement pour me mettre dans sa salle de soin, pour la deuxième fois en trois jours, décidément je vais lui prendre une carte de fidélité à ce rythme.

La voyant faire, je réalise que la douleur s’appaise par sa simple présence et la savoir de nouveau en sécurité…mais ce n’est que de la chance, je ne dois pas me leurrer, si je veux la protéger, je dois maîtriser les arcanes, et rapidement, même si elle a peur des conséquences, je préfère en payer le prix que de l’imaginer sans vie dans mes bras…me faisant réaliser que je tiens plus à elle que je ne le pensais, et pas qu’en tant qu’alliée…amie ? je l’ignore je n’ai jamais ressenti le besoin d’en avoir à part Louis, mais ça n’est pas tout à fait pareil, comment connaître la différence entre amitié et sentiments plus profond ? Je finis par fermer les yeux de fatigue et de douleur avec cette question en suspend…
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le vendredi 19 septembre 2025, 01:39:44
Lyadril entend Réo crier, sa voix rugir au-dessus du chaos :
-   Je t’ai dit de partir ! Qu’est ce qui te prend ?

La démone n’y répond pas. Pas un mot. Son esprit est trop concentré, tout entier tendu vers l’aura succubique qu’elle projette sur Virgil, ce filet invisible qui s’enroule autour de lui, qui l’entrave assez pour qu’il chancelle, vacille. Quand elle arrête d’un coup, comme on brise une corde tendue à l’excès, la douleur remonte brutalement le long de son bras transpercé par les griffes. Ses dents se serrent, son visage se ferme : elle ne veut rien laisser voir. Pas devant Virgil. Encore moins devant Réo.

Et soudain, tout bascule. L’épée du démon supérieur, retournée contre lui, jaillit dans sa propre chair. Réo, les yeux consumés par une rage presque irréelle, tient la garde. Virgil titube, lâche prise, et c’est l’ouverture. Lyadril, encore soulevée, rassemble ses dernières forces et abat son poing valide de toutes ses forces contre la tempe du démon. Un coup sec, libérateur. Son bras meurtri tremble, mais elle retombe libre, haletante.

Un instant de répit. Elle n’en profite pas. Déjà, elle court. La porte d’entrée de l’herboristerie claque, et d’une main fébrile, elle fixe à la hâte un mot griffonné :

«BOUTIQUE FERMÉE — MALADIE CONTAGIEUSE. CONSULTEZ LES MÉDECINS DE LA VILLE.»

Un leurre. Un écran. Elle sait qu’elle n’a que peu de temps avant que des curieux n’arrivent.

Elle revient aussitôt. Son regard tombe sur Réo, effondré, pâle, mais vivant. Et Virgil, inconscient, lourd, menaçant même dans sa chute. La colère monte. Réo lui a demandé de le soigner, de lui sauver la vie. Un goût amer lui serre la gorge — sauver un monstre, protéger un geôlier. Ses yeux brillent un instant d’une rancune farouche, mais elle obéit. Parce que Réo l’a demandé.

Sous sa forme démoniaque, ses ailes d'un violet profond se déploient, ses muscles se bandent malgré la douleur. Elle glisse un bras sous les épaules de Réo, le soulève tant bien que mal, le serre contre elle. Ses crocs se découvrent sous l’effort, mais elle parvient à le transporter jusqu’à la chambre qu’elle lui a prêtée. Elle le dépose doucement sur le lit, effleure ses cheveux d’un geste qui trahit son inquiétude, puis repart.

La deuxième charge est pire. Virgil, même inconscient, est massif. Sa peau sombre est dure comme la pierre, ses cornes raclent le cadre de la porte quand elle le traîne jusqu’à la salle de soins. Elle ne peut pas le hisser sur la table : trop grand, trop lourd. Alors elle abandonne sa forme démoniaque, reprenant ses traits elfiques, sa silhouette plus fine. Ses mains tremblent légèrement quand elle allume quatre chandelles vert sombre et trace un cercle de cendre de saule — mais en sourdine, déjà en alerte pour effacer toute trace après. Puis, dans son mortier elle prépare une décoction à base de racines et d’herbes broyées avec une rapidité rituelle : mandragore, silphium, miel noir.

Elle imbibe le linge et le presse contre le visage du démon supérieur ; les effluves le plongent dans une somnolence lourde. Puis, sans flamboiement ostentatoire, elle ouvre un passage ténu avec les Arcanes, une piqûre discrète de mémoire qui désassemble les images récentes — le combat, le visage de Réo — et les remplace par de vagues impressions de triomphe et de fatigue. Elle murmure, pose deux doigts sur son front, laisse circuler son sang, laisse la magie s’insinuer comme un baume froid.

Quand elle retire ses doigts, une lueur verte effleure Virgil ; il murmure, se redresse maladroitement, serre le vieux carnet truqué contre sa poitrine, se lève et s’éloigne. Il est confus, désorienté, et sort comme prévu.

Les traces du rituel disparaissent aussitôt : rien ne subsiste pour quiconque ne s’aperçoive de l’intervention.

Mais la magie a un prix. Une douleur violente et brûlante éclate dans sa paume gauche, exactement là où se redessine déjà, invisible aux yeux des profanes, la moitié de rune qu’elle partage avec Réo — une preuve indélébile de leur serment. Ses doigts se crispent un instant, mais elle serre les dents, ne laisse rien paraître. La brûlure s’éteint en quelques secondes, ne laissant qu’une marque imperceptible pour les non-initiés.

Lyadril n’a pas le luxe de savourer ce succès. Elle ferme les portes, verrouille l’herboristerie, rassemble d’une main tout le nécessaire médical, et file jusqu’à la chambre où repose Réo. Chaque pas accentue la douleur de son bras encore sanglant, mais elle s’en moque. Son cœur bat trop fort. Est-ce le lien du sang ? Est-ce autre chose ? La question la ronge, sans réponse.

Lorsque la propriétaire de la maison entre, l’odeur du sang la saisit. Elle se penche sur le bras de Réo et son visage se durcit. Les veines autour de la plaie sont gonflées, presque noires. Elle reconnaît l’empreinte : un poison rare, mortel — le venin d’anémone des abysses. Le même que celui qu’elle avait déjà combattu jadis, semblable au poison de scorpion, mais plus insidieux.

Sans attendre, l'herboriste broie racines et feuilles, prépare une pâte qu’elle applique sur la plaie, la recouvre d’un linge imbibé d’alcool et de sel pour aspirer le venin. Ses mains tremblent mais ne s’arrêtent pas.

Chaque geste est rapide, précis, rythmé par l’urgence.

Quand la jeune femme relève enfin les yeux, Réo dort d’un sommeil lourd, son souffle un peu plus régulier. Elle, épuisée, n’a pas pris la peine de refermer sa propre plaie, son bras encore suintant de sang et marqué des griffes de Virgil. Elle s’assoit au bord du lit, pose sa tête sur le drap, près de lui. Ses yeux se ferment malgré elle.

La chambre se fige dans un calme fragile, la lueur du jour mourant lentement, peignant leurs silhouettes. Entre eux, une question suspendue, un avenir incertain.

Et le silence, enfin.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le vendredi 19 septembre 2025, 22:38:47
La lumière du soleil traversant les fenêtres me réveille de ma torpeur, les yeux piquants je place comme je peux ma main pour arrêter d’être ébloui le temps que je reprenne mes esprits. Je me souviens alors du combat contre Virgil, j’ai failli y passer encore pour la seconde fois en trois jours, je me redresse pour m’assoir lorsque je sens une main là où je pose la mienne. Je vois alors Lyadril inconsciente, je me souviens alors lui avoir demandé de soigner notre ennemi, puis elle m’a soigné moi…mais je vois les draps en sang et les marques de griffes dans sa chair n’ont pas été soignés, et ne voyant aucun matériel, je réalise tardivement qu’elle a soigné tout le monde sauf elle.

Je me lève soudainement du lit, tentant de rassembler mes idées, je ne suis pas sur qu’elle ai du désinfectant qu’on trouve en pharmacie ici, pourtant elle doit être soignée…je prends son pouls, elle ne semble pas en danger immédiat, je la soulève et la ramène dans sa boutique, n'osant pas entrer dans l'intimité de sa chambre, profitant des lieux j’ai le temps de fouiller les carnets dans sa boutique pour trouver une indication sur comment la soigner. A cet instant je n’ai pas de pensée parasite, concentré sur une seul tâche, je trouve quelques carnets, certains écrits en elfique, d’autre en démonique.

Les notes en démoniques sont pour les poisons, une fois ce constat fait, je me concentre sur tous les écrits en elfique. Lisant des pages en vitesse pour trouver un remède, je ne suis pas capable de tout comprendre au langage technique. Je me base alors sur l’essentiel, pour désinfecter il faut de la lavande, du thym, et de la camomille pour la cicatrisation.

Fouillant mes souvenirs sur les gestes qu’elle fait quand elle prépare un onguent, je chope un mortier et broies les plantes comme je peux, ajoutant du miel pour que ça tienne sur ses plaies. Espérant que ça n’aggrave rien, j’applique la pate sur ses plaies, de façon maladroite, je dois récupérer un trop plein sur une des plaies pour réussir à toutes les couvrir, puis arrachant une de mes manches, je recouvre le tout en faisant un nœud, avant de la porter dans mes bras. Je réalise alors combien elle est légère, et la dépose sur un lit propre, caressant ses cheveux et son front.

-   Repose-toi, je ne vais pas rester les bras croisés en attendant.

Prenant les draps sales, je fouille un moment pour trouver la machine à laver rangée dans le sous-sol, à peine le temps de le dire, les draps sont chargés dedans et le programme lancé. En attendant, la situation m’a permis de réaliser que si elle est blessée je ne suis pas en mesure d’être efficace pour la soigner, et l’alliance finirait aussi vite qu’elle a commencée. Alors l’urgence passée, et restant à son chevet, je me penche sur ses carnets de note pour me perfectionner aux soins, ça sera toujours utile de toute manière.

Cela étant, si l’apprentissage de l’elfique avait été surprenamment simple, les subtilités et les mots technique liés à l’herboristerie et à la curation sont une autre paire de manche, retenir le nom de chaque plante, leur aspect et leur capacité curative dans le détail me semble être un labyrinthe ou une œuvre de Tolkien, obligé de relire plusieurs pages précédentes pour comprendre ce que racontes les pages suivantes, et dès que je pense avoir compris, je m’y perds à nouveau. Je finis par avoir mal à la tête…

Les heures passent et elle ne se réveille toujours pas, ses blessures ne semblent pas infectées, c’est déjà ça, je la laisse continuer à se reposer. J’ai déjà étendu les draps lors de ma pause de lecture, et ai commencé à préparer le repas, un risotto de betteraves en entrée, un bobun avec un bouillon à bases d’herbes aromatiques, et en entrée un cheesecake de matcha qui repose dans le frigo.

Retournant m’assoir près d’elle, mon inquiétude grandit…je me souviens alors la charge furieuse que j’ai lancé lors de notre combat alors qu’elle était en danger…sans vraiment faire attention à ce que je fais, je prends sa main dans la mienne, posant mon front dessus je reste à ses côtés, attendant un signe d’amélioration…elle semble apaisée, sans son masque habituel je réalise que je la vois pour la première fois naturelle, sans faux semblant, sans gêne, sans colère, juste…sereine, mon cœur accélère un peu, alors que je dépose un baiser sur sa main, hésitant, mais ne pouvant me retenir…

-   Ne me laisse pas Lya’ je t’en prie…

La nuit commence à tomber, et je ne lache que pour allumer la bougie à coté…mais alors que je comptais prendre une allumette, je veux l’allumer via les arcanes, me souvenant la leçon de se matin qu’elle m’a donné. Seulement je ne souhaite pas reproduire mes exploits qui risqueraient de mettre le feu à sa boutique. Alors posant ma main au dessus de la mèche, à cinq centimètres comme elle m’a appris, je fixe mon objectif…ressens l’énergie de la bougie, ce qu’elle me dit, et dans un souffle naturel

-   Nai gilthoniel (que la lumière brille)

Et sans effort supplémentaire, la flamme apparait, là où j’avais échoué ce matin en utilisant l’elfique…c’est au même moment que je sens ma main dans la tienne être serrée. Tournant la tête, je la vois commencer à ouvrir les yeux, un sourire incontrôlé dessinant mon visage, je fais au mieux pour le dissimuler. Mais au fond je suis rassuré de la voir éveillé, et plus encore…

-   Tout vas bien, tu es en sécurité…prends le temps qu’il faut.

Réflexe ou acte manquée, je dépose mes lèvres sur son front.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le samedi 20 septembre 2025, 00:24:46
Un frisson la traverse dans son sommeil, imperceptible, quand la main de Réo effleure ses cheveux. Son corps fatigué réagit malgré elle, comme si une part enfouie cherchait ce réconfort qu’elle s’interdit d’ordinaire. Les ténèbres de son inconscience la retiennent encore, mais sa conscience vacille au bord d’un rêve.

Puis viennent des mots, un murmure comme une prière, si proches qu’ils semblent résonner dans son propre esprit :

-   Ne me laisse pas Lya’ je t’en prie…

Lyadril croit d’abord rêver. Mais ce timbre… ce souffle brisé… cela sonne trop vrai. Et dans cette zone trouble entre veille et sommeil, elle sent une chaleur sur le dos de sa main, comme si un baiser s’y était déposé. Son cœur se serre. Un songe ? Une illusion née de la fatigue ? Elle n’ose y croire. Pourtant, ses doigts bougent d’eux-mêmes, pressant faiblement la main qui tient la sienne.

Sa respiration s’accélère alors qu’elle lutte pour remonter à la surface. Ses paupières papillonnent, puis s’ouvrent enfin.

La lumière de la chandelle la pique un instant, l'herboriste écarquille les yeux, interdite. Ce n’est pas la chambre d’ami où elle avait laissé Réo… mais sa propre boutique. Un bref vertige la prend, et elle doit inspirer profondément pour chasser la confusion. Son regard tombe alors sur lui, assis tout près, un sourire qu’il tente maladroitement de contenir au coin des lèvres.

L'elfe baisse instinctivement les yeux vers son bras blessé. Ses plaies ont été pansées. Et le tissu qui les recouvre… elle reconnaît la matière et la couleur. Ce n’est pas un linge de sa réserve, mais une manche arrachée à la chemise de Réo. Ses joues s’embrasent aussitôt, sans masque, sans contrôle.

"Réo…"

Sa voix est basse, rauque, encore marquée par l’épuisement. Elle ne lâche pas sa main pourtant ; au contraire, ses doigts s’y accrochent avec une douceur fragile. Lentement, elle s’assoit, chancelante. Sa main libre, tremblante, se pose contre son torse, juste au niveau de son cœur, comme pour s’assurer qu’il bat bien, qu’il est là, vivant.

Ses lèvres s’entrouvrent, et en démonique, le mot s’échappe, chargé d’une sincérité brute, presque douloureuse :

"Ash’kareth." (Merci.)

Le monde tangue un peu autour d’elle, ses tempes bourdonnent à cause du sang qu’elle a perdu, mais son regard ne quitte pas celui de Réo. Lorsqu’il dépose un baiser léger sur son front, elle ferme les yeux, submergée. Un soupir lui échappe, mélange de soulagement et de trouble.

Et, portée par une impulsion qu’elle ne maîtrise pas, elle relève le visage et lui vole un baiser. Rapide, presque maladroit, mais brûlant d’authenticité. Aussitôt, elle recule vivement la tête, les yeux agrandis, comme pour s’excuser de cet élan qu’elle n’aurait pas dû avoir.

Pourtant… elle ne retire pas sa main posée contre son torse. Pas plus qu’elle ne desserre celle qui tient encore la sienne. Son souffle s’accroche à ses lèvres, comme si le baiser volé résonnait encore entre eux. Son corps tremble légèrement, non pas de faiblesse cette fois, mais d’une émotion plus vive, plus déroutante. Elle ne comprend pas comment elle a pu céder si vite, elle qui s’est toujours enfermée derrière des masques de froideur et de contrôle.

Qu’ai-je fait ? La question la martèle, implacable. Son masque de pierre, si soigneusement maintenu depuis des années, s’est fissuré en un instant, balayé par la peur de le perdre et par ce besoin irrépressible d’être sûre qu’il était encore là, auprès d’elle.

Ses mains refusent d’obéir. L’une serre encore la sienne avec une douceur presque fragile, l’autre reste posée sur son torse, sentant battre ce cœur qui la trouble plus qu’elle ne l’admet. Son visage s’embrase, ses joues en feu. Ce n’est pas de la honte… pas vraiment. C’est un vertige qu’elle n’avait plus ressenti depuis longtemps, une faille béante dans les murailles qu’elle croyait infranchissables.

Et soudain, comme si elle reprenait conscience d’elle-même, elle retire vivement ses mains, presque brusquement, comme si le contact l’avait brûlée. Elle détourne le regard, incapable de soutenir ses yeux, son souffle court.

"Je… je suis désolée…" balbutie-t-elle, la voix plus fragile qu’elle ne l’aurait voulu, étranglée par la gêne.

Ses doigts se crispent sur ses genoux. Elle n’a plus rien de la soigneuse froide et sûre d’elle, seulement une femme qui s’est laissée dépasser par son propre cœur.

Et, comme si ses barrières se brisaient encore un peu plus, les mots lui échappent dans la langue de son peuple, glissés dans un souffle à peine audible :

"Im aphado aníron… i-baw nîn síla…" (J’ai eu peur pour toi… mon cœur tremblait…)

La jeune femme se mord aussitôt la lèvre, consciente de ce qu’elle vient d’avouer. Le rouge de ses joues s’intensifie, et elle baisse la tête, incapable de reprendre son masque.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le samedi 20 septembre 2025, 13:33:14
"Réo…"

Surprise et soulagement me prennent au corps à l’entente de mon nom lorsqu’elle ouvre les yeux. Elle est vivante.  Se redresse trop vite à mon goût après l’avoir veillé tout l’après-midi. Je crains qu’elle ne s’effondre à nouveau…mais je perds mes mots et le fil de mes pensées quand je sens sa main sur mon torse. Une douce chaleur dans ma poitrine me prend n’était pas aidé par la prise de nos mains qui se referment l’une sur l’autre.

Ses cheveux en bataille tombant devant son regard, et la pluie d’expression qu’elle laisse passer sans le moindre filtre lors de sa phase d’éveil. Cette cassure de l’image parfaite qu’elle s’efforce à construire lui donne, toute attente, ce petit côté charmant. Préférant le naturel aux faux-semblants, je suis d’autant plus touché par cette femme au caractère si bien trempé, qui au fond mériterait d’être punie pour ne pas avoir obéi, ce n’est pas tant l’orgueil que ma peur de la perdre sous mes yeux qui me guide à ce genre de pensée…Ma main libre vient alors soutenir la sienne contre mon torse, caressant sa peau du bout des doigts, lui montrant que je vais bien, ayant également besoin de ce contact pour m’assurer que c’est la réalité, et qu’elle est devant moi.
Elle ouvre alors les lèvres et mon souffle se coupe, le temps s’arrête pendu aux mots qu’elle va prononcer…

"Ash’kareth." (Merci.)

C’est un mot simple, qu’on entend tous les jours pour peu qu’on s’en donne les moyens, pourtant, de sa bouche, avec sa voix, son intonation transmet à mes yeux la plus sincère des reconnaissances et me fait rosir les joues alors que je soutiens son regard pour ne rien laisse paraitre de ma pertur…..

Je perds mes mots et mon esprit se vide alors que je sens un contact doux mais emplie de sincérité sur mes lèvres, il me faut un instant avant de réaliser qu’elle vient de me voler un baiser spontanément, je ne sais ni quoi dire, ni quoi faire, mon esprit trop occupé à gérer l’information et à chercher à comprendre ce que je ressens… elle semble aussi perturbé que moi, mais par réflexe je serre ma prise sur ses mains comme pour l’empêcher de s’échapper, parce qu’au fond je ne veux pas perdre ses mains, sa peau, sa chaleur.
Un ange passe entre nous, comme le temps en suspension, mon souffle a accéléré sans que je ne m’en rende compte, mon regard fixé sur les lèvres de l’elfe, la salive des miennes encore présente…je dois y répondre ? qu’est ce que je ressens pour elle ? que représente-t-elle ? une alliée ? un atout ? ou quelque chose de plus profond, plus intime, me perdant dans des sensations qui me sont inconnues et m’effraient…

-   Je…

J’allais commencer à parler lorsqu’elle se retire soudainement comme si je lui faisais peur, que je lui avais fait du mal, son regard me fuyant, me laissant pantois avec mes interrogations…le contact me manque déjà, et je sens mon cœur se serrant, je crois…

"Je… je suis désolée…"

Sa voix se brise, comme les vagues des tempêtes s’écrasent sur les rochers, je comprends qu’elle est tiraillée entre la gène et une envie de reprendre le contrôle mais sans y parvenir cette fois. C’est une nouvelle Lyadril que je vois, ou peut être la véritable Lyardil, qui aurait abaissé toutes ses défenses et je ressens l’envie de la prendre à nouveau dans mes bras, mais avec une aspiration différente de la première fois…ses derniers mots que j’entends à peine je ne comprends que la moitié…

"Im aphado aníron…"(J’ai eu peur pour toi…)

C’en est trop, avec une douceur qui me surprend moi-même, je m’assois sur le lit, à coté d’elle, pour l’enserrer dans mes bras délicatement, lui faisant comprendre qu’elle peut partir à tout instant, mais suffisamment fermement pour qu’elle sache que j’espère qu’elle n’en fera rien…Perdu. Désorienté. Ce genre d’attention, de sentiment ne me ressemble pas. Mon quotidien en dehors du bar ? Me servir des autres, enchainer les femmes…ne plus les revoir, ne pas m’attacher. Depuis que j’ai passé les portes de cet endroit, mes réflexes ont volé en éclat. Est-ce un effet secondaire du pacte de sang ? Mes ressentis sont ils les miens ou les siens ? Est-ce réel ? Autant de question se bousculent, et pourtant je ne la lâche pas. Je ne réalise que maintenant qu’elle est tendue, mal à l’aise, alors je n’insiste pas et relâche mon étreinte.

