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Le Grand Jeu - Forum RPG

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Auteur Sujet: Les bibelots des uns sont les trésors des autres! [Alix]  (Lu 500 fois)
Milano
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« le: Septembre 09, 2018, 04:47:16 »

Je m'étais trouvé un filon d'enfer. Un business que j'aurais dû exploiter bien plus tôt. Une vraie manière de changer le plomb en or.

Nexus, avenue des Douze Sous. Un nom qui correspondait bien au quartier populaire dans laquelle elle se situait, et qui avait probablement été choisi par des fonctionnaires de la haute, ceux qui ne voyaient en ces gens que des chiffres, de la main d’œuvre, tout au plus des pions sacrifiables à jeter contre les remparts d'Ashnard pour qu'ils n'aient pas à le faire eux-même. Mais je n'étais pas venu pour me faire acteur de la révolution grondante et cracher sur les riches, bien au contraire. Tel une sangsue, un parasite, une charogne, j'étais venu les dépouiller du peu qu'ils avaient. Et mon arme n'était nulle autre que leur espoir vacillant, l'appât du gain de ceux qui n'ont pas grand chose, et qui sont prêts à miser tout ce qu'ils ont. Comme si, "peu" et "rien", c'était la même chose. Un fatalisme qui leur coutait cher.

Ainsi, j'avais passé la dernière décade à écumer Nexus. Jour après jour, quartier après quartier, auberge après auberge. Je trimballais sur mon épaule un énorme sac de sport, rempli de babioles que j'avais apportées de la Terre. Et croyez-moi, un jeune homme avec un manteau à fermeture éclair, un jean et un sac de marque en fibre synthétique, c'est tout sauf anodin, dans la cité d'ivoire. Mais tout charlatan vous le dira, quand on monte une bonne arnaque, il faut savoir attirer l’œil du pigeon, et disparaître avant d'attirer celui de la garde.
Je m'étais donc installé à la taverne du Sanglier Salace, un rade de qualité douteuse qui justifiait son nom d'enseigne par le fait "qu'on y fait aussi d'la boustifaille, même si c'est assez rare que les gars du cru y z'ont les moyens de s'payer not' fameux rôti d'songlier". J'avais payé une chambre à l'étage avec une partie de mes gains des jours passés -la veille ayant été extrêmement rentable, imaginez vous disputer une partie de cartes avec un illusionniste-, et j'avais obtenu mon droit de faire tourner mon affaire dans l'arrière-cour de l'établissement pour la soirée, en échange d'une figurine Hello Kitty, que j'avais vendue comme un charme apportant la prospérité aux commerces. La mention "made in Taiwan" était un mantra qu'il était censé réciter régulièrement, et le tenancier avait tellement avalé mes couleuvres qu'il avait passé la soirée à la déclamer à chaque nouveau client qui entrait, en guise de salutations.

Mais ce soir, il n'était pas question de plumer quelques pigeons en trichant aux cartes. Déjà parce que c'est lassant, ensuite parce que les gens s'attendent d'emblée à de la triche, et cherchent eux-même à tricher. Ce soir, c'était un jeudi soir. Et avec un jour d'immortalité dans la semaine, on peut chercher à faire dans le grandiose, dans le spectaculaire, et prendre des risques stupides sans réelle crainte des conséquences.


"Alors messieurs, approchez, faîtes vos jeux! Lequel d'entre vous arrivera à mettre à mort mon champion, et remporter l'une des mystérieuses merveilles que j'apporte d'outre-monde?"

J'avais les gestes et l'intonation du chauffeur de salle, et ma voix contribuait à l'ambiance générale qui se dégageait de la clameur de mon public qui se faisait grandissant. Il était neuf heures du soir, j'avais commencé environ deux heures plus tôt, et je pensais continuer encore deux heures. Outre les prises de paris, mon champion avait déjà remporté huit combats d'affilée.
Ce champion, c'était un mâtin miteux que j'avais trouvé dans la rue, le matin même. Une bête assez maigre, au pelage noir, mais absent par endroits, là où l'animal s'était rongé jusqu'au sang pour calmer ses probables démangeaisons. Mais il tenait encore sur ses quatre pattes, le regard sombre, lâchant parfois quelques aboiements puissants et provocateurs, sans doute pour se montrer plus intimidant qu'il ne l'était vraiment.


"Mon cher Sanzam a déjà remporté pas moins de huit combats, huit! C'est l'épuisement qui le guette, profitez-en maintenant! Y aura-t-il une bête, un challenger assez BRAVE pour oser porter le coup fatal à ce monstre sanguinaire?"

Je suscitais la fierté mal placée, mais ça fonctionnait plutôt bien. La plupart desdits challengers étaient, comme Sanzam, des corniauds qu'ils avaient trouvé au hasard. Plus tôt, j'en avais vu deux s'éclipser une vingtaine de minutes, et ramener avec eux un clébard qui se débattait encore dans leurs bras pour le jeter dans cette arène improvisée. Ils avaient misé gros sur ce molosse bien en chair, mais l'animal boîteux et dont les yeux jaunis trahissaient un problème de foie avait fini en charpie comme les autres, non sans offrir un bon divertissement, cependant.
C'est que voyez-vous, mon champion était increvable. Parce qu'il était déjà crevé. Lorsque je l'avais ramassé dans cette ruelle, la faim semblait avoir déjà eu raison de lui. J'avais simplement relevé sa dépouille, et la faim persistante faisait le reste. Peu importait qu'il soit mordu ou griffé, Sanzam n'avait qu'un seul désir: assouvir son appétit de zombie, avec tout ce qu'on lui envoyait dans l'arène.
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Alix Sable
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« Répondre #1 le: Septembre 10, 2018, 08:53:38 »

La fin de journée s’annonçait, et avec elle le moment de faire les comptes de la journée. Honnêtement, à vérifier le fond de mon sac à dos, ça n’était ni spectaculaire, ni complètement catastrophique, plutôt une récolte moyenne à Nexus, entre achat et revente. Aujourd’hui n’en finissait plus. Un client mécontent en remplaçait un énervé, un fournisseur collant était suivi par un concurrent hargneux, et ainsi de suite, sans la moindre pause pour mes pauvres pieds engoncés dans ces sales godasses qui étaient bonnes pour la poubelle.

Ouais, ce soir, j’avais mal aux pieds, au dos, et au cul tant qu’on y est. Un con grassouillet m’avait tenu la jambe pendant près d’une heure et demi à propos des vertus d’un partenariat avec sa ligue de tailleurs dont je n’en avais strictement rien à carrer. Mais comme il m’avait racheté mon stock de jogging terrien basse qualité, les grandes tailles l’intéressaient beaucoup, je n’avais pas à me plaindre. Tout ça pour dire que sur le chemin du retour, j’avais furieusement envie de me coller le derrière sur une banquette de bistrot, et d’aérer mes petits petons nauséabonds.

*L’occasion d’aller dans ce rade… Comment c’est déjà ce nom de merde ? Le cochon en salade ? La truie en maraude ? Bah…*

Deux ou trois jours qu’on me rabattait les oreilles sur les soirées animées qui s’y déroulait, à croire que les sans-dents du coin avaient trouvé une nouvelle attraction. Peut-être de nouvelles serveuses à grosses poitrines, ça avait toujours tendance à faire venir les nouveaux clients. Le sac sur l’épaule, les ampoules aux pieds, j’empruntai donc les ruelles conduisant à ce bistrot, sans oublier d’éviter les poubelles renversées et les clochards eux-aussi renversés pour une autre raison.

Ah, le doux parfum des quartiers pauvres. Cette odeur rance, un mélange de pisse et de bière, qui s’accrochait partout à la chaux des murs et aux poutres en bois. Le sanglier salace, c’était donc ça, je n’étais pas si loin. J’allais pousser la porte du pied avant de me raviser au dernier moment, épargnant de justesse mes orteils, et l’ouvrais normalement, du plat de la main comme une civilisée.
Bizarrement, la salle était moins remplie que je ne l’escomptai. Des poivrots et des marins braillards se croisaient pour aller chercher du ravitaillement au bar et repartir vers l’arrière-salle où, si j’en croyais les hurlements, était justement l’endroit où se déroulait le spectacle. Je remontai mon jean troué, on m’avait déjà tiré le froc dans ce genre d’endroit, et resserrait ma ceinture avant d’aborder le patron occupé à astiquer ses verres.

« Euh… Ouais, salut. » Etrange façon de saluer, avec son madin-je-ne-sais-quoi. « Il s’passe quoi ? C’est la soirée chemise mouillée ? »

Difficile de ne pas lorgner sur la figure Hello Kitty qui oscillait sur le cou du patron, comme un pendentif complètement ridicule. Qui lui avait vendu cette horreur ? Je devais bien être la seule à savoir la signification stupide de cet objet terrien, et compris forcément qu’on avait bien pris cet type pour un con.

« Combat de clébards, hein ? J’vais aller voir… Tiens, file-moi un fond de whisky, j’ai besoin de désinfecter mes ampoules. »

Ma consommation payée, je me faufilai entre les haleines alcoolisées, et les bedaines pleines de sueurs pour me frayer un passage jusqu’à l’arène. Honnêtement, ça ressemblait davantage à un pauvre carré de sol fermé par des barrières où l’on balance des sacs à puces à moitié crevés, mais le type y mettait du cœur pour animer l’endroit.

