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Le Grand Jeu - Forum RPG

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Auteur Sujet: Telle est prise qui... (PV Desmina)  (Lu 261 fois)
Lana Dubravka
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FicheChalant
« le: Juillet 09, 2018, 11:26:26 »

J'aime quand remontent lentement mes bas Cervin au long de mes jambes. Eux seuls savent mettre en valeur mes longues et jolies jambes. Et je les accroche avec délice au porte-jarretelles noir, que le livreur m'a apporté juste à temps. Il devait savoir ce que contenait le colis, vu l'oeillade qu'il m'a lancée. Mais rien pour lui ! Ce soir, je chasse à l'Hôtel de la Baie de Seikusu, et le scénario est déjà établi : repérage du riche voyageur d'affaires, présence insistante dans son environnement, conclure la transaction financière, l'accompagner dans sa chambre, lui faire connaître l'extase suprême de la queue et de la carotide qui se vident en même temps, et rejoindre ma propre chambre, comme si de rien n'était, pour m'allonger et laisser ce nectar prendre possession de mon corps.

Je vérifie mon image dans le miroir ; les Louboutin noires vernies sont mon péché mignon, et la marque d'une femme de goût. Ça aide à faire craquer l'industriel de passage, qui ne veut pas d'une vulgaire prostituée de bas étage. Quand mes talons claquent sur le marbre d'entrée de l'hôtel de la Baie de Seikusu, le vieux riche repère le son, repère sa proie. Pauvre imbécile, qui ne sait pas que, en fait, je l'ai déjà désigné comme ma propre proie, et qu'il tombera dans mes filets à coup sûr.

La robe noire est faite d'un bustier qui relève à merveille mes seins pour en faire une arrogante poitrine, et d'une jupe à taille droite, descendant à mi-cuisses, pour évoquer sans jamais la trahir, la présence de bas noirs. Le miroir me confirme l'absence du moindre pli incongru. Tout un art, car, quand je rends en voiture à l'Hôtel de la Baie de Seikusu, je dois faire attention même à cela. Seule la perfection bourgeoise, alliée à la plus vulgaire féminité, attire le riche chaland qui veut s'encanailler en note de frais. Voilà d'ailleurs pourquoi je ne porte aucun sous-vêtement.

Pas que l'homme d'ailleurs, car il m'est arrivé d'avoir quelques femmes dans mes éphémère clientes. Mais, pas de différence ! C'est si excitant quand leur cri de jouissance se confond avec leur cri, mi-surprise mi-douleur, alors que leur carotide m'abreuve, et que leur sexe ruisselle en même temps. Quel beau tableau que celles qui m'offrent ainsi deux nectars de valeur, les ultimes dons avant que leur corps ne soit qu'inerte. Je dirais même que lécher leur sexe encore trempé, après avoir comblé mon besoin de leur sang chaud, a quelque chose de magique.

Je pense encore à ce cocktail aux vertus et aux senteurs incomparables, quand je pousse la porte de l'Hôtel de la Baie de Seikusu. Rituel immuable, mes talons claquent, pour annoncer ma présence. Samuel, le portier, aimerait bien me sauter, mais il est si vulgaire dans ses allusions, que même son sang doit puer. Mario le barman rêve de moi, il me l'a dit, mais il ignore que son rêve pourrait virer au cauchemar. Bref, pas de petit personnel pour m'amuser, ce soir.

Car, ce soir, je chasse gros ; il me faut un gros poisson qui me rémunère bien pour se faire ponctionner le divin nectar, car j'ai repéré un tailleur magnifique, du fait main par un artiste, et je dois vite mettre une option dessus. Je m'assieds au bar, jambes croisées, pose classique et sans ostentation, pour scruter la salle. Seul l'adipeux, au fond, qui transpire sous sa veste terne, me fait un clin d'oeil vraiment repoussant ; mais là, même pour m'offrir trois tailleurs, c'est non. Hélas, pas le moindre autre mâle plus ou moins potable à l'horizon.

Mais tous les regards, même celui du vicieux visqueux, se  tournent soudain vers le hall. Placée comme je suis, je n'entends qu'un martèlement de talons. Eux, ils entendent et il voient, et ça va en faire tomber en crise d'apoplexie, si j'en juge leur fascination.
« Dernière édition: Juillet 11, 2018, 11:03:20 par Lana Dubravka » Journalisée

Desmina
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« Répondre #1 le: Juillet 10, 2018, 03:16:17 »

Le monde des mortels avait tant changé. Il m’apparaissait si différent désormais, en opposition aux anciennes époques où j’avais vécu, que je ne me lassai pas d’en parcourir la surface à la recherche du moindre délice nouveau. Certes, j’étais une démone, et c’était dans ma nature de considérer les humains comme de simples pions, de vulgaires insectes. Mais je ne les méprisai pas pour autant. Ces créatures fragiles représentaient une source quasiment inépuisable de fascination, avec leurs désirs si vivaces et leur psyché torturée.
Ma journée s’était résumée à parcourir cette métropole grouillante de vie, et c’est dévorée de curiosité que j’avais visité ses quartiers chics. Le goût du luxe était un de mes penchants les plus marqué. Pantalon de tissu noir, veste de cuir masquant un débardeur de la même couleur, j’avais caché mon regard d’ambre derrière d’impeccables lunettes de soleil pour parcourir tout à mon aise les rues impeccables. En réalité, cela faisait quelques mois que j’avais pris pied dans ce monde, ce qui m’avait notamment permis d’amasser une masse conséquente d’argent terrestre.

N’était-ce pas amusant de voir combien on pouvait accumuler facilement de l’argent lorsqu’on avait mes talents, et surtout aucun scrupules ? Quoiqu’il en soit, la soirée se terminait, et j’avais dans mon petit sac à main signé d’un grand couturier, une confortable somme. Il ne me restait plus qu’à trouver un exutoire où la dépenser. L’argent ne représentait rien à mes yeux, sinon un simple moyen d’accéder à d’autres endroits, et d’autres sources d’amusements. C’était tout de même plus distrayant qu'une banale invocation où un humain maladroit cherchait à me maitriser.
Cette fois, j’étais seule, et libre. Je gagnai le droit de marcher parmi les hommes, sous mon apparence favorite d’une véritable femme fatale à la peau d’ivoire et à la chevelure flamboyante, suintant la richesse et l'opulence, en échange d’une limitation de mes pouvoirs. Ce qui n’était qu’un inconvénient mineur. Tant que je ne commençai pas à lancer des boules de feu au travers des rues, cela ne changeait rien à mes affaires. Le soleil se couchait désormais, et j’eus la soudaine envie d’une belle suite d'hôtel me permettant de découvrir dans quel genre de luxe aime se vautrer les grands de ce monde.

Ah, les hôtels flamboyants avec leurs lits gigantesques, leurs services de chambre inutiles mais indispensables, et leur décor pompeux. Oui, tout cela me plaisait. J’avais une folle envie à me mélanger à ces humains hautains, affichant avec ostentation leurs richesses, et leur snobisme. Profitant d’une ruelle déserte, je me changeai. Oublié l'apparence de touriste élégante, il était temps de devenir une luxueuse et magnifique bourgeoise le temps d’une soirée.
De splendides talons à lacets vinrent enchanter mes pieds, à peine dissimulés par cette magnifique robe de soirée noire. Légèrement fendue sur le côté, elle révélait subtilement mes longues jambes, et était largement échancrée dans mon dos au lieu d’un banal décolleté. J’optai pour deux riches bagues à chaque main, car ma longue chevelure de feu retombait suffisamment autour et derrière mes épaules pour masquer tout collier. Quelques mèches rousses masquèrent quasiment mon œil droit, en une touche séduisante.

Mais cela s’arrêtait là ! Je m’estimai suffisamment magnifique, il aurait été préjudiciable de causer quelques arrêts cardiaques à ces pauvres créatures alors que je ne cherchai simplement qu’à goûter au cadre d’un bel hôtel. D’ailleurs, lequel allais-je choisir ? Je n’avais que l’embarras du choix, et après une brève réflexion, je hélai un taxi. Une arrivée en voiture me paraissait du meilleur effet, et cela me laissai amplement le temps de choisir. Le chauffeur semblait des plus décontenancé, mais je ne pouvais définitivement pas lui en tenir rigueur, le pauvre mortel que je sortis de son apathie en lui ordonnant de me conduire à l’hôtel le plus cher.
L’hôtel de la baie de Seikusu. Un choix intéressant, et je remerciai le pauvre homme par un généreux pourboire avant de sortir lascivement du véhicule. Le portier de l’établissement ne s’en sortait guère mieux, c’est tout juste s’il parvint à détacher son regard pour aller récupérer ma valise dans le coffre du taxi. Qui était vide cela dit, mais je me devais de donner le change. Je pénétrai dans le somptueux hall, mes talons claquant élégamment sur le sol dallé, et presque instantanément, tous les regards se rivèrent sur ma personne. Extrêmement fière de cet effet, je me rendis directement à la réception avec mon joli sac à la main, afin de réserver la chambre dont je rêvais tant.

« Bonsoir. Je vais réserver votre meilleure suite pour la nuit, s'il vous plait. Le prix n’est pas un problème. » Dis-je d’une voix suave à l’employé âgé, qui resta très professionnel, lui.

Il s’exécuta, et je pus rapidement prendre possession de la clé ouvrant la meilleure de leur chambre où l’on monta mon unique valise. Avant de m’y rendre, je m’avançais dans le vaste hall, hébergeant ses confortables divans et cet imposant bar quasiment vide. A l’exception d’une seule femme. Tout comme les autres clients, dont ce répugnant humain bedonnant, le regard du barman était rivé sur cette robe qui moulait majusteusement mes formes. Mais il n’avait guère d’importance.
J’eus soudainement envie d’un verre d’alcool raffiné. Cela faisait bien trop longtemps que je n’y avais pas goûté, même si en tant que démone, il m’en faudrait certainement des litres avant d’être ivre. Je m’avançai donc vers le bar, où l’homme s’empressa de me souhaiter la bienvenue, après quoi je commandai un verre de cognac sans glaçon. Je pris place sur l’une de ces hautes mais confortables chaises, croisant négligemment mes jambes, en jetant un coup d’œil à l’autre cliente mortelle.