Gêné à l’idée d’être jugé par cette étalage de tendresse je me relève. Me souvenant qu’un repas est prêt, je trouve l’excuse providentielle pour m’absenter et reprendre mes esprits.

-   Je…j’ai préparé le repas pendant que tu dormais, ne bouge pas on va dîner ici. Ma voix est plus tremblante que je ne le voulais. Reprenant la parole avant de quitter la pièce. Et obéis cette fois.

Le ton est alors plus sec mais également remplis de tendresse, à croire qu’elle a déteint sur moi pour l’autorité. Encore une raison d’imaginer que mes sentiments ne sont plus sous mon contrôle total….

-   Ú-bedin leitha. (je ne veux pas te perdre) sors dans un souffle, à peine suffisamment fort pour qu’elle l’entende.

Mes pensées se bousculent. Mes pas sont lents. Je retarde volontairement le moment de revenir, pour me calmer. La cuisine semble si proche en cet instant…dès que j’arrive je prends le risotto de betteraves que je dépose sur un plateau. J’y ajoutes deux verres avec une carafe d’eau, pas d’alcool pour les blessés. Contrôlant ma respiration, je passe la porte de la chambre de soin…
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le samedi 20 septembre 2025, 16:06:28
Le contact de sa main sur la sienne, déjà posée sur son torse, fait frissonner Lyadril. Une sensation qu’elle n’a plus ressentie depuis longtemps. Chaque effleurement, chaque caresse du bout des doigts, lui brûle doucement la peau, la surprend… et pourtant, elle n’a pas envie de se retirer.

La surprise devient presque vertigineuse pour l’hybride lorsqu’elle le voit s’asseoir sciemment sur le lit, à côté d’elle, pour l’enserrer délicatement dans ses bras. L’espace d’un instant, la fille de l’Enfer se surprend à ai… apprécier ce contact, à espérer qu’il se prolonge encore. Mais déjà, sa voix intérieure démoniaque l’invective : "Eh ! oh ! L’herboriste ! Je te rappelle que tu as déjà perdu un être cher ! Et lui, c’est l’ex-commandant de ton père ! Tu oserais lui faire cet affront ? Tu ne peux pas te laisser aller ainsi !"

Elle ne se pensait pas si tendue pour que Réo finisse par la relâcher. Alors pourquoi ce pincement quand ses bras se défont ? Son cœur s’emballe, ses doigts tremblent, et une douce chaleur envahit ses joues.

Combien de temps a-t-elle dormi pour que son blessé ait eu le temps de préparer un repas ? N’a-t-il pas passé tout le reste de ce temps à veiller sur elle, après l’avoir soignée ?

Et obéis cette fois. dit-il en quittant la salle de soins physiques.

"Je…"

Comment lui dire qu’elle aurait été plus à l’aise de manger chez elle, en sa compagnie ? Ne pas bouger… Elle qui déteste ça. Elle tente de se lever du lit de repos, mais son corps refuse : la tête lui tourne encore, ses jambes ne la portent pas. Pas d’autre choix que de lui obéir. Et puis… pour une fois, aucun des deux n’est en danger.

-   Ú-bedin...

Que ne veut-il pas ? Lyadril cherche. Pas qu’elle bouge ? Ça, elle l’avait compris. Pas qu’elle lui fasse du mal ? Non, c’est certain : après tout, il voulait qu’elle fuie. Qu’ils soient dérangés pendant le repas ? Elle non plus ne le voudrait pas. Être un poids pour lui ? Pourtant, elle doit continuer à lui enseigner les Arcanes. La… non, ce ne peut pas être ça. Alors quoi ? La perdre ? Impossible… Et pourtant. Ils ont lié leur sang contre le Général des Légions Infernales, Az’Kharel, son propre père. Voilà, c’est cela. C’est le pacte qui parle pour eux. En tout casa, l'elfe s'en persuade. Peut-être à tort.

L’herboriste refuse d’être prise pour faible. Ses mains tremblantes remettent en place sa longue chevelure. Elle essaie encore de se lever, mais ses jambes se dérobent. Non… pas maintenant. Elle inspire profondément et se résigne.

Son regard tombe sur sa paume gauche. La brûlure a disparu, entièrement. Mais l’a-t-il vue, en la soignant ?

La soigneuse soulève ensuite son avant-bras bandé. Elle effleure le tissu, hume les effluves. Camomille. Lavande. Thym. Le démon ne s’est pas trompé. Une pointe de fierté traverse son cœur. Est-ce le lien de sang qui lui permet de le comprendre ainsi, ou bien Réo qui a appris plus vite qu’elle ne l’imaginait ? Mais cette chemise… Il n’a pas hésité à la sacrifier, à l’arracher pour panser ses blessures plutôt que chercher des linges propres. A-t-elle saigné à ce point ?

Elle ferme un instant les yeux, puis s’agrippe au rebord du lit, décidée. Ses jambes flageolent mais elle se force à se redresser. Un souffle s’échappe de ses lèvres tandis qu’elle trouve un équilibre précaire, se tenant tant bien que mal contre le bois du lit. Sa fierté refuse de la laisser clouée sur ce matelas.

C’est ainsi que, quelques instants plus tard, lorsque Réo revient avec le plateau du repas entre les mains, il découvre Lyadril debout, pâle, vacillante, mais dressée face à lui. Ses doigts crispés sur le bois témoignent de l’effort, mais dans ses yeux, il n’y a que détermination.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le samedi 20 septembre 2025, 17:26:41
Debout ! Elle est debout ? Mon cœur est partagé entre admiration et exaspération, je la vois faire preuve d’une détermination à toute épreuve. Mes habitudes se rappellent à moi malgré tout, qui suis du genre à punir quand on me désobéit. Si au départ c’est par pur amusement de ma part, dans cette situation je ressens un vrai besoin de lui inculquer la leçon de prendre soin d’elle. Ses jambes chancelantes attirent mon regard. Le plateau se retrouve alors posé rapidement pour la retenir et la forcer à se rassoir. Mes yeux percent son âme pour qu’elle ressente mon inquiétude et ma colère.

Elle passe son temps à soigner tout le monde, mais oublies la seule qui devrait compter avant tout. Son menton entre mes doigts. Mon regard ne quittant pas le sien. Mon visage approchant ses lèvres. Ma voix calme et déterminée tombe, tel un couperet.

-   Désobéi-moi encore pendant ta convalescence, et je t’attache à ce lit.

Sans un mot de plus je vais chercher le plateau qui se trouve cette fois sur la table de soin à côté de son lit. Je déplace ladite table face à nous pour commencer à dîner. Mes idées ne sont toujours pas totalement calmes. Mon cœur bat la chamade entre deux cuillères. L’autorité dont j’ai fait preuve envers elle a réveillé la version de ma personnalité que je connais d’habitude me rassurant quelques peu. Je craignais que ça ait disparu avec ce pacte.
Un ange passe entre nous, je brise le silence en raclant ma gorge…

-   Pour les soins, j’espère m’en être bien sorti, j’ai cherché en urgence dans tes carnets de note.

Je lui explique alors dans le détail ce que j’ai fait pendant son repos, je remarque pendant notre repas qu’elle semble un peu plus ouverte qu’avant ce qui ne manque pas de me dessiner un sourire. Elle semble en plus apprécié le repas et le dévore avec énergie, ce qui ne manque pas de flatter mon égo.

Cela étant, le baiser échangé continue de me travailler.

-   Je vais chercher la suite, attends-moi là.

Me mettant à prendre sa main par réflexe, mes doigts se mêlant aux siens, ils sont séparés au moment de me lever. Quittant la pièce, marchant dans le couloir. Une question. Dois-je lui parler de ce baiser. Cette question la mettrait-elle mal à l’aise ? Jetterait-elle un froid entre nous ? ou bien nous pousserait-elle à nous poser des questions sur nos ressentis. Au final ce pacte à part renforcer notre affinité magique et nous assurer de la fidélité de l’autre…je ne le connais pas vraiment. Mon instinct me dit que c’est plus complexe. Comment aurais-je pu apprendre l’elfique si vite autrement ? Si certaines connaissances sont transmises, les sentiments peuvent-ils être altérés ? Ces incertitudes finissent par me donner mal à la tête, mais je décide d’entamer le sujet en mangeant, tant qu’il y a une accalmie et pour le bien de notre alliance.

Je nous apporte les bobuns accompagnés de baguettes dans la salle, cette fois elle n’a pas bougé, en tout cas je n’ai rien remarqué.
Légèrement fébrile, j’attends un moment. Prends un verre d’eau cul-sec. Je me lance…

-   Au sujet du…enfin j’aimerai revenir sur le baiser de tout à l’heure. Que signifies-t-il pour toi ?

C’est ce qu’on appelle mettre les pieds dans le plat. Il fallait cependant crever l’abcès pour mettre les choses à plat.

-   Depuis notre rencontre, il s’est passé beaucoup de choses, et un lien s’est créer très rapidement. Un lien fort de mon coté que je ne comprends pas vraiment pour être honnête.

Ma voix est aussi assurée que possible, laissant deviner un léger tremblement, à la fois de gêne et d’appréhension de sa réponse. Peut-être que la magie explique ce que je ressens, mais en parler sous cet angle ne serait pas très avisé. Je suis donc pendu à sa réponse et ses sentiments…
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le samedi 20 septembre 2025, 22:15:17
Lyadril sent ses jambes lâcher au moment même où Réo rentre dans la salle de soins physiques. Le plateau à la main, il a juste le temps de le poser avant de la rattraper et de la forcer à s’asseoir. Ses doigts fermes sur ses épaules la maintiennent, et malgré son trouble, elle ne peut s’empêcher de plonger ses yeux d’émeraude dans le regard améthyste.

Une étrange sensation l’envahit : ni chaleur ni froid, mais un brouillard enveloppant, qui étreint son âme et la laisse désorientée. Réo… est-il en colère ? Pourquoi ? Parce qu’il s’inquiète pour elle ? Est-ce ce qu’elle croit ? Ce qu’elle espère ? Ou seulement son regard qui cherche à lui imposer le silence ? Qui aimerait voir un démon sous forme humaine montrer de la colère ?

Et pourtant, quand le jeune homme prend son menton entre ses doigts et rapproche son visage du sien, c’est une autre tempête qui naît en elle. Se comporte-t-il ainsi avec toutes les femmes qu’il croise ? Ou bien est-elle… différente ?

-   Désobéi-moi encore pendant ta convalescence, et je t’attache à ce lit.

Un frisson la traverse. Si elle venait à passer en forme démoniaque alors qu’elle est attachée, ses ongles effilés la libéreraient facilement. L’elfe frémit rien qu’à cette idée, son côté démoniaque esquisse un sourire invisible. Pourtant, son regard reste accroché au sien, même quand il se détourne pour reprendre le plateau. Elle détourne les yeux à son tour lorsqu’il s’assoit à côté d’elle. Trop proches… beaucoup trop proches. Son cœur bat comme s’il voulait s’échapper de sa poitrine.

-   Pour les soins, j’espère m’en être bien sorti, j’ai cherché en urgence dans tes carnets de note.

"Réo… tu t’es vraiment bien débrouillé. Merci. Mais ta chemise ?" souffle-t-elle d’une voix plus douce, plus reconnaissante qu’elle n’aurait voulu.

Le repas a le goût d’un réconfort inattendu. Velours et piment, sucré et salé s’alternent sur sa langue. Mais elle reste attentive à chaque geste de son interlocuteur.

-   Je vais chercher la suite, attends-moi là.

Ses doigts effleurent les siens, s’y mêlent un court instant. Instinctivement, Lyadril serre un peu sa main. Pas longtemps. Mais assez pour que ses joues s’empourprent. Lorsqu’il quitte la pièce, son absence lui laisse un silence lourd, rempli de questions.

Son esprit vagabonde. Ce baiser qu’elle a osé lui voler… sa main posée sur son torse… leurs doigts entrelacés. Que ressent-elle exactement ? Ce n’est pas comme avec le japonais qu’elle avait autrefois sauvé, auquel elle s’était attachée trop vite, trop fort. Non, cette fois c’est autre chose. Plus profond. Plus brûlant. Mais incertain.

Lorsqu’il revient, avec des baguettes, elle cligne des yeux de surprise. Cela faisait longtemps qu’elle n’en avait pas utilisé. Ses doigts pourtant se souviennent, et le geste redevient naturel.

-   Au sujet du…

L'elfe se fige. Ses mains tremblent imperceptiblement. Il allait parler du baiser. C’était inévitable. Elle termine la bouchée en cours, se tourne légèrement, incapable de le regarder en face.

"Je… je ne sais pas si c’est notre pacte qui m’a fait agir. Ou si…"
Elle inspire profondément.

"… Ou si c’est de mon propre chef."
Ses joues s’embrasent.

"T’ai-je… offensé ?"
demande-t-elle d’une voix tremblante, inquiète qu’il confirme sa crainte.

Comment savoir si ce baiser venait vraiment d’elle, pur, sans barrière, sans pacte ?

Il parle alors de ce lien, créé vite, trop vite, et si fort qu’il ne le comprend pas.

"Le lien qui s’est rapidement créé… n’est-ce pas à cause de notre pacte ?"
Elle baisse la voix.

"Je… J’ai vraiment eu peur de te perdre. Pourquoi ? Je ne sais pas. C’est la première fois pour moi que ce genre de lien est aussi fort."

En se réajustant, son épaule frôle la sienne. Elle détourne vite les yeux, puis cherche un moyen d’apaiser la tension.

"Je te propose une nouvelle leçon arcanique. Sur l’eau, si tu te sens d’attaque. Pour cela… pourrais-tu me rejoindre dans la salle de bain-spa ? S’il te plaît."

Ses mots tombent comme une échappatoire, une invitation à détourner l’attention de ses propres émotions. Elle termine son repas, se lève avec prudence, et débarrasse. Avant de quitter la pièce, elle lui adresse un sourire simple, mais sincère.

Dans l’herboristerie, le silence retombe. L'hybride inspire profondément, puis quitte les lieux pour regagner sa demeure. Son cœur bat encore trop vite, comme une aile prisonnière. Elle serre les dents, tente de calmer son souffle. Ses pas la guident jusqu’à sa chambre, où elle se précipite presque.

La propriétaire des lieux retire ses vêtements du jour pour enfiler une longue nuisette blanche à fines bretelles, fluide, apaisante, avant d’attraper dans son armoire une courte nuisette rouge, qu’elle garde à la main. Ses pieds la portent jusqu’à la salle de bain, vaste pièce où le spa l’attend.

Là, elle prend soin de tamiser la lumière, transformant l’ambiance en cocon protecteur. Dans l’eau, elle verse quelques gouttes d’huile de macadamia et d’huile essentielle d’ylang-ylang, dont les effluves suaves embaument déjà la pièce. Enfin, elle allume un bâton d’encens au santal, dont la fumée s’élève en volutes lentes et rassurantes.

Le sanctuaire est prêt. Déjà dans l'eau, elle ferme les yeux un instant, les lèvres entrouvertes. Bientôt, il la rejoindra.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le dimanche 21 septembre 2025, 01:00:21
"Je… je ne sais pas si c’est notre pacte qui m’a fait agir. Ou si…… Ou si c’est de mon propre chef"

J’inspire un bon coup, nerveux. Ais-je une jour été nerveux à cause d’un simple baiser ? Je n’en suis pas sûr. Ironique sachant les extrêmes auxquels j’ai pu m’adonner. Adolescent, c’est le descriptif le plus à propos qui me vient en tête, tant pour elle que pour moi, nous tâtonnons, sommes perdus…seulement si je suis honnête avec moi-même, je ressens un enivrement dès que mon regard croise le sien…que nos peaux se touchent, se frôle maladroitement. Comme un courant électrique passant entre nous au moindre effleurement.

Au fond, je suis rassuré. Elle se pose les même questions. Doute. S’interroge. Mais veux découvrir le fin mot de ces sentiments…tiens…depuis…quand appelles-je ce que je ressens comme des sentiments ?
La question qui suit me désarçonne…

"T’ai-je… offensé ?"

Offensé ? Un mot réfléchis, peser, sa voix laissant transparaitre sa crainte que cette impulsion n’était qu’à sens unique.

-   Offensé ? En aucune façon je n’ai ressenti de l’offense envers toi ou tes actes. De la tendresse, voir de la considération au minimum…mais ce baiser…j’ignore ce qu’il représente réellement…si ce n’est le regret qui m’a gagné lorsqu’il a pris fin.

Ma voix est douce, presque séductrice. Dans le même temps et d’un naturel sincère, ma main vient déposer des caresses douces dans son dos, m’envoyant une décharge dans le corps….Envie…Désir…mon cœur bat à tout rompre et je mets fin à ce contact qui me provoque trop d’effet.

"Le lien qui s’est rapidement créé… n’est-ce pas à cause de notre pacte ?"

Le silence règne, n’ayant pas de réponse à donner. Cette magie inconnue pourrait en effet expliquer la situation…seulement…en y repensant, j’ai ressenti une attirance en écoutant son histoire. Découvrant que nous avons un passé commun avec un même individu. Compréhension ? Même expérience ? Cela pourrait aussi justifier nos rapports particuliers.

On dit que l’amour peut mener à la haine, mais je me demande à cet instant…la haine peut-elle mener à l’amour ?

"Je… J’ai vraiment eu peur de te perdre. Pourquoi ? Je ne sais pas. C’est la première fois pour moi que ce genre de lien est aussi fort."

Machinalement ma main rejoint la sienne. Ma tête se posant contre la sienne. Loin des concepts qui me définissent ; domination, perversion, subordination. Cet instant est remplie d’une tendresse sans nom. Elle a eu peur de me perdre ? J’ai ressenti la même chose…je revois Virgil avancer vers elle que je voulais protéger. Mon cœur se serre.

-   Je ne t’ai pas demandé de fuir parce que tu ne sais pas te défendre…je voulais te protéger… pas seulement notre pacte…toi, Lyadril.

Mes yeux viennent à la rencontre des tiens, mais la magie se brise légèrement. Ce qui n’est pas plus mal pour reprendre nos esprits. Envoutant, addictif, tant de mots et de pièges facile dans lesquels tomber si on n’y prends pas garde.

"Je te propose une nouvelle leçon arcanique. Sur l’eau, si tu te sens d’attaque. Pour cela… pourrais-tu me rejoindre dans la salle de bain-spa ? S’il te plaît."

J’acquiesce, finissant notre repas, elle termine un peu plus vite et se dépêché de sortir. C’est un souffle résonnant dans la pièce, son origine venant de mes tripes réalisant le moment unique que nous avons partagé et que j’y serai bien resté encore.

Clac clac, le bruit de mes mains claquant mes joues pour reprendre contenance et ma concentration. Je prends la peine de débarrasser puis de tout nettoyer dans la cuisine. Rangeant chaque élément à sa place tel qu’elle le ferait. Je suis hébergé, il n’est pas question que mette le désordre chez mon hôtesse, c’est un de mes principes de d’excellence.

Je vais alors dans la chambre, restant en sous vêtement au cas où, n’étant pas certains qu’elle ai l’intention que l’on prenne un bain ensemble pendant notre leçon. J’enroule cependant une serviette et des chaussons. Profitant du miroir pour me recoiffer, voulant me mettre à mon avantage. La porte claque doucement, mes pas résonnent dans la maison, mon cœur accélère à l’idée de te revoir.

-   C’est idiot, je l’ai vu il y a dix minutes…

Je reste interdit devant la porte, hésitant à ouvrir. Le bruit de la poignée qui s’abaisse lui fait comprendre que j’arrive. La pièce pleine de lumière éclatante est à présent dans une ambiance tamisée. Intime. Mon regard scrutant la pièce, je la voit, dos nue, de fines bretelles à peine visible par la fine lueur indirecte des bougies. Je, n’ose pas avancer de suite. L’ambiance générale m’interpelle intimement, éveille mon instinct. Cette instant, cette leçon, sera la continuité du moment singulier du dîner. Idiot suis-je de penser cela d’une leçon.

Un quart de tour sur la gauche et un premier pas, suivi d’un second, ainsi de suite. Mon pied se soulève, entrant en contact avec l’eau, l’odeur des herbes et de l’encens me chatouille les narines et m’apaises et ma serviette tombe au sol sans un bruit. Le silence est brisé par les clapotis de l’eau causé par la lenteur de mes pas, passants à coté d’elle, je finis par m’assoir lui faisant face…mais…
Cette tenue…a-t-elle conscience que…elle a vraiment mis une nuisette blanche pour aller dans l’eau ? C’est de la provocation à ce point, ce n’est pas possible autrement…mes yeux se perdent sur son corps, l’eau arrivant juste au niveau de sa poitrine…je vois son corps, en transparence, la tenue se moulant par-dessus…

Je déglutis, ne dit rien pour ne pas la mettre mal à l’aise et essai de passer outre…mais ça va être compliqué…
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le dimanche 21 septembre 2025, 02:35:08
Lyadril sent ses joues s’enflammer au moment où Réo murmure :
…si ce n’est le regret qui m’a gagné lorsqu’il a pris fin.
Son cœur se serre. Elle détourne légèrement le regard, rouge de confusion, de culpabilité… et d’un plaisir qu’elle s’autorise à peine.

Puis la main de Réo se resserre sur la sienne. Un frisson la traverse et, sans réfléchir, elle ferme les yeux lorsque la tête du jeune homme se pose contre la sienne. Tout autour d’elle disparaît : il n’y a plus que ce contact, ces pulsations partagées, cette intimité nouvelle et troublante.

Quand son interlocuteur reprend la parole, sa voix douce et sincère la fait vibrer :
-   Je ne t’ai pas demandé de fuir parce que tu ne sais pas te défendre…je voulais te protéger… pas seulement notre pacte…toi, Lyadril.

Un rire presque inaudible s’échappe de l’intérieur d’elle, celui de sa démone qui jubile de voir son masque tomber. Mais l’elfe en elle panique légèrement, consciente de l’interdit de cette proximité. Elle serre sa main un peu plus fort, comme pour retenir ce moment, affirmer ce lien fragile et brûlant qui les unit.

Maintenant l’hybride se trouve dans la salle de bains-spa. Elle tremble un instant, incertaine, essayant de se recentrer.

