Le Grand Jeu

Plan de Terra => Les contrées du Chaos => Discussion démarrée par: Anakha Baley le mercredi 13 août 2025, 10:10:43

Titre: De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le mercredi 13 août 2025, 10:10:43
Merde merde Merde !

Le sol vibrait.
Pas à cause du vent ou de la pluie — non. C’était la cadence lourde d’une chose énorme, bien trop proche.

Un coup d’œil en arrière lui suffit pour graver l’image dans son esprit :
Quatre mètres au garrot, cuirasse d’écailles sombres, six pattes puissantes labourant la terre, soulevant des mottes de boue à chaque impact. Une tête effilée, faite pour frapper, encadrée par deux cornes recourbées vers l’avant comme des crocs inversés, prêtes à l’encercler. Des ailes membraneuses, lourdes, battaient paresseusement, projetant feuilles et poussière à chaque mouvement.

Ah, la Sale…

Le rire léger au bord du lac lui revint en mémoire. L’éclat amusé, la phrase innocente — “Bonne chance !” — et cette silhouette qui s’éloignait sans se retourner. Juste assez pour que la colère monte… mais pas assez pour lui faire oublier qu’une masse d’écailles était en train de défoncer la forêt derrière lui.

Les arbres éclataient comme du bois sec. Chaque impact résonnait jusque dans sa cage thoracique. À gauche, un tronc fendu net. À droite, un autre arraché de ses racines.
Des branches basses lui fouettaient le visage, les ronces giflaient ses flancs, mais l’uniforme noir tekhan, usé par des campagnes qu’il préférait oublier, encaissait encore. La veste entrouverte claquait à chaque foulée, sans freiner ses mouvements. Il ne suffirait pas à le protéger d'un nouveau coup de cette masse de muscle, d'écailles et de cornes

Il pensa un instant à se retourner, à faire face. Mauvaise idée. On n’affronte pas ça de front sans être suicidaire. Il lui faudrait un angle… un obstacle… quelque chose.

Derrière lui, la respiration de la bête se fit plus forte. Pas haletante : profonde, régulière, presque tranquille. Comme un chasseur qui sait déjà que la proie ne lui échappera pas. Un souffle chaud, saturé d’odeur métallique et de chair, se mêlait à l’humidité de la forêt.

Anakha accéléra, sentant le goût du sang dans sa bouche. Les vibrations se rapprochaient.

Puis la racine traîtresse.
Le monde bascula. Rouler, amortir, se redresser… trop tard.

Dos contre un arbre, souffle court.

Et la bête arrivait.
L’espace se remplit du martèlement furieux de ses six pattes. Les cornes baissées visaient sa poitrine. Les ailes claquèrent, non pour voler, mais pour stabiliser la trajectoire. Le choc était déjà là, à moins d’un battement de cœur.

… Et merde.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le mercredi 13 août 2025, 12:32:53
Deirdre écarquille les yeux et cherche à se souvenir. Là... Non. Ce n'est pas cela. Elle venait de donner un ordre à cinq de ses meilleurs mercenaires afin d'évaluer la situation aux frontières du territoire démoniaque car les humains lui avaient fait parvenir une missive inquiétante. Une de ses Mains d'Argent était en mission longue et le second, le plus fonceur mais aussi le plus protecteur lui avait malicieusement dit qu'il refusait de diriger l'équipe. Puis vint l'espèce de brume noire épaisse qui sépara la commandante des siens. La jeune femme eu juste le temps de s'assurer d'être en possession de prendre sa besace de voyage contenant sa tenue de rechange. Rien d'autre. La sang mêlé se réveilla bien dans une forêt, mais une forêt qui ne ressemble pas à la sienne.

Observation. Une forêt plus ou moins inhospitalière pour qui n'est pas habitué ou qui ne sait pas se défendre. Toutefois, vu la senteur qui s'en dégage, la plupart de ces arbres viennent d'être coupés. Un instant ! C'est pire que cela ! Ces donneurs d'oxygène et de purification ont été comme arrachés. Quelque chose de gros. Non pitié ! Pas cela ! Faites que ce ne soit pas un dévoreur de magie ! Pas cette bête démoniaque quasi impossible à abattre. Pourvu qu'il n'y ait pas de victimes ! Allons ! Il faut se reprendre ! Il n'y a qu'une façon de le savoir. Suivre les traces et intervenir en cas de besoin. Elle n'a pas le choix. L'ange-fée a juré sur son sang de toujours défendre quiconque en a besoin. Comme elle ne sait pas où elle se trouve, il lui faut mieux d'absorber ses ailes, de se faire passer pour une humaine tant qu'elle n'est pas en confiance, et capuche de sa cape bien enfoncée sur sa tête pour ne pas dévoiler la couleur de ses cheveux qui pourraient ne pas paraître "normal". Par réflexe, la supérieure tâte ses hanches pour s'assurer de la présence de ses lames. La voilà qui perd l'équilibre. Ca vibre fort. Que faire ? User de ses ailes ou d'y aller en courant ? Non, la sécurité avant tout car si la jeune femme se met en danger avant d'être sur les lieux, elle sera dans l'incapacité d'apporter son aide. Donc autant y aller en courant tout en faisant attention au terrain accidenté.

Le bruit sourd d'une chasse presque trop tranquille. Cela lui rappelle lorsqu'il y eu un lycan en pleine rage chassant un démon. Un chat jouant avec une souris. Ce n'est absolument pas le moment de se rappeler de tout cela. Il se peut que quelqu'un soit en danger. Oh ! De la boue, de la poussière et des feuilles juste devant elle ! Deirdre n'est pas loin. Elle le sait, le sent. Il y aurait un élémental d'air avec la grosse bestiole ? Ou est-ce la bestiole elle-même ? Non. Ce n'est que la deuxième option. L'hybride court de plus en plus vite presque à en perdre haleine, tout en dégainant ses lames. Ca y est ! La semi ange la voit, La Bête ! Elle est prête à charger, et ce n'est pas sur un arbre. Plus de temps à perdre ! La combattante fait une dernière accélération puis se laisse glisser entre les deux protagonistes de l'affaire. Dei' se redresse à moitié. Un genou au sol, un plié. Charybde et Scylla croisées au-dessus de sa tête.

"TU ne passeras pas ! TU as assez fait de mal comme ça !" *sort la commandante en essayant de faire léviter son adversaire. Echec critique, l'animal est trop lourd et pourvu d'ailes.*

"Abritez-vous vite si possible !" *dit-elle à la victime sans se retourner, gardant un œil sur la bestiole.*

Contre cet adversaire imposant, pas d'autre choix que d'utiliser son sort de dévastation. Sa tornade, histoire d'éloigner l'animal d'eux. Alors celle qui se fait passer pour une humaine lève la tête et regarde le ciel puis murmure dans une langue qui n'est connu que d'elle. Ou presque.

"Accrochez-vous !" *prévient-elle rapidement. Pile au moment où la tornade arrive. Tentant de décrocher La Bête.*

Il est vrai que pour le moment la fausse humaine ne se préoccupa pas spécialement de la victime, mais la jeune femme n'a qu'une chose en tête. La sauver coûte que coûte. La Bête commençant enfin à décoller, Deirdre se redresse et fonce sous elle afin d'entailler en croix l'épaisse peau de son adversaire, et ce avant que la tornade ne se dissipe, puis s'écarte vivement pour laisser retomber l'animal. La commandante se met en garde dite "cavalier", attendant la prochaine charge de l'ennemi.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le mercredi 13 août 2025, 23:49:36
… Merde.
Tout alla très vite. Trop vite pour réfléchir, mais pas assez pour que les sensations se diluent.
Le sol se cabra sous lui.  il glissa sur le côté, se jetant hors de la trajectoire de la bête. Affalé comme il l'était,ce n'était pas chose facile. Un craquement brutal, comme si la terre avait décidé de l’expulser. Son bras gauche prit l’essentiel de la charge. La masse qui le heurta avait la densité d’un bloc de pierre lancé à pleine vitesse. L’os éclata dans un bruit humide, une chaleur poisseuse se répandit le long de son flanc. Pas une douleur qui brise, une douleur qui informe. La limite était claire. Intégrée. Il continuait.

La voix fendit le tumulte. Un ordre clair, net, précis, qui traversa la violence ambiante. Il leva les yeux, et la vit.
Silhouette gainée de noir et de cuir, cape relevée par un vent étranger à ce monde, deux lames jumelles dressées comme un avertissement. La posture parlait d’habitude, de contrôle, compacte, centrée sur elle-même, mais prête à éclater dans toutes les directions. L’air autour d’elle avait une densité inhabituelle, comme si la tempête naissait en elle.
Et, sans qu’il le décide, son regard effleura la mécanique de son corps : ossature fine mais ferme, équilibre dans chaque geste, éclat d’un regard clair et calculateur. Ses instincts souterrains réagirent. Pon…
Pas. Le. Moment.

Accrochez-vous !
Il n’eut qu’une seconde pour obéir. Sa main valide claqua contre l’écorce de l'arbre le plus proche, doigts enfoncés dans le bois humide. La tornade explosa. Pas un vent normal — un mur d’air compact, palpable, hurlant, qui chercha à l’arracher de là. Les fibres du bois gémirent sous ses doigts.
Un humain normal, d'un poids normal, aurait été balayé net. Mais lui… dense comme un morceau de métal, ses muscles encaissaient. Le vent cinglait sa peau, tirait sur sa veste, fouettait ses cheveux. Chaque inspiration goûtait la boue humide, la sève fendue, et ce métal salé qu’il connaissait trop bien : du sang.

Le hurlement du vent couvrit presque celui de la bête. Il la sentit se débattre, ses six pattes cherchant prise sur un sol labouré par sa propre course. Les ailes lourdes battaient à contre, brassant l’air pour contrer la force qui la soulevait. Elle n’était pas conçue pour voler — seulement pour stabiliser ses charges.

Puis la pression céda. Juste assez pour qu’il lâche.
Le courant l’attrapa, pas vers le vide, mais vers sa cible. Ses bottes frappèrent une écaille noire comme de l’obsidienne humide, et son corps suivit. Dans un craquement sec, l’os vivant se réorganisa sous sa peau : des lames blanchâtres jaillirent du côté extérieur de ses avant-bras, courbes comme des croissants inversés, affûtées à en découper l'air même. Ses mains restaient libres, doigts prêts à se refermer sur une prise.
Un frisson de puissance remonta sa colonne. Il s’écrasa sur le dos de la créature, s’y ancra comme une épine vivante.

Il frappa. Des coups brefs, latéraux, cherchant les articulations, les zones où l’armure d’écailles se chevauchait mal. Chaque impact faisait jaillir une pluie de sang sombre, épais, chaud. La créature hurla, le dos se voûtant dans une vague de muscles sous ses pieds.
Un premier tressaut violent le souleva presque. Il se plaqua à plat ventre, la joue contre une écaille humide, les doigts crochés dans un interstice. Un deuxième soubresaut secoua tout son corps, comme si elle voulait le briser par la seule force de son roulis.

Elle bondit sur le côté, heurta un arbre, l’écorce éclata sous le choc, mais il resta agrippé. Sa main droite, libre, se referma sur une crête osseuse, pendant que la lame de l’avant-bras gauche labourait encore. Le sang rendait tout glissant, poisseux, et la puanteur métallique lui emplissait les narines.
Pour un instant, il crut qu’elle pliait. Mais la masse sous lui n’avait rien d’un fauve à abattre vite. C’était un bastion sur pattes.

Elle s’ébroua. Pas un simple frisson — une onde qui le fit décoller d’une poignée de centimètres, ses pieds quittant les écailles avant de retomber lourdement. Les ailes battirent juste assez pour alimenter le mouvement, brassant l’air dans un souffle qui coupa le sien.

Et alors, elle le sentit encore. La résistance sur son dos.
Ses yeux fendus se levèrent vers Deirdre. Pas de peur. Pas même de haine. Une attention fixe, pesante, presque évaluatrice. Comme si, au milieu de sa rage, elle avait identifié celle qui comptait vraiment.
Le grondement qui suivit vibra jusque dans les côtes d’Anakha. Les six pattes martelèrent à nouveau le sol, dessinant un nouvel axe d’attaque. Cette fois, la prochaine charge ne viserait pas l’intrus accroché à son dos.

Il faut l’aveugler ! Distrait-le !

Il n’était pas certain que ses mots franchissent le tumulte… et pourtant, ils s’insinuèrent dans l’esprit de Deirdre, clairs, impérieux, comme s’il les lui avait annoncé dans le calme d'un salon de thé. Sans qu’il en ait conscience, la pensée avait franchi l’espace autrement que par la voix.

Sous lui, la bête se cabra violemment, secouant la tête, ses six pattes labourant la terre dans un chaos de projections. Les ailes battirent, non pour prendre l’air, mais pour la stabiliser dans ses contorsions. Anakha se plaqua contre elle, cherchant à progresser vers l’avant malgré les secousses.

La tornade dissipée, l’animal s’ébroua avec rage, secouant feuilles et poussière. Ses yeux reptiliens se tournèrent vers Deirdre, l’éclat de menace plus vif que jamais, comme si l’ange-fée venait de signer son arrêt de mort.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le jeudi 14 août 2025, 13:17:44
Dans le tumulte de sa tempête, l'élémentale cru entendre un craquement d'os. *Et merde !* pensa-t-elle sans relâcher son attention sur elle. Cela ne vient pas d'elle, c'est sûr. Cela vient de la personne pour qui elle intervient. Ce n'était pas prévu. Là d'où elle vient, les siens ont un peu plus de temps en terme de secondes pour se mettre à l'abri. Ici, c'est différend. Tout va vite. Très vite. Tant pis ! La jeune femme est tout de même capable de rapidement s'adapter également.

La Bête fait minimum le double de sa taille et la tempête de la commandante sans mercenaires est encore active. Pour preuve, quelque chose vient de passer au-dessus d'elle. Son ou sa protégé(e) du moment à n'en pas douter ! A entendre les bruits, il/elle se retrouve sur l'animal et a l'air de se défendre. *Oh non ! Pas cela !* La sang-mêlé doit se reprendre ! Heureusement qu'elle ne s'apitoie pas sur son sort. Ce n'est absolument pas une simulation ni un rêve. C'est un cauchemar bien éveillé. Mais ça, ça la connaît également. Quoique fasse l'étrangère, sa tempête la suivra. Ce serait tellement plus facile si l'adversaire était un démon. Ce serait vite plié. Deirdre allait courir vers le torse de La Bête pour seconder son binôme du moment mais ce n'est pas possible car devancée, empêchée par une giclée de sang sombre lui frôlant le visage. L'odeur lui confirme que ce n'est pas un démon. Non elle ne glissera pas !

L'étrangère peut user de sa sorte de télékinésie afin de retirer l'individu du dos de la bestiole et le déposer en sécurité un peu plus loin à condition que ce soit dans son champ de vision.

Il faut l’aveugler ! Distrait-le !

Son idée d'intervention est interrompue par un ordre qu'elle prend plutôt pour une demande. Il n'y a qu'une seule façon de détourner l'attention de cet animal. De la lumière dans les yeux. *Soupir* La jeune femme va devoir dévoiler sa véritable nature et être vue comme une curieuse bipède. Sur son monde cela ne la dérangeait pas. Ici c'est un peu différent. *Très cher animal, ton monde brutal s'arrête ici !* pense la jeune femme en arrêtant sa tempête, rabaissant sa capuche dévoilant ses longs cheveux bleus, retirant calmement la fibule de sa cape la laissant tomber au sol dans le sang. Tant pis, la jeune femme trouvera bien un point d'eau plus tard pour la laver.

Ce qui est bien dans un sens, c'est que les arbres détruits permettent d'avoir une vue dégagée sur le ciel. Tranquillement ses ailes sortent du dos de Deirdre et se déploient au maximum. La lumière de la voûte céleste se reflète sur ses plumes cristallines. Si cela n'est pas la meilleure des distractions afin d'aveugler l'adversaire, alors l'hybride ne mérite pas son rang. La semi-ange dirige la lumière vers les yeux de La Bête, ignorant si le binôme l'est aussi. La combattante, sans replier ses appendices plumés, fonce d'un coup vers l'animal, Charybde et Scylla toujours en main. Dans un saut pour atteindre la tête, la jeune femme plante ses wakizashis dans les yeux de l'adversaire sans aucune compassion avant de retirer vivement ses lames. Puis une deuxième fois. Juste avant que ses pieds ne rejoignent le sol. La pratiquante du bushido sait que ses lames ne sont normalement pas faites pour cela, mais si on prend la peine d'y réfléchir une seconde, c'était pour défendre un être.

"Que ton monde soit apaisé et ton esprit soulagé de rejoindre les tiens !"  *fait la jeune femme en serrant les dents, ne sentant que maintenant le contre-coup de son atterrissage après avoir planté ses armes dans les globes oculaires.*

Malgré la légère douleur de sa cheville, Deirdre se met en garde basse sans desserrer les dents à cause du hurlement soudain du blessé écaillé. Elle sait que l'animal n'a pas encore rendu son dernier souffle, à moins que justement il ne soit en train de le faire. Néanmoins, la sang mêlé espère que tout va bien pour l'humanoïde.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le vendredi 15 août 2025, 03:17:45
La lumière éclata dans son champ de vision, presque douloureuse.
Pas la lumière crue d’un éclair ; celle-ci avait du poids, une texture. Elle se brisait et se recomposait sur des ailes déployées comme des armes, chaque plume cristalline jetant un éclat qui aveuglait autant la bête que lui. Un instant, il resta suspendu à cette image, le vent accrochant sa cape et le sang dans l’air jouant comme un filtre rouge sur la scène.

Puis le rugissement de la créature le ramena.
Aveugle. Blessée. Mais pas domptée.

Il n’hésita pas.
Les muscles de ses cuisses protestèrent quand il remonta le long de son dos, muscles tendus, chaque bond accompagné du grondement sourd de la bête, le corps penché, les bottes cherchant l’adhérence sur l’armure d’écailles glissantes. Ses lames d'avant-bras jaillirent dans un craquement intime, familier, un mélange de soulagement et de tension, se plantant dans la chair du cou de la créature. Il les sentait comme un prolongement nerveux, prêtes à trancher.
Il glissa, équilibre précaire, jusqu’à sentir la lourde vibration du souffle chaud dans la gorge de l'énorme créature. La jointure sous la mâchoire. L’endroit où la carapace cédait à la chair.

Il frappa.
Deux fois.
Un choc sourd, la résistance tendineuse, puis la cession brutale. Le sang gicla, chaud, visqueux, poisseux sur sa joue et son cou. Le hurlement qui suivit vibra jusque dans sa cage thoracique, interrompu par un gargouillis, la gorge se noyait dans son propre sang.

Il vit le mouvement presque trop tard.
Le flanc qui se jette pour l’écraser, l’instinct qui hurle de bouger. Il se laissa tomber, roula sur l’épaule valide, sentit le souffle massif passer à quelques centimètres, tandis que la créature tentait à son tour de lui rouler dessus. La boue gicla sous l’impact, lui projetant des éclats jusqu’aux dents.

Debout. Respirer.
La bête, désormais, pissait le sang par la gorge. Pas assez vite pour s’écrouler, mais suffisamment pour que le temps joue en leur faveur.

Alors il recula, élargissant la distance, poisseux de sang et de boue. Ses yeux cherchaient les signes : l’aile gauche battait moins fort, le corps oscillait, mais les naseaux s’ouvraient grands, happant l’air comme pour y lire un chemin.
Le moment où la bête la capta fut tangible. L’odeur, peut-être. Ou ce froissement d’ailes. Ou le chant métallique de ses lames encore humides. Quoi qu’il en soit, la cible était choisie. Une bascule imperceptible dans son corps. Le souffle retenu. La tension avant le bond.
Elle fonçait sur la fragile petite fée qui l'avait si gravement blessée.

Le sol vibrait. Chaque foulée envoyait des ondes jusqu’à ses mollets. Anakha jura, déjà en mouvement, courant en parallèle de la trajectoire. Ses bottes s’enfonçaient, chaque pas exigeant plus que ce que ses muscles voulaient donner. Mais il savait où viser.

Il bondit.
Sa main valide crocheta la base de l’aile gauche, le cuir vivant sous ses doigts, tendu, rugueux. Le cri qui suivit lui éclata presque dans l’oreille. La lame de son avant-bras remonta dans un arc net, sectionnant fibres et tendons dans un craquement humide.
La membrane se tendit, puis se déchira par pans irréguliers.

La bête vrilla de douleur, mais l’élan était là.
Anakha sentit ses bottes quitter le sol, emporté dans le mouvement. Ses doigts brûlaient sur leur prise, la traction menaçait de lui déboîter l’épaule. Chaque battement d’aile tirait sur ses muscles comme une corde de torture.

Il tira encore, lacéra, cherchant la torsion. Il voulait quelques degrés, juste assez pour briser la ligne de charge. Pour que la créature venue à son secours ait cet espace vital.
La douleur dans ses bras se mélangeait à l’adrénaline brute, à ce frisson qui lui montait le long de l’échine. Un mélange de calcul et d’instinct animal. Il ne pensait plus à tuer, juste à détourner, protéger, gagner deux secondes de plus.

Il ne savait pas si ça suffirait.
Mais il ne lâcha pas.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le vendredi 15 août 2025, 12:59:45
La voix entendue plus tôt, pressante et brève comme un coup de lame, était bien celle d’un homme. L’ange-fée en a désormais la certitude. Elle n’a jamais été douée pour jauger les tailles ; la plupart des mercenaires la dominaient de plusieurs têtes, rares étaient ceux qui pouvaient la regarder d’égal à égal. Pourtant, de ce qu’elle aperçoit dans la mêlée, lui et elle partagent le même regard : un éclat d’azur qui ne vacille pas face au tumulte.

Ses gestes sont précis mais alourdis par la blessure ; on devine le guerrier dans son sang, mais on sent la faille dans sa chair. Deirdre le voit, le sent : sous ses ailes diaphanes, frémissantes comme l’aube sur une mer encore sombre, veille une forteresse meurtrie. Elle pourrait s’offusquer de cette ombre protectrice, mais l’heure n’est pas aux états d’âme : il faut frapper. Vite. Laver le sang et la boue viendra plus tard.

L’animal fond sur elle, masse d’instinct et de rage. La haute gradée brise sa garde pour essuyer ses lames d’un geste sec, puis se prépare à charger.

"NON !" *lâche-t-elle par réflexe, en voyant son compagnon d’armes improvisé se jeter dans une manœuvre insensée.*

Se sacrifie-t-il ? Cherche-t-il à lui offrir l’espace vital pour frapper ? Ou bien est-il, comme elle, incapable de laisser une tâche inachevée ? L’impression d’un adieu lui vrille l’âme. Refusant cet écho funeste, la demi-fée s’élance, ignorant la douleur à sa cheville et l’irrégularité du sol. Dans un battement rageur, elle prend son envol pour se placer à la hauteur de l’aile de la Bête, saisit le jeune homme et le projette avec bienveillance cinq mètres plus loin grâce à sa volonté de fer et à sa télékinésie.

"Je prends le relais. Vous avez assez donné !" *dit-elle d’une voix où l’autorité danse avec la douceur.*

Elle ne lui laisse pas le choix. Puis, dans le même élan, se glisse derrière l’aile monstrueuse et enfonce Charybde et Scylla dans la jonction où l’aile rejoint le dos — ce point faible universel de toute créature ailée. La Bête hurle : un cri rauque, fendu de douleur, qui lacère l’air et fait chanter ses tympans d’un sifflement continu. L’odeur métallique du sang se mêle au souffle glacé qu’elle invoque, sa brise cinglante s’engouffrant dans la gorge béante du monstre pour trouver son cœur. Elle frappe alors la dernière entaille : celle qui ne laisse pas de répit.

L’ennemi s’effondre sur son flanc lacéré. Deirdre retire ses lames, absorbe ses ailes dans un éclat de lumière et roule au sol, évitant de justesse le corps inerte. Ses pieds effleurent presque la carcasse encore tiède.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le samedi 16 août 2025, 12:28:19

La carcasse encore frémissante de la Bête exhalait une chaleur lourde, saturée de sang et de poussière. Les nerfs claquaient par à-coups dans ses pattes, comme si elle refusait encore d’admettre sa chute. Projeté au sol pendant que l'être féérique gérait seul le mastodonte, Anakha resta planté là quelques instants, haletant, le bras gauche pendu contre son flanc, réduit à une masse informe qui battait douloureusement au rythme de son pouls. La douleur ne criait pas. Elle informait. Elle lui répétait, froidement, où la limite se trouvait.

Il inspira profondément, et une perception plus intime se glissa dans son esprit : les fibres de chair qui s’agitaient déjà, tentant de se ressouder, l’os qui cherchait à repousser comme une racine fracturée. Le processus était en cours. Son corps réparait. Mais pas assez vite. Pas pour ce monde. Pas pour ce combat. Sans aide, il lui faudrait des heures, peut-être même plusieurs jours, avant de retrouver l’usage complet de son bras. Trop long. Beaucoup trop long.

Il détourna enfin les yeux de la bête pour les poser sur elle.

Elle roulait encore au sol, ses lames maculées de sang sombre, ses ailes disparues dans un éclat qui laissait dans l’air comme un parfum de lumière. La cape souillée, la cheville marquée, mais debout intérieurement. Pas abattue. Pas même brisée. Juste fatiguée d’un combat trop court et trop violent. Elle l'avait géré d'une main de maître.

Il s’approcha, chaque pas crissant dans les débris d’écorce et les branches brisées. La tension dans son bras éclaté tirait tout son côté gauche vers le bas, mais il ne ralentit pas. Pas question de donner à voir une faiblesse. Pas question d’offrir ça.

Il tendit son bras valide vers elle. Si elle voulait s'en saisir, la poigne était ferme, brute, plus proche d’un arrachement que d’un soutien délicat. La tirer debout, rien de plus. Pas un geste tendre. Pas un secours enveloppé. Juste une nécessité.

Il fut tenté de dire qu'il aurait pu se débrouiller seul. Mais honnêtement, elle l'avait tiré d'un fort mauvais pas.

Et dans le même temps, son regard s’attarda.
Il n’aurait pas dû. Mais il le fit quand même.

Sous la poussière et le sang, elle était belle. Ses traits frappaient avec une netteté presque insolente, comme si le chaos autour d’eux n’avait pas le pouvoir de les altérer. Ses cheveux reflétaient encore les éclats de lumière qu’elle avait déchaînés, et son corps portait cette densité de force, cette tension contenue, qui ne pouvait appartenir qu’à une combattante.