Elle était définitivement magnifique, impossible de ne pas le noter, mais ce n’était pas tout à fait ma préoccupation première à ce moment-là. Après l’avoir détaillé sans m’en cacher, splendide créature aux jambes parfaites, je l’ignorai copieusement pour récupérer stoïquement mon verre à demi rempli. Le suave et piquant parfum de l'alcool vint caresser mon visage. La soirée s’annonçait parfaite !
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FicheChalant
« Répondre #2 le: Juillet 11, 2018, 11:04:17 »

C’est vraiment désagréable d’avoir déployé tant d’efforts, pour non seulement ne pas trouver victime à disposition, par victime j’entends quelqu’un qui soit digne de la mort que je lui offre, mais aussi pour voir tous les regards masculins se détourner au premier talon qui claque. J’espère seulement que ce sera une vieille rombière, maquillée comme un tableau volée, en vulgaire manteau en peau de léopard, avec des bagouzes plein les doigts, et le teint vitreux des quasi-mortes juste revenues de l’Enfer. Au moins, ça va vite refroidir les ardeurs de ces mâles d’opérette, et ça ne risque pas davantage de susciter le moindre trouble en moi. Affamée oui, morte de faim non ! Mais la curiosité est plus forte que moi, et je tourne aussi mon regard dans la même direction.

Je n’aurais pas dû ! J’en reste bouche bée, comme ces mateurs. S’ils doivent en avoir le phallus qui se prend soudain de passion, moi je reste subjuguée. Rien à dire, rien à changer, juste admirer la grâce parfaite, le charme absolue, la beauté divine. Elle est parfaite ; oui, la perfection existe, là, sous mes yeux. Sa chevelure est flamboyante, sa robe dessine une silhouette « absolue » ; tout, même le moindre détail, est au diapason. Mais l’étrangeté est cette façon de marcher avec fermeté en martelant bien le sol de ses talons, des chaussures de grand luxe à n’en pas douter, tout en semblant comme aérienne. Oui, c’est ça, elle semble flotter, planer au dessus de l’endroit, presque irréelle en fait. Je sais que je ne peux plus me targuer d’être tout à fait humaine, mais, là, c’est un étrange sentiment qui m’étreint.

Pourtant, elle semble si humaine, lorsqu’elle demande sa chambre. D’ailleurs, le vieux Norbert en garde un calme olympien. Lui qui en a tant vu, ne semble même pas subjugué, comme s’il était blasé. Je l’ai toujours adoré, Norbert ; il est parfait dans son activité. Il parle peu, il observe beaucoup. Je ne doute pas qu’il connaisse les raisons de ma venue ici, enfin il doit me prendre pour une escort girl ou un truc comme ça. Mais, même s’il a remarque que mes clients partaient tous avec discrétion, après avoir passé la nuit voire moins avec moi, il sait garder cette discrétion qui sied à son emploi. Je crois que, même en manque, je ne voudrais pas m’abreuver de son nectar.

Il ne sourcille même pas à cette voix cristalline, étrange elle aussi, comme si elle était à la fois de la plus pure pureté sonore que recherchent tous les musiciens, mais aussi comme si elle était d’ailleurs, un endroit où la voix est tout autre. J’ai un étrange pressentiment, une alerte qui me dit qu’il y a quelque chose de trop dans cette perfection absolue. Mais, quand je l’entends s’affranchir de l’argent, ça abaisse mes réserves. Et, quand je sais qu’elle s’offre la meilleure suite, ça enlève tout scrupule. Belle et riche, dans un cadre somptueux, c’est à la fois la conviction d’un compte bancaire revigoré, d’une nuit qui sera intense en émotions, d’un nectar qui me fera jouir rien qu’en coulant lentement dans mon corps.

En croisant son regard qui parcourt la salle, je ressens le même frisson, que lorsque mon cœur s’arrêta de battre, avant de revenir au monde sans être moi-même. Il y a quelque chose, en elle, qui ma fascine, mais aussi qui me brûle. Elle est hautaine et méprisante, mais elle me dévisage sans retenue. Elle a une robe qui doit faire gonfler les pantalons de tous les hommes présents, mais elle s’en moque. Moi, j’ai mes raisons pour être ici. Mais elle ? Je sens un piège, mais je n’arrive pas à le formuler. Avec Stevan, tout était si simple ; on était semblable, on s’aimait, on ne se posait aucune question. Mais là ? Malgré tout le soin apporté à m’apprêter, j’ai l’impression d’être uns souillon, guère loin d’elle.

Preuve de mon infériorité, voilà le gros adipeux lourdaud qui arrive au bar, titubant je ne sais si c’est à cause de sa brioche ou du whisky de mauvais goût qui empeste dans son haleine. Ils devraient interdire ce genre d’individu, ici, même s’il a du fric ! Toujours est-il qu’il me tourne dos, en s’insinuant entre nous deux, mais que je l’entends quand même dire « Vous êtes seule, Madame ? ». Avec la voix éraillée et vacillante qu’il a, il ne ferait même pas mouiller la plus en manque des salope. Alors, quand il poursuit par un « Moi oui, et on peut monter dans ma chambre », je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire moqueur, tout en finissant ce délicieux Champagne, et en regardant discrètement ce que Dame Perfection va faire.
« Dernière édition: Juillet 11, 2018, 12:22:35 par Lana Dubravka » Journalisée

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« Répondre #3 le: Juillet 11, 2018, 02:53:25 »

Un instant de paix. Un unique moment de solitude tant désiré, où j’aurais pu savourer pleinement le goût de mon verre de cognac, était-ce trop demandé ? Oh, en réalité c’était en grande partie ma faute, n’est-ce pas, avec ma superbe tenue et mes courbes outrageantes. Mais à quoi bon séjourner sur Terre en l’apparence d’une clocharde, lorsque je pouvais adopter cette splendide forme, savourer le luxe et flatter mon bel ego. Tournée vers le bar, mon verre dans une main, je pouvais sentir les yeux rivés sur moi, sur mon dos nue exposé à ses regards envieux et rêveurs.
Même la belle demoiselle n’a d’yeux que pour moi. Cela serait sans doute des plus amusants de deviner ses pensées, car ma présence semblait bel et bien la perturber, mais je n’en avais pas envie à cet instant. Il est toujours délicat de lire l’esprit des humains. Certains savent s’y fermer, dissimulant parfaitement leurs réflexions, tandis que d’autres ne sont que des livres ouverts. En tout cas, s’il existait bien un homme qui ne nécessitait aucunement mes pouvoirs pour deviner ses intentions, c’était bien cet atroce bonhomme qui m’accosta sans la moindre gêne.

Tant de vulgarité. Aussi bien physique, que dans ses manières, répugnantes comme l’était manifestement son hygiène corporelle. J’eus l’impression que mon cognac virait aigre. Je détournai finalement le regard de mon verre cristallin pour observer cet individu grossier : il devait certainement être habitué à ce que sa fortune lui donna tous les droits. Malheureusement pour lui, il était désespérément simple à lire. Ses désirs, ses penchants, ses fautes et même sa vie suintaient par tous les pores de sa peau.

« Bonsoir. » Lui répondis-je doucement, un léger sourire aux lèvres.

Quelle idée avais-je eu de lui sourire ! Cet idiot interpréta cela comme un encouragement, et je sentis sa grosse main dégoûtante de sueur se poser sur ma cuisse, heureusement protégée par ma robe. Je surmontai mon dégoût en restant stoïque. Il n’avait pas intérêt à tâcher le tissu, sans quoi sa tête volerait comme une pastèque trop mûr, et tant pis pour les convenances ! Pourtant, j’eus envie d’une plus subtile torture, un suave empoisonnement, et je fis un effort pour refermer délicatement ma main sur la sienne.

« Nous sommes deux êtres solitaires ce soir, Bernard. » Il tiqua légèrement à la mention de son nom, mais le contact de ma main le fit aussi oublier cette étrangeté.

Je continuai alors sur un ton doucereux, me penchant pour chuchoter tout près de son oreille pour éviter que le barman ou ma jolie voisine n’entende la suite.
« Pourtant vous avez tout essayé pour ne pas terminer vos soirées en solitaire. Convaincre des femmes faciles avec votre valise, la petite rouge que vous emportez toujours avec vous, pleine de riches coupures. La jeune étudiante était presque à votre goût, presque… »

Avec un certain ravissement, je vis son visage grassouillet pâlir au fur et à mesure que ma bouche dévidait le fil de ses petits écarts honteux. Avec un esprit si faible, et si prompt aux tentations, c’était un jeu d’enfant que de lire son esprit. Le gros Bernard chercha à retirer sa main de ma jambe, mais c’était trop tard, et je l’enserrai dans une poigne dont il n’avait aucune chance de se dégager.
« Car vous les aimez jeune, n’est-ce pas Bernard ? Si jeune… Comme cette jolie jeune femme que vous avez croisé à Vegas, si pauvre qu’elle vous a laissé faire tout ce que vous vouliez. Et quelle importance aurait son âge, quand ses cheveux vous rappelaient tant ceux de votre propre fille… »

Le barman commençait à être intrigué par mes chuchotements. Le visage de l’homme s’était décomposé. Il commençait à paniquer, tant et si bien que la sueur dégoulinait sur son front, et son triple menton agité par une forte respiration. Le pauvre cherchait désespérément à dégager sa main, mais je n’en avais pas tout à fait terminé.
« Sonia serait tellement fière de vous. Si seulement vous étiez resté auprès d’elle durant les derniers jours de son traitement, mais vous voyagiez pour le travail, n’est-ce pas ? C’est ce qu’elle a toujours cru en tout cas… »

Je me penchai plus encore vers son oreille, mes lèvres l’effleurant presque, tandis que mes propos se faufilèrent dans son esprit comme un serpent venimeux. « Mais rassurez-vous, elle vous attend en bas, en Enfer. Elle sait désormais. Vous l’avez tant déçu qu’elle vous arrachera probablement vos précieux yeux, encore et encore… Et encore. »

Cette fois, le mortel échappa un couinement pathétique tandis que je relâchai brusquement sa main. Le barman, qui s’était rapproché pour s’enquérir d’un éventuel problème, haussa un sourcil surpris mais ne fit commentaire, tant il devait connaitre les manières de cet individu. Le bedonnant Bernard me jeta un regard totalement terrifié, cherchant visiblement à dire quelque chose, et j’en profitai pour lui adresser un sourire amusé, comme si nous avions causé de banalités.
Quelle splendide peste je faisais ! Le mortel ne demanda pas son reste. Il tourna les talons, pressant tant le tas vers l’ascenseur que sa bedaine tressauta à toute vitesse. Quant à moi, je m’en retournai vers mon verre, m’étirant sensuellement comme un chat satisfait d’avoir chassé sa proie, et je savourai avec un plaisir non dissimulé ma victoire. Ma somptueuse humaine avait assisté à l’entièreté de la scène, et nul doute qu’elle devait être soulagé de ne pas s’être farci ce déchet.