Lorsque la poignée de la porte s’abaisse, sa démone intérieure éclate de rire, triomphante et joueuse… mais l’elfe en elle retient un souffle de panique. Elle ne sait pas comment réagir lorsque Réo passe à côté d’elle pour entrer dans l’eau, son corps en boxer laissant apparaître sa musculature. Lyadril détourne la tête, rouge jusqu’au sang, tandis que son cœur semble vouloir s’échapper de sa cage thoracique. Pourtant, elle admet à elle-même avoir apprécié chaque instant de leur proximité.

Quand son étudiant de l’Art des Arcanes se place enfin face à elle, elle relève les yeux avec effort, respirant profondément pour tenter de maîtriser ses émotions. Elle sent que la leçon va commencer. Ses mains se crispent légèrement sur le rebord du bain, prêtes à tracer les symboles magiques sur l’eau, tandis que son esprit reste partiellement suspendu à lui, à ce qu’elle ressent et à ce qu’elle ne devrait pas ressentir.

Chaque geste, chaque incantation devient une danse entre maîtrise et vertige, chaque vibration de l’eau un écho de leur lien naissant. La leçon commence, mais elle ne peut s’empêcher de ressentir chaque instant comme suspendu, chaque frémissement de l’eau comme un rappel de ce lien étrange et brûlant.

La sang mêlé inspire profondément, sentant l’air tiède et parfumé caresser sa peau, et tente de calmer le tumulte de son cœur. Ses mains se préparent à tracer des cercles et des motifs sur la surface brillante de l’eau. Avançant lentement vers Réo, elle adopte la fluidité d’une nymphe glissant dans un lac tranquille. Elle s’arrête derrière lui, le buste effleurant légèrement son dos, et ses mains délicates viennent se poser sur son poignet droit.

"Laisse-moi te montrer." murmure-t-elle, sa voix douce et presque hypnotique.
Elle guide sa main sur l’eau, traçant ensemble un premier motif circulaire, léger et précis. Les ondes s’entrelacent et se déploient, capturant la lumière des bougies dans de subtils reflets dorés.

L’herboriste sent le contact de sa peau contre la sienne, un frisson la traverse. Elle ferme les yeux un instant, tentant de contenir la rougeur qui monte à ses joues. Son cœur bat à tout rompre. Pourtant, elle ne se retire pas. Elle ajuste la pression de ses doigts, mêlés aux siens, pour perfectionner le motif.

"Ressens le flux, pas seulement la forme. Laisse ton intention guider l’eau." souffle-t-elle, tremblante mais ferme.

"Ne pense pas à ce qui s’est passé avant… concentre-toi sur l’onde que tu crées."

Chaque geste devient un ballet : l’eau suit leur rythme, et les ondulations dessinent un motif complexe et harmonieux. Lyadril reste immobile derrière lui, mais son esprit s’emballe. Elle apprécie cette proximité, la chaleur de son dos contre son buste, le parfum subtil qui s’en dégage. La démone en elle rit intérieurement, consciente de l’effet que cette situation provoque, tandis que l’elfe tente de rester honnête avec ses émotions, mêlant fascination, admiration et un trouble délicieusement inconfortable.

Lorsqu’ils terminent le premier cercle, Lyadril se retire lentement, mais ses doigts effleurent encore les siens un instant, comme pour sceller leur succès. Son souffle s’accélère légèrement, et elle sent ses joues brûler.

"Bien. Tu vois ? Ce n’était pas la force qui a créé le motif, mais l’attention et la concentration. Maintenant, essaie de reproduire ce que nous avons fait, seul. Mais garde ton esprit clair et ton intention précise." dit-elle, se reculant juste assez pour lui laisser l’espace nécessaire, tout en observant chacun de ses gestes.

L’eau continue de clapotir doucement, et la pièce semble retenir son souffle, suspendue entre maîtrise et émotion, entre le jeu de l’eau et les effluves de leurs présences mêlées.

"Le premier exercice est simple… en apparence." commence-t-elle, sa voix légèrement tremblante mais posée.

"Tu vas créer un motif sur l’eau avec tes doigts, mais il ne s’agit pas seulement de déplacer le liquide. Il faut y laisser ton intention, ta concentration, ton énergie."

Elle montre un geste lent, traçant un petit cercle parfait sur l’eau, que l’onde suit et amplifie légèrement. Les reflets des bougies dansent sur sa peau et sur l’eau, rendant la scène presque irréelle.

"Observe bien. Ne pense pas à ce que tu ressens pour moi, ou à ce que tu as ressenti à table… concentre-toi sur le mouvement, sur l’eau, et sur la magie qui circule."

Elle marque une pause, laissant son regard se perdre un instant dans ses mains.
"Chaque geste doit être précis, chaque intention claire. Même une petite hésitation peut faire exploser le motif… ou le faire disparaître complètement."

Elle plonge un doigt dans l’eau, créant une spirale délicate et hypnotique. Lyadril se recule légèrement, laissant assez d’espace pour que Réo observe et comprenne. Sa respiration est encore rapide, mais elle force son corps à rester ferme, concentrée.

"Maintenant, à ton tour." dit-elle doucement.
"N’hésite pas, mais sois attentif. L’eau réagit à la volonté, pas à la force. Tu dois guider, pas imposer. Comme pour le feu."

L’instructrice lève les yeux vers lui un instant, vérifiant son attention, puis détourne le regard, se rappelant à elle-même que sa nervosité ne doit pas interférer avec l’enseignement. Une partie d’elle brûle de voir sa réaction, de sentir sa présence si proche, tandis qu’une autre lutte pour maintenir le contrôle de ses émotions.

Lyadril reprend doucement sa posture, mains au-dessus de l’eau, et poursuit :
"Visualise le motif dans ton esprit avant de le tracer. Respire profondément, et sens l’eau répondre à ton énergie. Chaque cercle, chaque ondulation doit naître de ta concentration, pas de la simple action."

La pièce tombe dans un silence presque sacré, où seul le clapotis de l’eau et leur respiration partagée remplissent l’espace.

La leçon a commencé, et avec elle, une danse silencieuse entre maîtrise et émotion, entre contrôle et effluves de désir et de curiosité.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le dimanche 21 septembre 2025, 12:11:57
Mystère. Magie. Attirance. Comment définir plus simplement l’ambiance régnant dans la pièce ? Les vapeurs, l’odeur de l’encens, la vision de Lyadril dans sa nuisette dévoilant son corps tel un appel irrésistible à la tentation me donne cette impression d’être dans un rêve digne des mille et une nuit…tout semble se passer au ralenti. Mes yeux luttent comme des diables pour ne pas se laisser aller à la tentation de ce corps qui me fait face…

Est-ce vraiment un cours ? ou un stratège visant à ce qu’une ligne soit franchie entre nous ? A-t-elle seulement conscience de la situation, ou la succube dissimulée tire-t-elle les ficelles que Lyadril lui aurait inconsciemment laissée en ne parvenant plus à garder son masque ?

Inspire…bloque…expire…je me recentre, fermant les yeux, je projette l’image d’Az’Kharel dans mon esprit, comme un rappel de notre objectif d’origine. Mes pensées doivent être calmes, sereines et en harmonie. Mon rythme cardiaque diminue un cours instant. Elle n’est plus devant moi au moment d’ouvrir les yeux. Je sens un contact humide dans mon dos, de doux, moelleux et chaleureux…mes pensées se perdent à nouveau en comprenant que mon elfe, s’est collé contre mon dos, sa main prenant la mienne avec délicatesse…

"Laisse-moi te montrer."

Sa voix…a-t-elle toujours été aussi agréable et douce ? Concentration. Sa main guide la mienne. Le mouvement n’est pas fluide, mon corps opposant une résistance naturelle, je me force à relâcher mes épaules pour devenir sa marionnette. Mon regard se contente de suivre les mouvements. Réalisant la difficulté de l’exercice comparé à la bougie. Le simple effleurement de sa main me déstabilise… mais c’est la pression de sa poitrine dans mon dos qui menace de briser ma concentration. Une lutte de chaque instant…

"Ressens le flux, pas seulement la forme. Laisse ton intention guider l’eau…Ne pense pas à ce qui s’est passé avant… concentre-toi sur l’onde que tu crées.[/color][/i]"

Sa voix, ses instructions, mon salut pour retrouver ma concentration, nos doigts commençant à caresser l’eau, à la diriger suivant son rythme, et imprimant la forme du motif dans mon esprit. Le rythme cardiaque dans mon dos accélère…son souffle chaud caresse ma nuque. Mon cœur apprécie l’instant, partagé entre soulagement et une certaine joie de savoir que ce délicieux malaise est récirproque…Sa voix tremblante me ramène une nouvelle fois à la réalité.

"Bien. Tu vois ? Ce n’était pas la force qui a créé le motif, mais l’attention et la concentration. Maintenant, essaie de reproduire ce que nous avons fait, seul. Mais garde ton esprit clair et ton intention précise."

Elle se détache. Le manque se fait déjà ressentir, autant qu’une certaine déception. Au moins je peux me concentrer un peu plus sur la suite.

"Le premier exercice est simple… en apparence."

Simple ? ce n’est pas le premier mot qui me vient à l’instant.

"Tu vas créer un motif sur l’eau avec tes doigts, mais il ne s’agit pas seulement de déplacer le liquide. Il faut y laisser ton intention, ta concentration, ton énergie."

Elle me montre l’exemple, du moins c’était l’objectif de base. Jusqu’à ce que mon regard se perde, fixant son doigt au départ, je remonte son bras qui me semble interminable…jusqu’à ce qu’un élément perturbateur vienne briser toute concentration sur le cours…

Penchée ainsi, son décolleté cède à la gravité. Sa poitrine se dévoile, nue sous la nuisette. Une vision qui me fascine et m’hypnotise, plus sensuelle que jamais. L’éclairage tamisé de la pièce dessinant l’ombre de ses cheveux à travers sa peau. J’en oublie ce que je devais regarder de base.

"Observe bien. Ne pense pas à ce que tu ressens pour moi, ou à ce que tu as ressenti à table… concentre-toi sur le mouvement, sur l’eau, et sur la magie qui circule."

Elle se redresse alors. Des tremblements parcourent mes mains…des images intrusives me viennent en tête. Origines de l’agitation de mes mains qui ne veulent plus dessiner des motifs dans l’eau, mais retrouver le contact de sa peau, et au-delà…

NON ! Hurle-je dans ma tête, injonction à moi-même pour me focaliser sur l’exercice. Elle prend de son temps, de son énergie pour m’enseigner les Arcanes, je me dois de respecter cela. L’incube retourne dans sa cage pour le moment. Luttant comme un diable pour sortir, je résiste.

"Chaque geste doit être précis, chaque intention claire. Même une petite hésitation peut faire exploser le motif… ou le faire disparaître complètement."

Cette fois je suis totalement concentré, me mordant la joue pour le rester, j’évites exprès tout contact visuel avec Lyadril pour le moment. Elle reprend son exemple, à mon soulagement. Je ne quitte pas le motif des yeux. Observe. Retient.

"Maintenant, à ton tour."

Déjà ? Tel un cancre face à un contrôle, je ne suis pas sur d’avoir pu tout retenir tellement j’ai pu être dispersé.

"N’hésite pas, mais sois attentif. L’eau réagit à la volonté, pas à la force. Tu dois guider, pas imposer. Comme pour le feu."

Prenant une profonde inspiration, je me concentre sur l’énergie que je ressens émanant de l’eau. J’évite de fermer les yeux. Ne donnant pas une occasion aux pensées intrusives de m’envahir.

"Visualise le motif dans ton esprit avant de le tracer. Respire profondément, et sens l’eau répondre à ton énergie. Chaque cercle, chaque ondulation doit naître de ta concentration, pas de la simple action."

Les respirations profondes s’enchainent. Je me précipite malgré tout, allant trop vite. C’est comme manipuler délicatement un engin nucléaire quand le voisin a mis la sono à fond. Je tente encore en encore, sans arriver à rien.

Je me redresse, ayant besoin d’une pause, faisant la faute de poser mon regard dans le tiens. Je n’ai pas réalisé que j’avançais avant d’être face à toi, à quelques centimètres. Ma main machinalement se place dans son dos…j’ignore ce que je fais, mais je me sens apaisé à cet instant…et dans un souffle

-   J’essai de me concentrer mais… Le thand nín indath (tu tourmentes mes pensées)

Le silence règne, nos regards se croisent, nos corps sont collés…
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le dimanche 21 septembre 2025, 17:11:40
Lyadril observe attentivement chacun des mouvements de Réo, notant mentalement les hésitations, les gestes trop brusques ou mal ajustés. Son esprit d’enseignante s’active, mais ses sens, eux, vibrent à chaque frôlement, à chaque souffle qui l’effleure. Ses yeux plongent dans les siens sans qu’elle s’en rende compte, absorbée par le fil fragile entre concentration et désir, par ce mélange étrange qui la fait à la fois réfléchir et chavirer.

La jeune femme sent la chaleur de son corps contre le sien, ses mains posées sur ses bras, et une étrange sensation de complétude l’envahit, comme si ce simple contact la rassemblait en elle-même. Un frisson remonte le long de son dos, mais elle ne se détache pas, laissant Réo trouver un ancrage dans son étreinte subtile.

Lorsque Réo murmure, un souffle tremblant contre sa tempe :
- J’essaie de me concentrer mais… Le thand nín indath

L'elfe sent son cœur se serrer et ses joues s’embraser. Dans un murmure elfique, doux, presque caressant :
"Amin nar’wen lle cirien, i’laure nín tye." (“Et moi aussi je me perds dans tes pensées, comme les feuilles dans le vent.”)

Puis, dans un mouvement instinctif, elle se retourne et plaque son dos contre son torse. Ses mains se posent sur ses poignets, guidant ses gestes avec une précision délicate, mais chaque effleurement, chaque pression légère devient un aveu silencieux.

Chaque mot résonne entre eux comme une caresse invisible. Elle continue de corriger sa main, de guider son poignet sur l’eau, traçant les cercles qui font naître le motif. Elle sent sa respiration se mêler à la sienne, leurs souffles se confondant, et le trouble délicieux qui l’envahit à chaque pulsation partagée.

Quand elle estime que Réo peut poursuivre seul, elle se détache avec lenteur, comme à regret, retrouvant son calme d’enseignante. Ses doigts glissent encore sur les siens avant de se retirer, un frisson persistant dans ce contact suspendu.

L'instructrice s’écarte légèrement et indique un nouvel exercice : une spirale où l’eau doit suivre non seulement la concentration, mais aussi l’émotion de l’opérateur. Elle trace le motif, mais son cœur trop en éveil laisse filtrer une tension qu’elle n’avait pas anticipée.

L’eau réagit aussitôt. Un filet glacé effleure sa main et son bras, l’onde se hérisse, vibrante et agressive. Ses yeux s’écarquillent, ses mèches pâles collent à ses joues, et l’élément, trahissant son excitation et sa nervosité, se rebelle.

Elle ferme les yeux, inspire profondément, puis transforme le chaos en fluidité. Ses bras s’élèvent, ses mains s’arrondissent, et ses gestes deviennent une danse harmonieuse.

Chaque mouvement est une caresse sur la surface, un murmure confié à l’eau. Même sous cette pression, elle sourit intérieurement, fascinée par la puissance de ce qu’elle enseigne… et par ce que cette proximité a éveillé en elle. Elle sent Réo derrière elle, chaque battement de son cœur vibrant contre sa nuque, chaque souffle effleurant sa peau. La chaleur de son corps la traverse, et l’onde, d’abord rebelle, se laisse apprivoiser, se pliant à ses mouvements gracieux.

Lyadril entrouvre les yeux, croise le regard de Réo, et un sourire imperceptible effleure ses lèvres. Ses émotions, intenses mais canalisées, donnent vie à la surface de l’eau. Les ondulations se mêlent aux reflets des bougies, dessinant des arabesques fragiles, presque hypnotiques.

"Sens-la, plutôt que de la dominer…" souffle-t-elle, sa voix douce et enveloppante. "L’eau est comme nos émotions : elle résiste si l’on la force, elle danse si l’on se laisse aller. "

Elle reprend ses mains sur celles de Réo, ajustant leurs mouvements avec une légèreté troublante, transformant chaque geste en un dialogue muet, un équilibre entre maîtrise et abandon. La spirale se complète, reflet parfait de leur synchronisation, et l’eau devient le miroir de leur intimité naissante.

Lyadril laisse ses cheveux tomber librement sur ses épaules, sentant l’air chaud et parfumé caresser sa peau, et s’abandonne à cette danse avec l’eau, à la fois enseignante et élève de l’élément. Ses bras décrivent de nouveaux mouvements souples, harmonieux, qui transforment l’onde rebelle en une partenaire docile. Elle sourit imperceptiblement, mais ses yeux cherchent déjà ceux de Réo, une lueur troublée au fond des prunelles.

Sans un mot, elle entrouvre légèrement sa main, comme pour l’inviter à la rejoindre dans ce mouvement, ou simplement pour éprouver la chaleur de sa présence. À lui de choisir : rester spectateur, s’unir à sa danse, ou rompre ce fragile équilibre qu’elle lui tend en offrande.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le dimanche 21 septembre 2025, 19:06:29
"Amin nar’wen lle cirien, i’laure nín tye."

La douceur de sa voix m’embrase. Me sentant complet en la sentant contre moi. La question sur l’origine réelle ou non de mes sentiments est la dernière de mes préoccupations. Ne compte plus qu’elle et notre étreinte….
Enfin avec l’agilité d’une anguille et la grâce d’un cygne, elle pivote dans mes mains, sans se détacher pour autant…au contraire, ses mains se déposent à nouveau sur les miennes, et dans cette position, je me sens capable de tout réaliser. Prenant le temps de me faire une nouvelle démonstration avec son assistance, je me laisse guider, choisissant sciemment le lâcher prise.

Je ressens la texture de l’eau, sa chaleur, son irrésistible appel. Me concentrant vraiment cette fois sur le cours, la tension de mes muscles se relâche, mes mouvements deviennent plus fluides et moins tendus. Si tout à l’heure mes pensées étaient bestiales et sauvages, elles sont à présent apaisées et rassurantes par ce simple contact, quant au désir, il est toujours présent, mais plus sous contrôle. Est-ce parce qu’elle est entrée dans mon jeu, au lieu de me repousser ?
 
Dans la réalité, mes mains dessinent des cercles parfait, des motifs harmonieux et mystiques. La vibration énergétique de l’eau me traverse. Je ne flanche pas bien que nos corps se détachent, elle a veillé à garder le contact au maximum. Enchainant cercles, demi-cercles, figures gracieuses. La surface de l’eau commence elle-même à vibrer. Un fin filet d’eau se détache lentement, instable, il virevolte autour de moi…l’idée me vient de le guider vers Lyadril, et délicatement, ma marionnette aquatique vient frôler la peau de son cou, tel un baiser que j’y déposerai, ou une caresse que je laisserai aller dessus.
J’imagine mes doigts sur elle. Ma concentration flanche. Le filet d’eau retombe dans le bassin.

Visiblement satisfaite. Je sens une certaine fierté me submergée. Elle me présente alors l’exercice suivant. Une spirale d’eau cette fois. Qui ne se contente pas d’un mouvement des bras et de la main, c’est une véritable danse autour de l’eau jusqu’à ne faire plus qu’un avec.

Un ruisselet d’eau se soulève alors, mais loin d’être harmonieux, je ressens le chaos qui en échappe, comme s’il pouvait se rebeller. Attaquer. Je me tiens près à intervenir. L’instant d’après la déconcentration se corrige, la spirale retrouve sa sérénité, je peux alors me concentrer une nouvelle fois sur l’elfe dont la danse me captive. Elle est tel un esprit de l’eau en parfaite symbiose, un sourire sur ses lèvres. Elle m’inspire. M’impressionne…Me conquiert.
D’instinct, mes muscles commencent à l’imiter, sentant la puissance et la vibration de l’eau, un filet d’eau plus important que le premier se soulève, s’enroule autour de moi. Sentant sa fragilité, je cherche à la dompter par la force.

"Sens-la, plutôt que de la dominer…L’eau est comme nos émotions : elle résiste si l’on la force, elle danse si l’on se laisse aller. "

Comme nos émotions ? Et si…Je ferme alors les yeux, visualisant le visage de Lyadril, son sourire, imaginant la douceur de sa peau, notre rencontre, l’empreinte qu’elle a laissé en mon sein…De l’extérieur, l’eau tourne autour de moi, et je tourne au centre à son rythme, en parfaite harmonie.

Quelque chose effleure mes mains. Mes yeux s’ouvrent. Elle est là, face à moi. Dansant en symbiose, nos regards se croisent, le flux d’eau autour de chacun se mélange, se complète. Je lutte pour me concentrer, mais notre lien se fait naturellement, un sourire se dessinant sur mes lèvres. Mon regard se trouble. Mes mains serrent les siennes plus fort, nos corps se rejoignent un peu plus…

Sans arrêter la danse, ma main se pose sur sa joue, la caressant. La scène semble irréelle lorsque toute l’eau du bassin nous encercle, telle une protection contre tout élément extérieur cherchant à nous perturber…Je comprends à cet instant que mes sentiments sont réels…mon visage approchant du sien…et sans arrêter notre danse je souffle

-   Je n’ai pas encore récupéré mon baiser…

Mes lèvres viennent se déposer contre les siennes, brièvement…un courant passe et me traverse, la concentration s’en trouve rompue et l’eau dans un grondement retombe dans le bassin, éteignant les bougies les plus proches. Mon regard n’a pas quitté celui de ma complice. Comment va-t-elle réagir ?
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le lundi 22 septembre 2025, 01:41:56
Le souffle de Réo contre ses lèvres laisse Lyadril tremblante, un frisson qu’elle n’avait pas anticipé. Son cœur se serre, ses sens se brouillent, et pourtant… elle ne recule pas entièrement. La part démoniaque en elle frémit, avide de cette audace, tandis que l’elfe prudente, fragile et sensible, hésite à se laisser totalement aller. Chaque battement de son cœur lui rappelle qu’elle découvre encore le poids et la douceur de cette proximité. Elle sent la chaleur de ses lèvres, le tremblement léger de son souffle, et se surprend à vouloir prolonger cet instant. Mais… non. Il est encore trop tôt. Elle ne peut pas se perdre tout entière, pas avant d’avoir appris à marcher sur ce fil.