*Ah, c’est lui qui vient de la Terre. Vu comment il s’est payé la tête du patron, m’étonnerai pas qu’il se foute du monde ici aussi.*

Son champion était certainement le plus miteux du lot, et franchement, j’étais tout étonnée que cette saloperie tienne depuis huit combats. Au moins, le type savait entrainer son monde, et le public était littéralement hystérique en réclamant un autre combattant. Jouer des coudes pour arriver au premier rang me semblait risqué, surtout si je devais me prendre mon verre dans le pif, j’optai donc pour un perchoir sur une table, histoire de regarder comment tout ça se déroulait. C’était peut-être mon instinct qui s’excitait, mais j’avais comme l’impression de déceler une bonne occasion pour se remplir les fouilles.
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« Répondre #2 le: Septembre 11, 2018, 02:53:03 »

Dans ce secteur d'activité, il fallait constamment que je fasse preuve d'une vigilance infaillible. C'est qu'à moi seul, j'avais beaucoup à faire: récolter les paris entre deux combats, répondre à ceux qui m'amenaient un autre chien à servir en pâtée à Sanzam, m'assurer qu'aucun de ces ivrognes ne cherche à assommer mon champion pour récupérer ensuite sa mise, et surtout surveiller le sac de sport qui contenait non seulement mes "incroyables récompenses", mais également mes propres bénéfices.
En réalité le sac ne contenait vraiment que des broutilles, que j'avais achetées pour rien dans un supermarché. Entre autres, un réveil numérique à laser, une petite voiture téléguidée, des porte-clés clignotants, des jouets du même acabit que la figurine que j'avais déjà donnée au tenancier, et même l'un de ces agaçants poulets en caoutchouc qui hurle quand on appuie dessus. Celui là me servait un peu d'alarme, car dans l'éventualité où un fouineur venait à l'empoigner, il se ferait vite remarquer.

Et quand on a les yeux partout à la fois, quand comme moi on cherche à repérer les ennuis avant qu'ils ne nous tombent dessus, certains détails ne nous échappent pas. Aussi comment ne pas remarquer ce... ce type, qui faisait partie des quelques-uns suffisamment malins pour se placer en hauteur, mais qui pourtant n'avait pas l'air de partager l'engouement et l'hystérie générale. Son verre à la main, l'inconnu accablait mon arène improvisée d'un regard lourd de jugement que je n'appréciais pas, et que j'appréciais encore moins lorsqu'il suivait, inquisiteur, mon champion qui tournait dans l'arène comme un boxeur en train de parader.
Et il y avait encore autre chose, une chose qui me déplaisait tout particulièrement au point de devoir en contenir un tressaillement. Cette apparence, ce look était beaucoup trop "grunge" pour Nexus. Tout précisément ce jean, qui me semblait aussi terran que le mien. Il fallait vraiment qu'un terrien se pointe? Il se sentait vraiment l'envie de foutre en l'air mon business au point de se placer là où tout le monde le verrait? Même s'il se taisait à propos de la réelle valeur de mes récompenses, on me soupçonnerait d'avoir un complice dans l'assistance. Dans l'immédiat, l'interpeller était malheureusement le meilleur moyen de reporter l'attention sur ce fauteur de troubles.

Certes, les enjeux n'étaient pas énormes, pour quiconque avait un peu de bon sens. Les paris que je récoltais se faisaient pour la grande majorité en pièces de cuivre. Mais du cuivre, de cette qualité et en telle quantité, ça pouvait se fructifier sur Terre. Après tout il arrivait que des gens se fassent arracher des tuyaux de cuivre des murs, le matériau refondu devait avoir une bonne valeur marchande, non? Pour le reste, n'importe quelle babiole de Nexus pouvait trouver acheteur au Japon. Et puis outre un profit substantiel, c'était vraiment distrayant.


"Laissez passer Rufus, le Démembreur!"


Et voilà que les grouillots apportaient une nouvelle offrande à leur désir de chair déchiquetée. S'ensuivit une nouvelle vague d'effervescence, de pronostics bancals, de remarques bruyantes et d'encouragements irréfléchis. L'argent circulait jusqu'à moi comme si j'étais un véritable siphon à fric, et l'animal au poil clair et frisé -c'était un caniche?- fut précipité dans l'arène à mon signal. La marée humaine s'abattit à nouveau contre les barrières, inondant la cour de ses cris et martelant l'air de ses poings. Le combat débutait à peine que je contournai le plus gros de la foule, me faufilant tel un rat entre les pochetrons qui s'agitaient, sur la pointe des pieds, en tentant vainement de voir par dessus les épaules des rangs plus avancés.
Arrivant au niveau de la table sur lequel était monté mon trouble-fête, j'en tapotais la surface du plat de la main, histoire de capter son attention. Ceci fait, je dévoilai l'intérieur de ma veste et le couteau qui y était dissimulé, en lui jetant un regard chargé de reproches. De si près, je me rendis compte que mon inconnu était
une inconnue. Je m'adressai à elle d'une voix mauvaise et monocorde, suffisamment bas pour qu'elle seule puisse m'entendre:

"Tu vas descendre de là, et me dire ce que tu viens foutre ici."


Ma lame n'avait absolument rien d'impressionnant pour les gens du cru, et à vrai dire représentait une menace assez ridicule. Mais je comptais davantage sur le contraste entre le ton autoritaire que je venais d'employer, et l'apparente gaieté dont j'avais fait montre pour attirer le quidam.
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« Répondre #3 le: Septembre 14, 2018, 10:17:30 »

Mon whisky contenait le même arrière goût immonde qu’à l’accoutumée. Franchement, j’ignore d'où me venait cette obsession à commander ainsi cette immondice en sachant pertinemment que ce n’était même pas du vrai. Une taverne aussi miteuse que celle-ci ne servirait jamais un authentique whisky, un vrai de vrai comme on en trouvait sur Terre et qui n’avait rien à voir avec ce mélange de fonds de tonneaux. Mais lorsqu’on vit dans ce genre de milieu, les tripes doivent s’habituer à ce genre de tords boyaux, et je ne ressentis qu’un vague picotement dans la gorge quand le liquide se faufila jusqu’à mon estomac.

Le verre à la main, un air circonspect visible sur ma tronche, je suivis du regard le sac de viande pouilleux qu’une bande de marins mal lavés trimballaient sur leurs épaules en l’appelant leur champion. Ma vieille voisine devait avoir le même genre de caniche, songeai-je. Encore une daube qui n’allait pas faire long feu dans cette arène, avec cette étrange bestiole tout aussi mitée qui ne montrait étrangement aucun signe de fatigue. Plus je suivais l’animal des yeux, plus je flairais une escroquerie, mais laquelle ? La plupart des poivrots de la salle étaient simplement bien trop ivres ou hystériques pour y réfléchir, et je demeurai probablement le seul esprit critique du moment.

*Vu la gueule du machin, il devrait au moins être à bout d’souffle depuis l’temps… Alors qu’il m’a l’air de plus en plus hystérique.*

La magie pouvait éventuellement expliquer l’astuce, mais comme le type qui s’évertuait à rameuter davantage de populace, à grand renfort de discours grandiloquents, venait de la Terre, cela ne collait pas tout à fait. Je remuai pensivement mon verre de piquette quasiment vidé, observant d’un œil morne les ploucs braillards dont pas un ne semblait émettre le moindre doute sur l’authenticité du combat. Cet endroit était un véritable fond de caniveau avec ses ordures flottantes à la surface, dans un océan de whisky coupé à l'eau.

Même si la magie était plutôt courante sur Terra, ce ne serait certainement pas grâce à ces types que je parviendrai à l’identifier sur le mystérieux clébard increvable. La plupart étaient si ivres, qu’ils ne parviendraient sans doute pas à distinguer leur bite de leur gros orteil d’ici demain soir. Quoiqu’il en soit, tout ceci puait l’arnaque, et j’en eus rapidement la confirmation quand l’orateur de pacotille émergea des derrières gras et des aisselles en sueur, brandissant un cure-dent accompagné d'une menace non moins terrifiante.

« A ta place, j’sortirai pas ton jouet devant tout le monde. ‘Fin c’est un simple conseil, hein, mais la plupart sont armés avec des lames aussi grosses que tes bras, et comme t’en as tondu une partie toute la soirée avec ton arnaque… »

Honnêtement, je n’étais pas très inquiète. Les grosses brutes violentes, j’en avais connu par paquet de dix, et celui-ci n’avait tout simplement pas le profil. Je reposai mon verre tranquillement, certaine qu’il n’allait pas risquer de déclencher une bagarre générale avec sa lime à ongles.

« Ça rapporte le combat de clebs truqué ? » Déclarai-je de but en blanc. « Quoique le truc est assez visible quand on s’y connait un minimum, mais j'imagine que les merdouilles en plastique terrien doivent s’écouler super bien chez les glandus du coin. »

Un petit sourire suffisant, et me voilà dans mon domaine habituel. Le bluff, le mensonge, les boniments et autres blablas fondés sur du vent car je n’avais évidemment aucune idée de son astuce pour transformer un sac à puce des caniveaux en machine à tuer impitoyable. L’idée était simplement de tailler le bout de gras en le rendant suffisamment mal à l’aise pour commettre un aveu, et me fournir une opportunité pour gratter de l'oseille.