Son ventre se serra. Pas de désir conscient, pas d’élan romantique. Simple mécanique animale. Son corps réagissait, stupide, à la présence d’une femelle forte et belle. À la chaleur qu’elle dégageait, à l’éclat de sa peau encore vibrant du combat. Ses instincts le poussaient déjà vers elle, et ça l’agaçait. Toujours la même histoire : frapper, survivre, reproduire. Comme si tout ce qu’il était ne se résumait qu’à ça.

Et pourtant… il adorait ça.
Ces instincts, cette lutte, cette ivresse brutale du combat et de la chair. Le refus de mourir, la morsure des coups, le goût métallique du sang dans sa bouche ; il en vivait autant qu’il en souffrait. Et il savait qu’il ne renoncerait jamais vraiment à ces activités, même si son corps l’exaspérait par sa simplicité animale.

Joli combat...
C'était sa façon, laconique, de montrer son appréciation de ses talents de combattante.

Son regard remonta vers elle, s’ancrant dans le sien. Pas un regard appuyé, pas une demande claire. Juste une insistance mesurée, une question contenue. Il avait vu. Les ailes, la lumière, le pouvoir qui n’appartenait pas à une simple guerrière. Et il lui faisait comprendre qu’il s’en souvenait. Qu’il voulait savoir. Mais qu'il ne poserait pas la question. Pas tout de suite. Pas maintenant.

Car lui aussi portait ses ombres. Lui aussi avait des choses à cacher. Et il n’avait aucune envie qu’elle commence à poser des questions, pas alors qu’il savait qu’il ne pourrait pas en donner les réponses.

Alors il resta là, main tendue, regard accroché au sien. À elle de décider si elle voulait la saisir.
Mais son regard, lui, avait déjà parlé.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le samedi 16 août 2025, 15:08:34
Deirdre demeure quelques instants immobile, son souffle heurté battant encore contre sa poitrine. Devant elle, la main tendue du jeune homme paraît plus un ordre qu’une offre. Poigne brute, dépourvue de douceur, mais solide comme la roche — et elle sait que c’est là une main de guerrier, forgée pour se battre, non pour caresser.

Elle hésite, non par fierté, mais parce qu’accepter revient à reconnaître qu’elle n’est pas seule dans cette lutte. Pourtant, après avoir rangé ses lames contre ses hanches, elle finit par saisir cette poigne, aussi fermement que lui. L’élan la redresse, et, dans ses yeux, brille un éclat mêlé d’épuisement et de défi.

Vous vous êtes bien battu.” *dit-elle, sa voix rauque encore marquée par le combat.* “Je pense que peu d’hommes auraient tenu face à La Bête.” *sort la sang mêlé tout en retirant sa main de celle de l’inconnu.*

Ses prunelles glissent sur lui, détaillant son épaule brisée, la tension dans ses traits, cette manière obstinée de défier la douleur plutôt que de la subir. Et malgré elle, son regard s’attarde un peu trop longtemps. La demi-ange veut croire que c’est seulement parce qu’il a combattu avec force et courage. Mais au fond d’elle, quelque chose d’autre vibre, une chaleur sourde qui ne ressemble ni à la fierté ni à la simple reconnaissance.

La combattante détourne un instant les yeux, comme pour se protéger d’elle-même, puis ajoute, plus bas :
Mais votre bras… Ne jouez pas trop avec vos limites. Même les plus forts tombent, s’ils s’acharnent à ignorer leurs blessures. J’en sais assez dessus.

Un silence s’installe, lourd mais pas hostile. Deirdre se surprend à soutenir de nouveau son regard. Dans ses yeux, l’hybride  perçoit une ombre, une question qu’il n’oserait pas poser, et sut qu’il avait vu ce qu’elle tente de cacher : ses ailes, sa lumière. Elle ne cille pas. Mais, au creux de son ventre, quelque chose de confus se serre. Est-ce l’écho du combat partagé… ou autre chose ? Elle-même ne saurait le dire.

Deirdre, Commandante de mercenaires. A votre service.” *se présente-t-elle tout en hésitant à répondre à la question muette du regard du jeune homme.*

L’hybride n’a que quelques pas à faire pour reprendre sa cape laissée au sol. C’est un peu douloureux mais cela partira certainement plus rapidement que pour celui qu’elle avait voulu protéger. La jeune femme ajuste sa cape sur ses épaules et laisse son regard glisser sur l’horizon, sur la Bête désormais immobile. Pas de mots doux, pas de gestes tendres. Juste la guerrière qu’elle est, l’ange-fée qui reprend son souffle, prête à continuer, toujours prête à se battre malgré l’épuisement.

Mais, en silence, elle note quelque chose. Un respect mutuel, une connexion fugace avec un autre qui semble porter ses propres ombres, ses propres secrets. Et pour la première fois depuis longtemps, elle ne repousse pas complètement ce frisson. Elle le range soigneusement dans un coin de son esprit, comme on conserve une arme précieuse : prête à s’en servir si nécessaire, mais jamais exposée inutilement.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le lundi 18 août 2025, 16:06:49
La poigne d’Anakha, ferme et solide, arracha Deirdre du sol. Pas d’hésitation, pas de gestes vides : juste la force brute, ajustée à ce qu’il fallait pour la remettre debout.

Son regard accrocha le sien au même instant.
Des yeux clairs, traversés d’un éclat obstiné qui vibrait encore de la fureur du combat. Et il n'y lut… pas de condescendance. Pas de pitié. Un compliment. Sobre, sans emphase, mais bien réel. “Vous vous êtes bien battu.

Il eut un bref ricanement, à peine un souffle. Pas moqueur, mais teinté de cette ironie rugueuse qui lui servait de carapace. Il ne dit rien. Mais elle avait dominé le combat et, au final, l’avait mis hors de danger comme un gosse trop téméraire, plutôt que de le garder dans ses pattes.

Ses yeux se détournèrent un instant vers la carcasse, puis revinrent vers elle, plus sombres.
"J’aurais sans doute fini piétiné si vous n’aviez pas été là."

Mais votre bras… Ne jouez pas trop avec vos limites. Même les plus forts tombent, s’ils s’acharnent à ignorer leurs blessures. J’en sais assez dessus.

Il regarda son bras qui pendait encore, lourde masse douloureuse. Il inspira profondément, serra les dents, et ajouta d’une voix plus basse :
"Mon bras ... ira mieux... Même si ça prendra du temps"

Il s’aperçut alors qu’il tenait encore sa main. Il la relâcha enfin, et son regard glissa malgré lui sur ses traits. La force de ses épaules, la densité de son corps prêt à repartir, la netteté insolente de ses traits… Une belle femme. Trop belle pour que son corps reste neutre. La raideur qu’il sentait depuis la fin du combat se rappela à son bon souvenir. Toujours la même mécanique idiote : frapper, survivre, désirer. Il détourna brièvement les yeux, comme pour se reprendre, puis revint à elle avec une expression plus contrôlée.

Un silence s’installa, épais, coupé seulement par le gargouillis humide du cadavre du mastodonte.
Deirdre, Commandante de mercenaires. A votre service.

Cela ne justifiait pas grand chose. Mais c'était un début. Une mercenaire donc. Ses troupes étaient-elles à proximité ? Il prit un temps pour répondre de sa voix grave, un rien rauque :
"Anakha. Baley"

Il hésita. Donner une fonction ? Qu'était il ? Il ne pouvait décemment se prétendre soldat Tekhan. Outre le fait qu'il douta maintenant de l'avoir jamais été, se balader seul ici l'estampillerait déserteur assez sûrement. Et il préférait ne pas être vu ainsi. Surtout par une jolie mercenaire.
"Aventurier."

Le mot sonnait creux dans sa bouche, comme une étiquette trop étroite. Mais il n’en donna pas plus. Pas pour l’instant. L'uniforme ne laissait pas de doute sur sa provenance, mais au moins ne s'infligeait-il pas l'étiquette de lâche.

Il reprit, plus pragmatique :
"Si vous avez un camp pas loin, je serais bien aise d’y demander asile pour la nuit. Le temps que ça…" il hocha la tête vers son bras gauche, "se refasse. Je peux payer, ou me rendre utile. Sinon… il y a une rivière par là." Son menton désigna l’est, un peu plus loin. "Une cascade pas trop loin. On pourrait s’y reposer. Mais pas question de suivre la piste de cette saloperie."

Son pas le rapprocha d’elle. Lentement, il passa son bras valide derrière son dos, son bras à elle derrière sa nuque, le glissant contre son flanc pour la soutenir. Pas une caresse, mais la proximité fit naître une chaleur troublante entre eux. Ses doigts effleurèrent la ligne de sa taille, glissant jusqu'à sa hanche, d'un geste naturel mais presque sensuel.
"Appuyez-vous sur moi, si vous voulez marcher. Je crains de ne pas pouvoir vous porter, malheureusement."

Ses derniers mots étaient dit avec le sourire. Il doutait que même avec un jambe en moins, la guerrière eut accepté de bon grès de se faire porter.

Elle boitait ostensiblement, et ne souhaitait visiblement pas garder ses ailes déployées. Pourquoi ? Leur utilisation était-elle limité ? Quelque part, ce n'était pas ses affaires, et il préféra se taire. Elle parlerait si elle le souhaitait. Son contact lui était doux, et elle était légère comme une plume. C'était plus un plaisir qu'une corvée.
Titre: Re : Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le lundi 18 août 2025, 23:24:22
Le bref ricanement d’Anakha arrache à Deirdre un sourire discret. Pas un éclat franc — elle s’y refuse toujours. Le contrôle, chez elle, est une habitude forgée à coups de regards pesants et de méfiance constante. Ses origines ne lui ont jamais permis d’être autre chose qu’une exception à surveiller. L’unique ange-fée de son monde, dans un univers où les siens auraient préféré l’éteindre plutôt que l’accueillir.

Pourtant, dans ce campement perdu qu’elle a quitté bien malgré elle, elle avait trouvé des semblables d’un d’un autre genre : des êtres rejetés qui avaient appris à faire bloc, non pas hors-la-loi, mais hors des chaînes.

Elle observe à la dérobée le mouvement du jeune homme : ce détour de regard vers la carcasse, puis ce retour vers elle, ombre sombre au fond des yeux. Reconnaissable, trop bien. Une blessure ancienne qu’elle connaît, mais dont elle se garde bien de juger.

"J’aurais sans doute fini piétiné si vous n’aviez pas été là."

Il peine à l’admettre, mais elle l’entend comme un remerciement. Son propre sourire s’adoucit, imperceptiblement.

Son regard la ramène à sa blessure. Elle n’a jamais eu le don de guérir, et un instant, elle s’en attriste. Mais ce regret se dissipe vite : ses parents lui ont offert autre chose. Le combat, la défense des faibles, la maîtrise du vent. Des armes qui l’ont façonnée, qui font d’elle ce qu’elle est. Fatiguée parfois, mais vivante.

"Mon bras ... ira mieux... Même si ça prendra du temps"

Elle incline la tête en silence, tentée de dire qu’elle aurait voulu agir plus tôt, mais les mots lui meurent sur les lèvres. À quoi bon ? Les faits sont là. Peut-être, après tout, que les dieux ont voulu qu’elle tombe sur lui à cet instant précis.

"Enchantée, Anakha Baley." *souffle-t-elle, et elle le pense vraiment. Pas simple politesse : un soulagement discret, presque intime.*

"Aventurier..." *répète-t-elle en écho, comme pour en tester la sonorité.*

Elle doute. Cet homme, à la carrure taillée par la discipline, semble bien plus qu’un simple voyageur. Mais elle ne relève pas.

Elle détourne brièvement les yeux, comme pour se protéger de ce qu’elle voit trop bien. Il est bel homme, oui, et son corps ne trahit pas un novice. Elle se surprend à observer un instant de trop avant de se rappeler qu’elle est étrangère en ce monde. Alors, elle se détourne.

Son cœur se serre un instant lorsqu’il parle d’asile. Elle inspire profondément avant de livrer la vérité, d’une voix calme et claire, mais marquée par une gravité douce :

"Anakha, vous n’êtes redevable en rien. Vous étiez protégé par hasard, non par devoir. Mais… je n’ai ni troupes ni campement ici. Pas dans ce monde. On m’en a séparée."

Un sourire franc finit pourtant par illuminer son visage lorsqu’il évoque la rivière et sa cascade. La perspective d’eau fraîche, d’un peu de repos, et surtout de retrouver un semblant de propreté la réchauffe.

Mais elle tressaille lorsqu’il s’approche. Trop près, trop vite. Ses réflexes manquent à l’appel : elle ne l’a pas senti venir dans l’air. Son bras passe derrière sa nuque, ses doigts frôlent sa hanche. Elle aurait pu l’arrêter. Elle ne l’a pas fait. Un frisson la traverse, trahissant une lutte intime qu’elle dissimule tant bien que mal derrière un sourire ténu.

"Merci." *souffle-t-elle enfin, dans un murmure plus fragile qu’elle ne l’aurait voulu.*

Alors, elle se laisse aller. Ses muscles, jusque-là tendus de méfiance, cèdent peu à peu à cette proximité étrange. Elle s’étonne de ne pas trouver le chemin trop court vers la cascade. Elle s’en excuse intérieurement : cette chaleur partagée n’est pas seulement pour le confort du blessé.

Un souffle lui échappe quand elle reprend, plus doucement :

"Je suis… une ange, d’où mes plumes. Et fée, d’où leur couleur. La seule."

Pas d’orgueil dans sa voix. Pas d’attente d’admiration. Juste une vérité déposée entre eux comme une pierre plate au bord de l’eau.

Lorsqu’ils approchent enfin de la cascade, ses instincts reprennent le dessus. Ses yeux balayent les environs avec prudence. Aucun danger. Un soupir de soulagement lui échappe, discret.

L'hybride le quitte presque à regret, s’écartant avec dignité. Même en boitant, elle préfère marcher seule quelques pas. Derrière un arbre, elle laisse retomber sa besace, se désarme, défait ses vêtements sans hâte, déploie ses ailes en silence. Ses cheveux bleus glissent sur ses épaules tandis qu’elle avance dans l’eau, son corps s’imprégnant de la fraîcheur de l’onde.

Et pour la première fois depuis leur rencontre, Deirdre se permet de ne rien dissimuler.

Spoiler (cliquer pour montrer/cacher)
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le mardi 19 août 2025, 10:42:08
Anakha ne répondit rien lorsqu’elle évoqua sa troupe perdue. Pas de mots faciles, pas de phrases toutes faites. Il n’en avait ni l’envie, ni le talent. À la place, il inclina simplement la tête. Un signe nu, mais chargé de ce qu’il ressentait : une compassion sans pathos, une reconnaissance silencieuse. Peut-être plus tard aurait-il des question. Pour l'instant il lui était simplement reconnaissant de sa confidence, et lui offrait le peu de soutiens qu'il pouvait.

Il vit la crispation de ses traits, la tension qui s’enroulait autour de ses épaules, prête à éclater… puis qui s’apaisa presque aussitôt, comme une vague refluant. Elle venait de se dévoiler, et c’était à son tour.

"Tu m’ouvres ton secret…" Sa voix rauque était basse, mesurée. "Moi, je n’ai pas cette clarté. Je ne sais pas qui je suis. Je ne sais pas... ce que je suis. Pas humain, de toute évidence..." Son regard se perdit un instant dans les profondeurs de la forêt. "Mais je commence à avoir des soupçons. Et ça ne me plaît pas."

Il n’en dit pas plus. Pas besoin. Elle avait son poids de mystère, il portait le sien. L’équilibre était là.

Quand ils atteignirent la rivière, il ralentit, scrutant l’orée des arbres. Ses yeux fouillèrent un instant les ombres, à l’affût d’une silhouette féline. La terranide qui avait fait basculer le combat. Il ne s’attendait pas à la voir ici, mais il resta méfiant. Ce monde n’offrait jamais deux fois la même chance.

Puis Deirdre s’écarta, choisissant un recoin à l’abri des regards. Anakha la suivit des yeux, par réflexe plus que par indiscrétion. Il vit ses mains détacher sa cape, déposer ses armes, faire glisser ses vêtements. Alors seulement il détourna le regard, s’attaquant à sa propre tenue. Sa manche gauche était un torchon, déchiré et collé par le sang séché. Il dut arracher la toile en charpie pour libérer son bras meurtri, un craquement de tissu ponctuant son effort.

Il ne chercha pas à la voir, mais ses yeux glissèrent, malgré lui, vers l’endroit où elle se changeait. Pas un regard appuyé, juste une fraction de seconde volée. Un éclat de peau claire entre deux mèches bleues. La cambrure d’une épaule. Rien de plus. Et pourtant, son ventre se noua.

Quand elle entra dans l’eau, nue, ses ailes déployées, ce fut comme si la rivière elle-même s’illuminait. La lumière des plumes glissait sur l’onde, tissant des reflets irisés qui dansaient autour d’elle. Éblouissante. Insolente. Glorieuse. Son souffle se fit plus lourd.

Alors, sans rien dire, il plongea.
D’abord pour lui. Pour sentir l’eau glacée le saisir, laver le sang, calmer la brûlure de ses muscles et de ses nerfs. Pour s’arracher au tumulte qui cognait encore dans son crâne. Mais il y resta. Plus longtemps qu’il n’aurait dû. Le manque d’air, il le sentait, simple information, pas une limite. Alors il s’y abandonna, avançant sous l’onde claire, retenu dans ce silence comme hors du temps.

Une part de lui voulait croire qu’il sondait la rivière, qu’il vérifiait qu’aucune menace n’y dormait. Mais au fond, il savait. C’était pour se donner un délai. Pour étouffer le tumulte de ses instincts avant de l’approcher. Alors il s’arrêta. Là, juste sous l’eau, à la contempler en secret. Les remous de ses ailes diffusaient une clarté étrange, presque irréelle. Chaque battement de son cœur vibrait jusque dans sa cage. Il resta ainsi de longues secondes, prisonnier de cette contemplation muette.

Enfin, il jaillit derrière elle, l’eau éclaboussant dans un bruit sec. Proche. Tout proche. Assez pour qu’elle sente la chaleur de son corps contre son dos, mais pas de contact franc. Son souffle, lourd, effleurait sa peau. Le sceptre de son désir irradiait une chaleur muette qui remontait le long de son dos.

Il aurait voulu l’entourer de ses deux bras, poser sa main gauche sur son ventre. Mais brisé comme il l’était, seule sa main droite pouvait se déployer. Doucement, il la leva, se penchant légèrement au-dessus d’elle, et effleura une de ses ailes. Ses doigts glissèrent avec délicatesse sur les plumes cristallines, attentifs, presque tremblants. Son souffle caressa l’épaule de la fée.

"Elles sont magnifiques."
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le mardi 19 août 2025, 14:29:12
Deirdre songe un instant aux mots d'Anakha. Peu importe ce qu’il est, les faits parlent d’eux-mêmes. Sa présence, sa force, sa constance… voilà ce qui compte.

Elle entend le plongeon derrière elle, un fracas d’eau brisée qui résonne dans le calme du soir. Ses yeux glissent aussitôt sur la surface miroitante,  cherchant sa silhouette comme malgré elle. Mais l’eau demeure lisse, trompeuse, reflétant seulement la pâleur des cieux. Est-il encore là, ou déjà ailleurs ? Cette attente éveille en elle une étrange fébrilité.

Lorsqu’il jaillit enfin derrière elle, la rivière semble elle-même s’élargir pour accueillir sa présence. Proche, si proche que son souffle effleure sa nuque, soulevant un frisson qu’elle n’ose contenir. Et puis sa main, hésitante mais ferme, se pose sur ses ailes.

Alors tout s’arrête.

Ses ailes… nul n’avait jamais osé. Elles étaient pour elle ce que l’âme est au cœur : fragiles, inviolables, secrètes. L’éclat qui la traverse n'est ni douleur ni gêne, mais une vibration intime, un vertige presque irréel. Comme si chaque plume devenait une corde vibrant sous ses doigts.

Elle ne bouge pas.

Au contraire, un léger frisson parcourt ses ailes, réponse instinctive, comme une caresse en retour. Ses paupières se ferment un instant, et la rivière semble s’emplir de lumière, la sienne et la sienne mêlées, dans une clarté irisée qui rappelle le clair de lune se posant sur une eau tranquille.

Quand elle se retourne enfin vers lui, leurs regards s’accrochent. Elle lit dans le sien la gravité, la brûlure contenue… mais aussi cette tendresse brute, sans masque, qui vibre plus fort encore qu’un mot. Sa gorge se serre, et elle souffle seulement :

"Anakha…"

Rien d’autre. Mais ce nom, porté dans un souffle, a la densité d’un serment.

Puis le monde se rappelle à eux.

Un craquement sec dans les bois. Un souffle rauque, guttural. Des ombres mouvantes, luisantes de crocs et de faim, se glissent entre les troncs. L’odeur âcre de bêtes affamées brise net la bulle fragile.

Déjà ses épaules se redressent, ses mains cherchent ses armes abandonnées au bord de l’eau. Ses ailes se replient dans un éclat discret, comme pour dissimuler le trouble encore vibrant. Mais une fraction de seconde, son regard reste ancré dans le sien — promesse silencieuse : cet instant n’est pas perdu. Nous le reprendrons… si nous survivons.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le mardi 19 août 2025, 23:27:52
Anakha sentit le frisson courir sous ses doigts quand les plumes de Deirdre vibrèrent en retour. Une onde lui traversa la poitrine, brutale, déroutante. Son geste, téméraire, presque irréfléchi, n’avait rencontré ni rejet ni recul. Au contraire : elle l’avait accueilli.

Quand elle souffla son nom, ce fut comme une lame plantée droit au cœur. Lourde de sens, brûlante comme un serment. Devait-il répondre ? Ou risquait-il de briser la magie de l’instant ? Le monde trancha pour lui.

Un craquement sec. Un souffle rauque. Des ombres s’étirèrent entre les troncs, crocs luisants, faim animale. La bulle éclata.

Anakha resta une seconde de trop, front contre front avec Deirdre. Puis il rompit le lien et plongea vers la rive. L’eau éclata autour de lui, ses doigts heurtèrent la poignée d’une lame. Dans le même mouvement, il la lança vers elle. Le métal fendit l’air et atterrit juste devant ses mains.

Il se redressa pour saisir la seconde. Trop tard. Une masse le percutait. Un terranide-loup, gueule écumante, griffes sorties. Anakha n’eut que le temps d’interposer la lame du wakizashi. Les crocs claquèrent à quelques centimètres de son visage. Son bras valide tint bon, mais l’autre pendait, mort. La bête le clouait, à moitié dans le vide au-dessus de la rivière.

Alors seulement il vit ce qu’ils affrontaient.
Une meute entière de silhouettes hargneuses, gueules de loups, corps nerveux, tuniques de cuir. Leurs yeux jaunes brillaient dans la pénombre, avides de chair. Leurs grognements emplissaient la clairière, un orage de haine et de faim.

Et puis l’ombre se découpa.
Pas la plus grande. Pas la plus bestiale. Mais la plus terrible.
Un être plus petit, silhouette sèche, tendue comme un fil de soie. Oreilles de loup, queue battante, démarche fluide. Dans sa main, un katana dont la mince lame réfléchissait la lumière des astres. Pas un hurlement, pas un grondement : un silence coupant.

Il fit un pas ... et disparut. Réapparut plus loin, la pointe de son sabre encore vibrante d’un coup qu’aucun des deux n’avait suivi. Sa vitesse, inhumaine, était une menace en elle-même. La meute était un marteau. Lui, le scalpel.

Anakha plissa les yeux. Il n’avait rien vu. Rien senti. Mais son instinct lui hurlait que ce coup avait eu une cible. Pas eux, pas encore. Quelque chose d’autre. Une trace invisible, une cicatrice dans l’air que seul le temps dévoilerait.

Sa voix coupa l’air comme une lame :
"Vous allez mourir, marchands d’esclaves."

Pas un cri. Pas une insulte. Une sentence froide, inéluctable.
Puis, sans un geste de plus, il s’en retourna dans les ombres, comme si la meute suffisait à exécuter sa volonté.

Anakha serra les dents.
Sans son bras brisé, il aurait déjà rejeté le loup qui l’écrasait, ses crocs qui claquaient à un doigt de sa peau, la gueule gravement entaillée par l’arme de Deirdre ruisselante de sang. Mais chaque seconde le rapprochait de la chute, ses reins glissant sur la berge humide. Ses doigts crispés sur la garde empêchaient à peine les crocs de s’abattre. La créature semblait prise de frénésie et ignorer la douleur de la lame plantée jusqu'à l'os dans sa mâchoire.

Il jeta un regard à Deirdre.
Un éclat bref. Un ordre silencieux : Reprends tes armes. Tiens-toi prête.
Le reste… il s’en chargerait, quitte à plonger avec cette bête dans les flots. Son bras commença à changer.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le mercredi 20 août 2025, 12:18:11
Lorsque le front d’Anakha touche le sien, Deirdre a l’impression qu’un éclair se fige dans une plume. La brûlure et la douceur se confondent, une onde descend jusqu’à son bas-ventre, foudroyante, troublante. Son souffle s’échappe comme une plainte muette. Sa main hésite, tremble, avance vers sa joue… mais trop tard. Anakha rompt le lien et plonge vers la rive. Elle reste suspendue entre désir et frustration, le cœur déchiré par cet instant avorté.

*Ô clair de lune, pourquoi me rappelles-tu toujours ce que je ne dois pas avoir ?*

La guerrière reprend aussitôt le dessus. Ses ailes se réabsorbent dans son dos dans un frisson d’air, et elle se jette à son tour, fendant l’eau comme une flèche.

Quand sa tête émerge, une lame fend l’air. l'ange-fée la rattrape d’un geste sûr, l’instinct plus rapide que la pensée. Elle ouvre la bouche pour prévenir Anakha, mais aucun mot ne sort. Un seul cri jaillit, primal, incontrôlable :

"NOOOOOON !"

Alors la cicatrice à sa hanche se réveille, aiguillon brûlant qui pulse au rythme de sa colère. La peau menace de s’ouvrir, la magie de jaillir. Le danger n’est plus seulement autour d’elle : il gronde en elle. Ses doigts tremblent, ses veines hurlent, et une rafale invisible s’élève, prête à la déborder. L'hybride lutte, mord sa lèvre jusqu’au sang. *Retiens-toi, Deirdre. Ne le touche pas. Pas lui. Sa vie avant la tienne.* Mais la tempête ronge la barrière de sa volonté, chaque respiration est une bataille.

Ses yeux scrutent les ombres. Dix adversaires : silhouettes nerveuses, yeux jaunes, crocs dégoulinants de haine. Et puis… le onzième.