Un coup d’œil dans sa direction m’informa qu’elle était effectivement toujours là. Sa chevelure rousse retombant toujours aussi splendidement sur ses épaules. Un incroyable bienfait après cette instant sueur et graisse. Je lui adressai un mystérieux clin d’œil, avant de revenir à ma dégustation. Simple amusement complice, ou bien encouragement ? L'interprétation revenait à elle, à condition bien entendu, que la fuite du grossier personnage ne l'ait pas effrayée elle aussi.
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FicheChalant
« Répondre #4 le: Juillet 11, 2018, 10:39:37 »

Je scrute, si ce n'est le dos de ce gros porc qui me masque une partie de la scène.

Mais, en me penchant comme je peux, je découvre... un léger sourire sur les lèvres de l'inconnue. « Eh Lana, arrête ! ». Oui, c'est vrai, heureusement qu'il y a un signal d'alerte, pour m'empêcher de tomber amoureuse. Je ne comprends d'ailleurs pas la fascination que peut exercer cette femme sur moi, si belle certes, si altière aussi. Moi, je viens ici pour l'argent mais aussi pour trouver des proies faciles qui me font concilier l'utile à l'agréable, alors qu'elle ne semble venir que pour dépenser un argent dont elle ne sait que faire.

La scène se poursuit, et, vu les épaules du mâle d'opérette, il a dû faire un geste en avant, peut-être, ah non je ne sais pas. En équilibre, j'essaie de me tenir sur mon tabouret, mais voir la main de Dame Perfection se poser sur la main du vieux machin, ça me coupe aussitôt tout effet. C'est quoi cette perverse ? Vu sa classe et son fric, elle doit avoir des milliers d'hommes bien propres sur eux qui seraient prêts à ramper à ses pieds. Et là, elle accepte les avances d'un débris plus repoussant qu'un clochard qui ne se serait pas lavé de l'année ! C'est une tordue, une malade ; ça me coupe toute envie.

Mais la curiosité est malsaine, et je n'ai bu que quelques gouttes, avant de retourner la tête vers ce couple hors normes. Elle lui parle, elle a l'air toute douce, et je vois maintenant qu'elle lui tient la main sur la cuisse, puisque Monsieur Répugnant semble s'être un peu retourné, et m'offre enfin le spectacle. Je ne parviens pas à entendre ce qu'elle lui dit, je vois juste son regard, mais ce n'est pas celui d'une femme amoureuse, d'une femme complice de jeu, d'une femme dans la séduction. Il y a quelque chose que je ne saisis pas dans ce regard !

Mes questions restent sans réponse, car la suite va très vite. Elle se penche à son oreille, lui dt je ne sais quoi qui le fait pousser un cri digne de je ne sais quel animal sauvage, avant qu'il ne coure vers l'ascenseur. Je comprends de moins en moins. Dame Perfection affiche un sourire radieux, comme si s'annonçait une nuit torride pour elle. Peut-être qu'elle a promis des folies à Sire Repoussant, qui s'est empressé d'aller se préparer ? J'ai parfois lu que de vieux riches laids aimaient être traités comme des moins que rien, par des femmes d'une élégance absolue, pour contrebalancer le pouvoir qu'ils ont au quotidien. Mais ça ne colle pas ! Il faut vraiment faire preuve d'abnégation pour avoir une intimité de quelque genre que ce soit avec un tel déchet.

Je ne comprends pas, et ça me contrarie, d'autant que je croise son regard satisfait, qui semble me transpercer jusqu'au plus profond de moi-même. « Allons Lana, tu n'es plus tout à fait humaine ; n'aies donc pas peur ! ».

Après ce regrettable épisode, elle semble se replonger dans ses pensées, dans son cognac. Je ne vois plus que son profil, mais il est déjà parfait. Je ne sais comment elle peut avoir une crinière aussi fantastique. Même son dos nu est parfait, sans la moindre trace, le moindre point. Jalouse, je suis jalouse ! Je pourrais passer des heures devant mon miroir, dans mon bain, chez l'esthéticienne, que je n'y parviendrais pas. C'est presque irréel, comme si elle s'était matérialisée en beauté absolue. Vu mon passé, et vu les légendes qui circulent à Seikusu, tout est envisageable.

Mario ne pense pas aussi loin que ça ; il a deux belles femmes à son comptoir, il expédie vite fait tout importun qui vient lui commander un verre, pour se replonger dans sa contemplation. Il ne dit mot, son regard va de l'une à l'autre, chacune pourrait lui demander la lune qu'il monterait la décrocher. Mais je décide de prendre l'avantage, en le tirant de sa rêverie.
« Mario, tu connais mon Champagne péché mignon ; j'ai encore envie de ce plaisir-là, à défaut d'un autre ». Il ne comprend pas l'allusion, mais s'exécute.
J'aime ces bulles, leur vigueur, leur insouciance, leur infini. C'est comme un plaisir sans fin, comme un feu d'artifice au long du col de flûte, comme un serpent de jouissance qui descend lentement dans mon corps ensuite.
Prenant délicatement le cristal entre mes doigts, me tournant vers ma voisine sans avoir le moindre doute sur le fait qu'elle perd pas le moindre de mes gestes, oubliant tous les a priori que j'ai eus sur son comportement étrange, prenant la voix la plus douce que je puisse, « Merci à vous ».
Et je savoure avec délectation ces bulles enchanteresses...
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« Répondre #5 le: Juillet 12, 2018, 03:17:08 »

Ces simples plaisirs terrestres me manquaient. Cela faisait bien trop longtemps que je n’avais pas goûté à un alcool délicieusement raffiné, et cette brûlure si longtemps oublié me fit un bien fou. A la première gorgée, le liquide serpenta délicieusement en moi, avec cette merveilleuse flagrance qui embaumait mon esprit. Après avoir empoisonné la conscience de cet idiot, n’était-ce pas fabuleux de profiter de ce divin moment de dégustation ?
Un plaisir mesquin était définitivement meilleur avec un verre de cognac. Celui-ci était déjà presque vide, mais je ne comptai pas en commander davantage par la suite, ou en tout cas, certainement pas en public. L’ivresse ne m’inquiétait pas, mais vider l’entièreté d’une bouteille en tant qu’humaine sans ressentir le moindre effet secondaire, cela serait suspicieux. Sans compter que cela manquerait sérieusement de classe.

Le barman, un certain Mario à priori, semble être pris de fièvre, expédiant les commandes comme si perdre de vue les deux beautés à son bar était un crime. Je ne l’en blâme pas. Ma vue était un privilège pour un mortel, quant à mon voisine, elle n’était pas mal non plus. La curiosité me pousse à observer ses gestes pleins de grâce, ses formes délicieusement mises en valeur… Ah, en parlant de plaisir terrestres !
La voilà qui étale son penchant pour le champagne, profitant de cette excuse pour entamer la conversation par une allusion à peine cachée. Pourquoi pas. Cette mortelle a capté mon intérêt, et il est inutile de préciser combien sa présence, sa proximité est mille fois plus agréable que le gros Bernard. Quant à son contact physique, cela reste à déterminer. Mais je n’ai pas le temps de répondre à son remerciement, qu’une respiration rauque et précipitée se fait entendre dans le hall.

*Encore lui…* Pensais-je.

C’était bien ce répugnant mortel grassouillet. Visiblement très agité, il traverse le hall avec toute la célérité que lui permet son embonpoint et gagne la réception, suivi de près par un employé portant ses bagages. Le voilà qui discute avec le réceptionniste, sort un carnet de chèque, me jette un coup d’œil à la dérobé avant de sortir précipitamment sans demander son reste. Oh, je l’ai fait fuir de l’hôtel. Il ne reste plus de lui qu’une faible odeur de sa transpiration dans ces lieux, et c’est tant mieux.

Eh bien, bon débarras ! Je profite de cette interlude pour me lever en prenant délicatement mon verre d’une main, et gagner souplement la chaise à côté de la belle mortelle. Un parfum délicat, et pourtant, un curieux petit détail m’échappe encore à son propos, comme une subtilité particulière que je n’ai pas encore saisi. Tant mieux, cela la rend d’autant plus attirante ! Mes yeux se fixent sur les siens. Pendant un instant, je pourrais m’introduire sans ses pensées, mais elle semble empreinte d’une force étonnante pour une humaine, et je n’ai pas envie de forcer les choses.

« Que voilà une meilleure compagnie. Le crapaud a été chassé des lieux, et il ne reste plus que la délicieuse rose. » Lui dis-je d’une voix envoûtante, en guise de présentation.

Je me détourne brièvement de mon interlocutrice pour jeter un coup d’œil vers Mario, qui semble étrangement hypnotisé par notre entrevue. A croire qu’il pourrait bien avoir une imagination débordante.