« T’inquiète pas, va, continue ! Fais pas cet air de toutou dépressif. » Dis-je en lui faisant signe de s’éloigner, sans pour autant descendre de mon perchoir.
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« Répondre #4 le: Septembre 17, 2018, 01:32:19 »

Je me décomposai depuis l'instant où j'avais entendu le mot "truqué". Ma bouche entrouverte trahissait un air dévasté, ahuri, abasourdi. Mais l'étais-je vraiment?
Vraiment, il m'en fallait plus. Mon réflexe avait été d'analyser. Elle connaissait suffisamment les gens du coin pour prévoir leur réaction, mais d'un autre côté, elle s'en détachait, ils n'étaient jamais que "les glandus du coin". Était-ce par arrogance, ou simplement parce qu'elle n'était pas d'ici, et que le destin, dans sa facétie, l'avait placée là dans le seul but de me pourrir l'existence? Et puis, il y avait cette histoire de plastique "terrien". Il y avait vraiment besoin de préciser, ou était-ce une autre distanciation? N'était-elle pas elle-même terrienne? Mon masque de désespoir reprenait consistance et assurance, pour se muer à nouveau en des traits durs et un regard sec. J'évitai cependant de hausser le ton, me contentant de répondre normalement, de façon à être entendu par quiconque aurait capté notre petite conversation:


"Il n'y a pas de truc. Et je n'ai pas grand chose à craindre, merci du conseil."

La certitude dans ma déclaration ne découlait pas seulement de ma petite période d'immortalité hebdomadaire. J'avais travaillé mon public depuis un petit moment en jouant sur le divertissement et leur état d'ébriété qui faisait la joie du commerce. La plupart d'entre eux ne cherchaient plus vraiment à gagner, ils payaient simplement pour voir des animaux se faire déchiqueter. C'étaient un peu des gladiateurs canins, au final. Pour un poivrot qui voulait voir du sang gicler, une lampe-torche à LED, c'était jamais que du bonus.
En surface, il m'était vital d'avoir l'air sûr de moi. "Je n'ai pas grand chose à craindre" pouvait signifier bien des choses dans un monde où une gamine de huit ans pouvait se révéler être un vampire avec une épée démesurée cachée sous sa robe. Je clamais à bon entendeur que j'étais protégé, par moi ou par un autre, que si j'étais seul contre tous, je n'en étais pas moins intouchable. Le bluff, ce n'était pas un "truc", une astuce, pour gérer une affaire comme celle-ci. C'était un atout, crucial à la survie.

L'espace d'un court instant, d'une micro-expression, je lui révélai un sourire complice, révélateur. Il voulait dire "Oui, bien sûr qu'il y a un truc". Mais sa véritable signification était "Merci". Merci d'entrer dans mon jeu. Merci de rendre la soirée vraiment intéressante. Elle pouvait savourer cette maigre victoire. Après tout, c'était
exactement pour ça, que j'étais là.
Elle m'avait chassé de la main d'un geste désinvolte, mais si elle ne m'avait pas obéi, il n'appartenait qu'à moi de la prendre à contrepied. Posant ma chaussure sur le bord de la table, je me hissai d'un bond à son côté, la débarrassant d'un coup de toute impression de supériorité. Elle ne me dominait plus de son perchoir, mais en arrivant à sa hauteur, je me rendais compte que j'étais à peine plus grand qu'elle. Retourner la situation en la dépassant d'une tête, c'eut été bien plus avantageux. Je maudissais intérieurement ma taille, et le fait que les gens étaient tous de plus en plus grands au fil du temps.
La table ne nous laissait que peu d'espace, créant une espèce de proximité menaçante que j'avais créée en envahissant si soudainement son espace vital. Mes traits irrités ne trahissaient en rien l'amusement que je ressentais alors. Et je n'avais pas l'intention de la lâcher de sitôt. Toujours avec ce semblant d'agressivité, je parlai, un peu plus bas, presque sur le ton de la confidence:


"Enfin, je t'en prie, fais tes propres enjeux! Si tu trouves un quelconque truc dans l'heure qui suit, je t'offrirai la récompense d'outre-monde qui te plait! Et je ne te parle pas de mes 'merdouilles en plastique'."


Était-ce là la moitié d'un aveu, ou bien la menace d'un homme qui ne peut pas perdre? Honnêtement, j'adorais jouer sur ce doute. Il était question d'enjeux. Il était question de paris. Elle avait une possibilité de "défaite", une chance de "perdre", et je me plaisai volontiers à ne pas en dire davantage sur ce que je comptais en tirer. Oh bien sûr, elle pouvait tout simplement décliner, mais j'avais bien calculé mon coup. J'avais attaqué son orgueil. J'avais piétiné ses plates-bandes. Refuser de jouer maintenant, c'était comme descendre de la table. C'était accepter que je la regarde de haut. C'était se détourner et baisser la tête alors que je restai sur mon piédestal. Il ne me restait plus qu'à porter le coup de grâce.

Mon bras s'enroula autour de son épaule à la manière d'un ami, et une expression réjouie devint mon nouveau masque. Ma voix se fit plus haute, plus claire, et redevenait celle de l'homme de divertissement:


"Et oui mademoiselle, admirez vous aussi ces guerriers au poil rugueux! Sanzam contre Rufus, deux tornades de griffes et de crocs!"

Je continuais à la manière d'un commentateur sportif, décrivant tout ce qui se passait sous leurs yeux embrumés d'alcool de façon à enjoliver et mystifier cette bagarre de chiens galeux. C'était un rade, aussi tous les hommes qui s'étaient tournés en entendant "mademoiselle" l'avaient aperçue, elle et sa tenue aussi étrangère que la mienne. Si je venais à être accusé de quoi que ce soit de louche, on la présumerait complice. Qu'elle le veuille ou non, si les ivrognes venaient à gronder, on serait dorénavant difficiles à dissocier.
« Dernière édition: Septembre 17, 2018, 01:37:32 par Milano » Journalisée

Alix Sable
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« Répondre #5 le: Septembre 17, 2018, 03:22:15 »

Ce fut avec une certaine fierté, et un air condescendant, que je vis l’expression de mon interlocuteur, ce blanc-bec à la langue bien pendue, se décomposer furtivement face à mon accusation suggérée. Mon instinct ne n’avait pas trompé une fois de plus : cette boucherie canine était donc bel et bien truquée. Par quelle astuce, ça il me restait à le découvrir, mais à voir la mine déconfite du gougnafier, aucun doute n’était permis.
Masquant un sourire orgueilleux derrière mon verre vide d’alcool, j’écoutais avec ravissement son jappement défensif, qui se voulait suffisamment fort pour rassurer les oreilles indiscrètes. Trop tard ! Je savais que celui-ci, derrière ses airs de vendeur de tapis exalté, cachait ses petites magouilles de rues, et qu’il ne tenait pas à ce que les poivrots du cru apprennent ses secrets. Mais qu’est-ce qui le faisait sourire au juste ? A voir son expression changer si rapidement, je sentis ma méfiance revenir au galop.

*Toi, t’as la tête du casse-couille qui prépare un coup tordu… Dire que j’voulais juste me faire un peu de blé, pas faire un concours d’emmerdeurs.*

Le voilà qui grimpait dans mon refuge, s’installa sur la table étroite quitte à se coller contre moi, avec le sourire du colporteur s’apprêtant à vous piquer fric et fringues. Non, décidément, pensais-je, celui-ci préparait manifestement un coup sournois. Mais pourquoi ? Après tout, mes mots étaient clairs, je ne cherchais nullement à pourrir son affaire, mais plutôt à profiter des poches percées de la foule rassemblée ici. Je posai mon verre derrière moi, adoptant une pose qui se voulait détendue, mais le léger agacement créé par cette proximité forcée se lisait clairement sur mon visage.

La proposition m’arracha un haussement de sourcil perplexe. Celle-ci me paru, dans un premier temps, d’une absurdité sans nom ! Pourquoi irais-je parier sur un combat dont l’issu était jouée d’avance ? Car plus je regardais l’improbable champion, dont les morsures et les coups de griffes des combats précédents ne ralentissaient pas son ardeur, plus j’étais convaincue que ce chien possédait quelque chose d’anormal. Ce qui ne changeait rien à l’humeur festive, et même rageuse de la foule, réclamant à grand coup de braillements davantage de tripes et de sang.
A peine commençai-je à réfléchir sur ma réponse, réellement pris de court, que l’emmerdeur décida de me tâter l’épaule, d’enrouler son bras autour de ce dernier. Le geste typique des personnes cherchant à vous dominer. Honnêtement, cette manière de faire m’agaça d’emblée, et je dois bien reconnaitre qu’il s’en est fallu de peu pour que je jette un pari stupide et irréfléchi à sa figure. La moitié de la salle me jeta des coups d’œil furtifs, des yeux rougies par la vinasse me scrutèrent, et je sus avec certitude qu’on attendait ma participation à cette hystérie collective.

« Ok… » Commençai-je en fouillant machinalement ma poche, y découvrant une inspiration brusque. « Dans c’cas, j’vais parier sur Rufus !... Et j’vais mettre en jeu pas n’importe quoi… »

Naturellement Rufus allait se faire perdre. Rufus le caniche de grand-mère, qui me ferait perdre mon pari, mais était-ce réellement une défaite ?