Il n’a rien du loup sauvage ni du mercenaire enragé. Plus petit. Plus sec. Mais chaque fibre de son corps vibre d’une tension qui glace le sang. Ses oreilles pointent comme des capteurs, sa queue bat un rythme calculé, non instinctif. Dans sa main, le katana n’est pas une arme : c’est une extension de lui-même. Sa lame reflète la lune, et son silence est plus tranchant qu’un hurlement.

Il disparaît en un pas. Réapparaît, lame vibrante, coup invisible que même Deirdre, maîtresse d’armes, ne parvient pas à suivre. Pas un mouvement perdu, pas une hésitation. Un duelliste. Un prédateur qui a fait de la précision sa cruauté. La sang mêlé le sait d’instinct : s’il n’est pas le plus grand, il est de loin le plus dangereux.

Alors le regard d’Anakha se plante dans le sien. Une injonction silencieuse. Un ordre. Elle y répond par une flamme indomptable. Confiance. Détermination. Rage contenue prête à éclater. Peu importe sa nudité. Il garde Charybde. Elle, Scylla et Messine. Cela suffira.

Elle bondit hors de l’eau, récupère sa dague d’un geste vif, et se place devant lui. Posture basse, agressive. Prête à frapper. Prête à briser quiconque s’approche de trop près. Prête à devenir son mur, sa lame, sa tempête.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le mercredi 20 août 2025, 16:17:32
Anakha entendit le cri de Deirdre fendre l’air ; non pas un mot, mais un déchirement brut, assez puissant pour réveiller jusqu’à sa propre chair. La lame entre ses mains vibra, et il sentit son bras se tordre sous la peau. Les tendons brûlaient, les os craquaient, la transformation s’imposait à lui, impitoyable.

La mâchoire claqua, refermée sur l’acier. L'aventurier sentit la pression monstrueuse tordre ses muscles, mais il tint bon. Un grondement monta de sa gorge. Son bras se contracta, sa lame d’avant-bras jaillit, en même temps qu’il rabattait le wakizashi dans un seul et même mouvement. La mâchoire se fendit, éclat de sang et d’os, la gueule s’ouvrit en deux. Le terranide s’écroula, brisé net.

Il vit Deirdre, debout dans l’eau, ailes repliées, ses veines luisantes comme si la magie même cherchait à s’arracher hors de son corps. Elle tremblait de rage, de douleur contenue. Lui, de mutation. Deux tempêtes en miroir, s’appelant l’une l’autre.

Un instant, leurs regards se croisèrent. Et il comprit. Elle retenait son pouvoir comme lui retenait sa monstruosité. Chacun sur le fil de sa propre chute, chacun risquant de se perdre. Mais tant qu’ils restaient ensemble, il y avait une chance. Une promesse.

Soudain, elle fut à ses côté, interceptant un coup qui lui était destiné. Il sortit de sa contemplation.

Un hurlement fendit la clairière, et l’un des loups bondit, non pas sur Anakha, mais droit vers Deirdre. Elle leva sa lame, trop tard. Charybde siffla entre eux, interceptant les crocs d’un revers sec, arrachant une gerbe de sang à la gueule ouverte. Le corps s’écroula à ses pieds, et un souffle rauque s’échappa d’Anakha, presque animal.

Alors le duo prit forme.
Anakha frappait en cadence, toujours deux coups : le wakizashi d’abord, précis et brutal, puis son bras-lame qui venait compléter l’arc, martelant, déchirant, tranchant. Deirdre coulissait dans ses pas, bondissait à son flanc, frappait là où ses ouvertures apparaissaient.

Parfois il se jetait en travers d’un assaut pour dévier un coup de griffe qui aurait atteint son flanc. Parfois elle glissait sous son bras levé pour achever d’un revers de dague l’ennemi qu’il avait déjà fendu à moitié. Chaque mouvement se liait au suivant, comme une danse violente, instinctive, où leur nudité même semblait une armure de dignité.

Leurs corps se frôlaient, se heurtaient, s’effleuraient. Sa cuisse contre la sienne quand ils pivotaient ensemble. Son bras qui le frôlait dans un mouvement de volte. Son souffle sur son cou quand elle passait derrière lui pour transpercer un dos. Chaque frisson redoublait leur force, chaque éclat de sang les liait davantage.

La meute hurlait, bondissait, tombait. L’air vibrait de leurs grognements, de l’acier, du sang répandu. Mais dans le tumulte, une vérité s’imposait : leurs corps n’étaient plus deux, mais un seul.

Anakha rabattit le wakizashi dans la gueule ouverte d’un assaillant, tandis que son bras-lame transperçait une gorge dans le même élan. Le sang éclaboussa son torse. Leurs coups s’enchaînèrent, lame et chair, dans une danse brutale. Un instant, il croisa ses yeux. Pas un mot. Mais dans ce regard, une vérité nue : tant qu’ils marcheraient ensemble, ni l’un ni l’autre ne tomberait.

La meute hésita. Dix contre deux, et pourtant déjà six étaient au sol, peut-être pas morts, mais gisants, tordus, gorgés d’eau et de sang. Les grognements se firent plus graves, nerveux, presque tremblants.

Et c’est alors qu’il bougea.

Le chef.

Un battement de queue. Le katana se leva, mince lueur dans la pénombre. Son pas fut un éclair, un claquement sec dans l’air. En un instant, il était entre eux et la meute.

Le temps sembla s’arrêter. Ses oreilles vibrèrent, captant le moindre souffle. Il jeta un regard bref à ses hommes, un éclair de férocité mêlé d’inquiétude. Puis sa voix, basse, presque contenue, tomba comme une lame :

"Assez."

Il recula d’un pas, lame tendue, comme pour marquer une frontière. Ses yeux fendus, brillants, se fixèrent sur eux avec la certitude d’un jugement.

Anakha haletait, ruisselant de sang et d’eau, son corps encore frôlant celui de Deirdre. Ils étaient encore pris dans le rythme de la danse, cœur contre cœur, comme si la bataille avait fait d’eux une seule créature.

Le chef les détailla une seconde, le souffle court mais le bras stable. Et même s’il ne dit rien, tout son être exprimait sa haine et la joie qu'il allait avoir à l'assouvir.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le mercredi 20 août 2025, 17:44:56
Deirdre halète, sa poitrine se soulève au rythme de leurs frappes partagées. Chaque mouvement d’Anakha la guide, chaque ouverture qu’il crée est une invitation qu’elle saisit avec une précision glaciale. Pourtant, sous cette froideur de guerrière, elle sent sa peau frissonner à chaque frôlement de son corps contre le sien, ses sens enfiévrés par cette proximité qui se mue en force commune.
Leur danse est totale. Elle n’a jamais combattu ainsi avec personne.

Mais quand le chef s’avance, tout s’interrompt.

Son regard, acéré comme une lame, se pose sur eux. L’air change, se charge d’électricité. Deirdre sent ses cicatrices brûler, la colère qui gronde en elle et menace de tout emporter. Son souffle devient plus lourd, presque tremblant, ses doigts se crispent autour de ses armes. La tentation est là, insidieuse, de libérer sa tempête — cette puissance qu’elle sait dévastatrice, mais qui pourrait aussi bien engloutir Anakha.

Un pas. Son talon glisse légèrement dans l’eau. Ses veines se mettent à luire davantage, comme si la lumière de l’air lui-même cherchait à jaillir de sa chair. Sa mâchoire se serre.
Elle force son souffle à ralentir, s’impose la discipline apprise auprès des maîtres samouraïs.

Ses yeux ne quittent pas le chef. Elle l’analyse : ses appuis solides, sa queue qui bat comme un métronome, le katana qui brille d’une confiance absolue. Cet adversaire n’a rien du reste de la meute. Il est la tempête dans la tempête, l’égal qu’elle doit affronter.

Mais elle n’est pas seule.

Un bref regard vers Anakha, ses pupilles claires accrochées aux siennes. Elle sent son cœur battre à l’unisson du sien, comme deux tambours de guerre. La colère se mue en flamme, non plus incontrôlée, mais dirigée.

Un sourire fugace étire ses lèvres, presque espiègle malgré la tension. Elle incline légèrement la tête vers lui, comme pour dire sans un mot : "Tiens-toi prêt. À deux, nous vaincrons."

Puis elle relève ses lames, posture basse, corps souple, prête à bondir. Le chef dit « assez », mais la combattante, elle, n’en a pas fini.

L'ange-fée bondit en avant, lame haute, l’éclat de ses yeux bleus foudroyant le chef. Dans sa tête, le mantra résonne : Dai Kyō Soku Kei. La grande force naît de la rapidité. Elle se jette sur lui comme la tempête qu’elle porte en elle.

La première frappe fend l’air vers sa tempe droite. Le chef, pris de vitesse, lève son katana trop tard : la lame de l’ange-fée heurte sa garde de biais, lui arrachant une grimace. Déjà la seconde tombe de l’autre côté, si vive qu’il doit pivoter d’un pas sec, ses crocs découverts dans un grognement.

La troisième vient en diagonale, bas, si rapide qu’elle entame son vêtement et mord sa chair avant qu’il ne redresse l’acier pour dévier la trajectoire. La quatrième surgit aussitôt, verticale et lourde, lui forçant le bras à ployer sous l’impact. La meute derrière lui grogna, hésitante : leur chef recule, pour la première fois.

Mais il apprend. Ses yeux fendus s’étrécissent, et au lieu de céder, il ralentit. Son corps se fait pierre, chaque mouvement mesuré. Quand la cinquième frappe jaillit, verticale et furieuse, il ne recule pas : il avance.

Un pas, une rotation sèche du poignet. Sa lame croise celle de l'hybride non plus pour la bloquer, mais pour la détourner. L’impact claque, et Deirdre sent son poignet vriller. Ses doigts se crispent pour ne pas lâcher — mais déjà le chef lit son rythme.

Le deuxième assaut du kiri-kaeshi se lance, mais cette fois il parait avec une précision glaciale. Chaque coup que la jeune femme porte, il le dévie d’un angle minime, usant de son poids contre elle. Sa lame vient frapper la sienne en travers, absorbant sa vitesse et la retournant contre ses muscles. Elle accélère, plus vive encore — il devient un mur.

Enfin, à la dernière frappe, il frappe en retour. Non pas sur elle, mais sur ses armes. Le choc est tel que ses lames quittent ses mains dans un cri métallique, projetées au sol.

Avant qu’elle ne reprenne son souffle, il est sur elle. Sa main puissante la saisit par l’épaule et la tire contre lui, l’autre ramenant le fil froid de son katana sous sa gorge. Il la maintient fermement, pas un geste brutal de bête, mais la poigne implacable d’un stratège sûr de lui.

Autour d’eux, les quatre derniers loups survivants grognent, en cercle, haletants mais galvanisés par la fermeté retrouvée de leur chef.

Il baisse son museau vers elle, la fixant dans les yeux.
Tu frappes comme un guerrier formé... pas comme une humaine.

Un bref silence, lourd. Son regard a vu.
Tes ailes. Je les ai vues disparaître. Tu n’es pas de ce monde.

Puis ses yeux glissent vers Anakha, encore couvert de sang et de sueur, lame vibrante dans sa main. La voix du chef tombe, basse et froide comme un couperet :
Alors dis-moi, guerrier... est-elle ton alliée ? Ou bien amènes-tu ici une étrangère... un monstre ?

Il serre davantage, forçant Deirdre à lever le visage vers Anakha. Dans ses yeux bleus, malgré la rage, il lit cette confession muette, douloureuse :

Je ne peux pas le vaincre seule.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le jeudi 21 août 2025, 11:06:59
Anakha avait perdu le fil.
Les coups du chef et de Deirdre s’échangeaient si vite qu’ils semblaient appartenir à une autre réalité. Lames croisées, froissements de pas dans l’eau, éclats métalliques fendant la nuit, et lui, spectateur impuissant, ne percevait que les réverbérations, comme si ses yeux eux-mêmes n’arrivaient plus à suivre. Sa respiration était lourde, heurtée, chaque battement de son cœur cognait comme un tambour dans sa cage thoracique.

Puis le basculement.
Le chef brisa son rythme, détourna la dernière frappe, et dans un seul mouvement, fit voler les armes de Deirdre. Elle se retrouva désarmée, tirée contre lui, la lame sous la gorge. La meute gronda, le cercle se resserra.

Anakha fixait la scène, haletant, les doigts crispés sur sa lame. Le souffle du chef roulait contre la gorge de Deirdre, lame posée juste sous sa peau. Elle se débattait à peine, son regard rivé au sien, lourd d’un appel muet.

Le chef parlait, d’une voix basse et grave, chaque syllabe claquant comme un verdict :
Est-elle ton alliée ? Ou bien amènes-tu ici une étrangère… un monstre ?

L’air vibrait de tension. Les survivants de la meute grognaient, en cercle, attendant le jugement de leur meneur.

Anakha voulut réfléchir. Il n'avait jamais connu que des rages froides et rarement. Les mots se formaient dans son crâne : *Ils croient qu’elle est une esclave. Je pourrais jouer là-dessus. Une terranide oiseau, oui. Ça suffirait peut-être.*
Mais déjà le feu de sa rage noyait cette logique. Ses veines pulsaient, sa peau vibrait, ses os craquaient à l’intérieur de lui. Son sang battait contre ses tempes, cognait dans sa poitrine, faisait trembler ses os. Chaque seconde où le fil de ce katana frôlait la gorge de Deirdre, la bête en lui rugissait plus fort. Ses mâchoires serrées grinçaient, et quand ses yeux croisèrent ceux de la jeune femme, ce fut la déflagration.

Un sourire étira ses lèvres, dément, inhumain. Sa voix, grondement rauque :
"Un Monstre. Elle est mon esclave."

Le chef releva la tête, oreilles frémissantes, surpris par cette audace. Mais il n’eut pas le temps de répondre.

Anakha projejeta le Wakizashi, que le lupin détourna sans peine en éloignant un brin sa lame de la gorge de l'ange, et bondit.

Ses muscles explosèrent sous sa peau, ses os craquèrent, ses veines gonflées brûlèrent comme du fer rouge. Ses membres s’allongèrent, déchirant l’épiderme. Son bras intact se couvrit de lames osseuses et effilées, vibrant d’une soif meurtrière. Ses yeux changèrent de couleur, et soudain, le monde s’éclaira : les gestes du chef, autrefois trop rapides, devenaient lisibles.

Il fondit sur lui, monstrueux, une tempête de chair et d’os.

Le chef lâcha Deirdre aussitôt.
Son instinct de guerrier avait parlé : entre conserver une prise et survivre, il n’y avait pas de choix. D’un bond souple, il esquiva la griffe qui visait sa tête. Trop tard pour s’en sortir indemne : la lame entama sa joue, remontant jusqu'à son arcade, ouvrant une cicatrice sanglante qui barra son visage. Un filet rouge éclata sur son visage.

Un grondement rauque monta de sa gorge, crocs découverts. Ses yeux de fauves flamboyaient, non plus de mépris, mais de colère pure.

Alors commença la chasse.

Anakha frappait, bras-lame en avant, chaque geste prolongé par la morsure de ses griffes acérées. Sa vitesse n’était plus celle d’un homme : il couvrait l’espace en bonds brutaux, ses muscles projetant son corps comme une arme vivante.

Le chef para d’abord, chaque coup détourné d’un claquement sec. Mais Anakha avançait toujours, sa vitesse désormais égale à la sienne, son allonge supérieure. Chaque esquive se resserrait. Une griffe passa à un souffle de son museau. Une autre lui ouvrit la tunique à l’épaule. Ses oreilles vibraient de l’effort, ses appuis devenaient plus lourds.

Il esquivait encore, mais l’écart se resserrait.
Avant, il dominait par sa rapidité, sa fluidité de prédateur. Désormais, chaque geste coûtait davantage. Anakha s’adaptait, voyait à travers ses feintes, répondait coup pour coup avec une brutalité qui faisait trembler le sol sous leurs pas.

Le chef grogna, reculant d’un pas, puis d’un autre. Sa queue fouetta l’air, nerveusement. Son souffle se fit court. Il n’avait plus l’allonge. Il n’avait plus la vitesse.

Alors il joua sa dernière carte.

Son pied frappa sèchement le sol. Le tronc, entaillé plus tôt, céda. Dans un craquement monstrueux, l’arbre s’abattit, ses branches engloutissant la clairière, projetant des ombres et une pluie de feuilles. Le bois s’écrasa entre eux dans une tempête de bruit et de poussière.

Une frontière. Un mur improvisé. Une diversion.

Mais Anakha n’était plus un homme.

Un rugissement bestial fendit l’air. Son bras-lame s’abattit sur le tronc. Le bois éclata sous l’impact, fendu en deux moignons rugueux. Les éclats volèrent, les branches s’effondrèrent à ses pieds. En un instant, la barrière du chef devint cendres et sciure.

Il se redressa, couvert de sang, de sueur et de poussière, ses yeux luisant d’un éclat fauve, son torse gonflé de rage. Le souffle rauque, les veines gonflées, il paraissait plus bête que jamais — et pourtant, il se tenait droit, prêt à frapper encore.

Un silence tomba.

La meute, figée, observait. Quatre survivants haletants, oreilles basses, hésitants. Leurs regards passaient du chef, marqué, cicatrice sanglante sur le visage, à ce monstre qui venait de pulvériser un arbre à mains nues.

Le chef gronda, ses doigts serrés sur son katana.
Une cicatrice barrait désormais sa joue, brûlante, humiliante.
Ses yeux fendus restaient plantés dans ceux d’Anakha.

L'Okami avait repris sa contenance, mais semblait indécis. Plonger à nouveau dans la mêlée ou ...

Et dans ce silence, une évidence s’imposait :
ce n’était plus un combat ordinaire.

C’était une lutte de monstres.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le jeudi 21 août 2025, 18:32:27
Le chef de meute fait mal. Habituellement, Deirdre se débrouille pour se libérer de ce genre de prise, allant jusqu’à user du vent pour s’aider. Mais là, c’est impossible. La colère monte en elle, brûlante, douloureuse, alimentée par le souffle du chef sur sa peau.

Est-elle ton alliée ? Ou bien amènes-tu ici une étrangère… un monstre ?

Bien que Deirdre sache que ce n’est qu’une tentative pour déstabiliser Anakha, elle se demande un instant pourquoi cela a autant d’importance pour ce chef de meute. Mais déjà, deux voix se disputent dans sa tête : "Non Anakha, n’agis pas sur un coup de tête, je suis vivante" et "Anakha, ne meurs pas. S’il te plaît."

"Un Monstre. Elle est mon esclave."

Si elle ne croise pas son regard, Deirdre pourrait se sentir blessée. Mais ce sourire, bien que dément, la fait frissonner, et pas forcément à mal. Et ce « mon »… est-ce qu’un vrai esclavagiste emploierait un possessif pour un asservi dont il n'a cure ?

Bonté céleste ! Anakha doit souffrir de ces changements. Elle qui ne connaît que trop la douleur de ses ailes, absorbées ou projetées. Ce n’est pas inné chez elle, mais depuis sa rencontre avec le roi des fées de son monde, elle peut le faire comme bon lui semble, à condition que ce ne soit pas une situation extrême incontrôlable.  Ses muscles se tendent, ses grands dorsaux, ses rhomboïdes, se rétractent, ses plumes frémissent sous sa peau. Prêtes à sortir contre son gré pour la première fois de sa vie.

Une larme bleue, pure glisse sur sa joue, non pour elle mais pour lui :
"Reviens-moi." *murmure-t-elle, ne s'attendant pas à ce que son cœur parle pour elle.*

Au sol, elle ne perd pas Anakha des yeux. Elle sait qu’il peut tenir tête au chef, et de loin, mais qu’en est-il des quatre terranides-loups restant ? Elle veut aider, mais le moindre geste doit être calculé. Tentant de se lever, elle s’appuie sur ses mains, mais ses épaules, endolories, fléchissent. Deux adversaires l’attrapent par les épaules, prêts à l’éloigner. Elle saisit sa dague angélique et la plaque contre son avant-bras gauche, jouant la docile, la vaincue, le temps de quelques pas.

La sang mêlé choisit de se révolter, non loin des deux titans, non pour envenimer, mais pour soutenir Anakha en lui faisant ressentir qu'elle est de retour dans le combat. Sa dague virevolte dans sa main, frappant le pancréas du premier, puis, en trois pas en diagonale, touche le cœur du second.

Les débris au sol commencent à tourbillonner : feuilles, brindilles, éclats de bois soulevés par une brise invisible, lourde de colère. Chaque pas de l'ange-fée laisse un sillage de vent qui hurle : "Attention, je ne suis plus seule."

Ses ailes finissent par sortir, déployées au maximum.

Chaque respiration est un effort, chaque battement de cœur un rappel que sa puissance pourrait tout balayer si elle perd le contrôle.

Le vent se resserre autour de ses poings, léger au départ, puis plus hargneux, infiltrant chaque fissure du sol, chaque branche brisée, chaque parcelle d’air. Les brindilles et feuilles tourbillonnent autour de ses pieds, puis remontent vers le ciel, comme si elles craignaient sa colère contenue. La terre vibre sous elle, le bruissement de ses plumes accentuant la tension.

Ses yeux clairs se posent un instant vers les duellistes.

Un souffle de rage parcourt la clairière. Les adversaires restant, qu'ils soient debout ou au sol, frémissent face à ce vent qui devient peu à peu un murmure menaçant. Deirdre sent chaque fragment de bois et chaque feuille suspendus par sa volonté, prêts à exploser.

Un frisson parcourt ce qui reste de la meute : l’air même frémit autour de la jeune femme, les branches, les feuilles, la poussière, comme si la nature elle-même se préparait à se retourner contre eux. Sa colère n’est plus silencieuse ; elle gronde dans chaque souffle, chaque mouvement, annonçant que quiconque oserait attaquer ferait face à une tempête vivante.

Anakha, au milieu de ce chaos naissant, peut comprendre enfin qu’il ne se bat pas seul. Deux monstres, chacun à leur manière, mais liés par une rage contrôlée, terminent de faire face à une meute qui n’a jamais affronté pareille puissance.

Les deux terranides-loups restants, malgré le frisson qui les parcourt, rassemblent leurs dernières forces. Le souffle de la meute les enchaîne à leur devoir : ils n’y voient pas une combattante redoutable, mais une esclave qu’il faut dompter, plaquer au sol, offrir en trophée à leur chef. Leur hésitation est palpable, mais leur avidité plus forte encore. Ils bondissent ensemble, l’un visant ses bras, l’autre ses jambes, sûrs de la réduire.

D’un battement de cils, Deirdre laisse son esprit se tendre. Un éclat argenté quitte le sol : son wakizashi, oublié au milieu des débris, se soulève dans un sifflement invisible et traverse l’air comme poussé par une main divine. La lame se loge dans la gorge du premier avant qu’il n’ait le temps de comprendre. Son corps s’effondre lourdement, inerte, sous le regard figé de son compagnon.

Sans attendre, l’ange-fée se redresse, ses ailes battant violemment pour la propulser à l’écart du duel d’Anakha. Chaque pas l’éloigne du titan et de son adversaire, mais aussi de sa propre peur de le blesser. Elle concentre sa colère, son souffle, son essence, vers le point brûlant de sa poitrine. À la naissance de ses seins, la tâche de naissance en forme de cœur s’illumine, irradiant une énergie bleutée.

Un cercle de vent se contracte, se resserre, jusqu’à former une sphère tourbillonnante. Le bruissement est assourdissant, comme un orage enfermé dans une prison trop étroite. D’un cri muet, elle relâche. La boule de vent concentré file droit sur le dernier terranide-loup, le percutant de plein fouet. Son hurlement est balayé par la rafale qui l’écrase, son corps projeté violemment contre un arbre, disloqué par la puissance brute.

Haleter, trembler, retenir encore la tempête… voilà tout ce qui reste à Deirdre. Mais désormais, elle le sait : il ne reste plus que le chef et Anakha, seuls au centre de la clairière.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le vendredi 22 août 2025, 12:21:58
Le murmure traversa le vacarme.
Une simple syllabe, à peine un souffle noyé dans le tumulte du duel et le fracas du vent :
 Reviens-moi.

Anakha la perçut. Pas avec ses oreilles déchirées par les rugissements, mais avec tout son être. Cette voix-là se fraya un chemin jusque dans la tempête qui ravageait ses veines. Ses yeux fauves roulèrent un instant vers Deirdre. Elle n’était plus prisonnière. Ses ailes, grandes, étendues, faisaient claquer l’air. Ses cheveux fouettaient dans le vent qu’elle commandait. Elle se tenait là, haletante, le visage marqué, mais vivante. Et ses prunelles claires étaient tournées vers lui, pleines de cette lueur qu’il ne comprenait pas mais qui l’ancrait plus sûrement que tout le reste.

Un hochement de tête infime.
Un signe.
Puis il replongea.

Son bond fracassa le sol, projetant terre et sang autour de lui. Le chef pivota, son katana sifflant comme une pluie d’éclairs. Les coups s’entrechoquèrent, griffes contre acier, dans un vacarme sec qui résonna dans toute la clairière. Anakha avançait toujours, corps monstrueux, muscles gonflés à craquer, ses griffes creusant l’air en gerbes sifflantes.

Le chef ripostait avec une furie égale. Chaque coup de sa lame fendait la poussière, chaque parade vibrait jusque dans le bras déformé d’Anakha. Ils échangeaient sans répit, leurs silhouettes se heurtant comme deux bêtes sauvages enfermées dans la même cage. Un pas. Un choc. Une entaille sur la peau d’Anakha. Une gerbe de sang sur l’épaule du chef. Des respirations haletantes, gutturales, le sol tremblant sous leurs appuis.

Puis, Anakha trouva l’ouverture.
D’un revers brutal, il crocheta la garde du katana, et son bras monstrueux jaillit. Ses doigts osseux, terminés en griffes, se refermèrent sur la gorge de l’Okami, l’écrasant contre un tronc dans un fracas de bois. Le chef cracha du sang, ses yeux s’écarquillant d’un mélange de rage et de surprise.

Anakha ouvrit sa bouche.
Elle s’élargit, déformée, déchirant ses propres joues, révélant des crocs trop grands, trop nombreux. Il approcha sa mâchoire de la tête du chef, prêt à la broyer d’un seul coup, à arracher son crâne comme un loup abat sa proie.

Alors, dans sa tête, ce fut un ouragan.