« Le champagne sera sur mon compte » Déclarai-je vers le barman avant de revenir à ma voisine. « A mon tour de vous remercier pour l’inspiration que vous m’avez fourni. »

C’est vrai, mon plan initial avait été de passer une soirée en paix, à savourer quelques plaisirs alcoolisés. Mais cette femme m’intriguait, et je ne pouvais pas empêcher ma curiosité de prendre les devants.
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« Répondre #6 le: Juillet 13, 2018, 11:13:43 »

J'aime bien Mario, décidément. Il a la grosse moustache du personnage du même nom, a doit chatouiller quand il fait un cunnilingus. Je ne sais pas s'il en fait à sa femme, car je le vois surtout empressé auprès de toutes les jolies clientes de l'hôtel.
Il se fait souvent jeter, mais il ne désespère pas. Je suis même sure qu'il a déjà fait son affaire avec quelques-unes de ces bourgeoises désoeuvrées.

Par contre, avec moi, il n'a tenté qu'une approche, et une seule. La flèche que je lui ai décochée en retour l'a remis illico à sa place. Alors, plutôt que de fantasmer à me sauter, il est dorénavant l'un de mes meilleurs indics. Quand un client, ou même une cliente, lui paraît à la fois riche et enclin à ne pas passer la nuit en solitaire, il me file nom et numéro de chambre au minimum. Que ces clients s'évanouissent aussitôt après ne l'émeut pas ; d'ailleurs, je me demande même s'il l'a remarqué. Il ne peut pas penser à tout !

Mais qu'il ne se fasse aucune illusion, il n'aura pas davantage ma voisine de comptoir. Elle a peut-être l'air seule, mais elle ne s'abaisse pas à n'importe qui. D'ailleurs, le gros adipeux s'y est frotté, et s'est évaporé, quoique... je la revois débarquer dans le hall, complètement affolé, se bagages le suivant presque aussi vite.
Il se barre ! Mais que lui a-t-elle dit pour qu'il se casse aussitôt ? C'est un psychopathe, et elle l'a reconnu ? C'est son ex, et elle l'a fait chanter ? Il y a quelque chose qui ne va pas. Ce mec est dans les standards des clients de l'hôtel. Elle, nul ne l'a vue auparavant, et même Mario a l'air de la découvrir. Et il lui suffit de murmurer quelques mots à l'autre pour qu'il s'enfuie.
Attention Lana, cette femme est peut-être dangereuse ! Justement, c'est ça qui est excitant. Je ne suis plus vraiment humaine, donc je ne crains rien, à moins qu'elle ne m'empêche, des jours durant, de m'abreuver de mon nectar vital. Mais ça, elle ne peut pas le savoir.

Elle est redoutable, pas de doute. Elle devine à chaque fois que je l'observe, et, immanquablement, elle répond à mon regard par ses yeux dont la couleur et la profondeur continuent de susciter des doutes en moi. C'est presque comme si elle pouvait transpercer mon écorce, et s'emparer de mon âme. Prudence, même si, là encore, elle croise mon regard.
« Que voilà une meilleure compagnie. Le crapaud a été chassé des lieux, et il ne reste plus que la délicieuse rose. »
Sa voix ! Pour la première fois, je l'entends vraiment.
« Mais c'est vous qui êtes... »
Elle a déjà tourné la tête vers Mario, et me coupe la parole, comme si elle ne m'avait pas entendue, comme si mes propos ne l'intéressaient pas.
« Le champagne sera sur mon compte »
De quoi se mêle-t-elle ?
Je ne sais si c'est la réponse à ma question qu'elle devine, mais elle me lance :
« A mon tour de vous remercier pour l’inspiration que vous m’avez fourni. »

Je la regarde, incrédule. Si c'est un nouveau compliment, il faut vraiment aller le chercher loin. Je vais en rester au précédent
« Si c'est moi la délicieuse rose, je vous en remercie, mais je me sens bien pâle face à votre perfection ».
Je reste courtoise, je parle en femme du monde, mais la discussion prend un tour étrange.

Et je me retourne vers Mario, que j'adore taquiner :
« Regardez, même Mario n'a d'yeux que pour vous, au point de me rendre jalouse, hein Mario ? »
Je ne lâche pas le fil de la conversation, alors que Mario se perd en dénégations mimées.
« A moins que Mario n'ait des idées beaucoup plus salaces, en nous regardant toutes les deux ? »
J'espère quand même qu'elle a compris que je ne suggère pas un plan à trois, parce que ce n'est pas du tout, mais alors vraiment pas du tout mon idée.
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« Répondre #7 le: Juillet 14, 2018, 02:47:51 »

Le hall était redevenu agréablement paisible. Après la débâcle du malotru, les discussions entre les quelques rares clients s’éteignirent, pour laisser la place à des murmures plus feutrés avec l’heure tardive. J’aime la nuit pour cela. Le calme et la douceur de l’obscurité. J’eus presque envie d’y apporter ma petite touche personnelle, mais à présent, mon attention est tournée vers l’intrigante humaine à mes côtés.

Le compliment à peine voilé est parfaitement passé. La belle créature doit être habituée à en recevoir, à n’en pas douter, et je devine également qu’elle apprécie être le centre de l’attention. Je l’observe longuement taquiner le barman avec espièglerie. Entre deux envies mon cœur balance, et je suis prise d’une furieuse envie de jouer avec cette mortelle, mais probablement pas de la manière dont elle s’imagine.

« En réalité je parlais de moi, pour la rose, mais je ne peux que féliciter votre clairvoyance à mon propos. Vous êtes une femme de goût, à n’en pas douter. » Déclarai-je en lui souriant, avant de poursuivre sur le même ton. « Mais je ne peux pas blâmer votre Mario. Vous faites un parfait faire-valoir, vous êtes très inspirante comme je le disais. »

Oh, n’était-ce pas jeter un froid ? Comme j’aimais cela, être cassante et délibérément hautaine, et la réaction de mon interlocuteur ne rendait les choses que plus croustillantes. Une pique servit avec un impeccable sourire de ma part. Le pauvre barman ne sut que dire devant ma moquerie délibérée, dans la mesure où il était difficile de déterminer si cela était une plaisanterie ou non. Dans tous les cas, mon propos avait effectivement de quoi laisser coi après une salve de compliments.

Mais n’était-ce pas mon but ? J’avais envie de jouer avec cette mortelle, et si elle abandonnait… Eh bien, elle n’était pas si digne de mon intérêt finalement ! Après tout, je ne recherchai aucune compagnie ce soir et le résultat m’était plus ou moins égal. Suite à cela, avant qu’elle ne puisse protester, je me levai avec souplesse de la haute chaise de bar, mon bras nu venant effleurer délibérément le sien, comme par accident. Tout comme je l’avais fait avec le répugnant Bernard, je me penchai près de l’oreille de la belle, ma bouche légèrement chatouillée par ses mèches rousses, et lui murmure quelques suaves paroles à l’abri de l’indiscret Mario.

« Ne vous vexez pas. Cela pourrait vous rendre encore plus désirable qu’à présent. »

Battre le chaud et le froid, rien de plus amusant. Une fois de plus, j’ignorai superbement ses paroles, lui tournant immédiatement le dos comme si je n’avais rien entendu, afin de gagner d’une démarche assurée les quelques divans. Une grande pièce très chic hébergeait quelques somptueux canapés où manifestement les humains venaient y discuter, et y échanger dans une ambiance relaxante.
Un piano y trônait, déserté lui aussi. Les quelques rares clients me suivirent du regard, fixés sur mes hanches délicieusement mises en valeur par ma robe haut de gamme, et peut-être mon inconnue le faisait-elle également. Je ne m’en préoccupai pas davantage que les autres humains présents. Seul mon plaisir importait à présent, et j’avais une singulière envie d’essayer ce piano. Je ne sais pourquoi. Il s’agissait d’une de ces envies pressantes et inexplicables.

Depuis combien de siècles n’avais-je pas fait cela ? J’en avais perdu le compte. La musique moderne n’était que trop rarement à mon goût, et c’était l’occasion de m’offrir un petit plaisir égoïste. Je m’assis donc devant le clavier, caressant délicatement celui du bout des doigts, et j’entamai le premier air qui me passait par la tête. Pour être tout à fait honnête, je ne me rappelai plus où exactement j’avais entendu ce morceau, mais il résonnait singulièrement bien dans cet espace luxueux.
Je n’avais pas perdu la main après tout. La mélodie lancinante, envoutante, peut-être un brin triste, envahit doucement la pièce, et les déjà rares conversations se turent le temps de cette récréation acoustique. Ah ! C’était aussi ma manière de profiter du luxe, même si c’était sans doute un brin désuet, et quelque part, de donner aussi du fil à retordre à mon intrigante humaine en l'ignorant copieusement. D'ailleurs une fois mon petit numéro terminé, ma voisine de bar m’était quasiment sortie de la tête tant j’étais enfermée dans ma petite distraction.
« Dernière édition: Juillet 15, 2018, 12:23:52 par Desmina » Journalisée
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« Répondre #8 le: Juillet 14, 2018, 11:32:38 »

« En réalité je parlais de moi, pour la rose, mais je ne peux que féliciter votre clairvoyance à mon propos. Vous êtes une femme de goût, à n’en pas douter. »
« Espèce de garce », pense-je, surtout en voyant son sourire provocateur.
« Mais je ne peux pas blâmer votre Mario. Vous faites un parfait faire-valoir, vous êtes très inspirante comme je le disais. »
« Là, c'en est trop », bouillonne mon esprit. "Si tu as décidé de me provoquer, ce sera d'autant plus savoureux de m'abreuver de ton sang. Je sens que j'ai vraiment décidé qui m'abreuvera ce soir ».