« Ceci ! » Clamai-je bien fort, en déroulant une liasse de préservatifs attachés les uns aux autre. «C’est un mantra béni par des moines au cœur de Terra pour assurer fertilité et virilité… Ça vaut son pesant d’or, parole. »

Des « oh » et des « ah » accompagnèrent cette déclaration, tantôt admiratifs, tantôt envieux. D’un point de vue de grouillots incultes des quartiers pauvres de Nexus, j’imaginai bien comment mon lot de capotes pouvait en jeter. Avec son papier argenté rutilant, et ses inscriptions médicales pouvant paraitre pour des runes mystiques, nul doute qu’il inspirait l’admiration des masses. Je dévidai le « mantra » précieux devant le nez de mon arnaqueur, qui devait connaitre son usage réel, aucun doute là-dessus, et je le gratifiai d’un sourire narquois.

Le parfait sourire de la peste. Peu m’importait de perdre désormais, je ne me souvenais même plus pourquoi ces capotes se trouvaient dans mes poches, mais je n’étais pas peu fier de mon coup.

« Ah désolé, elles sont sûrement grande taille par contre. » Glissai-je discrètement à mon voisin en posant le lot de préservatif sur ses cuisses. « Elles vont sûrement pas t’aller… »

La foule rugissait déjà face au combat à venir, et les paris redoublaient d’enthousiasme , tandis que moi, je me payai ouvertement la tête de ce type. Ce n’était ni plus ni moins que lui renvoyer ses boniments à la figure, et je n’étais pas peu fière de ma manœuvre. Il l’avait bien cherché !
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« Répondre #6 le: Septembre 19, 2018, 01:19:43 »

Des mâchoires qui claquaient. Des grognements de rage, des jappements de douleur. De la fourrure et des lambeaux de peau qui volaient, aussi. Alors qu'un flot ininterrompu de paroles creuses cherchait à alambiquer ce spectacle de sauvagerie primaire, mes méninges tournaient à plein régime.

Il y avait d'abord ce que j'avais sous les yeux: Rufus se défendait pas mal. On tend à oublier que les caniches sont des chiens de chasse, jusqu'à ce qu'ils soient précipités dans un monde de violence. J'apercevais une méchante blessure que Sanzam avait reçu à la patte, et quiconque s'y attardait pouvait y voir en partie son os. Un zombie n'en était pas inquiété le moins du monde, mais ça soulevait un problème que je n'avais pas considéré: Avec des os brisés, ou les tendons et ligaments sectionnés, il deviendrait moins fonctionnel. Mon champion n'était pas intouchable. Il s'usait. Je devrai savoir quand m'arrêter.
Venait ensuite ce que j'avais dans la main: le jeu de préservatifs qui dansait entre mes doigts à mesure que je réfléchissais. D'une part, ma fauteuse de troubles avait confirmé une chose importante: je n'étais pas venu pour rien. Tout comme je le soupçonnais, je n'étais pas le premier à exporter de la breloque terrienne. Mais s'il y avait un réseau, un trafic, je voulais en être. Non, je voulais la mainmise dessus. Puisqu'elle semblait connaitre son affaire, elle devait en connaitre les ficelles, y jouer un rôle. Elle utilisait mes armes contre moi, et c'était aussi désobligeant qu'excitant. Il me fallait la cuisiner sur le sujet.
D'autre part, il me fallait reconsidérer ma mise. "La récompense d'outre-monde qui te plait" avais-je avancé. Maintenant, je savais qu'elle avait probablement plus que ces fripes dépareillées qu'elle appelait vêtements. Si elle savait plus, elle demanderait plus. Et l'idée d'avoir plus à perdre qu'à gagner était assez dérangeante.

La représentation morbide s'acheva sur un couinement aussi court que pathétique, suivi d'une ovation hystérique. Sanzam avait encore accompli son œuvre funeste. Malgré leur argent perdu, la plupart des piliers de comptoir se réjouissait. Un autre corps devenu cadavre. Un autre être vivant réduit à l'état de tas de viande pour leur divertissement. Et moi? Oh, moi je couvrais leur émoi en glorifiant mon champion, je les encourageait à l'applaudir. Enivrés par le gout de l'alcool et du sang, ils buvaient mes paroles et acclamaient la source de leur déchéance. Mon attention se porta à nouveau sur ma voisine, et je brandissais les capotes avec un air provocateur:


"Alors? Tu as vu quelque chose? De la triche? Mmmh? Alors je vais garder ça, je pense que j'ai pas fini de t'enculer."

Mes yeux la détaillèrent de bas en haut comme un prédateur devant une proie impuissante. Puis avec une expression suffisante et triomphante, je bondissai au bas de la table avec légèreté, comme pour me baigner dans la foule qui scandait le nom de Sanzam. Bien qu'insensible à la douleur, ce dernier paradait dans l'arène sur trois pattes, comme s'il était incapable de poser sa patte avant droite tant elle lui faisait mal. Il s'agissait de ma volonté, pas de la sienne. Un chien de cet acabit n'aurait pas eu l'idée de simuler sa douleur. Un pantin, en revanche, pouvait le faire sans avoir à y songer. Je continuai de dissimuler mes préoccupations et mes machinations sous une montagne de faux orgueil:

"Amenez-les! Peu importe que ce soit un chien, un chat, un furet ou un coq! Envoyez-les dans l'arène! Pour le prochain combat, je remets en jeu les mantras que je viens de gagner à l'instant! Et j'y ajoute ces chausses de confort magiques!"

Je joignai le geste à la parole en sortant de mon sac une paire de baskets lumineuses Captain America. Qui, à ma grande stupéfaction et au second coup d’œil, étaient presque à ma taille. J'en ajoutai davantage en précisant que l'homme représenté dessus était un Héros de guerre de la Terre, qui avait vaincu un conspirateur au crâne rouge il y avait de cela un siècle. Tous ces débiles avalaient mes bobards comme si j'étais le messie et j'avais pu pousser l'insulte en remettant en jeu mes gains. Il serait bientôt difficile de dévoiler mes combines sans se mettre quelques brutes à dos.

Et si possible, ceux armés de lames aussi grosses que mes bras.
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« Répondre #7 le: Septembre 24, 2018, 12:18:24 »

Force est de reconnaitre, que ce gringalet maitrisait l’enthousiasme de la foule d’une main de maitre, et en jouait pour créer une ambiance incroyable, à la limite de l’hystérie collective. Car il s’agissait bien de cela. Que ce soit les marins, les habitués du bistrot ou quelque soldat en balade, pas un ne semblait remettre en question le moins du monde l’intégrité des combats. Les cris des uns stimulaient les autres, et chacun se flanquait des tapes pour s’encourager mutuellement à jeter davantage d’argent dans cette arnaque.
Rufus était en train de se faire tailler en pièce, énième sacrifice pour le profit du bonimenteur, et je perdis donc mon lot de préservatifs. Pardon, de mantras. C’était prévisible, et je m’en souciai comme d’une guigne, mais ça enthousiasma totalement l’emmerdeur qui se fendit d’une provocation bien salace. Je levai les yeux au ciel tandis qu’il s’éloignait, désireux de profiter de l’ovation générale de ces crétins. Honnêtement, je devais bien reconnaitre ces combats très profitables, surtout à voir le cuivre s’échanger de toute part, mais jamais je ne m’y serai risqué moi-même.

*Organiser ces trucs, c’est trop aléatoire… Si ton chien claque, tu perds, donc il doit forcément avoir trouvé un truc pour gagner autant.*

Mais quoi ? Plus je regardais le cabot dandiner sur trois pattes, moins je parvenais à comprendre où était situé à l’astuce. Il était sans doute temps de m’avouer vaincue, et d’abandonner l’idée de découvrir le truc pour espérer m’en servir à mon tour. Par contre, emmerder davantage ce type… Les crétins se mirent à brailler de plus belle quand il exhiba ses baskets bon marché et ses mantras fraichement gagnés aux yeux de tous. Et il en rajoutait encore, et encore, comme si les vociférations générales ne suffisaient pas à calmer son orgueil.

* Ah !... Monsieur aime jouer sur les mots hein ?... Attends.*

Une idée saugrenue se pointant dans ma cervelle, je saute à mon tour au bas de la table, et me faufile à l’extérieur de la salle, cherchant des yeux une connaissance. Un claquement de doigt plus tard, l’une des serveuse, que je connais bien, se rapproche de moi tout sourire, et j’en profite pour lui glisser quelques mots à l’oreille. Pour parfaire le tout, je lui glisse un pourboire dans le même temps, et voilà la demoiselle qui disparait quelques temps dans l’arrière-boutique.

Un instant plus tard, la jeune femme me confit discrètement l’objet pour lequel je lui ai versé un peu d’argent, et que je fourre aussitôt dans ma poche pour regagner la salle où régnait encore l’hystérie. Le combat suivant n’avait manifestement pas encore commencé, alors que déjà, on ramenait à grand renfort de hurlements un nouveau champion aussi pouilleux que le précédent. Qu’importe, je joue des coudes, me faufile et émerge à nouveau près de l’emmerdeur, tout occupé à exciter sa foule.
Le moment est venu de jouer les grandes gueules à mon tour. Je viens me mettre sur le devant de la scène en arrivant derrière lui, et je glisse par surprise mon bras autour de ses épaules comme il me l’avait déjà fait précédemment. Avec un grand sourire, presque aguicheur, et une voix suffisamment forte pour que tous entende, je rajoute la cerise sur le gâteau.