L'elfe recule légèrement, ses mains glissant sur les siennes, un frôlement qui semble durer une éternité. Ses yeux cherchent les siens, et elle y lit une patience, un désir aussi tangible que le sien. Elle sent le souffle chaud de son torse, l’odeur douce de sa peau, et un vertige délicieux la traverse. Son corps tressaute, mais elle décide que la leçon est terminée. Elle doit retrouver son calme, sa maîtrise… mais sans rompre complètement ce lien fragile.

La soigneuse se détache doucement, ses doigts effleurant encore sa main, son bras, comme pour s’assurer que cette magie qui s’est nouée entre eux ne se dissipe pas. Elle se dirige vers la sortie du bain, laissant les gouttes chaudes perler le long de sa nuque. Son corps frôle le sien une dernière fois, un avertissement tendre, un rappel de leur proximité nouvelle. La vapeur s’élève autour d’eux, enveloppant leur intimité de voiles tremblants.

Dans l’intimité de sa salle de bain, La jeune femme se change. Elle prend un moment pour retirer sa nuisette blanche, trempée et collée à sa peau, la déposant soigneusement. La nuisette rouge, courte et légère, glisse sur ses épaules, épousant ses formes tout en laissant deviner ce que le tissu cache encore. La chaleur monte à ses joues, et pourtant une curiosité douce l’anime. Elle veut prolonger ce moment, sans le précipiter, laissant le désir s’installer comme une danse lente et silencieuse.

Elle se tourne légèrement vers Réo, un frisson parcourant son dos, et propose d’une voix douce, presque hésitante :
"Une petite infusion du soir, ça te dit ?"

Son regard croise le sien, et pour la première fois, elle se permet un sourire léger, presque timide. La proximité de leur corps, le souvenir du baiser volé, la chaleur de sa présence… tout cela lui serre la poitrine et fait battre son cœur plus vite.

L'hôtesse prend le chemin du frigo, pieds nus, et tombe sur le cheese-cake au matcha qu’il a préparé plus tôt dans la journée. Une chaleur douce l’envahit, un mélange de surprise et de tendresse. Il a pensé à elle. Elle sourit intérieurement et prend deux parts, en même temps qu’elle prépare l’infusion, le parfum des herbes emplissant la pièce.

Quand tout est prêt, elle s’assoit par terre devant la cheminée, l’infusion chaude dans une tasse contre ses mains, le cheesecake à portée. Elle fait signe à Réo de la rejoindre. Lorsqu’il s’installe face à elle, la chaleur du feu danse sur leurs visages, et l’intimité de ce moment les enveloppe tous les deux. Les flammes projettent des ombres mouvantes sur leurs traits, et la vapeur des tasses se mêle à la douce odeur de pâtisserie.

Lyadril prend une profonde inspiration, la chaleur de l’infusion et la présence de Réo la rassurant. Pourtant, une inquiétude persistante lui serre la poitrine. Et si cette attirance qu’ils partagent n’était que l’écho du pacte de sang, un reflet de la magie qui les lie plutôt que de leurs véritables sentiments ?

Elle baisse les yeux, jouant avec sa tasse, et murmure :
"Réo… et si… et si ce que nous ressentons n’était pas totalement nous ?"

Sa voix est douce, presque tremblante, mais elle relève les yeux vers lui aussitôt, cherchant à lui offrir toute sa confiance malgré ses craintes.
"Peut-être… pour être sûrs… nous devrions voir quelqu’un. Une personne spécialisée, quelqu’un qui pourrait nous éclairer…"

Sa main glisse délicatement sur la sienne, un geste silencieux qui exprime à la fois la confiance et la tendresse. Le feu crépite, le parfum du cheesecake flotte entre eux, et un silence tendre s’installe. Le monde extérieur semble s’éteindre, ne laissant que ce moment suspendu, où l’attirance, la peur et la douceur se mêlent dans une étreinte invisible.

Lyadril inspire profondément, laissant la chaleur de l’instant et la proximité de Réo l’apaiser. Elle ne se précipite pas, elle apprend encore à aimer cette proximité, à goûter à cette intimité nouvelle sans se perdre. Son corps se détend peu à peu, ses émotions se mêlant à celles de l’élément qu’elle a enseigné tout à l’heure, comme une danse silencieuse entre prudence et désir.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le lundi 22 septembre 2025, 21:55:05
Le silence dans la pièce est pesant, comme une question restant en suspens entre nos lèvres, si proches et lointaines à la fois. Fugace espoir. Inévitable déception. Au lieu de continuer ce baiser, elle s’éloigne et mon cœur se serre quelque peu, sans montrer de signe extérieur me trahissant. Je reste interdit. Ses pieds sortent du bain, mouillant le sol par les traces de ses pas. Une marque aussi palpable que celle qu’elle laisse dans mon âme.
Le cœur un peu lourd, je l’imite, ramassant ma serviette laissée négligemment sur le sol, je m’apprête à sortir, mais mon regard est attiré et je m’arrête. Fasciné par le spectacle qu’elle m’offre, à dessein ? je l’ignore. Mon regard lui ne perd pas un fragment de ses doigts agrippant le bas de sa nuisette, masquant à peine ce qu’elle s’apprête à dévoiler…ses bras fins et gracieux se croisant, avant de parcourir le long de son corps, entrainant le fin tissu bien qu’inutile dans sa lancée.

Je découvre ses jambes, longues, sveltes, gracieuses mais musclées parfaitement taillée pour le combat…mises en valeur par les ombres dansantes des bougies de la pièce, bien vite elle découvre le galbe de ses fesses aussi pâles et douces que de la soie, je ne réalise pas que je me mord doucement la lèvre inférieur, imaginant mes mains se poser dessus, en échangeant un baiser sauvage après autant d’attente…viens le tour de son dos, dissimulé en partie par sa longue chevelure, finalement la nuisette glissant au sol à la manière d’un spectre me sort de ma transe.

J’ignore pourquoi, mais je détourne le regard lorsqu’elle se penche pour attraper la seconde nuisette que je n’avais pas remarquée…elle passe devant moi, proche. La proximité est suffisamment importante pour que son odeur floral atteigne mes narines, et que ma main frôle la sienne dans son sillage. La porte de la pièce s’apprête à s’ouvrir lorsqu’elle se tourne pour croiser mon regard…je réalise la dangerosité de cette nouvelle tenue. Elle a beau ne pas être translucide, sa longueur attire mon œil.

"Une petite infusion du soir, ça te dit ?"

La lutte intérieure est terrible pour masquer mon trouble

--   Volontiers, je vais me sécher.

Suivant ses pas, nous nous séparons dans le couloir, les images de Lyadril nue, de dos, hantant mon esprit je ne peux oublier ce que j’ai vu, et mon corps me trahit lorsque je m’isole dans ma chambre. Ma verge assumant plus que moi cette attirance pour le feu à la fois brulant et salvateur qu’elle représente. Je me sèche, prenant le temps de rassemblé mes pensées. Voulant jouer à mon tour la provocation, j’enfile juste un pantalon alliant l’élégance et l’aspect cintré, moulant. Restant torse nu.

Je ferme la porte de la chambre. Descend les marches, grinçantes sur mon passage, alertant de mon arrivée. La cherchant du regard, elle est assise, calmement. Face à la cheminée, seule source de lumière j’aperçois une petite assiette, une part du cheesecake que j’ai préparé. Un sourire apparait sur mon visage, je l’avais oublié.  L’ambiance semble chaleureuse avec tous ces éléments réunis. M’installant près d’elle, je la remercie encore pour le thé.

--   J’espère que le dessert te plait.

Dis-je en m’asseyant avec l’aide de mon bras au sol maintenant mon équilibre avant de me mettre en tailleur. Tournant la tête, son expression sans être grave, trahit son questionnement….

"Réo… et si… et si ce que nous ressentons n’était pas totalement nous ?"

Je déglutis, ne disant rien, ce sujet m’avait déjà effleuré, ça me rassure même de ne pas être le seul à avoir ce doute. J’ignore si au fond je l’espère, ou je le crains. Est-ce si grave au fond ? Ne mérite-je pas de connaitre un amour factice, en ayant manipulé les sentiments des autres toute ma vie ?

"Peut-être… pour être sûrs… nous devrions voir quelqu’un. Une personne spécialisée, quelqu’un qui pourrait nous éclairer…"

Ma respiration est lourde, buvant une gorgée de mon thé. Mon corps se réchauffe.

--   Je me suis posé la même question…maintenant, si nous découvrons que le pacte…est responsable de…

Mon corps pivote, s’appuyant sur ma main posée derrière nous, la libre tourne ton visage doucement.

--   …cet électricité entre nous…que ferons nous.

Ma main ne peut s’empêcher de caresser ta joue.

--   Risquerons-nous de rompre notre pacte…perdre en puissance pour le vaincre… ?

Je lâche dans un souffle, mon regard améthyste plongeant dans le tiens, descendant vers tes lèvres, avant de remonté.

--   Ou irons-nous jusqu’au bout…en embrassant tout ce que ce pacte nous fait vivre, même si c’est factice ?

Mon pouce passe juste dans la commissure de ses lèvres, ma voix de plus en plus basse nous force à nous rapprocher…je finis par la relâcher, reprenant une gorgée de thé.

--   Cela dit, tu as raison, nous devons être fixé…en mêlant nos sangs, je t’avoues ne pas avoir imaginer que cela aurait un tel impact. C’était symbolique à mes yeux. Nous devons en savoir plus.

Je finis par gouter au dessert, bien que délicieux, il n’est pas non plus ce que mon corps désir vraiment….
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le mardi 23 septembre 2025, 01:05:52
Lorsque Réo descend les marches, le bois craque sous ses pas et attire aussitôt l’attention de Lyadril. Son regard se lève… et s’attarde un instant, plus longtemps qu’elle ne l’aurait voulu. Torse nu, la lumière du feu dessine des ombres sur chaque relief de sa peau, comme si les flammes s’amusaient à révéler ses lignes les plus intimes. Elle détourne rapidement les yeux, feignant de fixer les flammes, mais son regard revient malgré elle, discret, glissant sur lui comme un papillon incapable de résister à la tentation d’une fleur dangereuse. Toute sa retenue tient là : l’apparence d’une sérénité elfique, tandis qu’en son sein, quelque chose bat plus fort.

Quand il s’assoit près d’elle et lui demande, presque simplement, si le dessert lui plaît, un sourire doux se forme sur ses lèvres. Elle hoche la tête avec une lenteur presque cérémonielle, laissant ses mots flotter avec la chaleur de l’infusion.

"Il est fin, délicat, à la fois doux et amer… comme la caresse d’une feuille de thé sur la langue. Le matcha lui donne ce parfum végétal qui reste longtemps, et la texture fond dans la bouche comme un rêve qu’on ne veut pas quitter."

Ses doigts effleurent la tasse, cherchant à contenir l’émotion qui monte en elle. Puis vient ce geste : sa main sur sa joue. Sa peau contre la sienne. La chaleur traverse la barrière ténue entre eux, comme une onde invisible, subtile et redoutable. Lyadril ferme les yeux une fraction de seconde, le souffle court, comme si le simple contact suffisait à mettre son cœur à nu.

--   …cet électricité entre nous…que ferons nous.

Les mots résonnent en elle. Mais aucun son ne franchit ses lèvres. Elle voudrait répondre, mais sa gorge se serre, ses pensées s’embrouillent. Elle laisse le silence parler à sa place. Ses yeux, quand ils s’ouvrent de nouveau, se perdent dans les siens, profonds, inéluctables. Elle frissonne lorsque ses doigts glissent encore, quand il caresse sa joue comme on effleurerait un secret interdit.

Puis vient la phrase tranchante et tendre à la fois :
…en embrassant tout ce que ce pacte nous fait vivre, même si c’est factice ?

Un pincement lui déchire la poitrine. Ses lèvres s’entrouvrent légèrement, mais ce n’est pas une réponse qui vient, seulement un souffle fragile, troublé. Son cœur la trahit, tout comme cette part d’elle qui voudrait se jeter dans ses bras, goûter à ce feu qu’il réveille sans effort.

Quand son pouce effleure la commissure de ses lèvres, Lyadril se fige un instant, puis décide de jouer sur ce fil ténu qu’elle seule maîtrise. Plutôt que de céder, elle tourne très légèrement la tête, juste assez pour que son souffle effleure ses doigts, comme un baiser qui ne s’achève jamais. Ses lèvres ne se donnent pas, elles se contentent d’effleurer, laissant une trace invisible, une promesse subtile.

Ses yeux se relèvent vers lui, luisants d’une intensité douce, purement elfique. C’est sa réponse silencieuse, une leçon délicate : elle n’est pas une femme qu’on prend, elle est une femme qu’on apprivoise. Ses gestes sont empreints de sensualité, mais chaque fibre de son être affirme la même chose : il devra mériter plus qu’un pacte et plus qu’un désir brûlant.

Et pourtant, en elle, le feu crépite. Son côté démoniaque réclame cette proximité, ce contact, cet abandon. Mais elle tient bon, serrant la tasse entre ses doigts pour retrouver son ancrage. Son sourire s’esquisse enfin, fin, presque espiègle.

"Vraeth’thun sehl… chae’kyr thal’moen vi’lae, Réo…” (Même le thé semble avoir plus de patience que toi, Réo…)

Ses mots en démonique sont doux, mais porteurs d’une morsure subtile, entre taquinerie et provocation. Lyadril garde ce sourire fin, subtile réplique à la provocation de Réo. Son cœur bat encore vite, mais elle choisit de ne pas nourrir davantage cette tension brûlante. Elle inspire profondément, laisse le parfum de l’infusion l’apaiser, puis repose sa tasse avec soin. Ses doigts, pourtant, frôlent encore ceux de Réo, comme pour ne pas rompre totalement ce lien fragile.

"Je pense que nous devrions en rester là pour ce soir."

Ses mots tombent doucement, portés par une voix apaisante. Elle détourne un instant le regard vers les flammes dansantes, puis revient vers lui.

"Demain… Demain nous chercherons ensemble. Les grimoires, les vieux livres. Peut-être qu’il existe une incantation, une prière, un rituel… qui nous permettrait de faire appel à quelqu’un de compétent. Une personne qui connaît les pactes mieux que nous. Ainsi, nous saurons."

Son ton est calme, ferme sans être brusque. Comme une main posée sur la sienne pour le retenir du bord d’un précipice. Elle se lève ensuite, ramassant doucement son assiette, effleurant son épaule au passage.

"Allons nous reposer. La nuit porte conseil, dit-on."

Elle s’éloigne, ses pas nus glissant sur le sol comme une danse silencieuse. Chacun retrouve le chemin de sa chambre.

Dans la sienne, Lyadril s’assoit sur le rebord de son lit. Le feu de la cheminée, plus loin dans la maison, n’est plus qu’un écho. Le silence de la nuit l’enveloppe. Elle ferme les yeux, inspire profondément… et un chant s’élève, discret, fragile comme une confidence.

En sindarin, ses mots s’échappent dans l’obscurité :
Aníron i chen naur lín, a lín thôr nîn o dîn nîn…” ("Je voudrais que tu sois le feu de mon cœur, et le temple de mes pensées…")

Chaque syllabe vibre doucement, emplissant la pièce d’une aura presque sacrée. C’est une prière, une offrande, un aveu que même elle ne se permet pas en pleine lumière. Ses lèvres tremblent, mais sa voix reste pure, cristalline, portée par ce mélange unique d’elfe et de démon qui la définit.

Elle chante pour elle-même, pour se rassurer, mais aussi pour lui, comme si les murs pouvaient porter sa mélodie jusqu’à sa chambre. La dernière note s’étire dans l’air, un fil invisible reliant leurs deux solitudes. Puis le silence retombe, lourd, tendre, infini.

Et la nuit s’installe, gardienne de leurs désirs inavoués et de leurs doutes partagés.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le mardi 23 septembre 2025, 23:07:37
La tension entre nous semble croitre sans fin. Nos souffles, nos essences luttant contre la tentation, cet appel silencieux à céder…ses lèvres s’entrouvrent, me laissant entrevoir la possibilité de glisser ma langue rencontre la sienne, de laisser nos corps et notre désir s’exprimer, là, maintenant, dans cet endroit…Son visage glissant contre ma main pour guider ses lèvres contre mon pouce, n’autorisant qu’un effleurement hésitant, et une retenue assumé. Souffle brulant courant sur ma peau, l’enveloppant, réveillant mes nerfs, ne ratant pas une miette de ce spectacle…une correspondance silencieuse m’indiquant qu’elle me désire, qu’elle hésite…l’incertitude de ce pacte brouillant notre avenir.

"Vraeth’thun sehl… chae’kyr thal’moen vi’lae, Réo…

J’assume. Je la veux. Le nier en me voilant la face serait lâche. Les images de son corps ne s’effacent pas…Seulement...il n’y a pas que ça qui compte à mes yeux en ce qui la concerne…Touché par son histoire, sa douceur, sa soif d’aider malgré sa nature semi-démoniaque. Et…elle est la seule à pouvoir comprendre ma haine, sans jugement. Serions-nous deux face d’une même pièce, destinés à être un jour rassemblée ?

 Hélas, après les rêves, le réveil.

"Je pense que nous devrions en rester là pour ce soir."

Sur ces mots, elle se détache délicatement de moi, faisant instinctivement duré le plaisir, au final son visage et ses yeux se détournent faisant face au feu.

"Demain… Demain nous chercherons ensemble. Les grimoires, les vieux livres. Peut-être qu’il existe une incantation, une prière, un rituel… qui nous permettrait de faire appel à quelqu’un de compétent. Une personne qui connaît les pactes mieux que nous. Ainsi, nous saurons."

Elle a raison, j’en ai conscience…mais les mots ne peuvent sortir. Tremblant légèrement des mains, la chaleur du thé se diffusant dans mon corps, je la sens se lever, un fugace dernier contact de la soirée.

"Allons nous reposer. La nuit porte conseil, dit-on."

Je reste là, seul pendant un temps que je ne sais définir. Dans le silence du salon, les mots sortent enfin, comme s’ils avaient patienté le moment où je n’aurai pas à les assumer.

-   Tu as raison, nous devons être fixé et savoir ce que nous avons réellement réveillé. Il sera toujours temps de prendre une décision le moment venu…mais… athar i gil vi menel dû o nín erdhad[/color] (Tu es l'étoile du ciel sombre de ma solitude)

Je finis par me lever à mon tour, prenant la peine de ramener la vaisselle dans la cuisine. Je ressens une vibration se diffuser dans la maison, douce, pure, tendre…sachant que la maison vibre à ses émotions. Mon cœur se laisse bercer de l’illusion que je suis la source de ses sentiments transmis. Mon esprit lutte pour rester lucide sur la possible artificialité des choses.

Mes pas se laissent porter vers ma chambre, passant à coté de la sienne mon corps s’arrête de lui-même. Approche. Stop. Mon front se pose contre cette porte, songeant qu’elle est juste derrière. Mais je reste raisonnable et repars, pousse la porte de mon sas de sommeil. La fatigue de ces derniers jours me rattrape. M’écroulant lamentablement dans mon lit, un bras pendant dans le vide…un vœu m’échappe au moment où morphée fait son office…

-   Que ce soit…naturel……

Mes yeux se ferment lourdement, mon esprit file dans le royaume des rêves…La nuit se passe difficilement, et je me réveille tôt le matin, du moins je suppose. Le soleil n’est pas encore levé, mais la nuit a commencé à laisser place à l’aube…Je me tourne, me retourne essayant de replonger dans le sommeil, sans résultat. A tel point que je finis par me lever, passant la porte, je descends dans le salon. Fouillant chaque pièce pour voir si je la trouve, sans résultat.

-   Au moins il y en a une qui trouve le sommeil.

Allant vers la cuisine, je prends un grand verre d’eau, réfléchissant au programme de la journée tout en préparant le petit déjeuner, je réfléchis à mes différents contacts qui pourraient nous renseigner, mais je ne connais aucun expert en sceau, ou pacte de sang. Peut être en passant quelque coups de fil…

Mes pensées partant en pleine réflexion, des œufs durs, avec des tartines d’avocats et œuf attendent sur la table de la cuisine, avec une infusion de thé. Des bruits de pas se rapproches…
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le mercredi 24 septembre 2025, 18:16:16
Le chant de Lyadril ne l’apaise que l’espace d’un très court instant. Alors elle se lève de son lit et se déplace dans sa chambre, le regard fuyant, les mains effleurant distraitement les meubles. Elle tourne en rond, l’esprit en ébullition. Ses pensées se heurtent, violentes, contradictoires : sa part démoniaque, brûlante, qui s’autorise à céder au désir, et sa part elfique, prudente, consciente des risques et des illusions.

Son souffle court se heurte au silence, et ses mains tremblent légèrement quand elle les pose contre le bois de la porte. Son front suit bientôt, comme pour se retenir de céder à ce qu’elle vient de quitter. Sa voix intérieure se déchire en deux.

"Allons, Lya’… qu’y a-t-il de mal ? Avoue qu’il n’est pas désagréable à regarder… Tu aimes sa proximité, ses mains sur toi, son regard qui brûle… Tu ressens ce feu qui te traverse ! Tu veux ce que tu crois être impossible, mais ce n’est pas interdit !" souffle la part sombre, plus démoniaque, qui se repaît de la tentation.

La part elfique, douce et réfléchie, oppose sa voix claire mais inquiète :
"Oui… il est agréable, trop même… La leçon de l’eau… je l’ai aimée. Mais ce que tu ressens, est-ce bien à toi ? Ou est-ce un mensonge né du pacte ? Et si, encore une fois, tu offres ton cœur… et que tu perds celui que tu aimes ?"

Un frisson glacé traverse sa nuque. Elle ferme les yeux, mais une autre voix s’immisce, plus sombre encore, empreinte de malice froide, cruelle, tranchante, autoritaire. Celle de son père.
"Ne tombe pas amoureuse, Lyadril ! Ne rêve pas ! Tu sais ce qui t’attend si tu cèdes ! Tu ne peux pas… tu n’as pas le droit ! Reste vigilante !"