Je sais être aussi courtoise que détestable, autant femme fatale que saigneuse inflexible.
Je regarde Mario, qui ne sait plus que faire, car il perçoit une certaine tension.
« Rassure-toi, Mario, je vis à mon aise ; tu laisseras donc mon Champagne sur mon compte ! »
Pauvre Mario, si soudainement amoureux, qu'il regarde Miss Perfection, interrogatif. Tout à fait le genre d'attitude que je déteste. Il suffit d'une nana super bien gaulée pour qu'un mec perde tout sens lucide. Je me calme, et du ton le plus détaché que je peux avoir, j'insiste.
« Eh Mario, j'ai commandé, je paye. OK ? »

Je ne pensais pas faire mouche à ce point. Avec cette élégance que je dois admettre en sa faveur, Dame Perfection vient vers moi. Mais même sa démarche est parfaite, légère, un rien ondulée, toute en grâce. Mais, vu le désaccord du moment, ce ne doit pas être pour me donner des cours de maintien, surtout quand elle se penche pour me murmurer ;
« Ne vous vexez pas. Cela vous pourrait vous rendre encore plus désirable qu’à présent. »

Sonnée, je suis sonnée en quelques mots. Scotchée sur le tabouret haut, comme la plus ingénue des lolitas qui glousse à un mot stupide de son idole du moment, il a suffi de quelques mots pour me bouleverser. Pas tout à fait, quand même, enfin pas que ça. Car son bras nu a frôlé le mien, sa peau d'une incroyable douceur a envoyé à ma peau des milliards de picotements délicieux. Je n'ai jamais caressé de peau aussi douce, je n'ai jamais ressenti de sensations aussi vives par un simple effleurement.
Alors, me dire que je suis désirable, ça déstabilise. Certes, comme toute proie que j'attire dans mes rets au seul but de combler ce manque de sang qui chaque jour m'oppresse, autant qu'elle soit sous le charme pour que le cocktail argent-sexe-sang soit le plus aphrodisiaque possible. Mais, depuis le début, je cherche à savoir ce qu'il y a de particulier en elle, même par rapport à quelques autres bourgeoises de passage qui ont autrefois comblé mon goût immodéré pour leur sang. Celles-là ne me mettaient pas dans cet état, elles n'étaient qu'une basique question de survie.

Elle le sait qu'elle est parfaite, et ça la rend arrogante. Quand son nectar se transfusera dans mes veines, elle aura perdu de sa superbe, et ne sera plus qu'une mortelle en fin de vie. Mais là, quand je la vois avancer à pas feutrés dans la salle, aussi discrète que fut tonitruante son entrée avec moult claquements de talons, je vois aussi tous ces hommes qui la regardent sitôt qu'elle passe. Plus que sa robe au dos nu ravageur, c'est surtout la lâcheté de ne pas affronter son regard. Ah, son regard, un instant mon esprit s'envole. Je les ai si peu vus ses yeux, mais ils étaient d'une telle profondeur. Un regard à faire se damner tous les saints, c'est sûr.

« Elle est d'ailleurs », comme dit la chanson de je ne sais plus qui, un artiste français je crois. Et même au piano où elle s'est installée sans que je comprenne pourquoi, elle capte tous les regards. Et, pour ne pas accuser ces messieurs à outrance, je pense qu'ils ne la fixent pas seulement pour voir s'ouvrir la légère fente de sa robe. Ils étaient sous le charme du physique, ils sont désormais sous le charme de la musique.
Mais, quand je vois l'air béat et ahuri de Mario à côté de moi, c'en est trop. Il suffit qu'une pimbêche tombée de nulle part vienne jouer de piano devant lui, et il en est tout retourné. Si je ne m'étais pas promis de le préserver, pour qu'il puisse apporter son argent à sa famille et élever ses cinq enfants, je crois que je le saignerais sur place!

Je me lève de mon tabouret de bar à mon tour, rajustant ma jupe à mi-cuisses dont tout le monde se moquait qu'elle révélât la naissance de mes bas alors que j'étais assise. Je dois garder mon calme, même si je bous intérieurement. J'ai mon pourvoyeur, ou ma pourvoyeuse, de sang dans la salle, et il ne faut pas en provoquer le départ précipité.

Je longe les murs de la salle, discrètement, sans que personne ne m'accorde le moindre intérêt, arrivant juste à côté du piano. De là, je peux les regarder, fascinés car tel est le mot, alors que cette musique est quand même triste. L'homme est un être vivant si incompréhensible : quand sa vue est accaparée, son ouïe est inopérante.

Alors qu'elle achève son morceau avec une douceur et une légèreté que je dois hélas admettre, je la complimente en tapant des mains comme une groupie forcenée, la seule même à le faire, en lui adressant mon plus beau sourire, qui peut inciter au doute quant à sa sincérité.
Et, me penchant à son oreille, je lui murmure :
« Vous les avez détendus. Permettez-moi de les réveiller à la suite, en leur offrant Take five"."
Ça remonte à mes cours de piano jazz, ceux que m'avait donnés un ami de Stevan, stupéfait disait-il par mon talent; j'espère qu'il n'a pas menti, et que j'ai gardé le rythme. Sinon, je vais vraiment passer pour l'imbécile du soir, surtout à côté de son talent.

Mais je suis décidée; elle m'a défiée, je lui répondrai du tac au tac, et ça n'en sera que plus excitant, lorsque je lui porterai la morsure fatale.
« Dernière édition: Juillet 15, 2018, 07:58:25 par Lana Dubravka » Journalisée

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« Répondre #9 le: Juillet 15, 2018, 03:22:01 »

La seconde mélodie me vint plus facilement que je ne l’escomptai. Elle nait peu à peu sous la caresse de mes doigts qui touchent délicatement le clavier du piano. Une ode délicate s’ensuit, envahissant l’espace, déclenchant une certaine ivresse chez mon public qui me regarde béatement. Il en faut si peu pour ces humains. Personne ne s’interroge sur ma soudaine impulsion musicale, qui étais-je pour me servir du piano impunément, ni n’écoute la triste et lancinante mélodie jouée.
Tout ce qui semble compter pour ces messieurs, ce sont ses longues mèches rousses qui retombent sensuellement sur mon visage, et la fente de ma robe qui s’ouvre quelque peu, dévoilant légèrement ma jambe. Que c’est agréable de m’exercer à nouveau de cet instrument, une magnifique invention humaine, et cela me revient naturellement, comme une habitude à peine oubliée. J’en rirai presque de joie. Mais voilà que la curieuse humaine reprend contenance, et j’aperçois à travers mon rideau de cheveux roux, sa jolie silhouette se faufiler en toute discrétion dans la salle.

Elle n’a pas abandonné la partie, c’est excellent. Le contraire m’aurait froissé, je pense. Elle rase les murs, forme féline et vraiment sensuelle même pour une mortelle, et cela me donne d’autant plus envie de m’amuser avec cette demoiselle. Je termine gracieusement mon morceau, satisfaite de n’avoir perdu aucune once talent, et mon regard rencontre la splendide créature en train d’applaudir ma performance. Un mystérieux sourire, et un murmure plus tard, je me demande si elle n’est pas en train de prendre tout cela pour une compétition.

« A votre guise. Mais vous n’avez besoin de vous humilier pour impressionner tous ces hommes en vous comparant à moi. Je vous les laisse volontiers. » Lui répondis-je.

Avec un soupçon de sourire provocateur. Je me lève lentement pour lui laisser le petit tabouret confortable, mais au lieu de m’écarter, je l’observe longuement maintenant que nous sommes proches. Les yeux d’un démon sont toujours dangereux pour un mortel. Mes yeux d’ambre se fixent aux siens pendant un instant qui parait une éternité, avant de m’en détacher, la frôlant de très près.
Pendant cet instant, alors que nos mains se touchent presque, au lieu de m’en aller, je m’arrête et me penche délibérément pour chuchoter à nouveau près de son oreille.

« Je n'ai pas beaucoup d'yeux pour les hommes ce soir. » Confiai-je sur un ton doucereux.

Mon index effleura lentement le dessus de sa main tandis que je la laissai à son piano. Un geste calculé ou bien simple maladresse ? Je l’estimai suffisamment intelligence pour le savoir. Quant à moi, je m’en retournai parmi mon public fasciné, allant m’asseoir d’une démarche assurée dans le divan le plus confortable. Plus exactement, on s’écarta pour me laisser la meilleure place. J’eus l’impression d’être assise au milieu d’un véritable harem.

« C’était impressionnant, vous êtes professionnelle ? » Me demanda aussitôt un homme âgé, la bedaine en moins, guère plus attirant que le gros Bernard.

D’autres compliments s’enchainèrent à mon grand regret. Mon siège était situé juste en face du piano, et il était évident que toute mon attention était dirigée vers l’instrument, ou plutôt celle qui s’apprêtait à en jouer. J’ignorai royalement mes courtisans, et croisai sensuellement les jambes. Une véritable scène de vénération, sinon la scène où les apôtres se penchaient vers le messie, une vision quelque peu ironique à mon sens.

« Taisez-vous. C’est extrêmement grossier de parler alors que quelqu’un s’apprêter à nous faire entendre sa musique. »

Un ton sec, sans équivoque, autoritaire, et le public indiscipliné se tut. Ils n’étaient que cinq hommes présents, et ils faisaient un tel boucan en ignorant ma belle musicienne mortelle que je trouvai cela très déplacé. Que ce soit inconscient ou non, les humains ont souvent tendance à s’écraser face à la parole d’un démon. Quoiqu’il en soit, je la fixai intensément, attendant avec une certaine curiosité sa démonstration. J’espérai être surprise !
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« Répondre #10 le: Juillet 15, 2018, 06:44:14 »

Une telle proie, si insaisissable, est d'autant plus savoureuse. Elle se croit invulnérable, mais sait-elle qui je suis vraiment ? Pauvre mortelle bercée d'illusions. Artiste de talent, parfaitement inconnue. Quand ton enveloppe charnelle ne sera plus que vide sans vie, que te restera-t-il de cet insolent mépris ? Alors que ton sang illuminera mon corps, je fermerai tes jolis yeux pour la dernière fois. Des yeux qui se seront aussi fermés, auparavant, quand ton corps aura été emporté par le plaisir que je te distillerai, dans cette suite que tu as payée à prix d'or. Oui, tu as raison, que ta mort soit dans un si beau cadre. Pour celle qui est assurément ma plus belle proie depuis que je ne suis plus humaine, tu dois avoir tous les honneurs, tous les plaisirs, toutes les folies. Je te ferai monter dans les plus hauts sommets de la jouissance, et je te ferai sombrer dans les plus profonds tourments de la soumission. Je crois que mon orgasme serait sublimé si tu m'offrais toi-même ton sang.