« C’est le grand combat du siècle cette fois ! En plus des chausses et des mantras, pour prouver que notre champion est le meilleur, j’offre une pipe à celui qui arrive à le vaincre ! »

Le casse-couille a voulu m’intégrer de force dans son coup ? Eh bien, nous y étions, et j’insistai bien sur le terme de notre champion pour mettre les choses au clair. Naturellement, à entendre la faveur sexuelle mise en jeu, et je n’étais pas un laideron tout de même, la clameur de la foule redouble d’intensité. Ou du moins, pensent-ils être une offre cochonne. L’astuce était un brin risquée, mais comme l’individu et moi sommes associés ensemble désormais…

« Alors, tu décides quoi ? Tu l’fais perdre ou gagner ? Fais gaffe de pas les décevoir au point où on en est… » Glissai-je à l’oreille de l’arnaqueur, sans me décoller de sa personne.

Ma déclaration puait le coup fourré, c’était l’évidence même. Et que devait-il faire ? L’occasion de me clouer le bec avec une queue puante était tentante, mais n’était-ce pas trop simple s’il était capable de changer l’issue du combat ? Et n’était-il pas dangereux de promettre davantage à cette foule déchainée ? Le public scandait de plus belle, réclamant le combat suivant.
Quelle que soit sa décision, je lui souhaitai bien du plaisir pour garder un semblant de contrôle sur ses hystériques maintenant que leur instinct de mâle primaire s’était éveillé.
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« Répondre #8 le: Septembre 26, 2018, 01:07:34 »

La délicieuse petite garce. Elle venait de me coiffer au poteau avec la seule chose qui pouvait éclipser en un instant cette soif de violence que j'avais entretenue toute la soirée. Et cette chose, c'était la perspective primale de pouvoir enfoncer leur bite dans la première gonzesse qui leur passait sous la ceinture. Il n'en fallait pas plus pour un paquet de mâles en sueur qui empestaient la gnôle. Pire que de simplement me voler la vedette, elle m'avait coincé. Je ne pouvais plus me désister comme ça, ou saboter tout simplement le prochain combat. Le spectacle ne pouvait plus s'arrêter maintenant sur ma seule décision.
Soyons clair, peu importe ses véritables intentions, elle avait fait ses choix, ses engagements, et la jeter au milieu d'une foule d'ivrognes en rut ne me dérangeait pas le moins du monde, bien au contraire. Mais il y avait des enjeux, un contexte, des risques... Était-ce ce qu'elle voulait? Merde, c'était son plan pour comprendre ma triche?

Sanzam devait perdre. Mais son nouvel adversaire était encore une bestiole pitoyable et je ne pouvais pas "juste" être vaincu. Elle était entrée dans mon jeu pour mieux me forcer la main, soit. Mais c'était toujours MON jeu. Alors on allait le jouer selon mes règles.
Ma main lui effleura ostensiblement les fesses avant de monter se poser sur sa tête et la caresser avec espièglerie. Un sourire chaleureux, un baiser complice sur la joue, et aux yeux de tous nous étions soudain devenus extrêmement proches. Il était temps de faire les présentations. Et de lui imposer son rôle dans cette nouvelle mascarade:


"Messieurs, laissez-moi vous présenter Viagra, ma partenaire de toujours! Une ovation pour Viagra!"

L'ovation en question ressemblait à une cacophonie de mugissements approbateurs qui ne faisaient qu'amplifier le ridicule de l'insulte. Et puis si elle la comprenait, j'en apprenais toujours davantage. Fier de moi autant que de l'échiquier que je mettais en place petit à petit, je quittai cette étreinte imposée avec un regret feint, m'avançant vers l'arène comme un prince qui s'avancerait dans sa tribune. Et c'est avec le même dédain et la même hauteur que je jetai mon regard sur le nouveau cabot. Il était pitoyable, comme tous les autres. Penchant la tête sur le côté, comme pensif, je fis la remarque à voix haute:

"Non, ça, c'est pas le combat du siècle... VOUS AUTRES, VOUS APPELEZ CA LE COMBAT DU SIÈCLE?"

Un non général, poussé par des voix décalées et des intonations différentes. C'était brouillon, mais on saisissait l'idée. Je continuai sur ma lancée.

"Et vous pensez que ce gringalet fera le poids face au redoutable Sanzam, le champion du Sanglier Salace?"

Encore un non, plus coordonné. C'était comme si cette mention avait fait de mon champion "leur" champion. De vrais moutons. Ils s'unissaient sous la bannière d'une arnaque dont ils étaient victime. Continuant ma mise en scène, je tournai le dos à l'arène, m'appuyant sur la barricade de fortune qui la délimitait. Mes yeux sombres fixaient ma tendre "Viagra", mais je continuai de m'adresser à l'assemblée dont la majorité était derrière moi, avec des gestes de mains lascifs:

"Alors amenez-lui un ami! Même deux, tiens, avant que je ne prenne les paris! J'ajoute un troisième lot aux mantras et aux chausses! Sanzam peut s'occuper de trois adversaires! Et si ce n'est pas le cas, alors ma partenaire s'occupera de trois vainqueurs!"

Cette relance grivoise provoqua une véritable cohue, et beaucoup d'agitation. Pas besoin de parcourir la salle des yeux pour comprendre qu'une marée humaine d'hommes libidineux courait en tous sens pour dire à tel ou tel mec d'aller à tel endroit, chercher telle bestiole, et de se magner le fion. Des éclats de voix, des rires gras et des tapes grossières dans le dos, et une portion de l'assistance s'engouffrait vers la porte, avide de chercher leur champion et de "partager la victoire". Les instincts primaires, même s'ils avaient été utilisés contre moi, restaient simples à manipuler.
Immobile au milieu de ce brouhaha, mon regard ne quittait pas ceux de mon adversaire dans ce petit manège. Le véritable combat avait déjà commencé et un rictus victorieux passa un instant sur mon visage.

Sanzam allait perdre. Et moi, j'allais gagner.
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« Répondre #9 le: Septembre 26, 2018, 04:34:52 »

Le buste bien droit, l’œil vif, j’arborai un sourire particulièrement insolent, et sûr de moi, pour faire face à ce prétentieux dont la seule erreur durant ce spectacle grandiose, fut de se croire plus grande gueule que moi. Mais au fond de moi-même, je n’en menai pas plus large que le pitoyable sac à puces que l’on amenait de force, coincé ainsi sous les aisselles transpirantes d’un matelot velu. Qu’était-ce d’ailleurs ? Ça ne ressemblait à rien, un vulgaire bâtard passant de main en main, un gros rat guère plus, exactement ce que je risquais si mon plan stupide échouait lamentablement.
Ce plan m’était venue spontanément. Alors que le bonimenteur m’adressait un sourire qui ne me disait rien qui vaille, prenant ses aises en me pétrissant les fesses et en déposant un baiser sur ma joue, je commençai à regretter mon idée. Car plus je voyais cette foule furieuse, plus j’étais en train de me dire que mon échappatoire était bien maigre, et que je risquais plus que de devoir enfiler une bile sale dans la bouche.

*Ricane enfoiré… J’suis pas encore à genoux…*

Le rugissement du public m’empêcha de ruminer mes pensées, et fit davantage courir un frisson glacé le long de l’échine. Non, décidément, je ne voulais pas me retrouver au beau milieu de ses cinglés en rut, à me faire matraquer la bouche par une queue puante et pustuleuse, ou pire encore ! Le maitre de cérémonie se sépara enfin de moi, et je suivis d’un regard légèrement anxieux son pas cadencé, ses gestes mesurés, et ce fichu regard provocateur qui masquait un énième coup fourré.

*Putain, non… Il va quand même pas oser en rajouter…* Pensai-je avec appréhension en l’écoutant additionner les récompenses et m'enfoncer davantage dans son business. *Oh bordel, il l’a fait…*

Mon plan initial étant de simplement jouer sur les mots, d’offrir une véritable pipe en bois au vainqueur, celle que je tenais justement dans ma poche et que la serveuse m’avait apporté, mais ce n’était plus vraiment d’actualité. Ma petite moquerie, cette maigre défense tombait à l’eau, et n’allait jamais se relever face à tant d’engouement viril… Et encore, ces mots sont faibles. Là, face à moi, une bonne quarantaine de mâles bourrés, hystériques, avec une demi molle dans le pantalon, et moi, la seule femme de l’assemblée avec une pauvre pipe en bois comme seule échappatoire.
La merde. C’était la merde. Malgré mon sang froid, un léger désarroi s’illustra sur ma trogne quand ces hystériques entrèrent en trombe, tenant dans leur bras un pitbull borgne, et un autre rat bâtard méconnaissable. Un ou trois, là n’était plus la question, le champion allait perdre, c'était inscrit. Cela se lisait sur le visage de mon propriétaire car il savait que je n’avais aucun moyen de refuser la faveur sexuelle désormais. J’avais lancé le pavé dans la marre, et monsieur n’avait fait qu’agiter les remous pour les transformer en vague, ce qui me vaudrait de sacrés emmerdes si je devais lutter contre le courant.

Un nouveau plan, et vite ! Les rugissements enthousiasmes retentissaient dans la salle tandis que le champion se faisait démembrer de manière prévisible… Évidemment puisque ce petit con trichait, je ne sais comment ! Cela m’était bien égal maintenant, parce que ma cervelle fonctionnait à plein régime pour trouver LA solution qui me sauverait de ce pétrin lubrique. Et là, cette solution, LA solution s’imposa brusquement sous mes yeux, en la matière de mon propre pantalon.
Rapidement, tandis que le combat faisait rage, je profitai de l’inattention générale à mon propos pour me décoiffer, tâchant de paraitre aussi laide que possible. Là-dessus, je glissai une main dans mon pantalon, triturait ma culotte à l’abri de regards, et réajustait finalement mon froc. Ce genre d’idée n’allait pas figurer parmi mes préférées, l’exhibitionnisme très peu pour moi, mais la faim justifiait les moyens ! Et ce qui devait arriver, arriva. Une dernière touffe de poil voltigea au-dessus de l’arène, et Sanzam rendit l’âme sans bruit, enfin déchiqueté sauvagement sous les hourras vulgaires des poivrots. Notamment les propriétaires des clébards, particulièrement enthousiastes de clamer leurs récompenses promises.