Elle serre les dents, ses ongles marquant presque le bois de la porte. Impossible de trouver le sommeil dans cette lutte intérieure. Alors, avec une résolution nerveuse, elle quitte sa chambre et descend dans son herboristerie.
Lyadril se tient devant ses étagères et ouvre avec précaution ses fioles, poudres et herbes, soigneusement rangées. Elle prépare quelques bougies aux teintes douces mais profondes: violettes pour la clairvoyance, blanches pour la protection,  qu’elle allume, laissant la flamme danser et projeter des ombres mouvantes sur les murs. Ajoutant les mêmes bougies, mais neuves dans son sac de soie.

L’herboriste commence à sélectionner ses ingrédients avec une précision quasi rituelle. Pétales d’iris pour la clarté de l’esprit, racines de mandragore pour la vigilance, un soupçon de poussière d’argent pour purifier l’intention. Chaque élément est choisi, pesé et disposé avec un soin méticuleux, avant d’être placé dans un petit sac de soie qu’elle ferme lentement, comme pour sceller ses intentions.

Les fioles cliquettent doucement sous ses doigts, et elle ajoute à l’assemblage des herbes de protection : sauge séchée et romarin noirci. Quelques pierres de lune viennent compléter le tout, pour leurs propriétés de focalisation et de guidance. Une pincée supplémentaire de mandragore renforce le lien entre l’âme et la magie. Enfin, un petit cristal poli, symbole de puissance et de concentration, est enveloppé dans un carré de soie et intégré à l’ensemble.

Quand tout est rassemblé, elle prend le temps de serrer le sac écarlate, nouant le lien avec fermeté. Les flammes des bougies vacillent doucement autour d’elle, illuminant ses gestes précis et l’atmosphère de la pièce d’une lueur à la fois mystique et protectrice. Tout est prêt pour que, le moment venu, l’incantation puisse être réalisée avec la plus grande efficacité et sécurité.

Quand enfin elle émerge de son antre en n’oubliant pas d’éteindre les bougies, l’aube commence à griser les vitraux. Ses cheveux, longs flots d’argent aux reflets lunaires, sont en bataille, ses yeux lourds et cernés par la nuit blanche. Elle est toujours vêtue de sa courte nuisette rouge, persuadée que Réo dort encore et qu’elle a un moment de répit.

Mais arrivant dans son hall d’entrée, une odeur de thé l’arrête. Son pas suspendu, elle comprend que son invité est déjà levé. Une chaleur étrange traverse son ventre.

Alors, dans un geste spontané et tendre, elle dépose son petit sac de soie sur la table du salon, puis s’approche de Réo en silence. Elle se hisse légèrement sur la pointe des pieds, ses lèvres se posent doucement sur sa joue dans une bise légère, presque timide.

Sa voix s’élève alors, douce et feutrée, dans la langue démonique :
Zah’kira mael….” (Bonjour, mon cher…)

Ses yeux croisent ceux de Réo, l’esprit encore tourmenté par les avertissements de son père intérieur, mais elle laisse son geste exprimer la tendresse qu’elle ne peut verbaliser. La nuit, la vigilance et le danger d’un pacte restent suspendus autour d’eux, mais pour cet instant, la douceur prend le dessus.

La propriétaire des lieux reste un instant immobile, inspire profondément, puis se tourne vers les volets du salon général. Ses mains délicates glissent sur le bois froid, et d’un geste lent mais précis, elle les ouvre. La lumière de l’aube pénètre dans la pièce, douce, diffuse, réchauffant légèrement la peau encore humide de la nuit. Les ombres de la cheminée s’effacent peu à peu, laissant place à une clarté fragile mais rassurante.

La demi haute-elfe retourne auprès de Réo qui a pris la peine de préparer le petit déjeuner. La table est joliment disposée : des œufs durs, des tartines d’avocat, un verre d’eau fraîche et un thé aux fruits rouges fumant dans une petite tasse délicate. Les effluves du thé se mêlent à ceux des aliments, emplissant l’air d’une promesse de calme et de soin.

L’hybride s’assoit sur la chaise avec grâce, ses jambes vaguement repliées sous sa chaise, et laisse ses yeux parcourir le détail de ce qu’il a préparé.

Son cœur se serre un instant, touché par cette attention. Elle incline légèrement la tête vers lui et murmure, la voix douce mais sincère :
"Merci… Réo."

Ses doigts effleurent la tasse de thé comme pour s’ancrer dans ce moment, pour retenir le calme et la tendresse qui flottent autour d’eux. La lumière du matin éclaire ses yeux, encore cernés, révélant la fatigue mais aussi la profondeur de ses émotions. Ses lèvres esquissent un léger sourire, fragile, presque hésitant, mais rempli de gratitude.

Elle s’autorise un instant à respirer, à savourer ce début de journée avant qu’ils effectuent tous les deux leurs recherches dans le bureau, sur les effets secondaires possibles du pacte.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le mercredi 24 septembre 2025, 22:58:35
Les bruits de pas résonnant dans la maison, à travers les pièces m’alertes. Me fiant au son, je sais qu’ils ne proviennent pas de la chambre de Lyadril. Dans la précipitation, je crains une nouvelle attaque et ne prends pas la peine de fermer la porte de la cuisine, prêt à attaquer. Un scénario en particulier me hante. Az’Kharel a compris la supercherie et est venu en découdre. L’image de Lyadril à sa merci ou morte me serre la poitrine…renforçant toujours plus mon attachement qu’il soit artificiel ou naturel. Réalisant en même temps que ça n’a pas tant d’importance que ça de découvrir la vérité. A mes yeux du moins.

Pénétrant dans le salon, je comprends que les bruits de pas proviennent du hall d’entrée. Mes craintes se dissipent d’un coup aussi naturellement que la fumée, la voyant approcher, un sourire traverse mes lèvres, bien que je sois dubitatif. En observant elle ne s’est pas changée, ses cheveux d’habitude coiffés et soignés se mélangent dans un véritable chaos. Je ne remarque la sacoche qu’au moment où elle la dépose sur la table.

Je m’apprête à parler, coupé dans mon élan par le baiser sur la joue qu’elle me dépose. A la fois frais et réchauffant qu’un flocon de neige, je me fais couper le sifflet pendant un instant…

Zah’kira mael….
- Ghashbúrz lûgûrz (Bonjour, fleur de la nuit)

Surnom poétique, référence subtile au fait qu’elle n’a visiblement pas fermé l’œil depuis la veille. Nos regards se croisent, et en plus des cernes impossible à dissimuler, je lis de l’inquiétude dans son regard. Ayant au départ décidé de la réprimander, je choisis de lui rendre le même signe d’affection, prenant la peine de m’accroupir pour lui faire face…dégageant de la main une mèche de ses cheveux en bataille, mes lèvres viennent trouver sa peau, déposant un baiser aussi doux que le sien.
Sentant le trouble qui la traverse, elle s’éloigne regrets pour ouvrir les volets, tandis que le repas attends dans la cuisine que quelqu’un vienne le chercher. Le soleil perçant la fenêtre met en évidence un joli plateau en argent que je n’avais pas repéré auparavant. Le trouvant fort utile, j’y dépose les mets avant de soulever le déposant sur ma main. A mon retour la demi-elfe est déjà installée, attirant mon regard, comme un phare dans la nuit, je ne coupe ce contact visuel que pour déposer le tout sur la table. Installant une théière et une tasse face à elle, je m’installe à sa gauche.

"Merci… Réo."

- Ca me fait plaisir de t’aider ici. Et puis je me suis réveillé tôt, il me fallait une occupation.

Les arômes du thé viennent chatouiller mes narines. La tasse en main, je profite de la chaleur qu’elle dégage avant de prendre une gorgée, apaisant mon esprit rapidement.

-En parlant de réveil tôt. Tu es habillée telle que je t’ai laissé hier soir, les cernes sur tes yeux et le manque de forme de ta chevelure…tu n’as pas dormi de la nuit en réalité. N’est-ce pas ?

Songeant que j’ai réussi à m’endormir directement après notre cours. Je culpabilise sur le moment d’avoir presque eut une nuit de sommeil complète. Et encore une fois, elle sacrifie sa santé…

-Quand je t’ai dit hier de te reposer le temps de ta convalescence, j’espérais que tu comprendrais l’importance de prendre soin de toi.

D’instinct, ma main va sur la sienne, la serre, l’enlace presque. Mon regard, droit dans le tiens trahit de l’inquiétude et du mécontentement.

-Ta santé est précieuse, pour toi, tes patients…pour moi… Ce dernier mot lâché dans un souffle sans perdre le contact de nos yeux, résonne comme une déclaration timide.

Mon cœur bat vite, même lorsque nos regards se sépare pour reprendre le repas. De fugaces et légers contacts physique ayant lieu de temps en temps, consciemment ou non…nos épaules qui se frôles, nos mains se touches en se servant en même temps. D’un point de vue extérieur on doit sans doute ressembler à deux adolescents ne sachant quoi faire de leurs sentiments.

-Tu as réfléchi pendant la nuit à une option pour en savoir plus sur le pacte ?

Un ange passe…

-De mon coté, je me dis que les circonstances de notre rencontre sont…particulières, beaucoup de choses se sont enchainées…

Je tourne la cuillère en continu dans le thé.

-   …notre passé commun, je ne suis pas certains que mon attachement soit lié à ce pacte…j’ai eu une longue vie, et je n’ai jamais enchainé des évènements aussi fort auprès d’une femme. Et puis, j’aurai bien toute les raisons du monde de tomber sous ton charme…

Mon cerveau me hurle d’arrêter, mais mon cœur ne me laisse pas…

-   …tu es bienveillante, avenante et dévoué envers tes patients.

Avant d’aller plus loin, je me lève, en souriant.

-   Bon sur ce, je vais à la bibliothèque, pour commencer les recherches.

Souriant, ça ressemble clairement à une fuite avant de trop parler. Me levant de table, je quitte la pièce, les mains tremblantes. Me plaquant contre la porte, murmurant…

-   Espèce d’idiot, depuis quand tu fuis face à une femme ?
*Cela dit, elle est unique en son genre* Songes-je en souriant, avant de me reprendre pour commencer à feuilleter les livres….
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le jeudi 25 septembre 2025, 14:19:45
Le surnom démonique la fait rougir aussitôt. Ghashbúrz lûgûrz « fleur de la nuit ». L'hybride n’y est pas habituée. Ses lèvres s’entrouvrent, ses yeux s’écarquillent une fraction de seconde. Ses joues prennent une teinte rosée, presque juvénile, incongrue sur son port d’ordinaire si maîtrisé. Elle baisse brièvement les yeux pour dissimuler ce trouble, mais un frisson la parcourt déjà lorsqu’il dégage doucement une mèche de ses cheveux en bataille. Le contact de sa main effleurant sa tempe est un éclair, et quand il dépose à son tour un baiser sur sa joue, elle doit se retenir de lever sa propre main pour venir caresser la sienne, ancrer ce geste. Ses doigts se crispent contre le bois de la table, lutte silencieuse pour ne pas céder.

Puis ses doigts frôlent les siens, par accident. Un contact infime, presque dérisoire… mais qui fait naître en elle une chaleur bien trop vive pour être ignorée. Son souffle se bloque, son cœur s’emballe. Elle voudrait reculer, mais son corps reste figé.

Et c’est alors qu’il se fit entendre.
La voix.
SA voix.

"Pauvre enfant… te voilà à trembler pour si peu ?" Le timbre d’Az’Kharel s’insinue dans son esprit comme une morsure. "Oublies-tu que tu m’appartiens ? Que ce pacte de sang, tu l’as lié à moi, pas à lui ?"

L'elfe ferme brièvement les yeux, crispant ses doigts.

"Tu crois aimer ? Quelle naïveté. Ce n’est qu’un reflet, une illusion née de notre lien infernal. Et si tu persistes à croire le contraire…" Une pause, lourde. Puis la menace, sifflée.
"… ton prochain duel rituel sera une boucherie. Je ne t’offrirai aucune clémence. Je te briserai os après os, jusqu’à ce que tu rampes comme l’esclave que tu es."

Son cœur se serre, une ombre glaciale traverse son regard. Elle rouvre les yeux pour trouver ceux de Réo fixés sur elle. Trop proches, trop brûlants. Elle a envie de se jeter dans ce brasier, d’oublier l’ombre de son père et des enfers.

Ses lèvres s’entrouvrent… un mot, un aveu prêt à franchir la barrière de sa gorge. Mais la voix d’Az’Kharel résonne encore, plus douce cette fois, plus perfide :
"Si tu l’aimes, je le détruirai. S’il devient ta lumière, je l’éteindrai de mes propres mains."

La sang mêlé ravale ses mots. Sa main, qui avait presque trouvé celle de Réo, se referme sur elle-même. Elle recule d’un pas infime, imperceptible peut-être, mais suffisant pour lui rappeler qu’elle n’a pas le droit.

Et pourtant, ses yeux trahissent tout.
La peur.
La frustration.
Et ce désir insensé, interdit, qui ne fait que croître.

Quand le jeune homme ajoute qu’il lui fallait une occupation, L'Arcaniste refoulée l’observe de biais, un léger sourire aux lèvres : il ne sait pas rester en place… Cette énergie, ce besoin de faire, même dans la tendresse d’un petit-déjeuner, la touche. Elle incline la tête, un peu honteuse, quand il remarque sa tenue, ses cernes, ses cheveux en bataille. Il a raison. Elle ne dit rien, mais le silence, l’aveu muet de son hochement, parle pour elle.

Et quand sa main vient se poser sur la sienne, ses doigts se serrent doucement en retour, réflexe presque désespéré pour garder cette chaleur. Elle lutte. Tout son corps lui hurle de se jeter contre lui, de se lover dans cette présence rassurante, mais elle reste droite, fragile équilibre entre désir et retenue. Son cœur s’emballe pourtant lorsqu’il ajoute, le regard ancré dans le sien, que sa santé est importante pour lui aussi. Ses yeux violets sont graves, troublés, brûlants d’inquiétude. Elle détourne une seconde le regard, comme si c’était trop intense, puis y revient, aspirée malgré elle.

Chaque frôlement — leurs épaules, leurs mains qui se croisent en effleurant une assiette ou la théière — est comme la danse d’un colibri qui butine une fleur : rapide, léger, mais vibrant d’une énergie qui pulse jusque dans son ventre. Elle inspire plus fort qu’elle ne le voudrait pour calmer les battements désordonnés de son cœur.

Quand son ancien patient l’interroge sur le pacte, la soigneuse ne répond pas par des mots. Lentement, elle tire le petit sachet de soie écarlate qu’elle avait préparé et le pose devant lui. Ses yeux se plantent dans les siens, silencieuse, laissant l’objet parler pour elle : voici ma réponse, mes précautions, ma détermination.

Puis vient la phrase. Celle qu’elle n’attendait pas, celle qui la transperce :
« Et puis, j’aurai bien toutes les raisons du monde de tomber sous ton charme… tu es bienveillante, avenante et dévouée envers tes patients. »

Le souffle lui manque. Son cœur cogne, cogne, cogne contre sa poitrine, comme s’il allait éclater. Ses joues s’embrasent, elle rougit de tout son être, incapable de cacher que c’est bien la première fois qu’on lui fait une telle déclaration, aussi directe, aussi sincère. Elle baisse les yeux, joue nerveusement avec le bord de sa tasse, incapable de trouver une réponse immédiate.

Quand il se lève pour filer à la bibliothèque, Lya' le suit des yeux, muette, encore ébranlée. Ses lèvres tremblent d’un sourire timide qu’elle ne peut réprimer, même en le voyant se réfugier dans ses livres. Elle reste un instant immobile, puis finit son thé et son repas en silence, son regard glissant parfois vers la porte par où il est parti.

La propriétaire des lieux débarrasse ensuite la table, comme pour retrouver contenance, puis s’éclipse dans la salle de bains. La douche efface les brumes de la nuit, et quand elle reparaît, c’est une autre Lyadril qui franchit le seuil du bureau.

Sa robe fluide épouse sa taille avec souplesse, d’un violet profond, la même teinte que ses veines et ses ailes lorsqu’elle laisse parler sa nature démoniaque. Le tissu s’ouvre sur un décolleté mesuré, assumé sans ostentation, une élégance qui révèle plus qu’elle ne cache. Ses cheveux, cette fois, sont coiffés et laissés libres, sans les deux tresses fines qu’elle arbore d’ordinaire, cascades argentées aux reflets lunaires qui retombent jusqu’au bas de son dos.

Après plusieurs minutes de recherche, dans ses bras, un grimoire en langue démonique, relié de cuir sombre. Elle l’avance, le pose avec soin sur le bureau. Puis, sans un mot, elle saisit une chaise, la tire doucement, et vient s’asseoir à ses côtés. Assez proche pour que leurs épaules puissent encore se frôler.

Ses yeux glissent vers lui, timides mais décidés, comme pour dire : Cherchons ensemble.

Mais l’ombre ne s’éteint pas. Au fond d’elle, la voix d’Az’Kharel revient, plus nette, plus cruelle qu’avant, comme un fer chauffé à blanc qu’on fait claquer contre le silence :

"Tu crois pouvoir aimer sans payer ?"
"Ma fille... Si tu oses, je te briserai — mais pas tout d’un coup. Je te laisserai regarder. Chaînée, impuissante, tu verras chaque éclat de sa chute : je prendrai mon temps pour démonter l’homme qui te trouble, morceau après morceau, pour que tu comprennes à qui tu appartiens."

La menace est précise, vicieuse dans sa lenteur. Elle picturise l'horreur sans la nommer : chaînes, regard forcé, la démolition méthodique d’un homme aimé. Lyadril sent un froid profond lui ronger la colonne vertébrale ; c’est moins une image qu’une sentence. Son ventre se noue. La peau de ses avant-bras se hérisse.

Pour un instant, l’idée même de ce supplice lui arrache un gémissement muet. Sa main se referme sur la tranche du grimoire, les jointures blanches. Elle a la vision, fugace et terrible, d’être enchaînée, contrainte d’observer le monde de celui qu’elle aime s’effriter sous la main d’un général infernal qui savoure la lenteur.

Mais la peur se mue aussitôt en colère sourde. L’image d’Az’Kharel qui l'humilie, qui use de la souffrance d’un autre pour l’écraser, réveille en elle une détermination froide. La jeune femme presse le dos du grimoire, comme si ce geste pouvait chasser la voix. Ses doigts effleurent la couverture — pas pour appeler la peur, mais pour puiser un ancrage.

Lyadril tourne alors le visage vers Réo. La menace flotte encore, mais entre eux deux une autre chose existe, plus ténue peut-être, mais réelle : un fil de défi. Tant qu’il est là, pense-t-elle, elle refusera d’être réduite à un témoin impuissant. Tant qu’il est là, elle se dressera contre les ombres.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le jeudi 25 septembre 2025, 22:33:32
Mes esprits retrouvés, mon dos se redresse, ma main passe dans mes cheveux pour les recoiffer et leur donner une forme acceptable. Croisant mes doigts, retournant mes mains, je les fais craquer fortement, commençant à prendre autant d’ouvrages que mes bras peuvent en tenir, je les dépose en pile sur la table à ma droite. L’épaisseur et le nombre de livres me fatigue d’avance, n’étant même pas sûr de trouver quoi que ce soit d’utile à notre sujet spécifique. Soufflant un grand coup pour me donner du courage.
Soudainement un frisson glaçant me parcourt la colonne vertébrale. Me sentant observer je me retourne. Je suis seul. Mon rythme cardiaque accélère lorsqu’une voix que je ne connais que trop bien résonne.

-   Tu peux enfin m’entendre fils…tu crois être capable d’aimer ? Mon meilleur soldat, ma plus grande déception, mais toujours mon meilleur espoir…

Tournant sur moi autour de la pièce, je le cherche du regard désespérément, près à fondre sur lui…[/color][/b]

-   Tu me cherches ? Pour me tuer ? Tu crois qu’elle est capable de t’aider ? Elle est ma fille, mon unique enfant de sang. Elle ne trahira jamais son père…
-   LA FERME !

Craignant devenir fou à entendre la voix de Az’Kharel dans ma tête, je sens l’angoisse monter. M’appuyant sur le bureau, y plantant mes ongles, j’ignores si je ne préfère pas devenir fou en fin de compte. L’autre éventualité signifierait que nous sommes observés. Mais comment ? Pourquoi aujourd’hui me contacte-t ’il s’il pouvait le faire avant ? Un autre effet secondaire du pacte ? Les questions fusant, mes ongles se plantent dans le bois pour exprimer ma colère sans tout envoyer valser.

Entendre sa voix pour la première fois depuis plus de 1000 ans ne me laisse pas indifférent, les souvenirs de ses entrainements, ses punitions, sa cruauté. Chaque détails négatif me revient. Comme si j’avais besoin d’un prétexte supplémentaire pour le tuer….Cela dit, mon esprit se recentrant, il me rappelle que mes sentiments envers Lyadril sont un bonus, appréciable, même au-delà. Mais nous serons libre que lors de sa mort.

Retrouvant l’énergie de me mettre sérieusement au travail, je m’assois, prenant le premier ouvrage, je le feuillette. Il fait environ mille pages, et ce n’est que le premier d’une longue série au moins aussi épais. Je ne me plains pas et continue un moment, sans rien trouver s’approchant de la simple mention de sang.

Interrompu dans ma recherche par la porte qui s’ouvre, ma visage se tourne instinctivement, observant Lyadril dans une robe qui romps le flux de mes pensées, à la manière d’un katana tranchant un fil. Est-elle assortie à mes yeux à dessein ? Un aveu ? Je choisis de le prendre ainsi, son décolleté est assumé, en harmonie total avec la forme de sa poitrine…cherche-t-elle à me séduire ? En a-t-elle conscience ? Quand à sa chevelure travaillée, soignée sans laisser place au hasard, et la pureté de son visage…c’est simple, sa seule présence est la lumière qui chasse les angoisses de revoir cet enfoiré.
Un sourire se dessine, l’observant récupérer des livres elle aussi, ou plutôt un livre. Comme si elle savait ce qu’elle cherchait. En même temps il s’agit de sa bibliothèque, il est logique qu’elle sache précisément ce dont elle aura besoin. Elle se tourne vers moi, et je me dépêche de replonger dans ma lecture. Masquant que je ne peux pas la quitter des yeux actuellement. Elle s’installe, si proche, que nos corps se frôles à nouveau. Un appel à la regarder, et un sourire signifiant : Cherchons ensemble.