Tue-le. Mords. Arrache. Bois son sang. Fais-toi craindre. Fais-toi adorer.
La voix du monstre grondait, basse, implacable, charriant avec elle l’évidence d’un plaisir sanglant. Les crocs tremblaient d’envie. Sa gorge brûlait d’impatience. Chaque fibre de son corps hurlait pour qu’il morde, pour qu’il tue, pour qu’il goûte enfin au triomphe absolu.

Mais une autre voix se glissa dans le tumulte.
Douce, ténue, presque fragile — et pourtant plus lourde que tout le reste.

Reviens-moi.

Le souffle de Deirdre, son regard, cette larme bleue.
Elle ne l’appelait pas monstre. Elle ne le voyait pas bête. Elle le regardait comme un homme, même couvert de sang, même transformé.

Le doute se planta en lui comme une épine. Sa mâchoire claqua à quelques centimètres de la gorge offerte. Ses crocs effleurèrent la peau, mais il ne mordit pas. Le bras tremblait. Les veines saillaient. Il aurait suffi de céder. De lâcher prise.

Un instant, il pensa s’abandonner.
Ne serait-ce pas plus simple ? Finir l’Okami d’un coup, arracher, mordre, et ne plus lutter ?

Tue. Tue. Tue.
Reviens.

Un duel, aussi violent que celui qui agitait ses poings, se déroulait à l’intérieur de lui-même. Entre la bête et l’homme. Entre le sang et le souffle. Entre la rage et cette présence lumineuse qui refusait de le lâcher.

Il choisit.

Alors il hurla.
Un cri monstrueux, qui fendit le bois et glaça la meute.

Ses griffes s’enfoncèrent dans les côtes de l’Okami. Il le hissa comme une poupée de chair, le coinçant de tout son poids contre le tronc. Puis, dans un craquement atroce, il tira. La chair céda, les os craquèrent, et le corps se déchira en deux gerbes sanglantes. Dans le même temps, sa écrasait main saisissait la tête du chef et l’écrasait, ses doigts pénétrant le crâne jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une masse déformée.

Le silence retomba d’un coup, brisé seulement par le souffle rauque d’Anakha.

Il lâcha le corps.
Ou plutôt les morceaux.

Le sang ruisselait sur son torse, dégoulinait de ses griffes, gouttait de ses crocs. Son corps tremblait, ses mutations encore vives palpitaient sous sa peau. La meute, réduite à quelques survivants, se tenait figée, oreilles plaquées, incapables d’avancer ni de fuir. Le monstre venait de tuer leur chef comme on écrase un insecte.

Anakha respira encore, longuement. Ses griffes se rétractèrent lentement, ses os se remirent à craquer. Son bras reprit sa taille originelle, déchiré, sanglant, mais humain. Ses crocs disparurent, ses mâchoires redevenant celles d’un homme. La douleur l’envahit, déchirant chaque nerf, chaque fibre, mais il ne cria pas. Pas cette fois.

Il se tourna.

Deirdre.
Elle était debout, ailes encore déployées, ses yeux fixés sur lui. Elle n’avait pas fui. Elle ne s’était pas détournée. Elle était là.

Alors il marcha vers elle. Ses jambes flageolaient, ses poumons brûlaient, mais il marcha. Et lorsqu’il fut assez proche, il la prit dans ses bras.

Ce n’était pas une étreinte douce. C’était brut, maladroit, couvert de sang et de poussière. Mais il serra, fort, de toutes ses forces. Comme si elle seule pouvait empêcher ses os de s’écrouler. Comme si elle seule pouvait étouffer la bête qui grondait encore dans sa poitrine.

Son souffle tremblait contre son cou. Son torse secoué n’était pas seulement celui d’un guerrier épuisé : c’était celui d’un homme terrifié par ce qu’il venait de devenir.

Il ne parla pas. Il n’avait pas de mots. Seulement cette étreinte, désespérée, pour lui dire qu’il avait retenu ses crocs. Qu’il avait choisi autre chose que le monstre.

Qu’il l'avait choisi elle.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le vendredi 22 août 2025, 19:20:15
La clairière, éventrée par le sang et la rage, ne résonne plus que du souffle du vent. Le combat s’achève, mais la guerre intérieure demeure.

Deirdre se tient encore au cœur de sa tornade, les ailes déployées, son regard noyé d’un éclat trop vaste pour son frêle corps. Elle brûle de colère,  non plus contre ses ennemis, mais contre elle-même. Car si l’homme s’est brisé, s’il a laissé ce qu’il est réellement se déchaîner, n’est-ce pas pour elle ?

Alors, l’ange-fée le voit.

Anakha.

Ses os se remodèlent dans un vacarme de chair, ses griffes se résorbent, ses crocs se retirent dans l’ombre de sa mâchoire. La monstruosité cède place à l’homme, mais chaque seconde de cette métamorphose lui arrache une part de vie. Un désir presque instinctif de courir vers lui s’éveille en elle, mais la mercenaire sait qu’elle ne peut pas. La colère contenue qui a jailli n’est pas encore dissipée. Si la jeune femme cède, même un fragment, il pourrait être blessé par inadvertance. Une douleur serre son cœur, plus douce que la peur, mais tout aussi brûlante.

Le jeune homme avance vers elle, chaque pas un effort, chaque respiration un rappel de l’énergie qu’il déploie pour rester maître de lui-même. Les plumes irisées de ses ailes vibrent, éclats de lumière liquide qui reflètent son sang mêlé, angélique et féérique. Deirdre plie légèrement les ailes dans son dos, geste instinctif pour canaliser la tornade résiduelle. Ses doigts effleurent l’air, comme pour contenir ce qu’elle ne peut pas encore libérer.

Anakha… non. S’il te plaît.*souffle-t-elle presque pour elle-même, prière perdue au milieu des bourrasques.*

Il s’approche, lentement. Pourtant, la demi-ange sent déjà son souffle, chaud et irrégulier, mais elle ne recule pas. La semi-fée ne veut pas qu’il croie qu’elle craint sa force, ni qu’il doute de ce lien fragile mais tenace qui s’est tissé entre eux. Il marche vers elle comme on marche vers une étoile dans la nuit, chancelant, meurtri, et pourtant irrésistiblement attiré.

L'hybride veut le repousser pour ne pas l’abîmer, mais lorsqu’il la prend dans ses bras, tout s’effondre. La tornade s’évanouit, comme si son contact avait balayé la dernière barrière. L’étreinte est maladroite, brutale, saturée de sang et de poussière, mais pour elle, c’est un refuge. Ses muscles tendus se relâchent, ses défenses fondent comme neige au printemps. La jeune femme laisse sa tête tomber contre lui, et dans cette proximité, le chaos se tait.

Toutefois, la sang mêlé le sent trembler. Pas seulement de fatigue : ses spasmes portent l’écho d’une lutte intérieure, celle de l’homme contre le monstre. Et ce frisson, la commandante le connaît trop bien pour l’ignorer.

La guerrière relève enfin le visage, ses prunelles claires cherchant les siennes. Deirdre voit tout : la rage qui se retire, l’épuisement qui s’accroche, et la part d’humanité qui refuse de se perdre. Sa main gauche vient se poser sur sa joue, geste tendre qui tranche avec la brutalité du champ de bataille. Alors elle passe ses bras autour d’Anakha, ses ailes se refermant légèrement pour les englober tous les deux, bouclier doux contre la tempête de leurs vies.

Merci… Je te vois tel que tu es. Je…*Sa voix se brise un instant, mais reprend, plus claire, plus sincère.*Je serai ta lumière. Quoiqu’il arrive. Même si je ne connais pas encore tout de toi.

Dans cet écrin d’ailes et de sang, pour la première fois, elle ose se hisser sur la pointe des pieds. Ses lèvres rencontrent les siennes, un souffle, un serment silencieux. La tempête qui grondait autour d’eux s'est dissipée, remplacée par une chaleur qui n’appartient qu’à eux, un espace où la colère et la peur laissent place à la confiance et à la fragilité assumée.

Un instant suspendu dans l’éternité, où la nuit et l’aurore s’embrassent enfin.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le samedi 23 août 2025, 12:02:54
Le baiser le cueillit comme un coup, violent, inattendu.
Ses lèvres contre les siennes. Il n’avait pas prévu, pas imaginé. Ce n’était pas une morsure, pas une étreinte guerrière, mais quelque chose de plus doux, de plus fragile. Et pour lui, c’était plus terrifiant que le rugissement de la meute.

Un instant, son corps se figea, raide, incapable de comprendre. Le temps sembla s’arrêter : le fracas des branches, le goût du sang dans sa bouche, le martèlement du vent, tout disparut. Il n’y eut plus qu’elle. La chaleur de ses lèvres. La lumière de ses ailes, qui vibrait encore autour d’eux. La pression de son souffle.

Et alors, ça jaillit.
Pas la douleur, pas la colère, mais une autre brûlure. Plus ancienne. Plus instinctive. Ses veines s’embrasèrent, chaque fibre hurlant une réponse qu’il ne voulait pas donner. Sa main se crispa contre sa taille, trop fort, ses doigts marquant sa peau comme s’il allait la broyer. Sa poitrine écrasa la sienne dans un réflexe brutal, et sous le chaos du sang et de la poussière, son corps réagit, irrépressible. Une dureté implacable pulsa contre son ventre, comme un écho charnel à l’appel de ses lèvres. Le monstre en lui ne cherchait plus à tuer. Il voulait autre chose.

Un grondement monta de sa gorge. Pas un mot, pas une protestation. Un son guttural, mêlé de désir, de confusion, d’une peur qu’il n’aurait jamais cru pouvoir éprouver.
Il tremblait. Non plus de fatigue. De ça.

Ses lèvres répondirent malgré lui, une fraction de seconde, maladroites, rugueuses. Trop pressées. Trop brutes. Puis il se figea de nouveau, comme si son propre corps l’avait trahi. Son front vint heurter le sien, brutal, presque maladroit, un geste de recul et d’ancrage à la fois. Ses yeux se fermèrent. Son souffle haletant coulait sur son visage, chaud, désordonné, presque désespéré.

Il voulait plus.
Tout en lui criait pour plus. Ses mains tremblaient d’envie de parcourir sa peau. Ses doigts avaient effleuré la naissance de ses ailes, et la texture cristalline de ses plumes l’avait électrisé, comme si ses nerfs venaient de toucher un fil de lumière. L’odeur de son corps, entre sueur, sang et ce parfum trop pur, presque floral, l’emplissait et brouillait ses pensées. Sa mâchoire se serrait pour retenir ses crocs. Son bassin, déjà, cherchait à appuyer davantage ce contact. La bête, en lui, hurlait. Pas pour le combat. Pour elle.

Et son esprit, lui, reculait. Paniqué.
Il ne comprenait pas. Cette chaleur n’était pas rage. Pas haine. Pas violence. C’était autre chose. Quelque chose qu’il ne maîtrisait pas. Qu’il ne pouvait pas frapper, ni écraser, ni étouffer.
Et ça, c’était pire que tout.

Oh, il avait déjà fait l'expérience des corps. Oui, il en avait pris. Des femmes offertes ou conquises, dans des étreintes brèves, brutales, parfois arrachées à la hâte dans l’ombre d’un combat. Et chaque union avait laissé une trace. Un produit qu'il ne pouvait ignorer. Et qu'elles avaient toutes fuis. Jamais rien n’était sorti indemne de ce qu’il donnait. Et c’était cela qui lui glaçait les veines, plus que la peur de la bête : s’il cédait à Deirdre, si cette proximité devenait plus qu’un instant, alors il la marquerait, elle aussi. Il graverait dans sa chair et dans sa vie une conséquence dont il ignorait encore la forme, mais qu’il savait inévitable.
Et c’était insupportable.


Alors il resta immobile. Muet.
Ses bras la serraient trop fort, ses doigts tremblaient contre sa hanche, ses veines pulsaient de rage et de désir entremêlés. Le bruit du vent soulevait ses cheveux, ses plumes caressaient sa joue quand elles frémissaient, et chaque frisson était une torture. Son souffle saccadé disait sa panique, le tremblement de ses muscles disait son combat. Chaque fibre de lui voulait céder, chaque fibre de lui voulait fuir. Il n’avait plus de mots. Plus rien à donner que cette étreinte brutale et ce silence.

Ses yeux s’ouvrirent enfin, juste assez pour croiser les siens.
Il y vit ce qu’il redoutait.
Elle ne reculait pas. Elle ne le voyait pas bête. Elle ne le voyait pas monstre. Elle le regardait comme un homme.
Et ça l’effrayait plus encore que le reste.

Un souffle rauque glissa de ses lèvres, lourd, tremblant, mais sans mot. Sa mâchoire se serra, ses crocs se repliaient encore à demi dans ses gencives, douloureux rappel de ce qu’il était. Son front resta collé au sien, lourd, comme si ce contact était la seule chose qui le maintenait debout.

Il sentit sa propre pulsation cogner contre elle, brutale, désordonnée. Ses instincts hurlaient de l’arracher à lui, de s’enfuir dans les bois, de mordre pour ne pas céder à cette fragilité. Mais ses bras refusaient de la lâcher. Et quand ses ailes se refermèrent un instant autour d’eux, comme un voile, ce fut pire. La douceur, la chaleur, l’impression d’être enveloppé par quelque chose qu’il ne comprenait pas : il en trembla encore davantage.

Plus qu’au milieu de la meute.
Plus qu’au bord de la mort.
Anakha avait peur.

Pas d’elle.
Pas de ce qu’elle était.
De ce qu’il devenait à son contact.

Il ne dit rien.
Mais son corps parlait pour lui : tremblements incontrôlés, étreinte trop forte, souffle trop proche. L’animal réclamait, l’homme résistait, et entre les deux, un silence brut, tendu, saturé de tout ce qu’il ne pouvait pas dire.

Il se prépara à l’enlever de terre. Ses bras, lourds de sang et de tremblements, se contractèrent autour d’elle. Pas pour la posséder. Pas pour l’écraser. Pour l’emmener. Loin de la terre encore souillée, loin du bois saturé d’odeur de chair et de rage. Vers l’eau.

Oui. La fraîcheur de la rivière calmerait leurs fièvres, apaiserait les spasmes de ses veines et le tumulte de ses pensées. L’eau laverait la sueur et le sang, mais surtout la brûlure qui grondait encore dans leurs chairs. Elle les arracherait tous deux à la guerre, à la bête, au désir. Ne fût-ce qu’un instant.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le samedi 23 août 2025, 20:17:41
Le baiser auquel répond Anakha,  cueille Deirdre telle une vague électrisante, déferlant en elle, frissonnante, vibrante. Ses plumes irisées tressaillent timidement contre la peau du jeune homme comme des filaments de lumière. Le monde se dissout autour d’eux : le fracas des branches, le goût métallique du sang, le tumulte du vent, tout s’efface dans l’instant suspendu. Il n’y a plus que lui, elle, et ce lien fragile qui palpite entre leurs cœurs.

Un regret la serre. Pourquoi a-t-elle osé ce geste ? Ses lèvres ont cherché les siennes, déclenchant une chaleur qu’elle ne comprend pas entièrement. Elle lit dans ses yeux fauves l’étonnement, peut-être l’embarras, et son cœur se contracte. Elle a peut-être franchi une frontière qu’il n’était pas prêt à franchir, et cette pensée la fait reculer intérieurement. Mais alors, ses bras se resserrent maladroitement, avec la brutalité d’un guerrier qui protège, et la vague de doute se dissipe peu à peu.

Un souvenir surgit, fugace et moqueur, au milieu de ce chaos : "Oh bah alors, la grande commandante, la terreur des plaines a des sentiments et devient toute mignonne mais ne comprend pas ? Tu veux que ce bagarreur de Cyril t’explique hein chef ?" avait dit l’un des mercenaires assignés à sa protection, le sourire aux lèvres en ébouriffant ses cheveux. Ce souvenir léger et insolent fait sourire la guerrière  intérieurement, rappel cruel de sa propre maladresse et de ses émotions qu’elle n’ose pas toujours maîtriser.

Il la serre plus fort, maladroitement, et l‘ange-fée sent enfin la vérité dans sa force : il ne cherche pas à la submerger, il cherche à la tenir, à la protéger. Chaque tremblement, chaque soupir, chaque fibre de son corps parle à son cœur. Ses ailes frémissent, captant la lumière comme des éclats de cristal, et elle murmure à voix basse, presque pour elle-même : "Je suis là…"

Anakha hésite, tremble. La bête en lui gronde, rugit, mais il ne cède pas. Ses bras se resserrent encore, et d’un mouvement instinctif et pourtant attentif, il la soulève à bout de bras. La gravité s’efface sous eux, le sol disparaît. Le souffle de l’eau s’annonce, clair et vibrant, la rivière les attend. Chaque muscle d’Anakha, chaque tension retenue, chaque tremblement de ses mains, lui parle du combat intérieur qu’il mène encore. Deirdre sent le poids de sa fatigue, de sa rage contenue, et une étrange chaleur la traverse : il l’emporte pour la protéger du chaos, du sang versé, de la terre frappée de leurs colères.

L’eau les accueille avec un éclat pur, la cascade proche éclaboussant leurs visages et leurs bras. La fraîcheur mord sa peau et pourtant elle se sent enveloppée, protégée, portée dans une étreinte brutale, maladroite mais infiniment sûre. La rivière emporte la poussière, le sang, la peur et la violence, laissant derrière elle une clarté douce et fragile, où seule la chaleur partagée persiste.

Peu à peu, elle réabsorbe ses ailes.  Ce geste est à la fois un abandon de sa puissance et une offrande silencieuse : si elle est sa lumière, il est sa protection. Elle ne cherche plus à imposer sa force, mais à lui laisser la sienne intacte. Elle se tient là, suspendue, haletante, le cœur battant en rythme avec le sien, chaque souffle un pont fragile entre eux. 

Le courant caresse leurs pieds, les éclaboussures effleurent leurs visages, et chaque geste devient une danse lente entre deux cœurs hésitants ; la chaleur, le désir et la peur s'entremêlent. Le murmure de la cascade emplit leurs oreilles, et l’espace autour semble retenir son souffle : l’instant n’est ni défini ni clos.

Et dans cette suspension, dans ce silence vibrant, ils sont deux cœurs maladroits mais entiers, liés par la tempête qu’ils ont traversée, et par celle qu’ils apprennent à partager sans violence, seulement en confiance.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le dimanche 24 août 2025, 20:23:59
Le murmure de Deirdre s’imprima dans sa poitrine comme une brûlure douce.
Anakha, serrant son corps tremblant contre le sien, sentit ce souffle glisser dans ses veines avec autant de force que le sang qu’il peinait encore à contenir. Son bras, maladroit, se raffermit, non pas pour posséder, mais pour s’assurer qu’elle ne lui échappait pas.

Lorsqu’elle se lova contre lui dans l’eau, quand ses ailes se résorbèrent lentement dans son dos comme une offrande, il se surprit à retenir son souffle. Sa main s’anima d’elle-même, caressant sans violence mais avec une intensité sourde : la courbe ferme de sa hanche, la cambrure de ses reins, la douceur tendue de son dos. Sa paume remonta, hésitante, frôlant la chute de ses cheveux mouillés, puis redescendit comme pour s’ancrer à elle, pour s’assurer que tout ceci était bien réel.

Et plus il la sentait se détendre, plus son propre corps s’embrasait. Sa poitrine écrasait la sienne, et sous l’eau qui les enveloppait, il n’y avait plus de masque possible : sa virilité gonflée pressait contre elle, pulsait avec un désir qu’il ne contrôlait pas. Il serra les dents, rageur, comme si retenir son propre corps exigeait plus d’effort que de fendre une armée.

Les entailles de ses flancs, pourtant profondes quelques instants plus tôt, se refermaient déjà, comme si sa chair se souvenait mieux que lui de ce qu’était la survie. Mais aucune guérison n’apaisait la brûlure qui grondait en lui. Ses plaies disparaissaient, mais sa fièvre ne faisait que croître.

Ses lèvres trouvèrent son cou, non par calcul mais par instinct. Elles s’y posèrent d’abord comme une fuite, comme pour éviter ses yeux, puis se crispèrent en un baiser lourd, presque désespéré. Il inspira contre sa peau l’odeur mêlée de sueur, de fer et de ce parfum trop pur qui l’avait marqué dès leur première rencontre. Son souffle chaud caressa son épiderme, se mêlant aux éclaboussures fraîches de la cascade. Il resta là, une seconde, deux, trois… à goûter cette proximité interdite, à céder un peu trop, avant de relever la tête.

Et ses yeux rencontrèrent les siens.
Bleus. Clairs. Irréductibles.

Il y lut ce qu’il redoutait : la confiance. Non pas de la peur, non pas un recul, mais l’acceptation nue, offerte comme une lumière. Et c’est cela qui fit vaciller son monde.

Sa main suivit ses courbes à nouveau, avec une lenteur inconsciente, presque dévorante : la rondeur de sa fesse qu’il avait tenue pour la porter, la ligne ferme de son flanc, la cambrure de son dos où ses doigts tremblaient comme s’ils redoutaient d’aller plus loin. Chaque caresse en appelait une autre, chaque frisson de sa peau le déchirait plus sûrement qu’une griffe. Son corps la réclamait, dur et sans équivoque, pulsant contre elle avec une franchise animale.

Il aurait pu rester là, s’y perdre, céder enfin. Mais ce fut justement cela qui l’effraya.

Ses bras se desserrèrent, ses doigts glissèrent le long de sa peau comme s’ils s’arrachaient à une vérité trop brûlante. Son souffle haletant, rauque, effleura encore son visage quand il lâcha, d’une voix basse, presque étranglée :

Je ... Je devrais partir.

Il le pensait.
Il le voulait.
Il devait le faire avant ... Avant de lui infliger sa condition.
Et pourtant, chaque fibre de son être criait le contraire.

Alors il s’écarta. Un pas seulement, mais chaque centimètre qui se créait entre eux lui parut une déchirure. Comme si sa peau se déchirait à l’endroit précis où elle avait touché la sienne. L’eau glacée contre son torse remplaça la chaleur de son corps, et il en frissonna comme si on lui avait arraché la chair à vif. Ses veines pulsaient encore, ses plaies se fermaient toujours, mais cette distance, elle, saignait plus que n’importe quelle blessure.

Son regard, pourtant, se planta dans le sien, fauve, brûlant, déchiré.

Et dans ce regard, la vérité nue :
Si elle le retenait, ne serait-ce qu’un geste, une main sur son bras, un souffle contre sa bouche… il ne pourrait plus s’en aller. Il s’abîmerait en elle, tout entier, sans retour possible.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le dimanche 24 août 2025, 21:30:57
Deirdre frissonne à chaque frôlement des mains d’Anakha, à la lenteur presque instinctive de ses caresses. Ses lèvres effleurent son cou, respirent sa peau, et l’eau qui les enveloppe semble fondre sous la chaleur qui monte de son corps contre le sien. Chaque souffle qu’il laisse glisser sur elle, chaque mouvement imprévu, fait vibrer ses sens et tressaillir ses muscles comme des cordes tendues. Elle sent son désir, elle le devine, mais le doute persiste : est-ce vraiment lui, ou seulement l’élan irrésistible de ses instincts ?

Puis il se détache. Juste un peu, et l’espace entre eux devient une plaie vive. Son cœur se serre ; la sang mêlé voudrait bondir dans ses bras, combler le vide en un instant. Mais elle ne bouge pas. Une larme bleue cristalline solitaire roule sur sa joue, salée et chaude contre le froid de l’eau. Non pas pour elle mais pour lui quand sa voix étranglée se perd dans l’air humide.

Je ... Je devrais partir.

Alors, doucement, presque instinctivement, la demi-ange fredonne en énochien, ses mots flottant à la surface de la cascade, une mélodie fragile et intime : "…j’ai fait mon choix…". La résonance tremble, mais elle est claire, sincère, irrévocable.

Sans détacher son regard des yeux fauves d’Anakha, elle avance encore, tend la main et enserre la sienne avec fermeté. Son souffle se mêle au clapotis de l’eau, sa poitrine effleure son torse, mais elle reste droite, volontaire. La semi-fée ressent chaque tension dans ses muscles, chaque hésitation, et pourtant elle lui répond par sa présence entière.

Et dans un murmure qui emplit tout l’espace autour d’eux, porté par le courant et la cascade, elle dit, avec toute la force de son être :

"Ne pars pas !" pour finir avec plus de douceur : "S'il te plaît."

L'hybride presse doucement sa main contre la sienne, comme pour ancrer la promesse dans le monde réel. Un frisson parcourt ses doigts et remonte le long de son bras. Son regard ne le quitte pas, vibrant d’une chaleur contenue et d’une acceptation silencieuse.

L’eau clapote autour d’eux, mais ce petit contact devient un univers à part. La jeune femme sent l’odeur d’Anakha se mêler à l’air humide : un parfum de bois de cèdre, d’herbe fraîche, et quelque chose de sauvage, presque animal, rappelant la puissance et la présence de sa forme véritable. Ce mélange la fait frissonner, l'enracine et la souffle en même temps, éveillant en elle un désir à la fois doux et brut.

Dans ce silence suspendu, leurs souffles se croisent, leurs corps frôlent l’eau et l’air, et chaque micro-contact, chaque parfum, chaque vibration devient un langage à lui seul. L’instant est fragile, mais il est entier. Et dans ce lien silencieux, tout est dit : elle est là, elle le retient, elle ne le laissera pas partir.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le dimanche 24 août 2025, 22:54:17
Le "Ne pars pas" traversa Anakha comme une flèche.
Il voulut s’écarter encore, mais ses doigts, pris dans les siens, refusèrent d’obéir. Son souffle se bloqua, rauque, étranglé. Et il sut, dans ce battement de cœur-là, qu’il avait perdu. Elle chantait avoir fait son choix. Elle l’avait retenu. Et il n’y aurait plus d’échappatoire.

Alors il céda.

Il se pencha vers elle, brusquement, presque brutalement, mais ses lèvres trouvèrent les siennes dans un baiser qui n’avait plus rien d’hésitant. Fiévreux, dévorant, trop pressé. Il y mit tout ce qu’il retenait jusque-là : la peur, la rage, le désir, la douleur. Sa bouche s’écrasa sur la sienne avec une intensité brute, presque désespérée. Ses dents effleurèrent sa lèvre, son souffle chaud et saccadé se mêla au sien, et il haletait comme un animal qui a enfin rompu sa chaîne.

Sa main droite, son seul bras encore valide, s’anima d’elle-même, fiévreuse, avide. Elle glissa de leurs doigts liés à sa taille, s’ancrant sur sa hanche, puis l’attira tout contre lui avec une vigueur presque trop forte. Ses doigts, rugueux, marquèrent sa peau, et il la pressa contre lui, leur nudité écrasée l’une à l’autre, son torse ruisselant collé au sien. Son bras gauche, pendu, inutile, accentuait la rage de son autre geste : tout ce qu’il était, il le mettait dans cette étreinte unique.