« Bravo aux vainqueurs ! » Hurlai-je bien fort en montant sur la table, histoire de prendre la parole en premier et de maitriser les choses. « Comme promis, ramenez-vos bites les vainqueurs ! »

Des rugissements d’enthousiasmes me répondirent. Déjà, au milieu des torses transpirants et des haleines alcoolisées, jouaient des coudes les trois types ayant ramenés les nouveaux champions, deux matelots rieurs et suants, plus un ivrogne bedonnant. Beurk. Je resserrai bien mon pull, celui-ci masquant déjà bien ma maigre poitrine où battait follement mon cœur, et commença de suite à desserrer ma ceinture. La foule n’en avait d’yeux que pour moi à ce stade et, silencieusement, je priai que mon ultime bluff fonctionne.

« Permettez que je sois dans l’ambiance… » Commençai-je avec un sourire se voulant coquin.

Je retirai mon pantalon lentement sous les « Oooh » lubriques… Avant de dévoiler mon caleçon masculin où s’affichait bien en vue, un membre en biais et ses bijoux de famille, sous les « Aaaah » surpris.

« … Dans l’ambiance parce qu’avec moi, c’est donnant-donnant les gars. J’espère que vous savez y faire de la langue aussi ! »

Si l’on m’avait dit qu’un jour, mon sexe allait me sauver. M’exposer ainsi ne me réjouissait pas beaucoup, je n’affichai qu’un sourire forcé, mais cela eut moins l’effet escompté. Déjà j’entendis de part et d’autre, force grognements réprobateurs, tandis que les trois vainqueurs hésitaient à avancer. Forcément, entre l’éclairage miteux, mon look de garçon manqué, ma poitrine cachée et ce membre masculin, on pouvait douter. Leur état d’ébriété avancé faisant le reste.

« C’t’y un faux ! » Brailla un soulard en me collant brutalement sa main à l’entrejambe, ce qui me fit souffler sous le choc, avant de la retirer comme s’il s’était brûlé. « C’t’y un putain d’vrai ! »

« Ta partenaire, c’t’UN partenaire ! » « Tu nous prends pour des tantouses ?! » « Putain d’salaud, approche pas d’ma bite ! » « REMBOURSE ! » Braillèrent-ils.

Crétin. Mais au moins son intervention eut le mérite de provoquer des braillements indignés, et un début de bousculade vers mon fameux partenaire. J’eus juste le temps de remonter mon froc tandis qu’on fit chanceler la table où j’étais perchée et, avec une souplesse exemplaire, je retombai sur mes pieds. Le moment était venu pour moi de prendre la tangente au milieu de la cohue. On ne badinait pas avec la virilité de ces messieurs. A pas de loups, je regagnai l’entrée de la salle tandis que l’on m’avait oublié, moi la fille au physique inattendu, et me faufilait discrètement vers la sortie.

Plantant là l’arnaqueur à l’ego démesuré, je lui souhaitai mentalement bien du plaisir pour se dépêtrer de cette situation !
« Dernière édition: Septembre 26, 2018, 04:43:19 par Alix Sable » Journalisée
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« Répondre #10 le: Septembre 27, 2018, 11:53:13 »

C'était une victoire parfaite et écrasante. Je l'avais coincée, j'allais terminer ma soirée avec mes gains, quelques pertes inévitables mais négligeables, et un public satisfait. Sanzam opposait bien un semblant de résistance, mais l'issue était déjà déterminée. J'avais juste à relâcher mon emprise sur ce cadavre ambulant au moment propice, et honnêtement le spectacle qu'offraient ses adversaires me facilitaient la tâche. J'avais une mine contrite lorsque mon champion glapissait sous les morsures, mais à l'intérieur, je jubilais. J'eus un sourire résigné en applaudissant les vainqueurs au terme de cette petite comédie.

A peine le combat était terminé que ma "partenaire" captait l'attention. Un mauvais pressentiment m'envahit soudain. Elle ne pouvait pas JUSTE s'être pliée au jeu, pas vrai? Mon instinct me hurlait qu'elle avait quelque chose en tête, quelque chose de... Désobligeant? Merdique. C'était le terme, oui. Çà sentait la merde. Je n'étais qu'une paire d'yeux parmi des dizaines qui attendaient la suite du show, mais je ne cherchais pas à m'approcher, bien au contraire. Je me rapprochais de mon butin, petit à petit, pour être prêt à l'embarquer et à me tirer au moindre bémol. Il était assez lourd, et j'espérais me tirer discrètement. Elle avait défait sa ceinture. Donc à moins de vouloir détaler en se tenant le froc, elle avait autre chose en tête.
Elle avait autre chose dans le pantalon.


"C’t’y un faux!"

"Non", pensai-je derechef. "Non mec, c'est pas un faux. Pas besoin d'y mettre la main pour... Trop tard!". Mon sac était littéralement à deux pas quand il se retournèrent d'un bloc vers moi. "Rembourse", osaient-ils me crier. A nouveau je me retrouvais forcé de réfléchir à cent à l'heure, et d'improviser sur le tas. Il n'était plus question de ranimer Sanzam, un zombie dans cet état, déchiqueté et démembré, était plus pathétique qu'intimidant. C'avait été une solution de dernier recours, mais c'était totalement à exclure. On s'était déjà débarrassés de ses victimes de la soirée, et aucun de ses derniers adversaires n'était mort. L'utilité de Samaël avait ses limites et je ne voulais pas risquer de dévoiler le subterfuge.
Je fis alors l'inventaire de tout ce que j'avais dans le sac de sport, toutes les breloques que j'avais à disposition. Il devait bien y avoir quelque chose qui me tirerait d'affaire là-dedans. Si seulement je pouvais l'atteindre... Je devais me créer une ouverture.


"Messieurs, messieurs, MESSIEURS! Vous n'avez pas apprécié la blague, soit. Mais il y avait d'autres choses en jeu, pas vrai?"

J'avais toujours ça. La paire de pompes que je tenais par les lacets sans même y penser, et cette ribambelle de capotes dans ma poche. Les prix. Les récompenses. Des objets de convoitise. C'est pour ça que je les avais toujours sur moi, d'ailleurs. Des bousculades et des jurons m'indiquaient que mes grands gagnants venaient clamer leur dû. C'était ma chance.
Je jetai mes "lots d'une valeur inestimable" dans la foule comme j'y semais des graines de confusion, provoquant une altercation qui me permit de me jeter sur mon sac et l'ouvrir, brassant l'intérieur à toute vitesse à la recherche de mon salut. J'y trouvai une paire de menottes à fourrure et une idée me traversa l'esprit. Je les pris. Elles, et un petit poste radio CD. Lui, je l'avais emmené pour le plaisir. J'allais devoir m'en séparer.


"La troisième récompense dont je parlais! Les sons d'outre-monde! Une machine infernale capable de scander des malédictions à quiconque ignore leur secret!"

Ce n'était pas mon plus beau mensonge, mais à situation désespérée, mesures désespérées. Et puis, Terra était un monde de magie, un monde de paysans ignares, illettrés, superstitieux et soiffards. On pouvait toujours miser sur la bêtise humaine. En appuyant sur play, j'en vis certains tout lâcher et se boucher les oreilles, pour se protéger des langues et sonorités qu'ils ne connaissaient pas. Des gens qui se battaient pour des préservatifs, d'autres qui réagissaient bizarrement à la musique... Ça ressemblait à une soirée en boite à Seikusu, mais c'était surtout mon moment pour me faire la malle.
Laissant le poste sur place, je refermai mon sac et le chargeait sur mon épaule, prenant mes jambes à mon cou. Je profitai de la confusion que j'avais semée pour me faufiler à travers cette meute en colère, bousculant les plus abrutis d'entre eux. Certains agrippèrent mes vêtements à la volée et je dus me débattre pour me défaire de leur poigne. J'évitais quelques coups, j'en subissais d'autres plus ou moins douloureux, mais je traversais. Ils me freinaient, mais j'étais inarrêtable. Je savais plus ou moins ce que j'avais à faire une fois sorti de là. Et je pressai le pas à peine dégagé de la foule.

Un cliquetis, et je refermai le bracelet des menottes à poils roses sur mon poignet. J'avais inventé une histoire fantastique, sur cette fourrure, en les achetant. Mais elles allaient se montrer bien plus utiles que prévu. Je traversai la salle de la taverne au pas de course, et j'entendais déjà que mon public hagard allait se lancer à mes trousses. Je fis une magnifique sortie en me jetant contre la porte, l'abattant dans un odieux claquement de mon épaule. Samaël me soignait, mais il ne faisait rien pour la douleur. Dans la rue, j'apercevais ce que je cherchais: la raison même de cette débandade. Elle -il?- s'éloignait d'un pas vif mais discret, une démarche que j'avais employée après de nombreux coups fourrés.