Acquiesçant sans qu’elle n’ait prononcé un mot. Je perçois à nouveau sa voix, à lui, plus lointaine, elle ne m’est pas adressé mais je perçois ses paroles.

- Tu crois pouvoir aimer sans payer ?
- Ma fille... Si tu oses, je te briserai — mais pas tout d’un coup. Je te laisserai regarder. Chaînée, impuissante, tu verras chaque éclat de sa chute : je prendrai mon temps pour démonter l’homme qui te trouble, morceau après morceau, pour que tu comprennes à qui tu appartiens.

C’en est trop. Il a franchi la limite que je ne lui permettrais plus jamais de bafouer. Prenant la main de mon elfe, de manière assumée. Me disant puisqu’il a choisit de nous observer et bien il va en prendre pour son argent.

-   Tu la menaces ? Tu lui fais peur ? Tu veux l’atteindre en passant par moi ? VIENS ! Je t’attends ! Je te tuerai, quitte à y passer aussi, mais tu ne poseras plus jamais la main sur elle, ESPECE DE CONNARD ARROGANT !

Cette dernière phrase sort du plus profond de mes tripes, résonne dans la maison, jusque dans l’herboristerie. Ce hurlement guttural est ma déclaration de guerre ouverte. Sa voix se tue. J’ignore au fond s’il a entendu, et est-ce si important. Tant que la femme que j’aime comprends que je la protègerai de lui. Me tournant vers elle, posant instinctivement mes lèvres au coin des siennes, témoin de mon envie brulante de franchir ce cap, mais respectant son choix de trouver les réponses.

-   Je m’excuse d’avoir crié…il ne t’arrivera plus rien. Tu as ma parole.

La sentant dérouté, par lui, par ma colère ? un mélange des deux sans doute. Je fais de mon mieux pour la rassurer, bien que j’ignore comment faire dans le fond…

-   Oublions le l’espace d’un instant. On a des réponses à trouver.

Front contre front, nos contacts se font plus fréquent de manière si naturelle que je m’en rends à peine compte. Comme une évidence, comme si nous deux, ensemble devait être aussi absolu que deux et deux font quatre. Je ne lâche plus sa main, reprenant la lecture. Un livre, puis deux, puis cinq, j’ai l’impression de ne pas en voir le bout. Nous finissons par nous partager la pile de livre. La journée avançant rapidement que nous n’aurons pas mangé ce midi.

Attend ! Je m’arrête sur une section de page attirant mon attention. Une invocation, un guide qui serait expert en sceau et pacte en tout genre. Impossible de lire précisément ce qui sera invoqué, les mots sont anciens et celui le plus important est illisible. Quoi qu’il en soit…

-   Je…j’ai quelque chose.

Mettant le livre au centre, je lui montre la partie en question, avec la liste des ingrédients et l’incantation.

-   Qu’en penses-tu, Lya ?

Première fois que je lui donne ce surnom, mais pas la dernière….
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le vendredi 26 septembre 2025, 01:37:01
La jeune femme perçoit le soulagement dans le geste du jeune homme lorsqu’il prend sa main. Naturellement, elle y répond, serrant la sienne avec douceur, comme pour s’ancrer à lui dans ce moment suspendu. Lorsqu’il laisse éclater sa colère contre Az’Kharel, sa voix rauque et gutturale résonne dans le bureau et la surprend. Elle sursaute, ses yeux s’écarquillent : elle ne s’attendait pas à une réaction aussi vive. Une vague de panique et d’admiration se mêle en elle.

Lorsque Réo approche instinctivement ses lèvres du coin des siennes, Lyadril glisse sa main sur sa joue, un contact doux et presque une caresse consciente. Une larme silencieuse coule sur sa joue tandis qu’il murmure :

Il ne t’arrivera plus rien. Tu as ma parole.

Elle hoche la tête positivement lorsque sa voix s’adoucit.

Oublions l’espace d’un instant. On a des réponses à trouver.

Leurs regards se croisent, un souffle partagé traverse l’air. Lyadril remarque le dernier livre qu’elle avait pris, posé sur le bureau parmi les autres. Un mélange de soulagement et d’inquiétude l’envahit lorsque Réo dit :

Je… j’ai quelque chose.

Le diminutif, Lya, fait frissonner Lyadril. La première fois qu’il l’utilise, prononcé par lui, il prend une valeur intime, presque précieuse. Sa retenue se fissure, et elle se laisse glisser sur ses genoux, rapprochant son dos contre son torse, cherchant l’ancrage et la chaleur dans sa présence.

La professeur de l'Art des Arcanes lit la section qu’il lui montre, les yeux verts suivant les lettres anciennes et vibrantes, et murmure presque hésitante :

"C’est… c’est exactement ce que j’ai préparé alors que je ne le savais pas…

À regret, elle lâche la main de Réo, sort le nécessaire du petit sachet de soie et lui demande d’installer les bougies et de les allumer comme pour la leçon qu'elle a instruite. Le temps que l'élève les allume, l'elfe place les ingrédients et trace avec précision le cercle d’incantation sur le sol, chaque geste mesuré et concentré.

Elle saisit la dague sur son bureau et rejoint Réo, prenant sa main gauche pour le guider vers le cercle. Plongeant son regard vert dans ses yeux violets, elle inspire profondément, puis lâche sa main pour entailler la sienne, là où la demi-clé arcanique invisible est imprimée. La pièce frissonne légèrement, les sceaux magiques réagissant dans l’espace environnant.

Elle murmure alors en démonique :

"Zarath’ma… morthiel." (Pardon mon… amour)

Puis elle entaille doucement la paume de Réo pour que quelques gouttes de leur sang tombent sur le cercle. L’air devient dense, vibrant d’une énergie chaude et mystérieuse, et les flammes dansent autour d’eux.

Leurs voix s’élèvent, se mêlant dans l’incantation, Lyadril en sindarin, comme un chant ancien, rythmique et poétique  et Réo fera l'autre partie en démonique :

A starno na thîr, a lînna aran,
Lûth na fêa, aníron i ngûr,
Gûr na menel, curu na gwend,
Acheniel na mâr, a thandiel na gath.

(Que le lien s’unit, que l’ombre et la lumière se mêlent,
Que l’âme protège l’âme, que la volonté guide le destin,
Que le cœur s’élève vers le ciel, que la force de l’Art s’accomplisse,
Que l’union des mains et des âmes scelle l’éternité.
)

Le cercle s’illumine d’une lueur mêlée d’ombre et de lumière, vibrant sous la puissance de leur sang et de leur volonté. La magie danse autour d’eux, oscillant entre éclats éthérés et reflets sombres. Chaque frisson, chaque souffle et chaque frôlement deviennent des vibrations, un rythme profond entre leurs corps et leur énergie.

Lyadril se colle contre le torse de Réo, cherchant chaleur et ancrage, et laisse la magie les envelopper. Le monde extérieur s’efface : il n’existe plus que la lumière et l’ombre du cercle, le souffle partagé, et le lien qu’ils viennent de sceller avec leur sang.

Le temps semble suspendu. Elle ferme les yeux un instant, s’abandonnant au rituel, consciente de la force et de la fragilité de ce qu’ils viennent de créer, et se laisse porter par le souffle, la magie, et la présence de Réo.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le vendredi 26 septembre 2025, 20:14:15
Mon cœur rate un, deux, même trois battements lorsque ma complice se pose sur mes genoux. Pris par surprise je n’ai ni le temps, ni l’envie de protester, au contraire, je l’accueil avec une approbation non dissimulée…mes mains s’enroulant contre ses hanches au moment où elle pose son dos contre mon torse…son doux et enivrant parfum s’insinuant dans mon nez, je hume sans me cacher cette douce odeur. Mes mains se mettant à caresser son ventre par-dessus la douce robe mauve, sans parler de la vue imprenable de sa poitrine…Mon rythme cardiaque bat le rythme tel un tambour, de plus en plus vite…

"C’est… c’est exactement ce que j’ai préparé alors que je ne le savais pas…"

Cette phrase bien que prometteuse, sonne le glas de cette étreinte bien trop fugace…Mais elle sait ce qu’elle fait. Suivant ses instructions, je place et allume les bougies autour de la pièce, tandis qu'elle s'occupe de toute la partie technique. M'installant sur le siège à nouveau. La voyant s’éloigner pour saisir une dague avant de revenir. Je n’ai pas peur, et lui accorde ma confiance. Parti pour m'entailler la main, quand nos regards se croise, je lui fait comprendre que je veux passer après elle.

- Je veux m'assurer qu'il ne t'arrive rien au début du rituel....je t'en prie...

Elle cède, s'ouvrant juste assez la paume pour laisser son sang couler.
Ensuite, ma main telle une marionnette se laisse faire, nos regards plongeant l’un dans l’autre, je réalise à peine qu’il s’agit de celle que j’ai entaillé lors du pacte. Trop occupé à voir la beauté de l’univers dans ces yeux d’émeraude…Jusqu’à ce qu’elle murmure une phrase dont je comprends tout juste le sens. Elle me désarme par ces trois mots…

"Zarath’ma… morthiel." (Pardon mon… amour)

Touché en plein cœur par cet aveu, je ne sens même pas la douleur de l’entaille. Trop occupé à me concentrer pour ne pas sauter sur ses lèvres et franchir le cap dont la présence nous réprime depuis bien trop longtemps…Que nos langues se marient l’une à l’autre, que notre souffle se coupe sans cesser cette étreinte. Des images me viennent. Sa robe est déchirée en deux, nos corps fusionnent dans une danse qui calme à peine le brasier entre nous…Alimenter par nos âmes depuis mon arrivée. Faisant couler chacun notre tour le sang de Lyadril, puis le miens, tombe goutte à goutte sur le cercle d’invocation réagissant immédiatement par des flammes nous encerclant…
Notre incantation commence, je ne lache pas sa main, et pendant qu’elle psalmodie en syndardin, je m’occupe de la partie démonique :

Vhael’thûr karthiel, maethiel narath,
Zyrrath ul’khael, doriel marath,
 Krythos vel’kaer, dhuriel ashthar,
Nerath vhol’maer, ulthar i’morth.

(Par le sang ancien et la flamme du pacte,
que la connaissance suprême nous guide,
Que la lumière de l’ombre éclaire le sentier des Arcanes, Que la volonté et la force s’unissent dans le rituel,
Que la vérité des mondes et l’esprit du sang soient liés pour l’éternité.)

Plus les incantations avancent plus le cercle réagit, s’illuminant de plus en plus, la magie en émanant devient à la fois chaos et harmonie, la pièce tremble.

Nos corps s’enlaçant, la pièce sombrant dans l’obscurité en dehors de la lueur du cercle. Cette fois je ne retient pas l’étreinte, la serrant comme si je craignais qu’elle ne s’enfuie, ma main intacte passant dans ses cheveux.

La magie continue à faire son office. J’ignore ce qui s’apprête à en sortir. Mais quelles que soit les réponses qui nous attendent, je réalise que je n’imagine pas lui dire ce que je ressens à cet instant, si ça doit disparaitre, qu’un souvenir reste gravé. Relevant son menton machinalement et la regardant dans les yeux. Mes lèvres s’apprêtent à s’emparer des siennes, lorsqu’une explosion de fumée jaillit me coupant dans ma lancée.

Un souffle fort m’oblige à arranger mes appuis pour ne pas être emporter au loin, protégeant Lya.

Après un certain temps, les choses se calment, la fumée commence à se disperser, permettant de voir une silhouette visiblement recroquevillé, comme si on l’avait sorti de son sommeil.

Plaçant d’instinct mon corps entre l’invocation et mon amour, j’avance prudemment, le cœur battant, n’ayant aucune idée de ce qui était arrivé. Les bougies se rallument seules, et je commence à percevoir une forme assez frêle, une peau encore plus pale que celle de Lyadril, mais des cheveux tout aussi blanc et long. Les oreilles pointues me confirment ce que je commençais à soupçonner.

-   C’est une elfe…elle n’a pas l’air dangereuse, mais restes sur tes gardes.

Ma main tiens celle de ma protégée tandis que je m’approche pour m’assurer que notre invitée va bien. Elle respire, mais inconsciente pour le moment. Me tournant pour que nos regards se croisent, nous nous comprenons, et je porte la nouvelle venue délicatement à l’herboristerie pour surveiller ses signes vitaux jusqu’à son réveil….
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le samedi 27 septembre 2025, 00:58:39
Lorsque Lyadril s’installe sur les genoux de Réo, un frisson la parcourt malgré elle lorsque ses mains se posent sur ses hanches. Son souffle se fait plus court à mesure que ses paumes descendent pour effleurer son ventre. Une chaleur diffuse s’insinue en elle, mêlée d’un trouble qu’elle peine à dissimuler, comme si chaque contact réveillait des frissons subtils le long de sa colonne vertébrale. Le souffle chaud du jeune homme sur ses oreilles lui fait se mordre la lèvre d'un coup pour se contrôler et serrer le grimoire un peu plus fort.  L’odeur douce et musquée de Réo se mêle au parfum des bougies, à la cire chaude et aux herbes, formant une atmosphère dense et intime.

Les joues de l’arcaniste se teintent d’un rose délicat lorsque le jeune homme, la voyant revenir vers lui dague en main et comprenant ce qu’elle s’apprête à faire, murmure d’une voix grave et vibrante de sérieux :
- Je veux m'assurer qu'il ne t'arrive rien au début du rituel....je t'en prie...

Ses yeux verts vacillent, fuyant un instant les siens avant d’y replonger comme happés. Elle hoche simplement la tête, incapable de masquer la rougeur qui colore ses pommettes, et un léger frémissement parcourt ses doigts lorsqu’ils effleurent les siens. Le contact chaud, ferme, et rassurant de ses mains la maintient sur le fil fragile entre désir et prudence.

Chacun leur tour, Lyadril et Réo laissent couler leur sang au-dessus du cercle d’incantation, goutte après goutte, jusqu’à ce que leurs doigts s’enlacent et que leurs paumes pressées l’une contre l’autre nourrissent les runes d’un flot commun. La lueur s’amplifie, vibrant à l’unisson de leur lien, pulsant dans l’air comme une vibration douce mais puissante qui semble toucher chaque fibre de leur être. Les pas hésitants de l’hybride la guident plus près encore de lui, et elle sent la vibration du cercle parcourir ses jambes, son torse, son ventre, jusqu’à la chaleur de son souffle effleurant ses lèvres.

Lorsque le jeune homme relève son menton, elle ferme les paupières une fraction de seconde, submergée par l’intimité brûlante du moment. Le parfum de cire, d’encens et d’herbes médicinales tourbillonne autour d’eux, mêlé aux effluves plus subtils et troublants de leur proximité. Quand elle les rouvre, ses prunelles d’émeraude s’ancrent dans les siennes et, presque malgré elle, elle se hisse sur la pointe des pieds, prête à franchir le dernier pas. Leurs lèvres s’approchent, irrésistiblement attirées comme deux aimants… jusqu’à ce qu’une déflagration de fumée rompe l’instant, un souffle brûlant emplissant la pièce et faisant danser les flammes autour d’eux.

Lyadril sursaute, son instinct réveillant la part obscure de son sang. Ses doigts tremblent, prête à marquer sa peau des stigmates démoniaques. Mais la poigne ferme de Réo l’ancre, la retient. Protégée dans ses bras, elle se laisse envelopper par lui, acceptant qu’il se place en rempart entre elle et l’apparition, sans toutefois lâcher sa main. Les vibrations du cercle, les frissons dans ses veines et le parfum de la magie flottant dans l’air la maintiennent éveillée, alerte, et pourtant rassurée.

La fumée se disperse, dévoilant une silhouette frêle, aux cheveux blancs et aux oreilles effilées. Réo souffle, vigilant :
C’est une elfe… elle n’a pas l’air dangereuse, mais reste sur tes gardes.

Les doigts de Lyadril se resserrent autour des siens et sa voix, à peine plus qu’un souffle, répond en sindarin, vibrante d’une solennité fragile :
"Gweston an le." (Je te le promets.)

Leurs regards s’accrochent dans un silence complice, inutile de mots pour se comprendre. Puis elle desserre son étreinte, le laissant porter l’inconnue vêtue de noir, et le suit jusqu’à son herboristerie, ses pas résonnant doucement sur le bois, mêlant fatigue et prudence, chaque écho semblant résonner avec le reste de la magie encore vibrante dans la pièce.

Là, l’elfe-démone appose ses mains sur les portes, traçant de nouveaux sceaux de protection. Sa voix psalmodie des syllabes gutturales où se mêlent les cadences de l’elfique et du démonique. L’air vibre encore, chaque symbole gravé dans l’éther résonnant sous ses doigts et sur sa peau comme une onde tangible. Son regard glisse vers la porte scellée menant à l’Enfer. Une inquiétude sourde la transperce : si son père a senti l’appel et le renforcement des barrières, il pourrait déjà s’avancer.

Lyadril inspire profondément et avance sur la passerelle. Sa main tremblante se pose sur les verrous runiques, vérifiant leur solidité. Un instant, une idée insidieuse effleure son esprit : aller trouver Az’Kharel, son père incube, général des Légions Infernales, pour le défier. Lui prouver, par son sang démoniaque, qu’elle n’est pas faible… ou, par sa part elfique, lui offrir un pacte éternel en échange de la vie et de la paix de son ancien commandant, quitte à se livrer en otage, par amour pour Réo.

L’image est brève, fugace, comme un souffle venu des tréfonds de son sang. Son cœur se serre aussitôt, et la pensée se dissipe, remplacée par le souvenir de la chaleur de l’étreinte du démon qui l’attend plus loin. Sa silhouette se fige dans l’ombre de l’accès interdit, le souffle court. Ses pas sont plus lourds qu’à l’accoutumée, l’incantation, le tissage du cercle et les sceaux protecteurs ayant drainé une large part de son énergie.

Elle retire lentement sa main des runes encore tièdes, un soupir long franchissant ses lèvres. Le silence de l’arrière-salle pèse, mais il n’est plus qu’un voile : déjà, elle sent dans l’air la trace de Réo, cette chaleur familière qui la guide hors des ténèbres de ses propres pensées.

Ses pas résonnent doucement sur la passerelle tandis qu’elle se dirige vers la salle de soins physiques. Chaque mouvement lui demande un effort, ses épaules alourdies par la dépense magique, mais l’éclat des bougies et le parfum des plantes la ramènent à la réalité. Là-bas, le démon veille, et dans un des lits de soins, repose la frêle apparition aux cheveux blancs, encore inconsciente mais respirant faiblement.

Lyadril s’arrête un instant sur le seuil, son regard glissant de l’inconnue à Réo. Elle retient l’élan de faiblesse qui menace de la faire chanceler et redresse le menton, se forçant à reprendre ce masque de force dont elle a toujours su s’entourer. Ses doigts caressent machinalement le tracé d’un sceau encore luisant sur sa paume, sentant sous ses doigts la vibration résiduelle de la magie.

Puis, silencieuse, elle s’avance dans la pièce, l’ombre de son trouble dissimulée derrière l’assurance feutrée de l’arcaniste. Les flammes des bougies dansent sur ses cheveux blancs et sur les étagères, projetant des ombres mouvantes, tandis que le parfum de la sauge blanche, du bois de santal et du palo santo s’élèvent en volutes légères et discrètes. Les frissons du sang, du cercle et de l’incantation persistent dans l’air et sur sa peau, rappelant la puissance qui les entoure. La véritable épreuve ne fait que commencer.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le samedi 04 octobre 2025, 19:31:09
L’ambiance ésotérique de la pièce s’estompe peu à peu. Me sentant faible à cause de la puissance du sort, je soulève malgré tout notre nouvelle venue, marchant vers l’herboristerie, Lyadril ayant décidé de rester visiblement en retrait pour le moment. Traversant la passerelle, mes pas se figent un moment en passant à coté de cette foutue armoire, la regardant je fais le serment silencieux que…S’il arrive quelque chose à ma soigneuse, je me jetterai à corps perdu dans une bataille perdue d’avance, mais en l’emmenant avec moi. Soufflant profondément je reprends ma marche vers la salle de soin.

Déposant l’elfe sur le lit, sans personne pour me voir, mettant un genoux au sol, je sens mes forces me quitter, la fatigue traversant chaque parcelle de mon corps. Cette sensation est apparue juste après la fin du rituel, mais n’ai rien voulu montrer pour ne pas l’inquiéter. Mon cœur battant rapidement, ma vision se trouble et mon poing s’appuie sur le parquet pour ne pas m’écrouler totalement.
Je ne pensais pas que ce sort me prendrait tant d’énergie. Prenant conscience de la force de la femme hantant mon esprit, mon cœur se réchauffe, trouvant mon aimée...euh mon hôtesse impressionnante, faisant preuve d’une puissance incommensurable.

En songeant à elle, mon énergie remonte peu à peu, grognant en forçant mes muscles à se relever, je m’assois sur la chaise à côté du lit. M’apprêtant à prendre la température de l’endormie… Frisson. Ma main en suspens, au-dessus du front de l’inconnue, une sensation glaciale me traverse m’immobilisant net, le regard dans le vide, une goutte de sueur glissant le long de mon front, la main tremblante.

La peur, pour ne pas parler de terreur. J’ignore d’où elle vient, je suis seul dans la pièce, aucun bruit, aucun mouvement suspect, rien de concret mets mon corps en état d’alerte, et pourtant…En prenant le temps d’analyser, je sens que mon cœur est serré. Comme un mauvais pressentiment. Est-ce que Lyadril est en danger ? Mon inconscient me hurle que c’est en lien avec elle.
J’entends d’ailleurs ses pas qui résonnent à travers le bâtiment, c’est bien elle, en bonne santé…Mon corps est pris d’un soulagement, mais je reste interdit devant cette sensation palpable que j’ai ressentie.