Ces fugaces pensées me troublent, et je sens d'étranges picotements, qui me rappellent le contact récent de nos peaux. Je me ressaisis vite quand la virtuose descend de scène. Un coup d'oeil à la salle, c'est pitoyable ce fan club de vieux croûtons.
 
Elle me laisse volontiers la place, volontiers comme elle dit.
« A votre guise. Mais vous n’avez besoin de vous humilier pour impressionner tous ces hommes en vous comparant à moi. Je vous les laisse volontiers. »
Elle ne peut s'empêcher de glisser encore quelque venin dans chacun de ses propos. Je la regarde, à la fois courroucée et impressionnée je l'avoue, me demandant si elle sera aussi arrogante, autant quand je la ferai ramper dans sa suite, m'implorer de mettre fin à ses tourments.
Patience, belle inconnue, je suis patiente comme tu ne peux l'imaginer.

Même quand elle se lève d'un simple tabouret de piano, elle a une élégance absolue ! Elle risque de faire sauter les pacemakers de son fan club du troisième âge. Mais là, pauvres vieux débris, elle est à moi, elle restera à moi.
Je suis face à elle, et, cette fois, c'est moi qui suis venue vers elle. À chacune de prendre l'ascendant, ma chérie. Mais elle ne se démonte pas, elle ne baisse pas les yeux, bien au contraire. J'ai son regard en moi, comme si ses yeux fouillaient mon âme. Qui est elle ? Les vieux grigous ne voient que deux femmes, face à face, deux femmes d'exception. Ils ne savent pas tout ce qui passe alors dans nos regards. Elle a des yeux, comment dire, d'un éclat qui brille de mille feux, et d'une couleur indéfinissable, mais belle, simplement belle.

Elle me perce, elle me transperce ; Elle est vénéneuse, elle est venimeuse.

Et ses rares phrases sont diaboliques, fussent-elles de simples murmures.
« Je n'ai pas beaucoup d'yeux pour les hommes ce soir. »
Elle distille ses mots comme autant de dards. Elle ne parle pas pour rien. Elle fait mouche à chaque fois. Elle n'écoute pas les réponses.

Elle ne touche pas, elle effleure. Elle effleurait son verre de Cognac. Elle effleurait ma peau en quittant le bar. Elle effleurait les touches du piano. Elle effleure ma main de son index.

Entre mots et frôlements, toute femme d'esprit aurait saisi l'opportunité. Pas moi ! Parce qu'on n'inverse pas les rôles, elle est ma proie. Et parce que les questions affluent. Elle est trop ! Trop belle. Trop subtile. Trop sure d'elle. Trop arrogante. Je t'aurai, ma belle inconnue.

Mais, pour le moment, elle me laisse, et s'en va rejoindre fan club, club de fanés. Elle me laisse au piano, et elle me laisse avec mon trouble. Je ne la cerne pas, mais je la désire, c'est désormais très clair. Je sens en moi une tension anormale, qui aussitôt me rappelle la chamade qui emballait mon cœur, lorsque je faisait tout pour que Stevan s'intéresse enfin à moi. Ô mon amour, serais-tu derrière tout cela ?
Alors, donne-moi le talent pour ce que je vais jouer, donne-moi la flamme pour impressionner la seule femme de l'assistance, donne-moi tout, mon amour, si tu n'es pas innocent dans ce qui m'arrive.

Je m'assieds là où elle fut, là où demeure sa fragrance que je ne connais pas, je touche ce clavier qu'elle a efleuré.
« Taisez-vous. C’est extrêmement grossier de parler alors que quelqu’un s’apprêter à nous faire entendre sa musique. »
Sa voix me saisit, aussi ferme en cet instant qu'elle fut doucereuse à mon oreille. Et le silence se fait aussitôt, absolu. Je relève la tête, et, d'un simple mouvement de tête, lui adresse un sourire convenu, courtois, pas forcément celui que je voudrais lui offrir.

Take five n'est pas un morceau pour piano solo, mais je le fis si souvent, et, ce soir, c'est comme si je planais, comme si Stevan guidait mes mains. Tout s'enchaîne, naturellement, tout me paraît si simple. Je voulais jouer un morceau entraînant pour briser la sombre nostalgie du morceau joué par cette belle inconnue, mais je ne suis plus du tout dans ce trip ; je joue pour le plaisir de jouer, presque emportée, comme si Stevan guidait mes notes, et le morceau roule, se déroule, s'enroule, jusqu'à une fin qui me surprend moi-même.

Surprise, mais aussi déçue. Elle a joué deux mélodies, je jouerai deux morceaux, pas moins. Elle a tant exigé le silence de l'assistance, que nul ne bouge ni ne parle. Alors, mes yeux fixés sur elle, je me lance :
« Merci à vous. Je vais vous jouer un autre morceau, une douce mélodie romantique écrite pour la grande Diana, dont j'ai oublié le titre, mais que je dédie à la personne qui, ce soir, fait battre mon coeur ».
Et, sans même guetter le moindre battement de cils de sa part, je me lance.
Ô Stevan, mon amour, ne m'en veux pas pour ces mots ; tu sais que tu resteras toujours l'amour de ma vie, mais tu sais aussi ce que je ressens à cet instant. Alors, sois à mes côtés.
Cette artiste, je l'adore. Ce morceau, je l'ai joué, il y a peu, sur l'un de ces pianos qui traînent parfois dans des lieux où on ne les attend pas. Je le connais par cœur, je le fais couler, le le fais planer, je l'offre en y mettant tout mon cœur.

Pas un bruit n'en a troublé le déroulé. Et, quand il finit, je suis au bord de tout, de l'émotion, de l'épuisement, des larmes. Je reste assise, comme sonnée, sans bouger, sans que la salle ne bouge elle-même.
« Dernière édition: Juillet 17, 2018, 11:34:54 par Lana Dubravka » Journalisée

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« Répondre #11 le: Juillet 17, 2018, 03:05:22 »

La pièce était complètement vide. Les divans étaient inoccupés, le hall vacant, l’hôtel déserté, et même le monde tout entier était abandonné. Rien d’autre ne comptait, si ce n’est l’intrigante mortelle improvisée en musicienne de ce soir, et toute mon attention était alors focalisée sur le morceau qu’elle s’apprêtait à jouer. Bien entendu, le harem des vieux croûtons était toujours présent, mais mon autorité avait fait mouche, et le silence imposé fut parfait. Quelques-uns de ces messieurs gesticulèrent sur leur siège, mais aucun ne moufta, malgré une gêne inconsciente dans un coin de leur esprit.
L’instinct, quasiment animal, d’être en présence d’une autorité supérieure, une présence intimidante, était un phénomène que je connaissais bien. Ils ne parvenaient pas saisir pourquoi, mais ces mortels savaient instinctivement qu’il était dangereux de me contrarier à cet instant. Je voulais pouvoir assouvir cette curiosité dévorante. Qu’allait-elle jouer ? Et que cherchait-elle à accomplir avec cette bravade musicale ? Cette femme m’intriguait.

Tandis qu’elle s’installait confortablement sur le petit tabouret, derrière l’immense piano, je pus l’observer véritablement pour la première fois. Elle était habillée de manière charmante, presque osée, avec cette jupe un peu trop courte pour masquer ses jolies jambes enfermées dans ces bas délicats, et ce visage joliment mis en valeur par cette opulente chevelure. Qui cherchait-elle à séduire ainsi ?
Elle avait l’air d’une fleur perdue au milieu d’une porcherie avec ces vieux riches de l’hôtel, et je me demandais sincèrement ce que cette femme recherchait ici. Était-elle riche ? Ou au contraire, cherchait-elle l’argent facile ? Quoiqu’il en soit, cela la rendait intéressante à mes yeux. J’étais désormais curieuse de connaitre ses motivations et, pourquoi pas, de poursuivre mes investigations le long de ces charmantes courbes. Je me mordis brièvement les lèvres. Oui, cette femme rendait ma soirée décidément bien plus amusante.

*Joue ma belle, impressionne-moi, séduis-moi !*

Ma manière de jouer de la musique est techniquement impeccable, je le sais. Mais cette émotion contenue dans les notes, seule une mortelle en est capable, et je fus agréablement surprise de sa performance. Elle capte l’attention de l’assistance, et la mienne par la même occasion, avec une aisance remarquable, tant et si bien que je n’ai nullement besoin de faire jouer à nouveau mon autorité. Chacun humain est suspendu à ses notes, et je ne peux m’empêcher de la fixer avec un intérêt grandissant.
Les notes s’enchainent, s’entremêlent et se subliment en une fin magistrale. Ce n’est pas aussi froidement parfait que moi, mais cette créature y ajoute une telle émotion, un tel charme, que ça n’enlève rien à la beauté du moment. Je la veux, c’est décidé. M’apprêtant à applaudir, je m’abstiens à la dernière seconde quand son regard se porte sur moi, avec une intensité croissante, comme si elle me réservait une énième surprise. Et quelle surprise aguichante !

La cible de ses pariles est évidente pour beaucoup. De légers toussotements agitent l’assistance à ces paroles, car il devient évident pour ces messieurs qu’ils ne sont pas invités à la fête de ce soir. Ils ne sont guère plus important que des plantes vertes décorant la pièce. Mais je reviens au cœur du sujet, car me voilà désormais dans une situation étrange à mes yeux, celle de la proie. J’ai toujours été celle qui prend les devants, celle qui chasse et séduit, mais ce soir est différent.
Cette mortelle entame une ode en mon honneur. Je ne peux retenir un sourire enthousiasme. Alors, c’est ainsi ? Non seulement cette femme s’est prise à mon petit jeu, mais elle cherche à me battre, à me séduire, à me posséder. Qu’il en soit ainsi ! Cela promet d’être particulièrement amusant. Je ne pensais pas cela possible, mais ce second morceau est encore plus magnifique que le précédent tant l’émotion qu’elle communique est palpable. J’en frissonne presque.