Son bassin la chercha d’instinct. Sa virilité, gonflée à rompre, pulsa contre son ventre, brutale, impatiente. Il grogna, rauque, entre ses lèvres, comme s’il se débattait encore avec lui-même. Mais son corps le trahissait à chaque instant : il la voulait, d’une évidence implacable.

Son baiser glissa, haletant, le long de sa mâchoire, puis sur son cou. Sa bouche marqua sa gorge d’un baiser fiévreux, lourd, presque violent tant il tremblait de retenir ses crocs. Il resta là, une seconde, à respirer sa peau, à s’en emplir comme pour s’ancrer dans cette réalité. Sa main droite, tremblante, glissa de sa hanche à ses reins, à la cambrure de son dos, jusqu’à serrer sa fesse avec une fièvre incontrôlable. Chaque caresse était une confession : il ne partait plus.

Et pourtant, au milieu de ce chaos, les mots jaillirent.
Brisés. Haletants. Déchirés.

Tu es sûre…?

Sa bouche remonta à son oreille, y laissa un souffle brûlant.

Avec moi… ça pourrait être… bizarre.

Un rire amer, étranglé, faillit lui échapper. Bizarre… comme si ce mot suffisait à contenir la monstruosité qu’il portait en lui, ses os brisés qui se refermaient seuls, ses griffes qui avaient éventré un chef de meute quelques instants plus tôt, ses crocs qui avaient manqué de se planter dans une gorge.

Et pourtant, c’était tout ce qu’il avait trouvé à dire. Non pas pour la repousser. Non pas pour se plaindre. Mais pour l’avertir : il ne la voyait pas bizarre, elle. C’était lui, lui seul, qu’il redoutait.

Ses yeux fauves cherchèrent les siens, fiévreux, brûlants, comme s’il attendait qu’elle confirme, qu’elle tranche, qu’elle lui dise s’il avait le droit de continuer. Ses doigts, crispés sur sa chair, disaient déjà le contraire : s’il restait une seconde de plus, il s’abîmerait en elle. Tout entier.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le lundi 25 août 2025, 00:52:40
Oui, Deirdre a retenu Anakha. Peut-être égoïstement, car elle ne sait pas vraiment s’il aurait cédé à sa demande. Mais quand ses lèvres s’abattent sur les siennes dans un baiser ardent, fiévreux, sans retenue, elle n’a plus de doute : c’est une réponse. Sa réponse.

La demi-fée l’accueille aussitôt. Sa main libre glisse avec délicatesse sur sa nuque, ses doigts se perdant dans ses mèches sombres pour ancrer ce contact. Ses paupières se ferment, et elle se laisse consumer par l’embrasement de ce baiser. Le souffle d’Anakha se mêle au sien, saccadé, rauque, animal, et pourtant empli d’une douleur brûlante. Lui, comme une chaîne rompue ; elle, comme un cœur qui vient de comprendre ce qu’il cherchait.

Quand la poigne du guerrier quitte sa main pour se poser sur sa hanche, un frisson violent lui traverse l’échine, plus intense que tous les précédents. Ses doigts rugueux marquent sa peau, et cette rugosité, loin de la rebuter, la rassure : c’est bien lui. Sa force brute, son corps vibrant, sa présence entière. Pressée contre lui avec une vigueur presque désespérée, elle ne ressent plus que le soulagement de combler un manque qui s’était déjà creusé en elle.

Sans rouvrir les yeux, sa main quitte la nuque d’Anakha pour descendre lentement jusqu’à son bras pendu, inerte. Pour elle, ce n’est pas parce qu’un membre est brisé qu’il ne vit pas encore, qu’il n’existe pas. Elle le touche, comme pour lui rappeler qu’il est tout entier à ses yeux, et non mutilé.

Leurs bassins se cherchent, se frôlent, et une onde fulgurante la traverse, brutale et douce à la fois. Un courant électrique qui se propage jusque dans son ventre, la faisant se cambrer légèrement contre lui.

Les lèvres d’Anakha quittent les siennes pour glisser sur sa mâchoire. Alors, ses yeux se rouvrent à demi, troublés, tandis que ses doigts s’agrippent plus fort à sa nuque. Sa bouche brûlante marque sa gorge de baisers fiévreux, et elle croit presque sentir la pointe de crocs qui menacent de percer sa peau. Chaque caresse de ses lèvres, chaque souffle haletant, développe en elle une myriade de sensations : un peu de crainte, celle de l’inexpérience ; une envie croissante, ardente, qui dépasse la fraîcheur de l’eau où ils se tiennent.

Quand sa main, fébrile, quitte sa hanche pour suivre la courbe de ses reins et s’ancrer à sa fesse, un gémissement lui échappe presque malgré elle. Elle se mordille la lèvre pour l’étouffer, surprise par la puissance de ce désir qu’elle découvre.

Et soudain, la voix d’Anakha se brise dans l’air lourd de leur proximité :

Tu es sûre…?

Les mots la frappent de plein fouet. Ses yeux plongent dans les siens, fauves, brûlants, emplis d’une détresse qu’il n’ose avouer. Elle ne détourne pas le regard. Sa voix, douce et ferme à la fois, s’élève pour briser ses doutes :

"Oui."

Un frisson secoue son dos quand le souffle brûlant d’Anakha vient mourir contre son oreille. Elle resserre instinctivement ses bras autour de sa nuque, craignant qu’il s’échappe malgré tout.

Avec moi… ça pourrait être… bizarre.

Bizarre. Le mot résonne, presque ironique, dans ce contexte. Croire qu’elle pourrait redouter cela ? Elle, qui a vu des anges aimer des lycans, des démons s’unir à des elfes, une liche se lier à un humain… Le monde n’est jamais simple, ni blanc, ni noir. Pourquoi devrait-il l’être pour eux ?

Alors ses yeux bleus brillent d’une intensité paisible, indomptable. Sa réponse tombe, limpide, comme une promesse :

"Lumière et ombre. Épée et bouclier. Je t’ai vu."

Et pour qu’il comprenne au-delà des mots, elle se hisse sur la pointe des pieds, ses mains serrées à sa nuque, et elle vient cueillir à nouveau sa bouche. Son baiser se fait certitude : elle n’a pas peur. Pas de lui.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le lundi 25 août 2025, 08:49:36
Anakha céda.

Le dernier rempart de sa volonté se brisa, et dans ce fracas intérieur, il n’y eut plus ni peur, ni mots, seulement elle. Sa bouche retrouva la sienne avec une ardeur dévorante, ses lèvres pressées, fiévreuses, maladroites et passionnées à la fois. Leurs souffles se mêlèrent, lourds, rauques, comme deux flammes qui se nourrissaient l’une de l’autre. Ses doigts, crispés à sa hanche, l’attiraient à lui comme si la moindre distance était une blessure insupportable.

Puis il rompit ce baiser pour descendre, comme happé par un instinct trop puissant pour être contenu. Ses lèvres glissèrent sur sa mâchoire, la mordillant à peine, puis suivirent le tracé gracile de son cou. Là, il s’attarda, embrassant, goûtant, marquant sa peau de son souffle brûlant. Chaque baiser vibrait d’une urgence retenue, chaque effleurement de ses dents effrayé et avide à la fois.

Il continua, plus bas, ses lèvres dessinant une route ardente jusqu’à ses clavicules, embrassant la pointe de ses épaules, puis s’écrasant contre la rondeur palpitante de sa poitrine. Sa bouche s’y perdit, d’abord hésitante, puis avide. Sa langue suivit les courbes, ses dents effleurèrent avec une brutalité maladroite qu’il apaisa aussitôt de sa chaleur humide. Ses grognements rauques résonnaient contre sa peau, chaque vibration se répercutant jusque dans ses entrailles.

Sa main valide s’anima à son tour, caressant son flanc, remontant le long de son dos, avant de descendre à nouveau, lentement, comme pour épouser chacune de ses lignes. Ses doigts glissèrent vers la cambrure de ses reins, puis plus bas, épousant la rondeur ferme de sa fesse. Il la pressa contre lui, marquant sa peau de sa paume rugueuse, comme pour graver en elle la certitude qu’elle était sienne. Sa virilité, déjà dure et brûlante, effleurait les cuisses de sa belle, pulsant d’un désir qu’il ne cherchait plus à dissimuler.

Mais il ne s’arrêta pas là.

Toujours courbé sur elle, il la guida doucement jusqu’à ce que son dos effleure une pierre plate à fleur d’eau. Ses cheveux sombres, trempés, s’étalèrent autour d’elle comme une couronne sauvage. Lui, penché au-dessus, haletant, ses mèches dégoulinantes collaient à son front, ses yeux fauves brûlant d’une fièvre qui ne faisait plus de place au doute.

Il reprit son chemin. Sa bouche embrassa à nouveau sa poitrine, puis descendit lentement, jalousement, marquant chaque parcelle de peau de son passage. Son torse se pressait contre le ventre de l'ange, lourd, chaque respiration les mêlant davantage, jusqu’à ce qu’il poursuive, franchissant son ventre, y déposant des baisers tremblés, fiévreux. Sa langue suivait parfois, goûtant les éclaboussures mêlées à la chaleur de sa chair.

Sa main, elle, descendit aussi, quittant sa fesse pour caresser sa cuisse. Il la parcourut avec lenteur, ses doigts rugueux effleurant la peau lisse, puis pressant plus fort, comme s’il voulait s’assurer de sa force, de sa réalité. Ses doigts se refermèrent sur l’intérieur de sa cuisse, serrant, relâchant, la caressant du bout des phalanges avec une sensualité brutale, presque animale.

Chaque caresse appelait un baiser plus bas. Ses lèvres quittèrent son ventre pour glisser vers le creux de ses hanches, ses dents effleurant sa peau tendue, la mordillant doucement avant de l’apaiser d’un souffle chaud. Il descendait encore, ses épaules écartant doucement ses cuisses, son souffle lourd caressant l’intérieur de ses jambes qu’il couvrait de baisers ardents.

Il s’arrêta un instant, la tête posée contre son bas-ventre, tremblant, le souffle court. Ses doigts, toujours crispés sur sa chair, vibraient d’envie et de peur mêlées. Son corps entier brûlait d’elle, et pourtant il hésitait encore. Pas sur son désir, pas sur son besoin, mais sur ce qu’il était, lui. Ses lèvres, à quelques centimètres de l’endroit qu’elles réclamaient, frémissaient, retenues par une pudeur qu’il ne connaissait pas, par la terreur de la blesser en se donnant tout entier.

Alors il resserra sa prise, caressant encore ses cuisses et ses fesses, son souffle brûlant se répandant sur sa peau tendre, ses lèvres effleurant son bas-ventre d’un baiser fiévreux, pas encore aussi intime qu'il le désirait, ultime point d'interrogation avant de la goûter tout entière. Il ne dit rien, pas un mot. Mais son corps parlait pour lui, criant son abandon, sa soif, et cette prière muette qu’elle l’accepte comme il était : brutal, fiévreux, maladroit, mais tout entier à elle.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le lundi 25 août 2025, 11:04:47
Deirdre sent sa volonté chavirer sous la force d’Anakha. Son baiser, si brusque, si ardent, consume toute hésitation. Elle répond avec la même ardeur, sa main fine se resserrant contre sa nuque, ses lèvres s’ouvrant aux siennes comme si elle avait attendu ce moment toute sa vie. Son cœur bat à tout rompre, ses poumons se gonflent d’un souffle mêlé au sien, lourd, rauque, incandescent. Chaque vibration, chaque frémissement, chaque morsure effleure ses nerfs à vif. Elle se sent prise, enveloppée, happée par lui — et elle l’accueille.

Quand ses lèvres quittent les siennes pour descendre le long de sa mâchoire, la sang mêlé frissonne, surprise de la brutalité maladroite de ses dents, aussitôt apaisée par la chaleur brûlante de son souffle. Sa peau s’embrase sous ses baisers, une traînée de feu qu’il laisse sur sa gorge, ses clavicules, sa poitrine qu’il dévore presque, haletant, fiévreux. Elle se cambre, ses mains s’ancrant plus fort à sa nuque et à ses épaules comme pour s’assurer qu’il ne la quitte pas.

Un gémissement léger lui échappe lorsque sa main rugueuse glisse sur son dos, ses reins, puis s’empare de sa fesse avec une fièvre brute. L'hybride se serre à lui, sentant contre son ventre la preuve brûlante de son désir, si pressant qu’elle en tremble. Une part d’elle en est troublée, encore inexpérimentée, mais une autre se laisse emporter, accueillant ce courant électrique qui la traverse de part en part.

Alors qu’il la guide jusqu’à la pierre plate, qu’il la couche contre cette surface ruisselante où ses cheveux s’étalent comme une auréole sombre, Deirdre sent la brûlure de ses yeux fauves sur elle. Sa poitrine se soulève violemment, son souffle court et saccadé ne suffit plus à apaiser la tempête qui la consume.

C’est à ce moment-là qu’un battement d’ailes fend le ciel des Contrées du Chaos. Un oiseau blanc, irréel, traverse la brume sombre au-dessus d’eux. Dans son vol, il perd une longue plume immaculée qui tourbillonne dans l’air, emportée par les courants capricieux. Elle glisse, valse, avant d’être happée au loin par les eaux et les rochers. L'ange-fée la voit sans détourner vraiment les yeux d’Anakha : ce signe fugace, si pur au milieu du chaos, s’imprime dans son âme comme une promesse silencieuse.

Lorsqu’il descend à nouveau, sa bouche couvrant son ventre de baisers tremblés, Deirdre ne songe plus qu’à l’instant. Ses doigts s’accrochent à ses épaules, ses cuisses frémissent sous ses caresses rugueuses, ses reins se cambent quand son souffle ardent embrase l’intérieur de ses jambes. Elle mord sa lèvre, sa gorge laisse échapper un soupir plus fort. Tout son corps lui crie de l’accueillir, de se donner, de ne pas reculer.

Quand Anakha s’arrête, tremblant, ses lèvres frôlant son bas-ventre dans une hésitation poignante, Deirdre sait. Elle le sent. Alors, dans ce moment suspendu, elle glisse une main contre sa joue, douce et ferme à la fois, pour l’obliger à relever les yeux vers elle. Sa voix, brisée par l’émotion, s’élève, claire, sans peur :

"Prends-moi."

Et dans son regard, il n’y a ni doute, ni naïveté. Il n’y a que certitude. Elle a vu sa fureur, ses crocs, sa brutalité. Elle a vu sa peur, son tremblement. Elle choisit tout, absolument tout de lui.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le mardi 26 août 2025, 12:30:00

Aux mots de Deirdre, Anakha s’abandonna.

Sa bouche embrasa son bas-ventre de baisers ardents, fiévreux, désordonnés. Sa langue s’y perdit, brutale parfois, maladroite souvent, mais toujours dévorante, chaque mouvement criant son besoin d’elle. Ses grognements rauques vibraient contre sa chair, résonnaient dans ses reins, transformant chaque effleurement en un appel viscéral.

Sa main valide, seule encore pour la retenir, caressait sa cuisse avec une ferveur douloureuse. Ses doigts s’y agrippaient, pressaient, relâchaient, reprenaient, comme s’il cherchait à la posséder par ce seul contact. Sa paume rugueuse suivait la courbe tendre de sa jambe, remontait jusqu’à la rondeur de sa fesse, puis s'enroulant autour de la cuisse venait caressait à plat le mont de tous les plaisir, les doigts se perdant dans la forêt bleutée de Deirdre, avant de venir effleurer la perle de sa féminité, la rouler délicatement entre deux doigts, tandis que sa langue explorait ses profondeurs avec avidité. Mais il manquait de force, il manquait d’équilibre. Son autre bras pendait, inutile, presque mort, et cette impuissance lui arrachait des grondements plus sombres encore.

Alors il redoubla d’ardeur. Sa langue se fit plus pressante, ses lèvres plus avides. Il la couvrait de baisers humides, chaque succion lourde d’un désir qui dévorait tout. Il ne cherchait plus à se contenir, il l’adorait, il se perdait en elle, il se consumait. Chaque frémissement de son corps sous ses lèvres nourrissait sa rage et sa tendresse, chaque soupir arraché l’enfonçait plus loin encore dans son abandon.

Et soudain, ce fut comme une déflagration.

Sa poitrine se contracta, son souffle se bloqua, et un craquement sourd secoua son épaule. Son bras mutilé, inerte depuis trop longtemps, vibra sous sa peau. Les veines se gonflèrent, les tendons se tendirent, ses muscles se reformèrent dans une douleur fulgurante qui lui arracha un rugissement. Les os craquèrent, se soudèrent, sa chair se referma dans un vacarme intérieur. Ses doigts tremblants s’ouvrirent, hésitants, puis saisirent enfin la cuisse de Deirdre. Entièrement. Fermement. Comme si son corps s’était lui-même rebellé contre la mutilation pour répondre à son désir.

Sa main enfin reformée glissa de sa cuisse à son flanc, de son flanc à son sein, l'englobant de force et de douceur.

Il se redressa. Sa bouche quitta son bas-ventre dans un baiser humide, haletant, pour remonter fiévreusement le long de son ventre, de sa poitrine, de son cou. Chaque parcelle fut marquée de ses lèvres, mordue, goûtée, adorée. Ses mains, désormais deux, encadraient son corps avec une force nouvelle. La gauche, encore tremblante mais déjà ferme, soutenait son dos, ses reins, sa taille, comme pour lui rappeler qu’il était redevenu entier. La droite glissait sur sa hanche, son flanc, sa poitrine qu’il caressait avec une brutalité passionnée.

Ses lèvres retrouvèrent les siennes dans un baiser féroce, brûlant, où tout son corps s’exprima : son désir, sa peur, sa gratitude, sa rage, son abandon. Il la serra contre lui comme s’il voulait la briser et la protéger à la fois, ses doigts s’égarant dans ses cheveux, sur sa nuque, sur la courbe de son dos.

Puis il se redressa. Doucement mais avec une fièvre irrépressible, il s'aligna entre ses cuisses, ses hanches cherchant les siennes avec une urgence brutale, sa virilité effleurant l'antre de leurs plaisirs. Son souffle haletant s’écrasa contre sa bouche, ses yeux fauves brûlant d’une fièvre animale, et son corps entier vibrait de cette tension trop longtemps contenue.

Il la caressa partout, sans retenue : ses mains puissantes enserrèrent ses cuisses, les soulevèrent pour les écarter, ses doigts pressant sa peau comme pour graver chaque courbe dans sa mémoire. Ses paumes parcouraient ses flancs, ses seins, ses épaules, chaque mouvement maladroit et tendre à la fois. Sa bouche, haletante, couvrit la sienne encore, puis se perdit à sa gorge, à ses clavicules, mordant et apaisant tour à tour.

Et enfin, il céda tout à fait.

Il s’enfonça en elle d’un seul mouvement, puissant, brutal et passionné. Un rugissement rauque s’arracha de sa gorge au même instant, ses doigts se crispant contre ses cuisses pour la retenir contre lui. Ses hanches cognèrent les siennes avec une force qui disait tout ce qu’il avait contenu : sa rage, son désir, son besoin.

Mais aussitôt, il se figea. Ses yeux brûlants cherchèrent les siens, incertains. Ses mains continuaient de parcourir son corps, apaisantes, fiévreuses, comme pour l’ancrer dans le plaisir ou calmer la douleur. Il attendait, suspendu à son souffle, à sa réaction.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le mardi 26 août 2025, 21:03:10
La chaleur d’Anakha la submerge comme une marée. Ses baisers, épars puis insistants, allument des braises sur sa peau ; ses mordillements à la courbe du cou, au bord de l’épaule, la font frissonner d’un plaisir qu’elle ne savait pas possible. Ses mains rudes glissent, hésitent, reviennent — fièvre animale sous une tendresse maladroite — et chaque caresse dépose un vertige. Deirdre ferme les yeux, s’abandonne à cette ardeur qui la gagne par vagues, le souffle court, la nuque offerte. Sans aucune peur lorsque les grondements de plus en plus sombres du jeune homme se font entendre. La sang mêlé les accueille avec toute la bienveillance due à sa nature.

C’est alors que la jeune femme  sent la différence : la main d’Anakha, celle qu’elle croyait perdue, se referme sur elle. Plus tremblante, plus fébrile, mais réelle. Deux bras l’enlacent enfin, l’encerclent tout entière. Elle se sent enveloppée, capturée, mais aussi protégée d’une façon qu’elle n’avait jamais connue.  La différence est vertigineuse. Son cœur bat à tout rompre, ses frissons se mêlent à la chaleur ardente de son amant, et une vague d’émotion la traverse à cette prise nouvelle. Un soupir lui échappe, traversé de fièvre.

Lorsqu’il s’enfonce puissamment, fougueusement en elle, la douleur éclate. Brutale. Implacable. Un gémissement lui échappe, mêlé de surprise et de plaisir heurté. Son dos se cambre, ses mains se crispent contre les reins du guerrier, ses doigts s'ancrent dans sa chair avec une force désespérée. L’ange-fée ne le repousse pas. Non… elle le retient, le presse contre elle comme si elle craignait qu’il s’arrête, qu’il la laisse vide de cette brûlure qu’elle découvre à peine.

La douleur se mêle à la chaleur, se fond en un brasier étrange qui l’apaise et la consume tout à la fois. Elle le sent, partout en elle, et son corps, malgré elle, commence à lui répondre.

Alors, malgré la brûlure de ce premier instant, son corps cède à un réflexe incontrôlé. Son bassin ondule une seule fois contre lui. Timide. Maladroit. Mais son âme, son corps, son cœur, tout en elle, clame déjà cette union qu’elle n’avait jamais osé imaginer.. Un nouveau souffle tremblant de plaisir s’arrache de ses lèvres.

Et Deirdre comprend, dans la chaleur de cet instant, qu’il ne demande pas seulement son corps : il l’appelle toute entière.

Une sensation la traverse soudain, inattendue : comme si un souffle brûlant effleurait son visage. Deirdre rouvre les yeux. Ses prunelles céruléennes, fendues d’un éclat vertical, se plongent dans celles d’Anakha et s’y perdent aussitôt. Tout ce qui la consume s’y déverse sans un mot : la fièvre, la crainte, l’émerveillement. Elle répond au feu par le feu, au sauvage par l’élan du cœur — muette, mais toute entière.

Ce qu’elle s’était toujours refusée à nommer trouve un écho dans ce regard, et c’est à lui seul qu’elle ose l’avouer. Ses doigts se crispent plus fort au creux de ses reins, serment silencieux qu’elle ne le laissera pas s’éloigner. La lueur ardente de ses yeux et l’appel instinctif de son corps ne disent qu’une chose : qu’il la garde, encore, toujours.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le mercredi 27 août 2025, 09:46:11
Anakha s’enfonçait déjà en elle, puissamment, sans retenue. Son souffle rauque se mêlait au sien, chaque poussée lui arrachant un grognement guttural, comme si, à chaque coup de reins, il se perdait un peu plus. Ses hanches claquaient contre les siennes, régulières, brutales mais étrangement précises, guidées par un instinct plus sûr que toutes ses réflexions.

Toutes ses sensations étaient d'une intensité inédite : ses gémissements mêlés au clapotis de l’eau, l’odeur entêtante de son désir, le goût sucré de sa peau, les reflets lunaires qui enveloppaient leurs corps d’un voile irréel. Et surtout, cette étreinte brûlante, cette moiteur qui l’avalait, si serrée qu’il eut un instant la sensation de ne plus savoir où il finissait, où elle commençait.

Il se pencha, ses lèvres retrouvant sa gorge qu’il mordilla à peine avant de l’apaiser d’un souffle brûlant. Sa bouche descendit jusqu’à sa poitrine, embrassant, dévorant chaque parcelle offerte avec une ardeur fiévreuse. Ses grognements vibraient contre elle, chaque morsure maladroite effacée aussitôt par la chaleur humide de sa langue.

Ses mains accompagnaient ce tumulte. L’une soutenait sa cuisse, la hissant plus haut pour s’ancrer plus profondément encore en elle ; l’autre pétrissait sa hanche, son dos, sa fesse, la ramenant sans cesse contre lui. Sa force brute ne cherchait pas à la briser mais à la garder, à l’engloutir tout entière, comme si lâcher prise une seule seconde signifiait la perdre.

Et son corps parlait. Instinctif. Animal.
Chaque poussée de ses hanches n’était jamais identique : sa verge se pliait, vrillait, se décalait comme un muscle indépendant, cherchant sans qu’il en ait conscience. Parfois elle frappait profond, lourdement, jusqu’à heurter un seuil où ivresse et douleur se confondaient ; parfois elle tournoyait contre ses parois intimes, frottant exactement là où les sensations convergeaient. Anakha n’en savait rien. Il ne percevait que ses propres tremblements, la moiteur qui l’avalait, les contractions brûlantes qui resserraient encore son étreinte à chaque coup de reins. Mais son corps, lui, racontait autre chose : une précision instinctive, une manière de l’atteindre toujours plus juste, de tourner autour de son centre le plus sensible, comme si sa chair avait appris à la rendre folle avant même qu’il y pense.

Et lui, en elle, se consumait.
Chaque contraction, chaque frisson qui secouait son ventre, il les sentait sur son membre tendu comme des ondes qui l’aspiraient plus profondément encore. Chaque gémissement, chaque souffle brisé, venait frapper ses nerfs comme un ordre muet : continue. Prends. Donne-toi.

Ses mains glissèrent encore, retrouvant ses fesses pour les écarter, élevant ses cuisses pour plonger plus profondément, puis remontant jusqu’à ses côtes qu’il serra trop fort avant de les relâcher, oscillant entre brutalité et peur de la briser. Son visage se perdit à nouveau contre sa gorge, laissant des baisers fiévreux, des morsures retenues, son souffle rauque emplissant son oreille comme une confession animale.

Ses yeux, pourtant, quand il les releva un instant, brillaient d’une fièvre nouvelle. Ce n’était plus seulement du désir. C’était autre chose, qu’il n’avait jamais osé laisser passer jusque-là. Une force qui le terrifiait plus encore que la bête en lui. Il n’y mit pas de mots, incapable. Mais ses coups de reins, ses caresses, la fièvre de ses baisers hurlaient cette vérité à sa place :

Il ne cherchait plus seulement à la posséder.
Il s’abîmait en elle. Tout entier.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le mercredi 27 août 2025, 14:19:04
Chaque poussée la brise et la consume à la fois. La brutalité contenue d’Anakha la submerge, chaque coup de reins l’arrache au sol qu’elle croyait tenir. La douleur s’entrelace au plaisir, un vertige âpre et brûlant qu’elle ne savait pas pouvoir supporter, et pourtant son corps réclame, encore et encore. Ses gémissements se mêlent aux siens, ses frissons se font ondes, et l’étreinte serrée de son amant la happe tout entière. Elle n’est plus qu’un cri muet, une vibration tendue entre ses bras.