Alors qu’elle approche, à coté de moi, d’un naturel étrange, ma main se pose dans la sienne, mes doigts se mêlant au sien, je ressens encore ce courant électrique entre nous, mais ne peut me convaincre de le fuir, au contraire pour la première fois, je choisis d’embrasser ce courant, de l’accepter, d’assumer les battements de mon cœur qui accélèrent.
Je crois qu’à cet instant, je réalise que l’angoisse d’il y a un instant trouve son origine dans la peur de la perdre… Alors, au milieu des bougies, de l’ambiances apaisante, et zen de la pièce, je me sens retrouvé un peu d’énergie, comme un impulsion, un appel irrésistible. L’inconnue ne semblant pas sur le point de se réveiller sans danger immédiat, je me lève, sans lâcher sa main, je l’emmène avec moi.  A cet instant mon cerveau est en marche automatique, fonce vers l’inconnu, pour ne pas dire le vide, j’en ai conscience, mais ne peut m’en empêcher, comme un papillon happé par le soleil. La conduisant dans le couloir adjacent, sans être vu, je l’attire contre moi, la plaquant doucement au mur…

Nos corps sont proches, plus que jamais, dans son regard je vois de l’interrogation, elle ignore ce que je fais, je ne sais pas moi-même. Je constate juste que je respire fort, mon regard ne pouvant quitter ses lèvres des yeux, mon visage approchant…je dois m’arrêter, je ne devrais pas, on ne devrait pas…on s’est promis d’attendre d’avoir des réponses…mais cette angoisse me prend encore aux tripes quelque part. Alors sans rien contrôler, mon visage approche du sien, m’attendant à être repoussé, nos nez entrant doucement en contact, le temps semble figé…et dans un souffle tremblant

-Goheno nin...(pardonnes-moi)

Sans fermer les yeux, tenant à la voir, mes lèvres se déposent doucement sur les siennes…la chaleur dans mon corps augmente de plusieurs crans d’un coup. Aussi satisfaisant que deux pièces de puzzle qui s’imbriquent. Je recommence, toujours de façon tendre, mais n’ayant pas été repoussé, une main glisse dans sa nuque, la seconde se posant sur sa hanche…mes doigts se refermant sur sa peau…
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le samedi 04 octobre 2025, 22:52:58
L'herboriste ne peut s'empêcher de rester non loin de Réo, restant prudente comme elle l'avait promis un peu plus tôt, choisissant de lui faire pleinement confiance. Elle ne s'attendait pas à ce que le jeune homme lui attrape la main. Pas de suite en tout cas. Ce contact est si... tiède, doux, électrisant, comme par une chaude journée d'été avec une pluie très fine dont le ciel est zébré d'éclairs. L'incube se lève sans lui lâcher la main et décide de marcher un peu. Bien qu'elle soit partagée entre surveiller leur invoquée et le suivre lui, Lyadril choisit la seconde option.

Dans le couloir tamisé, les bougies jettent une lueur dansante qui effleure leurs visages comme une caresse silencieuse. Le parfum entêtant de la sauge et du bois de santal flotte dans l’air, mêlé à cette empreinte chaude et légèrement musquée qui lui appartient à lui seul. L'elfe sent son dos frôler le mur tiède lorsqu’il l’y attire doucement, son souffle suspendu comme une feuille hésitant entre deux vents.

Le regard de Réo la cherche, accroche le sien, et dans ses prunelles améthystes sombres palpite une urgence fragile, celle qui naît dans les instants où l’on craint de perdre ce qu’on n’a pas encore tout à fait saisi. Elle perçoit le tremblement imperceptible de ses doigts mêlés aux siens, le frisson qui court entre leurs peaux comme une décharge douce et continue, réveillant chaque nerf sous sa chair fine.

Quand il approche, lentement, presque malgré lui, Lyadril ne recule pas. Son cœur bat contre ses côtes comme un oiseau qui hésite à prendre son envol, vif, affolé, vibrant. Elle sent le contact fugace de leurs nez qui se frôlent, le souffle mêlé qui effleure ses lèvres. Son regard s’ancre au sien, et dans ce battement suspendu, la voix de Réo s’échappe dans un souffle tremblant :

-Goheno nin...(pardonnes-moi)

Cette phrase fend le silence comme une note pure, fragile et sincère. Une larme, seule et claire, glisse sur la joue de Lyadril : fine comme une perle volée, elle porte le poids de sa peur, celle que tout ceci ne soit qu’un reflet du pacte, une illusion douce tissée par le sang et la magie.

Mais lorsque leurs lèvres se rencontrent enfin, tout vacarme intérieur se tait. Le monde se réduit à ce point de contact tendre et brûlant, comme deux constellations qui se rejoignent dans un silence cosmique. Ses doigts trouvent le tissu de son tee-shirt et s’y agrippent doucement, cherchant une ancre. Le baiser est lent, timide d’abord, puis légèrement plus sûr, une promesse fragile plus qu’une conquête. La jeune femme ferme les yeux, laissant les sensations la traverser comme une onde chaude : la pression de sa main sur sa hanche, la chaleur de son torse contre le sien, le goût léger de ses lèvres mêlé aux effluves d’encens et de cire.

Elle se recule d’une fraction de souffle, rompant le baiser avant que la fièvre ne s’y glisse. Sa respiration est plus rapide, ses joues encore rosies, et son regard cherche le sien, brillant d’émotion et d’incertitude mêlées. Sans réfléchir davantage, elle s’abandonne à la sécurité instinctive de sa présence : ses bras viennent entourer Réo, sa tête vient se poser franchement sur son épaule, contre la chaleur rassurante de son cou.

Là, lovée contre lui, elle ferme à nouveau les yeux. Un instant. Le battement de son cœur s’accorde au sien dans une cadence silencieuse. Dans la salle de soins physiques, un souffle change imperceptiblement, celui de la spécialiste endormie, mais Lyadril n’y prête pas encore attention. Pour l’instant, le monde entier se résume à cette étreinte suspendue dans la lumière vacillante des bougies.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Diamant le mardi 07 octobre 2025, 15:43:39
C’était une belle journée ensoleillée qui s’offrait à Diamant et à tous les membres du village de Nuevaviva, petit village et havre de paix pour toutes les âmes perdues qui ont souffert dans cette vie, protégées par la magnifique forêt des terres sauvages, et ces montagnes qui en décourageraient plus d’un de venir traîner dans les contrées du chao qui ne sont pas les terres les plus accueillantes de Terra. Alors que l’elfique sorcière avait profité de cette journée pour partir à la cueillette des baies et plantes des bois, elle ne se doutait pas un seul instant que son programme serait interrompu par un événement des plus atypiquement magique !

En effet, lors de sa balade dans l’immense végétation boisée, alors qu’elle s’affairait à sa tâche avec assiduité et délicatesse, pour ne point abimer les arbustes et autres plantes auprès desquelles elle prélevait quelques vivres, l’elfique sorcière put ressentir une étrange énergie magique autour d’elle. Mais, elle n’arriva point à en déceler l’origine, n’arrivant pas, du moins pour le moment, à en connaître la raison. Bien entendu, l’elfe à la longue chevelure de neige et aux yeux opalescents avait analysé les environs, tentant de repérer toute aura magique possiblement présente en ces lieux. Rien, il n’y avait pas la moindre trace de quelconques êtres manaïques autour d’elle. Quant à ses compagnons villageois, ils étaient dans d’autres parties des bois ou des montagnes, chacun ayant un plan et une mission bien précise à réaliser aujourd’hui.

La lunaire demoiselle s'interrogeait : qu’est-ce que cela pouvait être ? Était-ce un message télépathique qui cherchait son destinataire ? Un appel à l’aide d’une autre sorcière ? Mère nature qui tentait de la signaler d’un potentiel danger ? Un esprit qui essaie de rentrer en contact avec elle à l’approche de la nuit de Samain ?

C’était étrange, très étrange… Surtout que pour cette créature elfique, sorcière qui plus est, ce genre de chose ne sont pas totalement inconnues. Oui. Elle les connaissait même très bien, ayant appris à les comprendre et déceler avec le temps, aussi différents soient-ils selon leurs magie, intentions et êtres vivants - ou non - qui en étaient à l’origine. Non, c’était autre chose, mais quoi ? Telle était la question qui ne cessait de lui tourner en tête. Mais, ce n’est pas pour autant que notre impassible femme aux grandes oreilles se laissa pertuber pour autant, ho non. L'impassibilité régnait en maître sur son visage, ne permettant à personne de pouvoir lire en elle comme dans un livre ouvert, dupant quiconque qui pourrait l’épier ou l’analyser.

Le champs magnétique et les vibrations manaïques ne cessaient de s’accroître au fur à mesure que le temps passait, venant à changer la température ambiante ainsi qu’a distordre les sons environnants, les couvrants de sifflements et ultrasons des plus enquiquinants possible qui soient. Au fur à mesure que les minutes défilaient, Diamant percevait davantage l’origine de la magie, décelant des bribes d’aura démonique ainsi qu’une très forte puissance elfique. Et ce n’est pas tout ! Plus les secondes s’écoulaient, plus elle ressentait ce qui l’entourait : un cercle téléportatif mimant les portails de téléportation !

Comment ? Pourquoi ? Qui ? L’elfique sorcière se questionner sur la raison qu’on lui jette un pareil sort, se demandant bien qui pouvait en être à l’origine derrière. Mais, en peu de temps qu’il n’en faut, la belle demoiselle tout de noir vêtue sombra dans les ténébres. Quand elle retrouva ses esprits après sa perte de connaissance, la lunaire sorcière constata qu’elle se retrouvait dans une immense pièce. Une sorte de chambre à priori, dans laquelle flottaient nombreuses effluves d’huiles essentielles et plantes séchées, la pièce dégageant une énergie chaleureuse et bienveillante qui a été créée par l’aura de la personne occupant ces lieux. D’ailleurs, en parlant d’occupant des lieux, qui l’avait donc appelé et ramené jusqu’ici ? C’est sur cette interrogation que la jolie elfe se releva silencieusement du lit, activant ses sens pour analyser son environnement et tenter d’identifier la présence d’âmes qui vivent. Et c’est ainsi que, Diamant, perceva l’énergie de deux êtres vivants dont les auras correspondaient à ce qu’elle avait ressentie dans la forêt.

Bien, déjà une bonne chose de faite ! De plus, il semblerait que d’après son ouïe couplé à son sixième sens, ses « invocateurs » soient juste dans le couloir à côté de la chambre. Parfait ! Elle n’aura pas à leur courir après. Ni une ni deux, la mystérieuse sorcière marcha à pas léger malgré ses hauts talons, et, aussi silencieuse qu’un félin qui chassent sa proie, elle se glissa dans le couloir, penchant légèrement la tête en croisant les bras, toussant doucement pour attirer l’attention en regardant les deux tourtereaux visiblement devant ses yeux, avant de laisser échapper sa douce voix dans les airs d’un ton interrogateur et confiant, n’étant pas effrayé pour deux sous.

« Navrée de vous interrompre dans vos élans romantiques, mais… Lequel de vous deux m’a invoqué ? Et sans trop vous commandez, puis-je en connaître la raison précisément ? »

Sursaut et surprise, voilà l’effet que notre elfique sorcière provoqua chez le petit couple, mais ce n’est pas pour autant qu’elle en perdait son visage de marbre. C’est d’un calme olympien des plus déstabilisant qu’elle faisait face aux deux individus, les regardant tout deux d’un regard vide de toute émotion, attendant sagement des explications, tandis qu’elle fit tapoter très légèrement un de ses doigts sur son bras, faisant ainsi comprendre dans son langage corporel qu’elle attendait une réponse et vite !
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le mercredi 08 octobre 2025, 21:03:46
Le temps et l’espace n’existe plus à cet instant, mon cœur bat si fort que je le sens vouloir s’extirper de ma poitrine pour rejoindre celui de mon elfe, mon aimée que j’assume pleinement à cet instant. J’ignore ce qu’il en sera d’ici les prochains jours ou les prochaines secondes, et mon esprit n’en a cure. Seul compte cet étreinte, ce sentiment d’accomplissement qui me pousse à la serrer un peu plus fort pour me rapprocher d’elle. Et le baiser aurait continuer un moment, mais elle se retire la première.

Je l’observe alors, dans le silence de la boutique, l’odeur de bois feutré, qui flotte dans la pièce, d’huiles essentielles et de plantes. Ses yeux péridot qui transpercent mon âme, un souffle chaud et saccadé caresse ma peau, comme des milliers de doigts en soie. Je la perçois en ce moment comme une déesse, venant chercher la chaleur d’un enlacement éperdu. J’enroule mes bras alors autour d’elle, comme un accueil chaleureux sur le seuil de mes sentiments que je ne saurai décrire à cet instant.
Ayant connu de nombreuses expériences, je peux dire que cet enlacement est unique dans ma vie. Mon odorat humant sa peau, savourant cet odeur qui la définit parfaitement, profondément doux, mais puissant, une combinaison me rappelant le Velours Noir, un mélange de rhum ambré et cacao, très singulier.

Ma respiration est profonde, apaisée, si bien que je suis pris d’un sursaut lorsque j’entends une voix inconnue semblant agacée et impatiente

« Navrée de vous interrompre dans vos élans romantiques, mais… Lequel de vous deux m’a invoqué ? Et sans trop vous commandez, puis-je en connaître la raison précisément ? »

Tournant la tête, j’aperçois notre invitée, sur ses deux jambes et visiblement assez en forme pour nous lancer une sorte d’air supérieur. Que je n’apprécie pas soit dit en passant, mais nous avons besoin d’elle, alors du haut de mon millénaire et demi, je prends sur moi pour me focaliser sur l’essentiel.

-   Pour tout vous dire, nous vous avons invoqué ensemble. Je me nomme Réo, et voici Lyadril, l’herboriste, soigneuse et propriétaire de cet endroit.

Interrompant l’étreinte à regret, je m’avance doucement en montrant patte blanche, tout en me tenant près à riposter en cas d’attaque.

-   Ayant déjà été invoqué, je sais que ça n’est pas toujours agréable. Mais nous avons cru comprendre que vous étiez une experte en sceaux arcaniques et en pacte.

L’invitant à retourner sur son lit le temps d’examiner qu’elle n’a rien, je continue mes explications tandis que Lyadril l’ausculte pour s’assurer qu’il n’y a pas d’effet secondaire.

-   Lyadril est une demi-elfe-démon, je suis un incube, et nous avons mêlés nos sang, symboliquement pour se jurer d’éliminer son père. Seulement il y a des effets secondaire que nous n’avions pas prévu, et nous ignorons la nature exacte du pacte, les conséquences et les effets.

Observant la soigneuse faire son œuvre, je ne peux masquer un sourire en coin, de la voir si investie et dans son élément.

-   Et pour être tout à fait honnête…ce qui nous traca…nous interroges, ça serait de savoir si ce pacte peut influencer nos ressentis et sentiments. Si nous sommes pleinement libres et conscients de nos pensées.

Mes mains tremblent légèrement à cet instant, si bien que refusant de dévoiler une perte de flegme naturel qui m’échapperait, je les cache dans mon dos, faisant mine de m’étirer.

Puis me levant pour aller chercher un verre d’eau, je m’éloigne un instant après avoir prévenu Lyadril que je passais un coup de fil, m’assurer que tout se passe bien du coté de Louis, et cela permettra aux deux filles de discuter ensemble. Sachant que ma sauveuse est non seulement plus doué que moi pour adoucir une situation, mais est en plus experte en arcanes contrairement à moi, donc elle avancera plus efficacement.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le jeudi 09 octobre 2025, 00:28:09
La demi succube aurait presque pu s’endormir ainsi, lovée contre l’incube, si leur étreinte avait duré ne serait-ce qu’un souffle de plus. Le monde s’était rétréci autour d’eux jusqu’à ne devenir qu’un halo de chaleur partagée et de respirations mêlées. Mais la voix claire et légèrement tranchante qui retentit alors les fait sursauter comme deux enfants pris sur le fait. Lyadril entrouvre les lèvres, incapable de trouver une excuse immédiate, et remercie silencieusement Réo lorsqu’il prend les devants pour répondre à l’inconnue. Cela lui laisse le temps d’observer leur invitée inattendue.

L’elfe qui se tient devant eux est aussi pâle qu’une pleine lune d’hiver, mais son teint semble habité d’une lumière douce, presque surnaturelle. Un peu plus petite qu’eux, elle dégage une assurance tranquille, presque directive. Ses cheveux longs, fins et d’un blanc neigeux tombent en cascade jusqu’aux pieds, bordés par une frange légère qui encadre un visage d’une finesse rare. Le noir profond de sa tenue accentue encore l’éclat de sa peau. Ses cils d’encre soulignent des yeux si particuliers que Lyadril sent une réminiscence remuer dans un coin de sa mémoire : elle a lu quelque chose, un jour, à propos d’elfes aux prunelles ainsi auréolées… Une pensée qu’elle garde pour plus tard. Une seule certitude s’impose : cette femme est une elfe de sang pur, et une très belle représentante de son peuple.

Les premières présentations échangées, Réo s’éloigne doucement de l’herboriste pour inviter l’invoquée à le suivre vers la salle de soins physiques. Lyadril, par respect, les devance et ouvre la marche. Elle ne lui présente pas la table de soins, trop impersonnelle pour ce genre de rencontre, mais un lit de repos, plus confortable et propice à une surveillance paisible. Elle allume trois bougies blanches dont les flammes dansent lentement, puis glisse dans un brûleur une feuille de papier parfumé au jasmin, une senteur qu’elle n’avait encore jamais utilisée depuis l’ouverture de son herboristerie. L’air se charge peu à peu d’une douceur fleurie, presque enivrante.

Elle s’incline respectueusement, demandant silencieusement la permission d’approcher. Lorsque l’elfe acquiesce d’un mouvement du menton, la demi-haute elfe pose la face interne de son poignet contre le front de l’inconnue, cherchant la moindre chaleur suspecte. Rien. Ses doigts effleurent ensuite le poignet droit de l’invoquée, palpant avec légèreté le battement de son cœur, observant la régularité de sa respiration. Tout semble stable. Elle s’apprête à se reculer quand elle sursaute, Réo vient d’aborder directement le sujet des effets secondaires, sans détour. Son cœur se serre un instant. Elle fait de son mieux pour ne rien laisser paraître, mais elle tend malgré tout à la nouvelle venue un petit bonbon au gingembre, confectionné maison, afin d’atténuer les effets résiduels du transfert d’invocation.

En se reculant, elle remarque que l’incube garde désormais les mains dans le dos. Est-ce par nervosité ? Inquiétude ? C’est bien la première fois qu’elle le voit ainsi. Elle hoche la tête lorsqu’il l’informe qu’il va appeler Louis, étonnée, presque amusée, qu’il n’y ait pas pensé plus tôt. Une fois qu’il s’éloigne, Lyadril s’installe sur la chaise qu’il occupait, pour être à la hauteur de l’invoquée. Ses gestes sont mesurés, doux, empreints d’un respect instinctif.

"Bonjour, je vous prie de bien vouloir nous excuser pour la gêne occasionnée et notre manque d’élégance." dit-elle avec sincérité.

"Nous ignorions qui allait répondre à l’appel. Puis-je connaître le prénom que les Arcanes ont désigné comme étant celui de la plus grande sage en matière de pactes de sang ?"

Un léger sourire se dessine sur ses lèvres, trahissant à la fois sa curiosité et sa fascination.
"Serait-ce impoli de ma part de vous demander si vous êtes bien une elfe de lune ?"

La conversation se poursuit avec fluidité, mais Lyadril sent l’atmosphère de la salle encore un peu trop formelle. Pour alléger la tension, elle propose bientôt de poursuivre leur échange dans un lieu plus chaleureux. Avant de partir, elle se tourne vers le couloir d’où Réo est sorti. Leurs regards s’accrochent dans la lumière tamisée. À cet instant précis, son cœur se serre d’une manière différente : un battement plus fort, comme une note unique frappée au centre de sa poitrine. Elle inspire doucement pour contenir l’émotion qui affleure, puis laisse les mots couler dans la langue elfique, souples et clairs :

"Réo, calad nîn mi fuin, menno na i coe. Gwaithel lîn ennas." ("Réo, ma lumière dans la nuit, nous allons à la maison. Nous t’y attendrons.")

Un instant suspendu, juste assez pour que le parfum du jasmin se mêle à la chaleur de ses mots. Puis, d’un geste doux, elle invite leur hôte à la suivre. Les bougies continuent de brûler en silence derrière elles alors que les deux femmes quittent la salle de soins pour rejoindre la chaleur tranquille de la maison attenante, laissant derrière elles l’odeur apaisante du jasmin et la promesse d’une conversation plus intime.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Diamant le jeudi 16 octobre 2025, 01:02:43
Après avoir interloqué le petit couple qui se trouvait devant elle, Diamant attendait patiemment, tout en tapotant impatiemment d’un de ses doigts sur l’un de ses bras, une réponse à ses questions de la part des deux tourtereaux. Et c’est donc l’homme de ce mignon duo en train de roucouler qui fit le premier pas, se chargeant donc des présentations pour lui et sa compagne.

« Enchantée…»

Fut la réponse de l’elfique sorcière, directe, simple et sans fioritures, le tout dit avec un regard toujours aussi impassible que rien ne semblait ébranler. Quant à la suite, la lunaire demoiselle n’était pas plus loquace, se contentant d’un « Mmmh mmmh… » quand Réo essaya de faire preuve de compassion et d’empathie envers elle, par rapport à la surprise ressentie quand on se faisait invoquer.

Ce n’est pas qu’elle s’en fichait, elle voyait bien qu’il voulait se montrer agréable, mais la belle sorcière voulait aller à l’essentiel et n’avait que faire de bavardage qui lui semblait inutile. D’ailleurs, en parlant d’utilité, ce qui poursuivit l’était fort bien ! Tandis que la belle blanchette suivait sans un mot Lyadril, le tout guidé et invité par l’incube, elle put enfin entendre la potentielle raison de son invocation.

« Ahem, en effet, c’est bien le cas. »

Encore une nouvelle réponse très courte et sans enjolivures, l’elfe se contentant de répondre simplement aux faits qu’elle était en effet experte en  sceaux arcaniques et en pactes magiques. Cela pouvait paraître froid vu de l’extérieur, mais Diamant se contentait d’être expéditive et efficace, récoltant le maximum d’informations, sans interrompre - ou à peine - son interlocuteur, surtout quand celui-ci était bien lancé comme c’était le cas du jeune homme.