L’assemblée des vieux croûtons en oublie complètement mes ordres. Ces mortels se lèvent presque d’un seul homme pour applaudir frénétiquement tant elle les a charmé par son talent, et je dois bien lui concéder ce point. J’applaudis lentement, bien moins bruyante que le reste, mais chaque geste est lourd de signification. Bravo, belle enfant,  tu m’as définitivement plu, pensai-je. Mais la partie n’est pas terminée. L’idée d'endosser le rôle de la proie est hautement inhabituelle pour moi, mais je décide de me prendre au jeu, et d’aller jusqu’au bout.

*Si tu me veux, il va falloir venir me chercher...*

L’enthousiasme des humains ne retombe pas. Ils viennent la féliciter directement sur l’estrade, lui laissant à peine le temps de respirer en la pressant de questions. Ces messieurs sont séduits, très clairement.  Ils sont agglutinés devant elle, avec leurs interrogations stupides et leurs surcharges pondérales, ce qui me fournit une excellente diversion. Je me lève en silence du divan, m’éclipsant d’une silencieuse et féline démarche hors de cette pièce surchargée de sueurs pour rejoindre le hall.
Le barman est encore présent. Je ne lui accorde pas un regard, et gagne plutôt les escaliers pendant que ma somptueuse mortelle doit encore se débattre avec sa horde de fans. J’aurai pu les détourner. Je pourrais y retourner, lui voler la vedette et récupérer ces crétins, mais ce n’est pas du tout mon attention. Un fin sourire aux lèvres, je décide d’aller appuyer sur le bouton de l’ascenseur.

C’est l’épreuve du feu. Allait-elle poursuivre ce petit jeu de dupes, ou abandonner la partie ? Les portes de la cabine s’ouvrent lentement, et je guette d’une oreille curieuse le moindre claquement de talons venant dans mon dos.
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Lana Dubravka
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« Répondre #12 le: Juillet 19, 2018, 12:16:52 »

Merci Stevan, mon amour. C'est à toi que je dédie d'avoir guidé mes mains. Mes yeux sont clos, et je revois les mains de Stevan guider les miennes sur le vieux piano désaccordé qu'il avait trouvé au fond d'une vieille maison, ex résidence de notable, ex QG militaire allemand, ex réquisition du nouveau régime. Là, au milieu des ruines, nous riions, nous nous amusions, avant que je ne tue moi-même mon seul et unique amour.

Mais mes rêveries sont courtes, bousculées par la foule des vieux barbons (enfin, ils doivent être cinq ou six en fait) qui, sans que je ne réalise, sont venus s'agglutiner autour du piano. Les « Oh c'était sublime » se disputent avec le « Je peux vous faire jouer au Caesar », en passant par le « Il en a de la chance, votre amoureux de la deuxième chanson ».

Je dois même repousser certaines mains trop insistantes, qui pensent que se mettre à nu en musique signifie se laisser peloter les cuisses. Ah, si j'avais voulu ma victime du soir, je n'avais que l'embarras du choix ! Mais là n'est pas mon souhait, même si je garde l'idée du piano pour les prochaines fois. Je cherche celle que l'un d'eux a appelé mon amoureux.

Elle a disparu. Je lui ai livré mon cœur sur un plateau, en une seule mélodie. Je lui ai mis, sans retenue et sans limites, tout ce qu'elle avait fait naître en moi, même si je ne sais pas comment se passera la suite, quand mon manque de sang me fera perdre la raison. Je me suis donnée à elle par la musique. Et elle ? Pfuit, envolée, disparue comme elle était apparue.

Ma joie était si forte, mes yeux s'embuent. Lançant une ou deux réponses pour rassurer mes admirateurs, je me lève, surplombant la salle depuis mon estrade. Rien, si ce n'est des chaises vides, des fauteuils désertés. Je ne savais pas où j'allais, mais je voulais y aller avec elle. Je ne savais pas comment je partagerais avec elle le cocktail aphrodisiaque fric-sexe-sang, mais je le voulais.

Je ne sais pas quoi faire, admirée dans ma solitude. Je me moque des compliments de vieux gros cochons, qui apprécient ma musique moins que mon cul j'en suis sure. Et je ne comprends pas les stupides gesticulations de Mario. Depuis son bar, au loin, il me fait son « ainsi font font font les petite marionnettes », complètement absurde et stupide en ce lieu.

Si c'est pour me dérider, qu'il change de registre !
L'ascenseur, putain, l'ascenseur ! Il me montre l'ascenseur. Elle a réservé une suite, j'avais oublié. Bon, ç'aurait été bien qu'elle vienne m'applaudir, oh non plutôt me féliciter, oh non plutôt me dire qu'elle s'est reconnue dans mes mots, enfin bref qu'elle soit là.
Bref ! L'ascenseur, et vite. Je m'extirpe sans difficulté de la cohorte de vieux grigous ; ils n'ont qu'à laisser tous ces contrats mirobolants sur le piano. Il y a une heure, je n'étais rien face à une autre, élégante je l'avoue, virtuose je l'avoue, désirable je l'avoue aussi. Alors, mes contrats du siècle attendront.
J'ai plus urgent à faire.

Descendue de l'estrade, je me lance dans une course contre la fin d'une émotion. Maudits talons qui sont aussi suggestifs pour séduire que dangereux pour courir. On doit les entendre claquer dans tout Seikusu ! Je bouscule chaises, tables, fauteuils, je manque de tomber dix fois.
Et cet idiot de Mario qui me lance : « Vite ! T'en fais pas, je rangerai ».
Euh , Mario, l'ordonnancement de ta salle, franchement je n'en ai cure. Je cours après celle qui m'a mis dans un de ces états.

J'arrive enfin dans le couloir. Mes Louboutin claquent toujours autant en désordre. Elle a déjà appuyé, c'est sûr. J'entends le bruit de la cabine, la porte qui s'ouvre.
« Nooooooon ! », mon cri déchire le silence feutré, mais je m'en tape. À peine frôlée et déjà envolée, hors de question !
Elle semble s'être figée dans son geste à avancer. Même ainsi, elle est parfaite. Elle m'a entendue, elle tourne son visage vers moi, et ses yeux étranges me transpercent à nouveau. Ce regard, je ne voulais pas le perdre, et j'aimerais tellement le fixer quand je prélèverai son nectar.

Je m'arrête in extremis, tout près d'elle, un peu essoufflée, sûrement ébouriffée.
« Ne partez pas, je vous en prie ».
Stupides mots composant une phrase crétine ; j'ai déjà été plus inspirée, même quand il s'agissait de lever un vieux décati, que je savais déjà au sexe mou et à la bourse remplie, mais que j'espérais au sang riche.
Je la regarde, je la détaille, belle et rayonnante. Tout le contraire de moi, sans doute. Dans ma course effrénée, ma mise soignée a dû souffrir; elle a devant elle une mal fagotée, au bustier de travers et à la jupe désordonnée à en révéler la naissance d'un bas, j'en suis sure!
« Ne partez pas, ne brisez pas mon rêve ».
Je me doute que Mario regarde avec un cerveau qui fantasme à plein régime, tandis que les vieux au loin doivent pester de voir deux femmes  leur échapper coup sur coup dans la même soirée.
Mais peu importe, moi, je vis un moment unique : soit je prends le vent du siècle et ça me sécurise dans mon quotidien loin d'elle que je ne maîtrise pas du tout, soit j'ai la réponse que j'espère mis je ne sais pas où cela m'entraîne mais au delà de tout j'en suis déjà certaine.
« Dernière édition: Juillet 19, 2018, 07:58:22 par Lana Dubravka » Journalisée

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Puissante démone manipulatrice au caractère imprévisible et autoritaire.
« Répondre #13 le: Juillet 19, 2018, 03:00:00 »

Les subtiles notes de musique flottaient encore dans ma tête. L’ode était déjà terminée depuis quelques instants, remplacée par un brouhaha indistinct de voix masculines, et pourtant sa féérie subsistait toujours dans l’air. L’impression que m’avait laissé cette mortelle était étrange. Cette mélodie m’avait été dédiée, cela me paraissait évident, et ce n’était pas une première après mes siècles d’expériences. Toutefois l’émotion contenue dans chacune des notes m’avait touché, flatté et peut-être même conquise.
Ce n’était qu’une simple mortelle. Pourtant, il m’était difficile de ne pas être charmée par cette attention qui présageait une personnalité bien plus intrigante que je ne l’aurais cru. Quels secrets se cachent derrière ses beaux yeux cristallins, larmoyants tandis qu’elle exprimait ses sentiments à travers le piano ? Je voulais le savoir. J’avais furieusement envie d’entendre ses pas derrière moi. De sentir son parfum m’envelopper.

La déception serait peut-être à la clé. Après tout, la plupart de mes rencontres humaines étaient désespérément plates, souvent saveurs, parfois distrayantes au mieux, et j’aimais rencontrer une âme exceptionnelle de temps à autre. Une rareté toutefois. J’appuyai machinalement sur le bouton de l’ascenseur, ne l’avais-je pas déjà fait pourtant, bien décidée à continuer ce petit jeu quoiqu’il arrive. Elle allait être ma distraction nocturne, ma petite muse personnelle, c’était une certitude.