Chaque mouvement d’Anakha la surprend — profondeur lourde, torsion imprévisible, fouille implacable — et Deirdre se découvre sans défense. Sa discipline, ses armures intérieures, ses années de retenue : tout se brise, fracassé par cette précision animale qui la trouve toujours, là où ses sensations convergent. Ses ongles s’enfoncent dans son dos, son souffle se brise contre son oreille, et un frisson irrépressible parcourt sa nuque.

Alors son corps répond. Non plus malgré elle, mais avec une ivresse nouvelle. Ses hanches esquissent un mouvement, timide d’abord, puis plus franc, cherchant l’unisson avec le rythme qui la consume.
L’hybride se cambre, se tend, se presse plus fort contre lui, comme si leur fusion imparfaite devait devenir totale. Son intimité se resserre sur lui, d’abord avec lenteur, puis plus fort, plus profond, comme si son corps avait trouvé un langage qu’elle n’avait jamais appris. Chaque contraction la fait trembler, l’arrache à sa retenue, la pousse plus loin encore sur une crête où la douleur se dissout en plaisir brûlant. La douleur s’efface dans la certitude qu’elle ne veut plus qu’il la lâche.

Et soudain, sans que la sang mêlé en ait conscience, l’air se soulève autour d’eux. Un souffle invisible, doux mais vibrant, vient caresser leurs corps fiévreux. Quelques feuilles mortes, endormies jusque-là, s’élancent dans une ronde silencieuse, comme guidées par une main invisible. L’élément répond, non à sa volonté, mais à son cœur mis à nu. Comme si le vent lui-même voulait les protéger, les cacher, les consacrer.

Dans ce tumulte de chair, de fièvre et de souffle, Deirdre, suspendue et haletante, sent un frisson supplémentaire : la sauvagerie d’Anakha. Son instinct animal perce à travers chaque coup de reins, chaque vibration de son corps, une fièvre silencieuse mais irrésistible qui la pousse à se fondre en lui. Le souffle brûlant, les grognements rauques, la morsure retenue sur sa peau : tout parle d’un désir primitif, intense, qui la happe et l’enserre.

Alors, presque malgré elle, une seconde ondulation timide de son bassin suit le mouvement du guerrier. Fragile, hésitante, mais instinctive. Ce geste discret ne rompt rien ; au contraire, il semble lui insuffler un souffle nouveau, un élan qui la pousse à se livrer davantage, à répondre à cette fièvre animale qui les embrase. Ce qu’elle fait. La jeune femme trouve et s’adapte peu à peu au rythme du bassin du jeune homme.

Ses doigts se crispent plus fort encore au creux de ses reins, comme pour l’ancrer à elle, silencieuse promesse qu’elle ne le laissera pas reculer. Ses prunelles fendues brillent d’un éclat sauvage et muet, et sans un mot, elle lui confie ce que son corps ne peut masquer : il est la clef, il est celui qui la fait basculer, celui à qui elle peut tout offrir, corps et âme.

Un frisson traverse son échine, ses lèvres s’entrouvrent dans un souffle tremblant, et malgré la tempête qui la consume, elle sent un feu primitif s’éveiller en elle, répondant à l’intensité animale de l’homme.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le mercredi 27 août 2025, 22:20:30
Chaque poussée la brisait et la consumait, mais Anakha ne ralentissait pas. Pas parce qu’il se perdait, mais parce que quelque chose en lui exigeait plus. Son plaisir restait suspendu, contenu derrière une barrière invisible qui l’empêchait d’exploser. Le monstre en lui grognait, réclamant davantage. Pas son propre déchaînement, non, mais celui de sa partenaire.

Ses coups de reins étaient implacables. Sa hampe, lourde, vibrante, fouillait, tournoyait, cognait comme pour forcer son corps à s’ouvrir, à céder, à couler. Chaque mouvement de son bassin était plus qu’un va-et-vient : une recherche fiévreuse, presque acharnée, pour trouver, frotter, appuyer là où ses sensations convergeaient. Et chaque torsion lui arrachait des contractions qu’il buvait comme une offrande, mais jamais assez. Il voulait qu’elle se brise, qu’elle ruisselle, qu’elle s’abandonne tout entière.

Ses mains, rugueuses, tenaient son corps fermement, comme pour l’empêcher de fuir. L’une pressait sa hanche, la ramenant contre lui à chaque coup, la marquant de ses doigts. L’autre suivit ses courbes, caressant son dos, sa taille, puis sa fesse, qu’il pétrit avec une fièvre brute. Ses doigts glissèrent plus bas, traçant la ligne intime de son sillon, jusqu’à frôler sa feuille de rose. Un effleurement d’abord, presque maladroit, mais chargé d’une sensualité sourde, comme si son corps cherchait, encore, un autre chemin pour la faire céder. La pulpe de son doigt la titilla doucement, hésitante, puis plus insistante, chaque frôlement ajoutant une brûlure neuve à celles qui la traversaient déjà.

Et il le sentit. L’air bougea autour d’eux. Des souffles invisibles vinrent caresser leur peau moite, soulevant ses cheveux, faisant frissonner les éclaboussures de la rivière sur leur chair. Les feuilles mortes, jusque-là figées au sol, se mirent à tournoyer en silence. Anakha grogna, le cœur battant : c’était sa magie. Pas appelée par la guerre, mais par ça. Par lui. Chaque gémissement de Deirdre, chaque spasme de son ventre appelait les vents eux-mêmes, comme une offrande de plus qu’il ne voulait pas lâcher.

Ses grognements rauques emplissaient son oreille, mais ses yeux fauves restaient fixés sur elle, guettant le moment exact où son corps basculerait. Ses dents frôlaient sa gorge, sa mâchoire vibrait de grondements retenus, et sa langue goûtait le sel de sa peau. Chaque contraction qu’il sentait en elle résonnait comme une étincelle qui l’attisait encore, mais il ne pouvait pas céder tant qu’elle n’avait pas fini.

Puis, dans un mouvement haletant, il l’attira doucement contre lui, l’allongeant sur le flanc. Son torse brûlant se colla à son dos, son souffle rauque envahit sa nuque, et son membre, déjà ancré en elle, s’y replongea dans un claquement humide qui fit vibrer l’air. En cuillère, il la maintenait contre lui, non pour l’emprisonner mais pour la garder, la couvrir, l’entourer de toute sa force. Chaque poussée se fit plus profonde encore, cognant contre ses parois les plus intimes, tournoyant contre son col, tandis que ses bras la serraient comme si elle risquait de disparaître.

Sa bouche se perdit à sa gorge, à son oreille, la mordillant, l'embrassant, la marquant de grognements rauques. Ses dents effleuraient sa peau sans la percer, comme si l’instinct du monstre ne cessait de lutter avec sa volonté de la protéger. Sa main sur sa poitrine se faisait plus insistante, ses doigts pinçant son téton durci, tirant légèrement avant de relâcher, dans un rythme qui répondait à ses coups de bassin. Et son autre main, libre à présent, glissa plus bas. Elle longea la ligne de son ventre, descendit avec une lenteur fiévreuse entre ses cuisses entrouvertes, jusqu’à trouver cette source de chaleur moite et palpitante.

Ses doigts de guerrier caressèrent son intimité sans finesse, mais avec une ferveur brûlante. Il la toucha d’abord timidement, puis plus franchement, son pouce cherchant, pressant, frottant sa perle d’Aphrodite avec la même brutalité contenue que ses coups de reins. Chaque va-et-vient de son bassin s’accompagnait d’une caresse circulaire, un rythme instinctif qui liait son sexe à ses doigts, pénétration et stimulation se répondant dans une cadence sauvage.

La sang mêlé pouvait sentir toute sa force concentrée là : dans son sexe tendu qui vrillait en elle, dans sa main qui pressait son bouton de plaisir, dans ses bras qui la maintenaient tout contre lui, dans ses grognements rauques qui vibraient contre son oreille. Tout son corps criait pour qu’elle cède, pour qu’elle se brise, pour qu’elle l’inonde enfin.

Et tout en elle vibrait sous lui. Ses tremblements, ses gémissements, ses contractions brûlantes lui disaient qu’il approchait, qu’elle n’était plus loin. Lui grognait, haletait, mais se retenait encore, enfermé dans cette attente féroce. Sa verge, gonflée, tordue, cognait sans cesse au même endroit, son bassin calant son rythme sur le sien, jusqu’à ce que la tempête éclate enfin.

Anakha n’avait pas besoin de mots. Son corps parlait pour lui.
Il ne jouirait pas avant elle. Il ne le pouvait pas.

Et dans cette position où il l’avait emprisonnée, pressée tout entière contre lui, mordue, caressée, pénétrée jusqu’au bout, son monstre et son homme vibraient à l’unisson dans une seule prière muette : qu’elle se brise enfin, qu’elle se livre, qu’elle l’inonde de tout ce qu’elle retenait encore.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le jeudi 28 août 2025, 00:28:07
Chaque poussée la brise et la consume, mais désormais Deirdre ne résiste plus. Son corps, suspendu entre douleur et extase, s’abandonne entièrement à la brutalité contenue d’Anakha. Lorsqu’il la tire contre lui pour la prendre sur le flanc, elle accueille ce changement avec un frisson qui la parcourt de la nuque jusqu’aux reins. Le contact de son torse brûlant contre son dos, la force de ses bras qui l’enserrent, la chaleur de son souffle rauque à sa nuque : tout cela l’ancre plus sûrement que n’importe quelle chaîne. Elle est sienne. Elle le sait, elle le veut, et sa main vient chercher son bras, le serrer, comme pour lui dire qu’il n’a plus à douter. Qu’il est son homme, son monstre, et qu’elle est bien à lui.

Puis sa main descend, explore, et trouve la source palpitante de son plaisir. Le premier effleurement la fait sursauter, haleter comme si une décharge électrique traversait son ventre. Mais lorsqu’il presse, frotte, tournoie contre son bouton de plaisir, chaque caresse liée au rythme implacable de ses reins, elle ne peut plus se contenir. Un gémissement rauque lui échappe, suivi d’un cri plus aigu, brisé, tandis que ses cuisses s’écartent d’elles-mêmes pour l’accueillir davantage. Son bassin se cambre, se tend, et ses contractions, brûlantes, s’enchaînent, incontrôlables, serrant sa virilité avec une force nouvelle. Elle tremble, elle gémit, elle se brise peu à peu dans ses bras.

L’air autour d’eux se soulève d’un seul coup. Le vent, déjà vibrant, se tord et s’amplifie, tournoyant en spirale furieuse. Les feuilles s’arrachent, les branches ploient, et bientôt c’est un cyclone qui naît, immense, déployant son envergure sur des centaines de mètres. Mais Deirdre n’en a pas conscience. Elle ne sent que le feu, la brûlure, la vague qui enfle en elle, alimentée par chaque coup de reins, chaque caresse de ce pouce qui la torture et la délivre tout à la fois.

Ses cris deviennent trop forts, trop sauvages. Dans un geste instinctif, presque animal, elle cherche à saisir la main d’Anakha, à l’attirer vers ses lèvres, à la mordre pour étouffer le cri qui monte. Mais elle n’est pas assez rapide. La vague la submerge avant qu’elle n’y parvienne. Sa bouche s’ouvre, et un cri doux, claire, déchirant, sauvage, éclate de sa gorge, porté par la tempête. Son corps se tend d’un seul arc, chaque muscle tremblant, ses spasmes s’enchaînant en une offrande brûlante qu’elle ne peut plus retenir.

Au même instant, le cyclone éclate. La brise devient tornade, la tornade devient cyclone. Trois cents mètres d’air en furie engloutissent la clairière dans un rugissement titanesque. Mais au cœur de son œil, Deirdre ne connaît que sa propre déflagration : son corps qui s’ouvre et se serre, ses jambes qui l’enserrent, son âme qui se livre, sans armure, sans discipline, offerte à lui seul.

Dans l’abandon, dans la brûlure, dans le cyclone, elle est sienne. Corps et cœur, vent et fièvre, tout en elle le crie sans un mot.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le jeudi 28 août 2025, 09:24:29
Le cri de Deirdre éclata, et le monde bascula.

Le cyclone rugit autour d’eux, furieux, colossal. Les arbres se pliaient, les branches s’arrachaient, les pierres elles-mêmes vibraient sous l’onde. Même au cœur de l’œil, là où ils s’étaient unis, l’air hurlait, chargé d’électricité et de puissance brute. Anakha, l’homme comme le monstre, en eut un instant la peur. Non pour lui, jamais, mais pour elle. La voir secouée, consumée, traversée par une force si démesurée lui glaça les veines autant qu’il l’embrasa.

Alors il la serra de toute sa force, son torse plaqué contre son dos, ses bras verrouillés autour d’elle. Pas pour la briser. Pour la couvrir, la protéger, pour faire barrage de son corps contre la fureur des éléments. Ses grognements rauques vibraient dans son oreille, et son bassin continuait d’entrer en elle, implacable, répondant à ses contractions par des coups de reins profonds, irrésistibles. Mais derrière la sauvagerie, il y avait cette peur nue : que le vent l’arrache, que le monde la dévore, qu’elle disparaisse dans la tempête qu’elle avait libérée.

Et puis, il céda. Son corps s’arc-bouta, son rugissement fendit l’air et se mêla au cyclone. Il jouit en elle avec une violence incontrôlable, vagues brûlantes qui jaillirent en pulsations sauvages, emplissant son ventre comme une lave en fusion. Chaque spasme l’arrachait à lui-même, chaque décharge le plongeait plus profond en elle, et malgré cela il la maintenait encore, bouclier de chair contre la tempête, comme si son propre plaisir devait céder la place à sa survie.

Il ne s’arrêta pas. Son sexe, gonflé, palpitant, resta bien ancré en elle. Même après l’orgasme, même après le rugissement, il ne défaillit pas. Son souffle rauque se calma peu à peu, mais sa virilité demeurait tendue, lourde, prisonnière de ses parois brûlantes. Et tandis que la tempête grondait encore, il la caressa. Sa main sur sa poitrine, douce malgré ses doigts rugueux. Son autre main, entre ses cuisses, qui s’était tue, mais qui revenait tracer des cercles lents et tendres sur son ventre, sur ses hanches, comme pour lui rappeler qu’il était encore là. Pas seulement pour la posséder. Pour la garder. Pour l’apaiser.

Ses lèvres cherchèrent sa tempe, puis sa joue, y déposant des baisers haletants, maladroits, mais étrangement tendres. Ses yeux fauves, mi-clos, fixaient son visage, guettant la moindre trace de douleur, le moindre signe qu’il allait trop loin.

Il resta ainsi, lové contre elle, la tenant toujours, l’abritant de son corps, sa hampe toujours enfouie en elle, vibrant encore malgré tout. Et dans ce cocon violent, il sut à peine penser. Les ravages du cyclone, les arbres déracinés, la terre éventrée : tout cela n’existait pas. Son monde s’était réduit à elle, à ce qu’elle venait de lui donner, à ce qui prenait racine dans le secret de ses chairs mêlées.

Puis, d’une voix basse, éraillée par l’effort et le souffle :

"Il pourrait… arriver des choses, sous peu… mais… c’est sans danger."

Il n’osa pas dire davantage. Comment l’avouer ? Comment lui confier que déjà, dans le secret de leurs corps, une étincelle s’était accrochée à elle ? Qu’une présence invisible, insatiable, avait commencé à croître, nourrie par ses flots et par son abandon ? Il n’en savait pas la forme, ni l’issue, seulement qu’elle boirait chacun de ses frissons, se repaîtrait de sa moiteur, l’attiserait sans répit. Plus elle coulerait, plus cela enflerait vite. Et s’il devait s’éloigner trop longtemps, hors de sa portée, cela ralentirait… mais jamais ne s’arrêterait.

Plus tard. Demain, il lui expliquerait. Mais à quoi bon briser cet instant...

Il la serra un peu plus fort, son front glissant contre son épaule. Son souffle tremblant vibrait encore, mais ses gestes s’étaient faits tendres, lents, comme si chaque caresse voulait la convaincre que, malgré le monstre, malgré la tempête, il resterait là.

Et dans cet instant suspendu, au milieu du chaos, il sut qu’il n’y aurait plus de retour en arrière.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le jeudi 28 août 2025, 11:32:16
Le cyclone rugit autour d’eux, furieux, colossal. Les arbres ploient, les pierres vibrent, la terre elle-même gémit sous l’onde. Mais Deirdre ne voit rien, ne sent rien de ce chaos. Tout son monde se réduit à Anakha : son torse brûlant plaqué contre son dos, ses bras verrouillés autour d’elle. Elle s’y abandonne sans la moindre peur, convaincue, au plus profond d’elle-même, qu’il est l’unique abri capable de la contenir. Son souffle court se mêle au sien, et son cœur affolé bat à l’unisson de ses assauts.

Quand son rugissement fend l’air et que son plaisir jaillit en elle, la jeune femme s’arc-boute, saisie par la même vague. Son ventre se tord de chaleur, ses reins se cambrent pour l’accueillir plus profondément encore. Elle gémit, crispée et offerte, et ses doigts remontent chercher son bras, sa nuque, comme pour l’ancrer à elle, pour qu’il ne s’éloigne jamais. Elle se sent emplie, comblée, achevée dans cet instant de fusion brûlante.

Mais même après, il ne la quitte pas. Son corps demeure lové au sien, son souffle encore rauque à son oreille… et surtout, sa virilité, dure et palpitante, reste bien ancrée dans ses profondeurs tremblantes. Chaque battement de son cœur, chaque spasme résiduel lui rappelle cette union, la prolonge au-delà de l’extase. L'hybride ne peut s’empêcher de frissonner à chaque vibration qui la traverse. Ses jambes, déjà fragiles, en tremblent plus fort encore, incapables de supporter la charge de ce qu’ils partagent.

Alors qu’il la caresse, ses mains passant de sa poitrine à son ventre puis à ses hanches, quelque chose change. La brutalité du monde alentour commence à se dissoudre. Le rugissement du cyclone faiblit, ses spirales se désagrègent, et les arbres cessent de ployer. Comme si la douceur qu’il lui offre, la tendresse mêlée à sa force, avait le pouvoir de calmer non seulement son corps, mais l’ouragan né de son âme.

Quand son front se pose contre son épaule, le dernier souffle de vent s’éteint… et soudain, il n’y a plus rien. Plus de fureur, plus de rugissement, seulement un silence profond, presque sacré, où le moindre de leurs souffles prend l’ampleur d’une prière. Le monde, lavé par la tempête, semble figé, suspendu autour d’eux. Tout se réduit à leurs corps encore liés, à la chaleur de sa main sur son ventre, à son torse collé contre son dos, de lui encore en elle, vibrant comme un feu qu’aucune étreinte ne saurait éteindre. 

Sous sa peau, ses ailes frémissent, prêtes à jaillir pour l’envelopper comme elles le font d’ordinaire lorsqu’elle sombre. Mais elles restent prisonnières. Car cette fois, ce sont ses bras à lui qui l’entourent, et son instinct reconnaît qu’elle n’a besoin de rien d’autre.

Quand ses lèvres cherchent sa tempe, sa joue, ses caresses hésitantes et maladroites font naître un sourire doux sur ses traits fatigués. Elle ferme les yeux, s’imprégnant de ce contraste presque irréel : la bête qui vient de la dévorer et l’homme qui maintenant la berce. Ses doigts serrent doucement sa main, comme pour lui dire qu’elle a compris, sans qu’un mot soit nécessaire.

Alors, quand sa voix rauque s’élève :
"Il pourrait… arriver des choses, sous peu… mais… c’est sans danger."

Deirdre entrouvre les yeux. Son souffle chaud effleure sa peau, et dans un murmure fragile, elle demande :
"Que veux-tu dire ?"

Mais aussitôt, les paupières s’alourdissent de l'ange-fée, et sa tête s’incline contre lui, effleurant son torse brûlant. Son corps est lourd de fatigue, chaque muscle encore vibrant de leur union, chaque souffle tremblant contre le sien. Elle ne cherche pas à le presser, ni à arracher une réponse : la chaleur résiduelle et le frisson de ses caresses parlent pour elle. Dans ce silence chargé de fièvre et de confiance, elle sait. Elle lui fait entièrement confiance. Il est son homme, son monstre, et rien d’autre n’a d’importance.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le jeudi 28 août 2025, 15:04:13
Son front resta appuyé contre le sien, lourd, comme si l’idée même de lever les yeux l’écrasait. Son souffle rauque emplissait encore l’air, mais ce n’était plus seulement la fièvre de leur étreinte : c’était le poids de ce qu’il devait dire. Il aurait préféré se taire, se perdre dans ses caresses, prolonger cet instant où tout semblait encore suspendu. Mais Deirdre avait posé la question. Et il savait qu’elle ne méritait pas un silence.

Il se retira lentement, haletant, son sexe vibrant encore, gonflé et douloureux d’avoir quitté la chaleur de ses profondeurs. Le manque lui arracha presque un grognement, mais il s’imposa ce vide, parce qu’il devait parler. Pourtant, il ne la lâcha pas : ses bras l’enserraient toujours, la gardaient contre lui comme s’il craignait qu’elle s’évanouisse s’il desserrait l’étreinte.

"Quelque chose… a pris racine en toi."


La voix était basse, étranglée, étrangère presque. Il laissa planer le silence, incapable de trouver aussitôt les mots. Sa main descendit d’elle-même vers son ventre, le frôlant avec une maladresse tendre, comme si ce simple geste pouvait désigner ce qu’il n’arrivait pas à nommer.

"Je l’ai déjà vu. Pas une fois… plusieurs. Chaque fois que… je me suis donné ainsi."

Son souffle vibra contre son oreille, rauque, honteux.

"Ça n’a jamais été la même chose. Parfois, c’était… une forme faible, fugace, qui se dissipait presque aussitôt. Parfois, c’était… plus fort. Quelque chose qui respirait. Qui bougeait. Qui vivait."

Ses doigts pressèrent doucement son ventre, malgré lui.

"Et parfois… c’était moi qui l’ai pris. Qui l’ai absorbé, avant qu’il ne devienne… autre chose."

Il s’interrompit, sa mâchoire se crispant. Les souvenirs qu’il évoquait étaient lourds, poisseux, plus lourds que la tempête elle-même.

"Je ne sais pas ce qui naîtra de toi. Je n’ai jamais su. Chaque femme… chaque fois, c’était différent. Une chose fragile. Ou monstrueuse. Parfois douce, parfois affamée. Mais jamais… jamais semblable."

Il inspira, son torse vibrant contre son dos.

"Ce n’est pas dangereux, non. Pas pour toi. Pas pour ton âme. Je le crois. Mais… tu le sentiras. Tu le porteras. Et ça grandira, quoi que je fasse."

Ses lèvres cherchèrent sa tempe, sans force, juste un effleurement maladroit.

"Je ne peux pas l’empêcher. Pas plus que je ne peux prédire ce qui viendra."

Son souffle se fit plus tremblant, plus bas encore :

"Et c’est ça qui me ronge. Pas la peur que tu sois brisée. Je ne crois pas qu'on puisse te briser. Mais la honte… de t’imposer ça sans choix."

Il cacha un instant son visage dans son cou, comme s’il espérait disparaître. Sa verge, pourtant, restait dure, tendue, appuyée contre sa cuisse, preuve muette que même dans sa honte il restait prisonnier d’elle. Sa main sur son ventre tremblait toujours.

"Tu ne dois pas croire que tu es… comme les autres. Je n’ai jamais eu peur ainsi. Jamais eu honte de cette manière. Parce qu’aucune… je ne les ai regardées comme toi. Parce qu’aucune n’a eu ce pouvoir."

Ses mots étaient hachés, maladroits, mais chargés d’une sincérité nue.

"Je veux que tu saches… je serai là. Quoi qu’il en sorte. Je ne fuirai pas. Même si je dois encore l’absorber. Même si c’est un monstre. Même si c’est pire."


Il la serra plus fort, comme pour la protéger d’une menace invisible.

"Tu n’auras pas à le porter seule."

Un silence retomba. Puis, d’une voix basse, épuisée, presque suppliée :

"Pardonne-moi."

Il resta là, collé à elle, sa main sur son ventre comme sur un secret qu’il n’osait plus nommer. Ses gestes s’adoucirent, ses doigts glissant lentement de sa peau à sa hanche, de sa hanche à sa cuisse, caresses lentes, presque tendres. Il voulait la serrer, mais ne souhaitait pas l'emprisonner. Il n’osa plus parler. Mais son étreinte disait tout : sa peur, sa honte, et cette promesse brute qu’il n’avait jamais faite à personne avant elle.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le jeudi 28 août 2025, 18:58:21
Lorsque Anakha se retire d’elle, Deirdre se crispe et lui saisit l’avant-bras. Non par peur de la douleur, mais parce que son corps palpite encore, sensible, offert aux derniers échos de leur union. Le retrait la traverse d’un spasme brûlant, arrache à sa gorge un ultime gémissement, tremblant comme une note suspendue. L’espace d’un souffle, son ventre se creuse, son dos se cambre, et elle croit qu’il va l’abandonner malgré la tendresse de ses bras. Mais il ne la lâche pas. Il la garde contre lui, ancre de chair et de chaleur. Comme quoi, songe-t-elle, les monstres savent aussi retenir, protéger.

Ne me lâche pas… garde moi près de toi.  *pense-t-elle pour elle-même.*

Sa voix tombe, rauque, étranglée : "Quelque chose… a pris racine en toi."
Le frisson qui court dans son ventre se fige. La jeune femme devine. Ses souvenirs lui montrent cette sœur d’armes transformée, ce soigneur penché sur l’étrange vie à naître. Mais comment Anakha peut-il en être certain ? Comment cela peut-il être déjà ? Est-ce un secret de son sang ?

Sa main effleure son ventre. L’hybride ne réfléchit pas : elle l’y retient, entrelace ses doigts aux siens, et serre. Comme pour dire : je comprends, je t’entends.

Les mots qui suivent s’abattent comme des coups sourds. La sang mêlé les reçoit, douloureux, chacun s’inscrivant dans sa chair. Ses yeux se brouillent, ses larmes coulent en silence, invisibles puisqu’elle lui tourne le dos. Le souffle d’Anakha vibre contre son oreille, son torse tremble sur son dos : sanglots retenus ? Douleur qui le brise ? Ses lèvres qui effleurent sa tempe font naître en elle un frisson qu’aucun froid ne saurait provoquer.