C’est donc silencieuse qu’elle se laissa osculter par la demi-elfe-démone, humant discrètement le parfum de jasmin qui flottait dans les airs et qui avait un effet apaisant sur l’elfe, tout en écoutant attentivement l’incube qui lui énumérait donc ce qu’ils avaient fait, la raison de leurs actes, et leurs craintes par rapport à ce qu’ils avaient fait. Cela fit sourciller la demoiselle aux grandes oreilles, qui ne pouvait s’empêcher de penser, que s’ils pensaient tous deux aux possibles effets secondaires que leur pacte pouvait avoir, c’est qu’aucuns d’eux n’y avait songé avant de réaliser cet acte pas si anodin. Et, qu’ils avaient potentiellement tous les deux des effets secondaires par rapport à la réalisation de ce dernier.

Alors que Réo quitta la pièce, Lyadril continuant d’osculter notre sorcière tout de noir vêtue, Diamant put enfin entendre la demoiselle assidue et douce dans ses gestes prendre la parole à son tour. C’est donc attentive que la lunaire elfe l’écouta, esquissant enfin un doux sourire en l’entendant s’excuser, avant de laisser échapper un doux rire d’entre ses lèvres aux mots qui suivirent les excuses de la jeune femme face à elle.

« Ho, allons, je ne suis sûrement pas la plus grande sage en pacte de sang, arcanes et tout ce qui s’ensuit. Mais, il est vrai que je suis experte en la matière. »

Terminant de rire, sans méchanceté ni moquerie, juste amusée par la chose, l’elfique sorcière ferma ses yeux opalescents aux reflets colorés quelques instants. Puis, elle les rouvra lentement, plongeant son regard dans celui de son interlocutrice, tout en lui adressant un doux sourire.

« Enchantée de faire votre connaissance, Lyadril. Je me prénomme Diamant, et oui, en effet. Je suis bien une elfe de lune, une des dernières de mon espèce malheureusement. »

Cela pouvait sonner comme quelque chose de tragique et triste dit ainsi, pourtant, la voix de la belle elfe ne laissa rien transparaître tout comme son expression, restant d’un calme olympien à tout épreuve que rien ne pouvait ébranler, ou presque. Mais alors que la conversation se faisait en toute simplicité, avec beaucoup plus de « blabla » de la part de la mystérieuse sorcière, qui avait pu récolter les réponses à ses interrogations sur le pourquoi du comment elle était ici, elle fut invitée par son hôtesse à la suivre ailleurs.

Hochant de la tête, la belle blanchette se redressa pour se mettre debout et suivre la jeune femme vers leur nouvelle destination. Tandis qu’elle sortait de la pièce, la belle elfe put remarquer la séduisante demi-elfe-démone jetait un regard dans le couloir, apercevant donc au loin l’incube. Et, sans avoir besoin de tendre l’oreille, elle put percevoir grâce à son ouïe développé ce que la jeune femme murmurait au jeune homme. Mais, elle ne put vraiment comprendre ce qu’elle disait, pour la simple et bonne raison que notre mystérieuse sorcière elfique ne parlait point, voire très peu, le langage elfique, qu’elle reconnut sans peine malgré tout.

Mais c’est pas pour autant que cela la perturba, ho non ! Diamant ne se souciait pas d’ailleurs de ce que cela pouvait être, estimant que cela ne la regarder point, et attendant sagement son hôtesse. Quand celle-ci revint vers elle, la lunaire demoiselle lui adressa un doux sourire, puis la suivit au travers des couloirs de la bâtisse dans laquelle elles étaient, avant d’arriver devant une porte qui semblait être une porte d’entrée ou/et de sortie. Cela fit lever un sourcil à l’elfe, intriguée et curieuse, se demandant bien où elles allaient. Mais elle resta silencieuse, se contentant de suivre sagement Lyadril, se retrouvant donc à l’extérieur du bâtiment et… Dans une forêt visiblement.

Les deux femmes firent une dizaine de pas dans la magnifique verdure qui les entouraient, le parfum des pins et pollen qui flottaient dans les airs en chatouillant leurs narines. À peine quelques secondes plus tard, elles se retrouvèrent devant une jolie maisonnée en bois, qui dégageait une étrange d’aura magique, comme si… L’habitation était « habitée » ou avait son esprit propre. Intéressant, cela arracha un discret sourire amusé à la lunaire sorcière qui avait hâte de pénétrer dans cette demeure des plus inhabituelles.

Une fois à l’intérieure de l’habitation, Diamant put constaster que l’entrée était très impressionnante, accueilli sous ses pas par un sol en marbre blanc incrusté de vert profond et d’argent qui capte la lumière, le tout recouvert d’un tapis rouge qui conduit à des statues hybrides qui semblent être les gardiennes de l’entrée, tandis que les runes protectrices scintillant faiblement sur les murs leur prête main forte dans leur mission. L’elfique sorcière traversa l’entrée sans un mot, suivant sagement son hôtesse jusqu'à un salon des plus magiques teinté de rouge et vert très chaleureux, des lumières multicolores se reflétant dans des vitraux colorés ainsi que des cristaux lumineux suspendus dans les airs, le tout avec une belle vue sur une cheminée en métal patiné qui crépitent doucement, entourés de canapés rouges avec des coussins argentés qui invitent à la détente et convivialité.

« C’est absolument charmant, très joli intérieur ma chère Lyadril ! »

S’exclama avec douceur la dame blanche, un regard emplie de douceur et sincérité en regardant la séduisante demi-elfe-démone, avant de reprendre en reprenant un air de nouveau impassible sur son visage, une voix emplie de sérieux tout en ne quittant pas du regard son hôtesse.

« Bon… Passons aux choses sérieuses à présent ma chère… Comment avez-vous réalisé précisément le pacte de sang qui vous lie maintenant à cet incube ? Et… Quels sont exactement les « effets secondaires » que vous ressentez depuis ? »

Croisant les bras avec un sérieux presque effrayant malgré elle, mais sans être menaçante pour autant, Diamant pencha doucement la tête, tout en restant debout sans quitter des yeux Lyadril, ajoutant avec douceur, comme si elle sentait qu’il fallait qu’elle rassure la jeune femme devant elle.

« Soyez sincère et n'omettez rien, sinon, je ne serais pas en mesure de pouvoir vous aider pleinement. Le moindre détail compte quand il s’agit de créer un pacte et de se lier à un individu par ce dernier, quel qu’en soit la raison. »
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Réo le vendredi 17 octobre 2025, 22:00:03
Faisant les cents pas, au milieu des plantes aux odeurs boisées, douces et apaisantes qui entourent les murs et étagères de la pièce, j’écoute avec une concentration optimale le bilan des affaires de l’Eden. Fronçant les sourcils en apprenant que certains habitués ont été surpris de mon absence, et étant inquiets de la probable baisse de qualité du service ne sont pas revenus. Je réalise que j’ai beau apprécié de plus en plus ma présence ici, j’ai construit l’image de mon bar autour de moi. Je n’avais pas réalisé à quel point c’était ancré. Je verrais bientôt pour y faire un tour, afin de rassurer tout le monde et mettre des protections en passant.

Tiens en y pensant, je vois Lyadril sortir accompagné de notre invoquée qui me chuchote :

«Réo, calad nîn mi fuin, menno na i coe. Gwaithel lîn ennas.»

Me coupant net dans ma concentration, je rougis jusqu’aux oreilles au surnom qu’elle vient de me donner. Lui répondant d’un doux sourire, mon regard partageant la tendresse et l’attachement que je ressens, j’acquiesce silencieusement.

-   Monsieur ? vous êtes toujours là ?

La voix de Louis me sort de mon euphorie, me ramenant les pieds sur terre.

-   Hein ? euh oui…oui, excuse-moi…pour tout dire, les choses sont étranges aussi ici, mais je crois que c’est pour le mieux…bref revenons aux affaires. Je vais contacter les quelques personnes qui se sont plaintes, et je passerai dans quelques jours. De ton coté ne lâches rien. Je t’ai fait confiance et tu ne m’as jamais déçu.

Reprenant la conversation, finissant par m’assoir sur le rebords d’une fenêtre, je donne quelques indications pour fidéliser de nouveaux clients au cas où, avec quelques idées de cocktail que je comptais mettre en place. Renouvelant ma confiance, je raccroche, range mon téléphone dans ma poche dans lesquels se trouvent les clés de mon commerce, pour ne pas dire mon empire…les sortant, mon regard se posant dessus. Et mon perfectionnisme me fait ressentir de la culpabilité, et de l’inquiétude. La moindre erreur et je pourrais tout perdre.
Ne les lâchant pas du regard, je repense à ce que j’ai traversé, combien ça a été compliqué de grimper les échelons dans les règles pour ne pas attirer trop l’attention. Forcément quand on a 1 500 ans on ne peut pas faire trop de vague au risque que l’absence de vieillissement ne se remarque. L’Eden est l’accomplissement pour cette vie de ce que j’apprécie dans ce monde, et de ce que j’aime y faire. Un endroit paisible pour écouter les histoires, offrir un cadre chic et propices aux rencontres…Avec un espace VIP disons…rendant hommage au succube en moi.
Prenant une grande inspiration, je profite de l’atmosphère ambiante pour me refocaliser sur l’essentiel et ce qui peut être fait à l’instant T. Actuellement mon elfe est seule avec une inconnue, qui malgré qu’elle ne semble pas dangereuse au premier abord, possède une grande connaissance en magie.

M’apprêtant à les rejoindre, et malgré l’écriteau retourné sur « Désolé, nous sommes fermés » quelqu’un toque à la porte de la boutique. Hésitant au début, étant donné que l’endroit appartient à Lya’, je vais voir ce qu’il en est malgré tout. Abaissant la poignée et tournant le verrou, je tire la porte.

-   Désolé, Lyadril n’est pas disponible pour le moment.

Sur le palier une femme, jeune, grande et svelte, aux longs cheveux blancs et lisses se tient droite. Le regard semblant plus âgé que le reste, avec un aspect clairement hautain. Elle reste sur place et lâche avec juste assez d’inhumanité pour comprendre que ce n’est pas une visite de courtoisie, d’autant qu’elle ne semble pas blessée.

-   Faites-la venir. Dites-lui que Vianola est ici.

Ses mots sonnent comme un ordre, ce qui ne me plait pas du tout. Encore une elfe venu lui chercher des ennuis. On en a assez comme ça.

-   Je vous ai dit qu’elle était prise, qui êtes-vous ?
-   Je vois, vous devez être le…

Elle me fixe de la tête aux pieds, ne cachant pas son dégout

-   …démon dont elle s’est amourachée. Ça ne vous regarde en rien, mais je suis sa grand-mère.

Bordel, encore de la famille. J’aurais bien quelques phrases à lui répondre, mais pour ne pas causer d’incident je me mords la joue et l’invite à entrer, et s’assoir le temps que j’aille la chercher. En lui offrant un thé pour patienter, comme l’aurait fait Lyadril, j’imagine du moins.
Le cœur battant de savoir quelles autres complications allaient nous tomber dessus, je traverse le corridor avec l’armoire, pour sortir par derrière. Traversant les bois, à grands pas, j’arrive devant la porte de chez elle. Ce simple fait calme mon esprit et m’apaise.

Ouvrant doucement la porte, j’entends des voix venant du séjour. Ne comprenant pas ce qu’il se dit, elle se font plus clair à mesure de mes pas

« …Et… Quels sont exactement les « effets secondaires » que vous ressentez depuis ? »

Je m’arrête un instant en entendant la fin de la phrase, elles sont en train de parler du rituel lui-même ? ou juste des effets ?

« Soyez sincère et n'omettez rien, sinon, je ne serais pas en mesure de pouvoir vous aider pleinement. Le moindre détail compte quand il s’agit de créer un pacte et de se lier à un individu par ce dernier, quel qu’en soit la raison. »

J’apparait alors que l’invitée finit juste sa phrase.

-   Oh excusez-moi de vous interrompre…

Venant m’installer près de ma partenaire, je lui prends instinctivement la main et murmure à son oreille.

-   Ta grand-mère, Vianola, est ici, elle attend dans le hall d’accueil de l’herboristerie.

Je la sens instantanément se crisper à ce nom…j’espère ne pas avoir fait une faute en la laissant passer le pas de la porte.
Titre: Re : Agonie & herboristerie [Lyadril]
Posté par: Lyadril Ilfirin le samedi 18 octobre 2025, 02:02:43
Le poids du sang et des étoiles


« Ho, allons, je ne suis sûrement pas la plus grande sage en pacte de sang, arcanes et tout ce qui s’ensuit. Mais, il est vrai que je suis experte en la matière. »

L’herboriste esquisse un sourire fin.
"Sans vouloir vous offenser, ou simplement vous flatter, je pense que si, vous l’êtes. Les plus grands sages en pactes de sang et en arcanes sont ma grand-mère maternelle et mon… père. Si vraiment vous ne l’étiez pas, c’est l’un d’eux qui serait apparu dans le cercle d’invocation de mon bureau."

La demi-haute elfe frissonne encore à ce souvenir.
"Une elfe de lune !" murmure-t-elle, fascinée.

Pourtant, la moitié de sa propre tribu s’était exilée jadis sur une autre planète. Vianola lui avait conté ces histoires, à la lueur des lunes jumelles, autrefois.

La Dame Blanche ignore sans doute l’honneur qu’elle fait à la sang-mêlée en l’appelant "ma chère Lyadril". Peu d’elfes, même aujourd’hui, la considèrent pour elle-même.

"Ce sont mes grands-parents qui ont dessiné les plans des deux bâtiments. Le clan est venu les construire. Ma mère s’est chargée des protections runiques qu’elle avait créées avec mon père, en mêlant leur sang et leur serment."

Elle incline doucement la tête.
"Merci infiniment pour ce compliment. J’espère pouvoir vous rendre la pareille un jour, ô Diamant."

Mais la question tombe, tranchante :
« Bon… passons aux choses sérieuses, ma chère. Comment avez-vous réalisé le pacte de sang qui vous lie maintenant à cet incube ? »

Lyadril inspire lentement.
"Avant tout, ma chère Diamant, j’ai un aveu à faire. Je ne suis pas une simple demi-démone… On me surnomme la Fille de l’Enfer car mon père est un incube, le Général des Légions Infernales, Az’Kharel Ilfirin. Et Réo est son ancien Commandant… qui a déserté."

Sa voix se voile.
"Nous ne nous connaissons que depuis quelques jours. Il est arrivé mourant devant la boutique, après avoir été attaqué par le Bras Droit de mon père, un démon devenu un scorpion géant aux poisons multiples. J’ai simplement fait mon devoir de guérisseuse."

Son regard s’égare vers le feu.
"Nous nous sommes avoués nos véritables identités. Je l’ai haï pour ce qu’il représentait, aimé pour ce qu’il a fui. Nous étions ennemis, mais nos âmes cherchaient la même délivrance."

Elle baisse la tête, puis reprend, la gorge serrée.
"Lorsque vous dormiez encore, et qu’il veillait sur vous, j’ai voulu me rendre à mon père pour le supplier de laisser Réo en paix éternellement… en échange de mon retour indéfini."

Un silence tombe. Seule la flamme crépite.

À la question sur les effets secondaires, elle serre sa robe entre ses doigts.
"Pour ma part… une attirance forte. Le besoin de le sentir près de moi. La peur de le perdre. Et l’amour. Mais je crains que ce ne soit que le pacte qui nous guide."

Quand Réo vient s’asseoir à ses côtés et lui prend la main, elle la serre à son tour lorsqu'il murmure la venue de sa grand-mère. Et bien que la jeune femme frémisse discrètement lors du murmure, elle lâche dans un souffle en sindarin :
"Nad Ithil a Gîl o gwanûn nîn !" (Par la lune et les étoiles de ma lignée !)

Puis soudain, son regard se fige.
"Pourquoi là-bas… et pas ici ?! Non… pas déjà !"

Elle se redresse, embrasse brièvement le front du démon.
"Veuillez m’excuser, je fais au plus vite. Réo ? Prends soin d’elle. Et sois un hôte digne. S'il te plaît."

Elle sort précipitamment du salon, ses pas résonnant dans le hall pour rejoindre sa boutique.


Le sang des lunes et la colère du bois

L’air de la salle de soins physiques vibre, chargé d’effluves de menthe, de lavande et de sève d’if. Les fioles tremblent sur leurs étagères, les voiles de mousseline oscillent doucement.
Lyadril ralentit en franchissant le seuil : elle sent la présence avant de la voir.
Une silhouette droite, aux cheveux d’argent tressés d’ombres lunaires, l’attend près de la grande table de pierre.
Vianola.

L’herboristerie semble retenir son souffle.
La demi-haute elfe s’avance, puis s’incline profondément, le genou gauche posé au sol, la main droite sur le cœur. Sa voix, à la fois douce et solennelle, s’élève dans la langue ancienne :
"Hailas, Vianola, sellath nîn. A im nadad uin gîl a ’laer." (Je vous salue, Vianola, ma grand-mère. Que je sois digne des étoiles et de la flamme.)

Un silence se déploie. Puis la voix glacée de la doyenne fend l’air :
- Relève-toi, Lyadril.

Elle obéit, tête baissée.

Vianola la fixe, d’un regard à la fois dur et brûlant de tristesse contenue.
- Tu n’aurais pas dû répéter la folie de ta mère. Elarinya aussi croyait qu’un démon pouvait aimer. Et elle en a souffert jusqu’à la fin. Toi, tu as recommencé.

Lyadril tressaille.

La voix se fait plus froide, impitoyable.
- Des hauts elfes de pure lignée auraient pu t’honorer, t’élever à ton rang. Et toi, tu choisis un démon, pire, l’un de ses lieutenants ! Tu as mêlé ton sang à celui d’un être que ton propre père commandait, sans prévenir personne.

Les mots sont cinglants.
- Et tu as lancé une invocation ouverte, sans sceller ton appel. Tu sais ce que cela signifie ? Tu as appelé le plus savant en pactes de sang ! Tu aurais pu ouvrir un passage entre les plans ! Par les cieux, Lyadril, étais-tu seulement consciente de ce que tu faisais ?!

Les herbes murmurent, les bocaux vibrent, le sol semble palpiter sous les pieds de la propriétaire des lieux.
Les runes du plafond s’illuminent d’un éclat blanc-bleuté, les bandages s’agitent comme pris dans un vent invisible.
Lyadril chancelle, ses larmes éclatant enfin.

Elle tombe à genoux, le souffle coupé, la magie bouillonnant dans ses veines. Les lignes runiques tatouées sous sa peau s’embrasent, pulsant d’un éclat violet sombre aux reflets argentés.
Sa forme démoniaque menace d’émerger : ses iris virent à l’écarlate, ses épaules frémissent, comme si les ailes voulaient jaillir. Le bas de son dos la fait souffrir comme si un appendice démoniaque voulait sortir d'entre le bas de ses hanches pour la toute première fois. Le bout de ses doigts est si glacé, qu'il menace d'éclater pour laisser ses griffes acérées prendre place.
"Non… non, pas maintenant…" souffle-t-elle, la voix brisée.

Le sol tremble, des étagères chutent, les potions éclatent en bruines parfumées.
Une lumière dorée jaillit soudain du glyphe central de la pièce, apaisant l’onde magique.
Lyadril, épuisée, s’effondre contre le sol, haletante.

Dans un sursaut d’énergie, l’onde se propage au-delà des murs de l’herboristerie.

Vianola reste immobile, puis s’avance lentement. Son ombre se penche, sa main hésite, puis se pose sur la tête de sa petite-fille.

Sa voix, plus douce, glisse à peine :
- Tu es si semblable à elle… si semblable à moi.


Pendant ce temps,  dans le hall d’entrée, les runes de protection incrustées dans les pierres du sol se mettent à luire d’un argent douloureux, puis virent au rouge carmin, comme blessées. Celles sur les murs prennent le ton d'un vert doré d'une feuille d'automne allant jusqu'au bleu argenté de l'hiver.
Les vitraux représentant la lignée de Lyadril, ses ancêtres elfiques, ses maîtres guérisseurs, sa mère Elarinya, se fissurent en émettant un son clair, presque un cri.

Une bourrasque glaciale traverse le couloir, soulevant les herbes suspendues et les voiles de lin.
Les scellements runiques inscrits sur les poutres se déforment, les symboles se tordent, cherchant à contenir quelque chose d’invisible : la part infernale la plus pure et la plus complète de Lyadril.

Des chuchotements s’élèvent, d’abord faibles, puis nombreux, superposés — les échos des voix de la lignée :
"Retiens-la…"
"Le sang brûle trop fort…"
"Pas maintenant… pas elle aussi…"

La maison, vivante, souffre.


Le salon principal. Là où Diamant et Réo demeurent, le changement est immédiat.
L’air se charge d’une chaleur suffocante et d’un souffle glacé mêlés, comme si deux plans de réalité tentaient de s’imposer l’un à l’autre.

Les flammes des chandelles s’allongent, bleues, puis se fendent en deux langues opposées.

Réo, dont le lien du sang avec Lyadril vibre, sent une douleur brûlante pulser violemment dans sa main gauche. Sa main tremble, et son regard se trouble, il peut voir à travers le pacte des éclairs d’images :
les ailes sombres cherchant à naître, les larmes de l’elfe, la silhouette d’une femme aux cheveux d’argent — Vianola.

Le plancher du salon gémit, les fioles tintent sur les étagères, et les parchemins de runes s’envolent comme des papillons pris dans la tempête.

Autour de Diamant, la lumière pâlit ; l’air s’alourdit d’un parfum d’herbes et de poussière d’argent. Elle peut comprendre.


De retour au moment présent, sur le pas de la porte de la salle de soins physique. Vianola, debout au milieu du chaos à peine apaisé, regarde le corps de sa petite-fille inerte.

Ses doigts tremblent à peine, mais son regard reste de glace.
Autour d’elle, les bandages se sont figés dans l’air comme suspendus à un souffle invisible.

Elle ferme les yeux, et murmure pour elle seule :
- Que les lunes me pardonnent… J’ai réveillé bien plus que sa colère.

Puis, se tournant légèrement vers la porte de l’arrière-boutique, elle ajoute dans un souffle, avec une lucidité qui fend la pièce :
- Viens, Dame Blanche. Toi seule peux éteindre le feu que le sang d’Elarinya a rallumé. Et peut-être... ce... dé...mon.

Les runes murmurent de nouveau.

Dans la lumière blafarde, la silhouette de Vianola se dresse, immobile, tandis que le vent des deux lunes fait bruire les herbes séchées comme une prière ancienne.