*Inutile de s’emballer, d’ailleurs elle doit sans doute être-…*

Mes pensées sont interrompues par un grand bruit de bousculade. C’est à croire qu’un animal sauvage est en train de défoncer le mobilier. Puis le son de talons féminins domine le tout, tandis qu’un véritable cri de détresse s’élève, et je vois ma jolie muse apparaitre au coin des escaliers. Je m’apprêtai à entrer dans la cabine, mais je m’arrête net, ma main bloquant la fermeture automatique des portes.
Cette créature a l’air tant bouleversé que cela me surprend. Je hausse un sourcil en voyant ses yeux humides, son haut froissé et ses cheveux en bataille, comme si elle était au bord du gouffre. Je ne pensais pas lui avoir fait cet effet. Ou bien était-ce petit moment musical, ce petit jeu de cache-cache, qui venait de réveiller en elle des émotions enfouies. Elle me supplie tant, si joliment désespérée, comment pourrais-je lui refuser de m’accompagner ?

« Je vous attendais. Venez donc avec moi. » Lui soufflai-je gentiment.

C’est avec un léger sourire aux lèvres que je prends délicatement sa main dans la mienne, l’entrainant vers la cabine qui nous attend toujours, ma jolie poupée bouleversée. Du coin de l’œil, j’aperçois le barman qui nous regarde avec des yeux de poissons, et c’est bien pour cela que je veux me débarrasser des observateurs agaçants. J’appuie sur le bouton correspondant à mon étage, et les doubles portes se referment sur nous en silence.
Ma main est toujours dans la sienne, et nous sommes seules. Sa respiration est toujours agitée, et je comprends qu’elle a vraiment couru pour me rejoindre. Comme c’est touchant. Je caresse sa main, l’accaparant un instant entre les miennes, presque songeuse d’en découvrir les veines délicates et la douceur d’une peau mortelle. Mon regard croise ensuite le sien, et cette fois, je lui souris, un brin moqueuse.

« J’aime la délicatesse de vos mains, elles créent de si magnifiques morceaux de musique, si pleins d’émotions, si touchant que je serai incapable d’en faire autant. Ah, mais vous vous êtes mise dans un tel état, cela gâche presque la magie. »

Libérant sa main, je la gronde presque, secouant négativement la tête devant sa tenue en désordre. Elle était si impeccable auparavant ! J’exagère bien entendu, ce n’est en rien dramatique, mais je m’en amuse, en profitant pour ordonner ses vêtements. D’un geste léger, mes doigts viennent replacer sa jupe droite, faisant semblant de ne pas avoir aperçu la naissance de ces bas. Puis je viens arranger son haut froissé, caressant les plis sous cette délicate poitrine, un fin sourire aux lèvres.
Mes gestes sont calculés, et absolument pas déplacés ! Je remets correctement sa tenue, et jamais je n’en profite pour appuyer sur son corps, mes doigts ne faisant que l’effleurer. Hors de question d’être comparée à ces goujats tripoteurs. C’est à peine suggestif. Finalement, je me redresse face à elle, face à ces cheveux en désordre que je commence à recoiffer délicatement.

Ci et là, mes mains viennent replacer une mèche rousse vagabonde, frôlant subtilement ses traits délicats sans me départir de mon sourire. Un somptueux visage mortelle que je ne cesse de découvrir et d’admirer, elle est encore bien plus belle avec ce léger rouge aux joues. Mon œuvre accomplit, je me retire pour lui laisser un peu d’air, venant m’adosser au mur opposé de l’ascenseur qui nous emmène toujours.

« Eh bien, et si vous m’expliquiez quel est ce rêve dont vous m’avez parlé ? Nous n’avons plus beaucoup de temps avant d’arriver à destination. » Déclarai-je finalement.
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« Répondre #14 le: Juillet 20, 2018, 02:18:38 »

Un détail, rien qu'un détail, et elle me déstabilise. Moi ! Mais il suffit d'un haussement de sourcil pour que je me sente mal à l'aise. C'est sûr que je dois faire piètre figure face à sa perfection absolue, sans la moindre erreur, sans le moindre détail au fil du temps. Tiens, le temps, justement. Depuis combien de temps la connais-je, ou plutôt l'ai-je vue pour la première fois, pour courir après elle comme une jeune écervelée ? N'ai-je pas été confrontée à des proies qui n'ont pas été comme je les croyais, que ce soient de piètres amants, que ce soient des donneurs de nectar sans saveur, que ce soient aussi des victimes qui se rebellaient ? J'ai pourtant été déjà surprise par deux femmes, l'une qui était une redoutable lutteuse, l'autre qui cachait un piètre niveau derrière une apparence irréprochable. Et elle, encore plus parfaite, que cache-t-elle ? *Fuis, Lana, fais demi-tour, sauve toi avant de succomber.*

« Je vous attendais. Venez donc avec moi. » Il est trop tard ! J'ai déjà succombé, je lui adresse un « Merci » très posé, frissonnant quand je sens sa main entourer la mienne. Elle avait déjà frôlé ma peau, pas par inadvertance je pense, et m'en avait procuré un délicieux trouble. J'entre à sa suite, ou plutôt avec elle, subjuguée. Le mot n'est pas trop fort, car cet aveuglement renvoie au diable tout le reste, Mario qui fantasmera dans le lit conjugal sur la nuit torride de deux femmes, les vieux décatis qui se tripoteront dans les chambres voisines en imaginant le même tableau. Quoique, eux, je ne dois pas vraiment les oublier ; je suis dans un tel état de perturbation, que je ne sais pas encore si je suis dans l'ascenseur avec ma proie de la nuit.

Je n'ose pas parler, lorsque les portes nous enferment. Je baisse les yeux, ce n'est pas moi. Alors qu’elle, si froide et distante, tient ma main avec une douceur qui contraste. Pourquoi m’a-t-elle dit qu’elle m’attendait ? *Tu tombes dans le piège, Lana. Sors-en avant qu’il ne soit trop tard !* Je m’accroche presque à sa main, je dois lui paraître ridicule, mais rien qu’une simple caresse de sa part sur ma main me fait fondre. *Où est la Lana fière, qui avançait vers le piano, sure d’elle ?* Justement, ce piano, ces morceaux qu’elle a joués à la perfection. Et ce morceau que je lui ai dédiée, à elle, rien qu’à elle ? L’a-t-elle compris ? Je relève la tête, croise son regard, ses yeux de braise, ses yeux qui transpercent, ses yeux qui mettent l’âme à nu, mon âme où se bousculent désarroi et attirance.

« J’aime la délicatesse de vos mains, elles créent de si magnifiques morceaux de musique, si pleins d’émotions, si touchant que je serai incapable d’en faire autant. Ah, mais vous vous êtes mise dans un tel état, cela gâche presque la magie. »
Je devrais être aux anges qu’elle ait ainsi aimé mon jeu, mais je la déteste, oui je la déteste, pour ce sourire moqueur, j’en suis sure. J’ai couru vers elle à en perdre la respiration, à en perdre l’élégante mise qui était la mienne, et elle n’y voit que l’apparence, non les raisons de mon empressement !
Oui, je le sais, je n’atteindrai jamais sa froide perfection, ni sur les touches d’un piano, ni dans cette robe élégantissime idéalement faite pour elle. Mais, de là à me traiter de souillon… Je regarde les boutons de l’ascenseur, envie de tous les presser pour m’arrêter au premier atteint, et ne pas subir de nouvelle vexation.
Madame ne me trouve pas à son goût, eh bien je la laisse. Elle trouvera surement mieux parmi tous les vieux croutons qui lui faisaient le cour. Pitoyables ils étaient, presque à se prosterner devant elle. Elle n’aura qu’à en amener un dans sa chambre ; même s’il n’accourt pas comme moi, il sera propret sur lui, et s’endormira bien vite.

Elle a compris, elle lâche ma main. Mais je n’ai pas le temps d’atteindre la platine de boutons, que sa main vient frôler ma jupe, certainement pas un hasard. Je me raidis aussitôt, ne comprenant pas la soudaineté du geste.
Elle sait être aussi cassante en paroles, que subtile en gestes. C’est à peine si elle me frôle que le miroir me renvoie l’image d’une jupe parfaitement ordonnée, d’un haut parfaitement ajusté. Elle m’effleure, je devine sa main plus que je ne la sens, mais, ce que je sens, ce sont les violents pics qui m’ont traversée, l’un quand sa main était si près de ma cuisse, l’autre quand sa main était si près de mes seins. *Lana, concentre-toi ! Tu as besoin de son sang, cette nuit.*
Je la regarde, incapable du moindre mot, tandis que ses mains effleurent presque mon visage, que son doigt s’enroule dans l’une de mes boucles. J’ai l’impression de planer haut, très haut, trop haut ; la chute va être brutale, si l’ascenseur monte trop haut.

« Eh bien, et si vous m’expliquiez quel est ce rêve dont vous m’avez parlé ? Nous n’avons plus beaucoup de temps avant d’arriver à destination. »

J’avais bien dit que la chute pouvait être terrible, et je redescends brutalement sur terre. J’ai pourtant toujours été très terre à terre, matérialiste même si j’aimais la folie bohème de Stevan. Mais, après que j’aie causé sa mort, après que j’aie découvert mon affection, le rêve s’est enfui, la réalité s’est imposée.
Et là, elle me parle de rêve !
« Mon rêve, c’est que… que vous êtes irréelle. »
Je continue dans les banalités, mais c’est trop tard.
« En fait, vous êtes, comment dire, parfaite. Oui, parfaite, voilà. Vous arrivez, vous buvez, vous vous déplacez, vous jouez, tout le monde vous regarde. Et moi aussi ! Vos deux morceaux étaient juste parfaits. »
Je marque une pause, reprenant mon souffle, essayant de me maîtriser.
« J’ai dit rêve parce que… parce que vous êtes inatteignable, voilà. »
Je quitte ses yeux, un instant, pour nous voir toutes deux dans le miroir.
« Et puis, j’arrive en catastrophe, sans élégance, et, de quelques gestes, vous me redonnez ce… cet éclat ».
J’ai peur que l’ascenseur ouvre la porte de destination sans prévenir, où qu’un intrus débarque sans y avoir été invité.
« Oui, voilà, vous êtes irréelle, comme un rêve qui restera un rêve ».
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