"... la honte… de t’imposer ça sans choix."


An… a… kha…” Sa voix se brise, comme égarée dans ses propres larmes. “Je t’ai dit avoir fait mon choix… Je…” Mais les mots meurent.

Ses poumons brûlent. Elle préfère écouter, l’écouter jusqu’au bout, même si chaque phrase lui transperce le cœur.

Quand il enfouit sa tête dans son cou, elle abandonne sa prise sur son ventre pour plonger ses doigts dans ses cheveux, lente caresse, presque maternelle, qui apaise et retient.

Et soudain, ses aveux. Nus. Hésitants. Déchirés. « Aucune… je ne les ai regardées comme toi. Parce qu’aucune n’a eu ce pouvoir. »

La commandante aurait ri, en d’autres temps. Déridé ses hommes ainsi, balayé l’émotion par un éclat nerveux. Mais pas cette fois. Sa voix porte une franchise nue, sans masque. Elle l’entend jusque dans la cassure de ses mots, et cela la fait trembler plus que le plus violent des vents.

Ses mâchoires se serrent, ses muscles se tendent. Elle refuse qu’il reste enfermé dans cette honte. S’il faut en finir avec ce qui naîtra, elle le fera, doucement, comme on éteint une flamme avant qu’elle ne brûle. Elle l’a dit : elle est sa lumière. Et elle le restera.

Mais il la serre, plus fort, plus vrai. Et ce geste suffit à délier sa crispation, à la ramener à lui.
Lorsqu’il demande pardon, elle tressaille. De quoi ? D’un choix qu’il n’a pas eu ? D’un fardeau qu’il ne maîtrise pas ? Si cela avait été un autre mercenaire, elle l’aurait giflé. Mais lui… lui, c’est son homme. Son monstre.

Deirdre ferme les yeux. Laisse ses mains se glisser contre les siennes. Son étreinte a changé. Elle n’est plus brutale, mais douce, lente, comme si tout son être parlait à travers ce silence.

C’est à toi de me pardonner.” souffle-t-elle.

Alors, lentement, elle se défait de ses bras. Pas pour fuir : pour lui faire face. Ses jambes ploient, ses muscles brûlent. Ses cuisses gardent encore la mémoire de sa vigueur, sa peau celle de ses caresses, et chaque pas lui arrache un effort.

L’ange-fée tend la main vers lui.

Je vais te demander quelque chose qui peut te paraître horrible.

Le temps qu’il se dresse à son tour, elle serre les dents. La fatigue l’écrase, ses membres sont lourds, mais son regard s’accroche au sien, inébranlable. La jeune femme fait sortir ses appendices plumés et les déploie au maximum. Ses ailes frémissent, nerveuses, comme prêtes à la soulever si elle venait à tomber. Mais elle se tient debout. Pour lui.

"Je te demande d’arracher une de mes plumes et de toujours la garder près de toi. Mes ailes sont une part de moi, comme mon souffle, comme mon sang. Si je t’offre une plume, c’est pour que tu gardes toujours un écho de moi près de toi. Et si un jour l’ombre ou le destin nous sépare, alors cette plume saura me guider vers ton appel."

Sa voix vibre, solennelle et claire malgré la douleur qui la traverse.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le vendredi 29 août 2025, 00:16:44
Un instant, Anakha resta figé. Ses yeux fauves, encore assombris par l’effort et la fièvre, fixaient les ailes déployées de Deirdre comme s’il voyait un sacrilège. L’idée même d’arracher une plume, une part vivante d’elle, le glaça. Sa gorge se serra, un grognement rauque lui échappa, plus proche d’une protestation que d’une réponse.

Sa main se leva pourtant, lente, hésitante, tremblante. Ses doigts effleurèrent les plumes irisées, caressant leur douceur irréelle comme s’il craignait qu’elles se brisent sous son toucher. Chaque frisson qui parcourait ses doigts lui donnait l’impression d’un blasphème.

Et pourtant, son regard croisa celui de l’ange-fée. Cette lumière inébranlable, cette certitude claire dans ses yeux. Elle voulait cela. Elle le lui confiait. Pas une punition. Pas une mutilation. Un don.

Alors il inspira profondément, posa son front contre le sien un court instant, puis serra la mâchoire. Ses doigts se refermèrent sur une plume, plus bas, là où l’arrachement serait moins cruel. Et, dans un geste à la fois brutal et précis, il tira.

La plume céda dans un frisson, légère mais lourde comme un serment. Deirdre tressaillit, ses ailes frémirent, et Anakha, aussitôt, resserra son étreinte pour l’empêcher de chanceler. Ses bras l’enveloppèrent, son torse brûlant la soutint, et il serra la plume contre lui comme s’il avait arraché un fragment d’étoile.

Il la contempla, un instant, hypnotisé par ses reflets, avant de la porter contre ses lèvres, maladroitement, dans un baiser court et fiévreux.

Ses yeux se fermèrent un instant, son front reposant de nouveau contre elle. Sa honte, sa peur, ses doutes, tout cela s’effaçait derrière ce geste simple. Il n’avait plus besoin de promettre. La plume suffisait.

Anakha contempla un instant la plume, entre ses doigts encore tremblants. Elle brillait doucement, nacrée malgré l’humidité, comme si elle avait capté et gardé en elle la lumière du cyclone. Il n’avait rien pour la ranger, rien pour la protéger, et l’idée de la voir s’envoler au prochain souffle de vent lui était insupportable.

Alors, sans réfléchir davantage, les yeux plongé dans ceux de Deirdre comme s'il lui faisait un serment, il la plaqua contre son torse, juste au-dessous de sa clavicule, juste au dessus du coeur. Ses dents se serrèrent, et il enfonça ses propres ongles dans sa peau, ouvrant une plaie nette. Le sang perla, chaud et sombre. Dans ce sillon rouge, il glissa la plume, lentement, jusqu’à la loger sous la peau.

La brûlure lui arracha un grognement rauque. La chair se referma presque aussitôt, comme si son corps refusait de rester ouvert, mais l’ombre nacrée demeura, prisonnière, tatouée de l’intérieur. Une cicatrice mince se dessina en croissant, marquant à jamais l’endroit où il l’avait enchâssée.

"Là, dit-il simplement, la voix grave. Elle ne me quittera jamais."

Il passa ses doigts rugueux sur la cicatrice naissante, comme pour s’assurer qu’elle ne disparaîtrait pas. Puis, plus doucement, il ajouta, presque dans un souffle :

"Comme moi pour toi"

Alors seulement il la reprit dans ses bras, la soulevant sans effort. Pas par nécessité, ils auraient pu marcher, mais par désir brut de la garder serrée contre lui, de prolonger encore cette proximité. L’eau glissa de leurs corps quand il quitta la rivière, chaque pas lourd mais sûr.

La rive accueillit leurs pas. Autour d’eux, les arbres déracinés et la terre éventrée témoignaient encore de la tempête, mais Anakha n’y prêta aucune attention. Tout son monde s’était réduit au poids de la femme dans ses bras et à la plume scellée dans sa chair.

"On retrouvera nos affaires", dit-il en avançant. "Et j’allumerai un feu."
*Pas pour nous réchauffer… juste pour te voir dormir dans sa lumière.*

Ses mots étaient simples, rugueux, mais portés d’une intensité nue. Ses bras la serraient avec une douceur dont il ne se croyait pas capable. Il brûlait de recommencer avec elle le ballet qu'ils avaient dansé quelques minutes plus tôt. Mais nécessité faisait loi, et s'il pouvait envisager perdre ses vêtements, il n'était pas question qu'il la laisse perdre ses armes. Et dans la cicatrice qui battait encore à sa poitrine, il sentait l’écho d’elle, déjà inscrit dans son sang.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le vendredi 29 août 2025, 18:33:41
Deirdre comprend, au grognement d’Anakha, que ce qu’elle lui a demandé est une cruauté en soi. Elle le lit dans la vibration rauque de sa gorge, dans le frisson tendu de son corps contre le sien. Et bien qu’elle en soit désolée de l’imposer, elle ne fléchit pas. Sa décision reste inébranlable. La respiration ample du jeune homme lui prouve qu’il accepte. Quand son front vient brièvement se poser contre le sien, elle perçoit, sans même le voir, la crispation de sa mâchoire. Il va le faire.

Un silence lourd pèse entre eux, percé seulement par le clapotis de l’eau contre les rochers. Son cœur cogne si fort que l’ange-fée croit qu’il pourrait fendre sa poitrine. Elle inspire profondément et, dans un souffle presque muet, récite pour elle-même un vieux mantra de samouraï.

Le geste est vif, précis. La douleur, pourtant, la traverse de part en part. Elle se mue en une ivresse étrange, mi-sacrifice, mi-lien, et ses yeux se voilent d’une humidité qu’elle refuse de laisser couler.

Ses ailes frémissent convulsivement, son corps chancelle, et seule l’étreinte brûlante d’Anakha l’empêche de ployer. Ses paupières se ferment un instant, tandis qu’un frisson électrique, invisible, parcourt le long de ses plumes pour atteindre la naissance de ses ailes, chaud, presque incandescent. Rien à voir avec la froide morsure que la commandante avait connue lorsqu’elle s’était arrachée une plume pour le bébé de sa sœur d’armes : cette fois, la brûlure est ardente, vivante, intime.

Elle sent qu’il garde la plume dans sa paume, comme une braise sacrée. Le mouvement de son bras, au-dessus d’elle, lui arrache un doute : chaleur, humidité, un souffle fugace… un baiser, sans doute, sur ce fragment d’elle-même.

Mais c’est lorsque son homme relève la tête et croise son regard que l’éprise comprend. Ce qu’elle y lit la frappe au ventre. Sans réfléchir, elle recule de trois pas, le souffle coupé. Elle voudrait le retenir, lui crier d’arrêter, lui arracher la plume des doigts pour l’empêcher de mutiler sa chair. Son instinct hurle. Mais sa volonté se tait. Il en a besoin. Alors elle reste immobile, crispée, les yeux brillants, respectant sa décision comme on respecte une offrande sacrée.

Quand il enfonce la plume dans sa propre peau, ses ongles ouvrant la chair pour y sceller leur lien, Deirdre porte une main à sa bouche, les ailes tremblantes. Elle vacille, mais ne détourne pas les yeux. C’est leur serment. Leur douleur. Leur vérité.

Et quand le guerrier passe ses doigts sur la cicatrice, la combattante s’approche enfin, revient vers lui. Sa main fine se pose sur la sienne, à même sa peau marquée, comme pour l’y sceller davantage, y imprimer sa propre chaleur. Ses lèvres tremblent, mais elle ne dit rien. Elle l’entend prononcer, grave et rauque :
« Comme moi pour toi. »

Alors seulement elle se hisse contre lui, ses bras glissant autour de sa nuque, de ses épaules. Et quand il la soulève dans ses bras, elle ne lutte pas. Deirdre se blottit, s’y laisse reprendre comme on s’abandonne à un port d’attache. Ses joues s’empourprent violemment quand ses mots tombent, rugueux mais vibrants :
« Pas pour nous réchauffer… juste pour te voir dormir dans sa lumière. »

Elle baisse les yeux, incapable de soutenir le feu de sa voix, mais son sourire tremble, fragile, ému.
Contre sa poitrine, elle sent battre son cœur, lourd, régulier, à l’endroit même où la plume vit désormais. Et, en écho, à la naissance de ses propres ailes, elle perçoit ce battement résonner en elle, comme si leurs souffles s’étaient rejoints.

Alors qu’il avance, l’eau déperle encore de leurs corps. La maîtresse élémentale découvre le monde autour d’eux. Le silence est saisissant, à peine troublé par le craquement d’une branche encore suspendue dans les hauteurs. Les arbres déracinés jonchent la terre humide, l’air porte encore l’odeur crue de sève arrachée, de sol mis à nu, de pluie éparse. La rive est dévastée tant par le combat titanesque que par leur union.

Un vertige l’emporte. La peur la saisit à la gorge — ce chaos est le sien, fruit de son paroxysme, de son abandon total. Ses jambes tremblent, le souffle se brise dans sa poitrine. Mais au creux de cette peur vibre aussi une libération : comme si ce cyclone avait déchiré les chaînes invisibles qui l’étouffaient. La nature éventrée reflète son propre corps, mis à nu, délivré.

Elle ferme les yeux. L’air chargé d’humus et de cendres fraîches emplit ses poumons. Et dans ce silence après la tempête, elle enfouit son visage dans le cou d’Anakha, aspirant sa chaleur, sa force, son odeur animale. Là seulement, elle respire à nouveau.

Là seulement, elle sait qu’il saura la retenir. Une fois rassurée, la lumière quitte les bras de son bouclier pour commencer à chercher ses affaires.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le lundi 01 septembre 2025, 00:11:03
Anakha déposa Deirdre sur une pierre plate hors de l’eau, puis s’avança, le regard fauve scrutant les environs. La tempête avait tout éventré : branches, troncs, pierres retournées. Mais leurs affaires étaient quelque part, semées par le cyclone.

Deirdre n’attendit pas ; elle fouillait déjà du côté opposé, ses ailes repliées dans son dos. Anakha ne protesta pas. Il savait qu’elle n’était pas femme à rester immobile. Alors ils cherchèrent ensemble.

Le sol était lourd, détrempé. Chaque pas s’enfonçait avec un bruit de succion, chaque mouvement soulevait l’odeur forte de terre retournée et de sève répandue. À plusieurs reprises, Anakha dut pousser un tronc arraché ou soulever une grosse pierre, libérant sous son poids un morceau de tissu, une sacoche entrouverte, un éclat métallique.

Peu à peu, tout reparut : les vêtements de Deirdre, détrempés mais entiers, ses armes gisant sous un amas de feuilles, son sac accroché à une racine arrachée. Elle poussa un souffle de soulagement en récupérant son équipement, ses doigts glissant presque avec tendresse sur le métal de ses lames. De son côté, Anakha retrouva son manteau, un peu poussiéreux mais resté sec sous un pan de roche, et ses bottes jetées plus loin par le vent. Ils rassemblèrent tout au pied d’un rocher, un souffle rauque d’Anakha ponctuant enfin la fin des recherches.

"Nous sommes chanceux, on dirait."

Ils se rhabillèrent, presque à regret, les tissus collant encore à leur peau humide. Le silence, entre eux, était celui de l’apaisement après la tempête. Puis Anakha disparut quelques instants, suivant les traces à l’orée de la clairière. Lorsqu’il revint, ses épaules ployaient sous le poids d’un cerf brisé par la tempête. Il le jeta près du foyer improvisé, avec un bruit sourd.

"On mangera."

Il se mit aussitôt au travail. Ses gestes étaient secs, précis : il fendit du bois, empila les branches sèches arrachées par la tempête, frappa pierre contre acier. Les étincelles jaillirent, vite avalées par l’amadou, et bientôt une flamme crépitait, réchauffant la nuit humide. L’odeur âcre du bois brûlé recouvrit peu à peu celle des feuilles mouillées, et ils mirent une partie de leurs vêtements à sécher.

Il dépeça l’animal avec une habitude brute, ses mains agissant sans hésitation, comme s’il avait répété ce geste toute sa vie. La chair fut tranchée, séparée des os, et il suspendit une patte au-dessus du feu tandis qu’il disposait racines et baies sur une pierre chauffée. Les senteurs de viande grillée, de sève fumante et de graisse qui crépite emplirent l’air, couvrant peu à peu la lourde odeur du sol détrempé.

Lorsqu’il vit Deirdre frissonner, privée de sa cape trempée, Anakha enleva son propre manteau sec et le lui posa sur les épaules.

"Prends ça."

Elle ouvrit la bouche pour protester, mais il secoua la tête, presque agacé.

"Je n’ai pas besoin de chaleur. Pas comme toi."

Il ne dit rien de plus, reprit place près du feu. Le silence dura, rythmé seulement par le crépitement des flammes et le sifflement discret du vent qui s’apaisait dans les arbres. Puis, lorsqu’il jugea la viande cuite, il coupa un morceau et le lui tendit.

"C’est coriace. Mais ça tiendra au ventre."

Il attendit qu’elle croque avant de prendre le sien. Leurs gestes étaient simples, presque ordinaires. Un morceau de racine, une baie chaude, un bout de viande cuite. C’était de la cuisine de fortune, mais à deux, cela devenait presque un repas. Anakha mâchait lentement, comme s’il découvrait ce que signifiait manger avec quelqu’un d’autre que lui-même.

Le silence, pourtant, n’était pas lourd. Il se remplissait de petites choses : un soupir de satisfaction de Deirdre, un léger sourire échangé lorsqu’elle se tâcha de jus rougeâtre, une remarque étouffée sur la saveur des baies. C’était banal, et pourtant précieux.

Après un moment, il lâcha un souffle qui ressemblait presque à un rire rauque.

"Je n’aurais jamais cru… partager ça avec toi."

Ses yeux la fixaient, brillants d’une intensité qu’aucune banalité ne pouvait masquer. Puis il reprit, plus bas, comme pour lui-même :

"La chaleur… ce n’est pas pareil, pour moi. Le froid ne me mord pas. Le feu ne m’apaise pas. Je ne sais pas si je suis né comme ça ou… Je sais peu de choses sur moi, en vérité."

Il marqua un silence, le regard noyé dans les flammes.

"Même mon nom… ce n’est que celui inscrit sur mes papiers. Il n’éveille rien en moi. Il paraît que j’ai failli mourir sur le champ de bataille de Tekhos. Je me suis réveillé à l’infirmerie. Mais tout ça n’a aucun sens."

Il secoua la tête.

"Non… ça n’a aucun sens."

D’un geste soudain, il plongea la main dans le feu, saisit un tison rougeoyant. La branche grésilla dans sa paume fermée, une odeur âcre de chair brûlée s’éleva. Mais Anakha ne détourna pas les yeux d’elle. Quand il ouvrit la main, la chair était noircie, à vif ; déjà, pourtant, la blessure commençait à se refermer.

"Je suis plus difficile à tuer qu’il n’y paraît. Beaucoup ont essayé."

Son regard s’assombrit, et ses mâchoires se crispèrent. *J’ai essayé*, ajouta-t-il en lui-même.

"J’ai tâché de mener mon enquête. Mais quand j’en ai eu assez de me faire rire au nez par l’administration tékhane et ma supposée famille, j’ai décidé de partir. Depuis, je parcours le monde. En ne rendant de comptes qu’à moi-même. Et j’ai découvert… beaucoup de choses étranges."

Il reposa le tison, son profil découpé par la lumière rouge du feu.

"Alors… quand je t’ai vue frissonner, ça m’a rappelé que c’est toi qui es vivante. Moi… je ne fais que brûler."

Ses yeux fauves se détournèrent vers la flamme, mais sa voix se fit plus basse, comme un serment intime :

"C’est pour ça que je veux que tu gardes la chaleur. Et que je garde la plume."

Il resta silencieux un moment, ses doigts jouant machinalement avec une brindille.

Il ne dit rien de plus. Ses yeux, pourtant, en disaient davantage que tous les mots qu’il aurait pu trouver.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le lundi 01 septembre 2025, 10:12:39
"Nous sommes chanceux, on dirait."

Cette phrase simple qui arrache un sourire à l'ange-fée lorsqu'ils retrouvent toutes leurs affaires.

Quand il s’éloigne pour chasser, la mercenaire ne reste pas immobile. Elle dispose des brindilles en un cercle parfait, veille sur le feu avec une précision presque militaire. Ses yeux se lèvent plusieurs fois vers la forêt, traquant la silhouette d’Anakha. Chaque absence réveille la peur ancienne de perdre encore un être cher. Chaque craquement dans les bois lui arrache un sursaut.

Son retour est un soulagement que la jeune femme tait. Elle se contente de l’accueillir d’un regard clair, comme si c’était une évidence qu’il revienne, comme si son cœur n’avait pas battu trop fort en l’attendant. Quand la viande est prête, elle mange en silence, mais ce n’est plus seulement une nécessité : c’est un acte de foi.

Deirdre allait protester quand la veste d’Anakha se pose sur ses épaules. Sa bouche s’entrouvre, prête à refuser ce geste — par orgueil, par habitude de se débrouiller seule, peut-être aussi parce qu’elle déteste dépendre. Mais la chaleur laissée par le corps du guerrier réduit sa voix au silence. Elle se love malgré elle dans cette présence invisible, et pour la première fois depuis longtemps, son corps cesse de trembler.

Puis Anakha parle. Ses mots tombent comme des braises dans la nuit, et Deirdre les reçoit sans détourner le regard. Quand il dévoile ses chaînes, ses peurs et ses cicatrices invisibles, elle croit voir le reflet de sa propre âme. Alors seulement, elle ose briser son silence.

"Tu as parlé de tes chaînes… des coups et des fers qui t’ont façonné. Moi aussi, j’ai connu le rejet et la morsure des miens. Dans mon monde, les anges de sang pur ont tenté plus d’une fois de m’effacer, simplement parce que je n’étais pas entière. À leurs yeux, je suis une souillure, un rappel de l’union interdite entre deux races qui n’auraient jamais dû s’aimer."

Sa voix se brise un instant, et ses yeux se voilent d’ombre. Alors par réflexe, ses doigts effleurent la couture rugueuse de la veste de son homme, comme pour en garder le souvenir. 
"Parfois j’ai fui leurs lames, parfois je les ai combattus. Autant que les démons. Et parfois, je ne savais plus qui était le plus cruel : les ténèbres ou la lumière."

Sa main glisse sur son flanc gauche, là où la cicatrice brûle encore.
"Mais chaque fois que la peur me rattrapait, je choisissais de me relever. De protéger malgré tout, d’aimer malgré eux."

Elle inspire, sa voix tremble mais reste ferme.
"Ma mère, ma lumière, soldat d'élite, est tombée pour sauver des innocents. Mon père, garde personnel de son roi, est mort en voulant me protéger d’une bête qui n’aurait jamais dû exister. Alors j’ai porté seule cet héritage. J’ai bâti une guilde, j’ai porté des vies sur mes épaules, et je suis restée debout. Mais chaque nuit, j’ai senti le vide s’agrandir. Comme un gouffre que rien n’apaise. Jusqu’à toi."

Ses plumes irisées frémissent sous sa peau, comme si un vent intérieur cherche à s’échapper.
"Je ne sais pas ce que l’avenir nous vole déjà. Je ne sais pas si tes fantômes ou les miens se dresseront encore. Mais si tu es là… alors peut-être, je ne suis plus seulement une guerrière. Peut-être que je peux être une femme. Une femme qui croit en toi."

Ses yeux s’ancrent dans ceux d’Anakha, sans détour, emplis de cette gravité fragile qu’elle n’offre à personne d’autre.

Enfin, elle tend la main, hésite une seconde, puis la pose doucement sur la sienne. Le geste est simple, mais il porte plus que ses mots : une promesse silencieuse, une confession muette. Et quand ses doigts se referment, ses lèvres murmurent presque dans un souffle :

"Quoi qu’il arrive, je marcherai à tes côtés. Parce que tu m’as rappelé que j’ai encore un cœur."
Titre: Re : Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le mercredi 03 septembre 2025, 09:32:00
Anakha ne parla pas. Pas tout de suite. Ses yeux, fauves et sombres, restaient fixés sur elle comme si chacun de ses mots avait ébranlé quelque chose en lui. Il écoutait sans ciller, comme frappé par une vérité qu’il ne s’attendait pas à entendre. Les flammes du feu jouaient sur le visage de Deirdre, révélant tour à tour sa force nue et les ombres de ses blessures, et Anakha se surprit à se tendre vers elle, comme si son corps voulait réduire cette distance dérisoire qu’il y avait entre eux.

Chaque mot qu’elle avait prononcé l’avait marqué au fer rouge. Elle avait parlé de ses cicatrices invisibles, de son sang mêlé, de ce rejet qu’elle avait subi toute sa vie. Elle avait évoqué la cruauté des siens, l’épée levée contre elle simplement parce qu’elle était née différente, parce qu’elle représentait une union qu’on jugeait impure. Anakha, le mercenaire, l’homme marqué par les fers, sentit cette confession se graver en lui comme une blessure de plus, sauf que celle-là, il ne voulait pas la refermer.

Il aurait voulu répondre. Lui dire que ceux qui avaient tenté de l’effacer n’étaient rien face à ce qu’elle était, que sa lumière brillait bien plus fort que leurs jugements. Mais aucun son ne franchit sa gorge serrée. Les mots se coinçaient, étouffés par quelque chose de trop grand pour lui : l’admiration brute, le respect, cette envie violente de la protéger encore et encore.

Alors il fit ce qu’il savait. Ses mains, larges et rugueuses, agirent à sa place. Il recouvrit la sienne, ses doigts calleux enfermant les siens avec une force contenue, presque trop grande, comme s’il craignait qu’elle s’efface au moindre souffle de vent. Ce n’était pas une caresse délicate, pas un geste appris : c’était instinctif, brutal de sincérité. Une manière de dire je t’ai entendue, je ne te lâche pas.

Puis, maladroitement, il se pencha. Sa nuque ploya, son torse massif se rapprocha, et il abaissa son front contre le sien. Son souffle rauque se mêla au sien, chaud, irrégulier, encore marqué par l’émotion qu’il ne savait pas contrôler. Là, dans ce contact brut, il lui donna tout ce qu’il n’arrivait pas à dire : son admiration muette, son envie de la retenir, la promesse silencieuse qu’elle n’était plus seule.

Ses yeux se fermèrent une seconde. Dans cette obscurité, il écouta le rythme de sa respiration, sentit la chaleur de sa peau contre la sienne. C’était comme un ancrage, comme si ce simple geste suffisait à l’empêcher de dériver dans un monde qu’il comprenait si mal. Elle, en revanche, il comprenait : pas ses origines, pas ses combats passés, mais cette force farouche qui transperçait ses mots et qui l’attirait irrésistiblement.

Son autre main, jusque-là posée sur ses genoux, remonta avec lenteur. Il hésita, comme si chaque centimètre parcouru demandait un effort. Ses doigts glissèrent le long de son flanc, effleurèrent la courbe de sa taille, puis s’arrêtèrent sur le point exact qu’elle avait désigné quelques instants plus tôt. Là où la cicatrice brûlait encore.