Un sprint. Je la rattrapai. Un "clic!" après avoir attrapé son poignet. Et un seul mot: "Cours".

Qu'elle le veuille ou non, nous étions "partenaires" désormais. Nos destins étaient liés, par une petite chaine, et des bracelets touffus. Je l'embarquai avec moi, reprenant cet air supérieur et triomphant qui l'avait si facilement embobinée jusqu'alors:


"Viagra... C'était pas à prendre au pied de la lettre, tu sais!"
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« Répondre #11 le: Septembre 30, 2018, 03:14:23 »

« Pour la femme de ménage. » Lançai-je à la serveur en lui jetant une piécette de bronze d’une pichenette de l’index.

La porte de l’auberge se referma derrière moi avec un grincement sonore, coupant court au vacarme croissant de l’arrière salle. La hargne de la cohue semblait s’intensifier, mais ce n’était plus mon souci désormais. L’air piquant du large me frappa au visage et, en plus de la fraicheur nocturne, contenait un très subtil parfum particulier… Le doux arôme de la victoire ! Les mains dans les poches et le sourire aux lèvres, je m’avançai dans la ruelle, très fière de cette conclusion.
Ah, le petit merdeux allait en avoir pour son argent !  C’est ça, pensais-je, de s’attaquer à une dealeuse professionnelle. L’arnaqueuse, la grande gueule, la reine des baratineuses, c’était moi ! Avec une foule d’ivrognes en colère, l’amateur devait rapidement s’en rendre compte à l’heure qu’il était, qu’il n’allait pas émerger indemne de cette merde. Ça, j’étais prête à le parier. Je longeai les murs et pressai le pas, ne serait-ce que pour mettre un maximum de distance entre moi et cette maudite taverne.

Une précaution tout à fait louable. La gargote contenait une bonne cinquantaine de types furieux d’avoir été pris pour des jambons, et quand ils auraient terminé de charcuter l’arnaqueur, les moins alcoolisés ne tarderaient pas à me tomber sur la viande si je m’attardais. Confus ou non sur mon identité sexuelle. Pareil lot contenait toujours quelques individus intéressés par un peu d’exotisme, et cette simple idée me donnait déjà la nausée. J’enjambe, je me faufile entre caisses et clochards, d’un pas chaloupé, parfois pressé mais toujours silencieux, et c’est à ce moment-là que les choses se gâtent.
Des pas précipités dans mon dos me poussent à me retourner derechef et, sous le halo des réverbères, je vois ce casse-pied, ce bonimenteur, cette calamité se précipiter vers moi. En une fraction de seconde, par pur réflexe, je cherche un coin d’ombre pour m’y planquer, mais cet ahuri me prend de court par un geste inattendu.

« Qu’est-ce que tu… » Articulai-je quand il chope mon bras avec ce qui ressemble à des menottes.

Si je m’attendais à une connerie pareille ! Mais nul temps pour la réflexion que me parvient aux oreilles les braillements rageurs de son ancien public, et que sa directive me pique vif. Je cours, nous courrons, et derrière, ça court aussi… Il n’aurait pas pu me lâcher les basques, non, l’emmerdeur s’est carrément décidé à rameuter sa troupe de poivrots furieux avec lui !

« Ta gueule, m’appelle pas viagra ! » Lâchai-je en courant. « C’tait d’jà assez humiliant sans que t’en rajoutes ! »

C’est vrai quoi ! Quoiqu’entre l’humiliation d’être en caleçon devant une foule ivre, et celle d’être prise pour un mec, mon cœur balance. La course ainsi menottée n’est pas aisée, d’autant que mon partenaire forcé ne semble pas connaitre autant que moi les ruelles tortueuses, si bien que nous nous percutons bien trop à mon goût.

« Suis-moi plutôt, j’ai pas envie d’me faire découper en rondelles ou agrandir le troufion ! Magne ! »

Les beuglements se rapprochent. Je prends les choses en main en attrapant son bras, le tire dans une ruelle à peine assez large pour deux personnes, l’entraine sous un porche, dans une cour pleine de clochards et dans un véritable dédale labyrinthique où nous perdons une bonne moitié des poursuivants. Heureusement pour moi, je suis rompue à ce genre d’exercice, et le pousse toujours plus loin, à la manière d’un matou des rues poursuivant une souris, pour arriver pile devant l’une de mes planques.
Quelques marches conduisent à la porte d’une cave, sous la façade sale d’une maison abandonnée, et j’ouvre d’un coup de pied le bois vermoulu afin de l’entrainer à l’intérieur où règne la pénombre. Une fois la porte refermée, c’est bien pire, on n’y voit goutte, et je tâtonne fébrilement pour retrouver le briquet dans ma poche. Cet endroit est justement organisé expressément pour ce genre de cas, à savoir la fuite, et je n’ai aucun mal à retrouver la table centrale où trône une bougie aussitôt allumée.

« Bon… Ça d’vrait aller pourvu qu’on fasse pas trop de bruit. Et m’appelle pas viagra, je m’appelle Alix.  Et tu vas me dire pourquoi t’as fait ça ?! » Déclarai-je en lui collant les menottes sous le pif.

La planque en question n’est qu’une simple cave à vrai dire, où s’entassent quelques sacs à moi pleins de poussières, parfois quelques caisses de marchandises bon marché. J’y ai entassé quelques meubles : un placard, deux chaises, un canapé mité et la seule lucarne donne directement au ras du sol crasseux de la ruelle. Quelques pieds défilent derrière le carreau sale, mais je ne suis pas inquiète d’être découverte et préfère fusiller du regard cet aimant à emmerdes qui s’est accroché à moi.
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« Répondre #12 le: Octobre 02, 2018, 02:59:09 »

"Moi c'est Kip. Kip Smirkin."

Je déverrouillai les menottes avec un certain dédain, en appuyant simplement sur le petit bouton au bord du bracelet. Ces menottes étaient faites pour jouer, et j'avais un malin plaisir à lui montrer la facilité avec laquelle elle aurait pu s'en défaire. J'eus le réflexe de vérifier mon poignet qui me faisait encore mal, mais le rougissement disparaissait déjà. C'est que notre petite escapade n'avait pas été une partie de plaisir, et j'avais eu du mal à tenir son rythme; balloté et forcé de suivre à la fois les mouvements de son propre poignet, et les directions qu'elle prenait sans vraiment prendre la peine de m'avertir. L'idée n'avait pas été si brillante, et j'éviterai à l'avenir de recommencer, pour le confort de mes bras.
Elle avait tout de même porté ses fruits, puisque cette "Alix" m'avait mené dans ce qui semblait être une de ses planques, si je me fiais à la facilité à laquelle elle s'était repérée dans l'obscurité. L'éclairage à la bougie était archaïque, aussi je fis le choix de sortir une lampe à LED de mon sac à breloques. C'était un porte-clé, à peine aussi grand que son briquet, mais c'était assez puissant pour éclairer la pièce. Les joies de la technologie. Je profitai de cette lumière nouvelle pour vadrouiller un peu dans la pièce en la parcourant des yeux, puis allait m'asseoir à la table comme si j'étais chez moi. Le jeu continuait et il fallait que je m'impose, y compris sur son territoire.


"Quant à savoir ce que je fais ici, Alix, c'est tout bête: Je réclame mon dû. A moins bien sûr que tu aies trouvé comment je truquais les combats..."

Je sortai à moitié mon téléphone de ma poche, pour vérifier l'heure. Techniquement, elle avait encore sept minutes pour me fournir une réponse. Mais puisqu'elle avait écourté mon affaire, je ne me sentais pas obligé de le préciser. Notre pari s'arrêtait là et je l'avais remporté, il était temps de payer la note. J'avais une attitude princière et victorieuse, et marquai même un temps pour lui laisser l'occasion d'appréhender la situation. J'étais venu sur Terra pour un business bien précis, un filon d'enfer. Il y avait un semblant de miséricorde dans ma voix:

"Oh rassure-toi, tout ce que je demande, c'est des infos. Je veux savoir qui te refourgue tous tes objets terriens, leurs noms, et comment tout transite. Joue pas aux cons, Viagra, t'en sais trop sur la Terre pour ne pas faire partie de la machine."

Mes doigts pianotaient sur la table, non pas à la manière d'un musicien mais à celle d'un marionnettiste. Le moment où je révélais certaines de mes cartes était toujours celui que je préférais. Elle pouvait penser à tout ce qui l'avait trahie, toutes ces imprudences que j'avais pu relever. Et pour bien lui faire comprendre à quel point je l'avais coincée, je me levais à nouveau pour aller me placer entre elle et la porte. Tout était dans la mise en scène. Mon ton devint mielleux, entre la provocation et la séduction.

"En fait, je suis là pour toi. Des jours que je fais tourner ce genre d'arnaques de bas-étage, et tout ça simplement pour te débusquer. Je veux dire, vendre des merdes terriennes sur Terra, je pouvais pas être le premier à y penser, c'est évident!"

J'avais bien appuyé sur ce dernier mot, pour laisser sous-entendre que si l'idée était bonne, elle ne relevait pas du génie. Si elle venait d'elle ou d'un de ses proches, j'espérais que le tacle ne la pique au vif. Quand on joue avec les émotions humaines, il ne faut pas avoir peur d'en faire des tonnes. Et puis, je l'avais suffisamment malmenée et humiliée pour chercher à tout prix la subtilité. Je poussai le vice encore plus loin.