Il la trouva sans mal. Après tout, il l'avait déjà vue. Sa paume large recouvrit la marque, sa chaleur brute contrastant avec le frisson qui traversa Deirdre au contact. Sa main se crispa d’abord, comme s’il voulait la protéger de cette blessure invisible, puis ses doigts se détendirent et suivirent doucement le tracé, maladroits mais pleins d’une tendresse farouche. Il ne cherchait pas à effacer la cicatrice. Il ne la voyait pas comme une faiblesse. Il voulait seulement la toucher, pour la connaître, pour comprendre ce qu’elle représentait.

Il resta ainsi longtemps, immobile, ses deux mains l’enserrant : l’une sur sa cicatrice, l’autre serrée à la sienne. Pas un mot. Pas une explication. Seulement sa force offerte comme un rempart silencieux, son front appuyé contre le sien, son souffle mêlé au sien. Pour une fois, Anakha n’était pas le guerrier brutal, ni la bête rugissante. Il n’était qu’un homme, figé dans une admiration muette, incapable de lâcher celle qui avait osé se mettre à nu devant lui.

Et quand enfin il rouvrit les yeux, ce fut pour la regarder droit, sans détour. Ses iris fauves brillaient d’une intensité presque douloureuse. Sa gorge vibra, ses lèvres s’entrouvrirent. Une seule phrase s’éleva, basse, rauque, vibrante comme un grondement retenu :

"Cette cicatrice… d’où vient-elle ?"

Le murmure ne se perdit pas dans le craquement du feu. Au contraire, il semblait emplir tout l’espace. Ce n’était pas seulement une question. C’était un aveu. Qu’il voulait savoir. Qu’il voulait porter un peu de ce poids, comprendre ce qu’elle avait enduré. Dans ses yeux, il n’y avait ni curiosité malsaine ni pitié, mais une inquiétude brute, presque douloureuse, et l’admiration silencieuse d’un homme qui voyait en elle non une blessure, mais une preuve de courage.

Ses doigts restèrent posés sur la cicatrice, chauds, immobiles, comme pour signifier qu’il ne la lâcherait pas tant qu’elle n’aurait pas décidé elle-même de lui confier son histoire. Et dans le silence qui suivit, il demeura là, tendu vers elle, brûlant d’envie de la réconforter sans savoir comment, se contentant de lui offrir ce qu’il avait de plus vrai : sa présence, sa chaleur, sa force, et ce regard qui la plaçait au-dessus de tout.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le mercredi 03 septembre 2025, 11:36:56
Le regard d’Anakha posé sur elle, lourd d’intensité, lui arrache un frisson qu’elle n’ose pas montrer. Les flammes dansent sur ses joues, traçant des lueurs tantôt chaudes, tantôt sombres. Deirdre sent son souffle se bloquer. Elle voudrait détourner les yeux, se cacher sous son masque habituel de guerrière, mais ses prunelles demeurent accrochées à celles du mercenaire, comme clouées par cette force muette qu’il dégage.

Lorsque sa main se referme sur la sienne, la frêle ange-fée ne résiste pas. Elle se laisse envelopper dans cette étreinte rugueuse, maladroite, trop sincère pour être feinte. Son cœur, pourtant habitué aux batailles, cogne contre sa poitrine avec une férocité qui lui fait presque mal. Elle baisse les yeux un instant, comme prise en faute, comme si ce simple contact la dépouillait d’une armure qu’elle avait mis des années à bâtir.

Puis son front heurte le sien, et tout son être se tend. Le souffle chaud d’Anakha se mêle au sien, et dans cette proximité crue, Deirdre se découvre vulnérable. Elle ferme les yeux, happée par cette sensation nouvelle : n’être ni ange, ni fée, ni mercenaire, mais simplement une femme, tremblante et fragile. La honte affleure — honte d’être ainsi dévoilée, d’oser ressentir cette tendresse qu’elle s’était toujours refusée.

Quand la main d’Anakha remonte lentement jusqu’à son flanc, elle se fige. Son corps tout entier se crispe sous le frisson, mais elle ne recule pas. Ses doigts trouvent la cicatrice, cette marque brûlante qu’elle a toujours dissimulée, ce stigmate qu’elle n’a jamais expliqué. Elle ouvre la bouche pour parler, mais aucun son ne sort d’abord. Ce n’est que lorsque sa voix rauque résonne — "Cette cicatrice… d’où vient-elle ?" — que son cœur cède, incapable de garder plus longtemps ce poids.

Ses yeux se détournent une seconde, fuyant l’intensité de son regard. Les flammes du feu accrochent le profil d’Anakha, et soudain elle revoit, comme une vision superposée, la forme qu’il avait prise lors du combat contre les terranides-loups : son corps tendu, ses yeux brûlants, sa rage animale maîtrisée par une volonté brute. Un souffle d’admiration douloureuse traverse son âme. Elle inspire profondément, lutte contre le voile de honte qui lui embrume la vue, puis revient à ses yeux fauves.

Sa voix tremble, mais reste claire.
"Cette cicatrice… je l’ai reçue à cinq ans."

La jeune femme marque une pause, sa gorge se serre. Sa main se pose sur celle d’Anakha, prisonnière de sa cicatrice, comme pour l’ancrer à elle.
"Ce jour-là, ma mère est tombée. Elle s’est dressée devant un démon d’une puissance insensée, pour protéger des innocents. J’ai vu son corps s’effondrer, j’ai vu son sang se répandre, et mon père… mon père a pris une de ses plumes."

Les mots se brisent, mais la mercenaire continue, les larmes brûlant sans tomber.
"Il l’a trempée dans le sang du démon, et il me l’a enfoncée dans la chair, ici, à vif. Il m’a dit que je ne devais jamais oublier. Que le sacrifice de ma mère devait brûler en moi jusqu’à mon dernier souffle."

L'hybride inspire, ses épaules tremblent.
"Depuis ce jour, chaque fois que la colère ou la peur m’envahit, cette marque réveille un pouvoir qui n’est pas le mien. Une tempête incontrôlable, née de la lumière et des ténèbres mêlées. Devant un ennemi elle est redoutable mais sans plus. Quant à un démon, plus le démon en face est puissant, plus cette force me consume… jusqu’à m’effondrer. Parfois quelques heures. Parfois des jours. Par contre la boule d'énergie pure de vent est bien mienne."

Sa voix s’éteint presque dans un souffle. La sang mêlé garde le silence, le temps que les flammes du feu emplissent l’espace entre eux. Ses yeux se voilent de honte. Elle n’a jamais confié ce secret. Et pourtant, sous le regard d’Anakha, elle ne se sent ni maudite, ni souillée.

Quand l'ange-fée ose enfin relever la tête, ses prunelles brillent d’une fragilité qu’elle n’a jamais montrée. Elle laisse son front peser à nouveau contre le sien, comme pour se cacher dans cette proximité. Ses lèvres murmurent, à peine audibles :
"Voilà ce que je porte, Anakha. Voilà le fardeau que tu tiens entre tes mains. Et je n’ai jamais voulu autant que tu sois celui qui le connaisse."
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le dimanche 07 septembre 2025, 23:00:56
Anakha resta immobile. Ses yeux fauves ne quittaient pas Deirdre, mais son corps entier semblait figé par ce qu’elle venait de dire. Le feu crépitait, jetant sur son visage des ombres rouges et noires, et dans cette lumière vacillante on aurait pu croire qu’il n’était qu’une statue de pierre brute, un roc sculpté par la douleur. Mais ses yeux seuls bougeaient, brûlants, dévorant chacun de ses mots, chacun de ses tremblements.

Quand elle parla de ses cinq ans, de sa mère tombée et de son père lui enfonçant cette plume sanglante dans la chair, Anakha sentit un frisson courir le long de son dos, violent, incontrôlé. Son souffle rauque se bloqua dans sa gorge, comme si l’histoire qu’elle déroulait n’était pas seulement un souvenir lointain mais une lame qui s’enfonçait, ici et maintenant, dans sa propre poitrine. Il aurait voulu rugir, protester, hurler sa colère contre ce père qui avait fait d’elle un outil de vengeance plutôt qu’une enfant. Mais aucun son ne sortit. Seule sa mâchoire se crispa, ses crocs se serrèrent, et son torse massif vibra d’un grognement retenu.

Il se pencha un peu plus, son front pressant contre le sien, comme s’il avait peur qu’elle s’effondre sous le poids de ses propres aveux. Son souffle chaud, irrégulier, caressait ses lèvres sans les toucher. Sa main, toujours posée sur sa cicatrice, se crispa plus fort, ses doigts rugueux s’ancrant à sa peau comme pour y puiser une part de ce fardeau. Et lorsqu’elle termina, lorsqu’elle lui avoua qu’elle n’avait jamais voulu autant qu’il soit celui qui connaisse ce secret, alors Anakha céda. Pas aux mots. Aux gestes.

Sa main libre quitta enfin celle qu’il tenait, mais ce ne fut que pour venir encadrer son visage. Son pouce, maladroit, passa sur sa joue humide, effaçant une larme qui avait échappé malgré elle. Il ne dit rien. Mais son regard, ses yeux fauves vibrants d’une intensité brute, parlaient à sa place : elle pouvait s’effondrer, elle pouvait hurler, elle pouvait brûler jusqu’à se consumer. Lui resterait.

Ses lèvres se posèrent sur son front, brutales, presque maladroites, mais tenues là, longtemps, comme un serment muet. Le feu crépitait, le vent portait encore l’odeur âcre de sève et de pluie, mais tout cela n’existait plus. Il n’y avait que ce contact, sa chaleur à elle et sa brûlure à lui, soudés dans une proximité sans masque.

Quand enfin il se redressa, ses doigts glissèrent le long de son flanc pour revenir à la cicatrice. Il la suivit du bout des doigts, lentement, comme pour en graver le tracé dans sa mémoire. Et sa gorge vibra, une parole rauque, brisée, finit par s’échapper :

Tu n’étais qu’une enfant.

Ses yeux, pourtant, restaient ancrés dans les siens. Pas de pitié. Pas de faiblesse. Mais une fureur contenue, dirigée contre le monde, contre ce destin qui l’avait marquée.

Il inspira profondément, son torse puissant se soulevant dans un souffle tremblant. Puis il parla à nouveau, d’une voix basse, chaque mot semblant lui arracher un peu de chair :

"Tu crois porter un fardeau. Moi je vois une preuve. La preuve que tu as survécu à ce que personne n’aurait dû supporter. La preuve que tu es plus forte que tous ceux qui ont voulu t’effacer."

Sa main se posa à nouveau sur la sienne, la serrant avec force.

Et je ne laisserai plus personne t’imposer ça seul.

Le silence revint, lourd, vibrant. Anakha ne le rompit pas. Il ne savait pas enrober ses promesses de belles paroles. Mais il agissait. Toujours. Sa main descendit, se logea à sa taille, puis il l’attira doucement contre lui, jusqu’à ce que son front retrouve le creux de son cou. Il la garda là, serrée, respirant son odeur, sentant ses frissons.

Ses doigts continuaient à caresser la cicatrice, non plus comme une blessure, mais comme une marque sacrée. Et dans ce geste, il y avait une forme de vénération muette, brute, maladroite, mais d’une sincérité brûlante.

Enfin, dans un souffle qui vibra contre son oreille :

Ce pouvoir qui te consume… alors je brûlerai avec toi.

Il ne dit rien de plus. Ses bras firent le reste : ils se refermèrent sur elle, non pour l’emprisonner, mais pour l’engloutir dans sa chaleur. Comme si, par sa simple étreinte, il voulait lui arracher un peu de ce fardeau, en porter sa part, et lui rappeler que désormais, elle n’était plus seule à affronter les tempêtes.

Ses bras restèrent longtemps autour d’elle, sa chaleur l’entourant comme un manteau plus sûr que n’importe quelle armure. Il ne parlait plus, son souffle lourd se perdait dans ses cheveux, mais ses gestes suffisaient : ses doigts caressant toujours sa cicatrice, sa main serrée à la sienne, tout son corps tendu vers elle.

Puis il se redressa légèrement. Ses yeux fauves cherchèrent les siens, brillants d’une intensité farouche. Et sans un mot, Anakha abaissa son visage vers elle.

Le baiser fut d’abord hésitant. Ses lèvres, sèches, maladroites, effleurèrent les siennes comme si c’était un territoire inconnu, plus redoutable encore que les champs de bataille. Puis, lentement, il s’y ancra, sa bouche pressant la sienne avec une gravité brûlante, contenue, sans violence. Un baiser sans promesse autre que celle qu’il avait déjà dite : rester.

Ses doigts glissèrent jusqu’à sa nuque, la tenant avec une douceur rare, tandis que l’autre main, encore posée sur sa cicatrice, la protégeait comme un sceau. Son souffle vibrait entre leurs lèvres, presque tremblant, comme si c’était lui cette fois qui craignait de se briser.

Quand il rompit enfin le contact, ce ne fut que pour murmurer, bas, contre sa bouche :

Tu n’es pas seule.

Et dans ce simple geste, dans ce baiser, Anakha avait dit tout ce qu’il ne savait pas mettre en mots.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le lundi 08 septembre 2025, 02:17:40
Le poids que l'ange-fée porte depuis si longtemps semble se dissoudre dans cette étreinte. Chaque souffle d’Anakha contre sa peau, chaque vibration de ses mains sur sa cicatrice, est un baume invisible, apaisant ses blessures tant physiques qu’émotionnelles. La tension qui crispe son corps depuis des jours s’évapore doucement, comme la brume matinale sous les premiers rayons du soleil.

Le parfum du feu de bois se mêle à celui, plus subtil, de sa propre sueur et de la sève des arbres environnants. Le vent nocturne s’engouffre, caressant ses épaules et effleurant doucement sa nuque. Chaque frisson de Deirdre est accueilli et enveloppé par la chaleur d’Anakha, qui s’ajuste instinctivement, rapprochant son corps du sien. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sent en sécurité : non pas par sa force seule, mais par cette présence constante qui ne juge pas, ne cherche pas à combler un vide, mais partage le poids de son passé.

Dans ce silence chargé d’intimité, l'hybride comprend enfin : ce qu’elle ressent pour lui n’est pas à sens unique. Il le ressent aussi, et cela brille dans chacun de ses gestes, dans chacun de ses regards, dans chaque souffle partagé.

Le souffle de la sang-mêlé se suspend lorsqu’Anakha approche ses lèvres. Son corps, encore marqué par les réflexes de guerrière, se tende, craignant que cette fragilité qu’elle lui offre ne soit perçue comme une faiblesse. Mais la chaleur brute de ce baiser, maladroit et pourtant si sincère, désarme peu à peu ses défenses. Ses paupières se ferment, ses mains se crispent contre sa tunique avant de se détendre. Elle répond enfin — timidement d’abord, puis avec une vérité brûlante, celle qui les avait unis plus tôt dans la nuit.

Ce n’est ni la fougue d’un combat, ni la fierté d’une victoire. C’est l’aveu silencieux que leurs sentiments sont partagés, qu’ils vibrent l’un dans l’autre sans besoin de mots.

Quand leurs lèvres se séparent, la mercenaire reste front contre front avec lui, sa respiration légère mais saccadée. Les flammes du foyer crépitent, projetant sur leurs visages des lueurs orangées et dansantes. Le parfum chaud de la fumée se mêle au bois humide et à l’odeur de la pluie tombée plus tôt, créant un cocon enveloppant. La forêt s’est assoupie, seuls résonnent les craquements du bois et le souffle du vent dans les branches. La nuit semble retenir son souffle, scellant leur intimité dans un écrin invisible.

La fatigue la rattrape enfin. Ses épaules s’affaissent sous le poids de tout ce qu’ils ont traversé : le combat contre la Bête, la chasse des terranides-loups, et l’union passionnée qui les a consumés. Ses yeux se ferment un instant, puis s’ouvrent, voilés d’un éclat plus tendre que jamais.

Sa voix, douce, presque un souffle, rompit le silence :
« La nuit est déjà bien avancée… et je n’ai plus la force de lutter. Pas ce soir. »

Elle glisse sa main contre la sienne, la serrant doucement, comme une supplique mais aussi une évidence.
« Reste… dormons l’un contre l’autre. Demain… nous verrons. »

Un sourire fragile mais sincère effleure ses lèvres. Ses paupières alourdies par le sommeil se ferment à demi, mais son front reste collé au sien, refusant de perdre ce contact même en s’abandonnant au repos. La chaleur de son corps contre le sien, la respiration régulière d’Anakha, le rythme de leurs cœurs presque en harmonie, tout concourt à l’apaiser.

Deirdre sent son bras se poser autour de sa taille, la rapprochant davantage, tandis que la main d’Anakha glisse sur son dos, pressant doucement ses doigts contre ses côtes pour la maintenir contre lui. Le contact est rassurant, une caresse ferme mais tendre qui lui transmette autant de force que de sécurité. La douce chaleur de sa poitrine contre la sienne et le souffle rauque d’Anakha dans son cou la plongeaient dans une quiétude qu’elle n’avait plus connue depuis longtemps.

Alors que le feu décline lentement et que la nuit referme son manteau noir sur la clairière, Deirdre se laisse glisser contre lui, entièrement détendue. Pour la première fois depuis longtemps, elle peut enfin s’endormir, bercée par la certitude que leurs cœurs battent à l’unisson et que, malgré les tempêtes à venir, elle n'est plus seule.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Anakha Baley le lundi 08 septembre 2025, 12:19:20
Anakha accueillit Deirdre contre lui sans un mot, ses bras massifs s’ouvrant simplement pour l’y recevoir. Elle se coula dans son étreinte comme l’eau d’une rivière trouve son lit, et lui referma aussitôt son corps autour du sien. Ses muscles d’acier se tendirent, la maintenant serrée contre son torse nu. Pas pour la contraindre mais pour l’abriter, pour la garder, pour faire rempart de sa chair.

Il inspira lentement. L’air froid entra dans ses poumons comme une morsure, mais ce n’était pas cela qu’il cherchait. Ce qu’il voulait, c’était l’odeur qui venait d’elle : humidité des feuilles, cendres encore fumantes, sueur de combat et parfum plus subtil, qu’il n’aurait su nommer mais qu’il grava dans sa mémoire. Chaque inspiration le calmait un peu plus, ses grognements rauques se transformant en un souffle plus régulier.

Sa main se mit à bouger, presque malgré lui. Ses doigts rugueux glissèrent le long de sa colonne, traçant les reliefs humides de son dos. Ils descendirent jusqu’à la cambrure de ses reins, puis plus bas encore, effleurant la rondeur de ses fesses qu’il pétrit un instant, d’une pression ferme mais lente. Ses paumes suivirent ensuite la longueur de ses cuisses, reviennent sur ses hanches, puis remontèrent jusqu’à sa nuque, où elles restèrent, lourdes, massant doucement la naissance de ses cheveux trempés. Ce n'était pas une invitation. Simplement une détouverte du corps lové contre le sien.

Ses gestes étaient maladroits, hésitants parfois, mais chaque caresse portait une gravité brute : celle d’un homme qui ne savait pas dire, alors il touchait. Il la parcourait lentement, comme pour apprendre par ses mains ce que ses yeux seuls ne suffisaient pas à comprendre.

À chaque respiration, sa poitrine se soulevait. Sa cage thoracique massive écrasait doucement la tunique humide de Deirdre, et il sentit ses propres pectoraux durs presser ses formes plus tendres. À chaque inspiration profonde, il la soulevait presque, et à chaque expiration il redescendait dans une pression lente, lourde, régulière. Ce mouvement créait un rythme muet, une pulsation que son corps imposait malgré lui, berceuse charnelle calée sur son souffle.

Son bas-ventre, lui, ne changeait pas. Sa virilité, gonflée en permanence, pressait contre le ventre de l’ange-fée par la seule force de la proximité. Ce n’était pas un appel, pas une demande : juste un état constant de son corps, une tension qu’il ne contrôlait jamais vraiment. Mais il ne tenta rien de plus, se contentant de l’envelopper, de l’abriter, de se lover autour d’elle comme une cuirasse chaude.

Ses doigts reprirent leur lente ronde, suivant une trajectoire presque circulaire : dos, reins, fesses, cuisses, hanches, nuque, et retour. Parfois il s’arrêtait plus longtemps, pétrissant une hanche, glissant son pouce sur le creux d’une fesse, pressant sa paume sur le haut d’une cuisse. Puis il remontait, caressant la ligne de son dos jusqu’à la nuque, où il massait encore un peu, avant de recommencer. C’était mécanique et tendre à la fois, répétitif comme un battement de cœur, comme s’il avait besoin de ce mouvement pour s’ancrer lui-même.

Sa tête se pencha. Son front trouva les cheveux humides de Deirdre, y resta posé, lourd. Sa bouche, maladroite, se posa par deux fois sur son crâne, dans des baisers brefs, secs, presque fébriles. Ses lèvres n’avaient pas l’habitude de ce genre de geste, mais il le fit quand même, comme si ses instincts seuls guidaient sa main et sa bouche.

Le feu craquait doucement, ses braises rougeoyantes jetant sur leurs corps mêlés une lumière chaude. Le dos d’Anakha luisait par endroits d’humidité et de sueur, ses muscles saillant sous la peau marquée. À chaque inspiration, ses omoplates se soulevaient, à chaque expiration elles redescendaient, imprimant ce rythme calme à la jeune femme contre lui.

Ses doigts se firent plus lents, plus délicats encore. Il les laissa courir sur la courbe de sa cuisse, puis les remonta pour suivre la ligne de sa taille. Ses paumes chaudes glissèrent ensuite jusqu’à son dos, qu’il couvrit toute entier comme pour l’envelopper dans ses mains. Enfin, il les laissa descendre encore, pressant sa hanche pour la rapprocher, scellant contre lui cette proximité déjà totale.

Il ne dit rien. Son souffle rauque parlait pour lui, grondant doucement à son oreille, se mêlant à sa respiration plus légère. Ses bras, repliés autour d’elle, se resserrèrent, l’emprisonnant dans une chaleur qui n’avait rien d’un combat, mais tout d’un serment silencieux. Ses doigts continuaient à parcourir son dos, ses reins, sa nuque, ses cuisses, dans un cycle lent et sans fin.

Son corps entier vibrait de cette tension contenue, mélange d’instinct, de désir et de tendresse brute. Mais il ne céda pas. Il resta immobile, sinon pour ces caresses lentes, la tenant serrée, son torse nu pressé contre sa poitrine, sa virilité tendue mais muette contre son ventre.

Et dans ce silence, Anakha sut que c’était assez. Pas besoin de mots. Pas besoin de rugir ni de prendre. Il suffisait d’être là, de l’entourer, de brûler doucement pour deux.
Titre: Re : De Charybde en Scylla : Débuts Fracassants [pv Deirdre]
Posté par: Deirdre le lundi 08 septembre 2025, 17:59:14
Dans le cocon de leurs corps enlacés, Deirdre s’abandonne au sommeil. Les caresses lentes d’Anakha, son souffle rauque grondant à son oreille, ses doigts qui parcourent inlassablement ses courbes, tout cela se mêle en une trame invisible qui la garde encore consciente un instant. Elle frissonne, non d’inquiétude mais d’une chaleur profonde qui coule dans ses veines comme un feu tranquille. Chaque vibration de sa cage thoracique contre sa poitrine ne la berce pas comme on apaise un enfant fragile ; elle l’enveloppe comme on étreint un être aimé, lui rappelant à chaque battement qu’elle n’est plus seule à porter son fardeau.

Le temps se distend. Ses lèvres entrouvertes laissent échapper un souffle calme, presque un soupir de délivrance. Ses doigts, crispés au début sur le torse du jeune homme, se relâchent peu à peu pour se poser avec douceur contre sa peau chaude, comme si même endormie la sang mêlé cherchait à s’assurer qu’il est bien là. Dans ses rêves, les vents hurlants et les tempêtes de son passé s’effacent ; il ne reste plus que le grondement profond et régulier de son aimé, résonnant en elle comme un chant ancien que nul danger ne peut éteindre.

La nuit s’écoule, mystérieuse et dense, au rythme de ce souffle partagé. Le feu se réduit en braises rougeoyantes, les arbres veillent dans le silence, et le ciel déroule lentement son manteau étoilé. Tout semble suspendu à ce fragile miracle : deux âmes égarées qui, pour quelques heures, trouvent refuge l’une dans l’autre.

Lorsque les premiers rayons de l’aube percent les Contrées du Chaos, la lumière dorée vient effleurer le visage de Deirdre. Ses paupières battent doucement, et elle émerge, encore engourdie, de ce sommeil qu’elle n’avait jamais connu si profond. Même dans la tente de commandement, entourée de mercenaires et protégée par l’ordre, elle ne s’était jamais sentie aussi bien, aussi entière. Elle reste un instant immobile, son front posé contre celui d’Anakha, écoutant son souffle lourd, scrutant les lignes de son visage assoupi. Elle grave chaque détail dans sa mémoire — les traits de sa mâchoire, les cheveux blancs collés par l’humidité, la sérénité rare qui émane de lui — comme si ces instants volés pouvaient la protéger dans les jours à venir.

Un sourire presque enfantin se dessine sur ses lèvres. La jeune femme effleure une dernière fois la peau de son torse, puis se dégage lentement, avec mille précautions, pour ne pas troubler son sommeil.

La clairière est calme, mais le foyer s’est éteint et il ne reste plus de petits bois. D’un geste machinal, la commandante s’équipe : ses armes retrouvent leur place à sa taille, et sa besace de voyage vient se loger sur son épaule. Ses pas la mènent vers l’orée de la forêt. Ses muscles sont encore lourds de fatigue, son corps marqué par le combat contre la Bête, celui des terranides-loups et l’union passionnée de la nuit. Chaque mouvement porte la trace de cette lassitude mêlée de douceur.

Elle bâille de bon cœur, une main couvrant ses lèvres, ses paupières encore mi-closes, le regard peu attentif aux ombres mouvantes des fourrés. Ses sens, d’ordinaire si aiguisés, sont engourdis, émoussés par ce répit bien trop court. Pourtant elle s’avance, déterminée à ramener de quoi nourrir Anakha : quelques baies, un lapin, du bois sec pour le feu.

Le sentier devient plus abrupt, les rochers glissants. Elle progresse malgré tout, distraite par l’odeur fraîche de la mousse et le chant lointain d’un oiseau. Puis, sans prévenir, la terre se dérobe sous son pied. Un cri instinctif lui échappe, puissant, brut, arrachant l’aube à son silence.

Son corps bascule. Ses ailes, surprises par la chute, n’ont pas le temps de se déployer. Dans un réflexe viscéral, ses bras se croisent contre son ventre, comme pour protéger ce qu’elle a de plus vital. Le monde se renverse, la lumière se brouille, et le vide s’ouvre sous elle, froid, rugissant, sans fond.

Deirdre tombe.