"Au fait, c'est une pipe en bois que j'ai aperçu dans ta poche, quand on courait? Et tu croyais vraiment t'en tirer avec un jeu de mots?"

Je me mis à ricaner ouvertement, juste devant son nez. J'avais pu voir ce qu'il se passait quand les ivrognes de Nexus étaient contrariés. Ils n'appréciaient pas les mauvaises surprises. Ce que je n'avais pas vu, en revanche, c'était ce trou fait au couteau dans mon T-shirt au niveau de mon estomac, et qui avait rougi le tissu et ma peau de mon propre sang.
Ma peau qui, elle, n'avait déjà plus ni plaie ni cicatrice.
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« Répondre #13 le: Octobre 05, 2018, 12:20:47 »

Quel con. Mais quel con. C’est fou, plus je le voyais, et plus l’envie de lui décocher une torgnole, là, en pleine poire, me démangeait. Par la faute de ce crétin, je venais de cavaler en plein Nexus, de nuit s’il vous plait, avec collé au cul, une foule en colère qu’il avait lui-même provoqué. Certes, j’étais moi-même un peu coupable, mais là n’était pas la question. Malgré cette situation précaire, cet énergumène n’avait pas trouvé mieux que de rajouter des menottes, ces dernières ayant rendu notre fuite encore plus malaisée, en plus de me scier le poignet.
Et il venait de les retirer avec une facilité déconcertante, puisqu’il s’agissait d’un jouet ! Un vulgaire accessoire coquin comme on en vendait sur Terre, j’avais déjà eu ce modèle dans les mains mais passons, et que j’aurais été moi-même capable de virer. Si je m’en étais seulement aperçu dans le noir. Plissant le regard devant cet affront, je le regardai se promener dans ma piaule, une loupiotte terrestre à la main avec une envie manifeste de lui foutre mon pied au cul.

« Quel nom de merde. » Commentai-je, de mauvaise humeur.

En me massant le poignet, je me laissai finalement dans le divan défoncé, ce qui souleva au passage un fameux nuage de poussière. J’étais momentanément coincée dans cet endroit. Au moins le temps que les types au-dehors se lassent de nous chercher, il me fallait supporter la présence de cet emmerdeur né. Une bonne heure à mon avis. A l’instant présent, tout ce qui m’importait, était de trouver le moyen de m’en débarrasser une fois dehors car, à bien regarder son sourire insolent, le Kip avait une idée derrière la tête.
Calmement, un effort formidable de ma part, je l’écoutai dévider ses prétentions avec un flegme admirable. Alors certes, je n’avais pas découvert d’où venait son astuce, mais il était sacrément gonflé ! Moi je n’avais rien parié ! Et de toute façon, je ne comptais rien lui donner après le tour de cochon qu’il m’avait joué en m’embarquant dans cette stupide course-poursuite. Non mais ! Le mot viagra acheva de me mettre de mauvais poil.

« Arrête de m’appeler viagra, bordel ! Et le voilà ton paiement. » Je dressai mon majeur sous son nez. « J’te dois rien, c’est toi qui a parié quelque chose, moi j’ai rien proposé. »

Que je trempe dans les commerces entre les mondes, ça n’était pas un secret lorsqu’on était suffisamment dans le milieu pour être bien informé. Dans le cas contraire, comment pourrais-je refiler mes produits ? Sur Terre comme sur Terra, la demande en articles de l’une à l’autre était florissante, mais encore quelque chose qui se déroulait dans l’ombre, et sous le manteau.

« Oulala, tu m’as démasqué, j’suis foutu ! » Ricanai-je. « J’ai mon p’tit commerce, ouais, et alors ? Tu crois que j’vais t’y introduire comme ça, tu rêves Pik.  Même si t’avais gagné un pari, rien m’oblige à le respecter surtout que j’ai sauvé ton cul ce soir, donc on est quitte. »

Quant au coup de la pipe, je serrai les dents à la remarque. Oui, c’était une idée parfaitement stupide ! Mais on ne peut pas être la meilleure à tous les coups, non ? Quoiqu’il en soit, plus je réfléchissais sur la situation actuelle, plus je voyais mal comment il pourrait m’obliger à quoi que ce soit. Me menacer avec son couteau à beurre était inutile, et l’emmerdeur le savait parfaitement.
Alors que je pose mon regard sur son visage suffisant, un curieux détail me sortit de ma réflexion, et je me levai brusquement en saisissant la petite bougie sur son présentoir. L’aura de la flamme vint éclairer ses vêtements, terrestres eux-aussi, et confirma justement ce que mes yeux avaient cru discerner. Son t-shirt était déchiré, et imbibé de sang comme si un poignard y avait fourragé. Sans la moindre trace de blessure.

« Et ça ? » Dis-je lui en désignant l’endroit où ses tripes auraient dû sortir. « Tu vas pas m’sortir que c’est la dernière mode sur Terre de se balader avec des vêtements labourés et pleins de sang parce que ça prendra pas. »

Ce type m’inspirait de moins en moins confiance. La magie ou les créatures capables de se relever après des coups de lames existaient mais… Ne venait-il pas de la Terre ?
« Te fous pas de ma gueule en me demandant mes secrets quand t’as les tiens. » Maugréai-je en retournant m’asseoir. « T’es quoi au juste ? »
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« Répondre #14 le: Octobre 05, 2018, 02:10:51 »

"Son" petit commerce? C'était difficile à croire, mais je m'y résignais. Après tout, la pipe en était la preuve: Alix ne semblait pas adepte du mensonge. Cachotière, peut-être, mais honnête dans une certaine mesure, et c'était respectable. Je trouvais toujours à redire sur son manque de malice, et j'étais prêt à me montrer cinglant. "Sauver mon cul"? A d'autres, c'était elle qui m'avait foutu dans cette merde! Et je lui avais forcé la main parce qu'elle avait senti ma triche, parce que sa présence me menaçait! Mais je devais revoir mon approche. Le business était à elle. Mon but n'était plus de l'acculer, mais de la séduire. Je voulais qu'on travaille ensemble, ou au mieux, qu'elle travaille pour moi. Il fallait que je commence à trouver des arguments en ma faveur.

"Et ça ? Tu vas pas m’sortir que c’est la dernière mode sur Terre de se balader avec des vêtements labourés et pleins de sang parce que ça prendra pas. »

De quoi... Oh. En baissant les yeux, je remarquai le sang encore frais qui maculait mes vêtements. La bousculade dans ma fuite avait dû être plus violente que prévue. Et il y avait parmi eux des types bien plus énervés que je ne l'imaginais, mieux valait ne pas mettre le nez dehors avant un moment. Un soupir amusé, et j'empoignai le tissu humide comme si je cherchai à l'essorer. Un geste machinal, incohérent, idiot. Maintenant ma main était rougie et collante, et je n'avais rien gagné. Le ridicule de cette réaction me détendit un peu.

"Te fous pas de ma gueule en me demandant mes secrets quand t’as les tiens. T’es quoi au juste ?"

"T'es quoi". On ne me l'avait jamais faite, celle-là. En tout cas sur Terra, c'était une première. Je me sentais comme un monstre, une créature mystérieuse, et c'était plus dérangeant que je ne l'avais imaginé. Moi aussi j'étais humain, moi aussi, je venais de Terra. On était dans un monde de magiciens et moi j'étais... Quelque chose. Je n'étais pas "qui", mais "quoi". En mon for intérieur, une partie de moi, injuste et illogique, en voulait aux ka'karis de m'avoir choisi. Comme si ce pouvoir ne venait pas tout juste de me sauver la vie.

"C'est impoli! Je pourrais te poser la même question, vu les atouts que tu caches!"

Un sourire amusé indiquait que ma remarque se voulait légère, et pas cinglante. J'imaginais déjà une armée de "non-binaires" enfoncer la porte et m'assaillir comme le cisgenre intolérant que j'étais. Comme si ces questions étaient d'ordre public, de toute façon. Pour tout dire, outre l'effet de surprise qui m'avait atteint bien avant le type qui y avait mis la main, j'étais curieux.
Je m'éloignai de la porte et venait m'asseoir sur un coin de la table, nous aménageant une distance de conversation plus confortable, plus intimiste. Il n'était plus question de l'envahir, ou de m'imposer, mais de l'encourager à s'ouvrir. Je parlais également plus bas, une habitude quand je m'apprête à dire la vérité:


"J'crois qu'on est partis du mauvais pied, tous les deux. Donc je recommence: Bonjour Alix, moi c'est Milano. Je viens de la Terre, je suis expert en arnaques, et comme tu as pu le constater, je suis plutôt doué. Je suis venu sur Terra dans le seul but de pouvoir investir dans ton petit commerce."

Je n'aimais pas du tout le terme "investir". J'aurais voulu pouvoir me glisser dans ce business avec un minimum de pertes, que ce soit en temps ou en ressources. Mes seuls intérêts étaient de pouvoir faire le transit facilement et avec des bénéfices qui en vaudraient le temps et l'effort. Je voulais fournir quand je le voulais, et percevoir un pourcentage comme je l'entendais. Mais c'était un début, et je pouvais toujours essayer de l'entourlouper plus tard.
Mon poignet entra à nouveau en contact avec le tissu gluant-collant de mon T-shirt. C'était vraiment désagréable et je sentais le tissu adhérer à mon ventre d'une façon inconfortable. Après ce qu'il s'était passé plus tôt, j'étais un peu gêné:


"Euh... Tu peux te tourner? Faut que j'enlève ça."
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